samedi 14 mars 2026

Au pays de MAGLORIO, la jument de PANFILO (4)

 Que dire encore pour une visite moins virtuelle qu'il n'y paraît ? Cette départementale que Panfilo et Magloria n'auront pas à rejoindre en regagnant leur ferme, menait à la frontière avec l'Aragon, l'Espagne. 

En haut, au col de Saint-Louis (696 m.) se tenait peut-être l'échange entre le « Catala bouro » et le « Gavach porc » avec, plutôt qu'un échange peu amène au sein d'un cousinage rival, le commerce âne contre cochon. 

Viaduc_de_l'escargot, Caudiès-de-Fenouillèdes, carte postale ancienne, auteur inconnu, domaine public. 
Carte postale du « viaduc de l'escargot » ou « viaduc du col Saint-Louis », situé sur la commune de Caudiès-de-Fenouillèdes dans le ndépartement des Pyrénées-Orientales (France). La conception en colimaçon est réalisée par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Étienne Raymond Amiel (1752-1832) et continuée par l'ingénieur en chef Rabourdin suite à la réunion du Conseil Général des Pyrénées-Orientales au cours de sa séance du 26 août 1843.


En descendant vers le Fenouillèdes la route déploie un tracé dessus dessous amusant (à cet endroit, la carte signale les ruines d'un château des Maures). À l'opposé, sur le versant donnant vers l'Aude et Quillan, le hameau de Laval où l'ami Robert Reverdy (1908-1999) “ se saigna ” de quelques vers lors de la liesse pourtant cruelle qui accompagne le sacrifice annuel du cochon : 

« ... Son embonpoint marquait l'épaisseur de sa graisse, 
Deux-cent-trente kilos, quel remarquable poids... » 

Forêt_domaniale_des_Fanges 2018 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Lucas Destrem.


Point final avant de fermer le clavier, les hauteurs de la vaste Forêt des Fanges aux sapins géants destinés à la marine de guerre de Colbert et, rive droite du Saint-Bertrand, les Crêtes d'Al Pouil... aussi élevées, au-dessus des 1000 mètres... et pour désorienter plus encore celui qui se perd dans les complications de ces hautes Corbières Occidentales, au pied du Serre Calmette... (de « la Serre » (1), on ne sait plus), à plus de 800 mètres, les ruines du château templier où s'entremêlent des histoires de souterrain, de trésor, de fausse monnaie avec plus d'or que l'officielle du roi, par ces chemins menant à la frontière, l'auberge de la Jacotte à la réputation de coupe-gorge, d'auberge rouge... 

Voilà... Avec mes meilleures pensées pour André Galaup (1938-2021), lors de cette sortie si exotique pour celui du bas-pays que je suis. Entre le peu que j'en ai vu, tout ce que j'aimerais en voir, ces paysages, ces personnages, je les ai vus, ils infusent en moi. Me reviennent alors les propos de Joseph Delteil (1894-1978), autre voix du Languedoc (Val-de-Dagne, Pieusse, Montpellier) à Frédéric-Jacques Temple (1921-2020) : 

« [...] Ce n’est pas le spectacle que j’ai vu mais pour moi j’ai l’impression que je l’ai vu, je pourrais jurer que je l’ai vu à travers papa et maman. Peut-être beaucoup des choses que nous avons, que nous portons, que nous écrivons, quelquefois, sont non pas de nous mais de toute notre famille, de toute notre lignée... »  

Saint-Louis-et-Parahou 2011 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Jcb-caz-11. 
Le pays de montagne de Panfilo et Maglorio. 

(1) pour encore des hésitations à perdre pied, « serre » substantif masculin comme « serrié » du même genre masculin dans le Tresor dau Felibrige de F. Mistral et « serriero » du même genre pour une cime dentelée, une suite de crêtes (famille de scie, du verbe scier). Et un « serras » ne serait qu'une grande colline... 


vendredi 13 mars 2026

PANFILO et sa jument MAGLORIO (3)

Avec celui qui raconte, il y a celui qui reçoit, qui transpose en images et souvent prolonge à sa fantaisie. La neige, si rare le long de la côte, n'aurait pu que faire rêver un gosse du littoral, solidaire, par ailleurs, de la vaillante Maglorio au service de Panfilo. Certes, le conteur n'aurait rien dévoilé des chaînes, cercueils et revenants, réservés à un public de grands. Adulte, bien sûr, chacun y met ce qu'il a en lui, de tout ce qui, jour après jour, vient ôter un copeau de son ignorance, seul gage d'émancipation intellectuelle... toujours essayer de l'être moins que la veille...  

Alet_les_Bains abbaye 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Devisme alain
  

Alors, si la magie de l'enfance continue d'opérer, l'envie de toujours apprendre apporte également. André Galaup cite l'Étroit d'Alet ; Alet-les-Bains, on préférait sa limonade à son eau minérale (la mise en bouteille a-t-elle repris ? (1) ) ; Alet, un diocèse créé par le pape Jean XXII (nous reparlerons du vingt-troisième plus loin), un évêché à la cathédrale détruite par les Huguenots (1577), à l'abbaye dans une égale décrépitude, « un des plus crottés de France » d'après son évêque en disgrâce, éloigné de la cour par Richelieu. 

Le diable Asmodée et le bénitier Église de Rennes-le-Château 2007 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Jcb-caz-11

La suite ajouterait-elle au rôle prédominant de l'Église, évoquons la richesse suspecte d'un abbé Saunière (1852-1917) laissant croire, afin de camoufler ses trafics de messes lucratives à Rennes-le-Château, au magot et à l'ésotérisme (à l'entrée de l'église, le diable Asmodée soutient le bénitier). Pour ajouter aux épais mystères de ce pays du Razès au vaste territoire (2), Henri Boudet (1837-1915), prêtre de Rennes-les-Bains, se pose là lui aussi, avec ses récits énigmatiques sur une vraie langue celtique et le cromleck (cromlech ?) de Rennes-les-Bains (1886). 

Pech de Bugarach 2007 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur ThierryS

Et qui nous empêcherait, sur les hauteurs orientales de Quillan d'évoquer la montagne (Le Pech de Bugarach, 1230 m., point culminant des Corbières) qui a magnétisé tant d'hurluberlus baba-cools et autres déjantés atteints d'un tellurisme mêlant le trésor à trouver, des extraterrestres attendus, la survie suite à la fin du Monde annoncée de 2012. Comment ne pas se rebiffer quand, après les fraises des bois du col du Linas, on a connu ce même village beaucoup plus tranquille, avec les grandes portes des étables au haut ouvert, encore, des derniers éleveurs de chèvres, de vaches qui sait aussi, dans un polyélevage et une polyculture  de montagne (des panneaux indiquaient la vente de fromages) ? Et plutôt que de se pourrir les méninges, pourquoi ne pas se satisfaire de la légende discutable des lutins bienfaisants Bug et Arach, Bug montant sur les épaules d'Arach dans l'intention d'être bien entendu d'un Jupiter imploré afin de calmer les colères de Cerç... Importuné le Dieu changea les lutins et, à y être, la fée Nore, en montagnes...  

(1) suite à bien des obstacles depuis 2011, une usine d'embouteillage devrait commencer à produire... en 2029... À 300 mètres de profondeur, avec un forage donnant près de 7 m3 à la minute c'est l'une des plus grosses sources de France. 

(2) des histoires de trésors qui se superposent et s'entremêlent : des Volques Tectosages, d'Alaric Ier, roi des Wisigoths, de Blanche de Castille, des Templiers, des faux monnayeurs du Bézu, des Cathares, de l'abbé Antoine Bigou qui aurait mis quelques écus à l'abri des révolutionnaires. Des élucubrations sans limites, mêlant aussi les nazis à la quête et peu s'en fallut qu'Angelo Roncalli, le futur et « bon » pape Jean XXIII élu en 1958, n'en fît partie ! Qu'on se rassure, ce n'était qu'en tant que nonce apostolique et il avait seulement rendu visite à des cousins jadis venus d'Italie...