dimanche 15 février 2026

La pêche au globe aux Cabanes-de-Fleury (3)

Dans l'article précédent, sur le sujet de la pêche au globe, nous disions : lorsque les câbles qui le tendent hors de l'eau sont complètement relevés, il faut constater aux sillages désespérés des poissons, si cela vaut la peine d'y accéder en barque. Si oui, il faut redescendre les câbles porteurs (1)de manière à ce que, plaqué de tout son long à la pointe du betou, le pêcheur puisse entrer dans le piège. En accrochant les mailles, il poursuit alors chaque poisson prisonnier un à un, (plusieurs espèces, surtout des muges) ; à l'aide d'une épuisette (2), il le jette alors dans le fond de la barque. (à suivre)

Pêche au Globe sur le fleuve Aude, aux Cabanes-de-Fleury (en face, dans l'Hérault et entre parenthèses, la campagne du Chichoulet où fut tourné « Le Petit Baigneur » avec Louis de Funès, 1968). D'après la revue Folklore n°3 d'octobre 1941, le globe a été interdit ailleurs parce que préjudiciable aux gros poissons reproducteurs... Faut-il comprendre que le maritime des Cabanes-de-Fleury et de Port-la-Nouvelle (grau de l'Étang de Bages et de Sigean, grau de La Vieille-Nouvelle... et plus loin, à l'Étang de Berre) bénéficiaient d'une exception à la règle. Mlle Narbonne parle de tant de globes à La-Vieille-Nouvelle qu'en une seule nuit, il pouvait se prendre trois ou quatre cents kilos de poissons ! 
Diapositive © François Dedieu.   
  


Un coup de globe pas terrible..
Diapositive @ François Dedieu. 


L'ichtyologue donne le détail du dispositif de pêche et des prises potentielles, loup (“ loubarron ” en languedocien, “ bar ” en français), maquereaux au printemps (F. Marty parle de mélette, est-ce possible avec des mailles de 3 cm ?). Il se prend surtout des muges (“ butado ”, “ cabot ”, “ lesso ”, “ loup ” pour mulet ! “ mijoul ou mujol ” suivant les variantes du languedocien pratiqué sur la côte audoise... Nous, nous disions “ lisso ” d'une petite taille, “ muge ” généralement, “ camar ” pour le poisson prétendument mangeur de vase. Le spécialiste au micro, finit, lui, avec les femelles muges pleines d'œufs, qui, grâce au sel et au Cers, donneront la poutargue, caviar de la Méditerranée, à trancher finement... 
Diapositive @ François Dedieu. 

(1) Les photos dont celles du pauvre François Marty (« Étude inachevée... » Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise) Etude pêche Marty_août2010 montrent souvent les Vidal au globe dont le père Séverin (1896-1985), dans la pose qu'on lui connaît, catalanes aux pieds, tenant le touret (treuil à main lubrifié au savon noir) et observant les éventuels et puissants sillages des poissons pris. Ils pêchaient à deux : une boucle de corde solide passée dans un des manches de ce tourniquet (ailleurs avec un cliquet) permettait de retenir le filet relevé. Parfois ils le relâchaient après avoir constaté que les prises ne valaient pas qu'on sortît la barque. (Photo aussi dans « Canton de Coursan », Opération Vilatges al Pais, Francis Poudou, 2005).    

(2) on disait aussi « le salabre ». Deux remarques néanmoins : 
1. Salabre. Il se compose d'une planche amincie montée sur un manche qu'il faut pousser à 45° sur le sable du fond. Le filet en arrière peut retenir « ... anguilles, crevettes, petites soles, carrelets et crevettes (F.Vals, revue Folklore). Justement, quand ils ne pêchent pas avec le cheval de trait, on peut voir un tel engin en action pour des crevettes grises, loin au Nord sur la Côte d'Opale. 
2. Le glossaire des termes languedociens employés par nos pêcheurs est plus précis « Salabre s. m. : sorte de truble (petit filet emmanché ou non. [Grand Larousse])qui sert à prendre le poisson dans les bourdigues. Catalan salabre; sorte de filet à manche soutenu par des cordes sur le fond de la mer. » (revue Folklore n° 41). 

samedi 14 février 2026

« La pêche aux Cabanes-de-Fleury » (2) maisons et pêche au globe.

[ ...] Raisonnable, conscient que l'affaire pourrait s'envenimer, le comte amena à une transaction dûment notariée (1885) attestant que le propriétaire du sol en abandonne la jouissance aux pêcheurs. En échange, afin de préserver la vue sur la mer (peut-être par anticipation pour ce que serait le futur), ces derniers ont interdiction de construire en étage (ils avaient alors la possibilité de construire en dur) et obligation de laisser au domaine le cheval servant à porter le poisson à Fleury, le fumier restant à disposition du comte. Par voie d'héritage ou autre, si le successeur est non inscrit maritime, la maison devra être vendue au Comte, à un prix fixe. 

Au fond le café-restaurant-tabac, lié pour ceux d'un monde d'avant, aux noms de Gili (?-1955 ?), Marcelin Hortala (1912-1996), Daniel Frugier (1946-2013), Marie-Josée Hortala (1946 2021) 

« Un plan annexé à la minute de l'acte constituait le lotissement, deux lots étant attribués à chaque chef de famille. Disons en passant que toutes les stipulations de l'acte n'ont pas été strictement observées depuis lors; le plan de lotissement a été modifié, en particulier après un incendie qui dévora en quelques heures la totalité du hameau, il y a environ quarante ans ; il y a longtemps que le cheval a été remplacé par une camionnette garée à l'écurie, mais n'y faisant pas de fumier, comme bien on pense. D'ailleurs l'acte de 1885 a été ignoré de la plupart des propriétaires successifs de St Louis de la mer, Villeneuve ayant vendu son domaine après la guerre. Cependant, tous les usufruitiers de lots sont inscrits maritimes et le seul commerce existant (épicerie et café-restaurant)(1) est exploité dans l'immeuble de l'ancienne douane, vendu par l'Etat en 1896. Il existe encore une autre construction, dite « l'usine » servant d'atelier pour teindre les filets, bâti à même la berge de l'Aude (Domaine) et dont la situation juridique nous semble difficile à définir. Elle est entretenue par le syndic. » (BOURJADE.) ».  

    Au chapitre des barques de pêche, monsieur Bourjade précise qu'aux Cabanes, on trouve le beto de 4, 6 ou 7 mètres (2) et le sardinal à quille, ponté de 8 à 14 mètres pour la pêche au large. 

Au 4ème chapitre sur la pêche proprement dite, Monsieur Bourjade  participe aussi pour la pêche au globe (3), une pratique qui étonne le terrien de passage. Il s'agit d'un grand filet au fond de l'eau, épousant presque la largeur de la rivière (de 300 à 900 m2). Fixé sur la rive opposée par des poteaux, il est relevé par des treuils rive droite ; lorsque les câbles qui le tendent se retrouvent hors de l'eau... (à suivre) 

(1) propriétaires depuis : Gili, Hortala, Frugier...  

(2) Comme unité de mesure, l'auteur mentionne les empans de 16, 24 ou 28, l'empan valant 25 centimètres. 

(3) Aux Cabanes-de-Fleury ainsi qu'à Port-la-Nouvelle (grau de la Vieille-Nouvelle [étang de l'Ayrolle], de la Nouvelle même [étang de Bages-et-de-Sigean]) la pêche au globe était réglementée par la prud'homie de Gruissan. (Les pêcheurs des Cabanes élisaient leur propre prud'homme).