mardi 23 juin 2026

Tortue, pêche et catalanes par Yves BONI (1932-2026) (4)

 Je n'y étais pas pour cet au-revoir à Yves, pêcheur du Golfe mais le jour de son dernier trajet parmi nous à Fleury, entre église et cimetière, sa famille a tenu à offrir onze pages agrafées, un résumé de sa vie, du moins une amorce, écrit par lui-même en 2024. Une amie a eu la gentille attention de m'en réserver un exemplaire... un vrai fascicule de traitement de texte agrémenté de photos de barques en bord de mer ou aux Cabanes, de la pêche au globe, de l'Aude à l'estuaire ensablé, du rugby, d'Yves bien sûr... 

Sur les trois premières pages, il raconte ses débuts à la pêche de treize à seize ans ; sur cette troisième de texte (page 6 du fascicule), Yves qui termine l'épisode de la tortue revient sur la pêche en mer et les barques catalanes du port des Cabanes-de-Fleury. 

... « c'était un défilé indescriptible. Puis nous avons commencé les tractations pour pouvoir la commercialiser, c'est les gens de Port-Vendres qui sont venus la prendre. Il a fallu faire le dispositif suivant, on la remise dans le chenal et là c'était l'attraction de la matinée, on lui avait passé un bout autour du cou et il y avait de plus en plus de monde, au moins une quarantaine de personnes pour tenir le bout, quand elle a été dans l'eau. Elle a commencé à nager et les gens qui ne voulaient pas lâcher la corde ont été emportés à l'eau et puis il a fallu reprendre la corde pour ramener la tortue dans le « passe lis » (glissière en pente douce), et ce n'était pas facile. Puis il a fallu la mettre dans une camionnette Peugeot pour aller à Port-Vendres dans l'aquarium. On a su qu'elle mangeait 18 à 20 kg de sardines par jour et au bout d'une dizaine de jours elle est morte. Sa carapace est exposée à l'entrée de l'aquarium de Banyuls. 
Fin de l'épisode de la tortue, revenons aux pratiques de la pêche en mer au filet avec de grandes nasses. 
Ça consiste à partir de la plage avec un filet de 100 m de long et une grande nasse au bout, placé souvent après un coup de mer. Il arrive souvent qu'on ait des difficultés pour mettre la barque à la mer car il y avait encore de fortes vagues, mais avec insistance on y parvient. Avec ce filet, on pêche donc des loups, des dorades, des turbos, muges, des plies, des roussettes, des rougets et des grondins, pour le port des Cabanes-de-Fleury qui possède une dizaine de catalanes avec un équipage en moyenne de trois personnes. 

Photo en illustration des écrits d'Yves, espérons passée dans le domaine public. On y voit des personnes que certains reconnaissent encore, on y voit au moins un des tourets à remonter le globe, le filet posé dans le lit de la rivière. Que son auteur soit remercié pour cet apport à la mémoire commune de nos gens...  

Pour les appellations des bateaux il y avait aussi le Boulanger, un bateau d'une centaine d'années, le George Paulin, l'Ege, le Trouquere, les deux frères, le Fluto, la Marie-Louise. 

Note 2 : dans ce qu'il m'a raconté, Yves apporte d'autres précisions sur la tortue et déjà la date de la prise au 14 juillet 1949. Il s'agit d'un épisode dix (reprise de la publication prévue ici même) faisant aussi état de quelques prises de ce genre

dimanche 21 juin 2026

... FORMENT la JEUNESSE mais DESSALENT à la longue... (4)

 « Les voyages forment la jeunesse... », dicton, proverbe ou adage... une sentence entendue partout. Certes, certes, et ce doit être vrai surtout s'agissant d'un ailleurs, d'un séjour hors son chez soi, son quotidien. Quant au migrateur saisonnier aux attaches en double entre Métropole et Mayotte, depuis plus de trente ans, c'est autre chose. (suite du 3). 

Ironi Bé... la mangrove a bien souffert... 

Scylla_serrata crabe de vase Australie 2024 sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International. Author Richard Shirky

Ironi Bé, on n'ose évoquer un nom prédestiné... Ironie de cette plantation de litchis qui, sans trop de risque d'erreur de ma part, n'a rien produit de positif, à côté de Madagascar et La Réunion, Mayotte n'étant pas une terre à litchi... Au bout de ce bourrelet ponctuel d'une hauteur maximale de 66 mètres parcouru par la N2 entre la “ baie ” de Dembéni et la rivière Ironi Bé, on se retrouve au milieu de palétuviers mis à mal. Trente ans en arrière la route représentait un piège mortel pour les crabes de mangrove écrasés toutes les nuits sur le goudron... ce n'est plus le cas aujourd'hui, ironie actuelle, suite, hélas, à une élimination plausible des crabes. Aujourd'hui, qui plus est, bien des palétuviers ne présentent plus que leurs squelettes décharnés. Le dernier cyclone aurait-il porté un coup fatal ? 

14 juin 2026. Le chantier arrêté de l'usine de dessalement. 

Ironie toujours lorsque la nationale légèrement déviée traverse le chantier a priori bienvenu de l'usine de dessalement programmé en urgence afin de garantir l'accès au besoin essentiel d'eau potable. Un hic néanmoins à l'urgence, dimanche ou pas, le chantier est à l'arrêt. Et chaque résident à Mayotte ne peut que songer au problème du manque d'eau. Bien qu'en présence d'une bonne saison des pluies (le ciel fait ce qu'il peut), la distribution reste sujette aux restrictions, 36 h d'eau, 36 h de coupure, d'où la nécessité de stocker dans des seaux et bidons ; une situation difficile pour les familles avec enfants... les causes de la pénurie sont connues : surpopulation, gestion irresponsable, réseau dégradé. 

Transition démographique aidant, la surpopulation résulte surtout d'une immigration incontrôlée révélant la malhonnêteté cynique de la France cantonnant les migrants à Mayotte, ne s'engageant surtout pas, entre La Réunion et la Métropole, à s'en charger solidairement... la carte de séjour n'autorise leur présence qu'à Mayotte....  

Quant à relever une gestion irresponsable, s'il faut souligner la vétusté du réseau (en 2025, Valls le ministre a félicité le Génie Militaire permettant de réparer neuf cents fuites d'eau), c'est avant tout un problème de corruption et détournement d'argent public, tout bénéfice pour des margoulins à hauteur de millions d'euros... condamnés à quelques dizaines de milliers d'euros seulement, ce qui ne relève pas d'une justice digne de ce nom... Déjà par le passé, un directeur des eaux s'était fait remarquer pour un abandon de poste sur presque une année, ce drôle ne personnage alors au Soudan ?!?! n'étant revenu que suite aux révélations de la presse, de Kwezi, sauf erreur... (à suivre)