mercredi 8 avril 2026

6 MARS 1915, 8 AVRIL 1915

6 mars 2015, le sous-lieutenant André David du 23ème Bataillon de Chasseurs Alpins, est tué sur le front des Vosges lors de l'assaut du Reichsackerkopf, une hauteur de 778 mètres à environ trois kilomètres au-dessus de Münster. Ce sommet âprement disputé : perdu mi-février 1915 par les Français, repris suite à des contre-attaques infructueuses le 21, reperdu quelques heures après, regagné le 6 mars, rereperdu le 20 mars au “ profit ” (1) des Bavarois, sera finalement laissé aux Allemands, une situation qui perdurera jusqu'à la fin de la guerre. 

Fiche André David / Morts pour la France Ministère des Armées.

8 avril 1915 (2), le sous-lieutenant Louis Pergaud du 166ème d'Infanterie, blessé et ensuite désagrégé par une contre-attaque de l'artillerie française, est porté disparu dans l'assaut de la Cote 233 près de Marchéville-en Woëvre et Fresnes-en-Woëvre. La Cote 233 devant être prise nécessite une dense préparation d'artillerie. Les corps des blessés achevés, des morts, deviennent alors boue sanglante. Le corps de Pergaud ne devant jamais être retrouvé, il est déclaré « Mort pour la France » en août 1921. 

Fiche Louis Pergaud / Morts pour la France, Ministère des Armées.

Louis Pergaud (1882-1915) militaire Domaine public Auteur inconnu. 

Ses lettres, rappelant tout ce qu'il a aimé de la faune sauvage, peuvent évoquer accessoirement les chants d'oiseaux de ce début de printemps 1915 mais pas le destin des animaux embarqués dans cette tragédie. Son « Carnet de Guerre » (retrouvé par son épouse Delphine de sa cantine restituée [elle a cru jusqu'en 1918 que Louis était toujours vivant]), me semble-t-il, mentionne au moins une fois « ... Et les chevaux qui crèvent... »... Dans un régiment en première ligne, lui et ses hommes sont trop souvent contraints de « passer le parapet » pour un énième assaut stérile sauf « ...pour que le con sinistre qui a nom Boucher de Morlaincourt ait sa 3e étoile... ». 

Qu'auraient encore produit de brillants créateurs, fauchés à la fleur de l'âge, tels Vidal de la Blache fils (1872-1915), Péguy (1873-1914), Apollinaire (1880-1918), Alain-Fournier (1886-1914), André David (3), Louis Pergaud ? Une vie valant une vie, sans discriminer en aucune façon dans les millions d'hommes victimes des guerres aux noms devant tous être honorés, dans les détresses des parents et aimés qui porteront ce malheur jusqu'à leur propre mort, Léo David (1864-1952), père d'André, parti trois étés durant, sur les traces de l'enfant perdu, dessiner schémas et paysages du fils dans l'exceptionnelle monographie géographique sur la Montagne Noire remarquée par d'éminents géographes (Emmanuel de Martonne [1873-1955]) et professeurs de l'École Normale Supérieure, Delphine, l'épouse presque anonyme de Pergaud, pour sa contribution à une égalité d'âme de l'écrivain influant certainement ses ouvrages... 

Plutôt que m'emmêler sans fin dans ce recueillement ému (je n'en suis pas venu à bout hier, date anniversaire, sans que la fausse manip vaille à elle seule une excuse), deux vers de lumière qui tendent à nous sortir de la nuit : 

« ...Vois-tu, je sais que tu m'attends [...] Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. »  

«... Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »

(1) qu'il est pathétique de parler de profit, gain, bénéfice, avantage, crédit... alors que ces actions de guerre se soldent par tant de morts et blessés ! 

(2) « Debout les morts ! », un appel attribué ce 8 avril 1915, à l'adjudant Péricart rameutant ses soldats morts sinon sérieusement blessés alors que les Allemands attaquent leur tranchée du Bois-Brûlé (environs de Verdun). 

(3) Wikipedia fait figurer de nombreux homonymes autres que lui... Oui, il me semble vous entendre, s'agissant de pallier à ce manque... 
André David (1893-1915), un des espoirs les plus brillants de l'école de géographie française... 

Partager le Voyage: La MONTAGNE NOIRE, André DAVID (3 et fin) 

CHEVAL de GUERRE, lexique (20)

 — le soldat de 14 était bien nourri au point que ce qu'il jetait attirait les rats. Les chevaux eux, étaient mal nourris... chez les Allemands beaucoup sont morts de faim.

— si ¼ des chevaux mourut directement des batailles et bombardements, les ¾ périrent à cause des maladies, du manque de soins, de la nourriture insuffisante, de dysenterie, par noyade, faibles au point de ne plus pouvoir lever la tête dans des boues liquides montant jusqu'aux chevilles des cavaliers. Au vu des dures conditions, le retour du cheval de Bompas, accompagné de son ramonet, il est vrai, s'avère aussi spectaculaire que chanceux et exceptionnel. (art. « Cheval toujours ». 

— inoculer la morve, la gourme, la maladie du charbon chez les chevaux de l'adversaire fait partie des armes de guerre. 

—  « Les chevaux et les mulets de l'armée se sont montrés d'une valeur inestimable en conduisant la guerre à une fin heureuse. On les trouvait sur tous les terrains d'opérations, remplissant leurs tâches fidèlement et en silence, sans pouvoir espérer aucune récompense ni compensation. » Général Persching. (« Une fin heureuse », un mot bien mal choisi quand vaincus et vainqueurs y perdent tous...). 

— en 1917, certains états-majors informent certaines unités que la perte d'un animal est devenue plus importante qu'une perte humaine... 

— Maurice Genevoix, admiratif des Poilus se battant et mourant pour la France (3), parlerait-il du soldat qui s'arrache à vif une balle dans un testicule, de cet autre qui maintient dans sa chemise ses tripes alors qu'il a le ventre ouvert, démontre une belle émotion pour les bêtes innocentes mais entraînées dans la folie guerrière... 

1915 En_Alsace,_une_voiture_de_ravitaillement_trainée_par_dix_chevaux_-_btv1b90442648 Domaine public Auteur Agence de presse Meurisse. Agence photographique (commanditaire). 

Pauvres chevaux, pauvres bêtes si belles, vigoureuses mais si vite fourbues, efflanquées, misérables. Et quand les hommes récupèrent, les chevaux restent tête baissée, ce qui dit tout de leur moral... Genevoix parlerait-il des cris terribles des blessés, bien égaux devant la mort, implorant avec les mêmes intonations, en allemand ou en français, il n'oublie pas non plus le hennissement d'un cheval qui agonise, aigu tel le cri d'un oiseau de nuit « ... le hennissement aigu, poignant, qui montait sous les étoiles devant la misère, la méchanceté des hommes... ».

Les Éparges Dans ce village, alors qu'il souffle un instant dans la « Maison d'école » avec, au tableau le dernier problème du maître, il se tourne vers la fenêtre parce qu'une forme approche, c'est un vieux cheval avec un sillon de sang à l'épaule. Il le fait passer par le couloir pour rejoindre la cour, derrière, offrant un abri plus sûr. Il le revoit, le vieux cheval, huit jours plus tard, mais étalé, entouré des cadavres des vaches mitraillées par les Allemands. 

— autres animaux de guerre, les chiens sentinelles (les meilleurs sentaient l'ennemi à 300 mètres), les pigeons voyageurs, les moutons envoyés paître dans les espaces minés. 

Et puisque des prolongements sont proposés à ceux qui voudraient aller plus loin, ci-dessous, quelques propositions de lecture ou d'audition : 


Sites et références :

" Le Cheval de Guerre ", roman de Michael Morpurgo (1982 en G.B., 2008 seulement en France !), adapté au cinéma par Steven Spielberg.



et sur ce blog :



https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2015/02/un-monument-au-cheval-de-trait-fleury.htm 

(1) Son témoignage « Ceux de 14 » regroupe quatre livres sur la guerre, véridiques, minutieux, fidèles ; chaque lieu, chacun des faits sont bien précisés, chaque homme apparaît par son nom... La deuxième édition de 1925 rétablit les passages censurés en 1916 (il y était fait mention de trois paniques, ce qui, en temps de guerre, n'aurait pu que démoraliser et fragiliser).