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dimanche 26 avril 2015

SALUT, POILU QUE JE NE SAVAIS VOIR ! / Pézenas, Languedoc.


Éclectiques, qu’ils sont, nos souvenirs, parce que restent surtout ceux qu’on veut bien garder, déformés même, façonnés à notre convenance. Et puis les mauvais qui s’enkystent, chacun préfère les circonscrire dans une gangue protectrice, comme sait le faire l’huître, pour en annihiler le pouvoir de nuisance. Je vous parlais, il y a peu, de la buvette des rosiers à Pézenas, à la gare du Nord. Je veux y revenir pour une greffe mémorielle, pour restaurer le monument aux Morts dans le paysage.
Ajoutons, sans que cela ne me disculpe, que ces années soixante préfèrent « ne pas trop les évoquer », morts ou vivants, nos soldats de 14 : le traumatisme de celle de 40, sûrement, le choix de la réconciliation, sans doute... En cette période de commémoration plus ou moins sincère de notre part et des médias qui voudraient "formater" nos cerveaux, je tiens doublement à le saluer, notre Poilu de Pézenas, comme un remords trop voyant, en tant que perle étincelante de vie, aussi.

Salut, Poilu que je ne savais voir ! Salut, toi que voilà, marchant sans arme, comme en sursis, sur ta canne appuyé ! Si le devoir nous oblige à considérer, derrière toi, les morts, les blessés, les gueules cassées, les victimes par millions, l’artiste n’en invoque pas moins la vie qui continue, la canne en rythmant le chemin.
A côté des monuments qui évoquent le tribut dû à la patrie, la vertu guerrière, à côté de ceux qui, au contraire, insistent sur le malheur, par la veuve et l’orphelin, l’horreur sanglante, le « Plus jamais ça ! », si vain et pathétique tant que sa portée en reste à la prière, celui de Pézenas a le mérite de projeter vers des lendemains qui voudraient sourire ; le casque à la main, la canne dans l’autre en seraient des symboles.
Aux va-t-en-guerre qui ne voient que la baïonnette au bout du fusil, le bâton vient faire sonner les routes empierrées des campagnes. Parce qu’on marche encore beaucoup à l’époque et que le bâton aide les jambes, empêche de trébucher, dirige le troupeau, garde des mauvaises rencontres quand il ne soulève pas les fougères qui cachent les champignons. Aussi, Poilu, c’est naturellement que tu reprends des habitudes dès lors que l’attaque, la défense, le déluge d’obus te laissent vivant. Et tu lui dois tant, avec les marches forcées, les routes défoncées, la boue des boyaux qui voudrait t’engluer, l’ entonnoir qui voudrait te noyer ! Et tous ces kilomètres, par centaines, tes pieds meurtris quand ils ne "marchent pas sur la France", comme vous dites si joliment, quand les croquenots sont percés ! Aussi tu pestes quand l’officier vous enjoint de jeter au fossé ce bout de bois non réglementaire ; c’est qu’il faut entretenir avant tout l’ardeur guerrière en traversant les villages ! Tu as pris soin de repérer l’endroit pour le récupérer plus tard, ton bâton. Bien sûr que tu y tiens, comme un tirailleur tient à son gri-gri !
Maurice Genevoix, même, en parle dans Ceux de 14 : « ... /... J'allonge le bras, machinalement, pour reprendre sur le seuil mon bâton que j'y avais laissé. Où est-il ? Je l'avais piqué là, dans ce tas de neige terreuse ; il n'y est plus: on me l'a volé.
Et cela me remue tout entier, d'indignation, de révolte, de tristesse ; mon cœur bat ; mes doigts tremblent un peu.
« Caris ! Un saligaud m'a fauché mon bâton... Je l'avais laissé à la porte, ici... Je ne le retrouve plus... / ...»

Dis-moi Poilu, cette canne, l’as-tu achetée à l’arrière, échangée avec un chasseur alpin ? Ou est-elle naturelle, coupée dans un taillis où un baliveau se défendait du chèvrefeuille qui étrangle ? Est-ce ta canne que tu as sculptée lors d’un repos à l’arrière, pour tromper l’ennui porteur de cafard ? Ou, plus léger, dans l’attente du vaguemestre qui apporte les lettres ? Et ce serpent qui s’enroule comment t’a-t-il gardé des dangers ? 

 Je veux le croire que tu en es revenu, "clopin, clopant" peut-être mais vivant, pour dire ce que tu as longtemps voulu taire, parce que le respect pour tes compagnons, ton pays, ton copain, ton cousin, ton frère et ceux d’en face qui y sont restés s’est trop longtemps traduit par du silence.
Plutôt fêter la paix, répéter et clamer que la guerre est illégale jusqu’à ce qu’un traité international l’entérine ! Sauf que seuls le commerce international et l’enrichissement inconsidéré de quelques uns valent la peine d’être protégés par des traités ! A quoi rime alors de répéter que la guerre est un « grand malheur », ein « groß Malheur » si c’est par convention ? Que les survivants des cataclysmes du siècle passé nous gardent de ce qui pourrait encore nous accabler, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire !

Adieu, Poilu que je ne savais voir !.. Au revoir donc, dans le sens occitan du mot « Adieu » ! Plus que jamais, que ta présence immortelle persiste à travailler, à tenailler la conscience des Hommes !

mardi 21 avril 2015

LE JARGON "BUREAUCRATESQUE" DES APPARATCHIKS DU MINISTÈRE / France en Danger

Le ministère de l’Éducation nationale (pas de majuscule chez Najat) vient de sortir des programmes prétendument « plus simples et plus lisibles » (1).

Malheureusement, la technicité tourne au charabia et c'est encore plus symptomatique en éducation physique et sportive où le complexe du muscle sans cervelle perdure. Que signifient, par exemple, les expressions suivantes : « Se déplacer... / ... dans un milieu aquatique profond standardisé » (1) ? « Créer de la vitesse » ? « Traverser l'eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête ». (Page 22, cycle 4)(1).
Ou encore, en Histoire, nos Trissotins du baragouinage régurgitent : « Produire des messages à l'oral et à l'écrit » en histoire-géographie. (Page 5 du cycle 4) (1) pour « répondre » et « écrire ».
Quant à cette énigme digne du sphinx (une étrangleuse) de Thèbes : « Aller de soi et de l'ici vers l'autre et l'ailleurs». (Page 17, cycle 4) (1) qui, sortie du contexte aurait à voir avec la copulation, elle évoque peut-être une immersion à propos des langues étrangères sinon régionales...


Le Point parle de « grossières caricatures de la production bureaucratique » vantées par "la" sphinx actuelle du ministère (avec, entre parenthèses, mention de « l’obligation scolaire », interprétation potentiellement liberticide de l'expression légale « instruction obligatoire »).
http://cache.media.education.gouv.fr/file/03_-_mars/90/1/2015_lettre_enseignants_college_413901.pdf
Si les critiques sont au vitriol (« un jargon où la vacuité le dispute à la cuistrerie ») et tous azimuts, notons cependant ce qui semblerait « inspiré par les doctrines les plus fumeuses du haut clergé pédagogiste » (2) : « L'élève, peut-on lire en page 3, œuvre à la construction de ses compétences ». Ou encore : « Se familiariser avec des mobilités virtuelles, se préparer à des mobilités physiques », en tant qu'objectif pour les langues vivantes ! (2)
Pour le magazine, si l’EPS se distingue encore :   « duel médié par une balle ou un volant » (tennis ou badminton ?), « construction du projet expressif » pour acrobatie, après le "référentiel bondissant" pour dire « ballon » qui avait tant fait rire voilà quelques années, cette fois, ce serait à pleurer.
Abyssal, non ?

Lesmoutonsenrages.fr, fdesouche.com et anatole qui revendique son affiliation aux « vieux cons » s’en étranglent encore et même la 2, la chaîne d’État, en fit état, hier, aux infos, avant l’entretien avec Bachar... (Attention que François, qui voulait lui casser la gueule à la récré, avec la complicité du pion Fafa (3), ne se retourne pas contre Pujadas !)
Excusez mes délires et mon hors sujet, sans doute l’ivresse des profondeurs... Merci.


(1) Le Figaro / Dans le désordre : courir, piscine, nager le crawl.
(2) Le Point
(3) heureusement que Barack, le directeur, s’était interposé alors !

dimanche 19 avril 2015

LA BUVETTE DES ROSIERS / Pézenas (fin).



Entre le jardin public et la buvette mais de l'autre côté de la promenade, de l'avenue mort-née, les jeunes filles en fleur du collège ne lui ont rien laissé. Il n‘a pas de mal à visualiser le chemisier blanc d‘un uniforme et sa jupe plissée, bleu marine, mais même les fantasmes de l'adolescence à venir ne sauront donner un visage, une allure, cette présence qui fondent l‘attirance vers les filles. Est-ce que sa cousine Françoise a travaillé ici ? Ce collège n'est pour lui qu'une grande, une imposante bâtisse sans vie dont le temps est rythmé par les platanes au fil des saisons. Longtemps ce furent les feuilles mortes de décembre avec une poésie lancinante sur une après-midi fânée, d‘Albert Samain. Aujourd'hui, en prime, il perçoit cet ardent débourrage de printemps, couvrant les branches d'un duvet doré, qu‘il ne savait voir alors. 





« Les platanes n'étaient encore qu'un nuage blond, un essaim d'or hésitant sur les branches. » (Henri Bidou). En face de la buvette justement, un portail ouvert, la branche basse, avenante, affectueuse d'un cèdre en majesté (1) ; au fond d'un jardin luxuriant, au milieu de chats en méditation, en contrebas, une maison, la maison aux fleurs d'une poétesse. Était-ce une maîtresse d'école à la retraite ? Il aimait bien l'endroit, la grand-mère aux chats : une atmosphère accueillante, rassurante, pour personnalité fuyante. Les chats dans l‘esprit du lieu, ne puant pas la pisse, comme rue Calquières-Basses où ils étaient avant. Raison de plus pour s‘apprivoiser un peu, oublier un instant le monde menaçant des adultes devant lequel il ne savait que se défiler, prompt à prendre la tangente. Les années passant, jamais il ne sut ou voulu mettre de mots sur ce malaise. Une question de survie peut-être... C'est à peine si aujourd'hui, il veut bien considérer quelques éléments d'explication mais presque pour cautionner, tant on ne doit pas faire confiance aux adultes. Il n‘empêche, dans son insatisfaction ambiante, agaçante, le doute prégnant, les contradictions intimes, ce havre de poésie lui tint lieu de levain. La rencontre d‘une muse, sûrement, lui ouvrit les voies de l‘inspiration. Quelques vers en restent, quelque part, sous un protège-cahier vert. Que pouvait-il alors fixer d‘un fusionnement brouillé de perceptions, de sentiments, de sensations mêlées ? Ce fil poétique arrivait-il à le détacher de son mal de vivre ? 


Paradoxalement, des lignes de force tangibles fouillaient déjà. Peut-être le vieux pont de fer sur la rivière conciliait-il, au-delà d‘une courbe sans rail, l'appel de lointains horizons et l'aventure à nos portes. Le labyrinthe paresseux de la Peyne, un monde où s'affrontent la terre, l'eau et le ciel, avant le cours forcé dans la rigole de béton, a certainement initié ou conforté un éveil à la nature. Un verdier dans un frêne, un rideau de carabènes (2) au vent du nord, un trou abrité des risées, une couleuvre entre les iris jaunes aux longues tiges, un dytique vorace dévorant un têtard, un garçon de douze ans sacrifiant un petit-gris pour une pêche illusoire. Quelle idée !
Cette présence rustique apaisante alliée aux prémices poétiques concrétisait la fuite possible, l‘évasion, un refuge qui alimenterait mauvaises raisons et fausses excuses pour remettre toujours à plus tard le moment, le pas inévitable, l‘abordage qui le verra se coltiner aux autres, aux adultes et avant tout avec lui-même... 

Il habita une drôle de maison dans un drôle de quartier. Il habite un âge dit mûr, lui permettant d‘accepter enfin le gosse qu‘il fut. Comme un bernard-l‘ermite qui regarderait ses coquilles usagées, méditant sur ce qu‘il était et a bien pu devenir, il peut désormais considérer son passé sans éluder, non pas pour se tromper encore en triant le bon et le mauvais mais pour tout garder. Les blocages, les refus, les opinions, les idées en gestation sont indispensables aussi pour grandir et évoluer. Il a suffi d‘une lecture pour que le processus s‘enclenche et parce qu‘on ne voit l‘évolution que dans ce qu‘elle a de constructif et positif, ce déclic lui a rouvert des souvenirs longtemps refoulés. Une barrière s‘est levée sur une métamorphose difficile, sans mettre à mal, cependant, le jardin secret qu‘est l‘enfance.
Une vie comme livrée aux caprices de la rivière, une maison originale dans un quartier qui ne l‘est pas moins, au-delà des faubourgs, en marge des terres, entre deux mondes. Avait-il seulement envie de retrouver ce paragraphe invité au détour d‘une page ? Maintenant que la carte affective en a été tracée, cela ne lui déplairait pas de tout revoir : le Foyer des Campagnes, le monument aux Morts (3) plutôt que les poissons rouges du jardin public, les platanes devant le collège des filles, la gare au toit vraiment vosgien. Finalement, excepté l‘écartèlement psychologique, loin d‘être éthéré, dans un autre monde, cet épisode a cristallisé du concret en formation. Avec l‘attrait pour la poésie s‘est conjugué l‘éveil à la nature. La maison de la poétesse, les limites imprécises entre la terre et la rivière amènent sûrement à réfléchir sur le temps qui nous façonne différents.

Est-ce parce que l‘enfance et la poésie ne meurent qu‘avec nous que le souvenir de la "Buvette des Rosiers" n'est pas près de faner ?

 
(1) "... Les châtaigniers se baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches..." La chèvre de M. Seguin / Alphonse Daudet. 
(2) roseau méditerranéen nommé aussi "canne de Provence", appellation injustement restrictive peut-être, géographiquement et historiquement parlant. en occitan, se dit "carabeno".
(3) loin de paraître comme une originalité sinon une anomalie, la canne du Poilu, représentée dans la sculpture, témoigne d‘une histoire qui mérite d‘être connue. A propos du centenaire de la Grande Guerre injustement oubliée un temps (nécessaire sûrement pour la considérer plus unanimement comme un terrible échec du genre humain), le 8 avril marqua le centenaire de la mort de Louis Pergaud, tombé pour la France près de Marchéville-en-Woëvre (front de Verdun), en 1915.





photos autorisées 1, 3, 4 : wikimedia commons. 2. François Dedieu 1963. 

samedi 18 avril 2015

LES MOTS QUI TUENT ! (fin) / Mayotte, France en danger



Alors que l’État discrimine le Français de Mayotte en ne dépensant pour lui que le ¼ environ de ce qu’il accorde au Français de Métropole (4700 € ici au lieu de 17300 €), il faudrait peut-être se consoler parce que l’élève mahorais dispose de plus de la moitié de ce qui est accordé en métropole (3900 € au lieu de 7720 €) ! 


                                          école désaffectée


Le budget de l’Éducation Nationale est redevenu le premier budget de l’État. En 2013, les sommes concernées équivalaient à 7720 € en moyenne par élève en France. Qu’en est-il à Mayotte ?
 Pour les 85.444 élèves de la maternelle au lycée, les sommes allouées devraient approcher les 659.627.680 euros ! Sauf que le budget pour 2013 n’aligne que 333,3 millions soit à peine plus de la moitié (1)! Dans ces conditions, que fait le vice-rectorat ?

En dignes héritiers des hussards noirs de la République, sabre au clair, il charge ! Mayotte l’a bien voulu puisqu’elle a choisi d’être Française ! Toutes les réformes doivent s’appliquer sans exception ! Vive l’égalité républicaine qu’il promeuvent, nos cadres, avec force arguments, quittes à gloser mensongèrement sur les heures volées à nos chers petits mahorais, quittes à appâter fallacieusement les mairies tenues de faire un PET ! (1) Que pouvons-nous espérer des « grands » serviteurs de l’État de plus en plus décalés par rapport à l’attente légitime de ce qui doit rester l’intérêt général ? Et plus généralement, ne nous étonnons plus si la défiance l’emporte à l’encontre de dirigeants et d’une administration qui n’ont de cesse que de trahir leur capital de confiance !
Aussi quand le secrétaire général, qui a de la bouteille et du bagou ose affirmer que l‘École fait « beaucoup » et que les 120.000 euros du grillage seront défalqués du budget pédagogique, c’est salement honteux ! S’il est normal de rappeler qu’un citoyen a des devoirs et pas seulement des droits, il est malhonnête et déloyal de lui imposer tous ses devoirs tout en le privant de ses droits, seraient-ils différés...


Ecole abandonnée : apparemment construite sur un terrain privé (?)

Mayotte, 101ème département va voir les mairies hériter des écoles sauf que les municipalités n’ont pas à accepter, de la part de l’État, un bâti scolaire, comble du comble, hors normes pour 80 % de ses constructions !
Pour ne pas noircir à dessein, disons cependant que l’État devient plus réactif : le Smiam l’organisme auparavant chargé, en théorie, des constructions a été dissous pour manque d’efficience et les bâtiments scolaires poussent depuis comme des champignons... Monsieur le préfet, peu loquace relèverait ses manches !

Et il ne faudrait pas faire la fine bouche parce qu’il s’agit de préfabriqués ou plutôt d’éléments de type Algeco, comme ceux, montés en Syrie, pour les réfugiés... Quant à nos mandarins du vice-rectorat, ils feraient mieux de se taire et de ne pas se montrer, en tenue « petit blanc » qui plus est, cravate et manches courtes. Décidément l’habit ne fera jamais le moine !

(1) dont 90 % pour le salaire des personnels http://mayotte.orange.fr/…/50-de-fonds-publics-en-moins-pou… / source kwezi.
(2) Le Projet Éducatif Territorial est "acronymé" PEDT parce qu’ils se sont aperçu, mais trop tard, que cela donnait PET ! décidément, le temps ne fait rien à l’affaire...


                                    cantine laissée à l'abandon après trois ans de fonctionnement.



vendredi 17 avril 2015

LES MOTS QUI TUENT ! (2ème partie) / Mayotte, France en danger !


De la part de ceux qui ont de la bouteille, des responsabilités et du bagou, surtout pour noyer le poisson puis le rouler dans la farine (1), nous avons droit, soit au silence assourdissant, soit au « ni responsable ni coupable ». En écho au mutisme du Gouvernement de la République à Mayotte (voir la 1ère partie de l’article), voyons les arguties des irresponsables innocents...


Le « ni responsable ni coupable » émane des hauts fonctionnaires chargés de faire appliquer la loi, toute la loi, rien que la loi alors que Mayotte n’est pas tout à fait la France tant que le décalage n’est pas rattrapé (entendons nous). Grand écart ou pas, comme me l’asséna, en 1991, ce brave inspecteur de l’Éducation Nationale, « un fonctionnaire doit choisir sa sécurité plutôt que son honnêteté ! » ! Parce qu’il ne faut surtout pas être le premier à dire que ça va mal, par honnêteté ! La Fontaine nous « fit bien voir » ce qui arrive à « ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal » : rien n’a changé depuis ses animaux malades de la peste (2). Le risque est moins sanglant de nos jours mais il serait mal vu de reconnaître ses erreurs, de s’exposer en pointant les confrères, surtout quand cette solidarité de corps conforte une promotion espérée que la probité compromettrait. Entre parenthèses, cela justifierait peut-être, de la part de fonctionnaires rongés de remords, la création de collectifs alimentés anonymement pour reconnaître les errements d’une administration institutionnellement complice.
Venons-en au « tout ce que j’ai fait pour toi », l’argument-roi en surenchère du « ni responsable ni coupable » ! Le 3 avril, en effet, le directeur de cabinet du vice-rectorat et le secrétaire général s’exprimaient sur les violences et le droit de retrait qui s’ensuivit de la part des personnels du collège K1 (Kaweni... la banlieue aux favelas).
Conformément au processus décrit plus haut, un des représentants de l’autorité a osé et insisté à plusieurs reprises sur « L’école ne peut pas tout mais elle fait beaucoup ». Celui-ci a confirmé ensuite que le problème était pris à bras le corps avec les 120.000 euros prévus pour la réfection du grillage de protection, que l’école ne pouvait pas devenir la prison de Majicavo et que si c’était pour faire des murs, il se serait fait maçon !
En prenant soin d’appliquer notre grille de lecture, si ce monsieur sous-entend que les parents et peut-être d’autres instances de l’État sont concernés, la deuxième partie de son leitmotiv nous heurte car le « beaucoup » n’est jamais « trop » concernant nos enfants ! Imaginez un enseignant qui affirmerait qu’il fait « beaucoup » alors que la conscience et la modestie lui commanderaient plutôt de dire qu’il « fait ce qu’il peut » ! Il réduit ensuite l’ouverture de l’école sur le quartier et l’extérieur, à l’édification d’un mur de prison... Manque de chance, coïncidence, huit jours plus tard, c’est madame le vice-recteur qui nous informe qu’une butte doit être élevée, au collège de Majicavo, justement, parce que depuis leurs grilles, les détenus harcèlent les collégiennes... Un collège à côté de la prison, ce doit être l’ouverture sur l’extérieur, suis-je bête... Quant à la butte pour ne pas se faire traiter de... (ça rime), est-ce une idée du secrétaire-général avec sa hantise des murs alors que ceux de la maison d’arrêt sont trop bas... à moins que la prison ne soit trop haute pour cause de surpopulation ?


Ah ! j’allais oublier les 120.000 euros parce que notre cher responsable, qui doit émarger dans les 24 cadres les mieux payés de l’Éducation à Mayotte, a précisé qu’ils SERAIENT DÉFALQUÉS DU BUDGET PÉDAGOGIQUE !
Vraiment sans vergogne, l’outrecuidant ! (à suivre)

(1) Signalons qu’en ce moment, c’est pour rendre le vote obligatoire dans un contexte autoritaire rappelant la triste époque de la francisque. Ra Hachiri ! Restons vigilants ! ... Formons nos bataillons !
(2) Guy Béart aussi a chanté « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté... ». Si quelqu’un veut bien me donner la suite...
photos autorisées commons wikipedia 1. Administration coloniale 1950. 2. Quartier de Majicavo-Lamir.

jeudi 16 avril 2015

LES MOTS QUI TUENT ! (1) / Mayotte, France en Danger



De la part de ceux qui ont de la bouteille et des responsabilités, nous avons droit soit au silence assourdissant, soit au « ni responsable ni coupable ». 



Le silence assourdissant soit parce qu’on fait le gros dos, en attendant que la tempête passe, soit parce qu’on fait avancer la caravane tandis que les chiens aboient. Je veux bien en être, de la meute, la langue bien pendue, le fouet leste, et « on » serait monsieur le préfet d’abord aux champs, lors de sa tournée des villages, puis dans ses quartiers tant ce qu’il a vu l’a accablé à moins que ce ne soit pour relever ses manches.  
Ils doit avoir les oreilles qui sifflent quand même ! Pas plus tard que ce matin, à Kwezi, un patron de l’aquaculture en déconfiture ne lui a pas envoyé dire en lâchant tout de go que certains éléments de l’administration viendraient à Mayotte pour « deux ans de dolce vita et une promo à la sortie » ! La radio a évoqué un dossier soumis en janvier 2013 et toujours pas réglé, plus de deux ans après... L’aquaculteur, toujours maître de ses propos mais manquant de réalisme, a même regretté qu’il n’y ait pas plus de fonctionnaires mahorais, plus concernés que ceux qui viennent vivre une parenthèse sous les cocotiers...  Oui, oui, en théorie... quoique, pardon de me répéter, mais les hommes étant ce qu’ils sont, c’est l’institution qui doit les garder dans les rails... En attendant, pour l’entrepreneur qui a des tonnes d’ombrines qui crient famine depuis plus d’un mois (est-ce lié ?), ça « ne bouge pas » à la Préfecture.
Attention de ne pas accuser à la légère, parce qu’au moment de fermer l’antenne, le journaliste a fait état d’un communiqué de la préfecture, une dernière minute, une réaction du tac-au-tac du préfet ! Il a dit texto (ou SMS) que le classement, pris en haut lieu, peut-être dans la nuit, relatif au patrimoine , protégeait désormais les... cases d’un certain quartier où un ex-architecte de la Sim, à Mayotte depuis plus de vingt ans lui ! pas comme ces ronds-de-cuir de la dolce vita ! faisait face au tracto-pelle des démolisseurs (au sens propre !).
Alors, les médisants ? En attendant il a parlé non ? Les poissons d’élevage ne sont pas à un mois près ! Et puis s’ils finissent comme ceux du lagon parce qu’au large, Europe oblige, des bateaux-usines razzient la ressource, ils compatiront, à la préfecture... 

photo autorisée wikipedia et l'haiku promis, comme bol d'oxygène !

 

mercredi 15 avril 2015

LA BUVETTE DES ROSIERS / Pézenas (suite).

LA BUVETTE DES ROSIERS / Pézenas (suite).

Or, curieusement, l'accès direct au boulevard "de ceinture" avec la possibilité de rejoindre l‘ancien cours Molière où se tient le traditionnel marché du samedi, est resté, ou devenu, piétonnier. Une promenade bordée de platanes court en effet vers la ville, mais sur à peine plus d‘une centaine de mètres, stoppée, fermée net par la balustrade style rocaille d‘un jardin public, avec son portillon grillagé, ses arbres, ses massifs, son buste commémoratif, son bassin aux poissons gonflés d'œufs (1). Existait-il antérieurement à la gare et à la promenade ? On se dit qu'il y eut bataille entre les classiques et les modernes. Qui a gagné ? Qui y perdit ? Le collège de jeunes filles, sur cette promenade en cul-de-sac, a-t-il pesé sur l‘accessibilité des lieux ? Et dans quel sens ? Entre la gare et la ville, la circulation hippomobile puis automobile se fait, à droite, de façon détournée, en joignant la route de Roujan. Ce qui a pu être une belle avenue ne forme qu‘un trajet confidentiel, une allée aux platanes, réservée, presque, au collège de jeunes filles. Bloqué par la balustrade, il continue néanmoins, descendant à droite jusqu‘à l‘habitation du voisin, l‘initiateur à la pêche au bouchon dans la rivière proche. Sa famille est la seule, je crois, de ce côté de maisons-immeubles qui donnent aussi, à l‘opposé, mais un niveau plus haut sur la route de Roujan. Encore à droite, donnant dans ce terrain en contrebas qui commence à se lotir, le tracé en £, le symbole de la Livre anglaise en reste à sa boucle.

Un mot sur la place (aujourd’hui un rond-point), au-delà du square, aux limites du territoire, en bordure de la ville. En face des cabinets publics, une salle ou un foyer des fêtes ou du peuple, il a oublié, où se donnaient les conférences de Connaissance du Monde (2). Un dimanche après-midi, agacé de sentir le lundi si proche, il en a même voulu à ces petits chanteurs orphelins portant leur croix qui bêlaient „Ne pleure pas Jeannette...”, comme si tous les enfants obligés de reprendre la classe, et lui en premier, n‘étaient pas à plaindre, eux...

A gauche de la buvette, toujours en regardant la ville, le rail, par un pont de fer, traversait „... un trou de verdure où coule une rivière...” ; la Peyne, un paradis de joncs, de roseaux à cigares, de plantes aquatiques dans le courant, de calmes plus profonds où brèmes, gardons et goujons taquinaient le bouchon rouge vif d'un pêcheur au coup. On en oublie que la voie ferrée, les routes et les chemins semblent exhaussés et qu'en aval le lit de la rivière est bétonné tant elle inquiète la ville. Corsetée, forcée dans un canalet central, l'eau vive ondule de longues algues vertes, cheveux d‘une ondine qui se hâterait de fuir cet aménagement urbain, pressée de recouvrer sa pleine nature. Un gentil débit. Gardons-nous, cependant de moquer l‘ondine... Comme tous les cours d‘eau méditerranéens, la Peyne peut offrir le spectacle dantesque d‘une crue causée par un aigat, „l‘épisode cévenol” des météorologues, quand les quartiers bas se retrouvent inondés et que le niveau dans le lit bétonné atteint l‘arche du pont de la nationale (3).


Mais revenons au pont, désaffecté, de la voie ferrée. Au delà de l'enchevêtrement calculé de poutrelles, comme un hameau rustique, un havre oublié, tout proche pourtant, de tuiles, de potagers et de vergers imbriqués, bien lové au bord de la rivière libre, bien qu‘ exposé à ses colères.

Pour situer le coin, en rayonnant depuis la gare : dans la perspective, le jardin public, à droite la route de Roujan, à gauche le pont, le hameau, la rivière. Et lui au milieu puisque son père travaille ici. La famille loue "La Buvette des Rosiers", vidée depuis longtemps de ses rires, des vives discussions, des allées et venues vers le bourg. Il y a belle lurette que les élégantes et leurs ombrelles ont déserté la tonnelle rouillée... Sa mémoire cherche en vain un rosier grimpant. De l'autre côté du carrefour délaissé, dans la Dauphine bleu séraphin du papa, à l'abri sous ce large auvent de gare qui n'a rien de languedocien, sur la plage arrière, il voit une minette qui attend, habituée à nomadiser, le temps d'un jeudi, d'un dimanche ou des vacances scolaires, du lieu de travail jusqu‘au village, ancrage aussi natal que viscéral. (à suivre).


(1) il s‘agit plutôt du Monument aux Morts, avec le soldat à la canne entourée d‘un serpent, portant son casque de l‘autre main. La mémoire persiste à induire en erreur. Alors que le monument est imposant, avec un portique en arc de cercle où les morts sont inscrits, elle fait confondre avec le square, vers la passerelle sur la Peyne, où se dresse le buste de Molière. Est-ce que cela correspondrait, au début des années 60, à un oubli volontaire des guerres dont la Grande, la première ? Comment le devoir de mémoire était alors transmis aux jeunes générations ?

(2) Les Mahuzier en Afrique, Lionel Terray à l‘Annapurna, pour celles qui reviennent en mémoire et encore, vu que je confondais avec Maurice Herzog...

(3) ces aigats soudains survenaient plutôt en automne lorsqu‘une perturbation en forme de crosse d‘évêque fait tomber un déluge sur le rebord du Massif-Central avant de le faire dévaler sur l‘amphithéâtre languedocien. En 1907, la crue a démoli la passerelle donnant sur la distillerie et le quartier des Calquières Hautes.
 

photo 1 & 4 autorisées commons wikipedia / 2 & 3 François Dedieu 1963.

jeudi 9 avril 2015

"C'EST L’ESPÉRANCE FOLLE..." / Mayotte, France en danger...

Tant de maux nous accablent, tous les signaux sont au rouge et nos mandarins font profil bas quand ils ne relativisent pas, toujours qu'ils sont à minimiser !
Les alarmes s'affolent, la situation s'aggrave et ils continuent, comme avant, à en fausser l'analyse pour mieux se déresponsabiliser ! Ils persistent à transmettre à Paris que tout va bien parce que s'ils demandaient des moyens, leur carrière en pâtirait ! Il ne faut surtout pas déplaire aux éminences grises de François II, président des Français !
Et quand ce qui arriva à Louis XVI nous tombera dessus, ce sera la faute à pas de chance, à la crise, à la conjoncture, au concours de circonstances !
Ce ne sont malheureusement pas les occasions qui manquent de dénoncer encore et toujours les impérities des dirigeants et de l'appareil d’État mais avant de reprendre le "kubey" et le "shengwe", le fouet pour le dire en shim'zungu, pour mieux nous ressourcer, partageons un passé de Mayotte heureuse !
Que revienne ce temps où nos chers petits, loin d'être accablés par les actes de délinquance, portaient nos élans vers demain. Les "miens" écrivaient et illustraient ces poèmes courts directement inspirés des haïkus japonais... ils font partie des signes qui, contre la médiocrité hypocrite, entretiennent une belle espérance...


mercredi 8 avril 2015

CENT ANS DÉJÀ ! C’ÉTAIT... LOUIS PERGAUD


C’ÉTAIT... LOUIS PERGAUD... 

Le 8 avril 1915, cent ans déjà, non loin de Verdun, sur le front de l’Est disparaissait le sous-lieutenant Pergaud Louis, Émile, Vincent. Que son souvenir soit celui du « soldat connu » poussé à témoigner, à parler pour tous ceux qui n’ont pu se faire entendre ou qui n’ont pas voulu revenir sur cette guerre terrible. 


  




Tous ces hommes, des villes ou des villages, des usines ou des champs, portaient les gènes d’une France rurale, proche de la nature. L’inspiration qu’elle a toujours suscité chez les écrivains, loin d’être passéiste, se confond avec ce retour aux sources plus que jamais d’actualité quand seule la croissance est assénée, ressassée par une caste dirigeante escamotant les signes flagrants d’une catastrophe annoncée.

            Sur la forme, et j’espère encore que ce ne sera pas perçu comme une nostalgie réactionnaire qui aurait peur de demain, la prose de Pergaud rappelle ces bons maîtres, ces professeurs qui nous incitaient à employer des verbes expressifs, pour enrichir notre vocabulaire sans toujours répéter « être », « faire ». Au fil des ans et des lectures, pourtant, l’utilité de ces principes semble moins univoque qu’il n’y paraît, du moins chez les grands, ces artistes qui manient les mots comme d’autres les pinceaux, les burins ou les notes de musique. Pagnol, par exemple, sur l’affection entre un enfant et sa grand-mère : « Les grands-mères, c’est comme le mimosa, c’est doux et c’est frais, mais c’est fragile. » (Naïs).
Pour revenir à la Comté de Pergaud, dans la Guerre des Boutons, une phrase, presque la première de la première page, impossible à oublier tant elle foisonne dans sa simplicité : « C’était un matin d’octobre. » Peut-être parle-t-elle mieux au potache qui a eu à en orthographier la suite, mâchouillant consciencieusement son porte-plume, pour mieux réfléchir ou rêver, le regard perdu par-dessus le verre dépoli d’une fenêtre, sur le gris d’un ciel de rentrée des classes ?
« C’était », « C’était »... une expression si simple, si commune, et quelle émotion pourtant ! Pour ceux qui en sont aussi convaincus que pour le Quadrangle, le carré noir sur fond blanc de Malévitch, un florilège des paragraphes, de ceux qui déclinent l’époque et plantent le décor, amorcés sur cette tournure tant syntaxique que d’esprit :    

« C’était un matin d’octobre. Un ciel tourmenté de gros nuages gris limitait l’horizon aux collines prochaines et rendait la campagne mélancolique. Les pruniers étaient nus, les pommiers étaient jaunes, les feuilles de noyer tombaient en une sorte de vol plané, large et lent d’abord, qui s’accentuait d’un seul coup comme un plongeon d’épervier dès que l’angle de chute devenait moins obtus. L’air était humide et tiède. Des ondes de vent couraient par intervalles. Le ronflement monotone des batteuses donnait sa note sourde qui se prolongeait de temps à autre, quand la gerbe était dévorée, en une plainte lugubre comme un sanglot désespéré d’agonie ou un vagissement douloureux. 
L’été venait de finir et l’automne naissait... »
La Guerre des Boutons. Première page.

« ... C’était une belle journée d’automne : les nuages bas qui avaient protégé la terre de la gelée s’étaient évanouis avec l’aurore ; il faisait tiède : les brouillards du ruisseau du Vernais semblaient se fondre dans les premiers rayons du soleil, et derrière les buissons de la Saute, tout là-bas, la lisière ennemie hérissait dans la lumière les fûts jaunes et dégarnis par endroits de ses baliveaux et de ses futaies... »
La Guerre des Boutons. Page 71.

« ... C’était un soir gris et sombre. La bise avait couru tout le jour, balayant les poussières des routes : elle s’arrêtait un peu de souffler ; un calme froid pesait sur les champs ; des nuages plombés, de gros nuages informes s’ébattaient à l’horizon ; la neige n’était pas loin sans doute, mais aucun des chefs accourus à la carrière ne sentait la froidure, ils avaient un brasier dans le cœur, une illumination dans le cerveau... »
La Guerre des Boutons. Page 261.

« ...C’était un soir calme de fin d’automne. La nuit, à grands pas, venait, noircissait par degrés la chape bleue du ciel qui s’étoilait lentement. Pas un souffle de vent ne troublait la tiédeur enveloppante ; les fumées montaient calmes des cheminées, formant sur les carapaces bigarrées des toitures un léger manteau vaporeux. Les clarines tintaient joyeuses au cou des vaches qui rentraient des champs et marchaient d’une vive allure vers l’abreuvoir ; le marteau du forgeron Martin sonnait par intervalles sur l’enclume argentine, et tous ces bruits formaient une rumeur paisible et chantante qui était comme la respiration vigoureuse ou la saine émanation du village... »
Le Roman de Miraut. p. 129 (début du chap 10).  

« C’était un soir de printemps, un soir tiède de mars que rien ne distinguait des autres, un soir de pleine lune et de grand vent qui maintenait dans leur prison de gomme, sous la menace d’une gelée possible, les bourgeons hésitants... » 
De Goupil à Margot. / La tragique aventure de Goupil / 1er mot page 1 !  

             « ... et la grand-mère, comme de coutume, avait commencé de sa voix chevrotante,  un peu mystérieuse et lointaine, le conte traditionnel :
            « C’était il y a des temps et des temps, par un minuit passé, un soir de matines, quand la terre que nous labourons maintenant était encore toute aux seigneurs et que les grands-pères de nos grands-pères leur obéissaient... » 
De Goupil à Margot. / La tragique aventure de Goupil / page 55.


« ... C’était une symphonie de couleurs allant du cri violent des verts ardents et comme vernissés (réfléchissant le soleil sur les mille facettes de leurs miroirs comme pour jouer avec la plaine) aux pâleurs mièvres des rameaux inférieurs, dont les feuilles tendres, aux épidermes délicats et ténus, n’avaient pas encore reçu le baptême ardent de la pleine lune, bu la lampée d’or des rayons chauds, car leur oblique courant n’avait pu combler jusqu’alors que les lisières privilégiées et les faîtes victorieux... » 
De Goupil à Margot / La fin de Fuseline p 80 (une seule phrase particulièrement longue). 

 
« ... C’était un de ces premiers jours où la forêt, comme une femme qui a longtemps résisté, se laisse enfin aller toute aux caresses de l’amant, où elle vit de toutes ses fibres, où elle chante de toutes ses sèves, où les grands baisers du soleil l’ont investie comme un amour victorieux et conquise, et pénétrée toute, et où elle ne tend plus aux vivants, sous ses ombrages captieux, l’asile traître de son insidieuse fraîcheur... »   
De Goupil à Margot / La fin de Fuseline / toujours page 80.

« ... C’était une heure indécise d’une après-midi brumeuse. Aux écoutes sur la branche dépouillée d’un « foyard » où elle se reposait de quêtes infructueuses, Margot scrutait l’espace de son oeil inquisiteur et vif, quand, d’un fourré encore touffu, sous un chêne plus résistant, elle entendit le cri de ralliement de sa gent et y répondit aussitôt... »
De Goupil à Margot / La captivité de Margot page 125.   

            « ... C’était peut-être comme au crépuscule de jadis, près de la mare maudite ; mais là il n’y avait point d’eau ; nul arbre ne se dressait ; seule, au loin, derrière un épaulement de terrain, une fumée bleuâtre montait calme et droite dans le froid sec du matin... » 
De Goupil à Margot / La captivité de Margot page 129.   


« ... C’était une après-midi morose de fin d’hiver, un temps de dégel qui confinait tout le monde dans les maisons, dans la paix somnolente des chambres chaudes, tandis qu’au dehors le paysage se dénudait, sale, gris, cinglé de pluie, fouaillé de vent et semblant tituber de spleen comme un ivrogne reprenant sa marche après avoir dormi dans les fossés du chemin... » 
De Goupil à Margot / La captivité de Margot page 145.

           
« C’était l’hiver sur la plaine et sur la forêt. La neige glacée couvrait partout le sol. Depuis trois semaines pourtant elle ne tombait plus, mais le gel qui l’avait cristallisée en paillettes luisantes d’une finesse merveilleuse, l’avait rendue plus subtile encore et plus traîtresse. Pas un abri n’échappait à son assaut ; son emprise fluante et légère s’étendait aux recoins les mieux défendus et, selon le caprice des bises de décembre qui se plaisent à mener aux carrefours des chemins et aux croisements des tranchées forestières leurs bals blancs, le tourbillonnement gracieux des papillons immaculés s’élevait et s’abaissait, recouvrant au fur et à mesure de leur apparition, les traces mouvantes des passages frayés...»
Histoires de loups (en annexe). L’arrivée du maître (1ère page, 1er mot !).


« ... C’était un beau jour d’hiver ; le soleil, bas sur l’horizon, était sorti tard des brumes qui couvraient les coteaux et ne parvenait point, sous la bise qui soufflait sans relâche, à dégeler si peu que ce fût la croûte glacée qui recouvrait la terre. Des multitudes de traces d’animaux s’entrecroisaient à la surface de la neige et nous nous essayions à deviner quels étaient ceux qui les avaient frayées et si les traces étaient fraîches... »
Ébauche intitulée « La rencontre ». 

             Et pour ceux qui ne partageraient pas, si, par masochisme ils ont lu jusqu’ici, concluons en détournant Pergaud dans sa préface à La Guerre des Boutons : « ...j’ai le droit d’espérer qu’il plaira  aux « hommes de bonne volonté » selon l’Évangile de Jésus et pour ce qui est du reste, comme dit Lebrac, un de mes héros, je m’en fous. » L.P.

    

mardi 7 avril 2015

L’ANGELOT BOUFFI ET LA MAGICIENNE GRISE / Mayotte en Danger

L’ANGELOT BOUFFI ET LA MAGICIENNE GRISE.


Un peu de poésie et de contemplation pour ne pas toujours donner dans l’aigreur et l’acrimonie.


Midi, un courant d’air veut chasser un instant le temps immobile, lourd et moite de la saison des pluies. La mousson n’est que rétention ; la nature souffre. Des cheveux flottent dans un ciel à blanc. Désespérant. L’instinct cependant, du moins l’expérience fait tourner vers le nord qui appelle les bouffées. Oh la belle vision ! Un cumulo-nimbus aspire autour de lui et gonfle ses boursoufflures. Haut dans l’éther, sa tête est décidée : ça va tomber, vous allez voir, ça va péter ! Oh le beau bébé, on se prépare au spectacle ! C’est son corps à présent qui enfle ses volutes ! Les tons chou-fleur s’oxydent, tournent au gris, foncent encore un peu. Encore une rafale ! Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’orage ! Le deuxième acte se précise quand... Mais que se passe-t-il ? La tête ne tient plus, les boucles fondent comme des filaments de barbe à papa et le corps n’est pas loin de subir un même sort. Nimbus se dégonfle d’un coup ; Cumulus s’effiloche parallèlement au lagon. On attendait la bourrasque et c’est le soleil qui se rengorge sur les bleus de la mer et la verdure du mont Chiconi ! Rien alors que le déficit en eau est flagrant... L’angelot baroque ne put pisser l’eau du ciel, penaud il s’éclipse vers la barrière de corail, au ponant... A-t-il péri comme Tycho Brahé, l’astronome qui s’était retenu pour respecter l’exigence protocolaire de ne point quitter la table avant le roi ?
Le lendemain, à l’Est, sur l’échine montagneuse qui coupe l’île en deux. Moins théâtrale, plus efficace, une nuée opaque arrose les hauteurs puis le plateau de Barakani. Elle approche. La rumeur gonfle, devient huée, enfle en bacchanale, culmine en sabbat. Un rideau d’eau hachure l’espace, inonde la varangue, balayant tout ce qui n’a pas été rangé à temps mais pour la terre assoiffée, craquelée, cela ne pouvait mieux tomber. Il pleut à verse sur la paysanne qui poursuit son labeur. Son turban, ses cotonnades vives sont trempes mais une douce tiédeur dilue la sueur et soulage l’effort. C’est si bon qu’elle ne se dit pas qu’elle devra repasser pour les herbes qui ne vont pas tarder à buissonner sous peu. Une magicienne grise enveloppe le pays de ses oripeaux ternes, une fée plutôt, bienfaisante, qui ne fait que passer, sans éclats, sans baguette, sans faire sonner les tambours de l’orage et les éclairs de ces angelots bouffis gonflant les joues sur leurs trompettes et qui parfois font peur et se cacher pour rien. 

C’est bien la poésie mais il faut garder les pieds sur terre !
En saison des pluies l’espoir que toute la ressource voudra bien tomber gentiment prédomine. Il n’empêche que des passages perturbés allant jusqu’aux tempêtes et cyclones font toujours craindre des excès de pluviométrie, avec pour conséquences, des morts, des dégâts, des glissements de terrain, des difficultés d’approvisionnement. En troisième lieu, notons encore la préoccupation latente de manquer d’eau.
Malheureusement, et c’est plus marqué depuis ces cinq dernières années, les périodes de sécheresse sont plus longues et plus sévères. Cette année, même si les chiffres ne sont pas encore disponibles, est-ce lucide d’évoquer un manque de ressource lié à des réserves déjà basses ?
Ce n’est qu’un sentiment, qu’une impression mais quand on sait que l’île (peut-être 300 voire 400.000 habitants d’après certains élus) nécessitera de toujours plus de surfaces agricoles et que pour cela des pistes s’ouvrent en forêt, des arbres sont abattus on ne peut pas ignorer qu’un couvert végétal diminué c’est moins de pluies dans le cycle local. 


Sur les hauts de Sada, des paysages sont défigurés et cela n’est pas sans rappeler les saignées en Amazonie. Tout autour de la ville, les zones jadis agricoles se construisent à tout-va au prix de dizaines d’arbres abattus ou « étranglés » sur pied. Même légalement, comment un propriétaire peut-il supprimer, quand ce n’est pas par les clandestins qu’il tolère, des arbres que son grand-père sinon un aïeul plus éloigné a connus ? 

Bien sûr que la ressource en eau est compromise mais il ne faut pas oublier aussi que lors d’épisodes cycloniques tels Kamissy, la disette aurait été pire sans les mangues et les jaques (le fenesi) dont on consommait même les noyaux ! 

photos autorisées : 1. Ange baroque cathédrale de Strasbourg (commons wikipedia)

lundi 6 avril 2015

PAS QUE... / Fleury d'Aude en Languedoc

Pas que... pas que ça...
Peu importe si nissan (1) est antérieur à Nicée... Mais non, pas la marque nippone (ni mauvaise non plus) ; ensuite, si vous prononcez "niquée", c'est que vous confondez avec l'Athéna, qui l'était, et majuscule qui plus est ! Peu importe si la Pâque prélude aux Pâques, ce qui préexiste sans contestation aucune, sous les climats à quatre saisons, c'est l'équinoxe de printemps, le renouveau, la promesse de la terre, l'espérance universelle que demain encore sera. « Que sera, sera... » (2)





Alors tous les signaux, même exhibés en signes de ralliement au nom de dogmes sectaires, je me les récupère car je les aime, mes semblables quand, cessant les fanfaronnades, ils se regroupent pour s'en remettre à plus fort qu'eux. Alors chez moi, quand les bourgeons gonflent, dehors et dans ma tête, fin mars, début avril, je me les fais miens les lauriers, le buis, l'olivier et tous ces rameaux élevés vers le ciel : je leur fais dire la même chose qu’en troupeau, mais autrement, en marmonnant, doucement pour qu'on croie avoir entendu, sans comprendre vraiment. Mais c'était avant, c'est apaisé maintenant... Pas comme là-bas, de l'autre côté, où une bête immonde exhale sa barbarie, où "... Pas besoin d'être Jérémie pour d'viner l'sort qui..." leur est promis.

Non, non, contrairement à ce que vous croyez, je ne vais pas encore vilipender nos dirigeants mouillés un tant soit peu et valant si peu, d'ailleurs. Je reste avec Pergaud et Brassens, vaut mieux...
Fichtre ! un peu de hauteur, ça sent meilleur là-haut ! La chasse aux papillons, Pâques fleuries, mon clocher et ces volées de souvenirs qui grifferont jusqu'au dernier jour...
Je cours relire, avec une envie toujours renouvelée, ce que nous écrivions avec papa, à quatre mains presque. Lui, reprend un martelet que j'ai dû évoquer même si c'était un peu tôt, de la part des jeunes désœuvrés, pour taper chez les gens endormis. Sa touche personnelle, plus captivante, vient juste après : 



« ... Dimanche des rameaux 1953 : Le mauve de la glycine qui étale ses grappes près d’un portail de la place du Ramonétage m’a fait penser à l’entrée monumentale du château de Saint-André-de-Sangonis, et en ce jour des Rameaux je revois Marcellin, le vieux serviteur zélé jonzacois qui, de retour de la messe, parcourait une à une les pièces de la grande maison pour laisser dans chacune d’elles une branchette de laurier bénit destinée à remplacer celle de l’année précédente. Pauvre Marcellin, si gentil au fond, qui revenait avec nostalgie sur ses cinquante années passées au service des familles Martin, puis Gaudion de Conas, Romilly enfin ; il évoquait la cure à lui payée jadis annuellement à « Châtel » (Châtelguyon), les tenues de service auxquelles il avait droit, bref les beaux moments de sa vie de fidèle domestique. Et maintenant ? La comtesse, toujours à court d’argent, lui devait même sept mois de gages, quelle misère ! Aurait-il mieux fait de rester au service de la maison Martell qui portait si haut depuis si longtemps le renom du cognac français, celui de son pays qu’il ne reverrait plus ?.. » François Dedieu, p. 185 Le Renouveau  / Caboujolette 2008.


Moi : « ... Le samedi reste empreint de mystère mais notre communauté villageoise renaît le dimanche dans l'église inondée de soleil, pleine de monde, lorsqu'une élégante voulant se mettre en évidence se signe en retard devant le bénitier. Ensuite les familles se retrouvent pour le repas de fête avec les œufs au mimosa, farcis d'anchois, le gigot de l'agneau pascal et le bras de Vénus à la crème pâtissière.

Une tradition qui n'a rien de religieux veut que l'omelette pascale soit préparée pour le pique-nique du lundi de Pâques. La Saint-Loup (3) est un jour férié. Les groupes joyeux se retrouvent dans les pins, dans les prés, à la mer aussi… aux Cabanes, à Saint-Pierre... » Jean-François Dedieu, p. 161 Le Renouveau / Le Carignan 2008.   




Lundi de Pâques 6 avril 2015, comment laisser passer un jour indissociable de son dimanche, sans trop penser à « l’agnus pascalus » qui a eu plus de chance que son alter ego « paschalis » parce que « sans le latin, sans le latin... », même Brassens n’a plus voulu suivre (4) ! 



(1) mois hébraïque.
(2) « When I was just a little girl
I asked my mother, " What will I be ?
Will I be pretty, will I be rich ? "
Here's what she said to me... » Doris Day (1956).
(3) Quel est ce saint mystérieux ? A Coursan, ils disent « faire pâquette ».
(4) langue de l’Eglise alors que la Nouveau Testament est écrit en grec. 

photos 1 tulipes F. Dedieu 1965. 2 & 3 ciste cotonneux et ciste de Montpellier JFDedieu.