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mardi 31 mars 2026

La RAMADO de Coursan, chevaux, Rameaux, lexique (16)

La manifestation festive de juin à Mollégès a le mérite d'être claire dans son intitulé de « carreto ramado », à savoir une charrette de rameaux, rams en languedocien tandis que les Rameaux avant Pâques sont ceux du dimenche das Rampans (1), avec la majuscule. Dans certains secteurs d'Occitanie, des traditions de ramado poulido, de jolis chemins de rameaux entre les domiciles des deux amoureux et l'église officialisaient le mariage imminent ou tout récent tandis qu'un éconduit ou jaloux en arrivait parfois à la ramado laido d'un chemin jonché de fumier et autres saletés. 

D'après toujours le « Tresor dou Felibrige », travail monumental de Frédéric Mistral (1830-1914), l'entrée « ramado » comprend au moins deux homonymes, la ramado étant la douleur de la mère sur le point d'enfanter et aussi une averse passagère « Après une forto ramado seguido d'une soulelhado » Hercule Birat (1796-1872), chansonnier et  poète de Narbonne... comme dans la chanson enfantine « Il pleut il fait soleil... » 

Pour revenir à la fête honorant les paysans, leurs montures ainsi que le travail accompli, par chez nous, s'il est fait mention de la  « Ramado de Narbouno » et des quelques ramados organisées à Nissan-lez-Ensérune, c'est avec celles de Coursan qu'une tradition remontant à 150 ans en arrière ne tombe pas dans les limbes du souvenir grâce aux chroniqueurs de la revue FOLKLORE n° 1, de janvier 1938, qui en fait état. Il y a un siècle et demi, pas de vignoble dans nos parages mais du blé : « Il n'y a pas de pays en France qui puisse être comparé pour l'abondance de ses récoltes en grains à la fertilité de la plaine de Coursan » 1788, Mémoire d'un intendant du Languedoc, Ballainvilliers. La fête a continué lorsque, après 1850, l'ère de la vigne s'est imposée. 

Coursan, vue sur l'aval de l'Aude - 2011.

Ah ! ils se démarquent les laboureurs de Coursan qui montent assis et non à califourchon comme partout ailleurs ! La Ramado consiste à faire évoluer, liés à la queue-leu-leu, à 1,20 m seulement l'un de l'autre, 15 à 25 beaux et jeunes chevaux. Isolé devant cette cavalcade richement décorée jusqu'au gros nœud à la queue, le meneur ramadaïré galope en tant que porte-drapeau. Chapeau de paille rubané, petit boléro de couleur  brodé de fils d'or et d'argent, chemise et pantalon blancs (un long pan de la ceinture assortie au boléro, de même que la cocarde sur les sandales de toile blanche, parent tous les ramadaïrés). Le char, petit chariot lesté afin de tenir la route, recouvert de branches d'ormeau, est ainsi capable de tourner le coin des petites rues sans verser, l'honneur du conducteur étant en jeu. À l'intérieur, deux musiciens courageux, cachés dans un capitonnage de matelas, se doivent de continuer à jouer même renversés ! Les cavaliers, eux, sautent, descendent; virevoltent, se tiennent debout sur le cheval avant de se rasseoir et recommencer leurs numéros de cirque. La ramado passe partout dans le village ; elle s'enroule en escargot, décrit des S autour des arbres de la fontaine ferrugineuse. 

Coursan 2011 ; depuis le pont qui lui aussi a son histoire, l'église Notre-Dame-de-La-Rominguière XII et XIIIème siècle.

La soirée se terminait par un grand bal. Longtemps le village commentait la performance du conducteur parfois « de premier ordre »...  

Ces fêtes revenaient cher, on ne pouvait les organiser tous les ans, la dernière a eu lieu en 1905. 
Témoignage dans la revue Folklore n° 1 en janvier 1938, de monsieur Jean Maffre de Coursan. 

(1) beau souvenir d'enfance aussi, tous ces Rameaux au-dessus des têtes, devant le portail de l'église, jusque dans la rue... 
https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2024/03/rameaux-et-paques-1.htm

Et mon père, encore : 
« ... Dimanche des rameaux 1953 : Le mauve de la glycine qui étale ses grappes près d’un portail de la place du Ramonétage m’a fait penser à l’entrée monumentale du château de Saint-André-de-Sangonis, et en ce jour des Rameaux je revois Marcellin, le vieux serviteur zélé jonzacois qui, de retour de la messe, parcourait une à une les pièces de la grande maison pour laisser dans chacune d’elles une branchette de laurier bénit destinée à remplacer celle de l’année précédente. Pauvre Marcellin, si gentil au fond, qui revenait avec nostalgie sur ses cinquante années passées au service des familles Martin, puis Gaudion de Conas, Romilly enfin ; il évoquait la cure à lui payée jadis annuellement à « Châtel » (Châtelguyon), les tenues de service auxquelles il avait droit, bref les beaux moments de sa vie de fidèle domestique. Et maintenant ? La comtesse, toujours à court d’argent, lui devait même sept mois de gages, quelle misère ! Aurait-il mieux fait de rester au service de la maison Martell qui portait si haut depuis si longtemps le renom du cognac français, celui de son pays qu’il ne reverrait plus ?.. » François Dedieu, p. 185 Le Renouveau / Caboujolette 2008. 

« [...] Dimanche 17 mars 1940. Rameaux. (St-Patrice). Je vais à la messe, où je suis à côté d'André Pédrola, qui est loin de douter bien sûr qu'il va aller, treize années plus tard, partager la vie des Canadiens du Québec tandis qu'au même moment je vais gagner ma vie de professeur, pour trois ans, au Brésil... » Ensuite nous jouons au billard au café de la place, qui sera remplacé plus tard par le marché couvert, la salle de cinéma du haut cédant alors la place à la nouvelle perception de Fleury et au logement du Percepteur. Dédé, le plus jeune des trois enfants Sanchon, boit une grenadine (il a sept ans)... » Caboujolette / Pages de vie à Fleury II / chapitre "Le Renouveau" / 2008 / François Dedieu.

lundi 30 mars 2026

Mollégès, la carreto ramado, lexique (15)

À Mollégès, nous disions, entre Rhône, Durance et Alpilles, Camille Soccorsi a été sollicité en 1989 pour sculpter un cheval de trait en hommage à un monde millénaire de travail de la terre, symbole donnant à réfléchir sur l'âme humaine de plus en plus viciée par un matérialisme aveugle, avançant à marche forcée au poison à produire du fric (1). Loin de cette terrible dérive, au pied du cheval de pierre, les vers du félibre contemporain Charles Galtier (1913-2004) :

« Noun se pòu devina ço que deman preparo
E pèr qu’à l’aveni se posque saupre encaro
Lou bonur qu’a liga lis ome e lou chivau
Dins la pèiro entaia,iéu, eici, fau signa. » 

Cheval de Mollégès  Auteur : mamoue13.ekablog.fr

Traduction approximative :
Ce que demain prépare ne peut se deviner
Et pour qu’à l’avenir on puisse encore savoir
Le bonheur qui a liés les hommes et les chevaux
Dans la pierre sculptée, moi, ici, vous fait signe. »

 Sensible au sujet, la municipalité sollicite chaque année la Société de Saint-Éloi (2) chargée des réjouissances de la St-Éloi, patron des agriculteurs et charretiers de Provence. 
Quelques jours avant la fête, les charrettes promènent les musiciens donnant l'aubade, les charretiers remettent la tortillade, une couronne anisée ainsi que le drapeau. 

Mollégès, prieurs de l'année (la cocarde piquée sur la chemise) et chevaux de tête Carreto Ramado, Fête de la St-Éloi juin 2024. Auteur facebook.com/villedemolleges... Et 49 chevaux à la file (on peut les compter sur une vidéo !)... à se demander où ils peuvent bien les trouver... 

Le soir du samedi de la fête, l'un derrière l'autre une quinzaine de chevaux de trait galopent : les deux de devant, brides d'apparat, couvertures richement brodées, harnachés à la mode « sarrazine »,  sont les premiers à tirer la carreto ramado, charrette ornée de branches vertes. 

La Carreto Ramado Fête de la St-Éloi 2024 Mollégès (Bouches-du-Rhône) Auteur : facebook.com/villedemolleges.


Les femmes en Arlésiennes, La Carreto Ramado Fête de la St-Éloi 2024 Auteur : facebook.com/villedemolleges.  


Le dimanche, le prieur de l'année invite les charretiers et toute la population à un déjeuner. Au cours de la messe en provençal, la charretée d'une cinquantaine de chevaux est bénite sur la place du village. Avec les charretiers précédés des prieurs, fillettes, jeunes filles et dames du village portent le costume de l'Arlésienne. 

Sous des abords festifs et folkloriques, cette fête remarquable pour un village de 2647 habitants en 2023, reste avant tout une célébration catholique traditionnelle. Sans le volet religieux au premier plan, on retrouve le souvenir de cette fête de « La Ramado » à Coursan... (à suivre) 

(1) Du paysan à l'agriculteur nous sommes passés l'exploitant agricole puis à l'agroindustriel. Ce dernier  prétend insidieusement qu'il nourrit le peuple alors que son intérêt premier est de s'enrichir, le pays ne devant plus sa subsistance qu'aux importations... d'où mon refus de suivre bêtement les slogans faciles demandant un soutien automatique... Ce n'est pas pour autant qu'il ne faut pas soutenir la minorité faisant marche arrière pour des méthodes de production respectueuse, et contester la mainmise des grands groupes qui les étranglent... 

(2) association qui depuis 1969 élit pour un an ses deux « prieurs » responsables de l'organisation des fêtes de juin et d'été. 

facebook.com/villedemolleges


      

dimanche 22 mars 2026

Lexique (9) La Noire, jument de « L'Espagnol » de Clavel

 Hors le climat, le vocabulaire, le style et matériaux des maisons, dans « L'Espagnol », l'essentiel se partage avec nous, jusqu'au « bigot », notre « bigos » pour enlever la « raque » des foudres (1). Bref, la vigne du Revermont en dénominateur commun fait souvent écho à notre coin audois. 

Cheval Comtois endormi au salon de l'agriculture (1) 2013 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license Author Tsaag Valren. Dans notre article nous pouvons supposer que La Noire est comtoise, un trait comtois, trait léger, issu de l'ancienne race améliorée avec d'autres sangs, notamment l'Ardennais.  

Alors ce cheval, cette jument plutôt, La Noire ? laissons-lui le beau rôle 

* comme ils se doit avec tous ses congénères, on la dételle après le travail ; (hum... ça rappelle un sketch fameux de Jean Yanne !) 

* depuis la cuisine, au bruit sourd qu'on entend, ils savent que c'est un coup de sabot de sa part ; 

* un jour, alors que de trop nombreux cailloux bloquent à plusieurs reprises un labour laborieux, l'expérience du vieux Clopineau (Léonce Corne [1894-1977] dans le téléfilm) confirme que la colère est dangereuse avec les bêtes. 

Menétru-le-vignoble_depuis_Château-Chalon 2007 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Auteur PRA

* Image bucolique (page 201), parce que les Allemands arrivent et que toute la ferme pense se mettre à l'abri en bivouaquant au « Brûlis » une vieille terre en hauteur, abandonnée, à la limite des bois, lâchée dans un pré, étonnée de se retrouver libre, avant qu'elle ne réalise qu'elle peut brouter, la jument s'attarde auprès de ses gens (la promiscuité entre l'Espagnol et la patronne n'amènera encore rien). 

* Par une nuit fraîche mais suite à un jour chaud de printemps, une série de coups sourds, La Noire qui remuait beaucoup. 

Germaine, la patronne, à Pablo : 

« [...] c'est la saison qui la travaille. Vous n'avez qu'à fermer le portail et la laisser dans la cour, le frais de la nuit lui fera du bien... » 

Elle, qui avait rué dans la mangeoire désormais disjointe, se mit à bourrer la poitrine de Pablo « à grands coups du museau [...] En haut, la fenêtre du palier qui donnait sur la cour était ouverte. Pablo s'approcha, la patronne était accoudée à la barre d'appui... ». Elle lui demande s'il n'a pas froid ; galopade soudaine, pour voir, la femme et l'homme se retrouvent serrés à la fenêtre, La Noire fait des étincelles sur les galets de la cour, eux, au contact, vont s'appuyer, leurs bouches se chercher et le reste... 

Dans une vingt-neuvième partie du roman, Clavel amène ses personnages à l'étreinte charnelle, en quelques pages. 
Pablo, l'Espagnol, au statut de valet, s'investissant pleinement pour cette propriété : intégré au point de vouloir s'implanter, il se permet même d'inciter la patronne a s'agrandir, à moderniser l'exploitation. Sa colère contre les cailloux de la vigne, sa vaillance jusqu'à l'épuisement ne peuvent empêcher « la sève de printemps », et puis il sent que le silence de la nuit est lourd, pas « celui d'une maison où la fatigue a tout endormi ». 
Elle, Germaine (Dominique Davray 1919- 1998), forte, « au corsage bleu bien plein », veuve de Lucien Bouchot (Paul Frankeur 1905-1974), généreuse dans l'effort, toujours occupée à tenir sa maison, faire manger bêtes et gens, à seconder dans la viticulture,  écoute celui qui est devenu plus qu'un valet. Et cette nuit là, après avoir expliqué l'état de la jument, elle prolonge le moment, sa question à Pablo pour savoir s'il n'avait pas eu froid rencontre les mots de Clavel « Pablo la sentit contre lui et son sang se remit à bouillir » ; c'est elle qui pose la main haut sur son bras avant qu'il ne l'entraîne dans la chambre. 

Château-Chalon_-_vieilles_maisons 2007  under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license. Auteur PRA

Au matin, Pablo demande à la jument qui vient se faire caresser si elle est calmée. La patronne qui passe avec ses seaux à traire, demande à Pablo s'il la remercie... Et le téléspectateur de seize ans que tout cela travaille remercie au delà de son trouble, pour la plénitude d'une adaptation hors du commun vers un livre à lire et relire, qu'il n'oubliera pas d'acheter...   
           
(1) La raque occitanisme de « râpe », « raffe », « raffle » en français. 
Le Dictionnaire des Régionalismes de France (2001, Pierre Rézeau) me rappelle que j'ai déjà croisé ce « bigos », fourche à deux dents recourbées (parfois trois ou quatre) chez Georges-Jean Arnaud « Les Moulins à Nuages » 1990, Fernand Dupuy « L'Albine » 2001 ; et sous forme de « bigot » chez Henri Vincenot « La Billebaude » 1978, et « bigot » et « raque » avec Marcel Scipion « Le Clos du Roi »1980... On dirait que Clavel a été oublié « [...] Là, armés de bigots à manche court, ils se mirent à piocher la vendange... »... Pardon de toujours devoir ouvrir les nombreux tiroirs gigognes de mon “ trop embrasse mal étreint ”... 
PS : dans « Canton de Coursan » 2005, Francis Poudou ne parle que de « croc ». 


mardi 3 mars 2026

TRAÎNÉES de TRAÎNE (9)

N'en étant qu'un modeste et imparfait rapporteur, je ne puis qu'inciter à aller à la source, aux sources plutôt, s'agissant de la revue FOLKLORE, si riche de témoignages et d'enseignements sur l'Aude : R52_024_10_1941.pdf, ainsi qu'à l'étude hélas inachevée de François Marty « La pêche artisanale sur le littoral audois » : Etude pêche Marty_août2010 

Nous y trouverons encore des infos qui traînent sur la pêche à la caluche, par exemple sur le partage des prises, la quête du débouché, la vente aux poissonniers sinon la vie des équipes de pêcheurs, et non des pêcheresses ou sirènes aux mœurs légères comme le titre du jour pourrait le laisser penser...  

Bouillabaisse under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Muesse... c'est le choix de poissons rares qui va faire la différence entre une bouillabaisse d'exception (une comporte de poissons locaux et le menu sur papier bristol la fois où Maurice voulut fêter le changement des Cabanes à Fleury de son beau-fils Louis Robert [1906-1993]) et celle, plus commune mais plus fréquente, à la maison...  Pour nos pêcheurs, pas plus d'assiette que de couverts, peut-être les pommes-de-terre pour tenir l'estomac... 

Ainsi dans la revue FOLKLORE, d'après M. CARBONEL « ...à Gruissan. Les vieux pêcheurs séjournaient trois à quatre mois au bord de la mer. Ils couchaient sur le sable et mangeaient tous les jours la bouillabaisse qu'ils faisaient cuire dans une grande marmite dite : « païrol ». Ils se plaçaient autour de ce « paîrol » et chacun, à tour de rôle. piquait un morceau de poisson avec la pointe de son couteau, l'honneur de se servir le premier étant réservé au plus âgé. En mangeant la première bouchée ce dernier prononçait les mots suivants : « Diùs en nous » et les autres répondaient : « Diùs amé nous ! ». La bouillabaisse est une soupe de poisson de diverses espèces, assaisonnée de plusieurs épices que l'on verse sur des tranches de pain frottées d'ail (choupin). Un autre met des pêcheurs est la bourrido constitué par des anguilles cuites avec des pommes de terre. (P. SIRE). Le poisson base de cette alimentation est prélevé, comme nous le verrons plus loin, sur le produit de la pêche; c'est la part de l'oulo qui doit servir à préparer le repas de midi ou pinhato... »

« ...La barque de traîne est commandée par son patron qui a sous ses ordres un équipage, la chourmo, composée, d'après M. F. VALS, à Leucate, de 25 à 30 personnes, tandis que M. A. CARBONEL, à Gruissan, l'évalue à 40 ou 50 personnes. L'équipage proprement dit comprend le second, lou segound, le garde-fanal, lou gardo-fanau, les hommes de bol, lous omes de bol ou vougaires qui rament, ils sont au nombre de huit. Il y a ensuite les tireurs, tiraires, calosses ou gandards, qui sont des ouvriers non qualifiés chargés de tirer le filet... »

Autre complément dans « Le Canton de Coursan », Opération Vilatges al Pais, Francis Poudou, 2005 : « Les Hommes et le Littoral autour du Golfe du Lion, XVIe -XVIIIe siècle », Gilbert Larguier (1)

« Appartenant au groupe des sennes, ce filet appelé “ boulier ” ou “ boulieg ” sinon “ bouliège ” et, plus proche de nous, “ trahine ”, “ traîne ”, est muni de flotteurs en surface et lesté pour reposer sur le fond. Le nombre de mailles (de cordes de 109,728 mètres) le caractérise. Ainsi, parmi les grandes, une traîne d'été utilisée à Saint-Pierre-la-Mer pouvait atteindre douze mailles soit plus de 1300 mètres. En hiver, le petit boulier servait à la fois en mer et dans les étangs... »

« Canton de Coursan », Vilatges al Pais, 2005 Francis Poudou. Le chapitre « Pesca e pescaires » (Pêche et pêcheurs) regroupe 12 grandes pages, des schémas une dizaine de photos noir et blanc, d'époque. Dommage que R. B. de son nom, Cab de son lieu (?), peut-être Robert Boni des Cabanes ait été oublié dans l'index des personnages ayant participé aux enquêtes alors que l'abréviation Fleu est utilisée pour les participants de Fleury (Arm pour Armissan, Cour Coursan, Cux Cuxac, Fleu, Gru Gruissan, Sal Salles, Vin Vinassan)... Pour ma part, j'estime que, de donner seulement des initiales pour les prénoms et noms représente un manque pouvant passer pour irrespectueux... et ce n'est pas l'index final qui vient tempérer cet avis. 

La traïna, en parlant de la grande traîne (pratiquée surtout par les Gruissanais jusqu'à Saint-Pierre), nécessitait une soixantaine au moins de personnes ; largué au bout d'une vingtaine de mailles, soit à deux kilomètres au large pour la plus lointaine, le filet et sa poche au milieu est large d'un kilomètre (il faut jusqu'à 10 rameurs pour la beto, la barque). À crier le rang de la maille qui arrive, afin de rester  “synchros ”, “ raccords ”, il faut trois à quatre heures pour la ramener à terre ; il se pêchait en moyenne quatre tonnes de sardines, la part du patron de pêche et celles de chaque participant, professionnel ou occasionnel. 
Aux Cabanes, se faisait aussi la pêche à la petite traîne, la pesca a la calucha ; elle ne nécessitait que quelques personnes (vestige d'un temps, avec Robert Vié, dans les années 70, en le comptant, nous étions quatre). 

(1)  Gilbert Larguier, professeur d'Histoire moderne à l'université de Perpignan, évoque, entre autres faits, concernant notre thème, le quasi désert que constituait la côte languedocienne, du Moyen Age jusque dans les années 1920, à cause du mauvais air, la malaria que nous savons être le paludisme.   


jeudi 19 février 2026

Ça TRAÎNE au clavier et dans le vécu... (6)

Sûr que ça traîne, mais avant de repartir aux Cabanes-de-Fleury, je me dois de revenir, manière d'honorer le vécu, sur la parole de nos disparus, non sans rappeler, plus inestimable qu'elle n'en a l'air, celle des vivants. Tous exhortent à poursuivre, tant les trépassés de la pêche sur le Golfe du Lion, que les témoins toujours présents. 

Considération en premier lieu à l'égard de Mlle Narbonne, des messieurs Carbonel, Sire, Vals et Bourjade, chroniqueurs, en 41, de l'activité liée aux poissons du littoral audois et plus particulièrement, en tout ce qui touche la rivière Aude (fleuve côtier), son embouchure et nos plages des Cabanes-de-Fleury à Saint-Pierre-la-Mer (revue Folklore). 

Village de cabanes de pêcheurs à l'Étang de l'Ayrolle (Gruissan, Aude) diapositive de 1978.  

Ensuite, figure François Marty pour tout ce qu'il a voulu partager de sa vie de pêcheur soucieux de nature... bien issu de Gruissan par sa famille de pêcheurs... bien que parlant pointu... Dans les voix qui continuent de nous parler, pas de Maître Bourjade, muet la seule fois où je l'ai approché, la fois où, faisant irruption, j'interrompis une discussion entre habitués devant les machines et courroies des tours de Sébastien Comparetti, le mécanicien. 

Sur le mur de “ l'usine ”, jadis le local communautaire pour rusquer, teinter les filets, un trompe-l'œil avec, à droite, un touret ainsi que le filet de la pêche au globe (Les-Cabanes-de-Fleury). 

Par contre, celles des Vidal père et fils, pour cause de pêche au globe (et aussi dans une scène du Petit Baigneur, le film), restent audibles, elles, pour tout un public intéressé. 
Plus souriante est celle de Robert Boni (et de son épouse), à chaque salutation ; plus chaleureuse encore reste celle de Robert Vié, voisin si bienveillant et ouvert, m'invitant en barque sur la rivière ou l'Étang de l'Ayrolle ainsi qu'à ses pêches à la traîne depuis le sable de Pissevaches ou des Cabanes..

Yves Boni devant sa villa de Saint-Pierre-la-Mer. 

Enfin, demeurent les voix liées à ce chapitre de terroir, bien vivantes, elles, et c'est heureux, de Guy et Claude, copains d'enfance, de jeunesse et aussi celle d'Yves, Yves Boni, un homme libre, bon, franc, qui a bien voulu revivre pour moi des épisodes de sa vie de pêcheur du Golfe (1). C'était sous le figuier de sa villa à Saint-Pierre, un cadre charmant ouvert au bon temps de mer, d'une époque où la “ villa ”, d'un statut supérieur à la baraque, au cabanon, mais pas tape-à -l'œil du tout, d'une coquetterie modeste, des jours où Thérèse (2), son épouse, me servait l'apéritif dans la cuisinette. Pardon si, presque une larme à l'œil, j'en boumboume toujours d'émotion (hier j'ai voulu l'appeler mais le numéro n'est plus attribué... si quelque bienfaiteur pouvait me dépanner (3)... C'est qu'encore, en 2015, tout gardait le souvenir palpable de Saint-Pierre avant, avec la vigne vert-jaune de raisins blancs, son grillage troué aux lapins, sa grotte en haut, son puits d'eau saumâtre en bas, en lieu et place des Résidences Saint-Pierre et, de l'autre côté, des baraques souvent sur pilotis mais ici pour compenser la pente dont la belle parce que mystérieuse « ACOPOTANA », qui m'évoquait le Japon à un âge où partir a plus d'attraits que rester, avec un nom d'un exotisme proche vu qu'en languedocien « aco pot anar », se traduit par “ ça peut aller ” ; sinon, de modestes constructions en dur, aux toits de tuiles rouges... un quartier, presque un village à part, avec ses cyprès et pins d'Alep ou parasols... un paysage qui a surgi en moi, dans les couleurs, d'un tableau de Cézanne, et qui, pour ces raisons là, me sauta un jour, au visage...  

Long préambule mais ça ne traînera pas davantage au sujet de la pêche à la traîne, traïno ou calucho, entre Gruissan et Les-Cabanes... de Fleury est-il utile de préciser ?  

(1) Quinze articles sur « Partager le Voyage », taper dans la recherche : « Yves », pêcheur », « Golfe » et aussi « bastets » ou encore « bogue »... 

(2) c'est sa famille de Coursan, qui, l'été, installait son marabout sur la plage, devant les baraques et au milieu des campeurs. 

(3) en message privé sur carabene11@gmail.com ou facebook Fleury-d'Aude en Languedoc sinon Jean-François Dedieu encore fb.          


dimanche 15 février 2026

La pêche au globe aux Cabanes-de-Fleury (3)

Dans l'article précédent, sur le sujet de la pêche au globe, nous disions : lorsque les câbles qui le tendent hors de l'eau sont complètement relevés, aux sillages désespérés des poissons, il faut constater si cela vaut la peine d'y accéder en barque. Si oui, il faut redescendre les câbles porteurs (1) de manière à ce que, plaqué de tout son long à la pointe du betou, le pêcheur puisse entrer dans le piège. De ses mains accrochant les mailles, il poursuit un après l'autre chaque poisson prisonnier, (plusieurs espèces, surtout des muges) ; à l'aide d'une épuisette (2), il les jette alors dans le fond de la barque. (à suivre)

Pêche au Globe sur le fleuve Aude, aux Cabanes-de-Fleury (en face, dans l'Hérault et entre parenthèses, la campagne du Chichoulet où fut tourné « Le Petit Baigneur » avec Louis de Funès, 1968). D'après la revue Folklore n°3 d'octobre 1941, le globe a été interdit ailleurs parce que préjudiciable aux gros poissons reproducteurs... Faut-il comprendre que le maritime des Cabanes-de-Fleury et de Port-la-Nouvelle (grau de l'Étang de Bages et de Sigean, grau de La Vieille-Nouvelle... et plus loin, à l'Étang de Berre) bénéficiaient d'une exception à la règle. Mlle Narbonne parle de tant de globes à La-Vieille-Nouvelle qu'en une seule nuit, il pouvait se prendre trois ou quatre cents kilos de poissons ! (en 1980, un globe collectif fut calé par les Gruissanots dans leur étang)
Diapositive © François Dedieu.   
  


Un coup de globe pas terrible..
Diapositive @ François Dedieu. 


L'ichtyologue donne le détail du dispositif de pêche et des prises potentielles, loup (“ loubarron ” en languedocien, “ bar ” en français), maquereaux au printemps (F. Marty parle de mélette, est-ce possible avec des mailles de 3 cm ?). Il se prend surtout des muges (“ butado ”, “ cabot ”, “ lesso ”, “ loup ” pour mulet ! “ mijoul ou mujol ” suivant les variantes du languedocien pratiqué sur la côte audoise... Nous, nous disions “ lisso ” d'une petite taille, “ muge ” généralement, “ camar ” pour le poisson prétendument mangeur de vase. Le spécialiste au micro, finit, lui, avec les femelles muges pleines d'œufs, qui, grâce au sel et au Cers, donneront la poutargue, caviar de la Méditerranée, à trancher finement... 
Diapositive @ François Dedieu. 

(1) Les photos dont celles du pauvre François Marty (« Étude inachevée... » Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise) Etude pêche Marty_août2010 montrent souvent les Vidal au globe dont le père Séverin (1896-1985), dans la pose qu'on lui connaît, catalanes aux pieds, tenant le touret (treuil à main lubrifié au savon noir) et observant les éventuels et puissants sillages des poissons pris. Ils pêchaient à deux : une boucle de corde solide passée dans un des manches de ce tourniquet (ailleurs avec un cliquet) permettait de retenir le filet relevé. Parfois ils le relâchaient après avoir constaté que les prises ne valaient pas qu'on sortît la barque. (Photo aussi dans « Canton de Coursan », Opération Vilatges al Pais, Francis Poudou, 2005).    

(2) on disait aussi « le salabre ». Deux remarques néanmoins : 
1. Salabre. Il se compose d'une planche amincie montée sur un manche qu'il faut pousser à 45° sur le sable du fond. Le filet en arrière peut retenir « ... anguilles, crevettes, petites soles, carrelets et crevettes (F.Vals, revue Folklore). Justement, quand ils ne pêchent pas avec le cheval de trait, on peut voir un tel engin en action pour des crevettes grises, loin au Nord sur la Côte d'Opale. 
2. Le glossaire des termes languedociens employés par nos pêcheurs est plus précis « Salabre s. m. : sorte de truble (petit filet emmanché ou non. [Grand Larousse])qui sert à prendre le poisson dans les bourdigues. Catalan salabre; sorte de filet à manche soutenu par des cordes sur le fond de la mer. » (revue Folklore n° 41). 

samedi 7 février 2026

Petite CHRONIQUE du PAYS, octobre 1994 (1).

 Aidez-moi. Rien, à part ce que le vécu m'a soufflé avant-hier, avec le premier match du Tournoi des Six Nations ; avant, les matchs se jouaient le samedi (pas le dimanche en raison de la religion chez les Britanniques) et, le samedi figurant régulièrement sur l'emploi du temps, la liberté de fin de semaine ne débutait donc que l'après-midi ; en attendant l'heure du match, c'était bien d'aller promener le chien (1) en cherchant des asperges par une de ces belles journées de février, pourquoi pas avec des amandiers en fleur, le printemps déjà dans les têtes. Une scène parmi toutes celles déjà décrites ici et que j'aime me raconter sauf qu'à présent, même en me disant que ça viendra demain, je me sens sec (2), le rien est que l'inspiration n'est plus. Aidez-moi.    

La muse boude et pourtant il me faut ma dose, il me faut écrire quelque chose, déjà pour chasser un stress qui assaille à la moindre contrariété (3). En dépannage et aussi afin de corriger mes pulsions brouillonnes sinon, un certain désordre dans les publications bien que pas seul, la muse étant aussi fautive que moi... en dépannage donc, une visite chronologique des nouvelles de mon village à partir d'octobre 1994 avec mon départ à Mayotte. Comme quoi l'éloignement rapproche... (les guillemets relèvent les propos de mon père). 

Villegly_-_Château, propriété du Conseil Général de l'Aude (parc ouvert au public) 2018 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Author Tylwyth Eldar
 

De Fleury-d'Aude, le 6 octobre 1994. 

À l'occasion d'une sortie du troisième âge, invités par Gilbert Pla, maire de Coursan et Conseiller Général, mes parents (72 et 70 ans) sont partis à Villegly, seul le car étant à la charge des participants. Propriété du département, le château de Villegly est aussi Centre d'Études Cathares. Après un exposé par un jeune animateur (4), un bon repas fut servi (à suivre). 

Château_de_Bouisse_(Aude) années 1900 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Sdo216. 
Acquis par René Nelli dans les années 50 qui le restaura et qui aimait y venir l'été. 
René Nelli (1906-1982), poète, philosophe, historien du Moyen-âge occitan, occitaniste. 
Bouisse, à plus de 600 mètres d'altitude, village des Hautes Corbières Occidentales non loin du Milobre de Bouisse (878 m.). Une centaine de Bouissencs habitent ce pays des buis. 
 

(1) Dyonisos il s'appelait, un korthal ; comme pour bien des semblables côtoyés, à commencer par mes enfants, je ressens le remords confus de ne l'avoir pas assez aimé, quand ce n'est pas celui d'avoir mal aimé. 

(2) un comble je me permets de noter puisque malgré ses excès (terres inondées, bois flotté et déchets sur nos plages), le ciel a été généreux en eau (autour de 350 mm ; dans l'Aude, un mois de janvier le plus pluvieux depuis 1959 et le début des mesures), une bonté d'autant plus appréciée qu'une sécheresse chronique accablait depuis des années. 

(3) le ventilo en panne, un appel qui ne passe pas, un fichier joint évaporé... un pas grand chose me perturbe... 

(4) « ...Il y a été question notamment de René NELLI, mon ancien professeur de seconde français latin grec, philosophe et éminent spécialiste du catharisme. » François Dedieu.    

mardi 3 février 2026

Son ENFANCE l'appelle (6) un monde perdu...

« Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées, 
Sur elles sont venues s'inscrire, impitoyables, 
De nombreuses années... » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Après Saint-Pierre-la Mer, Les-Cabanes-de-Fleury, nos plages qui, suite à l'enfance, appellent encore pour l'adolescence, la jeunesse et ses nuits d'été, le début de l'âge adulte, qui ont suivi, puis l'âge mûr et à présent le final, après le parfum de l'Atlantique, il doit se retenir de ne pas embrayer sur l'Océan Indien, ce serait hors sujet. 

Zostère, une algue très fournie surtout dans les étangs, comme à l'Ayrolle. Formant des tapis, elle était ramassée et séchée pour confectionner des matelas d'enfant notamment. 

Et là, à évoquer d'un trait le temps qui a défilé sur sa plage de toujours, au bout de l'Aude, d'un coup, il réalise les bouleversements subis par la mer et le rivage. De nos jours c'est à peine si quelques coquillages jonchent le sable suite à une période de fortes vagues. Si elles sont le reflet de ce qui vit dans le Golfe, c'est bien triste. Il n'en savait pas les noms, faute de spécialiste érudit, peut-être aussi parce que terriennes avant tout, nos populations n'occupèrent ce milieu que tard, rebutées par la malaria (1), et ne venant d'abord que lors de campements à l'occasion de campagnes de pêche. Plus d'aegagropyle de Posidonie (pelote, boule roulée d'algues), plus de Zostère, plus de Cymodocée, plus de fucus avec sa grappe d'œufs de seiche aux airs de seins d'Africaines, plus de petite boîte rectangulaire avec ses crochets aux quatre coins qu'on doit à la raie, plus de moules arrachées aux rochers, parfois un hippocampe. Il a du mal à revisiter les tréfonds de la mémoire. Même sans personne pour l'initier à ce vocabulaire, à ces connaissances... entre nous, personne non plus au village pour lui apprendre les noms des plantes, tant salades sauvages que médicinales... la famille faut bien l'accepter telle qu'elle est et faire son miel du peu d'attachement transmis et de tout ce qu'on peut bien butiner en dehors. 

Mactre_coralline_(Mactra_Stultorum)_(Ifremer_00704-81605_-_34395) under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteure Luisa Metral Ifremer.
Mactra stultorum est un molusque bivalve marin de la famille des Mactridae, péché au cours de la campagne NOURMED19, dans le Golfe du Lion en Méditerranée. Sa taille et de 5 cm maximum 6 cm, ses valves sont fines et brillantes. Des lignes de croissance concentriques et des lignes rayonnantes du sommet proche de la charnière jusqu'au bord de la valve. Sa couleur est beige claire parfois avec des reliefs violacés. L'intérieur de la coque est blanc. On le trouve sur des fonds sableux aussi bien en Méditerranée, Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord.  (Ifremer)

Ah oui ! maintenant qu'elle se montre bien sûr qu'il la reconnaît ! 

Argopecten_purpuratus_(purple_scallop) under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. author James St. John. 


Bucarde_épineuse_(Acanthocardia_aculeata)_(Ifremer) under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteur Olivier Dugomay...
Bucarde épineuse (Acanthocardia aculeata) photographiée dans les eaux de Bretagne. Ce mollusque bivalve est habituel de la Mer Méditerranée et de l'Atlantique Nord-Est, où il vit enfoui dans le sable des zones infra et circalittorales. La bucarde épineuse mesure en moyenne 7 cm, allant toutefois jusqu'à 10 cm dans certains cas. Ses siphons, qu'elle laisse dépasser lorsqu'enfouie dans le sable, lui permettent de se nourrir de phytoplancton et particules en suspension.
Ah oui, de celles pour les robes bouffantes des poupées de coquillages proposées en souvenir. 

Et toutes ces coquilles aux noms inconnus : blanches, roses, jaunâtres, violettes, grises, striées de brun : Donaces, Mactres, Vénus et Vernis, Cardiums, Bucardes, Pétales de rose, Nucule, Arches (de Noé ou tétragonale, ou barbue)... On ne reconnait que les Pétoncles, les papillons des tenilles (Tellines), les couteaux au nom générique et dont les variétés, le Sabre mis à part, échappent aussi comme ceux d'autres Ensis ou le Solénocurte... Nombreuses sont celles qui présentent un petit trou... sous l'eau aussi c'est manger ou être mangé... Est-ce dû à un escargot foreur ? la Clione nous dit le guide d'Harant et Jarry, qui est une « éponge perforante ». 

 Aporrhais_pespelecani Pied-de-Pélican de Méditerranée under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author H. Zell

Anémones_de_mer_(Hormathia_coronata)_fermées,_sur_des_Turitelles_(Ifremer) under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteure Luisa Metral... ces anémones au même orifice pour la bouche et l'anus se collent-elles sur les escargots pour les manger ? 

Encore des noms inconnus pour les gastéropodes. Citons seulement à propos de ceux connus de visu, la Turritelle au cône pointu, le Pied-de-Pélican à l'ouverture étoilée, parfois un Murex jadis apprécié avec un aïoli... C'est fou la variété de fruits de mer vendus alors... À Saint-Pierre, en plus des moules communément, des huîtres occasionnellement, plus fréquentes que les Violets (2), plus abordables que les huîtres, on pouvait se régaler de clovisses (3).      

Et dans la mer indissociable de la plage, comment ne pas penser à tout un monde aujourd'hui à peine survivant de tenilles, sinon, disparu avec les Crabes verts (peut-être dits « enragés »), les petits crabes nageurs,  vives, bernard-l'ermite. Ah ! la pêche au tenillier ! de quoi cuire, en plus des tenilles, des soupes goûteuses, encore dans les années 70 aux Cabanes, quand il fallait surveiller le petit qui mettait les mégots à la bouche, quand il plantait les roseaux de sa véranda devant la tente (et ses cabinets) plus loin au pied de la dune.  

(1) littéralement le mauvais air. Donc le paludisme qui longtemps empêcha l'installation définitive (et Gruissan, pourtant ?). Ce n'est pas pour autant que les étangs ne faisaient pas l'objet de visites répétées dès la préhistoire pour les ressources possibles : toute une variété de poissons (anguilles, loups, dorades, juels, plies, muges...), les coquillages, palourdes, les lustres (huître plate indigène), les besourdes (petites coques), les tenilles. 

(2) ou Biju, Microcosmus sulcatus, un Cordé du groupe des Tuniciers, riche en iode et manganèse. Les clovisses venaient sûrement de l'Étang-de-Thau. 

(3) éventuellement, pour les clovisses trop souvent confondues avec les palourdes alors que le prix fait déjà la différence, voir sur ce même blog : 

Partager le Voyage: Fleury en Languedoc / L'AFFAIRE DES PALOURDES ET DES CLOVISSES... 

Partager le Voyage: Fleury sur le Golfe du Lion / L'AFFAIRE DES PALOURDES ET DES CLOVISSES (2).

Partager le Voyage: Fleury sur le Golfe du Lion / CLOVISSES OU PALOURDES ? QUELLE AFFAIRE ! (3). 

Partager le Voyage: Fleury sur le golfe du Lion / DES PALOURDES ET DES CLOVISSES, QUELLE HISTOIRE ! (4).

Partager le Voyage: Fleury Golfe du Lion / ÉTANG DE THAU, ENCORE DES COQUILLES (5). 

Partager le Voyage: Fleury en Occitanie / AMOUR DE JEUNESSE ET ARCÈLLIS. (HOMMAGE Á PAUL ARÈNE).

Partager le Voyage: 6. THAU des HUÎTRES.

 Partager le Voyage: L’ÉTANG de BERRE.    

Sources : 

« Guide du Naturaliste dans le Midi de la France », 1. La mer, le littoral, Delachaux et Niestlé, 1961, réédition de 1983, Harant et Jarry. 

Canton de Coursan, Vilatges al pais, 2000. 


vendredi 30 janvier 2026

Son ENFANCE l'appelle (4)

« Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées, 
Sur elles sont venues s'inscrire, impitoyables, 
De nombreuses années... » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Son enfance l'appelle sur des plages de sable... Né pratiquement sur l'une d'elles, il lui faudrait bien des lignes pour raconter, d'une part, l'apparente continuité, l'invariance de la mer et du sable, et d'autre part, l'évolution finalement dans une échelle si courte du temps, de l'occupation de cet espace par l'Homme lui-même condamné à croître puis à déchoir, à changer avec le temps, à se transformer presque jusqu'à la métamorphose d'une chrysalide en linceul. 

«... Quelle neige est déjà tombée dans mes cheveux ?
Les hommes ne sont-ils nés que pour devenir vieux ?.. » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Une idée de St-Pierre avec le camping côté plage. 

Une idée du camping sauvage de Saint-Pierre. 

Au delà des joncs piquants, refuges des criquets, libellules et moustiques, il a grandi avec les baraques sur la “ dune ” (1), le marabout de Thérèse de Coursan, les tentes bleues ou vertes sinon orange des touristes sur le sable mouillé faisant sourire les locaux pour leurs scènes de ménage plus spontanées, et surtout rapport au coup de mer du 15 août où ils devraient mamer (avoir les pieds dans l'eau) ; la partie de croquet ou sa version “ Tour-de-France ”, le cahier de vacances ; avant souper, en spectateurs, les parties de pétanque des grands qui se détendent de la journée (partis au travail à mobylette ou à moto) puis la lampe acétylène qu'on allume au crépuscule, les nuées de moustiques si le vent se pose (expression du voisin Paulou qui avec sa mère Marie, dite « Marie Croustet » parce qu'elle récupérait le pain sec pour la volaille, ne manquait jamais une saison à la mer). 
Et la large piste laissée libre pour les camions de glace ou de pêches du Roussillon, le boulanger ou le marchand de cèbe de Nézignan ; plus rares, les ventes promotionnelles de journaux et revues en lots ; le bloc de cabinets avec le robinet d'eau et toujours sa file d'attente ; le petit cirque familial pratiquement de chaque soir
Sinon, à toujours s'accompagner de la mer des bateaux qui passent (un cabotage qu'on ne voit plus, il me semble), qui font sortir la paire de jumelles, de la mer en chanson de Trénet ; les périodes de Cers, la prétendue durée des 3-6-9 jours avec le sable qui vole, le bain écourté et les bouées et ballons poussés vers le large, les journées réussies, dites « de mer », avec les brises du marin ou vent d'Espagne l'après-midi rendant les heures de digestion théorique plus dures à patienter dans l'attente de la baignade ; les jeux, trous et châteaux sur la grève, et mon pauvre cousin Jacky (1952-2007) qui cabussait si bien pour les couteaux... 

À Pissevaches, un des canaux anti-char des Allemands. 


Et quand nous ne jouions pas, les balades, le ramassage de coquilles, des variétés d'escargots qu'on ne voit plus, après les baraques sur pilotis de Pissevaches, sinon la pêche aux crabes, aux soles et de la friture de jols dans les canaux anti-char des Allemands ; parfois une incursion clandestine vers la zone des culs nus... d'où, entre nous, les hommes auraient dus être bannis... 

Mais c'est déjà sortir de l'enfance, la puberté ouvrant la porte de l'adolescence avant une jeunesse voyant obligatoirement changer le rapport avec l'été sur la plage, les années d'éveil au Monde...     

(1) La dune... quelle dune ? Pour les simples occupants que nous étions, une ligne, un bourrelet de sable sec peut-être d'une cinquantaine de centimètres de hauteur, coupé cependant par les chemins d'accès dans les joncs, recherché car formant une protection frontale contre le traditionnel coup de mer du 15 août ; afin de garder la place, dans le respect des emplacements voisins (nous concernant, des Nissanais), on y montait les baraques un bon mois avant les vacances. 
La dune... quelle dune ? Dans le « Guide du Naturaliste dans le Midi de la France », 1. La mer, le littoral, chez Delachaux et Niestlé, 1961, réédition de 1983, suite à l'explication technique des dunes de souillère ou d'un grau intermittent, les professeurs Hervé Harant (1901-1986) et Daniel Jarry (1929-2025) citent « La Langue des Pêcheurs du Golfe du Lion », d'Arthrey, 1964, de Louis Michel (1913-1975), montpelliérain comme eux, entièrement bilingue languedocien-français. À propos de la dune, chez nos pêcheurs, on distingue l'arénal ou montilha, dune côtière ordinaire mouvante (Les Montilles, plage sur la commune de Vendres, Hérault), de la mota, dune fixée et boisée comme, sauf erreur, dans l'étang de Pissevaches.   
Saint-Pierre-la-Mer, commune de Fleury,_département_Aude_-_aerial_view 2021 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Authors Raimond Spekking & Elke Wetzig... Peut-être d'une sauvagerie plus flagrante que celle du camping sauvage...