mercredi 18 février 2026

Aux Cabanes-de-Fleury, pêches au tramail et au trabac (5)

Suite au paragraphe de la pêche au globe, nous retrouvons Henri Bourjade lors de sa participation au numéro de la revue Folklore sur « La pêche sur le littoral audois ». 

« ...Armalhados. On désigne aussi ce filet sous le nom de tramail. En usage à Leucate de mars en août. Il est composé de trois nappes posées immédiatement l'une sur l'autre. Elles sont montées sur une ralingue commune. Les mailles sont de 13, 24 et 27 mm. Les entremailles sont bordées d'une lisière appelée sardon (Mlle NARBONNE). 

Sous le nom de “ piècos ” (ou “ piéços” ? JFD) M. BOURJADE décrit un filet analogue au tramail en usage aux Cabanes de Fleury : « La pièce est un filet rectangulaire de quelques mètres de hauteur, mais dont la longueur peut atteindre plusieurs centaines de mètres. Elle se compose de trois nappes superposées dont l'une, ou aumée à mailles d'environ 22 mm. est prise entre deux autres à mailles de 15 cm. entre lesquelles, le poisson passe facilement pour s'entortiller dans l'aumée. Il faut visiter la pièce chaque matin, car les crabes dévorent souvent le poisson prisonnier. La pièce se place de 3 à 800 m. du rivage, toujours parallèlement à lui. » 

Entrée “ tramail ” du Grand Larousse 1952.

Alors là ! faudrait un pescaire pour une explication supplémentaire ! Comment se prend le poisson ? Et les données du Grand Larousse, « tramail ou trémail » tant le texte que le dessin n'éclairent pas davantage : « Lorsque les poissons pénètrent à travers l'aumée, ils se débattent dans la flue qui forme la poche et les retient prisonniers »

Trabacou de la mar. Le trabacou de la mer est à peu près identique à celui de l'étang. On place ce filet au bord de la mer. La manche principale, la mèstro, est fixée vers la mer à un fèrre (ancre) relié par le tiro-vèni à cette manche; celui-ci est en communication avec le rivage par une corde que permet en cas de mauvais temps de ramener le filet au rivage. La paradière et les deux manches secondaires sont attachées par des cordes amarrées sur le rivage. Ce filet est utilisé de mars à juin. Il permet de capturer les lisses, les daurades, les raies, les rougets, les seiches. (VALS).  

Robert Vié en plein travail. 

Schéma approximatif du trabac à la mer... ajoutez flotteurs et plombs ainsi que lo ferre, l'ancre maintenant tendu l'engin de pêche... 

Robert travaillant, on dirait, à un trabac : accrochées à l'arrière, les pantanes sont visibles... d'après François Marty, il faut au moins trois jours pour finir un tel piège.  

M. BOURJADE décrit ce même filet sous le nom de trabac, tel qu'il est en usage aux Cabanes de Fleury : le trabac se compose d'une nappe simple, longue d'une centaine de mètres; à une extrémité la poche vaste verveux muni de deux ailes. Il est placé perpendiculairement à la plage de mars à juin ; du côté du large la poche est fixée à un grapin, le tout est tendu de la rive; l'extrémité de la nappe doit toucher le solide façon à interdire le passage de ce côté. Le poisson qui longe la rive, en particulier la daurade, effrayé par le filet, se détourne parallèlement à lui et va se précipiter dans la poche, guidé en cela entre la nappe et l'une des d'eux ailes. Il faut visiter la poche chaque matin. (à suivre)


mardi 17 février 2026

Entre Les-Cabanes et Gruissan, les “ Robert ” Vié, Boni et François Marty (4)

Le globe redescend alors pour n'être relevé que suite à un bon quart d'heure d'attente. Posé à portée des habitations, il appartient à tous et est utilisé par roulement (1). Ceux qui possèdent un tel filet à titre privé (ils sont 17 dans les années 1920 (2)) ne peuvent caler qu'en amont... 

Robert Vié (1927-2007), ravaudant dans son impasse (années 74-77). 

Ce que faisait notre regretté voisin, Robert Vié (1927-2007), homme d'une convivialité constante, ouvert aux autres, recevant les écoliers dans son petit musée de la pêche avec maquettes (dont celle du globe avec les poteaux, le filet, les tourets de bois), qui m'invita plus d'une fois soit à la pose de palangres dans la rivière ou à la pêche à l'anguille sur l'Étang de l'Ayrolle, sinon à la traîne entre Pissevaches et la plage des Cabanes même. Dans la deuxième moitié des années 60, suivant la période, secondé par son fils Claude, cadet d'Élian (poutous à eux deux, à Hélène, la petite sœur et Jeannette la maman !) il calait son globe plus ou moins haut dans l'Aude. 

Le cabanon de La Treille en 2021

En été, c'était entre La Pointe et Joie, exactement au cabanon de La Treille, nous y arrivions en bande, six ou plus (Jean-Marie, Joseph, René, Robert, Guy, JF... nous y allions, comme Montand, à bicyclette) en pleine pêche au muge. Les treuils de Robert et Claude à côté, cela n'empêcha pas leur accueil toujours aussi aimable et souriant... comme nous aurions aimé l'avoir plus longtemps... (à suivre)      

(1) Robert Boni (1927-2019) (si quelqu'un dispose d'une photo autorisée, elle sera la bienvenue), ancien inscrit maritime aux Cabanes, compte un poste de plus pour la pêche au globe, celui dit « du Canalet », à la sortie du port. Il précise que la pêche au globe bénéficie d'une tolérance vu qu'il est interdit d'entraver la circulation dans un port ; il ajoute que cette pêche, réservée aux « demi-soldiers », aux retraités, permettait « d'arrondir les fins de mois », qu'ensuite le droit à cette pêche a été élargi à tous les inscrits justifiant d'au moins neuf mois d'armement par an (ils étaient alors 22 pêcheurs). Le roulement se tirait au sort en avril : les périodes et saisons, les aléas climatiques alimentaient jalousies et tiraillements. D'après cet entretien, il ne reste plus que le globe à l'usine (dit « de la mer »), entre les deux ports édifiés. 
Depuis (l'entretien date de septembre 1998 dans « Le Cagnard » n°11 “ magazine de tous les Pérignanais ”) Les-Cabanes ne comptent plus d'inscrits maritimes, (l'inscription date de Colbert il fallait cinq ans de marine royale et ensuite passer par le noviciat et le matelotage pour devenir patron). Désormais il ne faut ni être inscrit pas plus que diplômé pour être pêcheur.  

(2) regroupés au sein d'une « Société des barres fixes et souffertes ». Le premier règlement à la prud'homie de Gruissan date de 1902. Sont fournis les poteaux (rails), les pieux d'ancrage, les souffertes (câbles). En cas de non respect du règlement, les contrevenants doivent payer une amende, faute de quoi ils ne pourront travailler.    
Informations que l'on doit à François Marty (1953-2008) dans une « Étude Inachevée... » (et pour cause) (voir le site « archives du sensible / Parc Naturel de la Narbonnaise Etude pêche Marty_août2010 ). 

François Marty emprunt aux Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise... qu'ils en soient remerciés...

Pour une biographie : François Marty  
(voir aussi Par-delà les lagunes avec, à la fin, une étonnante recette de cassoulet à la seiche... Pauvre Chaffou, parti à l'âge de profiter de sa retraite).