vendredi 13 février 2026

« La pêche aux Cabanes-de-Fleury » (1) Les cabanes

À l'évocation de Maître Bourjade, plutôt pince-sans-rire, se lançant portant, à 84 ans (!), dans un rock endiablé (voir LETTRES de FLEURY (6) novembre), de fil en aiguille, par la magie de l'électronique, nous nous retrouvons sur le site audois de GARAE mettant à disposition, entre autres ressources, tous les numéros de la revue Folklore (années 1938-1988). 

Au sommaire du numéro 3 de l'automne 1941 (R52_024_10_1941.pdf [la revue était saisonnière]) « La pêche sur le littoral audois » avec un déroulé de toute la côte de l'embouchure de l'Aude jusqu'à Leucate ainsi que la part audoise de son étang. Sur la quarantaine de pages de l'article, avec Mlle Isabelle Narbonne, Messieurs Carbonnel, Sire, Vals, Monsieur H-P Bourjade a rédigé « La pêche aux Cabanes-de-Fleury », une participation modeste mais intéressant en premier lieu les habitants de la commune de Fleury-d'Aude. 

Si certaines données de cette participation figurent déjà dans plusieurs articles de ce blog, parce que la redite des choses intéressantes plait, “ Bis repetita placent ”, il s'avère toujours utile de répéter afin d'alimenter notre fonds culturel... la culture étant “ ce qui reste quand on a tout oublié ” (Ellen Key, pédagogue suédoise). Les notes et citations dues à Monsieur Bourjade répondent à ce principe. 

Les-Cabanes-de-Fleury en 1975 avant le creusement des ports de plaisance. Entre l'embouchure de l'Aude, plus nombreuses à cause de son interdiction à Saint-Pierre-la-Mer, les baraques du camping sauvage (durera jusqu'en 1980). Au hameau, le château des Pins des Pesqui est bien visible... Dans quelles conditions un second domaine a-t-il pu s'implanter à côté des parcelles géométriques (1000 ha ?) de vignes entre des haies de roseaux. Les jetées de l'Aude sont orientées vers le nord. Aujourd'hui c'est le contraire et on se demande si cela ne cause pas l'érosion de la plage sur plusieurs kilomètres vers le sud et Saint-Pierre-la-Mer. Sur la photo d'Hélène Marpaux (autorisation Google images), on voit aussi la barque qui relève les poissons prisonniers du « filet », le globe en travers de la rivière.

Les pêcheurs des Cabanes-de-Fleury  « opèrent en mer et dans le grau de la rivière » (nous pouvons même ajouter qu'ils pêchent aussi en amont de la rivière). Sur les 150 Cabanaires, la plupart sont inscrits maritimes.

« Primitivement le hameau ne comprenait qu'un groupe de huttes informes et sordides en roseau ou en torchis. Ces habitations étaient si basses qu'il était parfois impossible de s'y tenir debout; comme dans les demeures des hommes primitifs, la fumée s'échappait par un trou situé au milieu du toit. En été la cuisine se faisait dehors. Depuis une quarantaine d'années ces constructions ont été grandement améliorées ; les murs de briques ont d'abord été substitués aux parois de roseaux ; la toiture de tuile a peu à peu remplacé le chaume. Cependant, l'ensemble du hameau conserve un aspect rudimentaire et primitif ; l'électricité n'y a été installée qu'en 1938, l'eau potable fait entièrement défaut, les habitants doivent assurer eux mêmes l'évacuation des ordures ménagères en les jetant directement dans la rivière. La situation du sol sur lequel sont bâties ces habitations mérite une mention particulière... » H-P Bourjade. 

S'ensuit une explication étayée sur les propriétaires des cabanes, seulement usufruitiers du terrain suite à une adjudication publique et la vente par l'État de lais et relais de mer entre l'embouchure et Gruissan (10 juin 1820). À la suite de propriétaires successifs, le litige entre le comte Pons Roger de Villeneuve du domaine Saint-Louis-de-la-Mer (1) et les pêcheurs concernait le sol des cabanes, ces derniers affirmant non sans raison, que leur présence était antérieure à 1820 et que de toute façon, celle-ci devait bénéficier de la prescription trentenaire. Variante heureuse à la raison du plus fort, afin que les choses ne tournent pas mal... (à suivre)

(1) pardon pour l'interruption : j'ai dû poursuivre un crabe de terre et une limace introduits chez nous... ce fut plus facile pour la limace... Quant au crabe, c'est signe d'intempérie...   





jeudi 12 février 2026

Lettres de FLEURY (6) novembre

 

Ouveillan_Aude, Eglise-Saint-Jean_l’Évangéliste  Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Author EmDee. Le clocher se présente comme celui de Fleury par le passé, lorsque les cloches se trouvaient sur la plate-forme. 

« [ ...] Je viens de regarder sur mes anciens “ Carnets de bord ” si j'avais eu en classe un Phalippou d'Ouveillan et je ne retrouve pas du tout ce nom. J'ai retrouvé (1) [ ...] CALVEL Bernard, né en 46, excellent élève que j'avais en Première et l'année suivante en Sciences Expérimentales, dans cette fameuse classe de 54 élèves bien que “ réduite ” à 50 à partir de novembre. 

[ ...] Ici, la vie continue comme d'habitude : les forains sont tous repartis hier après la fête du village, et la place est redevenue plus grande. Diego et Christine travaillent à leur maison, et nous, avec maman, continuons à mettre un peu propre notre “ grande ” cuisine d'en bas. [ ...] Quelqu'un qui a fait du beau travail aussi, c'est cet Anglais qui a acheté l'immense  “ caserne ” de Pendriès (maison ayant appartenu à Pélissier) : après avoir rouvert portes et fenêtres consignées depuis pas mal de lustres, il vient de refaire à l'identique le grand portail tout rouillé : il a replacé les trois grands rectangles du bas, avec de solides plaques toutes neuves, et a conservé toutes les moulures ; repeint en gris, le tout est du plus bel effet ; il est réconfortant de voir ainsi ressusciter une maison morte depuis belle lurette. 

Fleury-d'Aude, 1987, le hangar en face du cimetière. En arrière-plan, le moulin de Montredon en fin de restauration actuellement.

Vendredi 18 a eu lieu dans les grands ateliers municipaux faisant face au cimetière (ancienne fabrique de palettes) la 5ème fête du vin nouveau, malheureusement sans les châtaignes (elles avaient fermenté et l'Adjoint aux Fêtes a préféré ne pas en acheter. Nous avons eu droit au Collège de Septimanie et aux déguisements traditionnels, l'orchestre « Bar du Port » de quatre musiciens a particulièrement été agréable (chansons de Trénet, de Boby Lapointe [qui revient en force depuis un certain temps, lui qui nous a quittés depuis des années ] et valses, tangos, javas, même du rock (dansé par... Henri Bourjade avec la jeune espagnole belle-fille de Verdun et femme d'un de ses employé à Saint-Pierre-la Garrigue : il a étonné tout le monde avec cette danse endiablée, ce qui a fait dire à certains qu'il avait levé le coude). Maman et moi avons fait un petit tango, mais nous fatiguons assez vite. 

[ ...] Je m'arrête là pour aujourd'hui. Il va être onze heures et je vais chercher le pain. Eva de Rudik a envoyé les vœux de Noël et de Nouvelle Année... elle a dû se tromper de date... Ils étaient en septembre à la fête des vendanges à Melnik ; elle demande si tu te plais dans “ ton ” île, elle dit que le train et les autobus viennent d'augmenter et que l'électricité (3) devrait doubler en janvier. Enfin, cette lettre nous a fait plaisir. 

Au plaisir de te lire, 

Jirina et François.      

(1) suivent trois noms de garçons d'Ouveillan nés en 1955,1961, 1964... 

(2) Bourjade Henri Paul Léon (1910-2004), auteur, entre autres écrits, de « La Pêche aux Cabanes-de-Fleury »  R52_024_10_1941.pdf 

(3) pour revenir à 2026, en France, l'électricité a doublé sur ces dernières années alors que la production est excédentaire. Ce serait dû, d'une part, au nucléaire qui doit être régulé à la baisse et surtout à l'argent fou que coûtent les énergies décarbonées, solaire et éolien, pour le moment inutiles. À l'image de bien des politiques, nos écologistes plombent le pays...