Mais qu'est-ce qu'il dit, le Breton d'un temps (hélas pas si lointain), fruste et macho à Landivisiau ? « Bon Dieu d'en haut, prends ma femme, laisse les chevaux. » (1)
![]() |
| Trait breton de Landivisiau. Source : mairie. |
Et qu'est-ce qu'il dit, le Breton, à l'émotion toujours aussi vive que quand, petit garçon, il pleure de réaliser que sa jument part avec le maquignon qui la prend ? Il dit des choses qui parlent aux gens de la terre que nous sommes tous ; il dit qu'on ne peut pas refuser une vie meilleure aux paysans, que rouge, orange ou vert, le tracteur a apporté de meilleures conditions... Certes, mais à quel prix, celui d'une violence inimaginable, d'une lâche trahison égoïste faisant fi du sentiment à l'égard d'un compagnon de toujours, au service d'humains opportunistes devant, sur des millénaires, leur bonne fortune au cheval... Oh ! l'intellectuel parasite, de quel droit te permets-tu de juger ? Fallait bien que ton grand-père assume la famille, la portée de sa fille toujours regimbant mais toujours là... Et puis n'a-t-il pas, malgré la difficulté, afin de couper le cercle fataliste, gardé ton père aux études ? Et ta “ gran ” n'ayant pas de quoi faire bouillir la marmite, n'interrogeait-elle pas plus qu'à son gré l'insondable des jours « De qu'anan mettre per dina ? », (qu'est-ce qu'on va mettre pour dîner ?). La sensiblerie n'est qu'un luxe de nanti, de qui ne sait plus que terrible, la faim en arrive à réduire aux pires extrémités...
Alors non, dans le même bain, les complices que nous sommes n'ont pas à juger de la mort à peine moins forte que la vie... Ne parlons pas de cette engeance affligeante sans respect aucun du soutien rendu, de cet officier fou rétorquant que si le cheval est épuisé, le révolver est à même de régler le problème. Au contraire, restons positifs, relevons les belles histoires, comme un pont lancé vers un meilleur futur...
Février 2015, ce blog... onze ans déjà (j'ai des excuses si je répète mon écrit):
« 1914. Un mas, dans le Sud, à Bompas, non loin de Perpignan. Les hommes de la famille, les ouvriers agricoles sont mobilisés, même le percheron est réquisitionné. Par chance, la propriétaire obtient qu’il soit accompagné par le ramonet, celui qui le conduit, qui laboure avec, qui le soigne et le bouchonne après la journée...
![]() |
| Bompas_-_Eglise_Saint-Etienne_-_Clocher 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Fabricio Cardenas |
[...] À Perpignan, après l’armistice et la démobilisation, le mas eut la chance de voir revenir les hommes un à un, hormis le percheron et son conducteur. Rien de grave, disait-on, les premiers avaient eu la chance d’être vite renvoyés, voilà tout. Pourtant, à peine quelques jours plus tard, le ramonet revint aussi mais seul, sans le cheval, sautant en l’air et brandissant un papier bien haut. Une joie bien compréhensible, en somme sauf que tout le domaine crut un instant que la guerre avait condamné le cheval et rendu son conducteur bizarre, sinon fou.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire