mercredi 1 avril 2026

Statues du lexique « chevaux de trait » (page 17)

Des 12 tonnes du cheval de pierre à Mollégès, nous revenons aux 2 tonnes de la statue de Péchard au rond-point à l'entrée de Limoux en venant de Carcassonne, occasion de quelques détails supplémentaires sur cette vedette limouxine (1). 

Vient ensuite, celle, de Naous à Callac (Côtes-du-Nord enfin d'Armor puisqu'ils l'ont voulu ainsi), 1,6 tonne de bronze (2). 

Enfin, à Landivisiau (Finistère), où on dû aller les huit de Fleury (voir lexique p. 6), ce sont les 450 kilos des plaques de laiton soudées au cuivre qui forment la réalisation (3). 

(1) Péchard qui, du fond de son pré s'avançait (gaillard encore un an avant sa mort) jusqu'au chemin lorsque la voiture de la maison de retraite déposait Henri, son ancien compagnon de travail. Par ailleurs, une scène ou sketch de théâtre nous en dit davantage sur le coût du traitement vétérinaire des rhumatismes du cheval, l'équivalent de 430 euros d'aujourd'hui la piqûre, payés par la vente des cartes postales de Georges Coroir, l'argent ayant aussi suffi à la création de la statue et en prime au parrainage de la jument comtoise Uva-de-Bel-Air, née en 2008. Cette même séance théâtrale confiée à des locaux non dénués de talent (on en doit la publication à Didier Donnat), nous fait part d'une anecdote de carnaval. En effet, une certaine année, dans la capitale de la blanquette, faisant même déplacer certains, le bruit courut que la statue avait disparu. Concomitamment, une association patentée des festivités carnavalesques exposa, certainement assez loin des yeux afin d'instiller le doute, une représentation du cheval... Or, bien dans l'esprit de Carnaval, ce n'était qu'un Péchard, grandeur nature certes, mais en carton, celui sur la scène justement ; et pour faire croire que quelqu'un avait réussi à subtiliser la statue de deux tonnes, ils l'avaient seulement recouverte d'une toile de camouflage lestée de branchages... 
Sur les planches, ils sont trois vieux à avoir cette discussion quand, entre parenthèses, deux femmes aux formes mûres viennent les traiter de saules pleureurs... leurs branches, gloussent-elles, étant « plus près des pieds que de la cravate » ; et quand la seconde demande « Pourquoi pleureurs ? », la première l'entraîne à rouler du fessier pour faire pleurer nos trois compères sur leur banc... 
(a) la vidéo référencée ci-dessous nous permet de corriger une injustice en associant le nom d'Alain Villa à celui de Vincent Perez, auteurs de la statue. 

Callac_22 Cheval Naous._2017-10-21 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. 2018 Auteur J.C EVEN. (depuis 1996, il est interdit de couper la queue des chevaux).

(2) Callac, capitale aussi de l'épagneul breton, est connue aussi pour son haras de chevaux de trait (jusqu'en 2003 d'après une certaine info). Le cheval vedette se voulant représentatif de toute la Bretagne fut Naous (1935-1953), breton demi-ardennais par sa mère, géniteur en 13 ans de haras, de 27 étalons, 116 arrière descendants, 245 chevaux de quatrième génération (un autre site parle de 350 pouliches). Il meurt en 1953 d'une tumeur incurable et mortelle à la verge (a). Par ses origines il aurait alourdi la race bretonne. 
À l'initiative de René Pléven (1901-1993), tant de fois ministre, sa statue est érigée sur la place en 1958 ; en bronze, elle est l'œuvre de Georges-Lucien Guyot (1885-1972), connu, entre autres pour son Taureau de race Aubrac à Laguiole (1947) et l'Ours des Pyrénées à Bagnères-de-Bigorre (1950). Vandalisée, elle a été au moins trois fois transformée en zèbre... certainement par des pas intéressants se croyant géniaux et intelligents... 
(a) dernièrement vu à la télé, un vétérinaire du Midle-West enlevant une verrue à la verge d'un étalon ne pouvant plus monter. “ Et oui, c'est la nature comme disait Jacques Villeret jouant un attardé mental dans « L'été en pente douce » ”. 

« Paotr mad » et « Océan » bretons tous deux, ont inspiré la statue de Roger Joncourt pour la ville de Landivisiau. Source mairie. Depuis 1996, le respect de l'animal a enfin amené à ne plus couper la queue, efficace chasse-mouches... Notre bon oncle Noé sommait Mignon de ne plus la balancer « Ah ! te devissi la cougo ! », menaçant de lui dévisser la queue !   

(3) Au début du XXème siècle, Landivisiau est une ville de marchands, courtiers et maquignons rassemblant les chevaux de la région (18.000 chevaux vendus en 1939, en France et aussi jusqu'au Japon). Combien restait-il de marchands quand, la guerre gagnée (1945) les huit de Fleury ont entrepris l'expédition en Bretagne, en vue de renouveler les chevaux de travail ? 
Le Trait breton « Paotr mad » (Bon Garçon), né en 1959, primé en 1962, et « Océan », un postier à la stature des chevaux, jadis, des diligences ont inspiré l'œuvre du sculpteur local Roger Joncourt (1932-2023), auteur aussi, en haut du col du Tourmalet, du buste de Jacques Goddet (1905-2000), longtemps directeur du Tour de France. C'est grâce au 1 % artistique lié à la construction de la nouvelle mairie que la statue a été érigée en 1983. Un monument de 450 kilos hélas malmené en 1996 lors d'une protestation des légumiers de Plouzévédé et Plouescat venus décharger 700 tonnes de leurs productions devant la mairie. Croyant à coup sûr mieux marquer les esprits, ils ont déboulonné et chargé le Paotr mad pour finalement, en restant là (las ?) de leur colère et soucieux de ne pas se léser, le rejeter sur des choux-fleurs. Ne restait plus, pour les Landivisiens, qu'à le remettre en place ! (à suivre)         


mardi 31 mars 2026

La RAMADO de Coursan, chevaux, Rameaux, lexique (16)

La manifestation festive de juin à Mollégès a le mérite d'être claire dans son intitulé de « carreto ramado », à savoir une charrette de rameaux, rams en languedocien tandis que les Rameaux avant Pâques sont ceux du dimenche das Rampans (1), avec la majuscule. Dans certains secteurs d'Occitanie, des traditions de ramado poulido, de jolis chemins de rameaux entre les domiciles des deux amoureux et l'église officialisaient le mariage imminent ou tout récent tandis qu'un éconduit ou jaloux en arrivait parfois à la ramado laido d'un chemin jonché de fumier et autres saletés. 

D'après toujours le « Tresor dou Felibrige », travail monumental de Frédéric Mistral (1830-1914), l'entrée « ramado » comprend au moins deux homonymes, la ramado étant la douleur de la mère sur le point d'enfanter et aussi une averse passagère « Après une forto ramado seguido d'une soulelhado » Hercule Birat (1796-1872), chansonnier et  poète de Narbonne... comme dans la chanson enfantine « Il pleut il fait soleil... » 

Pour revenir à la fête honorant les paysans, leurs montures ainsi que le travail accompli, par chez nous, s'il est fait mention de la  « Ramado de Narbouno » et des quelques ramados organisées à Nissan-lez-Ensérune, c'est avec celles de Coursan qu'une tradition remontant à 150 ans en arrière ne tombe pas dans les limbes du souvenir grâce aux chroniqueurs de la revue FOLKLORE n° 1, de janvier 1938, qui en fait état. Il y a un siècle et demi, pas de vignoble dans nos parages mais du blé : « Il n'y a pas de pays en France qui puisse être comparé pour l'abondance de ses récoltes en grains à la fertilité de la plaine de Coursan » 1788, Mémoire d'un intendant du Languedoc, Ballainvilliers. La fête a continué lorsque, après 1850, l'ère de la vigne s'est imposée. 

Coursan, vue sur l'aval de l'Aude - 2011.

Ah ! ils se démarquent les laboureurs de Coursan qui montent assis et non à califourchon comme partout ailleurs ! La Ramado consiste à faire évoluer, liés à la queue-leu-leu, à 1,20 m seulement l'un de l'autre, 15 à 25 beaux et jeunes chevaux. Isolé devant cette cavalcade richement décorée jusqu'au gros nœud à la queue, le meneur ramadaïré galope en tant que porte-drapeau. Chapeau de paille rubané, petit boléro de couleur  brodé de fils d'or et d'argent, chemise et pantalon blancs (un long pan de la ceinture assortie au boléro, de même que la cocarde sur les sandales de toile blanche, parent tous les ramadaïrés). Le char, petit chariot lesté afin de tenir la route, recouvert de branches d'ormeau, est ainsi capable de tourner le coin des petites rues sans verser, l'honneur du conducteur étant en jeu. À l'intérieur, deux musiciens courageux, cachés dans un capitonnage de matelas, se doivent de continuer à jouer même renversés ! Les cavaliers, eux, sautent, descendent; virevoltent, se tiennent debout sur le cheval avant de se rasseoir et recommencer leurs numéros de cirque. La ramado passe partout dans le village ; elle s'enroule en escargot, décrit des S autour des arbres de la fontaine ferrugineuse. 

Coursan 2011 ; depuis le pont qui lui aussi a son histoire, l'église Notre-Dame-de-La-Rominguière XII et XIIIème siècle.

La soirée se terminait par un grand bal. Longtemps le village commentait la performance du conducteur parfois « de premier ordre »...  

Ces fêtes revenaient cher, on ne pouvait les organiser tous les ans, la dernière a eu lieu en 1905. 
Témoignage dans la revue Folklore n° 1 en janvier 1938, de monsieur Jean Maffre de Coursan. 

(1) beau souvenir d'enfance aussi, tous ces Rameaux au-dessus des têtes, devant le portail de l'église, jusque dans la rue... 
https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2024/03/rameaux-et-paques-1.htm

Et mon père, encore : 
« ... Dimanche des rameaux 1953 : Le mauve de la glycine qui étale ses grappes près d’un portail de la place du Ramonétage m’a fait penser à l’entrée monumentale du château de Saint-André-de-Sangonis, et en ce jour des Rameaux je revois Marcellin, le vieux serviteur zélé jonzacois qui, de retour de la messe, parcourait une à une les pièces de la grande maison pour laisser dans chacune d’elles une branchette de laurier bénit destinée à remplacer celle de l’année précédente. Pauvre Marcellin, si gentil au fond, qui revenait avec nostalgie sur ses cinquante années passées au service des familles Martin, puis Gaudion de Conas, Romilly enfin ; il évoquait la cure à lui payée jadis annuellement à « Châtel » (Châtelguyon), les tenues de service auxquelles il avait droit, bref les beaux moments de sa vie de fidèle domestique. Et maintenant ? La comtesse, toujours à court d’argent, lui devait même sept mois de gages, quelle misère ! Aurait-il mieux fait de rester au service de la maison Martell qui portait si haut depuis si longtemps le renom du cognac français, celui de son pays qu’il ne reverrait plus ?.. » François Dedieu, p. 185 Le Renouveau / Caboujolette 2008. 

« [...] Dimanche 17 mars 1940. Rameaux. (St-Patrice). Je vais à la messe, où je suis à côté d'André Pédrola, qui est loin de douter bien sûr qu'il va aller, treize années plus tard, partager la vie des Canadiens du Québec tandis qu'au même moment je vais gagner ma vie de professeur, pour trois ans, au Brésil... » Ensuite nous jouons au billard au café de la place, qui sera remplacé plus tard par le marché couvert, la salle de cinéma du haut cédant alors la place à la nouvelle perception de Fleury et au logement du Percepteur. Dédé, le plus jeune des trois enfants Sanchon, boit une grenadine (il a sept ans)... » Caboujolette / Pages de vie à Fleury II / chapitre "Le Renouveau" / 2008 / François Dedieu.