jeudi 2 juillet 2026

Un VILLAGE de PÊCHEURS, Yves BONI (1932-2026). (6)

Suite à l'évocation surtout de son adolescence laborieuse en tant qu'apprenti puis pêcheur, Yves parle des Cabanes-de-Fleury, le hameau de pêcheurs... (lui, parle de « village » sans s'empêcher de revenir sur l'activité principale du port sur l'Aude, la pêche...  L'article présent reprend dans les termes exacts la sixième page A4 du fascicule qu'un membre dévoué de sa famille a bien voulu taper, agrafer et offrir aux intéressés lors de la sépulture. Les photos montrent les baraques des pêcheurs ainsi que les barques à bouts pointus amarrées dans les canotes du bord de l'Aude... 

Les-Cabanes-de-Fleury. Sur un mur de l'Usine, jadis le local communautaire pour rusquer, teinter les filets, une fresque en trompe-l'œil avec, à droite, un touret du filet de pêche au globe.

«... Comme distraction on avait “ L'Usine ” que l'on appelle, pour des discussions soit de pêche ou de la vie courante. Souvent en critiquant les uns ou les autres, il arrivait que ça se termine avec une majorité n'étant pas d'accord... Après cela, il fallait aller au lit pour reprendre le travail le matin. La jeunesse n'avait pas beaucoup de distractions, mais on était heureux dans l'ensemble. Malgré cela il fallait aller travailler et souvent il n'y avait pas de dimanches. Pendant l'été les journées étaient longues, surtout pendant la pêche à la sardine. On partait à six heures du soir et on faisait la Prime comme on l'appelle. Ce qui consiste à placer les filets de sardines au couché du soleil et au bout de deux heures on les relève, s'il y avait des sardines prises dans le filet, il fallait les sortir une par une sans couper la tête, ce qui demande pas mal de temps et qui nous faisait achever des fois à minuit ou une heure du matin. Après cela il fallait repartir pour faire la matinée, ce qui consistait à placer les filets vers les cinq heures du matin et à les laisser en place une heure trente, parfois deux heures. Ensuite il fallait rentrer aux Cabanes, pour déposer la sardine et la manger. Mais ce n'est pas fini il fallait laver les bandes de sardines, ça dure 1h 30 et puis étendre les filets dans les camps pour pouvoir les remailler sous un soleil de plomb. 

Capture d’écran, neige en mer, Source INA 1956

Voilà les distractions des dimanches, on a eu des journées mémorables. Une fois, il a fallu aller chercher des provisions pour le village, on est parti à pied par le bord de la plage pour rejoindre Valras-Plage. Il avait neigé et tous les gens passaient au bord de la mer, j'ai vu pour la première fois de ma vie les vaguelettes arrivant sur le bord de la plage se geler... Et pour que l'eau de mer se gèle, il fallait qu'il fasse très froid. Une année on est partis du village pour aller chercher du pain et autres denrées avec un bateau jusqu'au pont de Fleury. Il y avait beaucoup de neige entre le pont et le village. Il y en avait tellement que pour faire environ quatre kilomètres (1) on a mis 2h 30, toute la campagne était recouverte de neige donc pas de trace de routes, de chemin, pour pouvoir avancer. Mais au retour tout allait mieux car les traces étaient faites. » Yves BONI, 2024. (à suivre)

(1) à peine 2.1km d'après Géoportail, donc une progression à raison d'une heure passée par kilomètre (note JFD). 

vendredi 26 juin 2026

Forment la jeunesse mais vous foutent un coup... (5)

Oui... à partir d'un certain âge, un coup de vieux c'est sûr... 

Pour qui ne fait que migrer d'un point de chute à un autre, suivant ses intérêts affectifs, son attachement et la gestion aussi, de l'absence, de la séparation avec la famille, les êtres aimés, l'idée de voyage se retrouve amputée de bien de paramètres, en premier l'envie d'ailleurs, la quête de dépaysement... Je ne suis qu'un migrateur soucieux de rester en état, de mettre ses atouts afin, chaque fois, de réussir son déplacement. Bien sûr je me sens ridicule comparé aux animaux à l'égard de qui nous nous devons de partager la Planète, ridicule de rapprocher mes étapes des escales de vie ou de mort des oiseaux s'efforçant de reprendre des forces dont celles, primordiales quand il leur faut traverser la mer puis le désert. 

Pour l'humain qui migre vers le pays, les êtres chers, écartelé par le dilemme répété de devoir aussi laisser derrière lui un port d'attache, d'autres êtres aimés plus intimement encore, le stress du voyage se retrouve réduit aux aléas possibles, en la circonstance, entre Mayotte et la Métropole en passant par l'Afrique. Ne pensant pas à ce qui pourrait advenir de définitif, c'est d'abord de bien rejoindre l'embarcadère, un accident, un blocage de route, un embouteillage, autant d'imprévus qu'on préfère éviter. La barge ensuite... au service espérons, non perturbé par un mouvement social. 

Ce n'est qu'une fois que lorsque le taxi nous dépose à l'aérogare qu'il est momentanément possible de souffler un peu...       

Reprenons sur la route au niveau du chantier arrêté de l'usine de dessalement liée aux pénuries et tours d'eau sur toute l'île. 

Ironi bé, le chantier arrêté de l'usine de dessalement. 

Et l'irresponsabilité ne se poursuivrait-elle pas avec le choix, en urgence, de l'implantation de cette usine de dessalement ? Tout esprit un tant soit peu sensé opterait, me semble-t-il, concernant les excès de salinité rejetés, pour un lieu moins éloigné de la barrière coralienne, plus au sud, vers Bandrelé par exemple, manière d'évacuer dans l'océan, non ? En place de quoi on se retrouve avec des rejets dans le lagon déjà impacté par les phases de blanchiment, le cyclone (malgré des vagues moins hautes), qui plus est, à un endroit où les courants moins forts dilueront moins la salinité... Des circonstances donnant le bâton pour se faire battre, un bâton vite pris en main par des associations écologistes déjà irritables pour un rien. Une situation très insatisfaisante pour la population face au je-m'en-foutisme de l'État toujours repoussant aux calendes grecques, sinon sans gestion à long terme, et aux écolos d'autres horizons plus en protection des bébêtes et à l'excès, de la nature... au détriment des humains. Va-t-on se retrouver à nouveau dans une situation comparable à celle de la piste longue de l'aéroport, reportée durant des décennies puis abandonnée au profit d'un hypothétique virtuel aéroport sur l'île principale déjà impactée par la pression démographique, l'installation de villages clandestins, le déboisement illégal et toutes les conséquences qui ne manqueront pas de suivre dont la baisse de précipitations, la hausse des températures... 

Mayotte, le lagon nord. 


Sur l'amphidrome, fraîcheur du bras de mer et vue sur quelques îlots des « Sept Frères », entre Grande et Petite-Terre. 

 
Traversée de la barge quittant Mamoudzou. 

Contraste à la barge, plein de monde alors que les rues sont vides, la circulation clairsemée. 

De l'autre côté, un taxi, au patron, disons, attentionné, nous prend en charge (taxi collectif à 5 euros le dimanche bagages compris), contrairement à ceux qui tiennent à faire un maximum de courses, il roule très raisonnablement, prend en charge le petit garçon à sa maman de même que toutes les valises. Depuis toutes ces années, c'est bien la première fois qu'un “ taxi ” se décarcasse ainsi ! (à suivre) 

Il est là, lors du départ, le coup au cœur, plus encore qu'avec l'avion qui emporte et ferme un chapitre de l'existence... La petite île à la vie si pleine de gens ne voulant pas changer d'horizon semble dire « Puisque tu pars... » oh ! c'est une chanson de Goldman, de celles rares qui prennent aux tripes...Mayotte qui dit seulement ne pouvoir offrir que ce qu'elle a, nous arrache une part de nous, une constante même auprès des plus agacés si fragilisés au jour du partir...