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vendredi 26 décembre 2025

Au village, l'église Saint-Martin...

 En tant que ressource plus qu'appréciable concernant l'Histoire de notre village, Fleury-d'Aude, Josette nous rafraîchit la mémoire avec des photos de l'ancien maître-autel. Avec tous mes remerciements, ainsi qu'aux Chroniques Pérignanaises ( « De Pérignan à Fleury », 2009) pour le chapitre et photos sur l'église, les cloches. De mon vécu désormais bien chargé, ici même, le ressenti et les sentiments qui en résultent.  

Photo parue dans « De Pérignan à Fleury », 2009, Les Chroniques Pérignanaises. 

Le chapiteau de l'ancien tabernacle gisant devant la chapelle de Liesse. Et le reste, qu'en ont-ils fait ? Et les statues, derrière, de Jeanne-d'Arc et de l'ange Gabriel, si je ne me trompe pas ? 

C'était magnifique ! Je comprends pourquoi, enfants surtout, nous étions si impressionnés. Je parlais d'une niche à Liesse, c'était donc celle du tabernacle, sauf erreur du mécréant que je suis, gisant là-bas, à la merci des premiers vandales venus. Aujourd'hui, la nef paraît nue, dépouillée... ils ont voulu revenir au cadre originel de la foi : pauvreté, humilité, simplicité. Ça se discute... 

Autant revenir officier dans une grotte de La Clape... 


Personnellement, je regrette ce non-sens historique... Depuis que la richesse a été bannie, ce n'est pas pour autant qu'un mouvement vers une foi profonde a pris corps... Et à quel prix ! Passer du dépouillement à la richesse rajoute, l'inverse gomme, efface, fait disparaître à jamais. Enlever la balustrade, la chaire, des statues, les autels des chapelles adjacentes, ôter les tenues ostentatoires, ne génère pas davantage de conviction dans la religion. Et le prêtre, le bon pasteur, qu'on entend certes mais qu'on ne voit plus en haut de la chaire pour des sermons parfois saillants, bien plus directs... Rangée dans les souvenirs, éventuellement les écrits, la théâtralité des curés de Cucugnan, de Sorgeat, de Melotte (1), la poésie en langue d'oc de l'abbé Salvat... le comique carotte de Jacques Legras, curé du film « Le Petit Baigneur » (1968). 
À ce compte, pourquoi ne pas mettre à bas tout ce qui constitue le faste baroque, quitte à faire l'impasse sur ce que fut l'Histoire religieuse, la contre-réforme ?! Dans le même ordre d'idée, ce n'est pas pour autant qu'en raison de la dure exploitation féodale des paysans qu'on va démolir les monastères et couvents, les places fortes des Templiers du Larzac, pour ne pas partir loin de chez nous, moines-soldats faisant durement trimer les paysans ; ce n'est pas pour autant qu'il faut donner la parole à cet autre moine à la télé, dominicain à la tenue et au chaperon sur les épaules impeccables, ces gens-là, de l'Inquisition implacable, faut les rejeter, les proscrire tout comme on vomit les écrivains maudits...     

Peut-être va-t-on penser que j'accorde trop de place au culte or, de ma part, c'est tout sauf une foi de charbonnier coincé dans un cul-de-sac sans alternative, dans la seule obligation de croire. Enfant, avec l'école la semaine, le dimanche l'église le matin, le cinéma l'après-midi (après qu'on eût cessé de s'imposer les vêpres), c'est la sociabilité qui prenait forme. À la messe, si la vue de Saint Martin éclairé de soleil partageant son manteau m'illuminait, c'était plus retrouver les copains, pouffer de rire avec, étouffés mais qui faisaient retourner et gronder la vigilance de la gouvernante et bonne du curé et peut-être l'officiant lui-même, depuis la chaire, en majesté et chasuble brodée d'or. (à suivre) 

(1) au « sermon difficile » relevé par l'instituteur et fils d'instituteur Louis Pergaud, à l'anticléricalisme plus que théorique malgré ce que lui, son père et familles eurent à payer de ne pas pratiquer... (afin de mieux recontextualiser, j'ai tapé « sermon » dans la recherche d'articles).  



jeudi 25 décembre 2025

ANTOINE, conte de NOËL (4)

« Antoine, conte de Noël 

4. La vengeance d'Antoine.  

Pendant que le bedeau, de son petit cône métallique fixé au bout d'un long roseau, éteint une à une les bougies, puis tourne le commutateur des lustres, c'est une véritable procession devant ce qui nous rappelle l'étable de Bethléem. Nous n'avançons que tout doucement. Tiens, nous sommes les derniers, Antoine et moi. Enfin, nous voici presque seuls dans la petite clarté pourpre. Dans le coin, derrière nous, brûlent quelques cierges sur une bizarre table de fer garnie de pointes sur lesquelles ils sont piqués, au milieu des blanches coulées de cire. La musique de la boîte retentit moins souvent. Dehors tombe une pluie fine. Les gens s'empressent de rentrer chez eux. Beaucoup sont invités chez des parents pour partager un bon repas de fête où la dinde traditionnelle, les bons vins de Fleury et les pâtisseries familiales auront bien sûr une place de choix. 

C'est dans cette chapelle que se tenait la crèche de Noël... 


Et soudain c'est le drame. Le sacristain en a fini avec son éteignoir. A peine l'a-t-il rangé près du gros pilier qu'Antoine s'est emparé du long roseau brillant et qu'il s'avance, méchant, vers la crèche. Je n'ai presque rien vu, mais j'ai bien entendu :

« Ah ! c'est comme ça que tu te conduis ! Tu n'es pas capable de savoir que je mérite davantage qu'une paire de chaussettes ! Eh bien, tiens ! Tu l'auras voulu ! »

Deux bons coups de roseau, et le petit bras rose a été cassé au-dessus du coude. Deux femmes veulent rattraper Antoine, qui s'enfuit à toutes jambes.

« Quelle famille ! Ne demandez pas qui c'est… » dit l'une d'elles.

Maman m'a pris par la main. Nous sommes vite sortis.

J'ai oublié le reste de la journée. Mais depuis j'ai souvent pensé à la révolte d'Antoine. Il y a quelques années, je l'ai revu à Narbonne. Il venait du village natal de Charles Cros, où il travaille. Il avait servi de chauffeur à sa patronne qui profitait du jeudi, jour de marché, pour faire ses courses. Nous avons bavardé un moment, près du café Montmorency : ce qu'il devenait, ce que je faisais de mon côté.

J'ai pensé tout le temps à la crèche de nos sept ans, mais je n'ai pas osé lui rappeler, ayant depuis longtemps compris ce gros drame de son enfance et lui ayant depuis longtemps tout pardonné.

Alors, si vous passez, pendant les vacances de Noël, dans mon cher village, et si vous avez l'idée d'aller vous recueillir un court instant devant la crèche, beaucoup moins belle, il est vrai, que dans le temps, en face du portail d'entrée, vous remarquerez sans doute que l'enfant Dieu a eu le bras cassé au-dessus du coude droit. La colle y est encore visible en un léger bourrelet circulaire. A ce moment-là, si quelque touriste de passage, à côté de vous, remarque d'une façon critique : « Ils auraient pu le changer, depuis le temps qu'il doit être là ! », vous sourirez intérieurement : maintenant vous connaissez son petit secret. » (à suivre) (1)

François Dedieu, Caboujolette, 2008. 

(1) pour des raisons de sécurité, le vandalisme n'ayant plus de limites, je ne sais pas quel Jésus figure actuellement dans la crèche de l'église, presque toujours fermée en dehors des offices. O tempora, o mores... 

ANTOINE, conte de NOËL (3)

 « Antoine, conte de Noël. 

(3. L'amertume d'Antoine ). 

Bref, pour son Noël, Antoine a reçu en tout et pour tout… une paire de chaussettes et quelques bonbons. Ah ! il est déçu, oui, bien déçu ! Et dire qu'en face de lui, sur la « Placette », habite un petit garçon qui est un vrai diable. Mais laissons Antoine à ses pensées :

« “Le père Noël ne t'apportera rien !” disait la mère au petit diable, à longueur de journée. Encore une attardée, sa maman ! Comme si elle ignorait que ce n'est pas le père Noël. Nous, les Rumel, nous sommes pauvres, nous sommes nombreux, mais nous savons les choses. Ce n'est pas tellement papa qui nous l'a appris, papa Cintho (encore un de ces noms…), mais maman. Maman s'appelle Fernande. Elle au moins a un prénom courant, comme Antoine. Elle est un peu gênée pour marcher, par exemple. Mais elle est vaillante, et elle nous instruit. C'est ainsi que moi, Antoine, je connais le grand secret. C'est le petit Jésus, lui qui voit tout, qui apporte les cadeaux. Eh bien ! là, pour une fois, il a mal vu, et c'est tombé sur moi. J'en ai une preuve : le garçon d'en face, celui qui ne devait rien recevoir, roulait ce matin dans une splendide auto à pédales de couleur bleue. Et moi, Antoine, moi qui ai été bien sage pendant près d'un mois, moi qui ai fait deux fois par jour des commissions pour maman : le pain, le lait, ce qu'il fallait à la maison… qu'est-ce que je reçois ? Une paire de chaussettes. C'est plus que de la myopie, ça crève les yeux. C'est une injustice flagrante. Et le coupable ? Jésus, l'enfant Jésus qui vient de naître la nuit dernière. »

Comment pourrais-je savoir tout ce qui bouillonne dans la petite tête de mon voisin. De toute façon, il est triste : je m'en suis aperçu. Les autres dimanches, à cette même place, il est plus souriant. Dans la cour de l'école aussi. Tiens ! pas plus tard qu'avant-hier, avant la grande sortie des vacances, nous nous étions poursuivis comme des fous. Ça c'était un jeu ! Et l'instituteur de service, monsieur Teisseire, qui n'avait pas compris que nous nous amusions ! Nous avons bien failli nous faire punir… 

Vue plus actuelle. En 1928 et encore à mon époque, un magnifique autel sculpté de marbre blanc (une des niches gisait devant l'entrée de Notre-Dame-de-Liesse) cachait ce qui est maintenant dégagé sous les grands vitraux.

« Ite, missa est. » vient de chanter l'abbé Vidal.

« Deo gratias » répond l'assistance.

Enfin ! Quelle joie ! Nous allons retrouver nos parents. Il n'y aura plus qu'à glisser une piécette dans la boîte à musique de la crèche, celle qui siège près du lumignon rouge, pour entendre « Il est né le divin enfant » ou bien « Les anges de nos campagnes ». Une dernière prière sur le prie-dieu, devant l'enfant Jésus qui a fait son apparition à minuit, puisque hier soir encore, sa place était marquée, mais vide. Maintenant il est là, apparu dans cette messe de minuit à laquelle, trop jeunes, nous ne pouvons encore assister, ravissant poupon aux belle couleurs, qui tend ses bras aux visiteurs. Elle est belle, la crèche, cette année-ci. Ces dames se sont surpassées ; les rochers de papier fort sont bien représentés. Saint-Joseph, et Marie, et Saint Jean-Baptiste couvert de sa peau de mouton constituent de très beaux sujets, presque aussi grands que nous. Le bœuf, l'âne gris, rien n'y manque, excepté les trois Rois Mages Gaspard, Melchior et Balthazar (encore de ces noms…) qui viendront le six janvier apporter l'or, l'encens et la myrrhe. » (à suivre)

François Dedieu, Caboujolette, 2008. 

mercredi 24 décembre 2025

ANTOINE, conte de NOËL (2)

 « Antoine, conte de Noël. 

(2. Cadeaux rêvés des petits garçons.) 

Je suis allé tous les soirs écouter « Nadalet ». Ce sont les cloches de notre vieille église qui sonnent à toute volée pendant dix bonnes minutes, le soir venu, chacun des dix jours qui précèdent la fête de la Nativité. Un silence, et le carillon reprend, annonçant aux braves gens la bonne nouvelle, le grand événement. Chaque jour, le nombre de reprises diminue. La dernière fois, c'était hier, juste avant la toilette de la cheminée. J'étais sorti de la cuisine et, accroupi derrière le portail de l'écurie, qui présente presque à hauteur de mes oreilles un trou triangulaire à la jonction de deux planches, j'écoutais, ravi, les vibrations du bronze. Seul, notre cheval Lamy, à l'autre bout de l'écurie, était témoin de mon escapade, et je l'entendais parfois renifler ou mâchonner son fourrage… 



Et cette messe qui n'en finit pas ! Il faut pourtant que j'aille voir chez tante et chez grand-mère si je n'ai pas encore quelque présent. Mais quoi ? Rien n'a transpiré des conversations. Et ce que je voudrais est beaucoup trop cher : depuis près d'un mois, tous les soirs, assis en tailleur à même le carrelage, je choisis chez les petits voisins, les trois fils du maçon, mon cadeau idéal. Ils reçoivent le catalogue en couleurs des Galeries Lafayette. C'est commode, et il comporte tous les détails ! Pourtant, mon beau train électrique ne sera pas encore pour moi. Ni le merveilleux « Meccano » aux mille pièces et aux sept cents modèles. J'aurai un jour le tout petit : numéro zéro. Pour tout vous dire, j'avais été gratifié l'année dernière d'un joli train… mécanique il est vrai, mais qu'importe. Il a bien roulé le premier jour. Le lendemain, fou de joie, j'ai invité un petit camarade : Nicomède. Drôle de nom, ne trouvez-vous pas ? C'est pourtant le sien. Je ne sais comment il a opéré. A-t-il trop monté le ressort ? Bref, ça a craqué dans le ventre de la petite locomotive. Mon train fut caché dans sa boîte rouge, avec son tender et ses trois wagons. Il n'a plus jamais roulé. S'il eût été électrique, cela ne serait pas arrivé… J'ai revu Nicomède, longtemps après, alors que je savais qu'une tragédie de Corneille portait aussi ce titre. Eh bien ! il s'en souvenait encore !!

Je voudrais bien parler à mon voisin, échanger juste quelques mots. Mais il y a la dame au tic nerveux. De temps à autre, elle fait taire un bavard ou une bavarde. Et puis Antoine a l'air triste. C'est lui, mon voisin. Avant d'entrer, sur le parvis de l'église, je lui ai demandé :

« Alors Antoine, tu as été gâté ? Qu'est-ce qu'il t'a apporté, le papa Noël ? »

Et j'ai bien vu que j'avais commis une gaffe. Antoine fait partie d'une famille très nombreuse : Louis et Pierrot, ses frères aînés, vendangent déjà depuis plusieurs années et savent « mener la rangée ». Je connais encore Mimi (Michèle ? Mireille ? Va savoir…), sa jeune sœur, mais il en a d'autres, et il en aura d'autres. La dernière devait même avoir pour parrain le Président de la République en personne… » (à suivre)

François Dedieu, Caboujolette, 2008.  

mardi 23 décembre 2025

ANTOINE, conte de NOËL (1)

 23 décembre, déjà ! Il est grand temps de revenir dans mon village natal pour une fête de Noël apaisée et sereine, loin du sombre réalisme de Maupassant... Trop crispant, susceptible d'occasionner un malaise, de plomber dans les cœurs l'accalmie, la méditation propres à la période, le sien de conte de Noël, restera en quarantaine, ne perdant rien pour attendre. Et pour ce qui est de la patience, bien placée pour ce qui est de la question, Mayotte ne m'en voudra pas... 
Plus intimement, je me dois d'essayer d'honorer une dette insondable envers un père que ma mauvaise conduite, quelles qu'aient été sa mansuétude et son pardon, a dû trop souvent désoler. Alors, c'est sa voix qui va me lire, me raconter son conte de Noël... (dans le cadre du blog, ce conte se présente en quatre parties : 

1. Le Noël 1928 de papa. 
2. Cadeaux rêvés des petits garçons. 
3. L'amertume d'Antoine. 
4. La vengeance d'Antoine.)       

« Antoine, conte de Noël. 

(1. Le Noël 1928 de papa.)

C'est bientôt la fin de la messe de Noël. Je vais avoir sept ans dans quelques mois, et suis avec les filles et les garçons de mon âge dans la deuxième chapelle à droite de la nef. Nous voilà une bonne douzaine, assis sur de simples bancs de bois, dans notre belle église Saint-Martin illuminée a giorno, comme pour toutes les grandes occasions. Derrière nous, un autel aujourd'hui inutilisé, mais fleuri tout de même par des mains pieuses. La dame qui nous garde, en réalité une jeune fille, a un tic nerveux. Je la regarde de temps à autre : elle étire soudain le cou et cligne de l'œil, sans s'en rendre compte. C'est curieux…

J'ai mon petit manteau garni d'un col de fourrure (ce doit être la mode) et nous sommes tous ainsi, vêtus, comme l'a écrit André Gide, à la façon de petits singes savants. Avant la messe, nous nous sommes dit ce que nous avions obtenu comme cadeaux de Noël. Pour ma part, j'ai reçu une bien curieuse boîte : une fois ouverte, elle représente, sur le devant, une barrière de lattes de bois peintes en vert. De chaque côté, deux beaux cerisiers portent des fruits magnifiques, si savoureux que deux petits drôles, assis sur une grosse branche, croquent ces cerises. Plus loin s'étend le potager offrant à notre admiration de belles laitues et quelques plants de tomates grimpant à des roseaux. Tout au fond, un mur bas avec une cible circulaire au bout d'un ressort d'acier bleui. Et à côté une inscription sur un panneau rectangulaire « Attention, il y a des pièges à loups ! » Ce jeu est un tir ; il est accompagné d'un joli pistolet à manche de bois et de deux flèches munies chacune d'une ventouse caoutchoutée. Si vous tirez sur la cible, un garde-champêtre en bicorne bleu et cocarde tricolore s'élance de derrière le mur… mais les deux garnements ont disparu de l'arbre. Seuls sont tombés quatre magnifiques fruits rouges : le corps du délit. 

La même cheminée en 1968, 40 ans plus tard. Mamé Ernestine a alors 72 ans.  

A peine si j'ai pu m'en amuser : il a fallu se laver, s'habiller, se chausser. L'oncle Pierre, il est vrai, m'a un peu aidé. C'est lui qui, hier soir, m'a fait nettoyer la plaque du feu ; d'abord balayer la cendre, puis passer un peu d'huile et frotter, faire briller, avant de ranger côte à côte les petits souliers dûment cirés et lustrés pour la circonstance. Je ne crois plus au père Noël, bien sûr : à la « grande école », depuis près d'un an, j'ai eu le temps d'apprendre ce qui se passait durant cette nuit mémorable. Mais sait-on jamais ? Si je m'en vante trop, je risque bien de briser la machine merveilleuse. Alors ?… » (à suivre)

François Dedieu, Caboujolette, 2008. 

mardi 25 novembre 2025

RETOUR à MAYOTTE, quitter son village (5)

Chance ? malchance ? fatalité, destin... 54 ans, acceptant, il y a un mois, de pouvoir mourir auprès des siens, ils l'ont enterrée voilà quelques jours... et le copain “ de derrière l'Horte ”, à se battre depuis dix ans, hospitalisé depuis un mois, continue-t-il à narguer, à rire au nez de la camarde ?

Pardon, pardon, promis c'est dit une fois pour toutes, ne pas oublier les morts et les souffrants mais rester dans le monde des vivants, et, à y être, à fond dans le carpe diem, à rester heureux afin de garder tous ses amis plutôt que d'évoquer ses nuages au point de les voir s'éclaircir jusqu'à vous laisser seul... C'est Ovide qui le dit, dans les pages roses du Petit Larousse, pas moi.

« Sem pas aqui per faire de rasonaments ! » c'est bien vrai ça !

Active JF, fas cagar ! la poubelle, les déchets bac jaune, les sonneries du téléphone, du radio-réveil, en cas de courant coupé, le nouveau, la chatte ayant explosé le vieux en le faisant tomber, d'autant plus que Chido a confirmé qu'un cyclone des plus intenses peut mettre Mayotte à bas. On ne peut s'y fier, ça sonne ou ça ne sonne pas, je veux bien en être la cause première, “ malajit ” que je suis mais pas que... 
Scotcher ce qui risque dans un carton, bourrer d'habits contre les chocs, boucler les valises en incluant qu'elles seront malmenées par des personnels en tous points exploités (le salaire ne devant pas correspondre aux charges de travail imposées... en ce domaine aussi, il y aurait à redire à propos des rouages sociétaux rouillés). 
Tout mettre dans le couloir, mettre aussi dans sa tête le chiffre cinq, la banane, le sac, l'ordi, les deux valises, les cinq choses ne devant pas rester en plan du début à la fin du voyage, de la maison à l'auto, de l'auto au train, du train à l'avion. 
Fermer les volets mais laisser ceux susceptibles de dissuader squatteurs ou voleurs.
La douche sans attendre le matin, ensuite plutôt s'installer habillé et chaussé dans le fauteuil, des fois que ça ne sonnerait pas ; nuit marquée de micros sommeils ; six heures du matin, si j'en ai arrêté un qui aurait peut-être sonné, l'autre est resté muet.
Ce n'est pas le moment de se rendormir, de se laisser bercer par la télé qui m'a tenu compagnie. Alors, tel un ressort, il le faut ; l'en-cas et la bouteille du voyage et enfin, avant de partir, les vannes d'eau, de gaz, l'électricité à couper, la clé à ne pas oublier... cette foutue clé, la dernière fois, oubliée trop vite on ne sait plus où quand la tension retombe, et qu'on cherche, huit jours après vu que des mots en parlent : jusqu'à la nouvelle migration, elle restera dans la veste chaude sans utilité sous un climat tropical. 

Béziers Pont Vieux et Cathédrale St-Nazaire 2007 Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported Auteur Sanchezn

6h 50 de l'heure d'hiver, mon fils Olivier est là ; pas de spleen à remonter vers Béziers, c'est à peine si je remarque la bande vermillon violacée du soleil levant sous un couvercle de ciel gris. En ville, des travaux, nous avons une marge, pas de stress superflu, la circulation est fluide. 

mardi 4 novembre 2025

« Le temps qui m'est donné... » René-Guy Cadou (1920-1951)

 « Le temps qui m'est donné, que l'amour le prolonge. » René-Guy Cadou (1920-1951).

Au sujet des réactions suite à mes propos du 2 novembre, jour de la fête des Trépassés, en demandant des circonstances atténuantes pour un sentiment qui s'est montré, au point d'en devenir difficilement pardonnable...

Pardon encore et merci pour vos réactions qui me touchent et me gênent aussi à cause de cette part intime qui doit ordinairement le rester... La vie, la mort... questions éternelles. Est-ce qu'une petite vie compte ou ne compte pas du tout à côté des 117 milliards autres qui se sont succédé ? Question aussi sur ce que le temps a ou aurait de vivant, de mort, rapport au passé, au présent, au futur... Peut-on penser que le village, lui, pour la communauté qu'il représente, marqué par un flux vital qui continue, l'est par addition des individualités ? Merci Guy, cher ami, d'apporter aux interrogations.

Avec vous, revient l'idée de renouveau (pour ne pas dire “ renaissance ”, mot politiquement galvaudé), de saison qui se meurt puis revient dans le cycle annuel... peut-être que de grands auteurs, sans plus rien ajouter sur leur longévité, dont Apollinaire (1880-1918), Hugo (1802-1885), y ont été sensibles... ou encore René-Guy Cadou (1920-1951). Pardon toujours, serait-ce sans le faire exprès, pour un perpétuel bavardage digressif toujours en parenthèses, en coïncidences choisies, mais comment ne pas être ému quand une jeune pousse, un petit Alex de sept ans, récite « Odeur des pluies de mon enfance...» et avec le ton s'il vous plaît, s'il le veut ! Poutou Alex, et un grand salut au professeur des écoles impliqué, toujours instituteur, toujours maître d'école.

Merci Alain, cher ami de la micheline pour Perpignan, bien sûr qu'il faut apprécier le positif tant qu'un nouveau matin nous réveille à la vie, à louer le Carpe Diem, les plaisirs aussi simples que modérés, la tranquillité d'esprit, l'absence de crainte irraisonnée...

Pensées reconnaissantes aussi à Josette si soucieuse des aïeux à Fleury, à Angelines aussi de la “ rue du porche ” bien que pour sa triste actualité, à Émilien de La Pagèze pour son signe discret et, plus voyante, la belle glycine dont on espère les nouvelles fleurs comme on anticipe le printemps, à Manandzafi de mes “ petites ” et “ petits ” de Mayotte comme de tous ceux qui m'ont responsabilisé, comme ceux de la communale de René-Guy...

vendredi 31 octobre 2025

Fleury, le mercredi 15 octobre 1997.

 « Bien cher Jean-François, 

Ta “ lettre-fleuve ” de huit pages partie le 7 octobre de Coconi nous est arrivée hier (elle a mis sept jours). Maman l'a lue et aussi Christine et Olivier qui nous a porté quelques kakis (il y en a peu cette année et ils sont petits sauf exceptions) ; arrivé en 2 CV, il s'est retrouvé en panne sèche en bas de la rue avant de se dépanner assez vite. Ils ont aimé aussi tes détails concernant le timbre « Visage de femme », ta rencontre avec le receveur puis avec Bouchata de Sada qui en a été le modèle. 

Nous sommes brusquement passés du plein été à la fraîcheur de l'automne, en attendant de pied ferme l'été de la Saint-Martin, « l'estivet de San Marti » qui en général ne manque pas à l'appel ; la température a bien baissé et le cers qui maintenant semble se calmer, était assez froid. Mon dernier bain date du 7 octobre, hier le 10, j'aurais pu aussi, je n'ai pas osé, j'aurais vraiment été le seul ! 

Pense au billet d'avion, on sait que pour la famille de Claude, à destination de Maurice, c'était déjà complet quatre mois avant. 

Je continue mes travaux de peinture : alabastine et deux couches. 

Originaire de Brno, la professeur de tchèque de Laeti leur a conseillé de s'informer et de lire sur Bohumil Hrabal, figure attachante de la littérature tchèque contemporaine, qui vient de mourir à Prague (né en 1914). Bon, il est vrai, porté sur la bière, ramené quelquefois chez lui sur une brouette par ses camarades, mais son œuvre est intéressante. Le Petit Larousse parle de sa liberté subversive (qui lui a valu la censure communiste), son écriture colorée et baroque. Sur ses œuvres, son interdiction de publication, sa célébrité, bien que plus ancien, le GDEL est plus complet.  

D'après  « Mluvite cesky ? » (parlez-vous tchèque ?), un livre de Laeti, Vaclav Havel ne se prononce pas “ Vaklav Avel ”. De même, ne pas dire “ Ko to jai ? ” pour “ Co to je ?” (“ Tso to yé ? » Qu'est-ce que c'est ? ”). Figurent aussi des questions et réponses simples, une initiation aux conjugaisons. 

Quand j'allais poster mon envoi des 3-6 octobre, j'ai lu devant la mairie l'avis de décès de Jean SEGURA (obsèques le 11 en l'église St-Paul-Serge de Narbonne) ; je t'ai sans doute annoncé le décès de PLA mais pas le “ coup de folie ” d'Adrien FOUNEAU qui ne reconnaissait plus sa femme Marinette... Il n'avait jamais épousé une femme aussi vieille, disait-il. Il a fallu l'interner. 

23 h 30, il se fait tard. A demain sans trop penser au foncier payé hier. 

Jeudi 16 octobre 1997. En parlant d'impôts, trouvant qu'elle payait trop cher, N. B. de Fleury a fait venir un inspecteur des impôts. Or, trouvant que même le grenier était habitable, cet inspecteur a tout modifié de l'imposition. Elle, par contre, s'en voulait de sa bêtise... une année de crainte et plus de mille francs... en moins. Ouf ! 

Brassica_rapa_subsp._pekinensis_'Manoko' 2021 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Krzystof Ziarnek, Kenraiz


14 h 15. Le vent est tombé, le soleil brille, mais l'atmosphère reste fraîche, l'automne a vraiment fait sa rentrée. nous avons lu avec intérêt les prix des divers légumes. Ici, les tomates ont passé le cap des dix francs, ces jours-ci même à 14 ou 15 francs, les avocats à 4 F pièce. Christine nous dit que dans la région un gros avocatier fructifie, ce qui est complètement inattendu chez nous. Il y en a un, à Fleury, dans la petite rue Emile Zola. Si les courgettes sont meilleur marché ici, les haricots paille sont aussi chers qu'à Mayotte. Cet été les haricots verts étaient entre 14 et 16 F., ceux que j'avais acheté n'avaient rien valu. Je ne connaissais pas le “ pé-tsaï ” ou chou de Chine ; je découvre ce nom suite à ta lettre. Le Grand Larousse GDEL dit : Chou chinois (Brassica chiniensis), feuilles vert pâle, nervures aplaties, larges, blanches, partie pommée allongée, famille des crucifères. Le XXe signale qu'il est apprécié pour sa croissance rapide et sa douceur. Mon ancien Larousse Gastronomique en fait aussi mention à l'article « Chou ». Pour notre part, hier nous avions un chou-fleur avec pommes de terre (9.95 F) et du concombre en entrée (3.95 pièce). 

Merci pour ton récit du mariage ; Olivier a trouvé que les rations étaient limitées. Et ta collègue qui voulait doucher son chien chez toi ? Tu fis bien de l'envoyer ailleurs ! 

Ravis de voir que ton emploi du temps te convient pleinement, il ne nous reste plus qu'à te souhaiter une excellente santé, courage et patience. le bonjour à Gilbert. 

Nous t'embrassons bien fort. 

Maman et papa.     


mercredi 29 octobre 2025

Écrits croisés, 27 oct. 1997.

 « Fleury-d'Aude, lundi 27 octobre 1997

Bien cher fils, 

Une nouvelle semaine commence avec l'heure d'hiver et la fraîcheur matinale, mais les journées sont très ensoleillées, agréables. Hier même, les voisins à la mer se sont baignés serait-ce vite fait, l'eau étant à 18 degrés. Leur fils, poids-lourd entre Perpignan et l'Espagne, qui dort souvent dans le camion, les rejoint chaque semaine. 

Stamp_of_Anjouan -1900 -1929 Colnect_215579_-_Trype_Groupe Domaine Public Author Post of Anjouan
 

Hier, comme d'habitude, j'ai regardé le télétexte, une dépêche était titrée d'Anjouan : 

« ANJOUAN - REFERENDUM SUR L'INDEPENDANCE. 
Les habitants de l'île d'Anjouan, dans l'archipel des Comores, ont voté dimanche massivement par référendum pour se prononcer pour ou contre l'indépendance. 
Ce référendum, dont le résultat sera connu lundi, est désapprouvé par l'OUA et critiqué par des dirigeants séparatistes, car il fait peser des risques sérieux sur l'avenir de l'île. 
Le “ oui ” à l'indépendance devrait l'emporter, et l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine) a annoncé qu'elle considérerait “ nuls et non avenus ” les résultats du référendum. » 26. 10. 97 16 h 36 JB/CJ

Mardi 28 octobre, huit heures. 
Je dois te signaler l'accident dont a été victime notre cousin Jackie Andrieu sur la route de Gruissan. En camion, il revenait de s'approvisionner en fruits et légumes et a subi une collision : devant enfoncé, la portière s'est ouverte et il a été heureusement éjecté. Il a eu des dents arrachées, une clavicule, une ou plusieurs côtes brisées, les deux pieds brûlés. Germaine qui attendait le car pour aller voir “ l'oncle Ernest fatigué ” m'a dit que ça allait mieux mais que le pied met longtemps à guérir, le docteur parle d'une greffe si les chairs ne remontent pas. 

Comme tu vois, mes nouvelles ne sont pas gaies mais nous approchons de la Toussaint. J'ai sous les yeux ma leçon de morale de novembre 1933 (j'avais onze ans, c'était avec monsieur Teisseire [pas de “ y ” disait-il) : « Pensons aux morts. A l'occasion de la Toussaint, souvenons-nous que notre génération doit tout au long travail des générations successives qui nous ont précédés. le souvenir des morts est un culte sacré. » C'est par ces quelques lignes de “ morale ” que nous commencions ce mercredi 15 novembre, curieusement bien en retard sur ce jour particulier. 

Je continue mes petits travaux... à suivre donc surtout que Milou se demande pourquoi sa promenade tarde tant. Je vais le satisfaire. 

Gouffre_de_l'Œil_Doux 2016 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur François de Dijon.

17 h 30. Il fait un peu frais, avec une petite averse. Vendredi dernier nous avons regardé « Le Garçon d'Orage » avec l'Œil doux plusieurs fois mais sans distinguer Olivier, peut-être en vert et de trois-quarts dos. C'est agréable mais loin de constituer un chef-d'œuvre. 

Nos petits-fils déménagent deux éléments de la cuisine en pin. Partis à 14 h, ils devaient rendre le camion à Hyères, à 19 h au plus tard. 

Gros baisers de nous tous. le bonjour à Gilbert. 
Papa François, maman Jirina (mentions manuscrites).  

vendredi 24 octobre 2025

Dernier mois d'automne 97 à Fleury.

Vignes et moulin en automne. Diapo François Dedieu. 
 

Samedi 15 novembre — Magnifique journée d'automne. le vent est absent, les feuilles encore sur les plantes prennent des tons mordorés, le tapis de feuilles mortes attend sous la rosée matinale un balai qui ne viendra pas, notre soleil méridional darde ses rayons sur les vignes aux coloris divers et un village à la fois lourd de son passé historique bien que tourné vers l'avenir. Songeur sur l'automne, j'entends des coups de marteau lancinants depuis la maison d'Emilienne devenue depuis peu le siège de “ Fleury Immobilier ”. Le “ marteleur ” doit mettre à bas quelque pan de mur à coups de burin, c'est que la maison a dû jadis souffrir de la présence des vaches, du fumier, du purin. 

Fleury, fête patronale de la Saint-Martin 1990. Photo François Dedieu.

Les jours de fête ont été bien tristes, comme tu peux l'imaginer; les forains ont eu quand même du monde le 11, le concert traditionnel a été remplacé par un récital de chansons dont je n'ai eu aucun écho, vu les circonstances je ne suis allé ni au Monument aux Morts, pas plus qu'au vin d'honneur offert par la municipalité. La mort rôdait dans les parages et elle exige calme et recueillement. 

Je suis passé au cimetière puis à notre maison natale. Quelques lettres de condoléances sont arrivées : de Marinette Founau, la femme d'Adrien, depuis peu avec son mari dans une maison aux environs de Béziers, après Salvaing ; de leur fils Henri, le docteur, déjà veuf ; de Lucienne Pujol, veuve de Roland neveu de l'oncle Noé, de Salvador et Cécile Pérucho de Fabrezan. 

17 h 30. Nous revenons de la mer, le coffre plein de bois. A la fin de la première mi-temps contre les Springboks, nous en étions à 19 - 15 ; le temps de rentrer au village, ils nous menaient 29 - 15, une étrillée ! Heureusement nous avons assisté au sursaut tardif des nôtres et avec trois essais, nous ne perdions que de quatre points... Si les deux transformations eussent été réussies, c'était 36 - 36. l'adversaire était redoutable et après tout, ce n'est qu'un jeu...

Il y a un moment, le haut-parleur du manège appelait les enfants pour le prochain tour (3), mais tout est redevenu bien calme, en attendant demain après-midi, sans doute, pour quelque supplément dans la caisse. Lundi, le démontage va sans doute commencer, la ronde incessante des gens du voyage se poursuivant traditionnellement par la fête de Murviel. 



Je t'ai photocopié le texte d'origine du « Doublidaïre » en orthographe languedocienne. 

Nous avons été heureux de savoir que la “ pluie des mangues ” avait réjoui le cœur des Mahorais, et que les restrictions d'eau ne seraient plus qu'un mauvais souvenir (4). Laeti et Pierrot ont bien reçu tes mots, tes fleurs et ta page de tchèque. Tu t'en sors bien dans cette langue difficile, pour ne jamais l'avoir étudiée !   

Avec tous ces tristes événements mes travaux de peinture ont été suspendus [...] à condition de ne pas attendre trop longtemps quand même ! (5) Le “ bleu séraphin ”de Corona est mon ancienne couleur, maintenant j'ai pris “ bleu glacier ” de Valentine.

Les bolets et les crabes devaient être bien savoureux. La pêche de ces derniers est donc interdite pendant la période de reproduction. Il serait en effet dommage de les voir disparaître. 

(mentions à la main) Mardi 18 /XI. Encore un coffre de bois à St-Pierre. Temps gris aujourd'hui : on en profite pour se faire vacciner contre la grippe. La place du Ramonétage s'est vidée dès hier. 

Tendres embrassades, François Dedieu 

Jean-François, jen par slov. Venku prsi ale zima neni, pry rostou houby. (seulement quelques mots. Il pleut mais il ne fait pas froid, les champignons devraient pousser). Maman Jirina. 

(3) la fête foraine s'installait alors sur la place multiple du Ramonétage.  

(4) ce qui depuis n'a pas été le cas? Dernièrement, les coupures pour manque d'eau sont passées de deux jours sur trois à trois jours sur quatre... (oct. 2025).  

(5) Aïe ! faudra bien que je m'y mette, à âge égal, trois décennies plus tard...    

mardi 21 octobre 2025

Les chats de Bohumil Hrabal

Suite de la lettre des 5 et 6 décembre 1997. 

... lui, ex-urbaniste, a fait honneur aux vins de Fleury et vidait souvent le verre offert à l'entrée (40 francs pour le repas). Ils étaient venus avec des voisins de la mer mazamétains ; tous étaient enchantés de leur soirée. Il était minuit moins dix quand nous avons quitté les lieux, Momon et moi, et sommes allés prendre le café chez lui, comme ce soir-là où nous y étions avec toi au sortir de cette conférence fantaisiste sur les cathares à la Maison vigneronne, tu dois t'en souvenir. Et il m'a ressorti sur la table la bouteille de fine au verseur effilé, avec, prisonnière, cette grosse poire dont la présence pose problème au profane. Bref il était minuit et demi (et non “ et demie ”, je viens de vérifier) quand je regagnais la maison, accueilli par les aboiements de Milou quand j'ai sonné. 

8 h 40 : rapide promenade avec le chien, zéro degré, passants rares, emmitouflés et pressés; Chez toi aussi, Olivier a rallumé, ils n'avaient que 13° dans la cuisine. Hier, j'ai acheté un kilo de miel toutes fleurs de Salles-d'Aude (Toustou apiculteur). 

Chat_tigré 2013 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license auteur Mulhouseville 

Pour terminer, je te mets le passage sur les chats qui continue le chapitre de Hrabal : 

« [...] voilà que j'avais oublié mes chats... Ici à Kersko (1), il fait si froid que l'eau a gelé dans le petit seau de l'entrée. Cassius (son chat noir NDLR) était un peu mal fichu, il a fallu que j'aille à sa rencontre, que je le prenne dans mes bras, je lisais la peur dans ses yeux, je lui ai versé du lait comme aux autres, mais j'ai une mauvaise nouvelle à vous apprendre, lorsque je suis arrivé par le car, deux petits chats du voisinage venaient à ma rencontre, des chatons déjà grands, des tigrés, toujours ensemble, de conserve, ils couraient toujours l'un à côté de l'autre comme attelés par un fil invisible, tête contre tête, on aurait cru qu'ils tiraient une invisible carriole toute chargée de bonheur, quand ils galopaient sur le long sentier bordé d'une clôture blanche, ces chatons me souriaient 

Bohumil_Hrabal_na_zahradě_své_chaty_v_Kersku,_1989_(vpravo_básník_Jaromír_Pelc) under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Author Filons

[...] moi je leur donnais à manger, je les caressais, ces chatons avaient la même nature que Cassius, ils se laissaient caresser, et quand ils avaient assez mangé, alors côte à côte tel un attelage ils repartaient où ça leur chantait, mais toujours ensemble, côte à côte... mais un jour j'ai vu accourir un seul chaton, il neigeait un peu, un genre de semoule de neige... et moi, j'avais déjà compris qu'il était arrivé un malheur, j'avançais le long du chemin juste saupoudré... et là, près du portail, un petit chat étendu de tout son long, mort, mon chat porte-bonheur... et la carriole invisible qu'il tirait pour me rendre heureux avait disparu comme dans un conte de fées triste... lorsque j'ai soulevé le petit cadavre tigré, son empreinte est restée sur la neige fraîche, de la neige partout et le contour sombre du corps du petit chat étendu de tout son long... Et le chat qui restait, ce petit orphelin, courait à mes côtés... j'ai emporté le petit chat mort à la maison, lorsque la terre aura un peu dégelé je vais l'enterrer à l'endroit où reposent déjà plusieurs chats que j'ai perdus [...] Maintenant, en forêt de Kersko, dans mon jardin, j'enterre le petit chat dont la neige gardera l'empreinte jusqu'à tant qu'il en retombe de la fraîche ou qu'il se mette à pleuvoir... » 

Chata_Bohumila_Hrabala_(2018) under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Michal Louc

Je te quitte donc ici : tu vois que cette page de Hrabal, à la ponctuation si inattendue, en valait la peine. Gros baisers de nous deux, bon et heureux voyage (Stastnou cestu !). Papa et maman.  

(1) Note : à 35 kilomètres de Prague, dans la région du Polabi, de la vallée de l'Elbe au climat plus propice aux cultures et arbres fruitiers, forêt de Kuba, Kersko, touchant la forêt de Kuba, forme comme un village de résidences secondaires prisé des Praguois avant guerre, devenu depuis un ensemble de chalets de loisirs (chaty comme sur le bord de l'étang Hamr, non loin de chez mes grands-parents d'Holoubkov, de même qu'au village voisin de Hurky), souvent de charmantes maisons “ naines ” sur un petit carré de verdure, appréciées lors des week-ends et congés. Bohumil Hrabal (1914-1997) y avait une maison achetée en 1965 ; il y a soigné et nourri jusqu'à 25 chats à demi sauvages mais fidèles...       

lundi 20 octobre 2025

Fête du vin nouveau 1997.

 « Fleury-d'Aude, le 10 décembre 1997. 

Bien cher fils, 

[...] Ici, le temps s'est grandement amélioré, les températures sont d'un coup supérieures de six degrés aux normales saisonnières et nous ne saurions nous en plaindre. Ce matin, le thermomètre extérieur marquait six degrés mais à côté des - 2 ou - 3 d'il y a à peine trois jours, c'est un “ réchauffement ” considérable. 

2010. Les-Cabanes-de-Fleury après une tempête d'octobre. 

[...] Hier aux Cabanes, quelques voitures sur le parking pierreux : un monsieur venait chercher... son bateau qui, lui avait-on dit, avait été pris par les eaux, rejeté sur la plage, et devait se trouver retourné et à moitié ensablé près du rivage ; il expliquait cela à un ami. En repartant, nous avons pris le chemin vicinal au bord de l'Aude... pour être arrêtés à la Pointe de Vignard — c'était notre vigne la plus lointaine — par un tas de décombres barrant carrément le chemin : la rivière a continué son travail de sape, ledit chemin a disparu à moitié dans son lit [...] Milou s'est perdu dans les glouterons, grat(t)erons et autres glaterons que nous désignons en occitan par le terme « gafarots » (sorte de bardane ?). 

Je vais te quitter ici, je te joins les cinq pages du « Mirage Grec » 

Tendres embrassades de nous tous. 

Fleury-d'Aude, le 5 décembre 1997. 

Bien cher Jean-François, 

[...] Le froid persiste et dure; Il va même s'amplifier demain. Pour le moment, il est seize heures trente et notre thermomètre extérieur du premier indique invariablement quatre degrés depuis dix heures du matin (31° de différence avec la température que vous avez sous la varangue). 

[...] En ville, je voulais voir si je pouvais me procurer un livre de Hrabal : rien chez Tosi, mais cinq titres différents chez Privat, la nouvelle et luxueuse librairie (filiale de Privat-Toulouse) ouverte depuis deux ans dans la rue de l'Ancien Courrier. j'ai ainsi acheté « Les Millions d'Arlequin » (titre original « Harlekynovy Miliony » paru en 1981 à Prague, traduit en 1995 chez Robert Laffont, « Vends maison où je ne veux plus vivre » (titre original « Inzerat na dum, ve kterem uz nechci bydlet » 1987, trad. chez R. Laffont, 1989) et enfin « Lettres à Doubenka » (« Listopadovy uragan » 1991, Ed R. Laffont 1991 pour la traduction française.

C'est de ce dernier livre que je viens de te copier la première moitié de l'ultime chapitre, qui donne une idée assez juste de la façon d'écrire de cet auteur buveur de bière qui est désormais mondialement connu (mais j'ignorais jusqu'à son nom avant l'émission  « Un siècle d'écrivains ». 

castanhos e vin nouvel

Samedi 6 décembre 1997. Hier soir c'était la fête (la huitième) du vin nouveau et le froid assez vif faisait craindre une assistance clairsemée. J'y suis allé malgré mes yeux encore malades. j'ai gardé la place de Momon, mais c'était inutile, les chaises vides étant nombreuses vers 19 h 20. [...] Comme chaque année, nous avons attendu deux bonnes heures avant le début des agapes, mais c'était bien : apéritif, assiette anglaise, excellente saucisse grillée, entrecôte cuite à point et bien chaude, ce qui est rare, chips, fromage (à choisir) et à nouveau plaquette individuelle de beurre, une orange bien froide, des châtaignes bien grillées, le tout arrosé de tous les vins de divers domaines ; je me suis limité à trois dont un excellent vin rouge Syrah avec déjà beaucoup de goût — il faut dire que cette fête avait lieu beaucoup plus tard que d'habitude —. Les déguisements de ces messieurs du Tastevin étaient heureusement absents. le maire a été bref, Guy Sié y est allé de sa courte histoire en occitan (Noé et le plant de vigne), l'animation musicale fut correcte sans excès. A côté de nous était un couple de Hollandais vivant leur retraite à saint-Pierre : (à suivre )

lundi 6 octobre 2025

Fleury-d'Aude, le 22 février 1998 (fin).

 [...] Pour en revenir au guide, j'ai apprécié entre autres l'évocation des « manifestations locales » : course de pneus à Mamoudzou le 14 juillet ; Mahoraid ; fête du cocotier ; Murengué ; Wadaha ou danse du pilon ; Tam-Tam bœuf, et le Deba, fête religieuse des femmes. certaines personnes sont citées comme Mathilde, Lucie, Riziki Roubia, Abdou Silahi, Abida, Massoundi, Azali bé (p. 192) ; Timara et Hassan à Petite terre, « Hassan qui raconte Mayotte ». A Majicavo : « Certains profs viennent y corriger leurs copies entre deux bains, n'est-ce pas Jean-Michel ? » (p. 204). Je note même un coup de colère page 187 : « En choisissant votre hôtel, incluez le prix des petits-déjeuners car certains n'hésitent pas à facturer un café, pain, confiture, jus d'orange 30 F, voire 60 F. Cela frise parfois l'arnaque et surtout le non-respect du client ». Autre détail pour Mamoudzou; latirude 12.78 Sud, longitude 45.20 Est, 12000 habitants.  

mars 2025.


Mercredi 25 février 1998. Beau temps aujourd'hui, soleil radieux, ciel d'un bleu pur, peu de vent (cers), température matinale 6°C, mais 12° à onze heures : c'est donc une journée printanière qui s'annonce. Les amandiers fleurissent de plus belle de leurs touches roses et blanches dans la garrigue. Les asperges ne vont pas tarder; Marcel Alquier en aurait trouvé une belle botte, mais à quel prix ! Il était griffé de partout (mains et visage) et là cela devient de la passion (comme pour lui la chasse : perdreau, lapin, lièvre ou sanglier. 

Vendredi 27 février 1998. Nous venons d'arriver de la mer où nous étions également hier pour profiter de ces journées vraiment magnifiques — vingt-deux degrés encore à 17 h sous la véranda —. le soleil est épaulé d'un cers presque inexistant sinon, hier, c'était un léger vent d'Espagne très agréable aussi. Il existe bien quelques acariâtres qui veulent à tout prix gâcher ce plaisir avant-coureur du printemps en disant « ça ne durera pas » ou bien « ba pagarén » mais c'est autant de pris sur les derniers soubresauts  d'un hiver qui aura été bien doux dans l'ensemble. 

J'ai fini la première partie du livre de Hrabal « Les Noces dans la Maison », 203 pages. dans la deuxième partie, cet auteur à la ponctuation très fantaisiste l'a supprimée complètement ; il a compris l'essence de la lecture en diagonale, en oblique où ni les yeux ni l'esprit n'ont besoin de ponctuation... de là à en trouver « des empreintes de son propre moi » comme le pense la préface... 

J'ai reçu GEO du mois avec l'Algérie, Miami, la Foire du Trône, la « Belle », le dernier bateau de Cavelier de La Salle assassiné alors que le Mississippi était « le fleuve Colbert ». 

Hier nous avons vu Olivier qui aide papy Marcel et Cauquil à St-Pierre. 

Nous vous embrassons bien fort. Toute la famille vous envoie le bonjour. Amitiés à tous. 

Papa papy Maman mamie François Jirina. 

dimanche 5 octobre 2025

Fleury-d'Aude, le 22 février 1998 (1).

« Bien chers Jean-François et Stani, 

C'est bien une heureuse coïncidence qui fait que je puisse m'adresser par lettre à vous deux en même temps et à une telle distance; j'espère que cette nouvelle missive va vous trouver en parfait état de santé et avec un moral à toute épreuve. j'espère aussi que Stani s'est vite habitué au climat de Mayotte ; sa première expérience de quatre mois en Guyane va lui faciliter l'acclimatation. Quant à nous, la santé se maintient ; maman s'est mise aux pâtisseries et pizzas ; nous savourons aussi de succulentes oranges bien juteuses : il faut en profiter car celles, l'été, d'Afrique du Sud, ne sont en rien à comparer avec celles de la province de Valencia. Les bananes ne valent pas les vôtres mais restent valables et souvent en promo. 

Le temps qui était très doux devient un peu plus frais, le vent dit “ du nord ” doit souffler demain en rafales à 130 km/h pour se limiter à 120 dans la soirée, si les prévisions se confirment. 

Je dois t'annoncer une triste nouvelle : la fin de Louis-Paul Fourès, le mari d'Yvette née Robert, fille de M. Robert qui fut ton instituteur quelque temps d'octobre 1956. Il aurait eu une hépatite foudroyante provoquant un ictère sévère et une montée du sucre à plus de quatre grammes. Lors de la messe j'ai appris son prénom de Louis-Paul alors que nous avons toujours dit « Louis ». Avec maman, nous étions allés à leur mariage le 8 décembre 1951, à une triste époque pour ma situation. Ils ont le caveau tout près de l'église, de l'autre côté du pont : il suffit de traverser la route, le vieux cimetière vieux se trouve à une cinquantaine de mètres. 

Autre mort : celle de Joseph Serres, notre voisin de la Place du Ramonétage, qui ne sortait plus depuis longtemps. C'était l'oncle d'André Molveau, notaire de Tuchan dont le fils Guy a pris la succession. Il avait 86 ans, les obsèques ont lieu demain lundi à 10 h 30. 

Pêcheurs_au_Nord_du_lagon_-_Mayotte 2016 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Camille ABDOURAZAK-AUGUSTIN
 

En copiant le guide sur Mayotte, j'ai appris beaucoup de choses ; ils signalent l'accident survenu à ces “ marins d'eau douce ” qui n'avaient pris qu'une vingtaine de litres d'essence ; faites attention quand vous sortez afin de ne pas dériver cinq jours pour vous retrouver aux Comores comme c'est arrivé en 1996 (1). Tu dois t'en souvenir, nous venions d'arriver et en avions parlé avec Chantal. 

Mardi 24 février 1998. hier il faisait froid lors des funérailles, surtout à cause du vent, mais aujourd'hui ce dernier avait notablement faibli et nous avons fait notre tour habituel à Bouïsset, le soleil nous étant revenu. (à suivre)

(1) pirogue qui chavire, barque qui dérive, pêcheurs sans gilets de sauvetage, déjà deux ou trois détresses en septembre octobre 2025. 


mercredi 1 octobre 2025

Fleury-d'Aude, mardi 21 avril 1998

 « Bien cher fils, 

Très heureux d'avoir reçu de tes nouvelles et par ricochet celles de notre soldat des îles. Ici, c'est Olivier qui nous a apporté des bugnes de sa fabrication, très bonnes. Dimanche, il est passé nous voir rapidement à Saint-Pierre (il vient à vélo par la route des campagnes et voulait repartir, pour changer, par Narbonne-Plage et Armissan). Nous avons mangé là-bas, des cuisses de canard et des pommes de terre, devant un bon feu de cheminée ; la température nous aurait permis de manger dehors mais nous nous méfions, en cette saison, du vent d'Espagne vraiment trop froid sur la plage. Il y a assez de monde à Saint-Pierre, les commerces sont ouverts, “ L'Oliveraie ”, les épiceries, le café qui a disposé dehors tables et chaises. 

Saint-Pierre-la-Mer,_Fleury,_département_Aude_-_aerial_view 2021 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Raimond Spekking / Au premier plan la Base de Loisirs et le camping municipal. 

Le temps est en train de changer et vire au beau fixe sans doute. Le camping doit être ouvert : nous avons vu Alban Sire et sa femme qui avaient l'air de déménager de menus objets : ils devaient rejoindre leurs quartiers d'été. Pourtant, mardi dernier, certains tènements ont souffert de la gelée ; contre toute attente, on dit que les vignes de “ Marigolles ” n'ont pas été touchées. Dans le Minervois, ça a été bien pire et une bonne partie de la récolte a été perdue, si bien qu'on a parlé de calamité agricole et que le journal télévisé en a fait mention. 

Notre commune connaît actuellement de grands travaux : sans compter la réfection du réseau d'électricité, dont je t'ai déjà parlé, il s'agit de celle du “ pluvial ”. Le boulevard de la République voit sa “ circulation alternée ” avec un feu rouge devant la maison Sirven-Costeplane, et un autre au niveau de l'ancienne épicerie Molveau. Même topo près de l'autoroute dès l'embranchement de la petite route qui rejoint celle de Salles. De grosses conduites de 65 cm environ de diamètre commencent à être enterrées. Tout se fait progressivement, à l'aide de machines modernes, dont une que je n'avais encore jamais vue. Il s'agit d'une roue verticale assez imposante, munie de grosses dents, qui tourne en creusant une petite tranchée de 15 cm environ de largeur, tranchée immédiatement comblée et renouvelée parallèlement à un mètre de distance, cela sûrement afin de ne pas trop abîmer le revêtement de la rue. la pelle mécanique travaillera ensuite plus facilement et plus vite pour ouvrir le lit des buses bleues qui vont éviter à notre rue principale de se transformer en rivière par grosses pluies. 


[...] Vendredi , 24 avril 1998. Les travaux de création du réseau pluvial ont continué aujourd'hui. Hier j'ai demandé à un ouvrier le diamètre des buses. « Six cents », m'a-t-il répondu. Mon erreur n'était donc que de cinq centimètres. Ce soir le Bd de la république est libre : tout est rebouché et goudronné, en attendant la “ tranche ” de la semaine prochaine. Hier, les services de l'EDF ont enlevé, à l'aide d'un puissant camion-grue, le grand poteau de ciment, à la limite de la maison, poteau auquel tu avais grimpé une fois aussi facilement que le fait Youssouf pour les cocotiers du jardin. Tous les autres poteaux du secteur ont subi le même sort. Il reste quelques gravats, tout ce qui reste de ces colosses de ciment. C'est un travail curieux à observer. 

Nous avons reçu à l'occasion de Pâques la carte traditionnelle de Vladimir Peca de Hradec Kralové : Veselé Velikonoce. Krasné a radostné svatky velikonocni Tobé i Tvé pani. Bonne santée (sic) Vladimir. La carte était partie du 3 avril et nous l'avons reçue bien avant Pâques. Celle de Hani en revanche (qui nous a étonnés, nous ne l'attendions pas), partie le 7, nous parvenait le lundi 20 avril (ta lettre a mis moins de temps!) : Prijemné proziti svatku velikonocnich Vam i rodinam mladych preji Jirka, Hanka, Ivetka. Zaroven Vas vsechny srdecne zdravime a vzpominame. 

Je t'ai peut-être dit au téléphone que Mirek Sabacky m'avait aussi écrit, de Montolieu. Je n'avais eu aucune réponse à mes vœux et comprenais qu'il y avait maladie à la clef. Il était hospitalisé jusqu'à la mi-mars et ses jambes ont du mal à le porter. Il vient quand même de retrouver son cher village d'adoption. 

J'en ai fini pour le moment. 

Nous t'embrassons bien affectueusement, en espérant que tu aies bien profité de tes vacances de Pâques dans l'île hippocampe. 

Papa François, maman Jirina. »