samedi 7 février 2026

Petite CHRONIQUE du PAYS, octobre 1994 (1).

 Aidez-moi. Rien, à part ce que le vécu m'a soufflé avant-hier, avec le premier match du Tournoi des Six Nations ; avant, les matchs se jouaient le samedi (pas le dimanche en raison de la religion chez les Britanniques) et, le samedi figurant régulièrement sur l'emploi du temps, la liberté de fin de semaine ne débutait donc que l'après-midi ; en attendant l'heure du match, c'était bien d'aller promener le chien (1) en cherchant des asperges par une de ces belles journées de février, pourquoi pas avec des amandiers en fleur, le printemps déjà dans les têtes. Une scène parmi toutes celles déjà décrites ici et que j'aime me raconter sauf qu'à présent, même en me disant que ça viendra demain, je me sens sec (2), le rien est que l'inspiration n'est plus. Aidez-moi.    

La muse boude et pourtant il me faut ma dose, il me faut écrire quelque chose, déjà pour chasser un stress qui assaille à la moindre contrariété (3). En dépannage et aussi afin de corriger mes pulsions brouillonnes sinon, un certain désordre dans les publications bien que pas seul, la muse étant aussi fautive que moi... en dépannage donc, une visite chronologique des nouvelles de mon village à partir d'octobre 1994 avec mon départ à Mayotte. Comme quoi l'éloignement rapproche... (les guillemets relèvent les propos de mon père). 

Villegly_-_Château, propriété du Conseil Général de l'Aude (parc ouvert au public) 2018 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Author Tylwyth Eldar
 

De Fleury-d'Aude, le 6 octobre 1994. 

À l'occasion d'une sortie du troisième âge, invités par Gilbert Pla, maire de Coursan et Conseiller Général, mes parents (72 et 70 ans) sont partis à Villegly, seul le car étant à la charge des participants. Propriété du département, le château de Villegly est aussi Centre d'Études Cathares. Après un exposé par un jeune animateur (4), un bon repas fut servi (à suivre). 

Château_de_Bouisse_(Aude) années 1900 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Sdo216. 
Acquis par René Nelli dans les années 50 qui le restaura et qui aimait y venir l'été. 
René Nelli (1906-1982), poète, philosophe, historien du Moyen-âge occitan, occitaniste. 
Bouisse, à plus de 600 mètres d'altitude, village des Hautes Corbières Occidentales non loin du Milobre de Bouisse (878 m.). Une centaine de Bouissencs habitent ce pays des buis. 
 

(1) Dyonisos il s'appelait, un korthal ; comme pour bien des semblables côtoyés, à commencer par mes enfants, je ressens le remords confus de ne l'avoir pas assez aimé, quand ce n'est pas celui d'avoir mal aimé. 

(2) un comble je me permets de noter puisque malgré ses excès (terres inondées, bois flotté et déchets sur nos plages), le ciel a été généreux en eau (autour de 350 mm ; dans l'Aude, un mois de janvier le plus pluvieux depuis 1959 et le début des mesures), une bonté d'autant plus appréciée qu'une sécheresse chronique accablait depuis des années. 

(3) le ventilo en panne, un appel qui ne passe pas, un fichier joint évaporé... un pas grand chose me perturbe... 

(4) « ...Il y a été question notamment de René NELLI, mon ancien professeur de seconde français latin grec, philosophe et éminent spécialiste du catharisme. » François Dedieu.    

mercredi 4 février 2026

Son ENFANCE l'appelle (7) Mayotte, Bergman, Signol, Genevoix.

Puisqu'un lien ténu tenant à l'enfance, existe entre les plages de Mayotte et celle de Tambaú au Brésil, ne devait-il pas risquer une remarque, une seule, d'après lui ? Sur l'île du Canal de Mozambique, aussi, bien que moins nombreux et perdus dans la végétation, des cocotiers non loin du bord. Si cela se remarque aisément, par contre, face à la mer, relevant apparemment d'un mystère, un détail d'abord impalpable, posant question et d'un très long moment, sans explication possible, l'a laissé suspendu. 

Baobabs de la plage de Sakouli Mayotte 2017 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur frédéric Ducarme

C'était sur la côte Est, la sèche, d'ailleurs sur la plage des baobabs. De longues minutes de perplexité avant que la lumière ne jaillisse... Oui c'était bien ça, l'Océan Indien ne sentait rien alors qu'un instinct, un rapprochement avec l'Atlantique l'obligeait à attendre de pouvoir comparer. Peut-être parce que ce n'est que le lagon tel un plan d'eau autour de l'île, qui sépare de l'océan ? Loin, la fragrance d'algue de Tambaú... Pensée pour la senteur iodée perdue aussi de notre Méditerranée (1), à cause des Hommes, c'est certain, de cette minorité de milliardaires sans limites qui assujettissent les autres... L'argent n'a pas d'odeur, tant pis pour le parfum. Quant au lagon, attention, ce n'est quand même pas une piscine, la baignade sans risques est possible mais il est vaste et si les passes sont éloignées, il faut tenir compte de la marée, faire attention à d'éventuels courants dangereux, notamment à proximité des îlots de sable blanc qu'ils ont façonnés. À ses débuts sur l'île, un fait divers heureusement bien terminé, l'avait marqué. 

De façon générale, dans l'intention de garder une certaine fidélité à l'enfance, dans la construction même ténue qu'elle mettait en place pour plus tard, tout ce qui touche à elle le retient. 

Bergman and Quinn tiré du film « The visit » 1964, Domaine public.

Dernièrement, à l'occasion d'un film, d'un classique à voir absolument une fois, ce qui n'était pas son cas, un prolongement sur l'enfance l'a particulièrement choqué. Le film, « Stromboli », de Roberto Rossellini (1906-1977), avec Ingrid Bergman (1915-1982) dans le rôle principal. En prolongement, sur le Web, un propos de Pia Lindström (1938-)la fille de la star, avec le reproche à sa mère de ne pas s'être occupée d'elle et la réponse qu'elle lui fit, à savoir que l'enfance n'est pas une période clé, qu'elle passe vite et que la vie qui s'ensuit est bien plus importante. Eût-elle mieux fait de ne pas répondre de cette façon ? Il est vrai que la vie privée de ces grandes vedettes internationales est souvent sacrifiée, revers de la célébrité. Très prises par leurs obligations professionnelles, ces personnes à part ne peuvent que s'abandonner aux travers d'une vie chaotique faite d'absences fréquentes, de relations instables, tant en amitié qu'en amour, de superficialité. 

Ingrid Bergman était une actrice très indépendante, multipliant les rencontres, quitte à provoquer des scandales. Suite à sa liaison tumultueuse avec Rossellini (trois enfants en neuf ans de mariage), pendant huit ans, elle n'a pas vu sa fille Pia... Mais n'était-ce pas dû à Rossellini, un drôle de type, assez brute pour lui interdire justement, de voir sa fille ? 

Autant terminer avec des passages apaisés sur l'enfance : 

Christian_Signol_à_la_foire_du_livre_2010_de_Brive_la_Gaillarde 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Le grand Cricri.

« ...C'est pourquoi j'ai la conviction que c'est la part d'enfance que nous aurons été capables de préserver tout au long de nos existences étroites et souvent dérisoires, qui nous sauvera le jour où nous serons délivrés des misères du temps. » Trésors d'Enfance, Christian Signol, Brive. Mai 1994. 

Maurice Genevoix-1949 Domaine public Auteur Studio Harcourt

« ...il n’y a pas besoin de longs voyages à travers le monde pour se convaincre que ce monde est riche, plein de beautés et de secrets. Tout ce que l’on croit découvrir en voyageant d’un continent à l’autre, comme je l’ai fait, rejoint des souvenirs et des impressions d’enfant. Je m’en doutais depuis longtemps. Mais à présent que je suis vieux, j’en suis sûr... /... J’ai parlé d’enfance, tout à l’heure. je crois que j’y reviendrai souvent. Que notre enfance, pour l'essentiel, détermine l'homme que nous serons, je pense profondément que c'est vrai. Il est seulement dommage.../...que le jeune homme.../... à tout le moins l’oublie trop et trop vite. Je crois pourtant que cela lui passera, que la mémoire lui reviendra de la fraîcheur première de ses impressions d’enfant, de leur intensité vivante... » 
Maurice Genevoix, Tendre Bestiaire, 1969.  

« ...Mon enfance prends ma main 
Puisque tu es sur mon chemin, 
Mon enfance, quelle envie 
Aller chez toi finir ma vie. » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama.

(1) la réponse à une lettre du 31 juillet 1955, reçue au Brésil, évoque aussi un fumet d'enfance, le dimanche à la mer : « ...En trente-deux mois d’absence, il se sera produit beaucoup de vides. Je ne croyais pas non plus que Gili serait mort à notre retour. Les estivants des Cabanes ne savoureront plus sa fameuse bouillabaisse... » François Dedieu (1922-2017).