vendredi 4 septembre 2026

Avec PAGNOL, c'était pour se CONSOLER du CORONAVIRUS (3 et fin)

C'était en 2020, et comme de temps à autre, un film, une série télé ou encore les épisodes à la radio, en la circonstance, ceux d'Ariane Ascaride racontant Pagnol en ce mois d'août 2026 sur France Inter, recolorisent tant d'images et de mots légués par ce grand auteur mondialement connu, osant garder le projecteur tourné sur Marseille, la Provence, le Midi, le pourtour méditerranéen sinon le Sud, modestement à ma place (ne prêtez pas attention aux jaloux qui prétendent que les méridionaux en font toujours trop), seulement sur les pas du cinéaste écrivain, et parce qu'il faut cultiver le doute et toujours tenter de corriger nos imperfections et plus encore, je me dois de reprendre et de compléter ce tableau en deux volets  du temps du coronavirus (1) 

Sinon, vraiment cousins, et plus encore avec nous de la Clape, la géographie en atteste. Qué la géographie ? Faut pas quicher quand même ! Mais si, la Clape reste un témoin émergé d'une chaîne pyrénéo-provençale dont une partie des plis effondrés se trouve au fond du Golfe du Lion. Il n'en subsiste que les extrémités, la Clape dans l'Aude et les chaînes de l'Estaque et de l'Etoile, au-dessus de Marseille, au pays de Marcel, Lili, Paul, Augustine, Joseph, tante Rose, l'oncle Jules... Ugolin, Manon, le Papet, Pamphile et Amélie aux gros nénés... 

Et j'ose même aller plus loin pour une passerelle entre le Garlaban de la Chaîne de l'Étoile et dans les Corbières notre Pech de Bugarach... 

« Et en quel honneur ? » me direz-vous... 

— É bé, Garlaban, pardon, faut pas dire “ le ”, a aussi un pli couché lui donnant un air de montagne inversée, ce qui est officiellement reconnu pour notre Pech de Bugarach... et je vous fais remarquer que je ne suis pas allé jusqu'à vous parler de montagne couronnée « de chèvres, au temps des derniers chevriers... » comme l'a si bucoliquement transcrit Marcel Pagnol lui-même, pour la bonne raison que quand je suis passé là-bas en famille dans les années 80, y avait encore nombre de bergeries au village, aux vantaux supérieurs de portes bien ouverts sur divers bêlements, que même, j'en donnerais pas ma main à couper, il me semble que nous y avons acheté du fromage... 
Et j'allais oublier, les Corbières c'est Cucugnan aussi à propos du fameux sermon du curé Martin, abordé par Pagnol dans ces années 50 notamment dans les trois Lettres de mon Moulin filmées en 1954, un curé et son sermon qui finalement n'y figureront pas mais qui reviendront néanmoins par le biais d'un téléfilm en 1968, toujours avec Fernandel me semble-t-il...  

1968. Le cousin Baptiste dans la plaine de Pamiers. 

  
Et plus loin encore, bien que ce dossier ne soit pas clos et parce que là c'est personnel, les Dedieu venant du département de l'Ariège, n'est-ce pas à Pamiers où nous avions le cousin Baptiste, que Pagnol fut répétiteur d'anglais ?     

Ticky Holgado (1944-2004) avec Jacques Villeret (pressenti un temps, après Coluche (2) pour le rôle d'Ugolin sans ignorer la performance d'acteur de Daniel Auteuil) dans les secrets professionnels du docteur Apfelglück. Marcel Pagnol copiait Giono sans vergogne lui disant même qu'il ne pouvait pas s'en empêcher, que c'était plus fort que lui. Je suis aussi coupable de cette capture d'écran dérobée à Youtube... 

(1) cf articles « Marcel Pagnol pour se consoler du coronavirus » mars 2020. 

(2) Jacques Villeret (1951-2005), 53 ans, pressenti pour le rôle d'Ugolin s'est heurté au refus catégorique d'Yves Montand menaçant de ne pas jouer le papet si Villeret était pris ... certainement parce que Villeret lui aurait fait de l'ombre, trois ans auparavant, en 1983, dans le film « Garçon ». 

Note : toutes les photos sont issues de la bande annonce du film mais je ne demanderai rien pour la promotion faite ici... 


mercredi 2 septembre 2026

ON TAPE DANS LA RUE...

On tape dans la rue. Je feuillette un recueil tout petit, de Pierre Requi, instituteur public « 115 Problèmes Récapitulatifs Sans Solutions A l'usage des candidats au Certificat d'Études Primaires » ... 

Il n'est pas fait mention de l'éditeur, de l'imprimeur... 

On tape dans la rue, des coups sourds qui résonnent, sur du bois on dirait, un tonneau sinon une comporte en ces temps de vendange... pourquoi pas une comporte sauf que, de temps à autre, lorsque ce n'est pas une remorque vide brinquebalante et sautant sur sa paire de pneus enflés (il faut dire qu'un peu imbu par son activité prioritaire, le tracteur appuie trop allègrement sur le champignon...), on n'entend qu'un moteur de machine à vendanger qui passe, très bruyant comme pour expliquer une suralimentation liée à la performance sollicitée. 

Illustration de la lecture « Les tonneliers », La Vie rustique, André Theuriet, (Tallandier, édit.). Du manuel « Le livre unique de français » cours moyen de L. Dumas chez Hachette.

Mais j'entends taper sur du bois, ça résonne dans l'air, ça résonne en moi... les coups, le bois, le recueil de problèmes, la résonnance et c'est l'atelier de Gustave, dans les copeaux l'artisan au mégot de maïs toujours au coin des lèvres, Rouquier, le tonnelier aux tintements des coups en force sur les douves, ces douelles qui s'épaulent. Les cercles de fer compriment jusqu'à compacter le chêne ou le châtaignier passé au feu, qui sent si bon. 

Gustave, nous le voyons travailler en passant, avec son père encore ; nous humons les fumées odorantes depuis la cour de l'école juste en vis-à-vis, derrière le mur... Là où, avant que la cloche ne sonne, risquant la punition, nous nous haussons sur la pointe des pieds pour, au-dessus du verre dépoli des hautes fenêtres du préau, voir passer le cheval, son chariot de raisins, le pissat laissé et le crottin que les petites vieilles d'en face se hâtent de ramasser...  

On tape dans la rue... pardon s'il y a moi d'abord... il faut bien commencer par un commencement mais qu'est-ce qu'il racontait papa, déjà sur l'école ? Entre autres, que la classe de l'après-midi débutait à 13 heures (heure nouvelle ? heure vieille ?) et qu'il arrivait que le retardataire s'entende dire par un passant « A l’escolo, qu’a picat uno », qu'un coup a sonné au clocher. 

« ...En lisant André Chamson. Ce qui est intéressant, c’est de découvrir au détour d’une page un terme local languedocien, francisé pour la circonstance, tel, page 121 « le repic » : « Le repic de 5 heures vient de sonner à la longue horloge dont le fronton de bronze doré, disposé en faisceaux d’armes et de drapeaux dans le goût du Directoire, étincelle à côté de la panetière. » (tiré de « Roux le bandit »). Il faudra que je relève quelques-uns de ces mots précieux... » : repéré dans « Caboujolette », Pages de Vie à Fleury-d'Aude II, 2008, François Dedieu. 

Et le Certificat d'Études ? Le premier des 115 problèmes s'énonce ainsi : 

« Une bourse contient 91 pièces de 5 frs et de 0 fr. 50 formant la somme de 176frs. Quel est le nombre de pièces de chaque espèce ? » (1).

Sous le bras, en gibecière aussi, le cartable... Première lecture du  « Livre unique de français » toujours de L. Dumas chez Hachette, 1928. 

« René va à l'école », première lecture du premier livre de L. Dumas « Le livre unique de français », Hachette 1930.
 

Hier 1er septembre, la rentrée des classes... Mes arrière-petits-neveux sont partis, cartable sur le dos (2) et au moins l'un d'eux, sur roulettes... quelle évolution aussi depuis la poignée puis les bretelles manière de soulager la colonne et à présent les roulettes pour ménager le dos... Mon dernier des grands attaque sa licence de chinois, loin là-bas, à La Réunion... 

On tape dans la rue... Ça a dû me taper dans le ciboulot aussi... 

À propos des 115 problèmes (« un nombre aussi restreint que possible »), cette note de Pierre Requi, instituteur à Lodève (Hérault). (Il y a bien Jean-Luc Requi il semblerait impliqué en politique à Lodève mais rien sur Internet sur l'instituteur public, une appellation trouvée aussi chez Joseph Pagnol, père de Marcel...  

(1) Vous avez trouvé ? sans tricher ? Moi, je ne l'aurais pas eu le CEP ! disqualifié par le long laps de temps, même par intermittences, qu'il m'a fallu pour poser mes équations du premier degré... Chapeau, surtout que la dictée aussi était des plus gratinées ! Chapeau les récipiendaires qui pour la majorité, versés dans la vie active, n'allaient pas plus loin !   

(2) le premier à Fleury avec, à la mode tchécoslovaque, le cartable sur le dos, je ne vous dis pas les quolibets, les moqueries jusqu'à se passer la casquette qu'ils m'avaient prise...