Page 4 :
Aude, Languedoc, Tchécoslovaquie, Ariège, Pyrénées, Océan Indien, Lyon, Brésil, ports familiers mais unique maison des humains. Apprendre du passé, refuser la gouvernance cupide suicidaire. Se ressourcer dans l'enfance pour résister, ne pas subir. Passer ? Dire qu'on passe ? Sillage ? Aïeux, culture, accueil, ouverture aux autres, tolérance, respect, héritage à léguer (amour, écoute, cœur, mémoire, histoire, arts...) des mots forts, autant de petites pierres bout à bout qui font humanité.
jeudi 18 juin 2026
Yves BONI par Yves BONI (1932-2026) (2)
mercredi 17 juin 2026
Yves BONI par Yves BONI (1932-2026) (1)
Je n'y étais pas pour cet au-revoir à Yves, pêcheur du Golfe mais le jour de son dernier trajet parmi nous à Fleury, entre église et cimetière, sa famille a tenu à offrir onze pages agrafées, un résumé de sa vie écrit par lui-même en 2024. Une amie a eu la gentille attention de m'en réserver un exemplaire... un vrai fascicule de traitement de texte agrémenté de photos de barques en bord de mer ou aux Cabanes, de la pêche au globe, de l'Aude à l'estuaire ensablé, du rugby, d'Yves bien sûr cette fois sur la plage en compagnie du grand-père de Josette.
Page 1 :
| Yves Boni jeune. Collection Josette Saborit-Dolques. Merci... le monsieur spectateur est son grand-père ; on croit reconnaître au fond, le rocher de Saint-Pierre... |
Page 2 : photo d'une, deux, trois catalanes à une dizaine de mètres du rivage et d'une paire de barques tirées au bord.
Il fallait à peu près, chaque heure ou deux heures, pouvoir relever le filet selon la pêche. Toute la journée et toute la nuit. Avec mon age, on arrive à dormir une à deux heures dans la nuit. Pour ne pas dormir, on avait un feu allumé tout le temps où l'on reste là, cela pouvait varier deux ou trois jours ; et le samedi il fallait redescendre aux cabanes pour tendre le globe le dimanche.
Surtout pour ne pas dormir je buvais beaucoup de café et comme le feu était allumé nuit et jour, je faisais cuire du poisson sur les braises, des anguilles, plies, mulet, loup. Si je voulais manger, il fallait que je me fasse la cuisine parce que le patron ne mangeait pas, il fumait un paquet de tabac et un paquet de cigarettes par nuit. » (à suivre)
En tant que passeur aussi de mémoire tenant à prolonger cet hommage, merci encore, merci d'abord à cette personne de sa famille, si touchée par cette perte au point de se dévouer jusqu'à partager, photocopier, agrafer au mieux ce précieux témoignage. Et merci à Josette pour son amicale attention...
dimanche 14 juin 2026
Yves BONI (1932-2026) SOUCIS et FATALISME...
Yves Boni des Cabanes-de-Fleury nous a quittés le 26 mai de cette année. En 2015, le hasard voulut notre rencontre et son souhait de partager, de nous éclairer sur ce que fut sa vie de pêcheur. En souvenir de lui, et d'autant plus que la mémoire, comme bien des choses et des êtres, est naturellement sujette à l'érosion, l'occasion nous est donnée de reprendre, précieux à plus d'un titre, les entretiens avec Yves, pêcheur du Golfe... oui, la majuscule pour celui, unique, le nôtre, du Lion...
vendredi 11 septembre 2015
SOUCIS ET MALHEURS D’UN PÊCHEUR DU GOLFE (VIII) / Fleury d'Aude en Languedoc
« Et oui,
tu vois, je faisais la traîne l’été et l’étang l’hiver,
pratiquement la moitié de l’année pour chaque pêche...
— Le poisson se vendait bien ou sont-ce les mareyeurs qui en tiraient
le plus grand profit ?
— Faut pas chercher à comprendre... les mareyeurs ils t’attendent... comme celui de la Nouvelle... Je lui demande s’il prend les crevettes, tu sais, les crevettes grises. Il me dit « écoute, si tu me les fais cuire, je te les prends ! » On était à la Nautique, on avait un baraquement avec une gazinière et même, cuisinière à bois. Un jour, pour te dire, j’avais fait cuire quatre-vingts kilos, eh, de crevettes... Je les amène... Tu as vu les sous toi ? Je les attends encore...
— C’est un voleur alors ?
— Oh, oh...
— On ne peut pas le
dire comme ça ?
— Et non, et non... (Yves a du mal à dire du mal des autres même malhonnêtes...). Un drôle de
lascar quand même ! Sûr qu’il les a vendues ! Et dire qu’il
venait à Fleury...
— À Fleury ? Ah ! alors c'est le concernant alors que l’appariteur clamait « La sardine Tiaide (bien qu'en rapport avec ds Celsius, le nom a été changé) est sur la place ! » et qu’un ami de Trausse, Yves Lapeyre tiens, le même prénom que toi, de Trausse Minervois, avait bien fait rire mon père en s’étonnant « Es uno especialitad d’aici ? » (c'est une spécialité d'ici ?).
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| Photo du tournage de Pêche au thon en Tunisie (1910) d'Albert Samama-Chikli. Au premier plan, on peut voir sa caméra. Domaine public. |
— J’ai eu travaillé avec le père... lui était un gangster... « Tu peux venir avec moi ? » qu’il me dit un jour. Je devais avoir
14 ans ; il avait une espèce de camionnette ; on va à Palavas. A
l’époque, je sais pas si tu en as entendu parler de ça, y avait
la “seinchole” (1), au mois d’août... comme ça, les thons
venaient au bord, les barques les encerclaient, ils prenaient parfois
30, 40 tonnes de thons !.. Eren partits amé Justin (on était partis avec Justin) et le temps que
le type tournait le dos, il lui a piqué trois thons de 23-24 kilos
comme ça, zaou, direct ! de par terre à la camionnette !
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| Vela_latina La Barque Yvonne de Palavas-les-Flots 2007 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Author Juan Sol |
— Tu sortais en mer aussi ?
— Oui mais
je suis resté au sardinao (2), on faisait le sardinao et le thon...
Ton oncle, lui, était au lamparo...
— C’est vrai, il m’a
eu donné du poisson quand on campait aux Cabanes, à quai, une fois, quand il rangeait et nettoyait encore
à bord..., je me souviens, j'avais récupéré aussi un hippocampe séché sur le pont...
— Enfin, laisse tomber Yves, songeur : c’est le pêcheur qui se la donne et toujours l’intermédiaire qui ramasse. »
C’est vrai qu’entre la confiscation des ressources par les grosses unités prédatrices (chalutiers, thoniers) (3), la toute puissance des mareyeurs, sans parler de la pression des touristes rois, du bétonnage des côtes, des pollutions successives, des “ changements climatiques ”, et j’en passe, la grande majorité des petits métiers a logiquement disparu quand les pêcheurs comme Yves ont pris la retraite.
(2) nom du
filet à sardines.
voir aussi http://www.midilibre.fr/2015/09/02/chalutiers-c-est-la-fin-de-l-hemorragie,1208127.php. Super, le Midi-Libre sauve l'honneur de l'informatique !
jeudi 11 juin 2026
Yves BONI (1932-2026), LE TEMPS qu'il fait... qu'il fera
vendredi 7 août 2015
LE TEMPS POUR UN PÊCHEUR DU GOLFE... (VII) / Fleury en Languedoc
Une fois, avec cette neige du grec qui casse tout... je devais avoir 17 ans. Il a tellement neigé, la rivière était gelée, on pouvait pas aller jusqu’au pont de Fleury, comme d’habitude, et on est allé chercher du pain à Valras en passant par le bord de la mer. Il en était tombé 25 cm au bord de l’eau quand même ! J’avais jamais vu ça. C’était petit vent du nord, et l’eau des vagues se gelait. Quand nous sommes repassés il y avait 50 ou 60 centimètres de dentelle de glace... je m’en rappellerai toujours. Attends, pour geler l’eau de mer ! Tout le monde, avec des sacs ; entre ceux qui allaient gaiement et ceux qui marchaient moins vite, on était une trentaine pour rapporter du pain à tout le village.
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| L'orage_arrive 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Auteur Remi Jouan |
Quand il y avait des éclairs à la mer « lamp à la mar, vent à la terra »... Et c’est vrai, le vent du Nord (venant de l'Ouest, confondu avec le Cers) ne tarde pas... Aujourd’hui, pour le temps, les plus fiables, c’est la météo marine (1), ils repassent les bulletins en boucle, tant c’est important.
— Et la lune ? (je demande)
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| Ambiance_lever_de_lune_(14715436099) 2014 under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. Auteur maxime raynal |
mardi 9 juin 2026
Yves Boni (1932-2026) Les BOGUES
jeudi 6 août 2015
LES BOGUES DU CAPITAINE AU LONG COURS (VI) / Fleury-d'Aude en Languedoc.
« La bogue (1), ils en sont friands à Toulon ! Malheureux ! j’avais un copain, il était à la Seyne ; sa mère vendait sa pêche. Un jour il fait une soixantaine de kilos de bogues.
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| Boops_boops_shipwreck 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Author Albert kok |
| Boops_boops_Karpathos 2011 licensed under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license. Author Roberto Pillon |
— Ils m’en ont pas gardé !
Le chef, lui, m’en avait gardé un peu et c’est vrai que c’était bon !
Non mais, tu sais, quand on voyait qu’y avait du poisson parce que le poisson, une heure tu en as et puis y en a moins. Alors quand il y en a, tu tires à la main : deux bols alors que le tracteur t’en fais un seul... il permet de reposer l’équipe quand ça baraille (bouge) moins. Sinon, fallait se la donner... et pas pour des bogues de préférence... Ce sont des combines qui viennent vite. Tu le comprends : c’est en forgeant qu’on devient forgeron.
(2) à l'origine “ mouton qui a le tournis ” ; signification dérivée : “ idiot ”.
samedi 6 juin 2026
Yves BONI (1932-2026)... MESQUINERIES et JALOUSIES...
Article initial du mardi 4 août 2015.
MESQUINERIES ET JALOUSIES DE PÊCHEURS (V) / Fleury en Languedoc
J’avais déjà eu du mal à entrer à Bages. Les pêcheurs de l’étang avaient fait obstruction ; j’avais même dû aller m’expliquer auprès des autorités, à Port-Vendres ; l’administrateur maritime était même venu en réunion pour confirmer qu’habitant la commune de Narbonne, j’avais bien le droit de pêcher à l’étang. Ils étaient pas commodes, jaloux pour quelques kilos d’anguilles de plus ou de moins... Une fois, j’en prends un bon paquet et je me dis que ça vaudrait le coup de caler encore... Oh, adieu ! ils avaient encerclé la place... tu comprends, tout le monde se surveillait aux jumelles...
Et puis, c’est pas pareil qu’à la mer. J’ai dû monter tous les filets, en partant de zéro, et il en faut pour barrer l’étang. Et quand mon frère est venu, qu’il n’y avait plus rien aux Cabanes, il a fallu en faire autant ; ça m’a bien pris entre deux et trois ans... Pendant que Thérèse était aux commissions, figure-toi que j’alignais mes mailles dans la voiture, en attendant... Et après on dira qu’il n’y a que les femmes qui tricotent... ». (à suivre).
mercredi 3 juin 2026
Yves BONI (1932-2026) Le loup ou le muge ?
Reprise du dimanche 2 août 2015 LES BASTETS DU MAITRE-NAGEUR (IV) / Fleury en Languedoc
Le loup ou le muge ? À Aude et à l’étang.
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| Depuis l'Île Sainte-Lucie, les étangs : à gauche celui de Bages et de Sigean, à droite, de l'Ayrolle 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 1.0 Generic license. Auteur Joyce11 |
«... L’étang (1), c’est un métier très rude, plus que la mer, tè ! Ouh là, y a pas de comparaison ! Attention entendons-nous bien : si tu veux faire le travail, parce que, comme je te dis, si tu attends que le vent soit tombé pour ramasser le poisson le lendemain, il vaut mieux que tu restes au lit, tu ramasses rien : tout est mort, on dirait de la bouillie, c’est tellement quiché, mais si tu y vas le jour du vent tu en sauves pas mal. Sur une tonne tu récupères 4 ou 500 kilos, la moitié, tandis que le lendemain tu perds tout...
Sinon, y a de tout, du loup, des muges et quand il y a de l’eau qui tombait, de la Berre là-haut, il y avait des carpes.
— Les poissons d’eau douce, on n’est pas très forts ici... (Mon grain de sel),
— Quoique, le mulet... l’eau douce, ça allait... le coco, il fait la tangente lui.
— Des gens disent qu’ils l’estiment autant que le loup...
— Je vais te dire une chose, ça vaut ce que ça vaut : je préfère mieux le muge que le loup. Ça n’a pas de goût le loup, c’est fin oui, mais le muge... Un jour le petit-fils me dit, « Papé, tu sais, moi, le poisson... » Attends, je vais te faire quelque chose : je coupe les filets, j’enfarine, je passe à la poêle... Il m’a dit papé, du comme ça, tu peux m’en donner... les filets de loup, c’est pas pareil... Ne confondons pas : le muge c’est un charognard, c’est comme le rouget, il se nourrit de quoi ? il bouffe dans la fangue. Sinon, je te dis, à mon goût,... que celui-là, il n’avait pas goût à vase quand il montait dans la rivière (2). Dans l’Ayrolle, il y a Campignol à côté, il y a peu d’eau, alors là, la vase tu la trouves...
| Poissons_au_marché 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Classiccardinal. |
Les anguilles, la mordorée et puis la verte (3) et puis les grosses, les “ mazères ”, costaudes (des deux mains, il forme un rond de 5 ou 6 centimètres de diamètre...), y en a qui sont plus grosses que les congres... j’en ai pêché une, une fois, dans l’Aude, elle faisait 6 kilos, on l’a mesurée avec Marceau, un mètre trente, je crois. A l’étang, elles étaient moins grosses, jusqu’à deux et trois kilos pour les “ mazères ”.
— Tu as connu la période, dans les années 70, où les camions les prenaient vivantes en Italie ?
| L'Aude, fleuve côtier... nous disions, Yves aussi, et nous disons toujours “ la rivière ”, simplement... |
— Oui mais avant, à la rivière, on les vendait pas, on les jetait pacque les vieux ils avaient une tactique à la tchaou, ils cherchaient pas. Au globe, en une nuit, on pêchait 80 à 100 kilos, on les jetait. Des fois tu en gardais quelques unes pour un Lespignanot qui demandait : « Ouais, Marceau tu me garderas quelques anguilles ? » Mais là, on a perdu des sous, je le pensais mais j’étais gaffet (apprenti) et le patron ne voulait pas chercher d’autres débouchés. On pêchait du loup, du muge et des plies, d’un kilo un, un kilo deux. Elles remontaient presque au pont de Fleury, on avait un poste à L’Horte de L’ami. Boh, il y avait plus de poisson quand même... » (à suivre...)
(1) Yves a pêché dans l’étang de Bages et de Sigean, il parle aussi de celui de l’Ayrolle et de Campignol qui lui est contigu.
(2) Vrai que quand nous allions pêcher l'été à Aude, à bicyclette, il n'y en a qu'un auquel on prêtait un goût de vase, “ camard ”, nous disions... Une fête, cette pêche en bande... Aujourd'hui et depuis le barrage anti-sel, ensuite toutes ces plantes aquatiques qu'on ne connaissait pas avant... J'y ai vu des écrevisses sinon... est-ce que les muges continuent de remonter la rivière ?
(3) note de 2026 : pas de distinction, un demi-siècle en arrière, entre la pêche de l'anguille jaune autorisée bien que limitée et celle, interdite, de la blanche qui part se reproduire vers la Mer des Sargasses...
Lundi 1er juin, on conduisait Yves sous nos vieux cyprès. 8500 kilomètres loin de Fleury, 15h 30, je guettais la pendule afin d'y être par la pensée... cette attention ne me fit hélas émerger de la sieste qu'en retard d'une demi-heure... Contingence et vicissitudes aussi qui font ce qu'est l'existence... plutôt évacuer notre embarras et répéter simplement « C'est la vie », « La vie continue ». Pardon ? oui, je vous entends, on s'en fout de moi, entièrement d'accord...
dimanche 31 mai 2026
Yves BONI (1932-2026) « Pilier... les reins et les jambes... »
Et bé, ils ont perdu, les gars de l'Entente-Fleury-Salles-Coursan, 20 à 35, contre le R.C. Orangeois, des orange et noir, comme Narbonne... Dans une division supérieure, cela ne doit pas exister de gagner deux ans de file... et puis, c'est un peu tôt pour la Fédérale 3.
Dans le coin, en Régionale 2, St-Gély-Pic-Saint-Loup ont perdu d'un point. En Régionale 3 Tuchan “ de ” Guy Molveau a gagné d'un point et continue en quart ; ils rencontreront Bessan qui a battu Villeneuve-les-Maguelone...
Toi aussi, tu nous as parlé du rugby...
LES BASTETS... (III) « Pilier, ce sont les reins et les jambes...» / FLEURY en Languedoc
C’étaient des temps pas tendres mais ouverts aux espoirs, et qui donnent à réfléchir sur la période que nous vivons, un présent apparemment plus facile mais corrompu parce qu’une minorité cupide impose sa loi à une majorité sans courage qui devra aussi en répondre, à l’heure du bilan.
A 83 ans, Yves veut bien témoigner du travail, de la vie, de la mer : il n’a plus voulu de l’école et parle de son apprentissage de pêcheur à la traïno, la traîne, à 13 ans.
— Oh ! podes i anar (tu peux y aller), à dix-sept ans, je suis allé jouer au rugby, je devais faire 80 kilos, je jouais pilier. Il y avait Serin, l’international, et un toubib qui s’appelait Olive, il était sympa et te trouvait toujours quelque chose pour soigner un bobo... Ils venaient pêcher à la ligne, moi j’avais commencé à Fleury.
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| collection Josette Saborit-Dolques. Merci à elle. |
Ils m’ont dit si ça me disait d’aller jouer à Béziers. Pour ça allez voir mon père. Quand ils lui en ont parlé, il se sont fait jeter comme du poisson pourri. C’étaient des coriaces, ils sont revenus à la charge et la troisième fois mon père a dit « Le matin quand il va rentrer y a pas de rugby qui tienne, i a lou traval ! »... Des fois c’était rude et devant ça y allait, mais si je me levais pas, à six heures, il me foutait en bas du lit... Puis j’ai joué jusqu’à ce que je parte à l’armée... »
Saint-Pierre-la-Mer, vendredi 31 juillet 2015.
Yves, tu patientes qu'on veuille bien t'accompagner demain, à l'église qui a tant vu des nôtres et enfin, dernière adresse connue, route de TA mer, sous les vieux cyprès... Chez les vivants, ils sont quelques uns, tu sais, à rappeler leurs bons souvenirs de la traîne... ces témoignages font plaisir. Tu en parlais, en 2015. J'ai pris tes mots au bond, « un matin motivé » à penser rugby, je voudrais plaisanter mais je dérape à me réciter le début de Victor Hugo « Demain, dès l'aube... »
(à suivre... finalement, onze ans après, presque, je vais les rééditer tes prises de parole, déjà pour moi, on oublie si vite...)
Yves BONI (1932-2026) « Tu voulais parler rugby, non ? »
Un dimanche matin de mai du début des années 60, un bon mois avant les dates présentes, sans doute depuis que la trêve hivernale s'impose... Un réveil motivé en vue de suivre le rugby en éliminatoires du championnat de France, une aventure déjà qui change le paysage, l'occasion de voir le Pont-du-Gard si le match a lieu en Provence du Rhône, ou de saisir l'écart climatique de bien trois semaines, entre chez nous et les hauteurs du Larzac sinon de découvrir les confins plus verts de l'Ariège, l'exotisme des champs de maïs, des vaches au pré et les cages de foot quand on ne connaît du sport que les poteaux de rugby. On parlait encore de séries, la cinquième des tous petits clubs qui débutent, la quatrième série du Fleury Olympique champion du Languedoc, aux rencontres rugueuses CONTRE, là ce n'était pas AVEC, Cessenon... à la castagne, pour être clair, bagarre générale... Tu n'es pas sur la photo où vous portiez ce beau maillot aux couleurs du FO, bleu avec le haut du corps, les épaules dans un capitonnage noir. (à voir dans l'ouvrage « De Pérignan à Fleury » 2009, Les Chroniques Pérignanaises).
Ce matin, dimanche 31 mai 2026, Fleury joue à Saint-Gilles, je dis Fleury puisque le village reste dans ce qui est une Entente entre villages voisins, avec Salles et Coursan, un bon choix à bien des égards, même extra-sportifs, faut faire équipe pour exister... et c'est très bien de faire corps, de défendre ensemble un terroir partagé... D'ailleurs, ne vivions-nous pas l'été ensemble, en compagnie de Lespignan, Nissan, aussi, sur la plage du camping sauvage, à Saint-Pierre ?
L'Entente Fleury-Salles-Coursan “ reçoit ” Orange en 1/8ème de finale de Régionale 1... Ils sont gonflés la Fédé puisque les nôtres ont le double de kilomètres à parcourir pour le match. À part ça, nous recevons ! C'est terrible ! comme avant contre les Britanniques quand il fallait subir un arbitrage partial au motif que nous étions seulement invités... disons aussi, soyons honnêtes, que notre Languedoc garde une tradition un peu rebelle contre l'ordre établi et que, contre l'injustice et le tapis vert nous en sommes toujours à jurer nos grands dieux de notre droiture...
1961. Cette fois-là... en 1/16èmes, nous perdons contre Mirande qui, cette année-là sera champion (c'est vrai que les Gascons, Mauvezin, Rabastens, castelnau-Magnoac... étaient alors nos bêtes noires). Ce devait être entre Foix et Auterive, Saverdun tout aussi bien. Mon grand-père, mon père, la bérette sur la tête, carrés, presque à se toucher, devant, dans la Dauphine bleue, et toi, après le match et la douche, pressé de rentrer, ne voulant pas attendre le car des joueurs, qui demande à venir avec nous. 1961, j'ai dix ans, toi, à côté, tu es costaud, plus de quatre-vingt kilos alors... Oh ! vous avez dû discuter mais je ne me souviens que du peu que je peux t'en dire ici...
Pardon, je bavarde, je bavarde... Yves, tu voulais me parler rugby, non ? Après le match alors... (à suivre)
PS1 : en 1/32èmes de finale, l'EFSC bat Lalinde 45-10, à Launaguet (31). (Dans la même Régionale 1, Olonzac, Bédarieux ont perdu)
en 1/16èmes de finale, l'EFSC bat Canton de Marsanne à Bagnols-s/Cèze (30).
PS2 : merci Les Chroniques Pérignanaises pour le chapitre sur le rugby.
samedi 30 mai 2026
Yves BONI (1932-2026) Les bastets du maître-nageur (2)
Tant que nous avons de quoi faire feu de ce bois qui nous consume la conscience, nous les gardons en nous, plus ou moins intimement, suivant le biais nous liant à elles, les belles personnes qui partent, toutes emportant un peu de ce que nous sommes. Yves, en toute confiance, m'avait fait compagnon officieux du Golfe, de cette mer qui baigne nos existences, de ces étangs témoins d'un delta inattendu de l'Aude, de Saint-Pierre, des Cabanes, nos plages. Avec lui, ce sont les voix d'alors qui reviennent, l'été surtout, autour de cette manne de poissons bleus, anchois, sardines, maquereaux. Avec les thons de haute mer, les muges à la rivière, en abondance alors, tant les uns que les autres, souvent sur les tables, obligeant à varier recettes et cuissons, tout notre petit peuple se félicitait alors des moissons de la belle saison, avant l'épisode aussi réjouissant des vendanges...
Yves Boni (20 janvier 1932, Fleury / 26 mai 2026 Narbonne), porteur de belles mémoires pour le peu que nous avons pu, voulu recueillir, toujours trop peu... nous a quittés mardi.
Je ne puis que reprendre ses mots, son propos, puisque cet été-là, de 2015, il a bien voulu que je les recueille. C'est brut, relu, à peine repris, et, espérons, plus durable, moins périssable que les fleurs...
LES BASTETS DU MAITRE-NAGEUR (2ème partie) / Fleury en Languedoc
Nous sommes assis sous la figuière, soutenue, tant les fruits
pourraient peser (1), par une dizaine de perches telles les
partègues, ces gaules à pousser les barques sur nos étangs.
Thérèse reste assise à sa droite. Elle l’approuve surtout quand
elle apporte son grain de sel. Elle le soutient mort et fort (2),
inconditionnellement, depuis leur première rencontre, à n’en pas
douter, à Saint-Pierre, quand elle passait l’été à
la baraque (au marabout plutôt, lié aux Coursanais) et que lui halait la traîne sur la
plage.
« Je suis né en 1932...
— Votre famille est de Fleury ?
« Té, il veut pas aller à l’école tu le prendras à la pêche... ».
C’est là que j’ai commencé à aller à la traîne, à 13 ans. On avait des cordes en chanvre, ça pesait une tonne et toute la nuit j’enroulais des cordes, on avait une grande traîne pratiquement à un kilomètre en mer avec douze ou treize personnes par côté, éloignées aussi de 8 ou 900 mètres. Je commençais à forcir mais ces cordes à charrier toute la nuit : j’étais au bras de dessus comme on dit, 800 mètres plus haut, celui qui portait les cordes le plus loin : le matin j’avais les bras qui touchaient par terre. Il y a eu une évolution, j’ai continué : il m’a foutu à voguer à une rame (16 ans), y avait pas de moteur à l’époque oh ! La promotion, quand tu cales, avec le vent du nord, va pla, mais cal tourna, attendi amé el vent (ça va bien, mais il faut revenir, attends, avec le vent). Bon on pêchait aussi avec le marin. L’année d’après il me met maître nageur, tu penses, deux avirons dans les paluches, y a le cul qui se pèle, sur le banc. On faisait deux bols du soir, ils étaient tacticiens les cocos, les anciens « Pitchoun, cal attendre lou leua » (Petit, il faut attendre le leua)...
| Yves Boni jeune. Collection Josette Saborit-Dolques. Merci. On croit reconnaître au fond, le rocher de Saint-Pierre... |
(1) Était-ce pour supporter les branches en parasol pour une ombre des plus agréables. A côté un mûrier-platane qui semble s’en savoir mal de cette promiscuité. Dans notre Sud, l’ombre est plus ou moins appréciée, suivant l’arbre qui la porte. D’après certains celle du figuier fédèrerait quelques réticences... Est-ce lié à sa nature latescente ? à une mentalité terrienne circonspecte en dépit de ce qu'il y a de paix intérieure, d'harmonie, de spiritualité seulement dans l'expression « à l'ombre du figuier », reprise, depuis l'antiquité par nombre de penseurs, d'intellectuels. Ou alors est-ce un reliquat lié à la crainte des Romains, quand Caton, voulant alerter sur l'imminence du danger, montra une figue verte carthaginoise cueillie trois jours avant à peine ?
(2) Pai mouièn de ba trapar sur un
dicciounari occita ! pas moyen de trouver l’expression, pourtant, à
Fleury, elle signifie la manière têtue, acharnée de soutenir un
propos.
(3) Yves veut dire que la population consommait directement, sans que les produits ne soient transformés et détournés par une chaîne d’intermédiaires.
(4) La côte
étant déjà en zone interdite, le village devait être évacué par
étapes ; ma famille était aussi sur la liste en cours mais les
circonstances défavorables à l’Allemagne firent que seuls les
meubles partirent à Pexiora.
(5) Une insistance attestant peut-être qu’il tient à se démarquer des habitants du hameau...
(6) peut-être de « leu » (tôt, vite, bientôt...), à propos de l’étoile visible en premier.
vendredi 29 mai 2026
YVES BONI (1932-2026), éternel pêcheur...
Tant de peine quand une belle personne nous quitte. Après la barque qu'il dut brûler, après le départ de Thérèse, le souvenir d'elle avec le marabout du camping sauvage à Saint-Pierre, Yves à présent. Dimanche, le rugby joue sa qualification en championnat de France, mes pensées iront au pilier Boni du Fleury Olympique des années 60. Poutous mouillés...
Yves Boni (20 janvier 1932, Fleury / 26 mai 2026 Narbonne), porteur de belles mémoires pour le peu que nous avons voulu recueillir, toujours trop peu... nous a quittés.
Un jour de fin juillet 2015, rencontré par hasard à Saint-Pierre, je ne sais plus où. j'ai dû lui dire quelque chose sur notre ancien temps, le rugby peut-être, la pêche tout aussi bien. Comme prenant la balle au bond, spontané, il répondit « Viens nous voir à la maison, c'est pas difficile à trouver, boulevard de Villebrun, elle est juste avant les “ Bergeries ”, tu ne peux pas te tromper, l'avant-dernière, celle avec un gros figuier devant... ne viens pas trop tôt que j'aide le matin à la pêche... ». Je crois au hasard, aux hasards pluriels même, aux positifs, à ceux qui nous sont favorables, qui ont apporté une magie, une magie ressentie ici, pour ce lieu, la vigne et le puits, les baraques au-delà, comme d'un village à part. C'est ce que je devais penser en allant trouver Yves sous sa figuière... et tout ce qu'il a pu me dire, sans qu'il ne sache, ne pouvait que prolonger cette magie de gosse...
«... alors commença la féérie et je sentis naître un amour qui devait durer toute ma vie... » Marcel Pagnol.
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| Yves Boni, juillet 2015. |
Y avait un peu de ça mais laissons la magie du gosse qui ne serait sans les lieux et les personnes qui la font vivre, qui l'entretiennent, n'est-ce pas, Marcel ? Je descends du vélo, je m'annonce, il répond que je n'ai qu'à pousser le portail, qu'il a les mains prises et je le vois sous sa casquette bleue, dans son bleu de pêcheur, avec ses gros doigts, justement, en train d'entreprendre un délicat ramendage de filet.
« Excuse-moi de ne pas t'ouvrir, j'ai les mains prises... rentre-le, le vélo, on ne sait jamais...
Alors, comment c'est allé ? suite au bonjour, on se sent toujours emprunté, mal à l'aise presque, peut-être de venir exploiter une vie, certainement de se prendre pour un de ces journalistes qui se permettent sans vergogne de mettre à nu l'interlocuteur. Bien sûr, étant du même village, nous n'aurons pas de mal à donner des nouvelles, lui des siens, de son épouse Thérèse, en haut dans cette maison qui a heureusement gardé quelque chose de la baraque qu'elle fut, du cabanon des vacances qu'elle reste puisqu'ils y passent l'été. de ma part, les miens, aussi à Saint-Pierre, papa 93 ans, maman 91, ma sœur à la retraite depuis peu... Ensuite, faire savoir à l'autre qui on est afin de se faire accepter réciproquement dans une relation amicale, pacifique... finalement sans valoir plus que les animaux qui se rencontrent... dire ce qui nous pousse, échanger, en partant d'un vécu un tant soit peu partagé, dans le but souvent pas exprimé, au moins de ne pas effacer, de laisser une trace, un fil à dérouler des fois qu'un plus jeune le saisisse et qui sait, le passe plus loin dans le temps.
Comme pour un moteur froid qui pourrait connaître des ratés, là, la liaison est toute trouvée avec ce que fait Yves, et outrepassant ce que Jean Yanne (1933-2003) sut si bien traduire dans son sketch du restaurant quand le serveur demande « C'est pour manger ? »,
« Alors Yves, toujours la pêche ?
Le mercredi 29 juillet 2015, une première piste sur un homme des plus attachants, Yves Boni. (Rassurez-vous, je dois aussi me relire pour que ça revienne, presque 11 ans plus tard...)
LES BASTETS (1) DU MAITRE-NAGEUR / Fleury d'Aude en Languedoc.
C’était promis. J’ai revu Yves un an après, en forme malgré ses 83 ans sauf qu’il a désormais une estafilade de quelques centimètres sur le côté droit (2), pour la pile cardiaque... Jolie la cicatrice... Plus joli que ce qu’il me dit de la Méditerranée.
| Yves Boni, juillet 2015. |
« Les anchois ont disparu, les sardines restent naines faute de plancton... les prises ne tiennent pas et sans glace, il faut tout jeter. Les thons reviennent paraît-il... à se demander ce qu’ils peuvent bien manger... La mer est pourrie, le commandant Cousteau le disait déjà en 1952, quand je faisais le service à Toulon... On trouvait qu’il exagérait quand il dénonçait les boues rouges (3)... malheureusement, je crois qu’il avait raison...»
Aussi quand il pense à haute voix que finalement il préfère ce qu’il a vécu, malgré la guerre, les privations et le porte-monnaie vide, l’évocation d’une vie plus naturelle, plus vraie l’emporte sur ce qui ne manquera pas d’arriver maintenant que le système a anesthésié un genre humain conforté dans un consumérisme égoïste empêchant de réaliser que la catastrophe menace. Un tableau si sombre que la nostalgie reste plus agréable à évoquer que les perspectives à venir. C’est ce que semble dire son sourire tandis qu’il se replonge dans les souvenirs.
(1) en occitan le bastet est la callosité, le durillon à la base des doigts provoqué par un travail répété. et quel homme de la terre, de la mer, ne m'a pas dit un jour que le porte-plume ne risquait pas de me causer des bastets ?
(2) ce serait à gauche, plutôt, non ?
Yves, inscrit maritime l'hiver sur l'Étang de Bages, n'a pas eu l'occasion de parler des rejets toxiques ou débordements, suite à de forts épisodes pluvieux tels ceux de fin 2025 et début 2026, depuis l'usine Orano-Malvési, classée en 2004 « Installation nucléaire » et non plus « Seveso ». (De Gaulle aurait pu opter pour Colombey-les-deux-Églises plutôt que Narbonne... mais des emplois quitte à traiter de l'uranium).
Salut Yves, je ne serais avec toi lundi que par la pensée, lorsque, de notre chère église tu feras ce dernier trajet pour un repos paisible sous les cyprès, pardonne-moi si, à mon échelon, à l'image de tous ceux qui ressentent du chagrin, je m'en voudrais toujours, de n'avoir pas fait plus, d'avoir cru qu'il ne fallait pas t'embêter, de ne t'avoir pas accompagné plus loin, d'avoir trop vite renoncé... merci pour ta générosité, pour la grande richesse que tu sus partager...

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