mardi 14 juillet 2026

La TORTUE d'Yves le pêcheur du Golfe, un 14 JUILLET...

En souvenir ému et respectueux d'Yves Boni, pêcheur du Golfe bien de chez nous (tant pour le Golfe au singulier que pour Yves des cabanes et de Fleury). Yves nous a quittés, âgé de 94 ans, le 26 mai ; depuis le 1er juin auprès de Thérèse son épouse, il repose dans notre cimetière. 

Pour avoir discuté quelques matins avec lui, en juillet-août 2015, à son adresse de Saint-Pierre-la-Mer, j'ai eu l'idée de reprendre ces entretiens datant déjà de plus de dix ans et à la relecture intéressante, tant les trous de mémoire s'ajoutent, même après en avoir transcrit la teneur... 

Yves a laissé quelques écrits... c'est vrai qu'il était homme à partager, à livrer des épisodes d'une existence digne... nous devons à un membre dévoué de sa famille qui a rassemblé les feuillets d'Yves d'en savoir un peu plus, en complémentarité à la publication du samedi 12 septembre 2015 reprise ci-dessous.        

UNE LUTTE ÉPIQUE DES PÊCHEURS DU GOLFE (IX) / Fleury d'Aude en Languedoc

« ... Figure-toi que le 14 juillet 1949, c’est facile à retenir, nous avions quelque chose de lourd, de costaud dans le filet, une masse sombre... Ce ne pouvait être qu’une épave, une périssoire entre deux eaux... Oh ! mais quand on a vu qu’elle se laissait pas faire, la forme mastoc, on s’est demandé ce que ça pouvait être...
Tu peux me croire, d’ailleurs, si je me souviens, Bouscarle a pris la photo... demande à Francis, il doit l’avoir...C’était une tortue noire, mais noire ! Nous étions trois bateaux dont le Troukebek (me souveni pas coumo s’escris), celui de Francis, et neuf hommes en tout ; j’ai plongé pour passer les cordes. Ça a bien bataillé trois heures, par le plus petit bout, pour s’approcher de la jetée de La Nouvelle. Oh ! mais quand elle a vu le bord, elle s’est agitée ; alors on y est monté dessus, à deux... Adieu ! elle nous a envoyés en l’air comme si de rien n’était : on faisait pourtant 80 kilos chacun ! C’est qu’elle avait des dents énormes ! et quatre en plus ! Je ne te dis pas ! 

   Un a dit « Il faut la vendre ! » Justement, un forain proposait de la prendre pour l’exposer. Y avait une foule, peut-être des milliers de personnes ! On voulait la tirer vers une rampe de mise à l’eau... Oh ! cinq ou six coups de nageoire et les 60 qui tenaient la corde se sont retrouvés dans le canal !  Enfin, mètre après mètre, on est arrivé à la monter sur le plan incliné. C’était déjà 6 heures du soir et depuis 3 heures, une camionnette était arrivée de l’aquarium de Banyuls... Quelqu’un avait dû téléphoner... Tu aurais vu comme elle a explosé le plateau de la 402 ! 

L'_Observatoire_Océanologique_de_Banyuls-sur-Mer 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Jpbazard. 


Ils l’ont mise dans un bassin, paraît-il... Combien de temps elle a tenu ? C’est qu’il lui fallait 30 à 40 kilos de sardines par jour ! puis la carapace s’est retrouvée à l’entrée de l’aquarium, elle y est peut-être encore... Et nous, on se l’est donnée depuis le matin pour un croustet en guise de repas, c’est tout ce qu’on avait gagné ! 

— Quel dommage, réagis-je en imaginant leurs mines déconfites devant les sandwiches, si j’avais su... nous y étions justement, dans l’embouteillage de Banyuls, il y a quelques jours à peine, de retour d’Espagne par la Côte Vermeille... » 

Nada, à ce jour, de la part de l’aquarium sur la tortue géante : pas un mot, pas une photo de l’entrée, pas le moindre indice ! 

Caramboles fruits United States Department of Agriculture Domaine public; Author photo Scott Bauer La forme a donné le nom malais de penyu belimbing, tortue carambole.

Il s’agit vraisemblablement d’une variété marine très grosse (les mâles peuvent atteindre 900 kilos !), comme tend à le confirmer, en dépit des silences de Banyuls, une recherche opiniâtre... en rien comparable, néanmoins, avec la lutte épique des pêcheurs du Golfe et du chélonien à la bouche dotée, qui plus est, de crochets monstrueux  !  (à suivre)

Note : « bioversarium » dans sa version moderne, enrichi par l'ajout d'un jardin méditerranéen, l'aquarium de Banyuls créé en 1885 par le Professeur Henri de Lacaze Duthiers, fondateur du laboratoire Arago, date de 2017 dans sa conception actuelle.   

mardi 7 juillet 2026

Yves Boni par Yves BONI, le rugby (7)

Lors du décès d'Yves Boni (1932-2026) une personne de sa famille a tenu à reproduire et remettre quelques exemplaires d'écrits d'Yves sur sa vie de pêcheur, de Cabanaïre (habitant du hameau portuaire des Cabanes-de-Fleury), de rugbyman aussi (il jouait pilier)... Avec toute l'estime portée à Yves, suite à une amitié ponctuelle mais complice et de confiance, matière à de riches entretiens à l'été 2015, dans sa villa, comme on l'entend chez nous, aux pièces toujours à l'échelle de ce qui fut sa baraque à Saint- Pierre, je me suis permis de recopier ce fascicule de témoignages qu'il tenait à laisser... Aujourd'hui, sa dernière page sur le rugby... 

« 16 ans, c'est dans ces années-là que j'ai commencé à faire du sport. J'ai joué quelques matchs avec Fleury puis un jour est arrivé Monsieur Serin qui a voulu me faire venir à Béziers. Au début mon père n'a pas voulu, les négociations ont continué avec les dirigeants de Béziers qui demandaient et à force de palabres mon père a accepté mais à une condition que le lundi je sois au travail. 

Béziers, stade_de_Sauclières 2015 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Author Beru91. Antre du rugby du « Grand Béziers », passé au foot depuis la réalisation du Stade de La Méditerranée (1989) (Raoul Barrière depuis). La nouvelle tribune moins haute mais certainement plus sécure que l'ancienne et ce qui reste, autour, de la cendrée. 

J'ai commencé à m'entraîner au stade Sauclières tous les jeudis, cela me plaisait, mais il y avait des contraintes pour rejoindre Béziers. Je devais partir en footing, je traversais la rivière avec une embarcation et puis je faisais du footing des cabanes à Valras. Ensuite je prenais le car jusqu'à Béziers et le retour c'était la même chose, et parfois même, avec le beau temps je traversais à la nage. les premiers matchs c'était un peu dur, aux entraînements je me régale de faire des tours de terrain, mais les copains ne sont pas d'accord, et gueulent après moi. Les entraîneurs les sermonnent pour qu'ils en fassent autant. Pour moi, le footing que je faisais c'était un amusement. Puis est venu le moment de faire des matchs donc les entraîneurs ont formé une équipe et je jouais deuxième ligne. L'équipe a été formée comme suit, si je me rappelle bien : première ligne est composée de Assalit, Tabourrich, Perret, en deuxième ligne Bucs, Boni, en troisième ligne Ventajou, Mur, Arnal, demie de mêlé, Villa, ouverture Dejean... aux ailes, il y avait, Lucien Royer et à l'autre Canitrot, pour finir à l'arrière, Roger Chausson. 

On est parti pour la saison et on est arrivé en demi-finale des juniors dès la première année, la deuxième saison a été la même. La troisième saison on est arrivé en finale contre Clermont-Ferrand. On a perdu six à trois. 

Puis j'ai continué à jouer avec la Marine, à mes 20 ans, j'ai été sélectionné avec l'équipe de la Marine à Toulon et on est arrivé en finale. On est allé jouer à Bordeaux au stade Bègles contre la Santé navale, on était logé à la caserne de l'armée de terre. On avait une bonne équipe avec des internationaux de Marseille XIII, Miserou, Prudhon, Roumat, mais on avait perdu neuf à six. 

Écrit pendant l'année 2024. Yves BONI » 

Collection Josette Saborit-Dolques. Passés les trente ans, de ceux qui, en 1961, ont été champions du Languedoc 4ème série et battus en 1/16èmes de finale du Championnat de France par Mirande, gagnant le bouclier cette année-là, de ceux qui, en 1964, ont été finalistes du Languedoc et ensuite battus en 1/4 du Championnat de France par Mauvezin, aussi victorieuse du Brennus cette fois-là, Yves jouait encore dans l'équipe locale...