Affichage des articles dont le libellé est Yves Boni. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Yves Boni. Afficher tous les articles

lundi 9 mars 2026

Route, pèlerinage, août, déluge, cheval... cheval...

Comment faire ? faut-il prendre notre vie par un bon bout quand on réfléchit à quoi elle pourrait bien correspondre ? Entre tout ce qui percute, télescope et perdure vu que le sentiment ne retient que ce qui compte, me revient, à propos de la magnifique rencontre avec Yves Boni, le pêcheur du Golfe qui lui aussi se penchait sur son sens de la vie jusqu'à le partager, au prétexte d'une mer si généreuse qu'il faut bien se résoudre à estimer perdue, me revient, je disais, aussi vif qu'un tableau de Cézanne, cette vue bucolique de Saint-Pierre-la-Mer, mes gens entre garrigue pelée (de nos jours des maisons et petits immeubles partout...) et air marin, les pins, le sable, la plage, l'été, la baraque au bord de la Méditerranée... et des clocs de sabots familiers qui se font trop bien entendre bien que perdus dans les limbes de ce qui fut... 

« Et alors ?  

— Et alors quoi ? entre tout et rien, nous ne sommes que ce peu de chose se posant la question de ce qu'il représente, un tout ne valant rien mais un rien valant tout... 

— Et alors ? ce n'est pas le tout de balader son monde... 

— Alors, me revient la réaction de l'élève qui justifie et relativise son manque d'intérêt pour la curiosité intellectuelle « Mais Monsieur, à quoi ça sert ? » Oups, pris complètement à froid, ne sachant toujours pas ce que ma réponse réflexe valut et vaut encore aujourd'hui, je me suis entendu dire « À quoi ça sert de respirer ? »... et le cours reprit parce que le chef de bande se doit de partager, de mettre en commun, de faire communier, de faire avancer cette dynamique appelée « classe » avec tout ce que cela sous-entend d'attention, de respect, de confiance mutuelle, d'intimité affective, pour ne pas dire « amour ». 

Alors, de fil en  aiguille, en faufilant plutôt seulement, le hasard, bien que suspendu y étant pour beaucoup dans ce ressenti apparemment endormi mais toujours à deux doigts de fulminer tel le dragon gardant la caverne d'or dans le Hobbit, et alors, à la télé je vois un type genre jovial mais qui visiblement se donne cet air pour exprimer quelque chose de lourd, de trop profond, qui ne pourrait passer sans subterfuge. 

De tous nos êtres chers, il s'appelait Lami, c'était un trait breton, il ne lui manque que la parole... il reste une idole... et moi j'avais dix ans... 

Lui, agriculteur, en Bretagne, plus jeune mais du même âge vu ce qu'il raconte et ressent. Il dit, au début, comme d'un détail d'un jour quelconque « J'ai vu la jument partir avec le marchand. Je les vois s'éloigner puis sortir de ma vue et tout d'un coup c'est terrible, je n'ai plus de jument... je n'ai plus de jument ! J'ai six ans et je pleure et d'en parler, là avec vous, j'en repleure. Je n'ai plus de cheval, je n'ai plus de jument, je la vois toujours partir, j'entends toujours son pas tranquille, confiant, jusqu'à ce qu'il s'éteigne. Soixante ans plus tard, comme en ce jour funeste, je revois, je réentends, je pleure en le revivant. De manière anodine presque, la griffure au départ superficielle s'enfonce dans les chairs, laissant à jamais sa cicatrice. 

Lui, le Breton des choux-fleurs et autres artichauts, m'amène une émotion au coin des yeux ; moi le Languedocien des vignes, en frère mortifié, la gorge serrée, je viens pleurer avec lui. 

Saint-Pierre-la-Mer, un temps de quinze août, ils rentrent tous au village préparer la vendange. Je vais vers mes six ans, sur la jardinière de l'oncle Noé ; il bruine ; en bas des Esses la route longe la vigne de Jim (1) ; l'oncle dit « les trous de renards », les visages s'avancent au-delà des montants de la capote pour se tourner, en bas de la barre rocheuse, à droite, vers les fameux trous dits « de renards », ce qui ne perturbe en rien le sabot régulier de Mignon, le cheval de l'oncle roulant du fessier à chacun de ses pas. Où est Lami, celui du grand-père ? préposé au déménagement de la baraque ? ou non concerné ? je ne sais, j'ai su seulement que c'était le dernier voyage avec le cheval, été 1956... sans plus savoir avec qui j'étais, j'étais dans l'idée que le Monde marche et continuerait de marcher au rythme tranquille des clocs de sabots... (à suivre) 

Combe-Levrière 2018, on remarque la ramure du chêne vert et le fût réhabilité de la croix. 


(1) Au bout il y a le pont de Combe-Levrière pour le lit de rochers d'un ruisseau qu'elle dit la carte, d'un oued pratiquement, issu des garrigues du Cascabel (chères à Pierre Bilbe) et du “ ruisseau ” de Combe-Figuière, qui rage seulement lors d'un aigat, un épisode méditerranéen et contribue à combler l'Étang de Pissevaches (voir Geoportail). Petite croix de Combe-Levrière sur, d'un seul tenant, un socle brut pour un fût cylindrique courtaud. Réminiscence du pèlerinage annuel, aux beaux jours, à pied jusqu'à la chapelle de Saint-Pierre-la-Mer avec arrêt et prières à chacune des huit croix rencontrées (j'ai compté sur mes doigts, Josette a des photos, on remarque notamment que les crêtes étaient pelées, aux petits pins promptement arrasés par les nombreux moutons du village). 

2018. même en prenant de la hauteur, c'est à peine, tant les pins ont joué aux envahisseurs, si on distingue un rogaton de la barre calcaire « aux tous de renards ». 

Et quoi encore ? Ah oui, un bel arbre, un chêne faisant ombre à la croix des Pénitents Blancs... et c'est pas fini, je laisse la parole à papa dans son « Caboujolette » : 

« [...] Norbert en avait une aussi à son sujet. Un jour que Toumèu était passablement ivre, ils lui faisaient raconter (sans doute au « cagnard ») une partie de pêche totalement imaginaire. Il revenait avec son attirail de pêche vers Fleury et s’était arrêté… au pont de Combe-Lévrière, où le ruisseau, comme chacun sait, regorge de poissons (on pourrait écrire sur ce pont ce qu’on avait mis à Madrid pour le Manzanares :

«  Voici le pont ; où est la rivière ? »)

Et Norbert se plaisait à imiter Toumèu :

« M’arresti (a) aqui. Un cop dé lancer, et un roucau coum’aco ! » Et l’assistance de penser « E qu’uno pèl !! »

(a) « Je m’arrête là, un coup de lancer et un “ roucau ” comme ça ! » Et l’assistance de penser « Et quelle cuite ! Dans mon dictionnaire occitan, on met « ivresse » après le sens de « peau, pelure des fruits ; écale des amandes ; femme de mauvaise vie ; ivresse » Et ils orthographient pèl avec un « è ». 

Oui, et moi je m'arrête là parce que, de fil en aiguille comme on dit... plutôt que d'embrouiller la pelote, revenons à la vie de nos hommes avec nos chevaux !    


jeudi 26 février 2026

« Bogue » ? « Gobie » et crabe bleu... (8)

Parenthèse sur la pêche du jour mais non sans rapport avec notre thème. Hier, le sujet de « Voyage en cuisine », émission d'Arte, parlait d'une recette à Venise, un « risotto di go » “ monté ” petit à petit avec un bouillon de poisson, de gobie exactement (le bouillon restant clair, on dirait que le chef n'a pas passé pas sa préparation oignon-céleri-gobies au presse-légumes). Aussitôt j'eus souvenance d'un épisode de pêche raconté par Yves Boni, intitulé, mystère et inspiration décalée du témoin plutôt que du rapporteur, il me semble : « Les bogues du capitaine au long cours », à propos d'Yves, pêcheur local jamais parti mesurer des profondeurs, tel Marius de Marseille, dans des mers lointaines. 

Quelques gobies « Voyage en Cuisine » Arte (25 février 2026). 
 

Et là, le gobie composant l'apport principal au risotto vénitien, je me suis égaré dans une question de phonétique, une métathèse de spécialiste, entre nous, une inversion comme dans “ aéroport, aréoport ”. Était-ce le cas avec “ bogue gobe " concernant le gobie, gobi en occitan, ce petit poisson puissant par rapport à sa taille, ne sortant de son trou que pour aller manger. 

Hier cette recette de risotto est venue corriger mon méli-mélo existentiel : plus grands et en pleine eau, les bogues ne sont pas des gobies. Cela ne m'a pas bridé dans la relecture de l'article datant de plus de dix ans... Si ça vous dit de m'accompagner pour cette reprise de cet écrit d'août 2015 :   

LES BOGUES DU CAPITAINE AU LONG COURS (VI) 

« La bogue (1), ils en sont friands à Toulon, malheureux ! J’avais un copain, il était à la Seyne ; sa mère vendait sa pêche. Un jour il fait une soixantaine de kilos de bogues.

« Qu’est-ce que tu vas en faire ? » je lui dis, nous, là-bas, on les jette...

— Vous les jetez ? mais tu veux pas rigoler, ça vaut un prix d’or !

— Ça vaut un prix d’or ? Nous, on les donne aux goélands !

— Mais vous êtes cabourds (2) ! C’est prisé ici ! 

Du coup, plutôt que de les jeter, la fois d’après, je les porte au chef, un grand chef de cuisine qui nous régalait de ses pâtés, au déjeuner. Je lui précise que c’est vraiment pas terrible, la bogue. (à suivre)

(1) Boops boops, communément appelée bogue est une espèce de poisson marin de la famille des sparidés. La bogue, Boops boops (Linneus, 1758) est une espèce largement répandue aussi bien en Atlantique oriental qu'en Méditerranée. Elle présente un caractère semi démersal (benthique si vous aimez mieux...) et vit au-dessus du plateau continental sur tous les fonds jusqu'à 490 m ; elle est plus abondante dans les cent premiers mètres.
Elle doit son nom de bogue a la taille de ses yeux qui sont particulièrement grands par rapport a sa tête, comme un insecte (en anglais « bug »). WIKIPEDIA. 

(2) à l'origine "mouton qui a le tournis" ; signification dérivée : "idiot". 

Boops_boops_Karpathos 2011 under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license. Author Roberto Pillon.


 

mercredi 25 février 2026

La traîne expliquée par François MARTY (7.3)

Auditeur privilégié de ses précieux témoignages, je partage avec plaisir le vécu d'Yves Boni, pêcheur originaire des Cabanes-de-Fleury. Après ça, comment se résoudre à un clap de fin avec un témoin si amicalement soucieux de partager ce que fut sa vie de pêcheur ? 

À titre personnel, je garde pour la fin le souvenir plaisant d'une participation à au moins deux caluches, deux petites traînes, à Saint-Pierre-la-Mer (Pissevaches) et aux Cabanes-de-Fleury, avec, inoubliable tant il était attachant, un autre pêcheur de chez nous, Robert Vié (1927-2007). 

François Marty (1953-2008), emprunt aux Archives du Sensible.

Décidément, c'est la pêche à la traîne qui est la mieux documentée tant dans la revue Folklore avec la participation d'Henri Bourjade, avocat de formation, propriétaire terrien à Fleury-d'Aude et Saint-Pierre-la-Mer, celle aussi, pour aujourd'hui, de François Marty (1953-2008), pêcheur à Gruissan dans son étude malheureusement inachevée pour cause de décès. 
Dans la quarantaine de pages dédiées à sa « Description détaillée des techniques de pêche », avec l'art de la pêche, le lamparo, la foëne, le tellinier, le trabaque, les filets maillants, les crocs et le globe, François Marty accorde huit pages à la « caluche », deuxième en importance après le lamparo.      

François Marty la caluche : 
« ...Les très grandes traînes appelées « Gateo » ont vécu leurs dernières mises en œuvre dans les années 1950 : par manque de bras » (F.M.
Il nous explique qu'en plus des professionnels, les 50 à 80 personnes se présentant pour aider à la traîne, venant suite au bouche-à oreille initié dans les quartiers par les matelots se trouvèrent de moins en moins intéressées par la part gagnée, « la godaille » (F.M.)(en raison de l'amélioration du niveau de vie, de la paie en numéraire plutôt qu'en nature)

« [...] Cette pêche, appelée en français la senne de plage, ne se pratique facilement qu’en absence de houle... » (F.M.), donc par vent de terre (1) Cers ou Tramontane. 

Schéma François Marty. 

L'auteur précise que la barque qui a calé le filet revient au bord à environ 300 mètres du départ « [...] Commence une longue traction tandis que se lève le soleil, jaune d’œuf... » (F. M.) 

Chaque cinq minutes, une maille (100 mètres environ) est ramenée, une équipe crie « maille » et l'autre bras doit répondre puisqu'il faut se trouver au même niveau simultanément. 

« [...] Les pêcheurs disent que c’est le filet qui effraie le poisson en bougeant. Ainsi allant de gauche à droite, le poisson hésite jusqu’au moment où, « sentant » la terre proche, il essaye de repartir vers le large et se trouve piégé dans la poche, d’où l’importance qu’elle se trouve bien au centre à l’approche de la plage. » (F.M.) 

Schéma François Marty

Dessin de François Marty qui était aussi artiste.



Lorsque le filet arrive, les équipes tombent le trajèl (2) et tirent à la main, côté flotteurs ou côté plombs, en prenant soin de bien garder le plomb au fond de l'eau au niveau du dénivelé limitant la grève. Ils doivent aussi tenir compte des poissons qui s'ensablent afin d'échapper au piège : 
« [...] En effet si le mulet saute par dessus le filet, le loup, la dorade et le marbré ont la faculté de se mettre de côté, de basculer latéralement, de secouer rapidement leurs ouïes ce qui crée un courant qui retire du sable et leur permet d’y loger leur corps sur lequel ce sable se redépose. Un gros loup provoque en surface des tourbillons et des remous impressionnants... » (F.M.)
Une foëne (« fitouiro » chez Alibert, et nous, disions « fichourlo ») s'avère alors très utile vu que l'eau diminuant la pression, le poisson sous le pied s'échappe généralement. 

La poche est laissée dans l'eau, on en retire le poisson grâce à une cagette « [...]Ce qui est commercialisable ou peut faire partie de la portion donnée à l’équipage est mis en caisse, glacé et entreposé à l’ombre sous le « seilou » (la pointe pontée de la barque / note JFD), est rejeté vivant le poisson ni maillé ni écrasé... » (F.M.) 

En prévision du prochain coup de traîne, la poche nouée, tout doit ensuite être bien rangé, bien lové pour les mailles et plié concernant le filet. 

Les embouchures des graus et des ports sont recherchées, idem pour les trous d'eau. Celui qui arrive en second doit s'éloigner de 600 mètres pour « faire bol ». Souvent une bette laissée sur la plage indique que la place est gardée. 

En tenant compte des courants (celui de pounent est favorable / F.M.), des bouées, du début de la surveillance des plages, ils font en général trois bols dans la matinée. 

« [...] Incidents. Les croches ne sont pas rares, chaque hiver, chaque inondation apportent son lot d’obstacles qui peuvent être plus ou moins dangereux et plus ou moins ensablé en fonction de la houle et des courants. Il est ramassé toutes sortes d’objets dont les plus incongrus, appareil auditif, fauteuils d’avion, frigos, pneus… Lorsque la tension de la corde augmente, qu’une résistance se manifeste, une personne habituée peut savoir si l’on est en train de déchirer le filet. En posant la main sur la corde, il est possible de sentir la secousse des mailles en train de se rompre. Si le lieu est connu pour propre, dégagé de tout écueil, l’hypothèse d’un simple ensablement suffira à faire en sorte de resserrer les deux bras pour débloquer. En cas de croche importante, il devient impossible de tirer. Le filet se déforme et souvent la ralingue des flotteurs coule. La relève du filet s’impose alors afin de le dégager. Soit à l’aplomb de la barque on peut libérer le filet quelquefois à l’aide d’une gaffe ou alors il est nécessaire de plonger... » (François Marty).     

(1) « Magistral ou maristrau qui souffle de l'Ouest ou de l'Ouest Nord-Ouest et que l'on confond avec le Cers », la Tramontane, Tramountano, restant un vent de Nord-Ouest ( page 198 « La Pêche sur le Littoral Audois », Garae, revue Folklore n° 3, automne 1941)

(2) Une paire de tours autour du cordage suffisent à bien arrimer la traction... tout comme font les cow-boys quand ils laissent le cheval devant le saloon... 

(3) À Saint-Pierre, dans des circonstances analogues, mon grand-père Jean sortit de l'eau un loup magnifique dont l'œil seulement était visible mais ce butin devait appartenir de droit au patron pêcheur. 

Source ; Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise « La Pêche Artisanale sur le Littoral Audois », « Étude Inachevée », François Marty (1953-2008), Association Etan.  

mardi 24 février 2026

La traîne d'Yves, margoulins et gens bien (7.2.3)

Je ne peux que rappeler les plaisirs cumulés à écouter Yves Boni, pêcheur du Golfe, au matin vers 10 heures... C'est que, plus tôt, il “ traîne ” en bord de mer ou au port en soutien d'un jeune professionnel à la pêche, d'ailleurs tout en parlant, ses mains s'occupent aux mailles d'un filet. Et puis il y a son pied-à-terre de Saint-Pierre évoquant si bien un passé forcément beau de notre station balnéaire (voir un précédent « La traîne avec Yves Boni (7.2.1) ». Ces propos datent de l'été 2015. 

Yves Boni 5, patron pêcheur, (à la caluche certainement, la petite traîne, ou alors peut-être s'aidait-il d'un tracteur pour une  “ grande ” traîne encore (1)/ note JFD) : « La vente du poisson... une fois j’ai fait un gros coup, té, en face de chez toi, à droite du poste... Eh bé, c’était pour la fête de Sète, oui pour la Saint-Louis ; là j’avais que des copains : on fait un bol on en a eu une quinzaine, vingt kilos, des loups, et des beaux, de belles portions de deux, trois kilos. 

De l'autre côté de notre Méditerranée, une même traîne, “ pêche à la senne ” en français. 

On remet le filet dans la barque. Un me dit « On pourrait faire un bol de l’autre côté, Marc y est allé, y a un trou, il pourrait y avoir quelques loups ! ». Allons-y, c’était tout près, on calait à trois cents mètres. On va, on cale, je te dis pas : trois-cents-cinquante kilos de loups et des pièces de trois, quatre kilos ! 

— Qu’est-ce qu’ils peuvent manger si regroupés ? 

— J’en sais rien ; c’était dix, douze ans avant que j’achève, alors entre 1980 et 1982. E aro, per vendre aco ? ( Et maintenant, pour vendre ça ?) Je me débrouillais, j’avais des ramifications, je servais des restos à Port-Vendres et personne n’en voulait ! Jusqu’à Monaco, Nice, Marseille ! Couchanlegi est venu le chercher : y en avait trois-cents-vingt kilos sans compter ce que les copains ont pris... Quand y’a du poisson, faut pas faire le radin. 

Yves à son compte qui raccommode, rafistole. Collection Josette Saborit-Dolques... jeune dans le poisson avec ses parents (ici son père Édouard Saborit (1914-1979), poissonnier) dans tous les villages par chez nous et à présent à rappeler les gens qui ont fait l'histoire de notre village ! Un grand merci renouvelé pour cette participation appréciée !

Je suis allé encaisser trois jours après, j’en ai eu péniblement 12 euros... pardon c’était en francs ! Que dalle quoi ! Ils sont durs en affaires et c’est pire chez nous... A cette époque le loup se vendait entre 25 et 30 Francs parce que, à Sète, dans l’Hérault le poisson s’est toujours mieux vendu que dans l’Aude, toujours beaucoup plus payé qu’à La Nouvelle ! Au lieu de 8-10 ici, là bas, 12- 15... L’océan vient le chercher, la Côte-d’Azur qui arrive, les “ Italianos ”. 

— Et dans les PO ?

— C’est pareil que dans l’Aude, les mêmes types et maintenant à La Nouvelle, n’en parlons pas, c’est géré par les copains des copains de la chambre de commerce... Attendi, il y a quelques temps, une paire d’années, le jeune avait pêché une dorade de 4-5 kilos, ils n’ont pas pu la vendre mais ils ne l’ont pas retrouvée la dorade... elle avait fait des petits... ça n’avait pas traîné !.. " 

Organisée par la municipalité, mise à l'honneur par le 13 heures, une fête du patrimoine les dimanches matin de juillet et août : les touristes sont embauchés pour relever la traîne... le nombre à défaut de trajèl (bricole de traction). Ils partagent ensuite le poisson. 

Yves Boni 6, “ L’ALLEMAND ”. 
En été, à la traîne, dès 6 heures du matin, il y avait déjà 200 personnes qui badaient. Un a demandé s’il pouvait photographier et filmer. J’ai répondu qu’il n’y avait pas de problème... Pourquoi refuser à partir du moment qu’on ne te gêne pas dans ton travail ?
A la fin du bol, il a même demandé s’il me devait quelque chose. Quelle question !
Chaque année, il revenait, je me souvenais de lui et une fois, j'ai eu l’idée de lui demander ce qu’il faisait des films.
« C’est que les hivers sont très rigoureux en Allemagne et nous avons beaucoup de plaisir, en famille et avec les amis, à regarder ces beaux souvenirs de l’été, de la Méditerranée ! ». 
 
(1) Merci au lecteur concerné à titre personnel pour avoir remarqué un tracteur Massey Fergusson rouge sur le sable des Cabanes-de-Fleury, à Saint-Pierre, bien qu'il faille toujours douter de l'entièreté d'un souvenir, il me semble avoir vu au moins un tracteur orange...  






lundi 23 février 2026

Yves Boni, la grande traîne ou gateo (7.2.2)

Passeur de mémoire pour une pêche d'alors sur le golfe du Lion, entre, en gros, Les-Cabanes-de-Fleury et Gruissan, Yves Boni témoigne d'une vie nature mais rude, de l'apprentissage à patron pêcheur. 

Années 50-60 ? « plein d'usage et raison... » Yves semble s'être mis à son compte. Collection Josette Saborit-Dolques... jeune dans le poisson avec ses parents dans tous les villages par chez nous et à présent à rappeler les gens qui ont fait l'histoire de notre village ! Un grand merci pour cette participation appréciée ! 
    
Yves Boni 3 à la grande traîne ou gateo : « La pleine lune, c’est pas terrible pour la pêche. Ce sont surtout les courants qui gênent, plus que la lumière, parce que les courants sont désordonnés et il vaut mieux une direction unique, dans un sens ou dans l’autre, de l’est ou de l’ouest. Autrement ils étaient bons... A la traîne ils plongeaient d’abord une bouteille attachée deux ou trois mètres sous un liège et ils voyaient si en surface et dessous les courants se contrariaient. Ils constataient si le courant de grebi donnait ou bien le gregau. On était arrêtés à une maille de la terre (100 mètres), à réfléchir, à calculer, stoppés sur les avirons pendant un quart d’heure, vingt minutes, une demi-heure. Si c’était franc, on calait « la pouncho dins lou pounent » fallait aller vers l’Espagne. C’était plus mauvais quand il y avait le vent d’est parce que, dans ce sens là, il fallait "embasser" (ranger les filets dans la barque) la terre à l’envers... Ils aimaient pas trop là... Après, les courants proches de la terre étaient forts, alors ça te prenait le filet, tu coulais ! Tu aurais rigolé ! tu arrivais au bord en coulant, tu aurais vu comme ça peltirait (tirer avec force) ! Au lieu de partir par ce bras (celui vers l’embouchure), il fallait démarrer par l’autre. Avec les courants forts, pour un noyé au niveau de Pissevaches, ils nous ont demandé de faire bol pour essayer de récupérer le corps. O ! adieu, on l’a retrouvé aux Ayguades, trois ou quatre jours après... » (dérive vers le Sud de plus de 7 kilomètres / note JFD)

 Yves BONI 4, toujours à la grande traîne (traina) : « ...et le second essai, le bol du matin, à l’aurore... Des fois on venait jusque sous “ Tintaine ” (latitude du cimetière marin et de la chapelle des Auzils, presque à Gruissan ; le lieu est noté sur la carte d'État-Major des années 50 / note JFD), on se tapait déjà 8, 10 km à pied (13 même ! / note JFD)... et ce filet en coton, mouillé qui plus est, il pesait lourd et puis fallait pas mettre le pied dessus : il te foutait un coup de pied au cul... Enfin, j’aurais été plus intelligent, j’aurais continué à l’école... Mais je regrette rien... c’est un boulot rude quand même.
    Après attends, oooh il m’avait trouvé une autre combine. Il était bien le vieux Garibaldi alors il m’avait foutu à la barque, on avait des corbeilles en osier, des brassets on disait, Après le premier bol, depuis Tintaine j’allais porter 400 ou 500 kilos aux Cabanes, à la rame et arrivé, retour à l’expéditeur ! (environ 13 kilomètres et autant pour y revenir même à vide ! puis un autre trajet retour pour le filet non ?/ note JFD) 

— On comprend qu’après la journée, pas besoin de faire du sport... 

— Oh ! podes y anar (tu peux y aller) ».  (à suivre)


dimanche 22 février 2026

La traîne avec Yves Boni (7.2.1)

Yves Boni, pêcheur du Golfe, première ! Clap de début ! 



Écoutez-le, Yves, sur fond de cigales, ramendant son filet devant son petit chez lui, sous le figuier aux branches chargées ou seulement soutenues afin de ne pas casser. Il peut nous les raconter, ses mêmes mais belles histoires, même sans de belles tartanes à quai, à côté, d'un vieux port ravissant. Oui raconte, Yves, comme lors des fêtes, au dessert, après la carthagène et la blanquette, la chaleur du repas de famille aidant ; nous en restons tous friands, nous ne nous en lassons pas... 



Yves Boni 1 : « C’est là que j’ai commencé à aller à la traîne, à 13 ans. On avait des cordes en chanvre, ça pesait une tonne et toute la nuit j’enroulais des cordes, on avait une grande traîne pratiquement à un kilomètre en mer avec 12 ou 13 personnes par côté, éloignées aussi de 8 ou 900 mètres. Je commençais à forcir mais ces cordes à charrier toute la nuit : j’étais au bras de dessus comme on dit, 800 mètres plus haut, celui qui portait les cordes le plus loin : le matin j’avais les miens de bras, qui touchaient par terre. Il y a eu une évolution, j’ai continué : à 16 ans, il m’a foutu à voguer à une rame, y avait pas de moteur à l’époque. Oh ! la promotion ! quand tu cales, avec le vent du nord, va pla, mais cal tourna, attendi amé el vent (ça va, mais il faut revenir, attends, avec le vent). Bon on pêchait aussi avec le marin. L’année d’après il me met maître nageur, tu penses, deux avirons dans les paluches, y a le cul qui se pèle, sur le banc. On faisait deux bols du soir, ils étaient tacticiens les cocos, les anciens « Pitchoun, cal attendre lou leua » (Petit, il faut attendre le “ leua ”)...

— De ques aco “ lo leua ” ? (Qu’est-ce que c'est, le “ leua ” ?) 

— C’est l’étoile qui se levait, je sais pas, vers huit ou neuf heures, peut-être plus tard. On avait le bol (la remontée, le coup de filet) vers deux ou trois heures du matin... » 

Yves Boni 2 : « Quand on faisait des coups de traîne à dix, douze mailles, j’ai eu porté deux, trois-cents kilos de rougets quand même ! Y avait de tout, des demoiselles, des maquereaux, ils faisaient des sous et moi j’étais payé avec un lance-pierre, je débutais... Pendant une paire d’années, j’étais pas payé : il fallait apprendre, on était matelots et ils en profitaient. »

Comment c'est venu, cette belle rencontre ? c'était à Saint-Pierre mais où exactement ? Mais je me suis permis de le saluer, un jour, Yves Boni des Cabanes, manière de lui rappeler qu'une fois, au retour d'une défaite de rugby au championnat de France, avec la dauphine bleue de papa, nous l'avons ramené depuis l'Ariège mais d'où exactement ? Et lui, pilier de l'équipe, désirait-il rentrer plus tôt que ses coéquipiers ? N'y avait-il pas de car pour les joueurs ? Suite à ce salut naturel à un pays, d'autant plus respectueux s'agissant d'un aîné, il m'a invité à aller les visiter, sa femme et lui, à sa villa de Saint-Pierre mais pas trop tôt le matin (manière de ne pas couper avec la pêche, pratiquement tous les jours, il partait seconder et soutenir un jeune pêcheur installé à Gruissan je pense). 

Y avait Yves et moi ! Le figuier, le pin d'à côté, mes cinq ans à la baraque de Paule, juste à côté, le souvenir, sous la garrigue, de la vigne au grillage défendant des lapins mais troué de partout, le puits d'eau saumâtre en bas, après ce quartier à part de Saint-Pierre aux couleurs de Cézanne pour les toits, la verdure, les baraques aux noms charmants dont « ACOPOTANA » me faisant rêver au Japon (à découper le mot en quatre ACO ça  POT peut ANA aller... du languedocien malicieux plutôt !) et au-delà l'appel à l'aventure pour une nature vierge alors, de la garrigue de Périmont dominant les terres salées de l'étang fangeux de Pissevaches... l'air de la mer avec ce vieux pêcheur qui a tenu à partager son vécu... É bé, croyez-moi ou pas, à revivre cette rencontre magnifique à me remuer toujours les tripes, ne pouvaient que remonter en moi les mots de Marcel Pagnol dans « La Gloire de mon Père » : « [...] alors commença la féerie et je sentis naître un amour qui devait durer toute ma vie... » 

Bouteille à la mer : j'ai déjà demandé mais si quelqu'un peut me faire passer son numéro de téléphone (son numéro de fixe n'est plus attribué). 
À titre privé, ici même dans un commentaire qui ne passera pas ma modération, bien sûr, ou sur carabene11@gmail.com, sinon Jean-François Dedieu sur facebook.

jeudi 19 février 2026

Ça TRAÎNE au clavier et dans le vécu... (6)

Sûr que ça traîne, mais avant de repartir aux Cabanes-de-Fleury, je me dois de revenir, manière d'honorer le vécu, sur la parole de nos disparus, non sans rappeler, plus inestimable qu'elle n'en a l'air, celle des vivants. Tous exhortent à poursuivre, tant les trépassés de la pêche sur le Golfe du Lion, que les témoins toujours présents. 

Considération en premier lieu à l'égard de Mlle Narbonne, des messieurs Carbonel, Sire, Vals et Bourjade, chroniqueurs, en 41, de l'activité liée aux poissons du littoral audois et plus particulièrement, en tout ce qui touche la rivière Aude (fleuve côtier), son embouchure et nos plages des Cabanes-de-Fleury à Saint-Pierre-la-Mer (revue Folklore). 

Village de cabanes de pêcheurs à l'Étang de l'Ayrolle (Gruissan, Aude) diapositive de 1978.  

Ensuite, figure François Marty pour tout ce qu'il a voulu partager de sa vie de pêcheur soucieux de nature... bien issu de Gruissan par sa famille de pêcheurs... bien que parlant pointu... Dans les voix qui continuent de nous parler, pas de Maître Bourjade, muet la seule fois où je l'ai approché, la fois où, faisant irruption, j'interrompis une discussion entre habitués devant les machines et courroies des tours de Sébastien Comparetti, le mécanicien. 

Sur le mur de “ l'usine ”, jadis le local communautaire pour rusquer, teinter les filets, un trompe-l'œil avec, à droite, un touret ainsi que le filet de la pêche au globe (Les-Cabanes-de-Fleury). 

Par contre, celles des Vidal père et fils, pour cause de pêche au globe (et aussi dans une scène du Petit Baigneur, le film), restent audibles, elles, pour tout un public intéressé. 
Plus souriante est celle de Robert Boni (et de son épouse), à chaque salutation ; plus chaleureuse encore reste celle de Robert Vié, voisin si bienveillant et ouvert, m'invitant en barque sur la rivière ou l'Étang de l'Ayrolle ainsi qu'à ses pêches à la traîne depuis le sable de Pissevaches ou des Cabanes..

Yves Boni devant sa villa de Saint-Pierre-la-Mer. 

Enfin, demeurent les voix liées à ce chapitre de terroir, bien vivantes, elles, et c'est heureux, de Guy et Claude, copains d'enfance, de jeunesse et aussi celle d'Yves, Yves Boni, un homme libre, bon, franc, qui a bien voulu revivre pour moi des épisodes de sa vie de pêcheur du Golfe (1). C'était sous le figuier de sa villa à Saint-Pierre, un cadre charmant ouvert au bon temps de mer, d'une époque où la “ villa ”, d'un statut supérieur à la baraque, au cabanon, mais pas tape-à -l'œil du tout, d'une coquetterie modeste, des jours où Thérèse (2), son épouse, me servait l'apéritif dans la cuisinette. Pardon si, presque une larme à l'œil, j'en boumboume toujours d'émotion (hier j'ai voulu l'appeler mais le numéro n'est plus attribué... si quelque bienfaiteur pouvait me dépanner (3)... C'est qu'encore, en 2015, tout gardait le souvenir palpable de Saint-Pierre avant, avec la vigne vert-jaune de raisins blancs, son grillage troué aux lapins, sa grotte en haut, son puits d'eau saumâtre en bas, en lieu et place des Résidences Saint-Pierre et, de l'autre côté, des baraques souvent sur pilotis mais ici pour compenser la pente dont la belle parce que mystérieuse « ACOPOTANA », qui m'évoquait le Japon à un âge où partir a plus d'attraits que rester, avec un nom d'un exotisme proche vu qu'en languedocien « aco pot anar », se traduit par “ ça peut aller ” ; sinon, de modestes constructions en dur, aux toits de tuiles rouges... un quartier, presque un village à part, avec ses cyprès et pins d'Alep ou parasols... un paysage qui a surgi en moi, dans les couleurs, d'un tableau de Cézanne, et qui, pour ces raisons là, me sauta un jour, au visage...  

Long préambule mais ça ne traînera pas davantage au sujet de la pêche à la traîne, traïno ou calucho, entre Gruissan et Les-Cabanes... de Fleury est-il utile de préciser ?  

(1) Quinze articles sur « Partager le Voyage », taper dans la recherche : « Yves », pêcheur », « Golfe » et aussi « bastets » ou encore « bogue »... 

(2) c'est sa famille de Coursan, qui, l'été, installait son marabout sur la plage, devant les baraques et au milieu des campeurs. 

(3) en message privé sur carabene11@gmail.com ou facebook Fleury-d'Aude en Languedoc sinon Jean-François Dedieu encore fb.          


mardi 5 février 2019

LE TERRIBLE MOIS DE FEVRIER 1956 / Lou poudaire (fin)

Le poudaire utilise des ciseaux à tailler, électriques ou pneumatiques tant il faut en avancer aujourd’hui. Dès le mois de novembre, pour ne pas se mettre en retard, et parce que tout a été fait pour ne plus embaucher de main-d’œuvre, ils doivent commencer même si les feuilles ne sont pas tombées ! Avant les ciseaux à tailler, encore au XIXème siècle, on utilisait la poda, un drôle d’outil en théorie ambivalent, d’un côté serpette, de l’autre hachette mais qui avait l’avantage de laisser une coupe oblique nette contrairement, par la suite à certains ciseaux qui écrasaient le bois. L’autre outil pour éliminer le bois mort ou en trop est le rasséguet, la petite scie (la rasso = la scie / Trésor du Félibrige / Frédéric Mistral). Tous les jours le poudaire rentrait avec un sac de souquets, plus prompts à faire de la braise que les souches plus denses et épaisses... Sur la plaque de la cheminée attendait, toujours tiède, le café passé "à la chaussette".   



Yves Boni, le pêcheur des Cabanes qui m'a offert de quoi écrire une quinzaine d'articles portant témoignage de la pêche dans une mer jadis si vivante ! Allez donc les relire, le témoin vaut vraiment le détour ! 

https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2015/08/le-temps-pour-un-pecheur-du-golfe-vii.html
 

« … Sinon, ils regardaient toujours vers l’Est, jamais dans l’autre secteur, pas du côté de l’Espagne car ce qui arrivait de mauvais venait toujours de l’Est.
    Une fois, avec cette neige du grec qui casse tout... je devais avoir 17 ans. Il a tellement neigé, la rivière était gelée, on pouvait pas aller jusqu’au pont de Fleury, comme d’habitude, et on est allé chercher du pain à Valras en passant par le bord de la mer. Il en était tombé 25 cm au bord de l’eau quand même ! J’avais jamais vu ça. c’était petit vent du nord, et l’eau des vagues se gelait. Quand nous sommes repassés il y avait 50 ou 60 centimètres de dentelle de glace... je m’en rappellerai toujours. Attends, pour geler l’eau de mer ! Tout le monde, avec des sacs ; entre ceux qui allaient gaiement et ceux qui marchaient moins vite, on était une trentaine pour rapporter du pain à tout le village.
    Une autre fois, quand on a été au pont de Fleury, on voyait rien et il y avait tant de neige qu’on savait plus où était la route, et les caves (les fossés), à côté.  Tu savais pas si tu étais sur la route ou dans une vigne. A des endroits on en avait jusqu’au ventre. Celui qui était devant était mouillé jusqu’à la taille. On se relayait, trempes comme des canards ! A la boulangerie, chez Vizcaro, enfin Fauré encore, Paul s’est étonné : « D’ount sortissès ? » (D’où sortez-vous ?) On était partis à 7 heures du matin, et le retour aux Cabanes, à 4 heures, avec le bateau. Je devais avoir 17, 18 ans. Quand il neigeait, couillon, c’était la catastrophe... » 

Un autre témoin, si attentif à la vie de son temps,si complice pour garder notre passé vivant... mon père qui me manque... François Dedieu :



La neige à Pézenas / Diapos François Dedieu 1963


« … Et nous reparlons du grand froid de février 1956 […] Ici, à Fleury, les « moins vingt » furent chose courante pendant des jours et des jours, les dernières olivettes disparurent, à St-Martin-de-Londres dans l’Hérault la vigne, pourtant si rude, n’a plus résisté à le température extrême de « moins vingt-neuf degrés ». Et Julien de me dire que l’Aude était gelée sous une couche impressionnante de glace, telle que Robert Vié avait poussé sa barque en la faisant glisser du pont de l’Aude jusqu’aux Cabanes. La même année, Titou Maurel (Louis, l’aîné […]) était tombé dans l’eau à travers une glace qu’il avait cru plus épaisse, à Pissevaches, et c’est Manolo qui l’aurait tiré de là – ils devaient chasser -.

[…] Tu me diras : c’est surtout du passé, et je te réponds : 
«  Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c’est le présent tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine. » (Marguerite Yourcenar.)»

François Dedieu / Pages de vie à Fleury / Caboujolette / 2008 / Chapitre L’Hiver.   



Diapos 3, 4, 5 : La neige à Fleury en 2006 / François Dedieu.
Note : je dois les informations et l'illustration sur la poda au livre sur le canton de Coursan / Opération vilatges al pais / dirigé et mis en œuvre par Francis Poudou (2005).