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samedi 24 décembre 2016

Une étoile filante de Noël voulue par Jean Camp / Noël en Languedoc

De Jean Camp, notre voisin, l'auteur sallois du magnifique poème le Doublidaïre (il a aussi écrit des pièces de théâtre et "Vin Nouveau", un roman), j'avais noté quelques vers écrits pour Noël :

"Bèl Nadal, me fas rebastraire
Se lo Bon Dieu m'avia causit
Auriai volgut faire, pecaire,
Davant lo monde estabosit,
De nostre Sénher, un vendemiaire
Se lo Bon dieu m'avia causit."

Dans la grande diversité des santons, la vendangeuse existe sûrement mais que le porteur d'espérance né la nuit de Noël soit un vendangeur dans l'âme de Jean Camp, sûr que le monde en eût été estabousit, complètement éberlué, l'autre énigme résidant dans le mystérieux regret répété "Se lo Bon Dieu m'avia causit."

BON NOËL aux cœurs et aux âmes qui, pour toujours rester timides et discrets, n'en demeurent pas moins fraternels.     

http://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=59152

mardi 20 décembre 2016

MEILLEURS VOEUX Mme LA VICE-RECTEUR / Mayotte en capilotade

ENVOYEZ DONC VOS VŒUX A UNE ÉMINENTE REPRÉSENTANTE DE LA CASTE QUI FAIT LA LOI A L’ÉDUCATION NATIONALE

Meilleurs vœux madame Constance Cynique (1) !

Comme l'année dernière, vous recevrez peut-être une rallonge de 10000 (en gros) concernant cette indemnité pour laquelle vous touchiez déjà 15000€ !

Autour du 27 décembre et malgré la trêve des confiseurs (pas des carriéristes), nous essaierons de garder les idées claires pour suivre les actus et aussitôt vous congratuler.

Comme pour votre récente légion "d'horreur", peut-être louerez-vous, non pas le logement, le congelo, la clim et le reste, mais les chers enfants de Mayotte qui sont si souvent l'objet de votre dévouement attendri... Je ne dirai rien sur les parents que vous encouragez à rejoindre le privé.

Soyez gentille, à y être, d'envoyer un petit coucou aux collégiens de Sada qui n'ont pas de livres (à moins que le papa Noël ne distribue des tablettes...) et à ceux de Dembéni qui ne les ont pas encore reçus (peut-être que le papa Noël, encore...) !

(1) le surnom dont j'ai affublé Nathalie Costantini, vice-recteur de Mayotte.

mardi 13 décembre 2016

DE LIMOUX à PARAHOU-le-PETIT (André Galaup) / Terres d'Aude

Voilà un an que j'attendais de parler, de remémorer cette histoire de Panfilo et de sa jument Magloire. Le vent pénétrant des Hautes Corbières sous les tourbillons de neige, l'ambiance des gros bourgs se préparant aux réjouissances de Noël me font toujours tant frissonner de bonheur que j'imagine sans peine, après la nuit et le froid, l'homme tapant des pieds sur son seuil puis se frottant les mains devant la cheminée aux flammes plus vives qu'à l'habitude.    
Nous devons cette jolie histoire de Noël à André Galaup de Limoux, devenu écrivain à la retraite, inspiré, enchanté par son pays, en remontant l'Aude vers les Pyrénées. 

Il faut dire que le voyageur qui ne fait que passer est déjà charmé par les paysages, tant naturels qu'humains. S'il s'attarde un peu, pour la Blanquette, les carnavals, le château de Joyeuse, les bains (et la limonade !) d'Alet, la fête du cochon à Laval (1), les chapeaux ou le formica, le charme agit, les bonnes raisons d'y revenir ne peuvent que se multiplier. Notre voyageur (ne le confondons pas avec un touriste ordinaire...) peut penser aussi que ces contrées si riches et diverses doivent assurément transcender une proportion certaine d'êtres, natifs ou adoptés, qui, nourris à ces sources, poursuivent l'écriture d'un livre dont les chapitres racontent une histoire vieille d'au moins deux mille ans.


Les générations n'y suffisent pas : il y aura toujours quelque chose à découvrir, quelque énigme à déchiffrer concernant une région aux paysages si divers, remplie d'Histoire, de richesses, de mystères propres à nourrir les fantasmes les plus fous (2). La vallée, en remontant, continue de drainer des pays jadis aussi enclavés que fermés (le Trou du Curé, le défilé de Pierre-Lys, ne permirent le passage vers les Pyrénées, le Fenouillèdes et le Roussillon qu'à la veille de la Révolution !) mais au renom dépassant les frontières (3).    

Tel le bavard de service prenant trop de temps pour présenter une œuvre qui n'est pas de lui, je vous ai assez ennuyés avec mes raisonnements. Sans attendre davantage, suivons la jardinière de Panfilo et de la jument Magloire entre Limoux et Parahou-le-Petit.  

http://rennes-le-chateau-en-quete-de-verite.e-monsite.com/accueil/page-46.html

(1) Nous demanderons à monsieur Reverdy de bien vouloir l'évoquer... 
(2) Autour du trésor des Wisigoths, des Templiers, des Cathares, des seigneurs frappant fausse monnaie, de l'abbé Saunière, de la quête des nazis, de la visite du futur Jean XXIII, sans parler des fèdos ou des lutins Bug et Arach, plus familiers...   
(3) du Razès et du Kercorb bien sûr ! 

Pour ceux qui rechignent à multiplier les clics et les ouvertures de pages : 

DE LIMOUX A PARAHOU-PETIT
                                                         AVEC PANFILO ET SA JUMENT « MAGLORIA»

 
     La veille de Noël tombait cette année là un vendredi. Jamais on n'avait vu autant de monde au marché de Limoux. Les auberges avaient fait le plein. De tous les villages, de toutes les fermes, les gens étaient venus faire leurs emplettes.

   Dans cette foule, il y avait un nommé Panfilo, demeurant une  ferme située dans les parages de Saint Louis de Parahou. Fidèle à la mode des bouviers de son petit pays, il avait revêtu une belle blouse et portait un mouchoir autour de son cou.
1-7.jpg   Avec sa jardinière et sa jument, il avait descendu deux sacs de maïs, quelques chapons, des canards gras et une dizaine de foies gras. Avec le produit de la vente, il acheta quantité de provisions, de bonnes choses, des tourons et quelques bonnes bouteilles de blanquette et de vin  Anne de Joyeuse. Assez de vivres pour passer un bon Noël et rester bien au chaud si la neige venait à assiéger pendant plusieurs jours.
Ayant beaucoup de chemin à faire, de bonne heure, c'est à dire, en début d'après midi, Panfilo attela « magloria » (sa jument) qu'il avait laissée dans une étable du côté de la place au bois et quitta aussitôt Limoux.
 Dans l'étroit d'Alet de lourds nuages gris écrasaient les montagnes. Quelques flocons de neige venaient choir sur son capuchon, sur les oreilles et la croupe de « magloria ». Deux ou trois petits coups de fouet, la bête prit le petit trot. Ainsi on gagna Couiza.
 Panfilo et son attelage auraient bien pris la grande route directe : la voie romaine de grande communication Carcassonne Roussillon par Rennes-le-Château, le Carla, le Bézu. Ils se seraient arrêtes à l'auberge de la Jacotte où en cette veille de Noël, il devait y avoir bonne compagnie. Puis, par les Tricoires et le col du Moulin à Vent il aurait pu regagner sa ferme près de Parahou Petit. Mais il fallait que Panfilo passe par Rennes-les-Bains pour charger des choses à remonter.
 Tombée de bonne heure, la nuit enveloppait la station thermale et la neige en flocons plus gros recouvrait le sol de quelques centimètres déjà, lorsque Panfilo arriva aux Bains de Rennes. A la lueur de la lanterne, il attacha sa jument à un arbre sur la place et alla rapidement manger un morceau dans la salle du café-auberge ou régnait une atmosphère de rires sonores.
  Demi-heure après :hi !hi ! « magloria ». L'attelage repartait. Par un froid aussi vif, on ne pouvait rester longtemps assis sur une voiture. D'autre part, la neige tombant plus drue et à gros flocons, la marche devenait de plus en plus pénible. La lanterne n'éclairait qu'à une paire de mètres . Là haut, sur le plateau du mas, le vent secouait les buissons. Les arbres s'agitaient prenant les apparences de grands fantômes de la nuit. Au pont du Caïram, la jument s'arrêta net.
  Rien à faire, « magloria » ne voulait plus avancer. Levant le fanal, Panfilo éclairait au-devant de la jument. Brrr ! Un cercueil, en plein travers, barrait la route. Panfilo fut saisi de frayeur. Ses dents claquaient. Il fallait aviser. S'armant de courage, il déplaça le cercueil. Jument et jardinière passèrent. Après quoi, il remit à nouveau le cercueil en  travers de la route. De l'intérieur une voix se fit entendre:
 «  As pla faït de me tornar en plaça, sinon éres mort » (tu as bien fait de me remettre en place, sinon tu aurais été mort).
  Il paraît que beaucoup de voyageurs attardés vivaient la même scène en passant au pont de Caïram.
2-1.jpg Un peu plus loin, avant d'arriver à Bugarach, au ponceau du Rec-des-Fangots, Panfilo entendit des chaînes ? Du fouet, il hâta le pas de la jument.
  A nouveau, après Bugarach, en  passant sous le Pic et les parages du Lauzadel, au pont de Rouffet, Panfilo entendit à nouveau des bruits de chaînes. Cela se produisait souvent dans ces parages hantés. Ces bruits de chaînes dans le silence ouaté de la neige lui remirent en mémoire des choses qui s'étaient passées l y a fort longtemps sur le plateau du « Trauc de la Reilha ».
 Ce pays se situe entre 750 et 800 mètres d'altitude où se joignent les lmimites territoriales de quatre communes. Là, se souvint Panfilo, un homme avait perdu son épouse. Il l'avait portée au cimetière. Or, animé par l'esprit de malfaisance, un voisin revêtu d'une longue chemise blanche flottante venait en agitant et en traînant des chaînes, par les pâturages de nuit, faire peur au veuf . Ce dernier pensait que sa femme revenait lui rendre visite. Lassé et ulcéré par ce manège, il s'écria un soir :
« Mafisa té qui si té torni portar al cimentéri, tornaras pas ». (méfie-toi que si je te ramène au cimetière, tu n'en reviendras pas).
  Le fantôme continua sa pantomime. Le veuf s 'arma d'une fourche, se rua sur le revenant, l'embrocha et le transperça. Panfilo se souvint aussi d'une autre histoire arrivée durant la guerre de 1914-1918. Le propriétaire d'une ferme des parages du Trauc-de-la-Reilha mourut. Hélas, le menuisier de Bugarach était mobilisé. Personne pour faire le cercueil. On monta de la ferme de Linas, une caisse servant à mettre les jambons, les caisses de conservation des jambons ont généralement une forme de cercueil avec toutefois un peu plus de profondeur. Dans cette caisse à jambons ; on enferma la défunte . Avec des vaches et la charrette du domaine du Capitaine, on descendit jusqu'à l'église. Mais le curé était également mobilisé. A défaut de prêtre, un jeune séminariste de Bugarach qui portait déjà la soutane revêtit les ornements du prêtre mobilisé et officia dans les limites de ses compétences sacerdotales avec des enfants de chœur de Bugarach.
  Chemin faisant, tout en ruminant ces veilles histoires, Panfilo arriva à sa maison près de Parahou le Petit, où sa femme et un grand feu de bois l'attendaient. Le temps de mettre « magloria » à l'étable, il s'abandonna dans la douceur du foyer.

Copyright André Galaup

photos autorisées : 
1. Limoux Pont-Neuf auteur Tournasol7. 
2. Couiza, château des ducs de Joyeuse, auteur Kojac1. 
3. Rennes-les-Bains, pont sur la Sals, auteur Corlin. 

samedi 10 décembre 2016

JEAN GIROU (Montpellier 1889 - Marseille 1972) / L’Itinéraire en Terre d’Aude.


Docteur en médecine, Jean Girou s'établit à Carcassonne en 1921. Président de l'Ordre des médecins et... du Syndicat d'Initiative de Carcassonne pendant 25 ans, il est fasciné par les paysages, les monuments et l'histoire de son département d'adoption. 



Son 1er ouvrage s'intitule "Carcassonne, sa Cité, sa Couronne" (1928),  suivi par presque 50 volumes dont le plus célèbre est "L'Itinéraire en Terre d'Aude" (1936), un guide tous publics, réédité en 1987.
La géographie et l’Histoire y concourent, sans que le fond soit professoral pour autant. Et si l’évocation lapidaire du catharisme alterne les extrêmes (l’auteur parle en même temps « d’anarchistes dangereux » et d’une civilisation splendide), rappelons seulement que ce courant religieux était non violent par essence (1), à l'opposé donc, de tous les intégrismes dont l'intégrisme exclusif catholique de l'époque... Ce qui bien sûr n’apparaît pas dans l’Histoire, des mensonges toujours écrits et imposés par les vainqueurs, à savoir, en la circonstance, les envahissants « barons du Nord », cupides et spoliateurs.    




« L’Aude, disait Girou, concrétise sur son sol tous les aspects de la France ; c’est le Pays de la cigale provençale et de l’alouette Lauragaise, le pays de l’olivier et du cyprès, du pin et du mélèze, des roseaux et du laurier ; pays de vignes, pays de vent aux souffles alternés du cers (2) vif et froid, du « marin » humide et chaud ». L’Itinéraire en terre d’Aude. (3)

Et, sur Rennes-le-Château qui a nourri tant de chasses au trésor fantasmées :  


«... sur l’arête du plateau se découpe un décor singulier : des maisons en ruine, un château féodal délabré surplombent et se confondent avec la falaise calcaire, puis des villas, des tours à vérandas, neuves et modernes contrastent étrangement avec ces ruines : c’est la maison d’un curé qui aurait bâti cette demeure somptueuse avec l’argent d’un trésor trouvé, disent les paysans ! » L’Itinéraire en terre d’Aude. 





(1) ce sont les chevaliers, principalement les vassaux de Raimond-Roger Trencavel, vicomte d'Albi, Carcassonne et Béziers, menacés de bannissement et d'expropriation pour avoir toléré ou protégé des religieux cathares, qui ont tenté de se battre contre les Croisés d'Arnaud Amaury (cet amori !) et Simon de Montfort. L'expression "chevaliers cathares", si bien chantée, par ailleurs, par Francis Cabrel, prête donc à confusion 
(2) Le cers, vent de N-NE est bien désigné alors que les guillemets font du marin un vent générique, Girou regroupant sous ce terme, tous les souffles venant de la mer ( de NE à Sud). 
(3) Prédécesseur, François-Paul Alibert (1873 - 1953), carcassonnais (encore un) à la personnalité aussi "raide" qu’attachante, auteur de recueils poétiques malheureusement oubliés, bien que remarqués par Valéry, a écrit un « Terre d’Aude » (1906). Un essai, aux airs de journal de voyage, sur l’emprise des paysages, tant naturels qu’humains, sur tous les représentants de notre espèce. Les intellectuels, les artistes y seraient-ils, par essence, plus sensibles ? Et, à l’instar des médiums, réagiraient-ils plus concrètement à ces "radiations" ?  
http://www.ladepeche.fr/article/2009/02/22/562745-francois-paul-alibert-ce-poete-meconnu.html   

http://www.garae.fr/spip.php?article61

photographies autorisées 
1 auteur Harry / Carcassonne et les vignes en hiver. 
2 auteur Jean-Pol Grandmont / Carcassonne, enceinte extérieure ouest de la Cité (vue vers le château comtal et le nord. 
3 "Les chevaliers cathares" aire de repos de Pech Loubat (Narbonne), chantés par Cabrel, non sans une pointe de scepticisme... (dessin faute de photo autorisée)
4 François Ier Mitterand en campagne (mars 1981), face au diable de bénitier de Rennes-le-Château, voulu par l'étrange abbé Saunière... Auteur André Galaup, écrivain de Limoux dont nous reparlerons sous peu... 

vendredi 25 novembre 2016

LA GUERRE DU VIN / Languedoc Roussillon

http://m.france3-regions.francetvinfo.fr/…/doc-24-midi-pyre…

MACAREL ! je viens de voir une sale pub pour du whisky... je dis "sale" pour la pub attention... avec l'hypocrite interdiction pour les moins de 18 ans ! 

Si la science reconnaît internationalement les bienfaits du vin rouge, l’État veut toujours le faire passer d'abord pour de l'alcool... Les campagnes contre l'alcoolisme montrent un ballon de rouge, c'est insupportable... J'avoue avoir déchiré une affiche une fois, devant témoins ! 

On n'en a pas ou on en a des... co...nvictions ! Les nôtres s'entretiennent avec le souvenir de la Révolte des Vignerons (1907) ou cette Guerre du Vin (années 70), objet de cette émission de France3, à voir et à revoir pour comprendre un peu mieux. 

GARDAREN NOSTRO TISANO DE GABELS, MACAREL !

FESTO FELIBRENCO a Ouvelha / Aude en Languedoc

FÊTE DU FÉLIBRIGE à Ouveillan.

Au mois d’août 1925, paraissait le numéro 91 de La Cigalo Narbouneso IXe année, uniquement consacré à le fèsto felibrenco d’Ouvelha du dimanche 28 juin (1). 




« ... Coumèncet la vèlho per uno grando retrèto as flambèus... »

Cette fête a commencé la veille par une retraite aux flambeaux sur les airs de la Philarmonique avant que toute l’assemblée ne communie sur la place en chantant La Coupo Santo (2) accompagnée par l’Orfeoun l’Aveni.  

« ...Lou lendema, de toutis lous caires, arribèt un fum de mounde... /... A 10 ouros, la courde l'oustal es claufido de mounde... /... mes ço de pus bèl es uno tièiro d'uno quaranteno de jouvencèlos pourtant la cofo narbouneso... /... S'arribo enfin a la Coumuno.../... la Marselheso restountits...»

A dix heures le lendemain, la Liro et la Filarmonico escortent une file de jouvencelles portant la coiffe narbonnaise. C’est tout un cortège qui les suit par les rues jusqu’à la commune (la mairie) où la Marseillaise retentit. 



«.../... Gentos donos e cars felibres, es ame un grand gaudj que lou conse e la municipalitat saludoun vostro vengudo...»

S’ensuit un bref discours de bienvenue du maire M. Malardeau qui, honorant un passé glorieux, en appelle aux aïeux qui bataillèrent pour sauver leurs coutumes, les libertés et leurs terres. Il salue les Félibres, défenseurs du terroir, des traditions, des droits et du parler. Cette fête les fait communier avec les anciens faidits.

«.../... Uno patrio qu’a d’amaires tant fidèls pod pas mouri... »

Pour lui, une patrie aimée ne peut mourir et ce n’est pas parce qu’elle fut vaincue qu’il ne faut pas garder foi en l’avenir car elle resplendira à nouveau.    

Le docteur Paul Albarel remercie de l’accueil. Son lyrisme embraye aussitôt sur un ton militant et exclusif.

«... Es ame plase que beurem ensemble "lou vin pur de noste plant".../...

Il reprend à plaisir l’image de la vigne profondément enracinée, symbole nouveau (3) en faveur de « la race du Midi (4)» qui ne boit que du « vin pur de notre plant » ... Les luttes pour le vin pur et contre les produits frelatés marquent aussi la résistance du Sud contre la chimie et les tricheurs, les vins arrangés, frelatés pour le plus grand profit d’une finance toujours assimilée au Nord, au pouvoir parisien "jacobicentripète". Maintenant, lorsque l’édile insiste en parlant de sève sans mélange, non abâtardie, nous devons rester convaincus qu’il parle bien du vin et non du peuple qui le produit. Sa réponse conclut avec le souhait de voir conserver l’héritage et la langue de ceux qui labouraient ou avaient à se battre « comme des lions ».  




Ensuite, c’est la messe avec le sermon de l’abbé Salvat, professeur au petit séminaire de « Castel-nau-d’arî » et « vaillant félibre » qui, se référant à Frédéric Mistral insiste avant tout sur la religion, la religion, la religion...
La religion, dernier rempart contre la « racaille » des Barbares submergeant Rome, la religion protégeant le petit contre le gros quand, en 1496, le fonctionnaire des impôts a eu la main trop lourde. Le recteur se dépouillant des biens de l’Eglise, en 1576, pour éviter que le pays ne soit ruîné (6).

Midi. Le compte-rendu fait état «... das badals que lous estoumacs truls fan espeli...» (des baillements que les estomacs creux font éclore (5)).

Approchons-nous de la table !

(1) réf du numéro complet :
https://culture.cr-languedocroussillon.fr/ark:/46855/OAI_FRB340325101_KI3_frb340325101_ki3_1925_0091/v0005.simple.highlight=cigalo%20narbouneso.articleAnnotation=h::9bf868ba-aee4-4f98-bc3e-f6506f983e1f.selectedTab=thumbnail 
(2) Connoté religieusement, ce chant imposé par Mistral et qui reste emblématique de la Provence était considéré comme l’hymne de l’Occitanie au sens large puisque les Catalans y sont associés. Aujourd’hui, « Se Canto » est plus fédérateur.
(3) Qu’aurait exprimé leur lyrisme, un siècle auparavant, quand les céréales représentaient la principale culture du Languedoc ?
(4) Attention au mot « race » avec un sens et un usage différent de ce qu’il est aujourd’hui, depuis qu’il est prouvé qu’il n’existe qu’une seule race humaine.
(5) Dans Le Tresor dòu Felibrige, Mistral précise : « ... "Espeli" peut se rapporter au lat. expellere, expulser...».
(6) Comme par hasard, le bon abbé ne pipe mot de la Croisade contre des Albigeois chargés d’hérétisme, d’extrémisme, alors que le catharisme, simple dissidence qu’il ne faut pas rapprocher du bogomilisme et du manichéisme orientaux, se définissait avant tout comme NON VIOLENT. Rien non plus sur l’Inquisition, les tortures, les bûchers qui suivirent la croisade. Les exemples de l’abbé Salvat, trop ponctuels (1496) ou peu probants concernant les guerres de religion qui voyaient la population souffrir et des exactions d’un camp et des réquisitions des leurs (1576) relèvent d’une propagande grossière.  


photos personnelles : 
1 & 2 Monument aux Morts "pacifiste" de René Iché (1897-1954). Le site de la mairie d'Ouveillan estropie son nom ! Es uno vergougno ! c'est une honte !.. Doit-on faire le parallèle avec la réduction annoncée du nombre des fonctionnaires, notamment territoriaux ?.. 
3 & 4 Si la mairie est peut-être à un autre endroit depuis, la cave coopérative ne date que de 1936. Contrairement à de nombreuses autres, désaffectées et même détruites, comme celles de Vinassan et de Lespignan (récemment), elle reçoit la vendange sur un large secteur (jusqu'à Narbonne) et est médiatiquement connue pour des vendanges du cœur solidaires.  

vendredi 11 novembre 2016

11 NOVEMBRE 1918 / DANTOINE La guerre


Extrait :
"... Mon père a participé à quatre ans de guerre dite la "grande" ! y compris quelques mois d'occupation en forêt-Noire après l'armistice. Ayant vécu dans les tranchées avec les Poilus, ayant subi Verdun, il a rapporté de cette longue épreuve le culte de la camaraderie, la pitié pour les souffrances et le sacrifice des humbles qui sont toujours en première ligne... le sentiment du caractère dérisoire de toute guerre, l'attrait pour le pacifisme qui était déjà dans sa nature, un antimilitarisme affirmé, un certain scepticisme face à la hiérarchie militaire ! 
Tout ceci ne s'exprimait guère en paroles, car il parlait assez peu, mais dans ses dessins dont les plus expressifs ont constitué "L'album de la guerre de 14" où les héros s'expriment en langue d'oc avec le réalisme et la saveur des gens du terroir. Il a beaucoup crayonné dans les tranchées, entre deux bombardements ou deux attaques, avec des moyens très modestes et ces dessins se sont répartis entre ses compagnons d'infortune. 
Comme beaucoup de ses camarades, il partageait l'illusion que cette guerre, dépassant en horreur les précédentes, serait la dernière. Aussi, en 1939, quand Daladier a annoncé à la radio la nouvelle de la mobilisation générale pour une aventure du même genre, je l'ai vu pleurer..."

Postface "Dantoine vu par sa fille" par Lucie Dantoine. 

LES OIES DE GUINÉE DU 11 NOVEMBRE / Fleury en Languedoc.

Pour la fête du village, le cagnard pourtant bien exposé ne retentissait plus des blagues, moqueries et autres ragots coutumiers.
C'est qu'une baraque foraine se montait devant, une loterie où se gagnaient des oies de Guinée. 

Le tenancier venait de Courniou, dans l'Hérault, non loin de Saint-Pons, au pied des Monts du Somail, sur la route du Tarn.
Sa casquette et le mouchoir à carreaux sur le micro pour les postillons, complétaient l'ambiance rustique d'une époque où une volaille vivante ramenée à la maison causait le plus vif des plaisirs.
 

Il devait aller dans la soixantaine... j'allais dire plus mais on faisait plus vieux alors, à âge égal. De près ou de loin, la Grande Guerre avait dû le marquer.

Il devait y penser, c'est sûr, hors les heures d'affluence, quand il ouvrait et se préparait... Pouvait-il en être autrement ?

De l'autre côté du boulevard, au milieu des fleurs, depuis son poste d'observation, le Poilu du monument ne le quittait pas des yeux.
Il veille encore notre Poilu, donne à méditer et interpelle ceux qui le saluent intérieurement et qui ne craignent pas de croiser son regard. 



11 NOVEMBRE 1918 LES GAZ


jeudi 10 novembre 2016

QUI TROUVE LE CERS PERD LA TRAMONTANE... (I)


« Ci-gît au fond de mon cœur une histoire ancienne,
Un fantôme, un souvenir d'une que j'aimais...
Le temps, à grand coups de faux, peut faire des siennes,
Mon bel amour dure encore, et c'est à jamais...
J'ai perdu la tramontane
En trouvant Margot,
Princesse vêtue de laine,
Déesse en sabots... »
Brassens. Je suis un voyou.

Avec son côté troubadour, l’ami Georges confirme qu’en amour on peut « perdre la tramontane » quand la passion aveugle au point de ne plus savoir où on en est et que "l’entiché(e)" ne maîtrise plus son destin. Plus vulgairement, on peut la perdre aussi, quand, à force de faire tourner le monde autour de son nombril, on regarde les autres de haut. Le pouvoir central, dans ce qu’il a de jacobin (1), exsude hélas ce mépris ordinaire.

Cette fois, rien de raciste, comme pour l’accent du Sud, rien de calomnieux, comme pour la paresse prétendument méditerranéenne, seulement le dénigrement habituel, le dédain insidieux. Dans ce registre, épinglons Météo France. L’organisme d’État, en effet, décida un jour que, de la Camargue au cap Béar, seule la tramontane avait le droit de souffler. Et la télé d’en rajouter, après les quelques degrés de plus à la température de baignade, même si, avec la "tramontane", il ne faudrait pas rebuter le vacancier, doigts de pied en éventail, qui doit absolument oublier la corruption tant morale que matérielle des élites, la démocratie confisquée, la baisse du pouvoir d’achat, les hausses d’impôts. Quant au Sudiste (2) qui a le malheur de demander si le Cers, c’est du vent, il fait sourire tant il exagère même s’il n’y va pas de son patois !

Qu’on ne se méprenne pas : la tramontane n’y est pour rien. Le terme nous vient d’abord de l’italien "transmontana" indiquant le Nord, l’étoile polaire, tout ce qui est au-delà des Alpes, au-delà des monts ("trans montes") avant de désigner le vent. Depuis le début du XIVème siècle (3), cette "émigrée" au nom pour le moins générique, peut et a le droit de souffler... le Languedoc reste une terre d'accueil ! En Arles, sur la table d’orientation de la place de la Major, le mistral et les tramontanes couvrent 68° (du NW au NNE). A partir d’une ligne Montpellier, Sète, admettons une tramontane "vraie" venue des Cévennes, voisine du mistral et qui occuperait un angle dont le sommet serait Agde avec le second côté ouvrant jusqu’à Saint-Pons... même s’il m’en coûte parce qu’à Colombières, non loin du confluent de l’Orb et du Jaur, Jean-Claude Carrière ne cite pas la tramontane : "Le pays est... froid l’hiver à cause du vent du Nord qui descend en sifflant du massif... " (4).
A Fleury aussi, nous nous sommes laissés aller à dire "vent du Nord" pour tout souffle venant de l’intérieur des terres. Et cette paresse de l’esprit a relégué le pauvre Cers avec ces masses d’air attirées par une dépression en mer, déniant ainsi l'identité et la nature profonde du maître vent.
Pour aller plus loin, je dirai même que Narbonne est à blâmer en premier ! A-t-elle défendu, en effet, le statut à part, sinon supérieur, de "son vent", le Cers ? Qu’on me dise si Narbo Martius en a appelé aux Romains qui, héritiers des Grecs, ont nommé "cercius" (5) (6) deux souffles majeurs du Golfe du Lion ? Qu’on me dise si l’Histoire situe bien un mont Saint-Cyr (7), entre Ouveillan et Sallèles, où fut édifié, en 14, au nom de l'empereur Auguste, le temple dédié au dieu Cercius ?
(à suivre).

(1) Il serait intéressant d’analyser la manière, la mutation psychologique qui transforme les provinciaux promus aux affaires nationales en jacobins purs et durs... peut-être une conséquence du scrutin majoritaire...
(2) Paris parle de « Sudiste » pour les États-Unis et la guerre de Sécession. Concernant le pré-carré hexagonal, si le Sud-Est pour « La Côte », « Le Midi », et le Sud-Ouest sont cités, le Sud n’existe pas. Ne parlons pas du Cers !
(3) Le Robert 1, à l’entrée "tramontane" (début XIVème) : vent du nord sur la côte méditerranéenne ou vent qui vient d’au-delà des montagnes (Alpes, Pyrénées).
(4) Le vin bourru (2000). Très beau livre !
(5) D’après l’excellent site etymologie occitane.fr, l’occitan ancien "cers" remonterait au grec « kirkios » tandis que l’espagnol "cierzo" vient directement du latin "cersius" « avec un "e" bref attesté chez Caton ».
(6) D’après Pline le Jeune « C'est le vent le plus célèbre de la Narbonnaise ; il ne cède à aucun autre en violence ».
(7) Geoportail y situe un ancien phare d'aviation (Aéropostale, années 20).

Photo : Pins de Barral en automne. 1963. François Dedieu.

mardi 8 novembre 2016

LÀ-BAS, LE VENT SUR LA DUNE A "MES" LARMES AUX YEUX


 
"... Là-bas, l'écume des vagues joufflues
Là-bas, traîne des prénoms disparus
Là-bas, le vent sur la dune a le cœur ému.../...

... Là-bas, l'écume des vagues d'hier
Là-bas, blanchit les cheveux de la mer
Là-bas, le vent sur la dune a l'humeur amère.../...

... Là-bas, de vagues vertes en vagues bleues
Là-bas, l'océan fait les gens heureux
Là-bas, le vent sur la dune a les larmes aux yeux."

"Souvenir, attention, danger" Serge Lama.


 
Écoutez, posez sur la dune le calque de vos émotions, affrontez l'horizon qui gronde, décoiffe, fait pleurer les yeux mais n'emporte pas l'espoir. Le marin reviendra...  

PS : lors de l'interprétation, Lama chante souvent "a mes larmes aux yeux".  

photos autorisées commons wikimedia :
1. Gustave Courbet - Avant de tempête à l'horizon. 
2. La Vague (Gustave Courbet - Musée des beaux-arts de Lyon). 

samedi 5 novembre 2016

OCTOBRE / Depuis 1860, les intempéries dans le Sud / Fleury d'Aude en Languedoc

« C’est la triste feuille morte
Que le vent d’octobre emporte...»  
                                                L’enfant pâle. Germain Nouveau.

«... Sous la lumière molle et sobre
De ces soleils calmes d’octobre...» 
                                                Les soleils d’octobre. Auguste Lacaussade.

« Octobre est doux. – L’hiver pèlerin s’achemine
Au ciel où la dernière hirondelle s’étonne.
Rêvons… le feu s’allume et la bise chantonne.
Rêvons… le feu s’endort sous sa cendre d’hermine... » 
                                 Octobre est doux. Albert Samain.

Automne : la saison ressemble-t-elle encore aux images de notre imaginaire ? Ces images rêvées correspondent-elles à la réalité ? Quel temps a-t-il fait en octobre ?
En attendant les chiffres et autres statistiques météorologiques, en résumé, l’essentiel des intempéries dans le sud méditerranéen pour les mois d'octobre de 1860 à 2011 (pour se faire une idée et même si les moyennes de précipitations ne veulent pas dire grand chose pour l'Aude où les précipitations définissaient sept zones climatiques et où il tombe quatre fois moins d'eau en bord de mer que dans les Pyrénées ou la montagne Noire, la pluviosité annuelle était de 650 mm entre 1949 et 1958, de 598 mm entre 2006 et 2015).   


26/10/1860 : 160 mm en 1 h à Clermont l’Hérault (Hérault)
01/10/1865 : 185 mm en 2 h à Villeneuvette (Hérault)
25/10/1891 : crue historique de l’Aude, la plus forte depuis 150 ans.

30-31/10/1906 : violentes pluies et raz-de-marée sur la Côte d’Azur. Gros dégâts sur la Croisette (à Cannes).

07/10/1907 : forte crue du Vidourle (Gard)
16/10/1907 : forte crue de l’Ardèche
26/10/1915 : déluge de 435 mm à Perpignan !

23/10/1918 : 236 mm à Perpignan

09 et 16/10/1920 : fortes pluies et inondations à Perpignan

08/10/1929 : inondations dans l’Hérault,

15-20/10/1940 : déluge méridional du siècle à l’échelle de la France, dans les Pyrénées orientales ; il tombe 840 mm en 24 h le 18 à La Llau (et encore le pluviomètre déborde plusieurs fois !), et 1000 mm à St Laurent de Cerdans, village où un instituteur enregistre la valeur énorme de 1.93 m de pluie en 5 jours ! La vallée du Tech est dévastée par l’onde de crue énorme libérée par l’effondrement d’un barrage naturel lui-même créé par l’effondrement d’un pan de montagne. Les inondations parviennent jusqu’à Perpignan. 100 morts.

22/10/1955 : tornade dans un quartier de Nîmes

04/10/1958 : 230 mm en 4 h à Quissac (Gard)

05-06/10/1959 : 365 mm à Banyuls (Pyrénées Orientales)

20/10/1960 : déluge localisé de 200 mm à Collet de Dèze (Gard)

06/10/1961 : tornade près de Nîmes (rafale de 184 km/h) ; il s’agit en fait d’une bouffée d’orages accompagnés de tornades qui sème la panique de Perpignan à Marseille.

30-31/10/1963 : déluge de 682 mm au Mont Aigoual

10/10/1965 : 165 mm à Perpignan

04/10/1966 : 101 mm à Gourdon (Lot), 194 mm à Capendu (Aude)

13/10/1969 : 256 mm à Olargues (Hérault)

17-18/10/1969 : plus de 100 mm sur tout l’Hérault, pics à 335 mm à Castanet-le-Haut et 203 mm à Béziers.

07-08/10/1970 : 289 mm à Privas (Ardèche)

10-11/10/1970 : 200 mm à Carcassonne


12/10/1971 : déluge localisé de 190 mm en 2 h à St Gély du Fesc (Hérault)

02/10/1973 : 161 mm à Marseille, plus de 100 mm sur un axe Mende-Toulon.

23/10/1976 : 302 mm en 4 h aux Matelles (Hérault)

27/10/1976 : 220 mm en 4 h à Vergèze (Gard)

08/10/1977 : 82 mm à Grenoble

18/10/1977 : plus de 100 mm en Roussillon et Ouest-Hérault, avec des pics à 270 mm à St Laurent-de-Cerdans, 200 mm à Narbonne.

22-23/10/1977 : 449 mm à La Grand-Combe (Gard)

26/10/1977 : déluge sur la Camargue (plus de 100 mm), pic de 220 mm à Codognan (Gard).

Octobre 1979 : pluviométrie exceptionnelle sur le Midi méditerranéen. Cumuls mensuels de 950 mm au Mont Aigoual, 415 mm à Nîmes, 379 mm à Montpellier, 386 mm à Bastia, 559 mm à Solenzara (Corse), 383 mm à Salon-de-Provence, 282 mm à Marignane, 334 mm à Nice, 339 au Luc (Var), 237 mm à Toulon... pics à plus de 600 mm dans l’Estéron (Alpes maritimes). Du jamais vu depuis au moins 1946.

25-26/10/1979 : plus de 100 mm sur tout le Languedoc, pic de 326 mm à Castelnau-le-Lez (Hérault). Le 26, il tombe 110 mm en 1 h à Montpellier

16/10/1980 : 218 mm à Pont-de-Montvert (Lozère)

14/10/1983 : 205 mm à Cavillargues (Gard)

25/10/1985 : 151 mm à Sète (Hérault)

13-14/10/1986 : plus de 100 mm de Perpignan aux Cévennes (390 mm à Canet-en-Roussillon, 270 mm à Canet (Hérault))

03/10/1987 : déluge localisé de 305 mm à Banyuls (Pyrénées Orientales)

03/10/1988 : déluge localisé sur Nîmes (228 mm en 4 h à Nîmes-Courbessac (420 mm au total) contre 23 mm seulement à Nîmes-Garons situé plus au sud...), la ville est inondée au tiers. 10 automobilistes noyés alors qu’ils se rendaient au travail...

12/10/1990 : déluge localisé sur Nîmes : pic de 267 mm

23/10/1990 : déluge localisé de 229 mm à Roqueronde (Hérault)

19/10/1994 : 320 mm à Villefort (Lozère)

21-22/10/1994 : 440 mm à Villefort ; plus de 100 mm sur de très vastes zones de l’Hérault au Var.

14-15/10/1996 : 304 mm à Murat-sur-Vèbre (Tarn)

07/10/2001 : déluge de 360 mm en 8 h à Sommières (Gard)

09/10/2001 : 200 mm en 1h30 à Montpellier !

09/10/2002 : 135 mm à Montpellier (dont 110 mm en 3 h)

24/10/2003 : cela faisait 20 ans que Toulouse n'avait pas eu un maximum aussi bas avec 6,50°C.

20/10/06 : beaucoup de pluie dans l'Hérault : des routes ont été coupées et inondées par les cours d'eau gonflés.

20/10/08 : d'importantes précipitations ont eu lieu de l'est de l'Hérault jusqu'au centre du Gard causant des inondations. Il est tombé 2 à 3 mois de pluie dans certaines villes : 462 mm à Mialet, 388mm à Bessège, 470.6 mm à la Grand-Combe.

20 au 22/10/09. Le 20/10/09 Marseille a été touchée par une coulée de boue qui a dévalé de la colline toute proche. le 21/10/09 il est tombés 200mm d'eau autour de Saint-Jean-du-Gard. Le 22/10/09 des orages ont déversé de fortes précipitations en quelques heures et ont provoqué comme il y a un mois des inondations dans le Var dans le golfe de Saint-Tropez. 300 moutons se sont noyés.

29/10/2010. De fortes précipitations se sont abattues aux alentours de Montpellier. 321mm en Lozère à Saint-Maurice-de-Ventalon... Le niveau de certains cours d'eau était monté et des axes routiers ont été localement coupés.

10 au 17/10/2011. Au Sud/Sud-Ouest de la France il y a eu à nouveau des températures bien au-dessus de la normale avec par exemple le 11/10/2011 33,1°C à Prades le Lez (34)... Des records sont à nouveau tombés autour de la Méditerranée le 13/10/2011 avec 31,9°C à Sète (record mensuel)...

Sources :
http://la.climatologie.free.fr/intemperies/tableau4.htm
http://la.climatologie.free.fr/intemperies/tableau5.htm
http://la.climatologie.free.fr/intemperies/tableau6.htm
http://la.climatologie.free.fr/intemperies/tableau7.htm
http://la.climatologie.free.fr/intemperies/tableau8.htm
http://la.climatologie.free.fr/intemperies/tableau9.htm
http://la.climatologie.free.fr/intemperies/tableau10.htm
http://la.climatologie.free.fr/intemperies/tableau11.htm


photos de Sylvain Sire du 29 nov 2014 : 
1. l'Aude en regardant vers l'embouchure depuis le barrage anti-sel. 
2. l'Aude au pont de Fleury. 
3. les bois flottés autour du rocher à Saint-Pierre-la-Mer. 

jeudi 3 novembre 2016

RAISIN & VENDANGES / « ADORACIÓN » / François TOLZA / 1945.

 
EXTRAITS D’OUVRAGE « ADORACIÓN » / François TOLZA / 1945.

Si le mot « moussègne » nous donna, il y a peu, du fil à retordre, sa recherche sur l’Internet offrit un prolongement inattendu. Une recherche se lance comme on jetterait une bouteille à la mer et vu que, concomitamment, le serveur, tel un camelot, ferait tout pour ne pas que nous repartions les mains vides, nous suivons notre esquif de verre, parti, grâce à l’Aude en crue, du Golfe du Lion, à travers la Méditerranée jusqu’en Egypte, en remontant dans le temps, à y être, de 70 années bien pesées !

C’est là-bas que notre moussègne se cachait dans la centaine de pages du numéro 78 de  « La Revue du Caire », une publication de littérature et d’histoire paraissant pour sa huitième année. Entre nous, j’y ai trouvé une réclame étrange pour une huile, du genre « ménagez d’autant plus votre moteur qu’on ne sait pas quand la guerre finira » (?)... Sinon, c’est mon parti pris anachronique et décalé qui y voit une étrangeté ? Fermons la parenthèse.

La Revue du Caire propose, en feuilleton, en trois parties, « Adoración », un petit roman, 174 pages, de François Tolza, écrit entre 1941 et 1942, publié en 1945.
Cette chronique villageoise se situe en Roussillon, dans la plaine de la Salanque, peut-être à l’époque des premières caves coopératives, au début du XXeme car la première guerre mondiale n’est pas évoquée. Dans cette histoire, par contre, le rôle central des ouvriers espagnols témoigne d’un mouvement migratoire ancien et bien antérieur aux flux liés à la guerre civile en Espagne.
Et puisque les raisins et les vendanges, qui tenaient une place centrale (1) dans l’arc languedocien-catalan, viennent me reprocher de les avoir aussi oubliés, banalisés, réduits, à l’instar du monde économique, seulement à leur dimension mercantile, en cette fin octobre, avec la fin du grappillage autorisé, comme un remords confessé, je viens méditer, avec ces tableaux dyonisiaques révolus, que la réflexion « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » d’un Rabelais fervent de la dive bouteille reste d’une actualité brûlante.
En guise de tableaux dyonisiaques, des scènes de vendanges bien senties, bien rendues, qui feraient envie au premier scribouillard venu... je sais de quoi il retourne...

 
François TOLZA :
« .../... Depuis huit jours la « colle » (2) du Bagne allait et venait dans les vignes de la Plane. Chaque fois qu'arrivée au bout d'une rangée elle se rabattait pour prendre une rangée nouvelle, cela faisait un mouvement d'éventail qui se ferme et puis s'ouvre. Quarante coupeuses se penchaient vers la terre, brassaient les ceps de leurs bras habillés de sac. Derrière elles, les vignes étaient pareilles à un velours froissé. Les hotteurs venaient par derrière, le corps droit, les doigts appuyés aux bretelles de leur hotte. Ils se penchaient tantôt à gauche, tantôt à droite, recevaient les seaux en arquant les jambes pour se parer du poids, puis, la hotte pleine, sautaient deux ou trois coups, jambes pliées, afin de répartir et de consolider sur leur dos blessé, leur charge. Après quoi ils s'en retournaient, courbés et lents, pareils à des scarabées, une feuille de vigne aux dents pour oublier la douleur de leur dos, jusqu'au chemin vicinal où s'alignaient les comportes. Faustin leur désignait la comporte où ils devaient vider leur charge.../...
.../... C'était un homme fort. Il n'avait pas son pareil pour les coups de main. Il était capable de hisser jusqu'au talon de la charrette une comporte pleine, une main à chaque cornelière. Cela lui arrivait quelquefois lorsqu'il fallait faire vite, que la pluie tombait et que l'on craignait pour le degré ... Sortir une roue d'une ornière était un travail pour lequel,  disait-il, il n'y avait pas de quoi péter. Il faisait tout d'un effort lent et sûr, presque imperceptible. A le voir hisser une comporte, on ne devinait pas le moment de la plus forte tension. Une fois la chose dans  ses mains, on la voyait quitter le sol et lentement monter comme soulevée par une machine. Ce n'était pas à  cause de sa force qu'on l'avait mis à faire des comportes. Il avait un coup d'œil étonnant pour répartir les chargements. Au charretier qui revenait de la cave, de loin,  il criait :  
- Alors ? un peu plus que la dernière...   dans les 1250 ...
Le charretier ne répondait pas,  tendait le ticket rouge de la coopérative. Faustin y  jetait les yeux, souriait. La différence n'allait pas au delà de 20 kilos .../...

.../... Ce jour-là,  le train de midi avait depuis longtemps haleté derrière les collines Les coupeuses dépliaient leur dos, les unes après les  autres,  s'immobilisaient en bavardant,  dans l'attente du déjeuner. Ce n'est pas que « la colle » du Bagne fût plus vaillante que celles d'alentour. Il y avait là beaucoup de jeunesse résolue à  faire des vendanges  joyeuses, sans coups de colliers, avec des  pauses à l'heure.  Les vieilles ne formaient que l'armature, les cadres. Depuis vingt ans la Cagotte était « moussègne» (3) et elle connaissait son métier. Elle amenait tout son monde dans son sillage sans qu'il y eût jamais un grincement. A la pointe de la file, elle allait de son train régulier de femme besogneuse devant une « colle » qui avait souvent le nez en l'air. Mais, lorsque la distance se faisait par trop grande, tout bavardage cessait. Les hotteurs ne faisaient plus de plaisanteries. Les mères aidaient les jeunes qui s'empêtraient dans les feuilles. On n'entendait plus qu'un froissement de plantes, le bruit sec des sécateurs et le glissement des seaux sur les cailloux plats de la vigne.../...

.../... De sa poche, il tira, au bout du lacet de soulier qui lui servait de chaîne, la montre qui virevolta. Irma et la petite d'Angle lui bourrèrent les côtes, abattirent sur la montre leurs mains poissées, vérifièrent l'heure.
~ Voilà que tu ne sais plus voir l'heure mon pauvre Faustin.  C'est-y que tu aurais trop de travail à « quicher les comportes ? ou bien que le vin du Bagne serait trop clair ?
Elles lui mirent la montre bombée sous les yeux. Elles lui tirèrent les cheveux et les oreilles. Lui riait de bon cœur comme un enfant. Déjà les vieilles promenaient leurs hardes et leurs paniers, à la recherche de l'ombre. Aux comportes, les filles lavaient leurs mains avec des grappillons verts et durs dont le jus acide piquait les yeux. Derrière le hangar de roseaux, sous un arbre que le vent devait peigner durement l'hiver, toutes les branches en fuite vers la mer, la « colle» se rangea en rond. Ils mangeaient en silence, les jambes bien allongées sur le sol, le regard délivré. Faustin coupa une tomate, mit les deux lobes sur une large tranche de pain, arrosa le tout d'huile et de vinaigre, sala, poivra.../... 


.../... Ils étaient tous, hommes et femmes, des quatre coins de Sainte-Marie. Les premiers jours ils s'étaient sentis un peu étrangers les uns vis-à-vis des autres.  Ils avaient mesuré leurs paroles,  vérifié les images qu'ils se faisaient de chacun. Puis, très vite, les préférences avaient maçonné des groupes. On les retrouvait le long de la file des coupeuses, rassemblés aux heures de repos. Seules, deux ou trois vieilles vivaient à  l'écart, traînantes au bout de la file, sommeillantes et écrasées aux repas. Pour les autres, dont la sieste n'était pas un besoin,c'était deux heures de conversation et de délassement.../...

.../... Maintenant ils chargeaient. Debout sur le talon de la charrette, Idrou, le charretier, donnait la corde. Faustin l'enroulait deux fois autour de la cornelière, puis,  les deux mains au cul de la comporte, il poussait un ah! qui la jetait, avec fracas, sur le plancher du véhicule. Idrou la faisait louvoyer d 'une ridelle à l'autre sur le plancher gluant de grappes écrasées, l'amenait sur le devant, la calait contre les supports de fer entre lesquels couraient les chaînes. La dernière comporte monta lentement. Faustin la soutenait dans ses mains en corbeille ; puis elle s'encastra, jetée d'un bloc, sur le côté de la charrette. Idrou, d'une chaîne, ceintura la jumelée. Il n'avait pas fini de vérifier tous les crochets, que la jeunesse prenait la charrette d'assaut, logeait ses paniers, installait des brassées de feuilles sur les comportes pleines. Le charretier allait et venait des brancards au talon, passait la main sous la ventrière du limonier. Déjà loin, le vieux cheval des Bagnes amenait d'un pas fatigué, dans la jardinière cahotante, les vieilles et les mères. Un coup de fouet, l'effort brutal et silencieux des muscles attentifs, le claquement des traits sur les brancards, la morsure des roues sur la terre et l'attelage s'arrachait de la vigne. A l'ouest, le soleil était encore haut. Il pouvait être cinq heures. Des quatre coins des Planes, les « colles » affluaient vers les chemins, pressées de gagner, avant le crépuscule, la route nationale, plus sûre, où l'on était certain de trouver du secours en cas de besoin. La journée finie, les femmes enlevaient les foulards de tête, passaient leurs doigts dans leurs cheveux collés, enfouissaient au fond des paniers les tabliers sales et les espadrilles trouées. Lentes de tous leurs dos meurtris, de leurs jambes raides, elles s'en venaient vers le village.  Il faisait un vrai temps de vendanges. Quoique les matins fissent prévoir des après-midi chaudes, il y avait quelque chose dans l'air qui démentait les orages et la canicule. Dès dix heures, la campagne se dorait. Le ciel  prenait un bleu fatigué de début d'automne. A peine si les midis brûlaient aux flancs des pierres et faisaient l'air plus lourd autour des souches. On ne mangeait pas au fort des ombres, mais dans cette zone tiède à  la lisière de l'ombre et du soleil. Au ciel, pas un nuage, mais cette immobilité limpide, purifiée, de tout de qui n'est pas durable. Les soirs se teintaient d'orange, éclaboussant les vignes de verts ternis où les cépages blancs tournaient au jaune pâle.../... »
 
(1) Ne disait-on pas, à propos d’un choix important, d’une décision importante à prendre « Va veïren aprèi las vendenios ! » ? (Nous verrons après les vendanges)(F. Dedieu). 
(2) La « colle » désigne l’ensemble du personnel préposé à la récolte d’une propriété.
(3) Pour «moussègne», l’auteur indique « chef de colle ». 

PS : à tout hasard, si quelqu'un peut nous dire quelque chose sur François Tolza, l'auteur...  

photos autorisées commons wikimedia
1.  Vendanges Maestri,_Michelangelo - Busto_di_Bacco - 1850
2. Vendanges Colle de vendangeurs. Corbières
3. Vendanges Repas de vendanges dans l'Hérault vers 1900.

mercredi 2 novembre 2016

LES CORBIÈRES XVI / VERDOUBLE / Paziols... sous les feux, sous les eaux...


Au débouché des Gorges du Grau, le Verdouble aborde son troisième bassin, partagé entre Tuchan et Paziols. Malheureusement, dernièrement, début septembre, du jour au lendemain, le tableau bucolique a fait place à un paysage de désolation : en cause, un feu monstrueux ! Attisé par un vent violent, rendu plus furieux encore par une sécheresse excessive, l’incendie a ravagé les garrigues, les pins et même les vignes, coupe-feux moins efficaces qu’autrefois. Quand on sait qu’il faut un demi-siècle pour voir la nature régénérée... Et pour reconstituer un vignoble ? plus ou moins une quinzaine d’années ? C’est beaucoup dans une vie (1)... 

https://www.youtube.com/watch?v=e2UaqHFzrp4

Voilà longtemps qu’on la connait la hure de sanglier sur du carignan étoffé de grenache et de syrah. Tous nos vœux pour que la destinée de ses vins, si typiques et loyaux, se poursuive alors que la moitié des vignes du Languedoc a été arrachée (2). Et désormais, l’irrigation est subventionnée, ce qui semble paradoxal avec les faibles productions de qualité et, par ailleurs, l'évolution plus sèche du climat. 


Cette idée d’irriguer a même eu une incidence sur une affaire qui a mis ce terroir du Fitou des Hautes Corbières sous les feux de l’actualité. A Paziols plus particulièrement, les esprits se sont échauffés entre ceux qui acceptaient et ceux qui refusaient de confier à Lafarge la construction de deux lacs réservoirs. Les seconds s’opposaient surtout parce que le projet prévoyait pour le cimentier l’exploitation d’une carrière de granulats qui, au bout de trente années, aurait donné le second lac, avec, entre temps, pour la population, la pollution, les camions et rien pour la commune. Néanmoins, après deux ans de bataille, et non seulement à cause d’un lézard mis en péril par le projet, le cimentier, rendu à une vision plus raisonnable du développement durable (ce sont presque ses mots), a préféré abandonner.

Certains y verront un épisode de la lutte toujours recommencée entre les gros et les petits, l’âpre rivalité entre pots de fer et pots de terre, entre dominants insatiables et dominés rétifs. Les premiers voulant toujours garder la main pour exploiter les seconds. Ainsi, au Moyen-Âge, les moines de Fontfroide qui s’étaient rendus maîtres des moulins et ruisseaux forcèrent les Paziolais à détruire volontairement le leur de moulin, pour moudre chez eux en échange de quelques avantages dont les droits, certains jours seulement, de pêche et d’arrosage.

Ces luttes intestines, bien que chroniques, passent au second plan puisque cette zone frontière a, par définition, causé bien des malheurs. Périodes noires, sous le feu des invasions ou des guerres. Invasion des Sarrasins vers 720, qui, lorsqu’ils ne déportent pas en esclavage, soumettent à l’impôt des habitants par ailleurs obligés de travailler pour l’occupant. Incursions, durant des siècles, des troupes espagnoles qui pillent, rasent, emprisonnent et rançonnent. A partir de 1659, un mieux néanmoins, pour Tuchan et Paziols, quand le Traité des Pyrénées repousse la frontière avec l'Espagne, plus au sud.

Conflits pour l’eau, à cause de l’eau, menaces que font courir l’eau qui court et l’eau du ciel.
Le nom de Paziols viendrait du latin « paludis », signifiant marais, qui a donné « paludisme ». Un marécage occupait ce bassin qui voit le Tarassac apporter au Verdouble. Les moines de Fontfroide l’auraient asséché en creusant le Mayrat mais un lac réapparaît si un aigat (à présent on dit plutôt « épisode méditerranéen » qu’« épisode cévenol ») déverse son déluge. Les locaux, les journaux parlent d’un « lac éphémère » qui n’est sans doute pas sans rapport avec l’importance des eaux invisibles. 



« Le feu, on l’éteint mais l’eau on ne l’arrête pas » affirme le dicton. Les 12 et 13 novembre 1999 ont vu un aigat exceptionnel (3) s’abattre uniformément sur une diagonale SE-NO, des Corbières maritimes à la Montagne Noire. Le secteur qui nous intéresse, justement, a subi les crues à partir de Padern, à cause du Torgan, mais la catastrophe est surtout venue du Petit Verdouble qui passe en bas de Tuchan et de son affluent la Donneuve avec laquelle il forme le Tarassac. Les deux pics de crues furent les plus forts au confluent du ruisseau des moines, le Mayrat. 

Pour ne pas poursuivre avec une note négative s’ajoutant aux tristes épisodes dus au bellicisme si particulier à notre espèce, allons voir, à Paziols, la fontaine dite « de Cucugnan ».
Dans un banc de poudingues (4) une source, modeste mais pérenne appelée « de Pégugnan » aurait déjà intéressé les Romains. Au XIIIème, elle constitue une dot apportée à la maison de Cucugnan. Pour notre période, la fontaine a appartenu à Maître Albert Malaviale, ancien bâtonnier au barreau de Perpignan, qui en 2006, ena fait don à la mairie. Depuis, celle-ci a pris soin de nettoyer, de remettre en état le site.

Et pour une conclusion souriante tant le Verdouble est plus un miracle qu’un mirage, la brillante inspiration de Nougaro se propose.

« ... Mais si tu aimes la chanson
De son hameçon
Si tu aimes le son, le son de son âme,
Elle te servira comme un échanson
Les flots fous, les flots flous
De ses fraîches flammes... »
Au pied de chez moi, coule une rivière : Le Verdouble. Claude Nougaro.

C’est vrai que la chanson de l’illustre balladin de Paziols complète le fond sonore du « menu flot sur les cailloux ». Sa mélodie et ses mots poursuivent la rivière magique. Sur ses rives, on voit les baigneurs de l’été, les jardins, les moulins des moines, les premières caunes dont le Barran de la Mousque d’Ase qui annoncent, plus en aval, celle du séjour, sur ses bords, du plus vieil européen, l’Homme de Tautavel.
 Merveilleuse petite rivière qui nous fait rebondir de surprises en surprises et qui quitte le bassin de Paziols et Tuchan, encore avec des gorges, seraient-elles pitchounettes. 
Verdouble toujours capable de nous replonger dans son imaginaire fantastique !       

(1) lire le compte rendu de Vincent Pousson http://ideesliquidesetsolides.blogspot.com/2016/09/les-larmes-et-les-flammes.html
(2) le chiffre d’affaire de l’arboriculture dépasserait celui de la viticulture.
(3) 36 morts ou disparus, plus de 400 communes sinistrées, 14 ponts emportés, 6000 ha de vignes détruits.
(4) il est fait mention aussi d’un tènement de galets roulés propice à un vin de qualité : les poudingues du Pilou.  



photos autorisées commons wikimedia
1. Tuchan église author ArnoLagrange
2. Paziols author Frachet
3. Paziols_(France)_Vue_du_village auteur Serbus
4. Château d'Aguilar "fils de Carcassonne" author Yeza

lundi 31 octobre 2016

PLUTÔT SE TAPER LA CLOCHE ! / Fleury d'Aude en Languedoc


En 1895, les paroles de Jean Prax (1), curé depuis 1890, traduisent bien la joie générale, et tant pis pour la "mandarelle" (2) qui aurait été fondue ou déménagée pour Notre-Dame-de-Liesse... Finalement, toute la population communie dans un même mysticisme, qu’il émane de l’esprit ou de l’âme. 

Personnellement, de savoir que mon arrière-grand-mère Joséphine vécut ces moments heureux et que nos cloches ont précédé de peu la naissance d’Ernestine et de Jean, mes grands-parents, de l’oncle Noé, de tante Céline, ne saurait me laisser insensible. Raison de plus pour que ma joie demeure !

Néanmoins, au temps de l’égoïsme exacerbé, quand certains voisins (et pas seulement les nouveaux arrivants) font taire le coq du matin et ne veulent plus entendre le message des cloches, oublieux qu’ils sont que leur baptême, avec parrain et marraine, dépasse le fait religieux et transcende sans conteste leur statut d’objet pour les intégrer à l’intimité villageoise, je regrette de faire entendre un autre son de campane, et si je ne veux pas de l’orage, de la foudre, de la grêle, juste pour être rassuré quand le clocher les éloigne, laissez-moi cependant regretter le 14 janvier 2003, jour fatidique de la descente des cloches, laissez-moi dire à ceux qui sont tout feu tout flamme pour le changement, que la discrétion apeurée des tintinnabulements trop timides du carillon me chagrine, que ces abat-sons qui renvoient seulement des tintements enfermés me déçoivent. Et si j’admets en partie l’argument de la vue retrouvée du clocher d’avant 1895, je ne vois plus, depuis la garrigue, même si mes yeux sont en cause, la petite aiguille, à une heure près, maintenant que le cadran de l’horloge est doublement rabaissé, sous les abat-sons et tourné seulement vers la place aux poires... Permettez aussi que je reste réservé sur les comptines jouées pour les enfants à la sortie de l’école ou ces chants patriotiques entonnés depuis ce lieu alors que le tocsin, dans le malheur, ou la libération du pays, pour un bonheur salué à toute volée, ne marquaient que des évènement heureusement exceptionnels. 
Le clocher en 2016
 En conclusion, sans polémiquer sur la manière peu démocratique, un peu à la cloche de bois inversée, d’induire un changement globalement dérangeant, acceptez la position que l’âge m’impose. Un âge qui, entre nous, m’autorise à penser que nos cloches ont aidé à ma mise au monde, la tradition l’admet... Bref, souffrez que les mots, admirables, de Montaigne sur l’amitié me fassent dire « parce que c’étaient elles, parce que c’était moi... » 

Et si, concomitamment, je n’y suis pour rien si ces pages à Fleury comptent autant dans ma ligne de vie, je souhaite, pour rester positif, que la nouvelle configuration du clocher marque, pour longtemps, la sensibilité de quelques uns, dans leur esprit ou leur âme, afin qu’au-delà des bisbilles, une certaine harmonie collective fasse perdurer la mémoire du village.
Alors, si je me fais sonner les cloches, croyez bien qu’au comble du ravissement, je ne saurais que bredouiller "Merci"...

(1) voir aussi l'article précédent DING, DENG, DONG.
Dans la liste des curés et vicaires (De Pérignan à Fleury / page 62) il semble que le vicaire J.L Astruc (XXème) parti ensuite à Termes et auteur du livre Termes en Terménès, manque à l’appel.
(2) De "mandar", presque comme en français alors que l’occitan admer le mandarèl, la mandarèla en tant que "convoqueur", "convoqueuse". 

photo 1 François Dedieu / tirée d'une diapo (1979) avec pour légende "Quand on regardait l'heure au clocher"... (à méditer).