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vendredi 26 juin 2026

Forment la jeunesse mais vous foutent un coup... (5)

Oui... à partir d'un certain âge, un coup de vieux c'est sûr... 

Pour qui ne fait que migrer d'un point de chute à un autre, suivant ses intérêts affectifs, son attachement et la gestion aussi, de l'absence, de la séparation avec la famille, les êtres aimés, l'idée de voyage se retrouve amputée de bien de paramètres, en premier l'envie d'ailleurs, la quête de dépaysement... Je ne suis qu'un migrateur soucieux de rester en état, de mettre ses atouts afin, chaque fois, de réussir son déplacement. Bien sûr je me sens ridicule comparé aux animaux à l'égard de qui nous nous devons de partager la Planète, ridicule de rapprocher mes étapes des escales de vie ou de mort des oiseaux s'efforçant de reprendre des forces dont celles, primordiales quand il leur faut traverser la mer puis le désert. 

Pour l'humain qui migre vers le pays, les êtres chers, écartelé par le dilemme répété de devoir aussi laisser derrière lui un port d'attache, d'autres êtres aimés plus intimement encore, le stress du voyage se retrouve réduit aux aléas possibles, en la circonstance, entre Mayotte et la Métropole en passant par l'Afrique. Ne pensant pas à ce qui pourrait advenir de définitif, c'est d'abord de bien rejoindre l'embarcadère, un accident, un blocage de route, un embouteillage, autant d'imprévus qu'on préfère éviter. La barge ensuite... au service espérons, non perturbé par un mouvement social. 

Ce n'est qu'une fois que lorsque le taxi nous dépose à l'aérogare qu'il est momentanément possible de souffler un peu...       

Reprenons sur la route au niveau du chantier arrêté de l'usine de dessalement liée aux pénuries et tours d'eau sur toute l'île. 

Ironi bé, le chantier arrêté de l'usine de dessalement. 

Et l'irresponsabilité ne se poursuivrait-elle pas avec le choix, en urgence, de l'implantation de cette usine de dessalement ? Tout esprit un tant soit peu sensé opterait, me semble-t-il, concernant les excès de salinité rejetés, pour un lieu moins éloigné de la barrière coralienne, plus au sud, vers Bandrelé par exemple, manière d'évacuer dans l'océan, non ? En place de quoi on se retrouve avec des rejets dans le lagon déjà impacté par les phases de blanchiment, le cyclone (malgré des vagues moins hautes), qui plus est, à un endroit où les courants moins forts dilueront moins la salinité... Des circonstances donnant le bâton pour se faire battre, un bâton vite pris en main par des associations écologistes déjà irritables pour un rien. Une situation très insatisfaisante pour la population face au je-m'en-foutisme de l'État toujours repoussant aux calendes grecques, sinon sans gestion à long terme, et aux écolos d'autres horizons plus en protection des bébêtes et à l'excès, de la nature... au détriment des humains. Va-t-on se retrouver à nouveau dans une situation comparable à celle de la piste longue de l'aéroport, reportée durant des décennies puis abandonnée au profit d'un hypothétique virtuel aéroport sur l'île principale déjà impactée par la pression démographique, l'installation de villages clandestins, le déboisement illégal et toutes les conséquences qui ne manqueront pas de suivre dont la baisse de précipitations, la hausse des températures... 

Mayotte, le lagon nord. 


Sur l'amphidrome, fraîcheur du bras de mer et vue sur quelques îlots des « Sept Frères », entre Grande et Petite-Terre. 

 
Traversée de la barge quittant Mamoudzou. 

Contraste à la barge, plein de monde alors que les rues sont vides, la circulation clairsemée. 

De l'autre côté, un taxi, au patron, disons, attentionné, nous prend en charge (taxi collectif à 5 euros le dimanche bagages compris), contrairement à ceux qui tiennent à faire un maximum de courses, il roule très raisonnablement, prend en charge le petit garçon à sa maman de même que toutes les valises. Depuis toutes ces années, c'est bien la première fois qu'un “ taxi ” se décarcasse ainsi ! (à suivre) 

Il est là, lors du départ, le coup au cœur, plus encore qu'avec l'avion qui emporte et ferme un chapitre de l'existence... La petite île à la vie si pleine de gens ne voulant pas changer d'horizon semble dire « Puisque tu pars... » oh ! c'est une chanson de Goldman, de celles rares qui prennent aux tripes...Mayotte qui dit seulement ne pouvoir offrir que ce qu'elle a, nous arrache une part de nous, une constante même auprès des plus agacés si fragilisés au jour du partir...    



samedi 20 juin 2026

... FORMENT la JEUNESSE, on dit... (3)

« Les voyages forment la jeunesse... », dicton, proverbe ou adage... une sentence entendue partout. Certes, certes, et ce doit être vrai surtout s'agissant d'un ailleurs, d'un séjour hors son chez soi, son quotidien. Quant au migrateur saisonnier aux attaches en double entre Métropole et Mayotte, depuis plus de trente ans, c'est autre chose. (suite du 2). 

Au-dessus de la baie de Chiconi, dans les lacets surnommés non sans sourire “ le Tourmalet ”, les bouquets de bambous ont bien repoussé. Là-haut, le carrefour de Ouangani qui, à un jour près sera bloqué par des bandes rivalisant à coups de machettes... et de victimes collatérales, faits divers faits de violences... Barakani, Hapandzo, moins de mri madzi, littéralement arbres à caca. Ont-ils eu à payer un lourd tribut au cyclone sinon à la bêtise des hommes ? 

Samanéa à titre d'exemple. Samanea_saman in Trinidad and Tobago 2023 under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Author Lucas Kaminski


De même, les superbes et sûrement vieux samanéas du lycée Agricole à Coconi sont moins nombreux aussi depuis la catastrophe.    

Ongojou, couleurs des piments et des quelques verdures à la vente sous le gros manguier du col ; étonnant alors que nombreux ont été les  cocotiers à subir, l'étal de vente de jus de palme trembo tamu que les femmes peuvent boire, vin de palme aussi, une fois fermenté... (les clandestins ont tôt fait de squatter les terres apparemment délaissées), ce trembo vruga, plus acheté depuis l'hépatite de je ne sais plus quelle lettre, contractée en juin 1996, certainement à cause de la bouteille plastique récupérée aux poubelles, mal lavée, et avant tout d'un vaccin oublié au départ de la métropole (1994)... en attendant trois semaine de maladie à ne pouvoir se nourrir que de coca, plus de dix kilos perdus... Un fourgon cache l'abri d'où les vieux habitués surtout suivent le passage des véhicules, sans papi Ali qui, à cette heure, doit toujours être loin, là-haut, à sa vache, dans son champ sinon à l'ombre du tamarinier qui a résisté au cyclone, où, de toute façon, faisant acte de présence, il montre aux inopportuns opportunistes que sa terre n'est pas abandonnée. Plus étonnant encore, l'abribus du  Caribus, cette ligne gratuite destinée à désengorger les embouteillages trop lourds vers la capitale centre de tout... ainsi le car plutôt sur la côte, monte jusqu'à ce qui n'était qu'un petit village entre Est et Ouest, en équilibre sur le col, une réalisation remarquable, ce Caribus, en ce qu'il représente une des rares promesses tenues par la “ faune ” politique locale, ce qui, en France, reste dans l'ordre des choses... et qui devrait être constitutionnellement sanctionné, l'étatique encourageant la mémoire courte n'étant pas en reste... 

Descente d'Ongojou vers la côte Est. À remarquer les moignons des arbres, résultant du passage du cyclone Chido (14 déc. 2024), très fournis ils mettront pourtant des années à fructifier à nouveau (mangues, avocats, agrumes, anones, prunes de Cythère [sakua, spondia dulcis]). 

 
Tsararano, le marché en passant.

En bas, Tsararano, nom d'origine malgache signifiant “ la bonne eau ”, que des esprits taquins ont détourné en “ tsara madzi ” (voir les lignes “ Hapandzo ”), le bon étant exprimé par le préfixe “ tsara ”... Vrai qu'une belle rivière, la Mro Wa Dembeni, descendue du massif du Bénara, étonnante également par son joli débit en dépit des sept ou huit kilomètres seulement entre les sources et le lagon, bordée de rideaux de bambous, coule dans une plaine fertile propice au maraîchage jusqu'à ce que les lavandières préférassent la chimie agressive destructrice au savon de Marseille... enfin, ce que j'en dis ne relève que d'un séjour d'une année par là, entre 2002 et 2003 (une station aussi de la DAAF Mayotte avec essais de culture de melons... pas mauvais du tout... Rien n'en transparaît à présent sur le Net, existe-t-elle encore ? ) Tsararano encore, la population explose, les constructions se multiplient jusque sur la crête au-dessus du gros village de la commune de Dembéni. (à suivre)


jeudi 18 juin 2026

... FORMENT la JEUNESSE, on dit... (2)

 « Les voyages forment la jeunesse... », dicton, proverbe ou adage... une sentence entendue partout. Certes, certes, et ce doit être vrai surtout s'agissant d'un ailleurs, d'un séjour hors son chez soi, son quotidien. Quant au migrateur saisonnier aux attaches en double entre Métropole et Mayotte, depuis plus de trente ans, c'est autre chose. (suite du 1)

La grande passiflore d'une dizaine de centimètres de diamètre, liane puissante non sujette au vertige, capable de rompre jusqu'aux hautes branches maîtresses, je l'ai coupée à la base, tant pis pour les maracujas, elle étreignait déjà le cable téléphone et internet, alors ne cherchons pas le bâton que ledit câble n'a seulement été remis que onze mois après Chido, le cyclone ! En guise de consolation peut-être, une petite apportée par le vent, squattant sans envahir, genre véronique en épi ou mégaforbiaie, fleur tropicale sauvageonne pointant un joli épi sommital, lilas puis rose pâle. 

oiseau Foudia_madagascariensis_-_Wüstenhaus_5 licence et auteur  spacebirdy  CC-BY-SA-3.0

Courol malgache. 

Bref, le cadre d'une petite vie contemplative où le manque des chants d'oiseaux reste le plus flagrant, fini le cardinal rouge vif, fini les “ hou ” répétés du petit-duc musicien de la nuit, les “ keu-keu ” agressifs du courol mangeur de caméléons... 

Souimanga royal nectarinia regia 2006 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author Aviceda

Bulbul

À peine, une fois ou deux, les vocalises d'un survivant souimanga, d'un bulbul, d'une moucherolle, de trois ou quatre zostérops “ à lunettes ” quand les vols en comptaient une quinzaine, plus de guêpiers également au point, illusion auditive, de croire entendre leurs “ driit-driit ” en vol ; moins de palabres des martins devenus aussi tristes que le nom qu'ils subissent, moins de corbeaux-pies à rouscailler, à peine le passage silencieux d'une roussette isolée, sûrement la même de la nombreuse colonie de jadis, des grands arbres disparus du ruisseau, si bruyantes dans leur impudeur ; à peine et beaucoup plus rarement, le “ kraik ” sinon le chuintement attendus de l'effraie, à peine trois petits martinets gris dans le ciel un jour et puis pfuit... opportunité de réaliser combien un quotidien paraissant banalement ordinaire peut manquer au plus haut point ! 

Ivy alias Mimine, Bouboulin...


Coco dépité (2003-2015). 

Et tandis que je m'affaire aux bagages, la Mimine, elle pourtant toujours là, suite à sa nuit dehors, a disparu... souvenir de Coco, noir et blanc, qui, à la vue d'une valise, marquait ostensiblement sa sortie d'un miaulement plaintif... et celle qui m'accompagne sans jamais rien en montrer mais qui éprouve, à présent que les enfants ont quitté le nid, les trente années de migration du compagnon inconstant que je reste... Rançon à payer à deux cultures lointaines en dépit des convergences, de l'accord avec un fils “ salade de fruits ” parti étudier le mandarin à la Réunion et en passe de réaliser un mois d'étude vers Guangzhou... 

Faut encaisser, ne pas se laisser aller à des effusions contreproductives. C'est déjà dur, en dépit de tout changement climatique, avec lui, là-haut qui depuis toujours en saison sèche, envoie ses mêmes rayons vitreux et compassés par rapport à sa fureur d'été austral, en saison des pluies, l'air de dire « Et oui c'est l'heure... prends tes cliques, tes claques, faut y aller ! ». 

Le trajet des départs trop répétés, avec, dans les deux sens, la pointe d'amertume retenant en arrière tant qu'on ne se retourne pas résolument devant soi, vers ce qui va venir. Alors bien que devant en subir les changements, d'un regard désireux de bien la fixer en soi, on la regarde avec tendresse cette île attachante (de même que La Clape, le bleu dela Méditerranée à l'un des deux bouts), presque comme si, à chaque fois, on ne devait plus la revoir... 

Zostérops de Mayotte 2009 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteure Cécile Pheulpin

Épervier de Francès, familier, peut s'observer de près. 


mercredi 17 juin 2026

... FORMENT la JEUNESSE on dit...

 « Les voyages forment la jeunesse... », dicton, proverbe ou adage... une sentence entendue partout. Certes, certes, et ce doit être vrai surtout s'agissant d'un ailleurs, d'un séjour hors son chez soi, son quotidien. Quant au migrateur saisonnier aux attaches en double entre Métropole et Mayotte, depuis plus de trente ans, c'est autre chose. 

Longtemps j'ai toujours demandé à disposer d'un hublot tant de jour que de nuit... le tour aérien de Paris et de la Tour Eiffel, la campagne bocagère bien paysanne encore, passéiste presque ; les Alpes enneigées, les lacs alpins italiens, la côte éclairée a giorno, l'Etna rougeoyant ; la côte africaine bistre, sépia, rarement survolée jusqu'au bleu méditerranéen au fil des guerres meurtrières du moment. 

Bordure occidentale de l'île de Crète.

Longtemps la menace libyenne de Kadhafi obligeait à ne virer vers le Sud qu'au niveau de la Crète ; il y eut aussi la guerre Ethiopie-Erythrée, et à présent les exactions au niveau de la population par les factions opposées du Soudan. De même, le risque relatif du passage du Bab-el-Mandeb des Houthis... Un monde meilleur ? soixante guerres en simultané en 2026 ! 

Quoi encore de beau, de dépaysant depuis son hublot parfois dépoli sinon pénétré de vapeur, qu'une fois une rombière menaçante, type “ hôtesse Air France ”, au visage cafardeux tant elle était coincée, intima de fermer... à plusieurs reprises. 

Zoom sur le Kilimandjaro.  

Les ocres du désert coupés par le “ S ” si fin mais bleu du Nil ou les cernes verts des cultures grâce à l'eau phréatique ; une fois un orage colossal des parages équatoriaux, aux éclairs à l'échelle, effrayants bien que muets, lointains... Et encore quelque lac rose que seuls les flamants peuvent fréquenter, la dense circulation des artères de Nairobi, les neiges en perdition du Kilimandjaro, la trilogie émeraude-sable-corail longée à Zanzibar, la Grande-Comore du Karthala, plus rare la petite Mohéli au loin, le grand triangle d'Anjouan. Le lagon soit enfin soit hélas suivant le sens du voyage, parfois sa petite maison, devinée grâce à la baie et au lycée proche, plus repérable... au point de penser à Blanquette de Monsieur Seguin : « Que c'est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là-dedans ? » ! 

Et à présent, une place couloir puisque l'âge commande à la vessie... 

Quitter son insignifiant havre de paix à Mayotte se parant du chaud soleil matinal mais profitant, dans ce premier tiers de saison sèche, de la fraîcheur du soir même si la nuit tombe tôt sous les tropiques. Nous sommes le dimanche 14 juin, sur l'autre versant du vallon, bien réglée, la petite musique de reprise des cours (fini la sonnerie stridente, stressante d'avant), ne se fera pas entendre aujourd'hui pas plus que la rumeur, d'ailleurs, parfois en éclats et rires, des lycéens. Dans le jardin encore marqué par les conséquences de Chido, le cyclone d'il y a dix-huit mois, le manguier ne fleurira pas encore cette année... 

Bilimbi... cornichonnier... 

faudra encore se rabattre sur la confiture papaye-bilimbi (ce petit fruit en forme de, poussant directement sur le tronc sinon les branches de l'arbre à cornichons, apporte sa pointe d'acidité à la papaye trop neutre), et le bouquet de bananiers rouges reparti après le désastre tarde à vouloir pointer ses inflorescences (après plus d'un an néanmoins, les autres variétés ont heureusement apporté leurs régimes) (à suivre) 


mercredi 4 février 2026

Son ENFANCE l'appelle (7) Mayotte, Bergman, Signol, Genevoix.

Puisqu'un lien ténu tenant à l'enfance, existe entre les plages de Mayotte et celle de Tambaú au Brésil, ne devait-il pas risquer une remarque, une seule, d'après lui ? Sur l'île du Canal de Mozambique, aussi, bien que moins nombreux et perdus dans la végétation, des cocotiers non loin du bord. Si cela se remarque aisément, par contre, face à la mer, relevant apparemment d'un mystère, un détail d'abord impalpable, posant question et d'un très long moment, sans explication possible, l'a laissé suspendu. 

Baobabs de la plage de Sakouli Mayotte 2017 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur frédéric Ducarme

C'était sur la côte Est, la sèche, d'ailleurs sur la plage des baobabs. De longues minutes de perplexité avant que la lumière ne jaillisse... Oui c'était bien ça, l'Océan Indien ne sentait rien alors qu'un instinct, un rapprochement avec l'Atlantique l'obligeait à attendre de pouvoir comparer. Peut-être parce que ce n'est que le lagon tel un plan d'eau autour de l'île, qui sépare de l'océan ? Loin, la fragrance d'algue de Tambaú... Pensée pour la senteur iodée perdue aussi de notre Méditerranée (1), à cause des Hommes, c'est certain, de cette minorité de milliardaires sans limites qui assujettissent les autres... L'argent n'a pas d'odeur, tant pis pour le parfum. Quant au lagon, attention, ce n'est quand même pas une piscine, la baignade sans risques est possible mais il est vaste et si les passes sont éloignées, il faut tenir compte de la marée, faire attention à d'éventuels courants dangereux, notamment à proximité des îlots de sable blanc qu'ils ont façonnés. À ses débuts sur l'île, un fait divers heureusement bien terminé, l'avait marqué. 

De façon générale, dans l'intention de garder une certaine fidélité à l'enfance, dans la construction même ténue qu'elle mettait en place pour plus tard, tout ce qui touche à elle le retient. 

Bergman and Quinn tiré du film « The visit » 1964, Domaine public.

Dernièrement, à l'occasion d'un film, d'un classique à voir absolument une fois, ce qui n'était pas son cas, un prolongement sur l'enfance l'a particulièrement choqué. Le film, « Stromboli », de Roberto Rossellini (1906-1977), avec Ingrid Bergman (1915-1982) dans le rôle principal. En prolongement, sur le Web, un propos de Pia Lindström (1938-)la fille de la star, avec le reproche à sa mère de ne pas s'être occupée d'elle et la réponse qu'elle lui fit, à savoir que l'enfance n'est pas une période clé, qu'elle passe vite et que la vie qui s'ensuit est bien plus importante. Eût-elle mieux fait de ne pas répondre de cette façon ? Il est vrai que la vie privée de ces grandes vedettes internationales est souvent sacrifiée, revers de la célébrité. Très prises par leurs obligations professionnelles, ces personnes à part ne peuvent que s'abandonner aux travers d'une vie chaotique faite d'absences fréquentes, de relations instables, tant en amitié qu'en amour, de superficialité. 

Ingrid Bergman était une actrice très indépendante, multipliant les rencontres, quitte à provoquer des scandales. Suite à sa liaison tumultueuse avec Rossellini (trois enfants en neuf ans de mariage), pendant huit ans, elle n'a pas vu sa fille Pia... Mais n'était-ce pas dû à Rossellini, un drôle de type, assez brute pour lui interdire justement, de voir sa fille ? 

Autant terminer avec des passages apaisés sur l'enfance : 

Christian_Signol_à_la_foire_du_livre_2010_de_Brive_la_Gaillarde 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Le grand Cricri.

« ...C'est pourquoi j'ai la conviction que c'est la part d'enfance que nous aurons été capables de préserver tout au long de nos existences étroites et souvent dérisoires, qui nous sauvera le jour où nous serons délivrés des misères du temps. » Trésors d'Enfance, Christian Signol, Brive. Mai 1994. 

Maurice Genevoix-1949 Domaine public Auteur Studio Harcourt

« ...il n’y a pas besoin de longs voyages à travers le monde pour se convaincre que ce monde est riche, plein de beautés et de secrets. Tout ce que l’on croit découvrir en voyageant d’un continent à l’autre, comme je l’ai fait, rejoint des souvenirs et des impressions d’enfant. Je m’en doutais depuis longtemps. Mais à présent que je suis vieux, j’en suis sûr... /... J’ai parlé d’enfance, tout à l’heure. je crois que j’y reviendrai souvent. Que notre enfance, pour l'essentiel, détermine l'homme que nous serons, je pense profondément que c'est vrai. Il est seulement dommage.../...que le jeune homme.../... à tout le moins l’oublie trop et trop vite. Je crois pourtant que cela lui passera, que la mémoire lui reviendra de la fraîcheur première de ses impressions d’enfant, de leur intensité vivante... » 
Maurice Genevoix, Tendre Bestiaire, 1969.  

« ...Mon enfance prends ma main 
Puisque tu es sur mon chemin, 
Mon enfance, quelle envie 
Aller chez toi finir ma vie. » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama.

(1) la réponse à une lettre du 31 juillet 1955, reçue au Brésil, évoque aussi un fumet d'enfance, le dimanche à la mer : « ...En trente-deux mois d’absence, il se sera produit beaucoup de vides. Je ne croyais pas non plus que Gili serait mort à notre retour. Les estivants des Cabanes ne savoureront plus sa fameuse bouillabaisse... » François Dedieu (1922-2017).   



vendredi 2 janvier 2026

Veillée du 31 sur la Terre... (2)

 — Ils prennent en retour pour ce qu'ils ont donné, souvent une journée à bouger, à aider... 

— Oui, mais à ce niveau, un plein conteneur de boissons ! J'étais à côté et mon collègue au téléphone a répété sa commande : un conteneur de boissons ! Plutôt inviter au resto ou un traiteur à la maison, un DJ et au moins danser, chahuter, faire la fête sans se coltiner les nettoyage et rangement après... 

— Oui mais pour la famille proche, faut rester solidaires, faut pas couper la chaîne, tu verras bien avec tes enfants et ce qu'ils veulent faire... Si tu coupes tout, faudra pas te plaindre, un jour, de te retrouver seul... » 

Les jus de fruits, les bouteilles pétillantes passent de main en main. Pour le col cravaté, c'est plus pudique. Sinon on plonge la carafe dans un bidon alimentaire à ras bord. Brochettes de rognons, de bœuf, bananes frites, les premières presque, un an après le cyclone. 

Vastes demeures, voitures stationnées envahissantes, parabole à moitié plantée en terre avec son câble, son relais, manière de ne pas oublier Chido ; une pelle de maçon pour mettre les braises sous les grills d'ailes alignées. Il y a même un gros poisson rappelant la baie en bas, le lagon tout autour. À l'heure des nems et samoussas, toujours le même, sympa en diable, de ceux qui provoquent mais gentiment à faire rire l'assemblée, qui attise la discussion, à mettre une belle ambiance ; heureusement, tant d'autres témoins restent discrets et muets. 

« Ah non ! c'est trop profond et trop dur les trous pour les bananiers, cinq au maximum, je lui ai dit au père de ne plus prévoir davantage... 

— Trop dur ? alors que tu n'as pas eu à défricher ! réagit la sœur aînée qui au champ, donne de sa personne et, du coup, joue à la mouche du coche.   

— Non mais, un champ de cent mètres de long, c'est trop ! Moi cinq, pas plus, que ça démolit ! il roule d'une épaule pour mieux se faire plaindre et comprendre. Cinq et je me contenterai de faire le tour, manière de déterrer du manioc, de trouver une paire d'ananas oubliés... Et puis plus là haut : à trois cents mètres de ma maison, dans la presqu'île, le terrain de maman ne sert pas, il est toujours à nous non ? c'est là que je planterai mes cinq bananiers... 

Dès 12 ans, afin d'éviter la promiscuité avec les filles, les garçons quittent la case familiale et se construisent des bangas de torchis et de palmes, petites cabanes où dormir, décorées, personnalisées, formant parfois tout un quartier de célibataires, encore dans les années 90.  

Condition des couples au boulot la semaine : pas facile de sacrifier un dimanche matin et son après-midi à devoir récupérer, ce que confirme sa compagne à mi-voix. Les temps ont changé du tout au tout depuis les décennies obligatoirement solidaires de quand ils n'avaient rien, que le riz, mets de luxe, restait réservé aux vendredis et aux fêtes, quand les jeunes devaient se dévouer, même de nuit, à courir toute l'île à cause d'un décès. Cela infléchit les mœurs et coutumes sur un temps plus court encore que celui qui a petit à petit enterré la vie d'avant en métropole. 

Belle, consistante, bien voyante, une étoile filante marque le ciel 

— Étrange avec la pleine lune, intervient un beau-frère sceptique... (Ah bon, en quel honneur la lune commanderait-elle aux étoiles filantes ? n'en a-t-elle déjà pas assez avec les marées ? Plus Mahorais que Vazaha, je n'en pense pas moins).

Près du feu pourvoyeur de braises, le voisin explique comment l'allumer à la préhistorique : c'est du bambou qu'il faut prendre, ménager un trou dans une latte, jouer à travers ce trou d'une tige comme d'un archet. Et ça marche ! Plausible, la plante, l'herbe étant réputée riche en silice... La technique vient d'Afrique... ici, celle du bâton dur reste bien plus difficile à mettre en œuvre. 
Vrillés par les vents fous, les bouquets de bambous ont souffert du cyclone. Mais ça repousse. (à suivre)



jeudi 1 janvier 2026

Un 31 au soir sur la Terre... (1)

Un peu à droite de la palme de bananier qui touche le ciel, aux deux-tiers de la pente plutôt. 

Pour y aller, certes Mayotte d'aujourd'hui avec encore des gens se pressant devant la supérette, des bagnoles en pagaille, des phares, sinon garées, pas toujours bien, embêtant vu le nombre de côtes raides ! Pour y aller, faut faire le tour, monter dur, tout en haut, par derrière puis descendre sec, à croire que la voiture pourrait décrocher, se retourner. L'éclairage public en fait trop désormais mais face à l'insécurité, on se dit que c'est bien. Dommage, avant tout restait tranquille, d'ailleurs, avec la vie au jour le jour, il n'y avait rien à voler. Et puis, tous ces enfants qui jouent, papillons de nuit, une vision d'un plaisir qui apaise. Du coup, la pénombre sur le chemin n'interpelle plus ; et puis c'est d'un clair de pleine lune. 

Je n'ai pas voulu prendre de photo, geste qui aurait avoué mon intéressement. Donc, seulement des mots en dehors de ma carte de vœux 2026, d'abord pour ne pas oublier, ensuite en vue de témoigner en faveur d'un petit peuple digne d'intérêt, et allant, de partager avec ceux qui sont solidaires avec la petite île, le petit archipel de Mayotte... 

Au bout du chemin, au delà des flammes joyeuses d'un feu de bois, du monde, beaucoup de monde. Fortes accolades entre compagnons de longtemps et qui ne se sont vus de longtemps. Un an en arrière, ici Chido le cyclone, là-bas, à des milliers de kilomètres, Thanatos m'obligeant à l'idée que ce pourrait être la fin. Moins poussé, l'échange de bises avec les dames. Deux tables, engorgées de saladiers, de piques à brochettes, de bouteilles dont une, couverte du col par une serviette blanche... les femmes y étant plus sensibles, il faut sauver les apparences. Au sol de grandes bassines de rognonnade, de cubes de bœuf, d'ailes de poulet, de viandes à cuire macérant dans leurs pommades épicées couleur curcuma. Sur les sièges dont une paire de chaises longues et même des chaises de la salle à manger, des gens. Sur les grandes nattes, en tailleur ou couchés tels des Romains devant festoyer, aussi. Entre gougères et gobelets à marquer de son nom, ça discute, ferme déjà. 

« Avant nous étions plus heureux, on savait faire la fête, les boums publiques avec un DJ, on s'amusait toute la nuit. Ou ces dairas d'une religion joyeuse, échangés entre villages d'un boubou d'une même couleur. Déjà le trajet quand nous n'avions plus à le faire à pied avec moins encore de voitures roulant la nuit. Perdu tout ça, par lassitude, par mesure de sécurité. À présent, on s'active toute la semaine pour toujours deux prétendues gamelles de riz alors qu'il s'en prépare vingt ici et là. Ah non ! assez de ces clubs de manzarakas, de mariages qui n'en finissent pas de faire le tour en retour des filles à marier. Et comme s'il n'y en avait pas assez, le père qui se pointe avec sa vache... allez, encore sortir les coutelas ! Et au bout, quel résultat ? des jours de préparation pour des invités qui se goinfrent en vingt minutes. Et puis, c'est quoi ces manières de repartir avec un pack de boissons et des provisions pour la semaine ! (à suivre)


mardi 23 décembre 2025

...dans son LIT VERT où la LUMIÈRE pleut... (4)

Et pourquoi pas une proximité poétique ? Pas en langue de Mayotte, certes, mais universelle, ni blanche ni noire, en partage. Et pourquoi pas, suite au « Chant de l'Eau » d'Émile Verhaeren, « Le Dormeur du Val », Arthur Rimbaud ? Pas seulement pour ces vers incroyables de structure, de grande qualité ; surtout grâce aux débuts extraordinaires d'un poète de seize ans aussi talentueux concernant une versification classique, qu'il le sera en s'en libérant par la suite avant de clore à jamais cette phase de sa vie ; 



sûrement en tant que val inondé de verdure, vallon promu par le ruisseau permanent bien que modeste mais qui s'est creusé un lit bien avant que l'Homme ne s'introduisît, aussi envahissant que les plantes et animaux venus avec lui ; peut-être aussi pour la dualité vie-mort, son aboutissement à l'échelle de l'individu bien que rémanente se rapportant à la vie sur Terre. 

Le soldat de 1870, lui, d'une jeunesse hélas dans son dernier sommeil, évoque la mort inutile suivie de la débâcle face aux Prussiens ; en fond, le rejet de l'empereur, sa proximité avec la défaite à Sedan offusquant d'autant plus le natif de Charleville. De plus, Rimbaud, auteur, dans les pas de Hugo et Coppée, des « Étrennes des orphelins », ne pouvait qu'être communard contre la politique bourgeoise d'ordre de monsieur Thiers et ses implacables Versaillais.  

Serait-ce maladroit, mal à propos,  si le lit vert du vallon où la lumière pleut me ramène à Mayotte, elle, d'une jeunesse vivace, attestant d'une résilience à l'Histoire à coup sûr entrée dans ses gênes de fille toujours confrontée aux grands, qu'ils veuillent l'adopter de force ou qu'ils s'apparentent à une mère-patrie versatile, insensible, sarcastique ? Mayotte reste vivante ! Elle se remet d'un terrible cyclone tout comme elle sait surmonter les maltraitances subies, l'oppression psychologique quant à son avenir, toute de fausses promesses, de doutes constamment instillés, de doubles jeux, de lendemains toujours remis à plus tard en raison d'intérêts partisans cyniques, à peine cachés. Il en reste un post-colonialisme certain, descendant d'une gestion très Troisième République, se voulant exclusive car porteuse d'une prétendue “ civilisation de progrès ” cachant, jusqu'à la traite d'humains, une réalité de pillage systématique assurant sous des dehors démocratiques la domination d'une bourgeoisie d'affaires, d'accapareurs (1)... 

Décidément, face aux bassesses et turpitudes parce que « Le Président », le film reste d'une actualité certaine, je ma réfugie dans le souvenir de la soif d'apprendre, d'imprégnation de mes petits élèves du collège de Chiconi, dit « du Centre » afin de ne point froisser le voisinage. Dans une belle ambiance studieuse que seul le prof agrémentait d'un grain d'humour par ailleurs bien partagé, comme ils savaient enrichir leur double culture (2) de la sensibilité poétique de Victor Hugo ou La Fontaine du Pot au lait de Perrette...  

Du « Dormeur du Val » de Rimbaud au lit vert de la nature de Mayotte où la lumière pleut, en passant par l'amoralité d'un système qui perdure, il se peut que cet exercice de contorsionniste ne plaise pas à certains...  

(1) Voilà quelques jours, la Chaîne Parlementaire donnait « Le Président » de 1961 avec Gabin très Clémenceau, Briand, de Gaulle... Et aujourd'hui les « deux cents familles » ne sont-elles pas toujours aux commandes ? 

(2) Plus qu'opposé à un civilisationnel hexagonal prégnant, me voulant aux antipodes de ce post-colonialisme (2.1) plus ou moins émergeant, certainement latent (j'en parlais il y a peu à propos de textes de Sardou). Heureux, sensibles à ce sentiment en retour de ma part, eux, d'une élite promue à une double vie, devant s'assouplir jusqu'au grand écart entre tradition et culture importée (2.2), ne manquaient pas, à ma demande, de s'ouvrir, de partager afin de me faire aborder certains aspects ethniques de leur naturel mahorais. 
(2.1) me reviennent les paroles de « Dimanches en Italie » de et par Serge Lama (musique Alice Dona), surtout ne pas parler  « ...comme eux, comme ces faux curés, qui s'en vont prêcher, les petits Noirs d'Afrique » Aïe, je ne vais pas vous raconter ma vie même si ce blog et en particulier les chansons en disent beaucoup... Si son couple est, d'après Lama, « ...parti pour tout un dimanche en Italie », moi qui aimait tant partir « ...sur le Boeing de “ ses ” hanches... » apparemment, jamais je n'ai pu l'emmener « ...pour tout un dimanche en Italie ». 

Vieille école, peut-être l'une des 17 sur l'île chargée de l'enseignement aux PPF (1997). Bien que situant mal dans ma mémoire, je crois bien que c'est ce magnifique manguier qui a été honteusement et bêtement tronçonné au profit d'un substitut de jardin public...
  
(2.2) par exemple, en 1997, 50 à 60 % des enfants accédait aux études secondaires (l'INSEE a le chic pour donner une floppée de statistiques contradictoires pour mieux noyer ceux qui ne feront que survoler) ; cette réussite à l'examen d'entrée en sixième occasionnait une réjouissance d'habits neufs et de repas de fête avec de nombreux convives. 16 % étaient aiguillés en PPF (classe PréProfessionnelle de Formation) moquée non sans humour en tant que Population perdue dans la Forêt.  Et les 24 à 34 % autres alors ? Évanouis, perdus ; eux vraiment, bien que français, livrés à une jungle d'illettrisme sinon d'analphabétisme !       

mardi 16 décembre 2025

... un petit VAL qui mousse de RAYONS... (2)

 

Le kapokier du vallon. Dit « fromager » bien que ne produisant qu'une bourre de kapok aux qualités d'isolation et de flottabilité remarquables. Très facile à travailler, il  donnait des pirogues de petites dimensions, tenant deux ou trois ans. 

Se retourner des fois que le paysage s'ouvrirait... 

Allamanda (originaire du Brésil). 

Kabidza, franchée, arrow-root, fécule naturelle. 

Pour certains arbres, l'amputation a été radicale.

Sur fond de lagon... 


HIER THALASSA...

 Mayotte, le lagon de l'espoir - Documentaire en replay Thalassa, aventures extrêmes | France TV

lundi 15 décembre 2025

C'EST UN TROU DE VERDURE... (1)

 


La passerelle fait passer dans un trou de lumière que l'on doit au cyclone. 



Le nouveau muret à gauche empêche les crues d'éroder la rive
qui, à cet endroit, porte une maison et son enclos. 
  

Entre les rives, il ne reste que ce tronc d'arbre mort abattu par la catastrophe. Certainement afin d'éviter les embâcles, les arbres tombés ont été tronçonnés ; d'autres ont dû l'être par des particuliers, le sentier entre les hauteurs et la route en bord de mer étant très fréquenté.

Sans la luminosité matinale, les arbres pourraient sortir de la forêt
de Fangorn du Seigneur des Anneaux

Toute cette verdure qui profite ferait presque oublier
les troncs ou stipes aujourd'hui disparus...
 


Une opportunité pour un champ de manioc (l'agriculteur a laissé les pieds de taros). 

jeudi 11 décembre 2025

RETOUR à MAYOTTE, la BARGE puis la ROUTE (21)

...les places ne manquent pas sauf que le plein soleil donne dessus, il y en a bien une à l’ombre mais avec le pied de l’homme en face dessus ; alors je dis pardon pour signifier vouloir m’asseoir à l’ombre, et, peut-être une de ces attitudes marquantes de Mayotte, de gens loin de la réaction épidermique, du renfrognement égoïste, revêche, sinon dédaigneux si commun aux Occidentaux, l’homme, la trentaine, manifeste son bon accueil par un sourire. Comme dans le taxi avec le voisin, l’occasion d’échanger ; il a une valise ; comprenant mais ne pratiquant pas visiblement notre langue, en explication de sa provenance, il montre le quai, lien avec Anjouan et les Comores ; je n'insiste pas. 

C'est tout vu, pas terrible, la photo.de la chatouilleuse qui aborde... mais on devine à gauche, le quai flottant destiné surtout aux liaisons avec Anjouan ainsi que, sur la côte, l'immeuble Ballou dont nous parlions... 

Finalement je la prends la photo de « La Chatouilleuse », d’un peu loin, nous verrons bien. Autre attitude parfois rencontrée à Mayotte : le manque de discrétion, le parler fort de certains hommes, braillards entre eux ou au téléphone jusqu’à passer pour de grandes gueules. Bien choisir le côté à l’ombre lors de la traversée, tribord au retour ; de quoi retrouver toujours la même bouée jaune marquant l’avancée du corail, la zone à éviter dans le bras de mer vers Mamoudzou et Grande-Terre (1). Quinze minutes de traversée ; débarquement, scène si marquante ici mais à ne plus observer tant la pensée de la suite du trajet est prenante, tant domine l'impression que la nature de Mayotte se remet mieux du cyclone que ses habitants. Le plan incliné de la barge racle le béton de la rampe d'accostage. 

Du monde toujours, au camion-bar, mobile par essence mais toujours là. Sur le parking, le sens de circulation s’est inversé ; de toute façon nécessité fait loi, il faut trouver un peu d’ombre pour attendre. Tut tut, la voiture dans mon dos voudrait que le minibus devant avançât plus vite, tut tut à nouveau, je me tourne, une main me fait signe, oh ! c'était, c’est pour moi ! 
Toujours des travaux : à présent ils défont les ronds-points pour cause de voie Caribus, dédiée au transport collectif interurbain… Vingt-cinq ans au moins qu’il se dit qu’il faut faire quelque chose pour faciliter la circulation, 1 heure et demi à condition de partir à 5 h 30 pour faire trente kilomètres (2) ; ce n’est d’autant pas acceptable que le constat est ancien. Point positif cependant : pour une fois des actes répondent aux paroles officielles. Amputés de leurs branches par la furie de Chido, les arbres présentent des moignons aussi fournis que des pompons de pompom girls. Oh ! dans un tournant à l'ombre, un gentil resto ancien aux airs de guinguette, décapité. Par distraction j'ai manqué d'observer ce qu'étaient devenus les grands arbres autour.  
Descente vers Ironi bé, justement là où dans l’autre sens, l’embouteillage supportable du matin commence : des grands bouquets de bambous, ne restent que tronçons et brisures inégales, jaunis et souvent noircis à la base par le feu d'une saison sèche qui en a rajouté. En bas, là où la route coupe la mangrove parallèlement à la côte, jadis, de nuit, un cimetière pour les crabes, et en limite, un grand chantier estampillé Colas : la nouvelle usine de dessalement d’eau de mer. 

Embouchure de la Dembeni 2007 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Pauly. Au fond le village de Tsararano, au premier plan, l'estuaire dans une belle mangrove. A-t-elle résisté et se remet-elle du cyclone Chido d'il y a un an ? 


À Tsararano, encore, étymologiquement, une histoire de “ bonne eau ”, mais ça c’était avant et il y a longtemps que la situation s’est dégradée, en particulier avec la rivière jadis jolie, d'abord blessée lorsque les détergents des lavandières ont remplacé le savon de Marseille, finalement vidée de beauté et de vie, muée en dépotoir de plastiques et autres déchets. Au village, le marché a été déplacé, encore pour cause de travaux, à bon escient espérons. 

(1) août 1998. Au moment de quitter l'île, comme un salut peut-être à jamais, une tortue verte en surface.  

(2) 30 minutes dans les années 90 avec le plaisir, une fois par semaine, de laisser “ la brousse ” pour une rue du commerce où la plus grande boutique n'avait rang que de supérette, l'autre, place du marché, étant la Snie d'Ida Nel, personnage incontournable de l'île.