dimanche 21 juin 2026

... FORMENT la JEUNESSE mais DESSALENT à la longue... (4)

 « Les voyages forment la jeunesse... », dicton, proverbe ou adage... une sentence entendue partout. Certes, certes, et ce doit être vrai surtout s'agissant d'un ailleurs, d'un séjour hors son chez soi, son quotidien. Quant au migrateur saisonnier aux attaches en double entre Métropole et Mayotte, depuis plus de trente ans, c'est autre chose. (suite du 3). 

Ironi Bé... la mangrove a bien souffert... 

Scylla_serrata crabe de vase Australie 2024 sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International. Author Richard Shirky

Ironi Bé, on n'ose évoquer un nom prédestiné... Ironie de cette plantation de litchis qui, sans trop de risque d'erreur de ma part, n'a rien produit de positif, à côté de Madagascar et La Réunion, Mayotte n'étant pas une terre à litchi... Au bout de ce bourrelet ponctuel d'une hauteur maximale de 66 mètres parcouru par la N2 entre la “ baie ” de Dembéni et la rivière Ironi Bé, on se retrouve au milieu de palétuviers mis à mal. Trente ans en arrière la route représentait un piège mortel pour les crabes de mangrove écrasés toutes les nuits sur le goudron... ce n'est plus le cas aujourd'hui, ironie actuelle, suite, hélas, à une élimination plausible des crabes. Aujourd'hui, qui plus est, bien des palétuviers ne présentent plus que leurs squelettes décharnés. Le dernier cyclone aurait-il porté un coup fatal ? 

14 juin 2026. Le chantier arrêté de l'usine de dessalement. 

Ironie toujours lorsque la nationale légèrement déviée traverse le chantier a priori bienvenu de l'usine de dessalement programmé en urgence afin de garantir l'accès au besoin essentiel d'eau potable. Un hic néanmoins à l'urgence, dimanche ou pas, le chantier est à l'arrêt. Et chaque résident à Mayotte ne peut que songer au problème du manque d'eau. Bien qu'en présence d'une bonne saison des pluies (le ciel fait ce qu'il peut), la distribution reste sujette aux restrictions, 36 h d'eau, 36 h de coupure, d'où la nécessité de stocker dans des seaux et bidons ; une situation difficile pour les familles avec enfants... les causes de la pénurie sont connues : surpopulation, gestion irresponsable, réseau dégradé. 

Transition démographique aidant, la surpopulation résulte surtout d'une immigration incontrôlée révélant la malhonnêteté cynique de la France cantonnant les migrants à Mayotte, ne s'engageant surtout pas, entre La Réunion et la Métropole, à s'en charger solidairement... la carte de séjour n'autorise leur présence qu'à Mayotte....  

Quant à relever une gestion irresponsable, s'il faut souligner la vétusté du réseau (en 2025, Valls le ministre a félicité le Génie Militaire permettant de réparer neuf cents fuites d'eau), c'est avant tout un problème de corruption et détournement d'argent public, tout bénéfice pour des margoulins à hauteur de millions d'euros... condamnés à quelques dizaines de milliers d'euros seulement, ce qui ne relève pas d'une justice digne de ce nom... Déjà par le passé, un directeur des eaux s'était fait remarquer pour un abandon de poste sur presque une année, ce drôle ne personnage alors au Soudan ?!?! n'étant revenu que suite aux révélations de la presse, de Kwezi, sauf erreur... (à suivre)


Yves BONI par Yves BONI (1932-2026) (3)

Je n'y étais pas pour cet au-revoir à Yves, pêcheur du Golfe mais le jour de son dernier trajet parmi nous à Fleury, entre église et cimetière, sa famille a tenu à offrir onze pages agrafées, un résumé de sa vie, du moins une amorce, écrit par lui-même en 2024. Une amie a eu la gentille attention de m'en réserver un exemplaire... un vrai fascicule de traitement de texte agrémenté de photos de barques en bord de mer ou aux Cabanes, de la pêche au globe, de l'Aude à l'estuaire ensablé, du rugby, d'Yves bien sûr... 

Sur les deux premières pages, il raconte ses débuts à la pêche de treize à seize ans ; sur cette troisième de texte (page 5 du fascicule), Yves revient sur ses seize ans. 

« Le patron s'appelle Jean Rassié et on pratique la pêche au trémail. Pendant la période d'avril à juin, on place à 600 m des pièces pour pêcher des raies, des soles et des seiches, quelques saupes rouges et des grondins. Cela dépendait de la mer. On attrape des roussettes dites “ poissons chats ”, puis venait la pêche à la sardine qui se prépare avec des bandes de filets très fins. On partait le soir vers 17h 30 au large de Narbonne-Plage. On attendait que la nuit commence à tomber et on plaçait quatre longueurs de filets comparables à des bancs de sardine. (Une longueur de 100 m à chaque bande). On reste calé environ 1 h30 à 2 h et puis on remonte le filet à la force des bras. Il y avait des fois où la pêche était à peu près bonne, puis il fallait démailler, ce qui consiste à sortir chaque sardine prise dans le filet. 

La_barque_catalane__Bel Ange sardinal 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Jpbazard Jean Pierre Bazard

La_Sardine_française,_Béziers_vous_salue_affiche 1920 Domaine public Benjamin_Rabier (1864-1939)

De là, on rentre aux Cabanes pour que les mareyeurs puissent prendre la pêche. On repartait vers 5h pour faire la matinée ensuite. Quand il n'y avait pas de lune, on partait à la pêche au thon. Une anecdote à ce sujet, on est parti des Cabanes en fin de matinée pour les roches de Sète avec un bateau qui s'appelait le « Bolange ». Dans le courant de la nuit, il a fait un orage très fort, on était quatre, Jean le patron, son frère Émile Rassié, Louis Galibert et moi. Il a tellement plu que l'on a passé toute la nuit à écoper l'eau, le pont du bateau était une passoire. 

Une autre fois, j'ai embarqué sur le bateau avec Étienne Rassié, son frère Henri et moi-même, on est venu caler le filet de thons devant La Nouvelle, à peu près à 3 milles de la côte, et quand on a relevé le filet à thons, on a pêché une tortue. 

Dermochelys_coriacea,_Em_torno_de_400k. Brasil 2008 licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Autor Andrea Farias Farias

Elle pèse environ 500 kilos. Il a fallu faire appel à deux autres bateaux, et on a mis trois heures pour la remonter à bord. Une fois à bord, sur le pont du bateau avec mon copain Francis Fountic, on s'est amusé à monter sur la nageoire, elle nous soulevait comme des plumes alors que le copain devait faire dans les 80 kg et moi de même. On s'est amusé à mettre un bout de bois dans la gueule elle l'a sectionné d'un coup de mâchoire, puis quand elle a senti qu'on rentrait au port elle a commencé à se débattre avec les ailerons, et à décoller les planches du plat bord du bateau. On rentre au port de La Nouvelle, en plein mois de juillet avec beaucoup de monde dans la station et les gens qui commençaient à être proches pour voir la fameuse tortue, c'était un défilé... » 

Yves Boni 2024. (à suivre)  

 Note : les photos ou illustrations figurent indépendamment du texte d'Yves Boni.