Huit de Fleury, huit ils étaient à partir loin, en Bretagne, pour un cheval...
« [...] Tu dois savoir que papé Jean et l’oncle Noé, accompagnés de Rey Antoine (père de Germain Rey et Jeanine Carrière, celui dont l’ancienne maison de l’avenue de Salles est en triste état à présent), de Blaise Vicente (beau-père de Péna) et de Jean Vila, père de Jeanne Sala, étaient allés en Bretagne, du côté de Landerneau et Brest, pour acheter les chevaux, et cela en mars 1945, époque où c’était une véritable expédition (ponts coupés, trains aléatoires…). Or, l’oncle Noé avait particulièrement souffert d’une sciatique tenace l’empêchant absolument de marcher. »
Lettre de mamé de 1945 : « … Papa a dû te dire sur sa lettre qu'il était allé en Bretagne avec l'oncle Noé. Ils étaient huit pour le wagon. Ils sont allés acheter un cheval, il a cinq ans, il est sage, il ressemble à Lamy. Ils y sont restés un mois. Ils sont allés à Brest. Ce n'est que des ruines. Ils ont fait un beau voyage. »
C'est au cours de ce voyage historique que l'oncle Noé avait attrapé sa fameuse sciatique, et que Vila (le père de Jeanne Sala), qui faisait partie du groupe avec également, Rey et Blaise Vicente, lui avait confectionné (il était menuisier de métier), une paire de béquilles afin qu'il puisse se déplacer un peu pour aller voir les chevaux et acheter le sien (sinon il aurait fait ce mémorable voyage pour rien !) Voilà pourquoi, en début de lettre, je lis : « Nous sommes très contents que tu sois en bonne santé. Pour nous, il en est de même, nous allons tous bien, sauf l'oncle Noé qui est toujours souffrant de sa sciatique. Il marche avec deux cannes, et au début il avait des béquilles. Il reste trois ou quatre jours qu'il marche bien, puis ça le reprend. C'est ennuyeux : pour les vendanges il ne sera peut-être pas guéri. Heureusement que toi tu seras ici. Norbert n'a encore rien reçu, aucun de la 44 n'est parti… »
Si la santé de notre bon oncle Noé est un sujet à lui seul, comment ne pas se demander sur quels critères toute cette équipée de vignerons s'est dispensée des maquignons de Narbonne quant au choix d'un cheval de travail ? Et ce cheval, a-t-il été bien élevé pour le travail ?
C'est vague et peu précis sur l'Internet : autant me tourner vers ces amis presque, auxquels je ne manque pas de rendre régulièrement visite, les livres dont le Larousse Agricole 1952, plus indiqué, à mon sens, sur la production de travail, que les publications actuelles plus centrées sur le loisir; le tourisme avec un bémol néanmoins, positif, concernant un regain du travail animal lié au développement durable, le cheval de trait au labour ou au débardage de bois ne tassant pas le sol contrairement aux engins mécaniques.

Chevaux bretons à Trémazan Finistère Bretagne France 2021 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Envel Le Hir
Le Trait breton : aussi demandé que le Trait comtois, il est le résultat de croisements (XVIII, XIXe) destinés à l'armée, l'élevage, l'amélioration d'autres espèces. Comme tous les chevaux de travail, il développe un rendement d'environ 2,6 fois plus qu'un moteur thermique. (à suivre)
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