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mercredi 31 mai 2017

CONVENTION DE BARRICAILLE n° 806 501 / Languedoc, terre de vins !

Aujourd'hui, près de 80 % de la production de qualité est exportée.

Cette qualité, même si le commerce vinicole concernait un grand volume de vins de table, a toujours existé en Languedoc pour ceux qui se donnaient la peine de la chercher.

Ci-joint, la campagne de promotion du Mont Tauch à Tuchan en 1970. Un prospectus qui parle d'envois en bonbonnes perdues et fûts consignés, le transport étant assuré par la SNCF et facilité par cette convention 806 501 de barricaille. 





vendredi 26 mai 2017

AUDE, ODE AU DELTA (5) / Les îles de la Narbonnaise (fin)


 

Les chiffres en attestent, les géographes confirment : avec quatre millions de tonnes de sédiments en un an, l’Aude fait partie des fleuves les plus travailleurs de France et son delta s’est formé, la régression de la mer aidant. Voilà quasiment deux millénaires, en construisant un barrage (une digue), les Romains ont favorisé le bras méridional sans lequel le commerce maritime avec Narbonne n’aurait pu se faire. Ce bras avançait dans l’ancien lacus Rubresus (lagune aux eaux rouges / étangs actuels de Bages-Sigean et de l’Ayrolle) jusqu’au niveau des îles de l’Aute et de Sainte-Lucie où les vaisseaux romains transbordaient leurs marchandises sur des barges à faible tirant d’eau (cette pratique durera jusqu’au IXème siècle). Le Canal de la Robine et le rail sur ce même remblai empruntent ce même trajet. Son avancée vers Port-la-Nouvelle a coupé la lagune en étangs séparés (1).
 

Pourquoi peut-on parler d’un delta a demandé un lecteur ? Il est vrai que l’Aude joue les originaux, comme souvent et c’est surtout son bras oriental qui est naturel. En 1316, le fleuve a emporté le barrage et repris son cours primitif et malgré les efforts des hommes, à partir de 1531 il ne coulera plus à Narbonne. En 1799 (Brumaire an VIII), après la partie Coursan-Salles-d’Aude, le cours est entièrement canalisé de Moussoulens à la mer : ses riverains veulent se prévenir de ses colères dangereuses !
 

Au Nord (Capestang, Salles-d’Aude, Lespignan, Fleury-d’Aude, Vendres), les hommes laissent plutôt les étangs à la nature ; au sud de Narbonne, les lagunes sont exploitées. Des professionnels inscrits au rôle (prud’homie de Port la Nouvelle-Bages) pêchent l’anguille, le joël et, à la belle saison, les muges, les daurades, les loups, les soles. Des bancs de coquillages sont mentionnés dont des moules et des palourdes (2). Il faudra redemander à Yves concernant l’étang de Bages (3) et se souvenir de Robert sur l’Ayrolle pour en apprendre davantage...  

Nous reviendrons sur ce volet humain et économique qui interfère et perturbe les cycles naturels avec d’abord les déséquilibres entre salinité et apports d’eau douce (Robine, rivière Berre... et peut-être un cours souterrain de l’Aude), ensuite les excès de nutriments dans l’eau dus aux rejets humains, envahissement par les algues vertes ou rouges, pollutions récurrentes au cadmium (Micron Couleurs / Narbonne), à l’insecticide (SOFT / La Nouvelle), à l’azote (Comurhex / Malvézy).

Sans vouloir oublier ces réalités, c’est la poésie du delta que nous voulions retrouver, ce monde flou encore empreint de mystère, engendré par la rencontre entre la mer et la terre, les milieux salins et dulçaquicoles, ces calmes vénéneux que des vents fous balaient avec régularité.
Dans l’étang de Bages et de Sigean, les îles ne peuvent que nourrir la rêverie : la Margotte et ses oiseaux de mer (4), Planasse où les moutons, comme à l’île Amsterdam auraient éliminé la flore originelle, les Oulous «... rôtie par le soleil et le Cers... » comme l’a décrite Jean Girou, l’île du Soulier «... si petite qu’elle semble destinée au pied de Cendrillon...» écrit encore l’auteur de l’Itinéraire en Terre d’Aude (5).
 


Plus au sud vers La Nouvelle, les trois autres terres émergées sont marquées par la présence humaine. Émouvant, le tout petit îlot de la Nadière, presque un coin de Bretagne, qui abrita longtemps un village de pêcheurs. 



Souriante, Sainte-Lucie, de son ancien nom Cauquenne ("port" en ibère), où la forêt a remplacé les vignobles des moines. En 1809, un décret impérial a débouté Gruissan (au profit de Sigean, Port-la-Nouvelle n’étant commune que depuis 1844 ?) qui voulait y préserver ses privilèges (cueillette de la salicorne, accès à la fontaine, libre disposition de cabanes de pêcheurs, droit de passage). 

 

L’île de l’Aute au soleil du matin : un bout du monde à portée, un rêve de milliardaire heureusement confisqué puisqu’elle appartient désormais à notre communauté républicaine depuis que nous l’avons achetée grâce au Conservatoire du littoral. Un corps de ferme massif mais si méridional, entouré de sa pinède, flanquè d’un palmier phoenix. Derrière les bleus de l’étang, dans un écrin de roches blanches, je me souviens encore des vignes... Sûr que depuis l’autorail rouge, elle faisait rêver, l’île de l’Aute. 


Dans son histoire, la chronique a aussi retenu que le grand filtre à café pour les bètes, bétous, bétounes, les barques montantes de la Nadière et celles de Bages qui descendaient à La Nouvelle, s’est jusqu’à nos jours, transmis par héritage. Une autre anecdote (voir absolument la page facebook Ile de l’Aute) vient nous rappeler un amour de delta mais rose cette fois, comme la fleur du tamaris, en pendant à Mirèio et Magali, autres amoureuses tragiques de Camargue.
François, un Sigeanais, s’était entiché de Célestine, l’une des trois filles du fermier. Aux beaux jours, pour la voir plus souvent, il cachait sa bicyclette sur les bords, une chemisette sous son chapeau et partait rejoindre sa bien-aimée à la nage ! 

Crédit photos : 1, 2, 3, 6 Commons wikimedia
1. Plan incliné de Gailhousty Sallèles Auteur Gerbil
2. Canal de jonction Gailhousty Sallèles auteur Nancy
3 Canal de la Robine along Sainte-Lucie Island Author Christian Ferrer
6. Ile Sainte-Lucie Author Christian Ferrer

4. Carte des Cassini Géoportail IGN
5. Ile de la Nadière Ministère de la Culture et de la Communication
7. Ile de l'Aute vue depuis Port-Mahon parc de la Narbonnaise

jeudi 25 mai 2017

LE MONDE NE DEVRAIT ÊTRE QUE CHANSON ET MUSIQUE... (9 & fin) / ratés existentiels

«... Moi j’avais le soleil.../... dans les yeux d’Emilie, je réchauffais ma vie à son sourire, moi j’avais le soleil dans les yeux de l’amour et la mélancolie, au soleil d’Emilie, devenait joie de vivre... »

https://www.youtube.com/watch?v=vEFGQN9qLkQ Dans les yeux d’Émilie / Joe Dassin. 



Les escaliers vers le gros bus et c’est le soleil d’Afrique qui desquame les états d’âme. Vite, le haut plateau déroule son manteau uniforme et cuivré. Elle lui a dit « Ecoute "Maman" de Papa Wemba. Il est mort tu sais... »

https://www.youtube.com/watch?v=of15-bd2faw Maman / PapaWemba
 
Il s’était retenu de lui dire qu’il croyait la rumba aussi rythmée que sensuelle. Il s’était retenu de critiquer ces sapeurs chaussés de croco, tout dans le paraître. Tout ça pour s’être pincé les lèvres parce que le charme qui le touchait participait de ces rencontres ouvertes sur des éventualités impossibles. En direction de l’océan, les taches de verdure se multiplient et prennent de l’ampleur. Celles qu’on n’a pas eues, pour le dire sans élégance, serait-ce le titre d’un film, plutôt les quelques unes qu’on a croisées sans faire route ensemble après...

Vera lui revient soudain en mémoire. Oubliée malgré ce retour trop loin dans son passé. Oublié depuis si longtemps le souvenir de la jolie Pragoise. Mal à l’aise, honteux un peu parce qu’il ne conçoit pas qu’un coup de cœur qui marque tant la vie sentimentale, puisse s’oublier, ce fantôme le surprend... Il n’avait osé, il n’avait su se déclarer... Ils allaient sur leurs dix-huit ans et son attirance pour elle s’était noyée dans les bières et les chansons à boire de la taverne de Bleda Lady ! Comment a-t-il pu dissocier le visage de Vera de ce mois d’août 1968 de sinistre mémoire en Tchécoslovaquie ? Et il revient ici, au-dessus du Kenya parce que la petite vendangeuse espagnole est revenue le hanter !

En parlant de fantôme, l’idée de donner âme et corps à Maiité (Maria Theresa) le travaille. Est-ce pour retrouver les sèves montantes qui ont enfiévré sa jeunesse (1) et se prouver qu’il peut encore séduire, comme si faire durer une relation stable et fidèle n’équivalait qu’à s’emmurer vivant ? Mais la vie de tous les jours, souvent raillée et considérée comme un train-train mortifère, n’est-elle pas au contraire, le "tiens" qui vaut tous les "tu auras" ? Un demi-siècle résumé en quelques lignes, quoi de plus pathétique ? Des années durant, elle et les siens ont pris le train à Murcie pour Narbonne tandis qu’il faisait la rentrée sur Lyon, engagé dans sa vie de mari, de papa. Puis l’émigration des suds, pour elle vers la Catalogne et enfin le retour au pays, l’heure de la retraite venue. Elle a deux enfants, cinq petits-enfants et un ménage qui bat de l’aile. Par opportunisme il déguise aussitôt en chevalier servant même en prince charmant le profiteur, le prédateur sommeillant en lui, espérant seulement surprendre un moment de faiblesse.


 


Par tribord, trouant une mer de nuages, les coulées de neige du Kilimandjaro, telles les mèches gominées de sucre glace d’un chauve qui voudrait compenser, quitte à s’imaginer un sursaut d’amour-propre, en apothéose romantique, une ascension épuisante pour finir ses jours dans le cratère...

https://www.youtube.com/watch?v=Mf1vBzl6ei4 P. Danel Les neiges du Kilimandjaro

« ... Elles te feront un blanc manteau... »... elles se meurent aussi, les neiges du Kilimandjaro.
Il sent, il sait l’Océan Indien proche comme le ronron de son petit bonheur qui l’incite de plus en plus à la raison. La fille des îles qui l’accompagne...

https://www.youtube.com/watch?v=UmqxNlo8UzM Francis Cabrel La fille qui m’accompagne

Cet amour qu’il croit tranquille sinon monotone doit bien vivre de sa vigueur propre puisqu’il tient depuis vingt ans. Et ce petit que sa présence ferme de père doit aider à grandir ? Alors, un fantasme d’âge mûr qui refuserait de vieillir ?

Non, pour entretenir l’illusion d’un amour qui se confond trop avec le désir, il ne dira pas que les filles du sud ne renouvellent plus le sang du pays depuis que les vendanges relèvent de l'industrie vinicole, même pas que la maison du maître vient de se vendre (300 000 €), que Gilbert le tractoriste si doux et gentil vient de mourir à 89 ans. Dans un élan de romantisme, en réalité une vilaine expression hypocrite, tant il se ment à lui-même, il lui enverra « N’écris pas », le beau poème de Marceline Desbordes-Valmore :

https://www.youtube.com/watch?v=EgcULJSRK7M Les séparés Julien Clerc

« Je t’aime », écrire ces mots c’est lui mentir sans qu’elle l'ait demandé d'ailleurs, et pour lui c’est se raconter des histoires. Adieu Maiité ! On meurt d’une vraie histoire d’amour qui tourne mal... mais puisque l’amour de la vie l’emporte !..

Alors, c’était pour louer mais se défendre de ces pulsions de vie délirantes qu’il tenait tant à bouger en se soûlant de musique ? Oui, tel Zorba le Grec, égal aux dieux, pour esquiver des forces supérieures et en libérer la pression, rien ne vaut la danse, le chant. Les femmes ne font rien oublier... Adieu Maiité !

https://www.youtube.com/watch?v=QskFT7AaKH0 le sirtaki de Zorba - Mikis Theodorakis (2)



Les bleus de l'Indien succèdent d'un coup aux verts tropicaux de la côte et avec les tons laiteux qui ourlent Zanzibar, mille kilomètres plus au sud se précisent les visages désirés d’une fille des îles qui n’a pas pris son cœur pour un hôtel (2) et d’un enfant adoré, dernier espoir de son passage...

https://www.youtube.com/watch?v=-5n3U2yjfDM Salade de fruits / Bourvil.



Il revient chez lui et soupire comme libéré des miasmes laissés dans le sillage, petit dans sa petite île, libre d’entretenir un bonheur grand à force de soins, des tartines du matin sur la terrasse au doux rayons du crépuscule sur la brousse malgré la nuit qui tombe vite... « ... n’importe qui aimant quelqu’un, le roi de rien... /... n’importe qui, tellement quelqu’un, le roi de rien... »

https://www.youtube.com/watch?v=tR8Yv-P9xIw Le roi de rien Delpech

Et quand sous la clarté éternelle et rassurante de la Croix du Sud, résonne la voix forte et chaude de Joajoby, il est certain que sans un « Je t’aime », même la Terre ne pourrait nous emporter à plus de cent-mille kilomètres par heure autour de son soleil... 



https://www.youtube.com/watch?v=5ONAVih5QZk  Jaojoby Tia anao zaho   

(1) emprunt à  Louis Pergaud : « ... quand les sèves montantes ont enfiévré dans leurs veines le sang ardent des mâles...» Le viol souterrain / De Goupil à Margot / Prix Goncourt 1910.
(2) Dans « Les lacs du Connemara » Michel Sardou a aussi exprimé que « la folie ça se danse ».

Note : OUT OF AFRICA passait tout à l'heure et en 1985, le Kilimandjaro était plus blanc de ses neiges...
 



Crédit photos wikimedia commons : 
7. Kilimandjaro_1987 Author Viault
8. Kilimandjaro_in_Amboseli_national_park 2012 Author Benh LIEU SONG

samedi 20 mai 2017

AUX CONFINS DU TERRITOIRE COMMUNAL / Fleury d'Aude en Languedoc.


Les caprices de l’Aude, fleuve aussi travailleur que coléreux, l’ont poussé à serpenter dans ses dépôts accumulés (1) : des errements plus marqués encore aux abords respectifs des déversoirs naturels que sont pour les crues les étangs de La Matte (Lespignan) et celui de Vendres.
Concernant Salles-d’Aude et Fleury d’Aude, ces sinuosités ont porté les limites des communes et du département au-delà du lit canalisé actuel. Aussi, quand nos voisins héraultais nous lancent des piques sur notre supposée propension à les envahir, nous n’avons, avec un sourire égal et la complicité de ceux qui s’apprécient pour se chicaner depuis les temps historiques, qu’à leur rappeler cette réalité géographique. 


Ainsi les limites septentrionales de Salles et de Fleury se trouvent à la même latitude que les Orpellières au bord de l’Orb (Sérignan-Plage, au-delà de Valras). La proximité étant plus parlante, c’est à la même hauteur que le domaine de Clotinières. 

Après le mas des Lauzes, un temps guinguette au début des années 90, avant Clotinières et les tournants où la Dame Blanche, à en croire les vieilles histoires, aurait évité bien des accidents, il faut prendre à droite, le chemin vicinal à peine au-dessus du niveau de la mer. Depuis le Pont de la Muscade, plus de narcisses dans les prés. Plus loin, à moins de faire erreur, un drôle de tamaris à la floraison argentée. Sur un pontet, des femmes, armées de monoculaires sur pied, de ces lunettes très grossissantes pour observer... des ornithologues peut-être. 
  

Au loin de grandes ailes blanches aux lents battements, qui ne s’élèvent que pour passer un alignement d’arbres. 

  
 
Au carrefour de l’accès privé au domaine de Saint-Joseph, nous laissons l’Hérault : c’est l’ancien lit de l’Aude. Nous sommes bien à hauteur des bâtiments de Clotinières. Des frênes puissants se plaisent «... sur les humides bords des Royaumes du vent... ». Des canaux se croisent aussi et les massives martellières laissent imaginer les quantités d’eau qui peuvent affluer ici. 
  
 
 

Majestueux, un rapace explore lentement... Plus gros qu’une buse, un busard des roseaux ? Je me demande. Si le Cers souffle, des escargots traînent encore sur le goudron. La longue ligne droite rejoint les bords d’Aude. Les vignes ont souffert du gel d’avril, les nouvelles pousses, rouillées et crispées, en témoignent. Pilleurs, avec Jean, pour les gros nids de pies qui de loin nous faisaient signe, nous venions jusqu’ici tant la concurrence était rude. Les arbres isolés n’existent plus : le remembrement a eu raison un jour des parcelles trop petites pour ne pas disparaître. Et à présent, on peut aller jusqu’à s’étonner de ce vignoble en plaine. L’heure n’est plus aux gros rendements ; la jolie cave coopérative de Lespignan, avec ses beaux raisins en relief sur la façade, a disparu, elle aussi.  

  
     

(1) parmi les fleuves les plus travailleurs de France avec 4 millions de tonnes de dépôts par an.  


crédit photo : 1. IGN (Institut géographique National) 

EN PASSANT A LESPIGNAN...