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mercredi 28 janvier 2015

LES GUERILLEROS / Mayotte en danger



Madame le vice-recteur sur le plateau de KTV lundi 26 janvier 2015. 

Allez donc vite voir l’extrait sur KTV (Facebook) ou https://www.youtube.com/watch?v=O1LR98PirWc&feature=youtu.be

Je ne vous en voudrai pas si vous faites l’impasse sur mon réquisitoire !

Alors qu’une violence de bande donne lieu à des scènes de guérilla urbaine avec la police qui a bien du mal à séparer les groupes antagonistes, madame le vice-recteur submergée par la tempête causée surtout par l’impéritie de l’État, quoi qu’elle dise « C’est l’affaire de tous, c’est ni la faute des uns ni la faute des autres, l’éducation c’est quelque chose qui incombe à tout le monde, aux parents, aux associations partenaires, à l’École, à l’État, aux représentants élus des municipalités et de l’ensemble des collectivités... ». Ce n’est pas le tout de ressortir la litanie éculée pour ne pas admettre qu’en premier lieu c’est l’État qui ne veut pas donner et se donner les moyens de l’efficacité. Et puis, puisque notre démocratie implique tout le monde, pourquoi imposer d’en haut une réforme possible en métropole (à quel prix !) mais surtout pas dans une île "moins avancée".
La réforme et le reste, c’est avant tout toujours du blabla de votre part ! Une avalanche de mots pour toujours essayer de nous rouler dans la farine ! Toujours cette démagogie se confortant sur tout et son contraire ! Toujours ce paternalisme aussi néocolonial qu’anachronique !
Toujours dans ce journal télévisé, à propos de la réforme Peillon-Hamon-Vallaud (il faut bien des renforts et des vagues successives pour en imposer le bien-fondé), ça gronde à Bandraboua, commune pilote de lèches-culs crétins qui embrayerait sur n’importe quoi venant des amis socialistes. La collation (50 euros / mois soit mathématiquement pour 21,4 repas... à ce prix ils devraient en avoir autant que pour 5 brochettes et l’accompagnement) correspond à du pain pourri, un peu de viande blanche et des légumes peu engageants. Les parents se plaignent parce que les enfants sont malades ; un autre avance qu’on ne leur donne même pas de l’eau ! Et le maire reste enfermé dans sa tour d’ivoire gardée par la police municipale...
Réactions de la vice-recteur :
« Bé, c’est..., je crois qu’il faut pas non plus généraliser quelque chose, ces communes étaient prêtes à passer à la mise en forme de la réforme... la preuve, concernant les apprentissages scolaires elles l’ont fait. En revanche d’après mes informations ce qui s’est passé ne se produit pas de façon récurrente et régulière... / ... De toute manière la restauration scolaire est quelque chose qui n’existait pas à Mayotte.../... On ne peut pas imaginer en quelques mois réussir à rendre un service (comme en métropole). mais il n’en demeure pas moins que si nous n’avions pas mis en place cette réforme des rythmes scolaires, nous ne serions pas encore à l’heure actuelle en train de parler de la restauration scolaire. Donc il faut poursuivre les efforts, que ce genre d’images ne puisse plus être prises Mais que vous puissiez nous montrer des repas d’enfants qui sont pris dans la joie, sur des tables, dans des lieux où la restauration sera possible, ce que monsieur le préfet, madame Especier et moi-même avons essayé de mettre en place le plus rapidement possible. Les maires ont besoin de TEMPS aussi. Pour pouvoir trouver le service adéquat... / ... il faut en très peu de TEMPS qu’ils réussissent à donner à manger potentiellement à 50000 élèves. »
Il faut oser ! Droite dans ses bottes la rectrice ! Gonflée d’argumenter sur les apprentissages puisque la réforme n’a jamais impliqué les maîtres, les méthodes, les programmes ! Pis, la voilà qui voudrait nous faire rêver avec sa cantine aussi idéale que virtuelle... Mais allez donc voir ce qu’il est advenu de celle de Sada (voir les photos dans Mayotte en Danger) ! c’est ce qui arrive si on vous offre une Ferrari alors que vous n’avez pas de quoi payer l’assurance !
Et quelle logique imparable ! Comme si à propos du bateau qui coule, on avait le culot de clamer qu’au moins on a fait parler du bateau ! Et entre nous, en métropole même, il ne faudrait pas que la réforme ait la fin du Costa Concordia !
En fait, quoi qu’elle en dise, il ne lui est pas possible de défendre de si mauvais dossiers ! Sa posture ou son imposture si vous préférez est trahie par l’emploi répété d’adverbes dilatoires : « Absolument... / ... Absolument... /... bien évidemment... ». Elle est même troublée au point de nous refaire la Ségolène avec sa "bravitude" sur la Muraille de Chine !  CosTEMPStini, elle, en plus de ses TEMPS forts, nous a sorti « ... guérillera, guérilléra urbaine, pardon... » (14 :50 sur la vidéo). 
 Bien dit : la guérilla n’est pas près de finir contre une réforme injuste, infondée, inapplicable, entretenue pas les accents faussement démocratiques des faux-culs patentés !( 10400 € de prime supplémentaire depuis fin décembre !)
Mais dîtes-nous, madame la vice-recteur, vous êtes sûre que la ministre ne vient pas de préciser, par écrit, à la nouvelle association de parents, que contrairement à ce qu’elle assénait antérieurement, il fallait surseoir à la réforme ou du moins n’en mettre en œuvre que les aspects applicables ? N’auriez-vous rien reçu à ce propos ?   

lundi 26 janvier 2015

UN GARÇON MEUNIER 5 / Fleury d'Aude en Languedoc.

 La chance peut-elle tourner quand on est innocent ?

« Vous êtes bien Sylvestre Martin, né le 18 août 1831à Béziers, département de l’Hérault ? » Bien sûr que c’était lui. « Eh bien ! j’ai du nouveau en ce qui vous concerne. Vous allez être libéré et retournerez en métropole dès le mois prochain.
- Comment ? Moi ? Repartir pour la France. Je ...
- Oui, on vous a reconnu innocent du crime dont vous étiez accusé. »
Son cœur, son pauvre cœur de jeune forçat meurtri bat à se rompre dans sa poitrine. Mon Dieu, est-ce possible ? Va-t-il résister à cette émotion ? Se peut-il que, onze années et bientôt six mois après ce meurtre, tu sois enfin réhabilité, Sylvestre, qu’on te rende ton honneur, se dit-il. Non, ce n’est pas vrai ! Dites-lui s’il rêve…
Et les jours suivants il va apprendre les dessous de l’affaire avec la clé de l’énigme.
Le mois dernier, quelqu’un, tard dans la nuit, aurait frappé à la petite porte cloutée (comme il la revoit, avec ses gros clous carrés !) du presbytère de Fleury.
« Monsieur le Curé, un homme va mourir. Avant le grand départ, il voudrait se confesser. »
Vite, monsieur l’Abbé prend son camail, son missel, et il suit cet étrange visiteur. Ils arrivent à la misérable cabane proche de la bergerie, en dehors du village. C’est là qu’habite le vieux Bertrand, l’ancien berger qui maintenant ne peut plus travailler du tout, perclus qu’il est de rhumatismes et de douleurs sournoises, rongé par le cuisant remords de son crime.
Il se confesse à Monsieur le Curé. Avant de quitter ce monde, il veut se décharger d’un lourd fardeau. C’est trop dur de partir avec un tel secret. C’est bien lui qui a tué jadis l’ancien meunier, voilà près de douze ans. Il en avait assez d’être traité comme un perpétuel délinquant par ce Léon Carrier qui se croyait irremplaçable. Il en avait assez d’être obligé, presque chaque année, de « monter à la commune » - ainsi désigne-t-on ici la mairie en effaçant le mot maison – pour payer une amende. Oui, c’est vrai, ses moutons traversaient bien les prés de Léon, ils occasionnaient quelques dégâts. Soit. Mais si le meunier avait été plus coulant, lui, Bertrand, lui eût bien offert à chaque saison un beau gigot. Ses bêtes pouvaient difficilement se limiter à brouter l’herbe sèche des tertres ! Et ce monsieur Carrier avait quantité de prés dont il ne faisait rien, non ?
Alors le berger était devenu comme fou. Il avait mûri son plan criminel. S’étant glissé dans le moulin, le soir de ce samedi 10 mars, alors que personne n’était là, il s’était laissé enfermer pour la nuit. Et de bon matin, quand le meunier était arrivé, il l’avait pris par derrière, bâillonné d’un solide mouchoir et violemment frappé au cœur, deux ou trois fois, il ne savait plus, de son grand couteau de berger. Le corps était lourdement tombé entre les deux coffres, près des meules.
Une fois bien assuré de la mort de son ennemi, il reprenait son grand mouchoir et sortait dans la nuit finissante, vers sept heures solaires, laissant entrouverte la porte du moulin.
Mais depuis lors, combien de fois avait-il revécu cette nuit tragique ! Combien de fois avait-il été réveillé en sursaut, torturé par le remords d’avoir laissé condamner un innocent ! Et combien de fois fut-il tenté de se racheter un peu par un aveu complet ! Hélas ! la lâcheté l’avait toujours emporté : l’oubli, pensait-il, ferait bien son œuvre… Quelle erreur !
Voilà, tout est dit. Une grosse pierre vient de tomber de son cœur. Il se sent plus léger, Bertrand, au moment de quitter ce bas monde. Il ne lui reste plus, en attendant sa fin prochaine, qu’à libérer l’abbé du secret de la confession.
Le nécessaire a été fait. Sylvestre est enfin revenu chez lui. Que d’épreuves surmontées ! Et par quel miracle revoit-il son cher pays natal ! Tout lui paraît si beau, si neuf. Se peut-il qu’il en ait été si longtemps privé ?
En somme, il est jeune encore : à trente-quatre ans, on peut refaire sa vie. Beaucoup disent qu’une vie, cela ne se refait jamais. On n’efface pas le passé d’un coup d’éponge. Il est toujours là, il vous a marqué. Mais la vie continue encore, heureusement sous de meilleurs auspices. Puisqu’il n’est devenu fou ni en prison, ni au bagne de Cayenne, c’est que l’espoir est encore permis sur cette terre.
« Tu vois, Jean-François, termine le « papet », tu es de Fleury et tu ne savais pas cette histoire, qui est pourtant la pure vérité, et qui endeuilla notre famille. Voilà comment mourut mon grand-père, que je n’ai pas connu, et comment on peut accuser et condamner lourdement un innocent. »


photo du moulin de Montredon au printemps 1979 (François Dedieu)

vendredi 23 janvier 2015

UN GARÇON MEUNIER 4 / Fleury en Languedoc

Sylvestre est condamné.

« Étant donné d’une part que le jury de jugement ici présent, rendant la justice au nom du peuple français et de notre empereur Napoléon III, vous reconnaît coupable de l’assassinat de feu le sieur Léon Carrier, alors meunier au moulin sis dans la commune de Fleury, ex-Pérignan, canton de Coursan, arrondissement de Narbonne, dans ce département de l’Aude ; - mais que, d’autre part, la préméditation étant exclue, il vous accorde les circonstances atténuantes, vous êtes condamné à vingt-deux années de réclusion criminelle, avec obligation de travailler. Avez-vous une dernière remarque à faire au tribunal ?
- Monsieur le Président, je suis innocent du crime dont on m’accuse, je le répète encore devant vous.
- Gardes, emmenez le condamné. »
Le 30 mai 1854 avait été promulguée par Napoléon III la loi instituant le bagne colonial. Sylvestre fut d’abord envoyé à l’île de Ré, première étape vers Cayenne. Il ne connaîtrait donc pas les prisons et bagnes métropolitains de Toulon, Brest ou Rochefort. C’était déjà un forçat, lui qui pourtant n’avait aucun crime à se reprocher. Et il en avait « pris » pour vingt-deux ans ! Ce qui le désolait le plus, c’est ce qu’il avait appris peu de jours après son procès : si tu avais moins de huit ans de travaux forcés, l’article six de cette fameuse loi votée voilà trois années prévoyait le « doublage ». C’est-à-dire qu
’une fois que tu avais « payé », tu étais encore tenu de résider là-bas pendant un temps supplémentaire égal à ta condamnation. Mais au-delà de huit ans de peine, alors c’était pour tout le restant de ta vie.
Ici, dans l’île, le fort agrandi par Vauban abritait les condamnés promis au grand départ. Lui, avait quitté Carcassonne pour La Rochelle. Chaînes aux pieds, menottes aux poignets, il y avait embarqué pour Saint-Martin-de-Ré. Tiens, saint Martin, le bon saint Martin qui avait donné la moitié de son manteau à un pauvre, c’est aussi le patron de Fleury, Sylvestre ! Tout te ramène donc à ton village ?
Ils étaient là cinq ou six cents à attendre la grande traversée, rupture totale avec la vie connue en France. Certes, pendant quinze jours il avait été soumis à un régime alimentaire ma foi meilleur que dans les prisons de l’Aude. Mais c’était, leur avait-on dit, pour se refaire des forces en vue du voyage. Au bout de ces deux semaines, il avait embarqué sur le grand bateau Ville de Saint-Nazaire : Saint-Nazaire, la cathédrale de Béziers, sa ville natale. Décidément, tous les noms lui rappelaient le pays perdu !
Quatorze jours interminables d’une traversée rythmée par les vingt minutes de promenade quotidienne sur le pont, et par cette douche reçue dans la « cage » où ils étaient une soixantaine ensemble, à l’aide de lances à incendie qui vous prodiguaient brutalement une eau bienfaisante. C’était bon, ça luttait un peu contre cette température qui allait vite devenir intenable, une fois parvenus sous les tropiques. Quelques bancs dans ces cellules collectives ; des hamacs pour la nuit ; et deux tonneaux d’eau potable. Deux tonneaux chaque fois pour soixante prisonniers !!
Ce fut enfin l’accostage à Saint-Laurent-du-Maroni, les vérifications nécessaires, le directeur du pénitencier monté à bord avec toute une délégation, et son discours hypocrite promettant, selon les vœux de l’Empereur et moyennant une bonne conduite, une possibilité de réinsertion et même des allègements de peine. Et voici ce qu’on te dit, Sylvestre : « Vous allez connaître une nouvelle vie. En France, vous étiez des criminels. Ici vous serez des repentis, des travailleurs qui allez vous racheter de vos
crimes. » Ah ! oui, il se serait bien passé de cette vie nouvelle… Et quel était son crime ? Si un Etat n’est pas à même de reconnaître l’innocence d’un citoyen, quel espoir te reste-t-il, mon pauvre Sylvestre ? Et puis on va te dire que le crime parfait, ça n’existe pas ? Les erreurs judiciaires non plus, peut-être ? Où se cachait-il, en ce moment même, l’assassin du meunier de Fleury ?
Les idées se bousculaient dans sa pauvre tête. Il transpirait par tous les pores de sa peau. Avec ses compagnons d’infortune, il avait quand même fini par débarquer.
Et les jours succèdent aux jours, les semaines, les mois s’accumulent. Tantôt tu trouves que le temps n’en finit pas de s’écouler, et tantôt – à peine oses-tu te l’avouer – oui, c’est pourtant vrai… qu’il passe assez vite.


 Dix longues années s’étaient ajoutées à ce dix-neuvième siècle, les tempes du forçat blanchissaient allègrement dans le ronron quotidien, pénible, lancinant de ce bagne guyanais.
Un beau jour – oh ! oui, pour être beau, il le fut sans nul doute, il est appelé chez le grand patron du pénitencier.

photo autorisée wikimedia / Le bagne de Saint-Laurent-du Maroni

lundi 19 janvier 2015

EN DEUX TEMPS, TROIS MOUVEMENTS / Mayotte en Danger


voir le billet
LE TEMPS NE FAIT RIEN A L’AFFAIRE... (Brassens) du 2 octobre 2014

décidément le terme "TEMPS" devient un mot valise de la langue de bois chère à nos hauts fonctionnaires de l’Éducation Nationale. Dernièrement, ils ne l'avaient pas trop, le TEMPS et il aurait fallu appliquer au "pas de loi" une réforme des rythmes cacophonique, désynchronisée ! Et dans le TEMPS, la tendance n'a-t-elle pas été de laisser le TEMPS au TEMPS, le TEMPS que la situation pourrisse ?

A propos des récents évènements, les instances ont encore pris le TEMPS de la démagogie :
« la consultation nationale autour du programme d’éducation civique et morale fera l’objet d’un TEMPS afin de garantir pour tous une formation digne des valeurs de la République » indiquent les services du vice-rectorat (sic) (JDM / 15 janvier 2015 / http://lejournaldemayotte.com/une/lecole-de-mayotte-se-mobilise-pour-les-valeurs-de-la-republique/).

Et pendant ce TEMPS, plus de 10000 euros tombent dans l'escarcelle (voir billet précédent)... C'est de l'argent, le TEMPS, toujours en prime pour certains charlaTANS institutionnellement incompéTENTS !

samedi 17 janvier 2015

LE BAS-PEUPLE GRIMACE, LES HAUTS FONCTIONNAIRES AMASSENT ! / France en danger.

    Dans son bulletin n° 8 de janvier, la FAEN (Fédération Autonome de l’Education Nationale / http://snep-faen.blogspot.com/) condamne d’abord l’attentat contre Charlie-Hebdo : sa réaction datant du 8 janvier, nous pouvons nous demander si elle n’a pas réagi trop vite. La suite de la communication s’avère néanmoins aussi positive qu’édifiante sur la manipulation systématique du peuple, une manipulation favorisée par une prétendue alternance entre des partis finalement jumeaux, bien d’accord pour confisquer le pouvoir à notre détriment et ce depuis trop longtemps. Le pauvre peuple continue de se laisser embabouiner au jeu de la pièce, le pile ou face, avec UMP « tu perds ! » ou PS « tu ne gagnes-pas ! ». A lui de payer, toujours condamné qu’il est à casquer, bon gré mal gré ! A lui de gober puis d’oublier, pour le prochain scrutin, afin de satisfaire à un devoir civique illusoire. C’est aussi vrai que de dire que les menteurs, les malhonnêtes, les hypocrites peuvent prospérer sur la base d’une constitution pervertie.

    Pour le plus grand profit d’un ultra-libéralisme qui en arrivera à nous faire payer l’air qu’on respire (pour l’eau, c’est déjà fait), de serviles politiques sont bien aidés sinon aiguillonnés par des hauts fonctionnaires (souvent les mêmes dans le temps... Que sont devenus ceux de Bercy, qui, sous Villepin, ont vendu les autoroutes au privé ?). Ces tartuffes s’acharnent à mettre en œuvre les moyens légaux du pouvoir non dans le but de servir le peuple mais pour mieux se servir, eux, sans oublier les copains, les coquins. Un système se trouve ainsi légalisé ; il nous en coûte toujours davantage de le nommer « l’État ».
    Le système donc, aux dires de la FAEN, récompense la « manière de servir » de ces gens-là. Ainsi un arrêté du 28 décembre 2014 vient presque doubler la prime annuelle aux recteurs de l’Éducation Nationale ! 25 620 euros soit10 420 d’augmentation ! 68 % d’un coup ! On tousse au ministère : Najat a avancé une simple « mise à niveau » par rapport à la crème des fonctionnaires : mariée à Boris Vallaud, elle sait de quoi elle parle ! Son sens inné du ridicule lui a fait même prétexter une « crise de recrutement » qui nous fait bien rigoler quand on subodore les luttes d’influence entre réseaux, entre courtisans pour décrocher les faveurs des caciques, des apparatchiks du prince !
    Mais, suis-je mauvaise langue, seuls les serviles, capables de démontrer une « manière de servir » conforme au dogme, seront servis ! Ces primes augmentées à l’obéissance, à la docilité, prouvent malheureusement que le bien fondé des réformes à appliquer ne suffit pas à mettre en branle l’altruisme républicain... Dommage que Claude Allègre, le dégraisseur, se soit, jadis, trompé de mammouth ! Mais laissons-les enquêter sur le nombre de collégiens qui se sont fait remarquer pour la minute de silence.... avant qu’ils n’en reviennent à la noble mission qui consiste avant tout à brider les enseignants : les chefs d’établissements aussi touchent des primes pour « la manière de servir » ! Il fut un temps où les doléances remontaient. Depuis une quinzaine d’années, ce sont les coups de bâton qui retombent, les admonestations sinon l’intimidation administrative ! 
        En haut de la pyramide, c’est le Père Noël qui passe, avec, pour nos pauvres recteurs, une hotte débordante : de quoi faire oublier la crise aux bras armés de l’Éducation Nationale ! Concernant ceux qui voient les valeurs de respect, de dignité et d’honneur se diluer dans une abjection institutionnalisée, nous ne parlerons qu’en conclusion du salaire gelé depuis cinq ans, du mois de janvier qui sera inférieur à décembre avec la cotisation retraite qui augmente !
    En espérant, parce que, parallèlement au classement PISA, nous ne sommes que 39èmes (et 20èmes de l’UE !) pour la liberté de la presse http://rsf.org/index2014/fr-index2014.php, que mon propos ne relève pas d’une quelconque apologie illégale, serait-ce celle d’une nouvelle république, souffrez que pendant que le gros ENTASSE et que notre haut fonctionnaire AMASSE, le bas peuple lui, GRIMACE... en attendant qu’on les TERRASSE... Non, non, aucun rapport avec un élu de l’Assemblée Nationale...  



photos autorisées http://pixabay.com/fr/affiche-r%C3%A9volution-france-mai-1968-35749/
                           http://pixabay.com/fr/cerveau-t%C3%AAte-la-science-humaine-296508/    

UN GARÇON MEUNIER 3 / Fleury en Languedoc

UN GARÇON MEUNIER 3. Sylvestre est suspecté.

Interpellé le lendemain à Bize par la gendarmerie de Ginestas alertée par celle de Coursan,‭ ‬Sylvestre allait subir un interrogatoire en règle.‭ ‬Qu‭’‬avait-il fait exactement le samedi‭ ‬10‭ ‬mars‭ ‬1855‭ ‬et dans la nuit du samedi au dimanche‭ ? ‬Il était alors encore employé au moulin de Fleury‭ ?
Non‭ ‬:‭ ‬il avait quitté M.‭ ‬Carrier le lundi cinq février,‭ ‬et c‭’‬est ici,‭ ‬à Bize,‭ ‬qu‭’‬il avait appris la terrible nouvelle.
Mais voilà qu‭’‬il s‭’‬embrouillait dans ses explications.‭ ‬Sûr,‭ ‬qu‭’‬il était parti sur un coup de tête.‭ ‬Tout aurait pu peut-être encore s‭’‬arranger,‭ ‬comme toutes les autres fois.‭ ‬Mais voilà,‭ ‬c’était comme ça‭ ‬:‭ ‬la coupe avait débordé.‭ ‬De toute façon jamais,‭ ‬au grand jamais il n‭’‬avait eu d‭’‬idée criminelle en tête.‭ ‬Tuer quelqu‭’‬un pour se venger,‭ ‬lui Sylvestre‭ ? ‬Cela non,‭ ‬mille fois non,‭ ‬il pouvait le jurer.‭ ‬A quoi bon agir ainsi,‭ ‬d‭’‬ailleurs‭ ?
Ce qu‭’‬il avait fait cette nuit fatale‭ ? ‬Eh bien,‭ ‬il était sorti,‭ ‬comme tous les samedis.‭ ‬Et c’était ici,‭ ‬pas là-bas,‭ ‬où il n‭’‬allait plus que rarement.‭ ‬A quelle heure il était rentré‭ ? ‬Comment le savoir‭ ? ‬Il n‭’‬avait pas regardé la pendule.‭ ‬Et sa montre,‭ ‬elle s’était arrêtée depuis belle lurette,‭ ‬ayant sans doute besoin d‭’‬un nettoyage complet.‭ ‬Mais l‭’‬horloger qui vient tous les‭ ‬lundis du village voisin ne fait pas cadeau de ses services.
Ces hésitations,‭ ‬ces réponses imprécises étaient suffisantes pour faire de lui un suspect,‭ ‬et même le suspect numéro un,‭ ‬d‭’‬autant plus que ses prétendus compagnons restaient introuvables.‭ ‬Sylvestre fut arrêté et jeté en prison à Narbonne en attendant son procès devant‭ ‬la Cour d‭’‬Assises de Carcassonne.‭
-‭ ‬Mesdames et Messieurs,‭ ‬la Cour‭ !
Tout le monde se lève dans la salle d‭’‬audience.‭ ‬Quinze longs mois ont passé‭ ‬depuis le crime.‭ ‬Le procès vient d‭’‬avoir lieu,‭ ‬et la salle d‭’‬audience du Tribunal impérial est trop petite pour cette foule qui a manifesté à plusieurs reprises.‭ ‬On a entendu des cris‭ «‬ A mort‭ ! »‬ Le Président a maintes fois proféré le sacramentel‭ «‬ Silence‭ ‬! ou je fais évacuer la salle. ‭»
Secondé par ses quatre assesseurs‭ ‬– ils n’étaient jadis que trois sous‭ ‬la Révolution,‭ ‬mais ils sont bien quatre depuis mil huit cent cinq‭ ‬-,‭ ‬le Président,‭ ‬pendant la délibération,‭ ‬a demandé aux douze jurés tirés au sort parmi les vingt et un noms de la liste départementale annuelle de répondre en leur âme et conscience aux questions rituelles‭ ‬:
L‭’‬accusé est-il coupable de ce meurtre‭ ?
Ils ont répondu OUI à une petite majorité.‭ ‬Certains ont senti des failles,‭ ‬des zones d‭’‬ombre dans le dossier d‭’‬accusation.
Le meurtre était-il prémédité,‭ ‬préparé avec soin avant son exécution‭ ?
A cette seconde question,‭ ‬la plupart des jurés ont dû répondre NON.‭ ‬Dans l‭’‬exposé précédant les votes,‭ ‬durant la délibération,‭ ‬le juge qui présidait avait attiré tout particulièrement leur attention.‭ ‬Si par deux fois c’était le oui qui l‭’‬emportait,‭ ‬alors obligatoirement le verdict ne faisait plus de doute,‭ ‬c’était la condamnation à mort.‭ ‬Et il avait rappelé le terrible article douze du Code Pénal‭ ‬:‭ «‬ Tout condamné à mort aura la tête tranchée.‭ »
Chacun a repris sa place dans la salle du tribunal.‭ ‬La délibération a été particulièrement longue.‭ ‬Les bavardages se calment,‭ ‬le public redevient attentif.
‭«‬ Gardes,‭ ‬faites entrer l‭’‬accusé.‭ »
Sylvestre pénètre entre deux gendarmes dans cette enceinte qu‭’‬il connaît déjà trop bien,‭ ‬depuis huit jours que dure son procès.
‭«‬ Accusé,‭ ‬levez-vous.‭ ‬Je vais vous lire le verdict.‭ »

vendredi 16 janvier 2015

UN GARÇON MEUNIER 2 / Fleury d'Aude en Languedoc

Le village est sous le choc : un drame s’est noué au moulin.

Après deux années de bons et loyaux services,‭ ‬croit-il,‭ ‬à Fleury,‭ ‬le voici à Bize,‭ ‬commune du Minervois,‭ ‬toujours dans l‭’‬Aude,‭ ‬où sont aussi des moulins,‭ ‬à une trentaine de kilomètres.
Il a bien fait,‭ ‬pense-t-il.‭ ‬Le travail est le même,‭ ‬et son nouveau patron semble avoir bien meilleur caractère.‭ ‬Il peut même loger tout à côté du moulin.‭ ‬Oui,‭ ‬c‭’‬est vrai,‭ ‬il est un peu loin de son village,‭ ‬un peu loin de ces jolies Pérignanaises,‭ ‬puisque c‭’‬est ainsi qu‭’‬elles se nomment,‭ ‬les filles de Fleury,‭ ‬celles en particulier qu‭’‬il retrouvait le samedi soir au petit bal du Grand Café,‭ ‬ou bien,‭ ‬l’été revenu,‭ ‬sur la plage familiale de Saint-Pierre.‭ ‬Souvent il songe à ses copains,‭ ‬à ses petites amies.‭ ‬Mais va,‭ ‬Sylvestre,‭ ‬ici aussi tu peux bien t‭’‬amuser en fin de semaine.‭ ‬Non,‭ ‬tous comptes faits,‭ ‬il ne regrette pas trop son coup de tête.

 


Une rumeur parcourt Fleury comme une traînée de poudre‭ ‬:‭ ‬on a assassiné monsieur Carrier,‭ ‬le meunier‭ ! ‬Deux gendarmes viennent d‭’‬arriver de Coursan sur leurs beaux chevaux alezans.‭ ‬Coiffés de leur bicorne,‭ ‬les voici,‭ ‬sanglés dans leur uniforme bleu clair,‭ ‬culotte blanche et bottes noires,‭ ‬avec le bandeau jaune caractéristique qui leur barre la poitrine de l’épaule gauche à la hanche droite.‭ ‬Ils ont monté à vive allure la route de la mer qui conduit à la plage de Saint-Pierre,‭ ‬sont passés devant le tout nouveau cimetière en soulevant sur cette route blanche de petits nuages de poussière,‭ ‬de‭ «‬ poudre de riz‭ »‬ comme disent en plaisantant les habitants du lieu.‭ ‬Puis ils ont pris,‭ ‬à l‭’‬embranchement de‭ ‬‘la Chapelle‭’‬,‭ ‬le chemin de Marmorières sur la droite,‭ ‬pour obliquer aussitôt sur la bande de terre encore plus blanche qui débouche sur l‭’‬aire du moulin.
Il a fallu écarter les nombreux curieux accourus du village.‭ ‬Les papotages vont bon train‭ ; ‬chacun y va de sa petite explication.
‭–‬ Ça devait arriver un jour ou l‭’‬autre.‭ ‬Avec‭ ‬ce tempérament‭ !
– Ce n‭’‬est pas une raison pour tuer quelqu‭’‬un‭…
– Moi je crois que ce doit être un membre de la famille.
‭–‬ Ou plutôt un vagabond de passage,‭ ‬un chemineau,‭ ‬ou un de ces mendiants qui ont toujours une bouteille de trop dans le nez.
‭–‬ Souvent‭ ‬l‭’‬assassin c‭’‬est quelqu‭’‬un de bien habillé,‭ ‬vous savez‭…
– Et si par hasard il s‭’‬agissait là d‭’‬un suicide‭ ?
Oui,‭ ‬décidément les commérages vont bon train.
Les alezans sont maintenant solidement attachés par la bride aux anneaux de fer prévus à cet effet et‭ ‬scellés dans le mur du moulin.‭ ‬Les gendarmes sont descendus.‭ ‬L‭’‬un d‭’‬eux a pris son registre dans la sacoche de cuir noir,‭ ‬et un crayon à copier que nous appelons crayon-encre.
Ils pénètrent dans la maisonnette,‭ ‬après avoir frappé plusieurs fois.‭ ‬Augustine‭ ‬et l‭’‬aîné des enfants,‭ ‬Alphonse,‭ ‬sont là au chevet du lit.‭ ‬Les trois autres petits,‭ ‬trop jeunes pour se rendre compte de cette tragédie,‭ ‬ont été confiés à une tante de Salles-d‭’‬Aude,‭ ‬le village presque attenant à Fleury‭ ‬– un petit kilomètre,‭ ‬c‭’‬est tout juste dix minutes,‭ ‬un quart d‭’‬heure de marche‭ ‬– et dont Augustine est originaire.
Sur son lit de mort,‭ ‬Léon est étendu.‭ ‬Un mouchoir blanc noué sur sa tête maintient la mâchoire inférieure.
Et l‭’‬interrogatoire commence.‭ ‬Augustine,‭ ‬la voix brisée par les sanglots,‭ ‬explique et répond de son mieux.‭ ‬D‭’‬ailleurs,‭ ‬se demande le second gendarme,‭ ‬est-il bien sûr qu‭’‬elle soit totalement étrangère à ce drame‭ ? ‬Qui sait‭ ? ‬Ne faut-il pas envisager toutes les hypothèses‭ ?
« Lorsque j‭’‬ai vu qu’à huit heures il n’était pas encore venu prendre comme à l‭’‬ordinaire son café et son casse-croûte,‭ ‬je l‭’‬ai appelé,‭ ‬plusieurs fois‭…‬ Pas de réponse‭…‬ Alors,‭ ‬je suis sortie,‭ ‬j‭’‬ai fait le tour du moulin‭…‬et je vois la porte entrouverte.‭ ‬J‭’‬appelle encore‭…‬ Rien‭…‬ Les ailes tournaient doucement,‭ ‬mais à vide‭ ‬:‭ ‬le mécanisme était sans doute débrayé.‭ ‬J‭’‬entre,‭ ‬et alors‭…‬ »
Ses sanglots redoublent.‭ ‬Les mots ne peuvent plus sortir de sa gorge.
‭«‬ Remettez-vous‭ »‬,‭ ‬dit le brigadier qui a cessé d’écrire‭ ‬et lève son crayon,‭ ‬tandis que son collègue surveille la porte,‭ ‬au cas où un curieux viendrait la pousser un tout petit peu‭…‬ pour voir‭…‬ « Encore un peu de courage,‭ ‬ce sera bientôt fini.‭ »
Augustine reprend‭ ‬:‭ «‬ Il était là,‭ ‬étendu dans son sang,‭ ‬entre le coffre des meules et celui de la bluterie.‭ ‬Sa chemise montrait une grosse tache rouge sur la poitrine,‭ ‬du côté gauche.‭ ‬– Vous auriez dû le laisser sur place‭ »‬ remarque le gendarme.‭ «‬ -‭ ‬Il m‭’‬a semblé qu‭’‬il respirait encore un petit peu,‭ ‬et ses yeux imploraient du secours.‭ ‬J‭’‬avais crié comme une folle‭ ; ‬j‭’‬ai vite appelé Alphonse,‭ ‬qui m‭’‬a aidé comme il a pu.‭ ‬Il n‭’‬a que douze ans,‭ ‬vous savez,‭ ‬mais il est déjà solide.‭ ‬A tous les deux,‭ ‬nous avons fait glisser doucement son pauvre papa jusqu‭’‬ici.‭ ‬Heureusement que la maison est en contrebas,‭ ‬sinon on n‭’‬aurait pas pu.‭ »
Et par petites bribes parfois à peine audibles et noyées dans les pleurs,‭ ‬elle complétait vaille que vaille son pénible récit.‭ ‬Sa sœur était venue de Salles de bon matin,‭ ‬comme elle le faisait tous les‭ ‬dimanches.‭ ‬C’était de bon matin pour elle,‭ ‬mais il était déjà assez tard dans la matinée,‭ ‬et le soleil chauffait.‭ ‬D‭’‬abord muette d‭’‬effroi,‭ ‬elle était vite descendue au village signaler le meurtre de son beau-frère à la maison commune.‭ ‬Puis elle avait pris‭ ‬les quatre plus jeunes enfants dans son phaéton tiré par Vaillant,‭ ‬le petit cheval blanc‭ ‬:‭ ‬elle s‭’‬occuperait de ses nièces et de Maurice,‭ ‬cet adorable bout de chou,‭ ‬pour le temps qu‭’‬il faudrait.
‭«‬ Hélas‭ ! ‬reprit Augustine,‭ ‬mon pauvre Léon était bien mort.‭ ‬C‭’‬est la mairie qui a dû vous le signaler‭ ?
Oui,‭ ‬fit le brigadier.‭ ‬On nous a avertis vers les onze heures,‭ ‬et vous voyez qu’à midi trente nous sommes là.‭ ‬Voyons,‭ ‬qu‭’‬est-ce que je voulais dire‭ ? ‬Ah oui‭ ! ‬Vous avez des doutes sur la personne qui a pu commettre ce crime‭ ? ‬Selon vous,‭ ‬qui est-ce qui aurait pu nourrir une telle haine contre Monsieur Carrier,‭ ‬au point‭ ‬d‭’‬aller jusqu’à le supprimer‭ ?‬ ‭»‬
‭ «‬ -‭ ‬Non,‭ ‬vraiment je ne vois personne‭…‬(un silence‭)‬.‭ ‬Un mari aussi attentionné,‭ ‬un papa si aimant pour ses cinq enfants‭ ! ‬Et un meunier dont tout le monde vous dira le plus grand bien‭…
-‭ ‬Je sais,‭ ‬je sais,‭ ‬coupe le brigadier,‭ ‬vous étiez une famille unie.‭ ‬On dit quand même qu‭’‬il avait son caractère,‭ ‬et que parfois la colère pouvait l‭’‬aveugler.
-‭ ‬Oui,‭ ‬sans doute.‭ ‬Il s‭’‬emportait de temps à autre.‭ ‬Mais qui n‭’‬a pas ses défauts‭ ? ‬Je vous le demande.
-‭ ‬Vous aviez un garçon meunier,‭ ‬je crois‭ ?
-‭ ‬Sylvestre,‭ ‬oui.‭ ‬Il est à Bize à présent.
-‭ ‬Est-ce qu‭’‬il s‭’‬entendait bien avec monsieur Carrier‭ ?
-‭ ‬Bien sûr.‭ ‬Et régulièrement il recevait un petit surplus sur sa paye.‭ ‬Vous savez,‭ ‬les jeunes,‭ ‬ça aime sortir le soir,‭ ‬aller au cabaret ou au petit bar de la rue du Marché.‭ ‬Et quelquefois il mangeait même chez nous.
-‭ ‬J‭’‬ai pourtant appris qu‭’‬il avait eu maille à partir avec monsieur Léon,‭ ‬voilà quelques mois de cela.
-‭ ‬Comment ça,‭ ‬maille à partir‭ ?
-‭ ‬Enfin,‭ ‬qu‭’‬ils s’étaient bien disputés,‭ ‬si vous voulez.
-‭ ‬C‭’‬est ma foi vrai,‭ ‬mais ce n’était pas la première fois,‭ ‬et tout finissait vite par s‭’‬arranger.‭ ‬Là pourtant il a décidé de nous quitter,‭ ‬huit ou dix jours plus tard‭ ‬:‭ ‬un coup de tête,‭ ‬quoi.‭ ‬Ces jeunes gens sont imprévisibles,‭ ‬ils croient que tout leur est dû,‭ ‬que c‭’‬est eux qui ont toujours raison,‭ ‬qu‭’‬ils vont changer le monde‭…
-‭ ‬Donc,‭ ‬finalement il est parti.
-‭ ‬Eh oui‭ ! ‬Il est vers Bize,‭ ‬comme je vous l‭’‬ai dit,‭ ‬toujours garçon meunier‭…
L‭’‬interrogatoire se poursuit durant une bonne heure d‭’‬horloge.‭ ‬Puis,‭ ‬devinant madame Carrier fatiguée,‭ ‬le brigadier et le second gendarme ont pris congé,‭ ‬enfourchant leurs chevaux qui s’étaient mis à hennir bruyamment,‭ ‬trouvant le temps décidément trop long.‭ ‬Ils ont prié la famille de se tenir à leur disposition et ont retrouvé la route poudreuse de Coursan.
Après une veillée bien triste où presque tout le village est venu présenter des condoléances émues,‭ ‬tandis que six ou huit femmes se relayaient jusqu‭’‬au petit matin autour de la couche funèbre vaguement éclairée par deux cierges fichés dans les hauts chandeliers de cuivre,‭ ‬près de la soucoupe d‭’‬eau bénite où trempe le petit‭ ‬rameau de laurier traditionnel,‭ ‬la fenêtre s’éclaira‭ ‬:‭ ‬le jour se levait.
Les pleureuses,‭ ‬un peu lasses de toute une nuit de veille et de prières,‭ ‬se dispersèrent.
Les obsèques furent simples,‭ ‬mais émouvantes.‭ ‬Le vicaire de paroisse seconda Monsieur le Curé,‭ ‬dont le sermon moralisant et l’évocation de la vie du défunt firent couler bien des larmes,‭ ‬car la famille Carrier était honorablement connue.‭ ‬Derrière le corbillard,‭ ‬tiré par le vieux cheval qui échangeait plus souvent cet attelage pour le tombereau de la voirie et des ordures ménagères,‭ ‬une longue théorie de parents et d‭’‬amis accompagnait Léon à sa dernière demeure.‭ ‬Les femmes,‭ ‬comme il se devait dans nos villages,‭ ‬étaient restées à l’église,‭ ‬ou bien priaient à la maison pour le repos de l’âme du mort. 




diapositive François Dedieu 1967.

mercredi 14 janvier 2015

UN VILLAGE ENTRE VIGNES ET GARRIGUE / Fleury d'Aude en Languedoc

Une vue à demi cachée mais que les natifs et les habitants connaissent, par habitude ou parce qu'elle leur est particulièrement chère. 
 
D'après une diapositive de mon père, prise au-dessus de la route de Vinassan (automne 1967), notre terre natale Fleury... 
Le moulin sur son éminence, le clocher, la tour Balayard et complètement à gauche le château avec sa terrasse : les hauteurs caractéristiques du village tracent un profil typique. 
Invisibles les maisons se tapissent autour : celles, petites et serrées du vieux village se gardant des Sarrasins ou du Prince Noir, le Pérignan si bien perçu par André, l'ami de Montréal qui nous manque tant à présent. Et, au-delà des remparts, celles, plus à l'aise, presque bourgeoises, des faubourgs d'un temps d'invasions moins traumatisantes et plutôt de prospérité viticole.  
Maintenant, ce que tout le monde peut voir. Vers le Nord, à l'horizon, l'Hérault et les collines  de Lespignan. Toujours au fond, à droite du moulin, la tache claire figure le village de Vendres, bien exposé sur son coteau du Crès, une crau surélevée, favorable à la vigne, entre Aude et Orb. 
Et ce que tout le monde doit voir : les tons chauds de l'automne, plus pimpants encore que ceux de Cézanne, la récurrence des nuances dures et foncée des garrigues, bronze, bouteille ou jade...

mardi 13 janvier 2015

UN GARÇON MEUNIER / Fleury d'Aude en Languedoc

Notre curiosité pour le dictionnaire topographique de Sabarthès nous a rappelé l’importance des céréales et de la meunerie, chez nous, avant que la vigne, de meilleur rapport ne remplace le champ de blé. Quoi qu’il en soit, de tout temps, la consommation de pain, aliment historique, est restée primordiale. On en mangeait encore beaucoup dans les années 50 - 60 quand le gros pain taxé de quatre livres se vendait au poids et que le boulanger rajoutait, si nécessaire, un morceau sur la balance (je suppose que si le pain pesait davantage, il devait en enlever).
Reprenons notre histoire de farine, au milieu du XIXème siècle, lorsque les moulins alentour desservaient les boulangers du village parce qu’une affaire tragique, justement, eut pour cadre le moulin de Fleury.
En voici une version romancée, écrite par mon père, François Dedieu, pérignanais de toujours. Je pensais qu’elle figurait dans son livre « Caboujolette », même si les mentions antérieures à 1870 dépassent le cadre de l’ouvrage. Erreur. Quel trou de mémoire de ma part en tant qu’éditeur, même fortuit, du diptyque sur Fleury comprenant aussi « Le Carignan » ! L’affaire du moulin de Fleury fait l’objet d’une nouvelle à part, la voici, en épisodes, avec l’autorisation de l’auteur.

1. Un moulin productif. Un meunier bien installé mais qui a du mal à garder ses employés.

UN GARÇON MEUNIER

- Tu es de Fleury ?
- Oui, Monsieur.
- Et moi, tu vois, je suis de Salles. Nos deux villages se touchent presque.
Mais mon grand-père, lui, habitait à Fleury. C’était même le dernier meunier, au moulin qui se trouve au début de la route de Vinassan, sur la droite, après le cimetière.
Ainsi commença Monsieur Carrier, alors en clinique à Narbonne dans la même chambre que mon fils. Ce dernier, à qui le docteur Deixonne venait d’enlever des verrues plantaires au bistouri électrique, était là provisoirement, dans l’attente d’une chambre individuelle, afin de ne plus partager celle d’un octogénaire.
Or, quand je lui annonçai qu’il avait une chambre libre, quel ne fut pas mon étonnement de l’entendre dire : « Non, papa, je préfère rester ici avec le ‘papet’ ; il m’empêche de ‘languir’, m’apprend à tricher aux cartes (oh !), et surtout il me raconte des histoires du village. C’est trop intéressant. »
Et voilà comment j’appris moi-même la véritable histoire du dernier meunier que connut Fleury.
Sur une petite hauteur dominant le village se dresse encore la tour trapue que nous appelons simplement « le Moulin ». La famille prétendue belge qui venait de l’acquérir pour une bouchée de pain voilà une vingtaine d’années en a conservé l’aspect extérieur et avait aménagé le dedans pour en faire une petite résidence secondaire au milieu de quelques pins, du romarin, et de trois ou quatre touffes de notre lavande aspic qui sent si bon.
Vers le milieu du dix-neuvième siècle, les ailes du moulin, aujourd’hui disparues, tournent encore au bon vent du Cers lorsqu’il n’est pas trop violent. La petite maison du meunier se blottit en contrebas sur la colline, et son toit de tuiles jadis rouges et mangées par une mousse verdâtre touche presque le bas de la tour.
Léon le meunier et sa femme Augustine ont déjà une belle famille : cinq enfants encore jeunes, deux garçons et trois filles. L’aîné, Alphonse, qui va sur ses douze ans, prendra peut-être la suite du père. Elodie n’a que six ans et commence à fréquenter l’école des sœurs qui donne sur la Placette de Fleury, pas sur la Grand-Place Saint-Martin près de l’église du même nom, celui du saint patron de notre village ; non, la toute petite place tout en haut de la rue des Pénitents blancs. Albertine, elle, n’a que quatre printemps, Emilie en a trois, et Maurice, le benjamin, vient à peine de souffler sa première bougie.
Le métier a certes encore quelque avenir. Pourtant, les champs de céréales, blé et avoine surtout, orge aussi, cèdent le pas, peu à peu, à la vigne qui tend à supplanter toute autre culture. Malgré tout, la voilure des ailes a été remplacée, réparée la charpente mobile du toit conique. L’ensemble peut tourner à présent sans problème pour offrir à notre Cers, le vent du nord-ouest parfois violent et froid que d’aucuns s’entêtent à nommer tramontane (nous ne sommes pas en Roussillon, que diable !) le meilleur angle d’attaque pour que les pales donnent leur maximum de rendement. Quant à l’étamine de soie du blutoir, elle est toute neuve. Bref, le moulin de maître Léon est en règle comme au début de chaque campagne annuelle.
Sylvestre, le garçon meunier qui loue une chambre au village, porte bien ses vingt-deux ans. C’est un grand brun aux yeux d’un bleu profond, portant moustache et toujours bien mis. Ses biceps sont impressionnants, surtout quand il retrousse les manches de sa chemise claire, ou qu’il a passé son tricot blanc ajouré de meunier, voire lorsqu’il se met torse nu, ce qui lui arrive constamment avec les chaleurs.
Toujours célibataire, il en a fini avec le service militaire : il a tiré un bon numéro et en a été heureusement exempté. Sinon, il ne serait pas encore de retour à la vie civile. Oh ! bien sûr, il aurait pu en théorie, dans le cas contraire, se faire remplacer par un autre, mais il eût fallu payer cette « exonération », comme ils disent, donner selon la loi une compensation pécuniaire, et alors bernique ! il n’avait pas le sou. Oui, il en a eu, de la chance, et lorsque le meunier a cherché de l’aide, Sylvestre a eu encore la possibilité de venir s’embaucher au moulin.
Une chance, encore ! Deux ou trois cents mètres de chez toi, se dit-il, et te voilà rendu sur ton lieu de travail : c’est le rêve, non ? Et puis bien payé avec ça, nettement mieux en tout cas que pour tes camarades qui vont tailler la vigne dans la saison froide pour vingt-cinq sous par jour, ou même labourer pour deux francs.
D’ailleurs, il a toujours eu peur des chevaux, et de loin en loin survient un accident mortel qui donne à réfléchir. Tiens, la semaine dernière encore un malheureux n’a-t-il pas été écrasé par la roue de sa charrette lourdement chargée de barriques de vin, à la descente de la route des Cabanes, à deux kilomètres du village ?
Pourtant, il n’est pas toujours de bon poil, Léon, le meunier. Il a aussi son caractère, tiens ! Bertrand, le berger, le sait bien, qui se fait régulièrement réprimander pour traverser avec ses moutons les quelques champs et deux ou trois prés que le meunier possède dans la plaine de l’Aude, au pied de notre belle colline qui s’emplit de senteurs printanières, la Clape. Il faut ajouter pour être juste que la colère, pour violente qu’elle soit, lui passe assez vite. Sylvestre a maintes fois subi son courroux. Il y a peu de temps encore ce fut une véritable bourrasque, un déchaînement brutal et incontrôlé. Le meunier deviendrait-il fou ?
Sylvestre revit ce dernier esclandre. « Tu ne soignes pas ton travail. Je t’ai mille fois répété qu’il fallait nettoyer plus souvent l’auget sous la trémie, le sabot, quoi, sinon comment veux-tu que le babillard l’agite comme il convient et que le grain tombe régulièrement dans l’œillard de la meule courante ? – Mais, patron… - Il n’y a pas de mais ! Et je ne te parle pas de la bluterie. Les tamis ne sont pas souvent bien nets, tout va à vau-l’eau. Qui m’a fichu un fainéant pareil, une telle tête en l’air ! Sylvestre, ça finira mal ! Tu ne feras jamais rien de bon dans la vie, si tu continues ! »
Cette fois, Léon a dépassé les bornes. Et Sylvestre est parti.

samedi 10 janvier 2015

DE QU’ES ACO UN POUAIRE ? / Fleury d'Aude en Languedoc

Dans la littérature de terroir, si précieuse pour ce qu’elle transmet sur les traditions et la vie de nos ascendants, « Le Clos du Roi » de Marcel Scipion,"berger des abeilles" du Serre de Montdenier (04 Alpes de Haute Provence) tient une place de choix. Dans ce livre remarquable pour qui veut connaître et rester fidèle au passé des siens, apparaît le mot "pouairé" en provençal, dans le sens de seau.
« Chès » (ou "tchès" phonétiquement pour l’onomatopée indiquant qu’on est étonné, surpris voire décontenancé (1)). « Chès » donc, de qu’es aco un pouairé ? Nous autris disen  « farrat » (à l’entrée « ferrat » chez Mistral) Et de repenser à notre bon oncle Noé dans cet extrait de ‭François Dedieu, dans « Caboujolette » 2008, chapitre « Le Renouveau ». ‬

Les Allemands.‭
Lou farrat‭ (‬variante audoise de ferrat,‭ ‬le seau‭) ‬:‭ ‬Quand les Allemands occupaient Fleury,‭ ‬de la mi-novembre‭ ‬1942‭ ‬jusqu’à presque fin août‭ ‬44,‭ ‬ils avaient installé leur‭ « ‬Kommandantur‭ » ‬à la maison Campardou,‭ ‬face aux maréchaux-ferrants,‭ ‬maison actuellement occupée par Roger Andrieu l’ancien boulanger de la rue Robespierre.‭ ‬Leur infirmerie et leur docteur étaient à la maison Trémolières‭ (‬chez toi‭) ‬qui servait aussi,‭ ‬au deuxième étage,‭ ‬de prison pour leurs soldats.‭ ‬Et ils avaient mis une cuisine roulante devant la cave de‭ «‬ Chouchou‭ »‬,‭ ‬après la cour de l’oncle Noé.‭ ‬Un jour,‭ ‬un des cuisiniers y arrive,‭ ‬voit l’oncle et lui fait de grands gestes en répétant maintes fois‭ « ‬Zwiebel‭ ? » ‬de façon interrogative.‭ « ‬Je ne comprends pas ‭!‬ ‭»‬ répond l’oncle Noé.‭ ‬Alors le cuistot repart en lui disant‭ «‬ Moment ‭!‬ ‭»‬,‭ «‬ Aco ba coumprenguèri,‭ ‬racontait Noé,‭ ‬me disio d’attendré un moumént.‭ ‬E tournèt am’uno pelhofo de cébo. ‭»
« En aléman ba disoun soubén al rébès.‭ ‬Quand fa plan fréd,‭ ‬disoun que fa caud‭ (‬kalt‭)‬,‭ ‬e uno bicycléto b’apèloun un farrat‭ (‬Fahrrad‭)‬.‭ ‬Coussi boulès y coumpréné quicon !! »
Traduction : « Ça,‭ ‬je le compris :‭ ‬il me disait d’attendre un moment et revint avec une épluchure d’oignon.‭
« En allemand,‭ ‬ils disent souvent les choses à l’envers,‭ ‬quand il fait bien froid,‭ ‬ils disent qu’il fait chaud‭ (‬kalt‭)‬,‭ ‬et une bicyclette ils l’appellent un seau.‭ ‬Comment veux-tu y comprendre quelque chose ‭!!‬ ‭»

‭Marcel Scipion, lui, indique le mot « seau » dans son acception locale « pouairé ». Et dans notre jeu de pistes, le ‬Trésor du Félibrige de Mistral indique :  poudaire, pouaire (dauphinois) vigneron qui taille la vigne. L’occasion d’apprécier à y être quelques expressions curieuses sinon savoureuses :
Poudaire à la mort : homme à théories absolues, qui ne pardonne rien, qui sacrifie le bon et le mauvais.
Faudièu poudaire : tablier de vigneron Parti coume un poudaire, partir de son repos, subitement, se mettre en colère
Fai la mino d’un poudaire : il est tout renfrogné.
Poudaire. Bon buveur
Pouda a bourre e bourrihoun : tailler la vigne sur deux bourgeons.
Quau poudo au mes de febrié, N’a pas besoun de desco ni de panié.
Semeno d’ouro, poudo tard.
Se poudes ras, béuras ; se poudes loug, béuras un an ; Se poudes court, béuras toujour. Se me coupes, me poudes ; Se me brules, me fumes, dicton qu’on prête à la ronce. (celle-là, c’est Jo qui me l’a apprise !)
M’en a pouda uno, il m’en a dit une

« Dins la vigno rapugado
E pudado
Li femo fan de gavèu» (T. Aubanel)




A Fleury et certainement tout autour on dit « vestit coumo un poudaire » et en cette période, comment ne pas penser à nos viticulteurs de la modernité, moins nombreux mais plus gros, pour lesquels la taille représente le plus exigeant des travaux devant être entrepris, malgré l’assistance des ciseaux pneumatiques, en décembre sinon dès novembre ?
Pour tailler en gobelet, mon poudaire des années 60 a pris soin, sous le béret ou la casquette enfoncée (avant le bonnet ou le cache-montagne), de multiplier les couches d’habits : tricot, chemise à long panel (c’est primordial), pull et par-dessus la fameuse canadienne (2) de cuir ou de toile lourde, doublée d’une laine de mouton avec un col fourré aussi. Si nos poudaires étaient à la mode, il fallait avant tout résister au Cers d’hiver qui pénètre et qui cause cette fameuse température ressentie aujourd’hui reconnue et dont font parfois état nos météos à la télé !
Avant de faire halte sur ce chemin enchanté qui nous fait remonter le temps, dans ce jeu de piste qui nous a fait aller de « pouaire » à « poudairé », en passant par les Allemands de la dernière guerre, avec la canadienne, permettez-moi de saluer une Vinassanote au Québec, à Montréal, avec, en ce début janvier une pensée pour André, pérignanais d’origine, qui, depuis son pays de neige, gardait vivace le souvenir de l'erbo blanco (3) dans les vignes "poudées", quand sur le marge l'amandier sait si bien faire fleurir l’espérance des hommes...


‭(1) Si quaucun peut en dire davantage, sa participation sera la bienvenue.
(2) dans une question, il y a peu de Money drop....
(3) Diplotaxis fausse-rouquette. 



Photos autorisées Wikimedia et les amandiers de Fabien de Lapalme.

mardi 6 janvier 2015

« QUAND LES HOMMES VIVRONT D’AMOUR... » / Fleury d'Aude en Languedoc

Décembre, une halte sur le chemin... Je sais : nous le devons à la nature qui s’arrête un instant de respirer avant de se gonfler à nouveau pour le cycle à venir. Je me doute : c’est cette hypothèse qui nous incite à faire une pause sur ce que nous sommes et faisons là. Alors, plutôt que de vivre comme on foncerait en acceptant bêtement même l’inacceptable, arrêtons-nous au bord du chemin, pour mieux repartir, serait-ce optimiste de le voir, de le souhaiter ainsi. 
Lors de cette parenthèse méditative, l’enfance revient en force car elle nous laisse à jamais des impressions ineffaçables : je l’évoquais dans le papier sur « La Baptistino ». Qu’elles soient incomplètes, partiales et même, inexactes, elles n’en forment pas moins le point de départ du court passage de chacun au pays des vivants, une parenthèse si brève que nous l’embarrassons de la quête tri sinon unidimensionnelle « D’où venons nous ? Qui sommes-nous ? Où allons nous ? ». Si encore nous ne l’encombrions pas de la question  « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », amenant une incompréhension qui va augmentant tout au long du parcours, parce que les injustices, les horreurs par nous perpétrées, deviennent toujours plus intolérables. Portant la parole des sans voix, quelques rares écorchés vif de la solidarité généreuse ont su le dire et le chanter :  « Quand les hommes vivront d’amour...». Autant ne pas se compliquer l'existence avec la trilogie que l’on prête à nos cousins primates « Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire ». Entre la vie et la mort, que nous acceptions ou non de considérer le dilemme, la conclusion appartient à la voix chaude de Félix Leclerc : «... Mais nous nous serons morts mon frère...». 
Revenons à Fleury dans les années 60 lorsque, impressionné, je pénétrai, par un porche monumental, dans les dépendances intra muros d’une belle propriété viticole (1). L’enfant que j’étais veut surtout s’évader par le rêve d’une réalité encadrée par une trinité dominante : les parents, l’Église et, plus distante, la politique.
Les parents sont pour l’ordre des choses, ils acceptent les inégalités et ne voudraient pour rien au monde échanger avec la progéniture sur le sens de l’existence ; ils ne disent rien de la mort, ils auraient même tendance à en édulcorer la réalité sinon à la cacher. Les enfants sont des mineurs en puissance qu’on veut protéger de tout ce qui est sale et l’amour des parents, s’il n’est pas contestable, s’accompagne d’un paternalisme marqué par la normalité éducative des châtiments corporels et l’irrespect aussi profond qu’institutionnel pour une progéniture en mutation « C’est comme ça et c’est pour ton bien ! », « Tu comprendras plus tard ! ». Tant que l’âge de raison n’est pas atteint (il ne correspond pas forcément au statut de majeur à 21 ans révolus), il n’y a pas à dialoguer avec sa descendance présumée incapable de comprendre le monde des grands. Et dire que l’Église, elle, il est vrai dans un autre registre et dans le cadre de la soumission à un dieu, professe des valeurs contraires puisque dès le stade fœtal, sinon embryonnaire, le vivant est sacralisé en tant que création divine.

 Dom Helder Camara / wiki.en (england).
L"abbé Pierre / wiki.ru (Russie).

Ainsi la religion incite également à se plier au nom d’une justice céleste après le passage ici-bas, promettant virtuellement aux petits « les premiers seront les derniers ». Elle s’engage pour plus tard, complice qu’elle est, depuis longtemps, des puissants qu’elle laisse faire. Pour preuve, la place qui est faite, en bien, à quelques hommes (2) d’Église (rares aussi) comme l’abbé Pierre en France ou  Dom Helder Camara, « l’évêque rouge » du Nordeste brésilien, « l’agitateur » qui lui-même se désignait comme le "petit âne de Jésus": « Quand je donne de la nourriture aux pauvres, on m'appelle un saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on m'appelle un communiste ». Je me dois d’ajouter que la générosité solidaire de Dom Helder, soutenue par l’amitié du pape Paul VI, fut la cible d’un laminage rancunier de la part de Jean-Paul II qui n’aura de cesse de neutraliser le contre-pouvoir mis en place par l’évêque de Recife (3)... C’est une chose d’exécrer le communisme mais cela n’est pas très chrétien d’en arriver à soutenir le fascisme... Je n’ai pas dit « très catholique » et ce serait digresser que d’évoquer la place qui est faite, en mal, à Von Papen, par exemple, et, par-dessus lui, au pape Pie XII, pour ses silences sur le nazisme... dans parler des réseaux qui permirent à de nombreux criminels de guerre de fuir notamment vers l'Amérique du Sud.
( A suivre LES PROMESSES N’ENGAGENT QUE CEUX QUI LES GOBENT...).

(1) propriétaire aussi de la campagne de Laquirou, un beau domaine dans la Clape. Les logements des ouvriers agricoles semblaient des verrues tant la place allouée à l’exploitation prévalait. Honorine et sa vieille mère habitaient là, mes voisins de quartier et camarades Jean-Paul, Momon, Néné et Éliane ainsi que leurs parents, aussi.
(2)  Où sont les femmes victimes d’une discrimination machiste ordinaire, dominées mais consentantes, supplétives mais prosélytes, dont la complicité parfois active aide à ce que les choses ne changent pas ? Ainsi,  à côté de l’Abbé Pierre et de Dom Helder Camara, je pense (en espérant ne pas tomber dans l’anachronisme) aux bonnes âmes telles sœur Thérésa à Calcutta et sœur Emmanuelle auprès des chiffonniers du Caire, qui veulent apporter un soulagement aux misères dans une acceptation résignée des malheurs et surtout sans l’incitation à la révolte seule capable de faire évoluer le statu quo. 
(3) lire http://www.liberation.fr/monde/1999/08/30/la-mort-de-l-eveque-rougel-agitateur-bresilien-dom-helder-camara-combattait-misere-et-dictature_280330

photos autorisées wiki.ru / wiki.en

samedi 3 janvier 2015

LA POSTE DE LA HONTE, EN MÉTRO OU A MAYOTTE ! / Pauvre France

Pourrait se décliner selon la morale "Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage." Et si les politiques sont sur ce front de mensonges, de trahisons, de perte de valeurs, d'indignité, associons leur les éminences grises de hauts fonctionnaires protées (crottés aussi de leurs bassesses et vilénies) puisqu'ils passent des cabinets ministériels aux mandats électifs comme ceux qui, après des années de pressions ont réussi à faire vendre les autoroutes pour peanut aux puissances d'argent (variante de la poule aux œufs d'or).

Pestons donc contre la Poste... mais pour la vacciner de ses bubons ! 

Veille de noël 2014 : 8000 colis qui engorgent le centre de tri de Kaweni (Mayotte) ! Et celui qu'elle nous a envoyé, parti au prix FORT le 9 décembre qui n'arrive toujours pas... comme celui qu'elle attend, d'ailleurs, dans l'autre sens !

Début décembre 2014 : réception d'une carte postale envoyée fin octobre d'Espagne !

Fin novembre 2014 : réception de vœux d'anniversaire envoyés fin septembre depuis la métropole.
Octobre 2014 : le facteur a pris plus d'un mois de congé... rien dans la boîte en quarantaine (vraiment pendant 40 jours !) le remplaçant n'a pas dû avoir envie de la trouver !!!

Courant octobre 2014 : notre amie de Kingersheim doit aller réclamer son paquet à la poste... on ne lui a pas laissé d'avis de passage... un voleur patenté (ex PTT) voulait-il se l'approprier ?

Début août 2014 : envoi d'un colis pour Mayotte depuis l'Aude... renvoyé lorsqu'il arrive au motif fallacieux que l'adresse laisse à désirer (alors que le reste arrive tant bien que mal à destination) A ce jour, 27 décembre, il n'est toujours pas revenu à l'adresse d'expédition !!! Encore un mouizzi (voleur) dans la place ?

Si je ne vaux pas une statistique à moi tout seul, s'il est anecdotique de rappeler qu'avant la guerre le courrier donnait souvent lieu à deux tournées quotidiennes et si les intéressés reconnaissent eux-mêmes qu'il fut un temps où le PTT (Petit Travail Tranquille) voyait quatre agents faire le travail de deux (finalement, le client était mieux servi que maintenant où ils sont deux pour faire le boulot de quatre !), nous ne pouvons que déplorer la médiocrité (assumée) d'un prestataire de service public. "Pourrissimo" ça vous dit quelque chose ? Pardon ? Vous avez envoyé des mangues ??? 

dessin du jour www.agoravox.fr

Cette dégradation de notre vie de tous les jours résulte, sans contestation possible, du système libéral légalement amoral (pour ne pas dire dégueulasse) imposé qui plus est grâce à la complicité active de politiques élus sur des bases mensongères (le discours du Bourget par exemple...). Mais ne sont-ce pas les mêmes saucissons qui veulent "ouvrir" le capital aux amasseurs de fric ?

Ce cas particulier de La Poste (qui n'en a rien à faire à partir du moment où elle engrange des parts de marché prises aux banques "traditionnelles") doit contribuer à nous convaincre qu'un grand chambardement s'impose ! Comment ne pas faire porter nos espoirs sur l'élaboration d'une constitution renouvelée basée sur la sincérité, l'honnêteté, la solidarité et plus de justice. Oui, tout doit changer contre un système qui au nom du profit salit et foule aux pieds les seules valeurs qui font de l'humain un être respectable. Tout doit changer parce que ce n'est pas ainsi qu'un homme libre et digne veut vivre !

Tous mes vœux pour une 6ème République, dès 2015 !