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lundi 17 mars 2025

FLEURY, balade en CHANSONS... (2)

 « ... Et sur ma route il y a des trous... », oui, des trous de mémoire, sûrement ou des trous d'air puisque ma vie a continué sous les tropiques de l'Océan Indien. 

Je n'ai pas vu «...tant de rues » et « tant d'églises », sauf peut-être à La Réunion... 



« ...Mais les plus belles étaient chez nous... », non, “ la plus belle ” c'est celle de Saint-Martin à Fleury, chez nous, plus chaleureuse qu'une cathédrale même si jadis, les logis accolés, la pissotière, l'abri pour les vagabonds, celui pour les feux d'artifice, lui donnaient l'air d'une grande... 

« Mon village est loin, à l'autre bout du Monde... », non, il est toujours resté là vu que les pensées, plus encore les mots échangés, le gardent à portée, lui, sa famille et les gens qu'on aime... 

Divergences ensuite, avec les paroles de Delanoé malgré « ... Les chemins qui mènent à nos collines Avaient des pierres douces à nos pieds... » 

Vite il faut le bâcler ce topo nombriliste, se mettre en cuisine, que le tripat, même en trichant à la cocotte, ça prend du temps. Et puis ce ne sont pas mes camarades qui m'ont oublié... ces choses-là ne se disent pas... la larme à l'œil, seulement seul, en secret... Que tous ceux qui font mon ciment me soient sauvegardés, trésors vivants qu'ils sont, puisque persistent en moi les copains trop tôt partis... proches sinon plus ou moins côtoyés : André, Éric, Georges, Gérard, Guy,  Jacky, Joseph, José, Louis, Marc, Patrick, Paul-Serge, Philippe, Pierre, René, Richard, Roger, Serge... les filles aussi  Annie, Jackie, Joëlle, Marie-Agnès, Marie-France, Marie-Josée, Marie-Thérèse, Martine, Maryline, Maryse, Mauricette, Michèle, Sylvie... pardon pour les prénoms oubliés mais que la rue, la maison, ponctuellement ne manquent pas de rappeler... une litanie telle celle de Marie Laforêt (1939-2019) « Anton, Ivan, Boris et moi Rebecca, Pola, Yohanna et moi... » : 

«... Sur le chemin de bruyères
Tout le long de la rivière 
On cueillait la mirabelle 
Sous le nez des tourterelles... » 
Paroles Marnay Eddy (1920-2003), compositeur Stern Émile (1913-1997). 



Mince, il faut rentrer, c'était juste pour le romarin et le thym du tripat, surtout que j'ai pris le temps d'une botte d'asperges. Au-dessus du talus où le vélo est caché, une vigne mais toute sèche, qui, lambrusque, n'ira pas courir dans la Montagne de Jean Ferrat (1930-2010), que le printemps ne viendra pas attendrir  : 

« ... Les vignes, elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré... »

Enfance, jeunesse, boulot aussi avec cette chanson idéale pour expliquer l'exode rural en classe de 4ème... Nostalgie multiple donc... Un chien costaud du museau passe sur la piste tracée désormais sur les friches, sans maître. Qu'il ne me sente pas malgré le Cers léger ; le coteau est devenu parcours pour les coureurs, les promeneurs, les baladeurs de toutous mais ce jour, heureusement, pas de moto tous terrains venue chambouler cette paix survivante (1)...  Et tant que nous sommes là, sous quinze degrés, malgré un ciel que le soleil n'a pas encore le courage de bousculer, ne suivons pas, finalement, les mots prémonitoires du parolier à l'intention de l'interprète :  

« ...Pas de discours et plus de larmes, 
Venez mes frères me dire adieu. » dans la bouche de Joe Dassin, devant mourir dans sa quarante deuxième année, si loin, à Papeete... 

(1) un jour j'en ai croisé un très prudent certes, attendant son petit garçon également sur un mini engin... je n'en pense pas moins que pour ces motos de mer au potin invivable... 

Ps : à propos des photos, commentez vous-mêmes que je suis enquiquiné : après 45 minutes, elles manquent de cuisson les tripes et j'ai dû les remettre sur le feu... 

Et les chansons, à la demande, vous saurez les trouver non ? 

FLEURY, balade en CHANSONS... (1)

Un petit plateau, rien du tout à vrai dire, à peine cinquante quatre mètres de haut... Et pourtant, mes huit ans, ce coteau n'étant qu'à deux pas du quartier avenue de Salles, de la maison, sont loin de l'inaccessible ; les vignes étagées, le lierre au vert d'hiver bon pour le moral, les talus aux amandiers, surtout quand ils fleurissent, les poireaux de quand les poisons n'étouffaient pas la terre, les asperges sauvages, au moins il reste ça... 


« D'où viens-tu gitan ? » chanson des Compagnons... 

L'appariteur en publiait quelques mesures pour l'arrivée sur la place du marchand de moules et de fruits de mer... Ils y avaient un cabanon ; un coin à éviter lorsque la différence est entretenue bêtement, à cause des rumeurs sur les voleurs de poules, voleurs tout court que la voyante ne prédira pas, et attention aux petits enfants, en prime, ils catafalquaient à l'argile les hérissons à rôtir... Vite, à la maison, au crépuscule, à l'heure qui les voit...  

« ...assis près de la flamme claire Qui jette à la clairière Leurs ombres de géants... » 

Tel Pascalet j'étais, l'enfant à la rivière d'Henri Bosco, parfois épiant de loin, caché, sans me douter qu'un jeune de ces Caraques, par compassion, m'aiderait à couper les raisins, à rattraper mes trois souches en arrière de la « colle » de vendangeurs. En demeure l'embarras, la gratitude, le regret de n'avoir pas dit bonjour, un jour aux gitans autour du feu... 

Voilà ce qui m'habite depuis, une fois adulte, la découverte de ce petit plateau, à présent que la dalle du toit a écrasé les murs du cabanon déserté ; au calcaire compact du Puech de Labade, notre sommet haut de 170 mètres (n'en souriez pas, de là haut on voit la mer !), au calcaire marneux de Tuffarel sinon aux grès verts de l'Oustalet (autant de lieux-dits, pas seulement de cailloux, avec des ruines ou toujours occupés sur le piémont oriental recherché pour la vigne) répond ce relief de galets (de lauzes en bordure) couvert de thym, de romarin, objets de ma balade en prévision d'un tripat. 


Encore à courir les marges, nos talus occitans, me défendrais-je de cette nostalgie aigre-douce, à la belle vue tous azimuts de mon village en bas, de ses collines aux moulins de part et d'autre (l'autre est aux voisins sallois), au pied de la Clape derrière, avec au fond la plaine de l'Aude, Vendres et son étang, Valras sa tour et encore la mer, me reviennent les paroles de « Mon Village du Bout du Monde », paroles de Pierre Delanoé (1918-2006), Joe Dassin (1938-1980) interprète.    

« Le vent s'engouffre dans ma valise... », oui, quand il a fallu quitter le pays, ce coteau... Ce n'était pas si loin, Lyon et puis des gens aimables disant en souriant que notre accent leur portait le soleil, mais... mais pour les vacances de Pâques par exemple, sur l'ensemble du parcours, nous passions seulement du velours des platanes au départ, au vert tendre des premières feuilles à l'arrivée, trois semaines de décalage. Et puis, un départ obligé pèse plus qu'un départ choisi... Tout n'est pas vécu en tant qu'exil... (à suivre)


dimanche 16 mars 2025

CARNAVAL, coutumes, croyances, interdits (4ème partie).

*24. À Rouffiac-d'Aude les nouveaux mariés sont tenus de monter un âne, tournés vers la queue ; plus nombreux, ils sont promenés dans une charrette tirée par l'âne, précédée par un masque qui, au bout d'une perche, présente des cornes que les femmes doivent baiser. 

Après le vol de la Joconde au mois d'août 1911  âne en cartonnage coiffé de la tiare de Saïtapharnès et portant le cadre vide de la Joconde, tirant le char des Gardiens du Louvre, char du Carnaval de Nice 1912, qui défile aussi ensuite à la Mi-Carême à Paris 1912. Domaine public Auteur anonyme

* 25. À Pezens les hommes mariés se liguent avec les jeunes pour faire monter à l'envers le dernier des nouveaux mariés, nanti d'une perche à cornes. Il s'agissait encore de prévenir contre la malignité du “ sexe dit faible ”, de la créature tentatrice... 
Les couples réfractaires à ces vexations faisaient l'objet d'un charivari, un tapage souvent nocturne pouvant durer jusqu'à contrepartie, à savoir l'acceptation de la vexation sur l'âne sinon un coup à boire en faveur des prétendus gardiens de l'ordre social... 
Ces veilleurs de la morale arbitraire n'hésitaient pas à rendre publique l'inconduite des filles et des femmes. 

*26. À Castelnaudary, la course de l'âne punissait les “ coupables ” d'adultères.  

romarin de la garrigue 13 mars 2025

*27. Les fêtes de carnaval  faisaient la part belle aux jeunes gens que l'attrait du sexe opposé, la testostérone rendaient despotiques et misogynes. Ils reprenaient pour leur compte les symboles de renouveau sinon de fécondité. Moins rêche, moins brutale, cette symbolique adoucie car plus juste à l'égard des femmes potentiellement mères, sera reprise plus concrètement encore lors des fêtes de mai. 
Veille du dimanche gras, les jeunes de Fabrègues, de Sain-Guilhem-le-Désert mettaient un bouquet (romarin, chou et farigoule)à la fenêtre des filles de vingt ans qui à leur tour, les invitaient le dimanche suivant. Ce cadeau du bouquet bien que de seul romarin, stimulant énergétique, existait ailleurs dans l'Hérault. 

Oreillettes de Laeti ma nabeude ! 

Oreillettes 2025 de ma sœurette ! 

*28. Pour carnaval, on se régale avec de pleines corbeilles d'oreillettes, pas de beignets comme partout ailleurs en France même si la pâte avec de la levure donne des oreillettes plus moelleuses, entre les craquantes et les beignets tels les bugnes du Lyonnais.  

*29. dans l'Ariège (Bélesta, Montségur, Dun), les jeunes filles devaient suspendre des fils obtenus au rouet autour de chaque arbre du verger afin de le rendre productif. À Lavelanet et Bélesta, le jour des Cendres, cela portait malheur de cuire le pain, de tremper le linge de la lessive. 

*29. pour carnaval et plus encore durant le carême on ne se mariait pas. (en raison d'un menu maigre pour les invités ?) 

*30. Carnaval juge et se débarrasse de l'hiver en maintenant l'élan viril, son rituel se complète avec les fêtes de mai plus valorisantes pour les femmes. 

Vrac de notes complémentaires (source principale « La France Pittoresque »).   

*31. Une brutalité pouvant aller jusqu'à donner du bâton, fût-il rembourré de paille,  sur l'assistance ou les passants ! 

*32. Carnaval, les masques, ont-ils un lien avec Janus le dieu aux deux visages ? 

*33. Exprimer la fête de carnaval par le biais des animaux : processions de l'âne, du bœuf gras avant son sacrifice, du renard... 

*34. Le renard est promené précédé par la volaille, habillé en ecclésiastique, un rapprochement des plus clairs quand mu par l'instinct, l'animal n'attend pas la fin de la procession lorsqu'il se jette sur les poules, en en tuant plus que besoin ! 

*35. Alors, quelle signification pour “ carnaval ” ? Enlever la viande pour le carême et aussi pour dire qu'on va manger le bœuf gras ? 

*36. Aux endroits où ils cuisaient des crêpes (pour rester en Occitanie, peut-être vers le nord de l'Ardèche), celle, celui qui la faisait tomber était contraint de la manger sans sucre. 

*37. Après les tristes années de la fin du règne de Louis XV mettant fin aux liesses du peuple, le carnaval reprend pour trois semaines sous Louis XVI. Par la suite, dès 1789, la Révolution interdit les masques en public ainsi que les bals masqués.   

samedi 15 mars 2025

FLEURY-d'AUDE, ramonétage, château et « tchi tchi » (fin)

Pas plus la “ Catarineta bella tchitchi ” de Tino Rossi que la blague terrible, dépassant le carnavalesque, du “ tchichi ” éculé ne faisant rire bêtement que la première fois, notre « tchi tchi tchi » parfois « tchi tchi » seulement, vient du ciel et s'ajoute pour la même raison, aux invitations sonores des passereaux. Tous, sédentaires et migrateurs, lancent au ciel l'espoir des jours meilleurs... Aux Pérignanais de cœur sinon de souche (minoritaires et de moins en moins nombreux) de constater que le retour de l'hirondelle ne viendra qu'après celui du faucon crécerellette, l'oiseau réintroduit dans la Clape autour des bergeries ruinées et qui se plaît dans le village, s'il reste des trous dans les murs ou des bords de toits de tuile canal ouverts, à partager avec le muralhèr (le moineau) et le faucilh, le martinet qui n'arrivera que plus tard. 

Madame se demande si monsieur se sent concerné... 

Désolé, je n'ai pas le matos, seulement les yeux, encore, à peu près... 


Ainsi, dans ma rue, pas encore à voler en Saint-Esprit mais presque, un de ces petits faucons reconnaissable à son « tchi tchi », du genre femelle, d'un habit camouflage plus sobre que celui du mâle, bleu-gris, un brin zinzolin (c'est exagéré mais les deux « Z » me plaisent trop) rappelant certain pigeon, a tenu à me faire savoir qu'ils étaient revenus. 

La fonction créant l'organe bien que plus lourde de 20 grammes que le mâle, la femelle n'en pèse que 160. 

Pour la France, l'oiseau rare est seulement présent en Occitanie au sens large, longtemps dans la Crau mais aussi davantage dans l'Hérault et un peu dans l'Aude, depuis la Clape, dans la plaine et ses villages environnants. Réintroduite entre 1982 et 1992, l'espèce en diminution compte 81 couples chez nous. 

Début mars (au tout début du mois nous précise A.-M., témoin privilégié pour habiter avec eux au château !) le mâle crécerellette qui trouve une cavité ou s'approprie un nichoir, surveille et vole vers la femelle qui passe, espérant que le logis lui plaira et que la suite, ponte, couvaison de 28 jours tour à tour, élevage de la descendance, ne leur sera pas défavorable. 

Preda_Falco_Grillaio en Basilicate (Italie du Sud) 2022 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Roberto Strafella

Gentils ? du moins aimables sinon dans la norme, sur une Terre régie par la formule “ manger ou être mangé ”. Au menu du petit faucon, surtout des insectes, un tout petit pourcentage peut-être aussi de colombrines (ne francise-t-on pas ainsi le nom du lézard de muraille ?). De l'installation à la ponte, étonnante pour qu'elle puisse paraître vu que nous la connaissons en tant que nuisible souterrain du potager, la chasse aux courtilières prédomine, suivie par celles des coléoptères et des scolopendres. La saison avançant, lors de l'élevage des petits, l'apport en criquets et sauterelles prédominera.  

Si la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) nous en parle en détail, c'est dommage que la révision du site les ai conduits à supprimer l'observation quotidienne si intéressante, notamment, lors des migrations ou pour prendre conscience de la pression négative sur le monde auquel pourtant nous appartenons...   

Et M., homme de la nature et du jardin, grand chasseur devant l'éternel, de me conter ses traques à la courtilière : d'abord celle au pied du pin surprise au ras de son trou... un coup de fourche pour retourner la terre suivi d'une course poursuite tranchante... enfin, celle du potager, là où sont les tomates, l'inonder faute de pouvoir chambouler le terrier puis lui abréger la vie après qu'elle soit sortie... Mais il y a longtemps que la taupe-grillon ne l'a plus embêtée... Pour la photo : under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Germany license.

       

mardi 11 mars 2025

CARNAVAL, merci la revue FOLKLORE (2ème partie)

Aude ! à associer sans complexe à la Belle Aude ! Des stations de ski aux plages du Golfe du Lion, presque tout le long du fleuve donnant l'identité administrative, un cours d'eau des plus travailleurs, “ petit frère du Rhône ” pour son delta, pour le Cers, vent de couloir, catabatique, pouvant se comparer au Mistral et, entre parenthèses, des plus vieux noms de vent de France depuis les Romains (aux présentateurs météo verbeux qui voient partout des tramontanes d'en prendre de la graine !), un département plus que trait d'union entre Massif Central et Pyrénées, entre Espagne et Italie sinon le reste du pays et au-delà l'Europe, entre Méditerranée et Atlantique, un département qui n'est pas en reste dans le domaine civilisationnel (est-ce pour cette raison que la radio d'État, présente dans l'Hérault et les P.O. nous snobe ? Est-ce pour cette raison que les descendants des barons du nord ne savent pas qu'entre Sud-Est et Sud-Ouest existe un Sud ? [dernièrement lors d'un jeu télé, un viticulteur des Corbières a tenu à affirmer ce distinguo, ce qui ne fut pas sans me plaire !]). Originalité culturelle sinon rareté, sur un demi-siècle, grâce à de passionnés érudits cette publication de la revue Folklore qui, grâce à René Nelli, nous en apprend tant sur les fêtes carnavalesques chez nous ; ci-dessous, la suite des infos et éclairages sur carnaval après les neuf relevés du précédent article :   

*10. Des quêtes alimentaires par des jeunes gens ou des enfants qui recevaient du lard, des œufs, de la charcuterie. (Est-ce en lien avec la tradition des « Vingt sous dins la padeno » ? Poser la question c'est déjà y répondre, me semble-t-il). 

Carnaval_Strasbourg 2014 under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license. Photographe Sandra Gruneisen

*11. Les masques faisant peur aux enfants et aux filles peuvent aussi marquer la présence des morts parmi les vivants. Afin de mieux s'opposer au carnaval, l'Église, abondant dans le sens de la superstition des deux garçons masqués qui seraient trois, le troisième ne pouvant être qu'un mort ou le diable, s'est de tous temps évertuée à freiner le goût des mascarades (1).  

*12. En 1950 déjà, les coutumes et pratiques de carnaval sont en régression, le carnaval de Limoux représentant une exception à la règle : c'est l'époque où les meuniers allaient payer les impôts au monastère de Prouilles qui possédait tous les moulins, les charretiers assuraient, eux, le transport des grains et de la farine. 

Membre_de_la_banda__Les_Arcadiens__al_Carnaval_de_Limós_dins_Auda_(França) 2006 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Autora Guilhelma
Occitan : 
Precedissent la musica, las bandas sortisson a l’ocasion de la jornada que lor es reservada, e van aital d’un cafè cap a l’autre (Aurora Guilhelma).

Limoux_Carnivale_2024 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Author Rebecca W


*13. Au début du XIXème le carnaval restait marqué par l'écart entre classes sociales, à Limoux, les fils de bonnes familles en meuniers blancs sur des chevaux noirs offraient des dragées aux dames tandis que, plus peuple et à pied, d'autres masques, à l'aide de soufflets,  projetaient de la farine sur les visages. Les Fecos sont toujours les meuniers souvent en Pierrots, Arlequins, Colombines, les Goudils, vêtus de hardes ou de la blouse bleue des charretiers, représentent les plus humbles. 

*14. Exécuter Carnaval, c'est aussi refouler “ la Vieille ”, l'ultime attaque du froid fin mars début avril. 

*15. Carnaval porte parfois un nom lié à l'actualité par exemple Landru à Bassan (Hérault). 

*16. Entre 1780 et 1789 à Carcassonne, Carnaval se nomme “ Cravatat ”, il sera brûlé avec sa femme. Suivant les lieux, Carnaval peut être fusillé, pendu, noyé. 

*17. Si de nos jours il s'agit de confettis ou d'eau parfumée, le mercredi du nom, on jetait des cendres et de la farine sur les filles (à Pignan, Saint-Thibéry, Limoux).  

(1) parmi les fêtes liées à carnaval, celle de la procession du renard. Affublé de la mitre et du surplis d'évêque, le renard est promené en ecclésiastique à portée de poules que par instinct il trucidera avant la fin de la cérémonie... Sûr que cet anthropomorphisme pour critiquer le clergé ne devait pas plaire à l'autorité religieuse ! 

dimanche 16 février 2025

Joseph Delteil, des racines audoises...

Ce n'est pas dans mes gênes d'être “ hors saison ”. Ce ne sera donc qu'un exercice technique lié à l'obligation, en vue d'une possible publication, de ne pouvoir reprendre le contenu d'une émission radio avec les propos de Joseph Delteil (1894-1978), auteur aux écrits protégés au profit d'ayant droits. Il faudrait aussi la permission de la radio... soit autant de difficultés ignorées lors de la publication initiale.   

LES LUMIÈRES DE NOËL

reprise de l'article du 22 décembre 2015.

« Les nuits de France-Culture... jusqu’à 6 heures du matin... »
Pensons aux noctambules, aux insomniaques, à ceux qui se sentent abandonnés ou ne sont pas, sinon, plus accompagnés. Moins seuls, retrouvent-ils un peu de cette chaleur humaine avec ces discussions, comme au coin du feu, dans l’intimité qu’une émission de  radio peut offrir ?
Dans ce monde que nous accélérons à l’excès, tout défile et nous fait passer trop vite à autre chose, serait-ce à une autre émotion. Pour ceux qui ménagent des pauses et ont la sagesse de faire halte pour retenir ce que la méditation a de fugace et d’évanescent, l’essentiel de ces sept petites, toutes petites minutes avec Joseph Delteil... 

Petit pays d'un petit pays, non loin de Carcassonne (1), le Val-de-Dagne (2) se niche à l'est des Corbières Nord-occidentales (voir les articles sur les Corbières) qui s'abaissent comme pour enfin laisser passer le fleuve Aude vers son destin, la mer. Ce val correspond au cours du Sou, un affluent de l'Orbieu au bassin fermé au Sud et à l'Ouest par les hauteurs justement, des Corbières. 


Villar_en_Val 2019 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Jcb-caz-11

Joseph Delteil est né en amont de cette petite vallée, commune de Villar-en-Val, à la ferme de Pradeille, au lieu-dit Borie de Guillaman (ou Guillamau) ; son père bouscassier tira du charbon de bois de quoi acheter une petite vigne à Pieusse, de l'autre côté des six-cents mètres qui empêchent l'Aude, dans le terroir de la blanquette de Limoux, finalement à deux pas seulement, à moins de vingt kilomètres à vol d'oiseau de Villar. Delteil n'a que quatre ans. Revendiquant son “ patois ” au titre de langue maternelle, il dira de ce changement « où le paysage s’élargit, où l’on passe de la forêt au soleil, de l’occitan au français. ». 

Alors, cette émission, qui malgré l'amandier en fleur, les premières asperges sauvages et enfin ce soleil que le dérèglement climatique nous plaint désormais, ramène à la magie de Noël (l'article date du 22 décembre 2015). 1970 : Delteil raconte à Frédéric Jacques Temple (1921-2020) ses Noëls à Pieusse. 


Joseph_Delteil 1925 (Agence_Rol) Domaine public Photographe inconnu.

D'emblée, il déclare que la fête, s'inscrivant dans la suite des jours de labeur, n'a rien d'exclusif, banale presque, à moins de savoir retrouver ce qui par le passé en faisait une date à part. 
En dehors de la messe de minuit et du petit réveillon, ce qui la marquait était avant tout la bûche soigneusement choisie par le père afin qu'elle brûlât huit jours dans l'âtre, du 25 décembre au premier janvier. Delteil possède pourtant cette magie de Noël parce qu'il s'est approprié les Noëls racontés par les parents. En Ariège, du côté de Montségur, ils n'étaient qu'une lanterne parmi toutes celles qui descendaient à la messe (3). Pour lui, à travers « papa et maman », c'est comme s'il l'avait vu ce tableau nocturne, en personne.  

Étonnant, émouvant aussi ce point de vue d'écrivain, tendant, en tant que transmetteur, à faire sien un passé familial, de lignée, un fil rouge transgénérationnel à faire passer, décrit comme vécu.     

Laissant entendre que la religion formait le liant d'une magie de Noël rattachée à des rites ancestraux, Delteil précise que le père se devait de faire la prière avant le réveillon. Il poursuit avec le modeste menu qu'il tient à perpétuer comme témoin d'une continuité, de père en père sinon de plus loin encore, comme pour contester le temps imparti à chaque individu. 


Baccalà_e_pomodoro 2011 under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. Author Italy Chronicles Photos
En entrée la salade de betteraves rouges, suivie par la morue à la tomate (4) puis le toupinat (5) de haricots à l'huile. 
Ils ne pliaient pas la table, des fois que le petit Jésus passerait par là... 

Notes : entretien avec Frédéric Jacques Temple (1921-2020), écrivain, poète, né à Montpellier.
Rappel : Joseph Delteil est un écrivain et poète français né le 20 avril 1894 à Villar-en-Val dans l'Aude et mort le 16 avril 1978 à Grabels dans l'Hérault.

(1) on apprend ce matin (16 février 2025) que demande a été faite afin que les forteresses de Carcassonne soient classées au patrimoine mondial de l'Unesco. L'info prête pour le moins à confusion, la Cité de Carcassonne, visitée chaque année par des millions de personnes figurant dans ce classement depuis 1997. Après avoir donné suite, il s'agit des châteaux “ de la frontière ” (d'Aragon), appelés familièrement “ les fils de Carcassonne ” (Termes, Aguilar, Quéribus, Peyrepertuse, Puilaurens (voir à ce propos, le commentaire calamiteux de l'émission « Des Racines et... » amalgamant avec Puilaurens du Tarn qui plus est avec cet accent pointu ajoutant le prénom “ -laurent ” à la confusion... Quand je le dis qu'avec les barons du Nord, rien n'est enterré...). 

Aux forteresses des Corbières il faut ajouter Lastours (nord de Carcassonne) et Montségur dans l'Ariège... Puivert, à mon sens, aurait pu figurer dans la liste...  

(2) La majorité des villages (Pradelles, Fajac, Arquette, Serviès, Rieux, Villar, Labastide, Caunettes) porte le suffixe-en-Val. En 2019 les communes de Montlaur et de Pradelles se sont regroupées sous l'appellation « Val-de-Dagne »

(3) comme décrit par Daudet dans « Les Trois Messes Basses ». 

(4) de ce tomata en bocaux, stérilisé l'été pour durer l'année. 

(5) le toupin, en languedocien, le pot en grès ou en terre mijotant souvent de longues heures, à la limite du cercle de chaleur autour du feu / le mot est aussi employé en Suisse. 

lundi 11 novembre 2024

11 NOVEMBRE

 Merci Bob d'avoir anticipé le 11 novembre avec ton évocation des Éparges de Maurice Genevoix...

Fleury 1990 Diapositive François Dedieu... papa mettait le costume, allait à la cérémonie suivie de l'apéritif convivial... Aujourd'hui aussi, beaucoup de monde... 


« J'ai donc ouvert « CEUX DE 14 » qui comprend cinq volumes « SOUS VERDUN » (25 août 1914- 9 octobre 1914), préfacé par Ernest Lavisse alors directeur de l'École Normale Supérieure dont Genevoix était élève [...] La deuxième édition de 1925 rétablit les passages censurés en 1916 (1). Genevoix était lieutenant et fut grièvement blessé en 1915. Il a ajouté son récit qui s'appuie sur des notes quotidiennes « La mort de près » ainsi que deux romans « Jeanne Robelin » et « La Joie ». Il avait décidé de rendre hommage à tous ceux qui étaient tombés à ses côtés : aux noms donnés dans le récit correspondent les noms authentiques, soulignés. »

Caboujolette (Pages de vie à Fleury II), 2008, François Dedieu.

(1) Genevoix mentionnait au moins trois paniques dont la plus terrible à la tranchée de Calonne, le 24 septembre 1914.

Un écho languedocien tiré de tout un carnet que nous devons au dessinateur carcassonnais Pierre Dantoine (1884-1955) et en occitan siouplèt ! Pas encore sur Wikipedia... j'en reste choqué ! 


vendredi 16 août 2024

INDIEN des vieilles LUNES, le voyage en TCHÉCO (15).

Barge / Florian.

Mercredi 14 août 2024. 3h 30. C'est ce matin. Tout en bas, à Mayotte, ils sont dans la barge, c'est aujourd'hui l'envol, leurs trois cœurs qui changent de pays. La fille qui l'accompagne, qui aujourd'hui accompagne leur fils jusqu'à l'avion puisqu'il s'envole étudier à la Réunion ; Florian, pas encore dix-huit ans, quitte le nid... nouvelle vie, un studio... pourvu qu'il ne fasse pas de mauvaise rencontre... et lui, tout en haut, au bout de l'Aude, à faire réviser ses organes moteurs, à faire profiter sa vieille maman (du 4 décembre 1924) de la maison paternelle, si pleine toujours, de son homme jusqu'au bout aujourd'hui disparu (grand-père et père né le 31 juillet 1922). D'habitude, le mal de dos le réveille mais pas si tôt ; cette fois, c'était dans l'épaule, nerf coincé ou rhumatisme remontant dans la nuque ; idée du paracétamol, sauf que c'est parti comme c'est venu, non, il ne faut rien en déduire, faut pas analyser, c'est comme ça, pas un signe de quoi que ce soit, peut-être simplement psychosomatique, le physique et le mental indissociables.

« …Mon enfant, mon petit
Bonne route... Bonne route
Sur le chemin de la vie
Nos deux cœurs vont changer de pays. » Reggiani. 

Non, Serge, juste un nouvel équilibre à trouver, la tristesse certes y voit une déchirure, pourtant faut pas laisser le cœur s'emballer dans cette impasse, faut le poser, le calmer, le raisonner, tant que la vie le porte, lui et ceux qui lui importent, tout continue à condition de ne pas se laisser embarquer sur le mauvais chemin, morose, stérile... Surtout qu’il faut penser d’abord penser à celui parti se coltiner aux aléas de la vie, pour lui qu’il faut se faire du souci. Dix-sept ans seulement, du jour au lendemain, une première fois brutale, seul dans un studio, à meubler. Au moins qu’il ne lui arrive rien, qu’il reste en vie... la sienne est aussi la leur... Les enfants quittent le nid un jour, à chacun son itinéraire, mais le voyage commun doit se partager jusqu’à l’échéance ultime… La vie n’est qu’une plaisanterie se finissant toujours mal mais qui s’accepte tant que la logique de la vieillesse prévaut, tant que les vieux partent les premiers… 

Dassault_Rafale_C_‘122_4-GA’ 2017 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Author Alan Wilson

Mercredi 14 août 2024, dans un jeu télévisé suivi, la candidate a gagné 20.000 € pour n’avoir pas oublié les paroles de Reggiani sans qu’il y ait quoi que ce soit à déduire, c’est comme ça… Mercredi 14 août 2024, deux Rafale se percutent au-dessus de Colombey-les-Belles causant la mort d'un capitaine-instructeur et de son lieutenant-élève (l'autre pilote est retrouvé sain grâce au siège éjectable. 

Flo envoie des photos de l'aéroport. Départ prévu à 9h 20 (8h 20 au bord de la Méditerranée, 10h 20 à la Réunion).

Alors, cette remontée du Rhin fera-t-elle diversion ?

C’était un 20 juin, une étape entre Colombey-les-Belles et Francfort, par le Luxembourg, la Moselle et le Rhin. 

la Tour des souris du château Ehrenfels 2008 Domaine public Author Brühl

Un méchant archevêque aux greniers débordant de blé, refuse toute aide aux affamés... Alors que, les entendant mourir, il moque leurs gémissements de souris, des rats surgissent de partout et poursuivent le prélat jusque dans la tour de l'île où il sera dévoré vivant. Une légende qu'on pourrait rapprocher de celle du joueur de flûte de Hameln, encore à propos d'une invasion de rats. Les légendes ne procèdent pas d'un claquement de doigts, même plus ou moins transposé, le réel en est toujours à l'origine, au point de logiquement en déduire que les populations ne pouvaient rien contre la prolifération des rongeurs, les famines, les pandémies de peste, la prédation soldatesque. Quant à l'archevêque, il se retrouve archétype du favorisé exploiteur. La légende le punit ; en guise d’exutoire aux vaines rancœurs du peuple, elle venge les gueux, aussi virtuellement qu’une promesse de paradis… 

Sur cet îlot dépendant plutôt du château Ehrenfels, sur l'autre rive, bien que Bingen en soit propriétaire, la tour et un bâtiment des douanes prélevaient un péage, ne serait-ce que sur les marchandises. 
Sur l'autre rive, la droite, sur la hauteur de Rüdesheim-am-Rhein, le monument, le Niederwalddenkmal (38 m. de hauteur, 75 tonnes), à la gloire de l'unité allemande sous Guillaume Ier empereur... exceptionnel de la conception, à sa réalisation (1877), en passant par la souscription, le monument dominé par Germania (12,5 m.), la statue symbolise la dignité d'une nation qui, suite à sa victoire sur la France, retrouve à jamais “ le Père Rhin et sa fille Moselle ”... Décédé vingt ans auparavant, Heinrich Heine aurait-il célébré une Germania aussi blonde que la Lorelei ?

Frankfurt_Airport_Lufthansa_Boeing_747-430_D-ABVZ_(DSC09573)2023 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author MarcelX42

Ils dépassent Mainz, capitale du land Rhénanie-Palatinat (presque en face de Wiesbaden, capitale du land de Hesse).  
145.572 km., 19h 10, Florian a guidé sur cette route 43 à Raunheim, à gauche de leur itinéraire. C’est qu’il veut “ spoter ”, comme disent ces amateurs jamais lassés des aéroplanes (1), à savoir multiplier les vues et vidéos suivant le type d’avion, les compagnies et il y en a toujours un qui doit se pointer, qui vient de loin, un gros qu’il ne faut pas rater, surtout aux abords d'un des aéroports les plus fréquentés d'Europe, celui de Francfort. Le coin n’est pas choisi au hasard, par vent d’est, c’est ici que les appareils à basse altitude survolent en vue de l’atterrissage, sur deux trajectoires parallèles ; en bordure de Raunheim, la ville bordière, un énième giratoire permet de stationner là où une sortie “ de service ” peu passante donne aussitôt sur une forêt (2) où seuls quelques promeneurs ou cyclistes vont prendre l’air.

Le temps ne pressant en rien, ils ne repartent que deux heures plus tard (21h), après avoir soupé. (à suivre)

(1) Mayotte a longtemps dit « aeroplani ». 

(2) Une forêt allant jusqu’aux pistes de l’aéroport ; dans son sein, un lac qui semble ouvert aux loisirs, simplement nommé « Waldsee », le lac de la forêt (source Google Earth).