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dimanche 15 mars 2026

Lexique passionné autour de LAMI, cheval de papé, page 1...

À présent que l'âge m'autorise à raconter le passé par l'écriture, le temps des veillées au coin du feu et des enfants demandeurs étant mort (après l'école, ils sont si occupés par le sport, la piscine, la musique, le théâtre, qu'on n'ose plus les attirer avec nos vieilles histoires), manière de compenser, les mots d'un « Sésame ouvre-toi » déroulent une carte du tendre ramenant à une nostalgie toujours palpitante. 

Ces mots tels un fil rouge, ici, pour une vie où les chevaux étaient si présents, les voici en tant que brouillon, pense-bête, avec un rôle aussi de fil en aiguille : 

Âge, préau, écurie, crottin, fumiers, le p'tit cheval, Camargue, Armengaud, Le Gaillard, retour de la Pointe, labour Bauréno, la coopé, Coquet vaillant, huit de Fleury, bourrelier, maréchal, Naf, Lama, Fernandel Ulysse, cheval d'orgueil, Mollégès, Louis, Monique, Cabrel... 

Âge : celui qui vous range dans ce qui fut et vous autorise à en témoigner comme dit en intro ci-dessus. 

École de garçons, aile droite de la mairie, au rez-de-chaussée, en pleine lumière, le CM2 et fin d'Études de monsieur Robert ; dans le prolongement de la classe, à l'ombre, les fenêtres du préau. 

Préau : celui de l'école aux vitres du bas dépolies afin de ne pas encourager une passivité d'enfants collés à regarder ce qui se passe dans la rue. Et pourtant, début octobre (la rentrée avait lieu le premier du mois), échappant à la vigilance du maître en fonction, comme d'autres à se hausser au-dessus du dépoli, appelé par les chants des vendangeurs au rythme du cloc-cloc du cheval, je l'ai vu le dernier voyage des vendanges au milieu des pampres verts ornant les quelques comportes. 

Écurie : aïe, il y en aura trop à dire... je crois que mon introspection s'arrêtera à ce troisième mot-clé. Pour rentrer chez les grands-parents, c'est par chez lui qu'il fallait passer. En effet, c'est par le battant d'un portail qu'on entrait dans l'espace dévolu au cheval, lui-même passant aussi par là, les jours de travail. Comment dire, entre l'avant-écurie et l'écurie, une quarantaine de mètres carrés (comme le souvenir les voit plus spacieux !), soit la moitié de l'emprise totale du logis, toute de terre battue ; cette partie tenait lieu d'entrepôt pour le coffre à avoine (on parlait aussi de caroubes mais c'était avant), les vélos, la mobylette. Sas aussi, à gauche, une porte-à-mouches et la porte (entr'ouvertes parfois les jours de mauvais tirage de la cheminée), donnant sur la cuisine Un bourra de sacs de jute cousus ensemble en rideau, jusqu'en haut, en protection contre les courants d'air... le cheval, un capital de travail à préserver... Au-delà de la fosse à purin sur le côté, la “ pièce du cheval ”, pavée elle, couverte de paille, délimitée par un bat-flanc, familière surtout pour le bruit de mastication et les coups intermittents des sabots ferrés ; la porte du fond donne sur le poulailler, la roue du puits, le tilleul, les bassins, le jardin. 

Vendanges 1967, un chargement très impressionnant, trop impressionnant... 20 comportes, 1600 kilos...pouvant tirer 1.5 fois son poids sans tenir compte d'une légère montée au village (calcul simple par rapport à la mesure thoracique, ne tenant pas compte d'une montée bien que légère, au village), le poids de Lami atteignait-il la tonne ? À côté, Diane, la chienne... 
Diapositive © François Dedieu. 

Lami, le cheval, n'est pas seul, Diane, chienne de chasse, mère d'un Youki moins bon, lui tiennent compagnie, de même que Mascarille et Bouchon à la queue entortillée par un accident probable, deux chats noirs, bons, eux, contre la prolifération des souris (le trou des chatières correspond à des chats de plus petite taille que de nos jours, chats de travail en quelque sorte, et pas comme nombre de nos compagnons... (Le  surnom ou pseudo « Bouboulina », irait pile poil à la mimine de chez nous).  

Ce lexique passionné se poursuivra avec le mot « crottin »...  (à suivre)


mardi 21 octobre 2025

Les chats de Bohumil Hrabal

Suite de la lettre des 5 et 6 décembre 1997. 

... lui, ex-urbaniste, a fait honneur aux vins de Fleury et vidait souvent le verre offert à l'entrée (40 francs pour le repas). Ils étaient venus avec des voisins de la mer mazamétains ; tous étaient enchantés de leur soirée. Il était minuit moins dix quand nous avons quitté les lieux, Momon et moi, et sommes allés prendre le café chez lui, comme ce soir-là où nous y étions avec toi au sortir de cette conférence fantaisiste sur les cathares à la Maison vigneronne, tu dois t'en souvenir. Et il m'a ressorti sur la table la bouteille de fine au verseur effilé, avec, prisonnière, cette grosse poire dont la présence pose problème au profane. Bref il était minuit et demi (et non “ et demie ”, je viens de vérifier) quand je regagnais la maison, accueilli par les aboiements de Milou quand j'ai sonné. 

8 h 40 : rapide promenade avec le chien, zéro degré, passants rares, emmitouflés et pressés; Chez toi aussi, Olivier a rallumé, ils n'avaient que 13° dans la cuisine. Hier, j'ai acheté un kilo de miel toutes fleurs de Salles-d'Aude (Toustou apiculteur). 

Chat_tigré 2013 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license auteur Mulhouseville 

Pour terminer, je te mets le passage sur les chats qui continue le chapitre de Hrabal : 

« [...] voilà que j'avais oublié mes chats... Ici à Kersko (1), il fait si froid que l'eau a gelé dans le petit seau de l'entrée. Cassius (son chat noir NDLR) était un peu mal fichu, il a fallu que j'aille à sa rencontre, que je le prenne dans mes bras, je lisais la peur dans ses yeux, je lui ai versé du lait comme aux autres, mais j'ai une mauvaise nouvelle à vous apprendre, lorsque je suis arrivé par le car, deux petits chats du voisinage venaient à ma rencontre, des chatons déjà grands, des tigrés, toujours ensemble, de conserve, ils couraient toujours l'un à côté de l'autre comme attelés par un fil invisible, tête contre tête, on aurait cru qu'ils tiraient une invisible carriole toute chargée de bonheur, quand ils galopaient sur le long sentier bordé d'une clôture blanche, ces chatons me souriaient 

Bohumil_Hrabal_na_zahradě_své_chaty_v_Kersku,_1989_(vpravo_básník_Jaromír_Pelc) under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Author Filons

[...] moi je leur donnais à manger, je les caressais, ces chatons avaient la même nature que Cassius, ils se laissaient caresser, et quand ils avaient assez mangé, alors côte à côte tel un attelage ils repartaient où ça leur chantait, mais toujours ensemble, côte à côte... mais un jour j'ai vu accourir un seul chaton, il neigeait un peu, un genre de semoule de neige... et moi, j'avais déjà compris qu'il était arrivé un malheur, j'avançais le long du chemin juste saupoudré... et là, près du portail, un petit chat étendu de tout son long, mort, mon chat porte-bonheur... et la carriole invisible qu'il tirait pour me rendre heureux avait disparu comme dans un conte de fées triste... lorsque j'ai soulevé le petit cadavre tigré, son empreinte est restée sur la neige fraîche, de la neige partout et le contour sombre du corps du petit chat étendu de tout son long... Et le chat qui restait, ce petit orphelin, courait à mes côtés... j'ai emporté le petit chat mort à la maison, lorsque la terre aura un peu dégelé je vais l'enterrer à l'endroit où reposent déjà plusieurs chats que j'ai perdus [...] Maintenant, en forêt de Kersko, dans mon jardin, j'enterre le petit chat dont la neige gardera l'empreinte jusqu'à tant qu'il en retombe de la fraîche ou qu'il se mette à pleuvoir... » 

Chata_Bohumila_Hrabala_(2018) under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Michal Louc

Je te quitte donc ici : tu vois que cette page de Hrabal, à la ponctuation si inattendue, en valait la peine. Gros baisers de nous deux, bon et heureux voyage (Stastnou cestu !). Papa et maman.  

(1) Note : à 35 kilomètres de Prague, dans la région du Polabi, de la vallée de l'Elbe au climat plus propice aux cultures et arbres fruitiers, forêt de Kuba, Kersko, touchant la forêt de Kuba, forme comme un village de résidences secondaires prisé des Praguois avant guerre, devenu depuis un ensemble de chalets de loisirs (chaty comme sur le bord de l'étang Hamr, non loin de chez mes grands-parents d'Holoubkov, de même qu'au village voisin de Hurky), souvent de charmantes maisons “ naines ” sur un petit carré de verdure, appréciées lors des week-ends et congés. Bohumil Hrabal (1914-1997) y avait une maison achetée en 1965 ; il y a soigné et nourri jusqu'à 25 chats à demi sauvages mais fidèles...