Aude, Languedoc, Tchécoslovaquie, Ariège, Pyrénées, Océan Indien, Lyon, Brésil, ports familiers mais unique maison des humains. Apprendre du passé, refuser la gouvernance cupide suicidaire. Se ressourcer dans l'enfance pour résister, ne pas subir. Passer ? Dire qu'on passe ? Sillage ? Aïeux, culture, accueil, ouverture aux autres, tolérance, respect, héritage à léguer (amour, écoute, cœur, mémoire, histoire, arts...) des mots forts, autant de petites pierres bout à bout qui font humanité.
jeudi 29 janvier 2026
Son ENFANCE l'appelle (3)
jeudi 25 décembre 2025
ANTOINE, conte de NOËL (4)
« Antoine, conte de Noël
4. La vengeance d'Antoine.
Pendant que le bedeau, de son petit cône métallique fixé au bout d'un long roseau, éteint une à une les bougies, puis tourne le commutateur des lustres, c'est une véritable procession devant ce qui nous rappelle l'étable de Bethléem. Nous n'avançons que tout doucement. Tiens, nous sommes les derniers, Antoine et moi. Enfin, nous voici presque seuls dans la petite clarté pourpre. Dans le coin, derrière nous, brûlent quelques cierges sur une bizarre table de fer garnie de pointes sur lesquelles ils sont piqués, au milieu des blanches coulées de cire. La musique de la boîte retentit moins souvent. Dehors tombe une pluie fine. Les gens s'empressent de rentrer chez eux. Beaucoup sont invités chez des parents pour partager un bon repas de fête où la dinde traditionnelle, les bons vins de Fleury et les pâtisseries familiales auront bien sûr une place de choix.
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| C'est dans cette chapelle que se tenait la crèche de Noël... |
Et soudain c'est le drame. Le sacristain en a fini avec son éteignoir. A peine l'a-t-il rangé près du gros pilier qu'Antoine s'est emparé du long roseau brillant et qu'il s'avance, méchant, vers la crèche. Je n'ai presque rien vu, mais j'ai bien entendu :
« Ah ! c'est comme ça que tu te conduis ! Tu n'es pas capable de savoir que je mérite davantage qu'une paire de chaussettes ! Eh bien, tiens ! Tu l'auras voulu ! »
Deux bons coups de roseau, et le petit bras rose a été cassé au-dessus du coude. Deux femmes veulent rattraper Antoine, qui s'enfuit à toutes jambes.
« Quelle famille ! Ne demandez pas qui c'est… » dit l'une d'elles.
Maman m'a pris par la main. Nous sommes vite sortis.
J'ai oublié le reste de la journée. Mais depuis j'ai souvent pensé à la révolte d'Antoine. Il y a quelques années, je l'ai revu à Narbonne. Il venait du village natal de Charles Cros, où il travaille. Il avait servi de chauffeur à sa patronne qui profitait du jeudi, jour de marché, pour faire ses courses. Nous avons bavardé un moment, près du café Montmorency : ce qu'il devenait, ce que je faisais de mon côté.
J'ai pensé tout le temps à la crèche de nos sept ans, mais je n'ai pas osé lui rappeler, ayant depuis longtemps compris ce gros drame de son enfance et lui ayant depuis longtemps tout pardonné.
Alors, si vous passez, pendant les vacances de Noël, dans mon cher village, et si vous avez l'idée d'aller vous recueillir un court instant devant la crèche, beaucoup moins belle, il est vrai, que dans le temps, en face du portail d'entrée, vous remarquerez sans doute que l'enfant Dieu a eu le bras cassé au-dessus du coude droit. La colle y est encore visible en un léger bourrelet circulaire. A ce moment-là, si quelque touriste de passage, à côté de vous, remarque d'une façon critique : « Ils auraient pu le changer, depuis le temps qu'il doit être là ! », vous sourirez intérieurement : maintenant vous connaissez son petit secret. » (à suivre) (1)
François Dedieu, Caboujolette, 2008.
(1) pour des raisons de sécurité, le vandalisme n'ayant plus de limites, je ne sais pas quel Jésus figure actuellement dans la crèche de l'église, presque toujours fermée en dehors des offices. O tempora, o mores...
ANTOINE, conte de NOËL (3)
« Antoine, conte de Noël.
(3. L'amertume d'Antoine ).
Bref, pour son Noël, Antoine a reçu en tout et pour tout… une paire de chaussettes et quelques bonbons. Ah ! il est déçu, oui, bien déçu ! Et dire qu'en face de lui, sur la « Placette », habite un petit garçon qui est un vrai diable. Mais laissons Antoine à ses pensées :
« “Le père Noël ne t'apportera rien !” disait la mère au petit diable, à longueur de journée. Encore une attardée, sa maman ! Comme si elle ignorait que ce n'est pas le père Noël. Nous, les Rumel, nous sommes pauvres, nous sommes nombreux, mais nous savons les choses. Ce n'est pas tellement papa qui nous l'a appris, papa Cintho (encore un de ces noms…), mais maman. Maman s'appelle Fernande. Elle au moins a un prénom courant, comme Antoine. Elle est un peu gênée pour marcher, par exemple. Mais elle est vaillante, et elle nous instruit. C'est ainsi que moi, Antoine, je connais le grand secret. C'est le petit Jésus, lui qui voit tout, qui apporte les cadeaux. Eh bien ! là, pour une fois, il a mal vu, et c'est tombé sur moi. J'en ai une preuve : le garçon d'en face, celui qui ne devait rien recevoir, roulait ce matin dans une splendide auto à pédales de couleur bleue. Et moi, Antoine, moi qui ai été bien sage pendant près d'un mois, moi qui ai fait deux fois par jour des commissions pour maman : le pain, le lait, ce qu'il fallait à la maison… qu'est-ce que je reçois ? Une paire de chaussettes. C'est plus que de la myopie, ça crève les yeux. C'est une injustice flagrante. Et le coupable ? Jésus, l'enfant Jésus qui vient de naître la nuit dernière. »
Comment pourrais-je savoir tout ce qui bouillonne dans la petite tête de mon voisin. De toute façon, il est triste : je m'en suis aperçu. Les autres dimanches, à cette même place, il est plus souriant. Dans la cour de l'école aussi. Tiens ! pas plus tard qu'avant-hier, avant la grande sortie des vacances, nous nous étions poursuivis comme des fous. Ça c'était un jeu ! Et l'instituteur de service, monsieur Teisseire, qui n'avait pas compris que nous nous amusions ! Nous avons bien failli nous faire punir…
« Ite, missa est. » vient de chanter l'abbé Vidal.
« Deo gratias » répond l'assistance.
Enfin ! Quelle joie ! Nous allons retrouver nos parents. Il n'y aura plus qu'à glisser une piécette dans la boîte à musique de la crèche, celle qui siège près du lumignon rouge, pour entendre « Il est né le divin enfant » ou bien « Les anges de nos campagnes ». Une dernière prière sur le prie-dieu, devant l'enfant Jésus qui a fait son apparition à minuit, puisque hier soir encore, sa place était marquée, mais vide. Maintenant il est là, apparu dans cette messe de minuit à laquelle, trop jeunes, nous ne pouvons encore assister, ravissant poupon aux belle couleurs, qui tend ses bras aux visiteurs. Elle est belle, la crèche, cette année-ci. Ces dames se sont surpassées ; les rochers de papier fort sont bien représentés. Saint-Joseph, et Marie, et Saint Jean-Baptiste couvert de sa peau de mouton constituent de très beaux sujets, presque aussi grands que nous. Le bœuf, l'âne gris, rien n'y manque, excepté les trois Rois Mages Gaspard, Melchior et Balthazar (encore de ces noms…) qui viendront le six janvier apporter l'or, l'encens et la myrrhe. » (à suivre)
François Dedieu, Caboujolette, 2008.
mercredi 24 décembre 2025
ANTOINE, conte de NOËL (2)
« Antoine, conte de Noël.
(2. Cadeaux rêvés des petits garçons.)
Je suis allé tous les soirs écouter « Nadalet ». Ce sont les cloches de notre vieille église qui sonnent à toute volée pendant dix bonnes minutes, le soir venu, chacun des dix jours qui précèdent la fête de la Nativité. Un silence, et le carillon reprend, annonçant aux braves gens la bonne nouvelle, le grand événement. Chaque jour, le nombre de reprises diminue. La dernière fois, c'était hier, juste avant la toilette de la cheminée. J'étais sorti de la cuisine et, accroupi derrière le portail de l'écurie, qui présente presque à hauteur de mes oreilles un trou triangulaire à la jonction de deux planches, j'écoutais, ravi, les vibrations du bronze. Seul, notre cheval Lamy, à l'autre bout de l'écurie, était témoin de mon escapade, et je l'entendais parfois renifler ou mâchonner son fourrage…
Et cette messe qui n'en finit pas ! Il faut pourtant que j'aille voir chez tante et chez grand-mère si je n'ai pas encore quelque présent. Mais quoi ? Rien n'a transpiré des conversations. Et ce que je voudrais est beaucoup trop cher : depuis près d'un mois, tous les soirs, assis en tailleur à même le carrelage, je choisis chez les petits voisins, les trois fils du maçon, mon cadeau idéal. Ils reçoivent le catalogue en couleurs des Galeries Lafayette. C'est commode, et il comporte tous les détails ! Pourtant, mon beau train électrique ne sera pas encore pour moi. Ni le merveilleux « Meccano » aux mille pièces et aux sept cents modèles. J'aurai un jour le tout petit : numéro zéro. Pour tout vous dire, j'avais été gratifié l'année dernière d'un joli train… mécanique il est vrai, mais qu'importe. Il a bien roulé le premier jour. Le lendemain, fou de joie, j'ai invité un petit camarade : Nicomède. Drôle de nom, ne trouvez-vous pas ? C'est pourtant le sien. Je ne sais comment il a opéré. A-t-il trop monté le ressort ? Bref, ça a craqué dans le ventre de la petite locomotive. Mon train fut caché dans sa boîte rouge, avec son tender et ses trois wagons. Il n'a plus jamais roulé. S'il eût été électrique, cela ne serait pas arrivé… J'ai revu Nicomède, longtemps après, alors que je savais qu'une tragédie de Corneille portait aussi ce titre. Eh bien ! il s'en souvenait encore !!
Je voudrais bien parler à mon voisin, échanger juste quelques mots. Mais il y a la dame au tic nerveux. De temps à autre, elle fait taire un bavard ou une bavarde. Et puis Antoine a l'air triste. C'est lui, mon voisin. Avant d'entrer, sur le parvis de l'église, je lui ai demandé :
« Alors Antoine, tu as été gâté ? Qu'est-ce qu'il t'a apporté, le papa Noël ? »
Et j'ai bien vu que j'avais commis une gaffe. Antoine fait partie d'une famille très nombreuse : Louis et Pierrot, ses frères aînés, vendangent déjà depuis plusieurs années et savent « mener la rangée ». Je connais encore Mimi (Michèle ? Mireille ? Va savoir…), sa jeune sœur, mais il en a d'autres, et il en aura d'autres. La dernière devait même avoir pour parrain le Président de la République en personne… » (à suivre)
François Dedieu, Caboujolette, 2008.
vendredi 10 octobre 2025
Février 98, une lettre journal de bord...
« Fleury-d'Aude, le 1er février 1998.
Bien cher fils,
Déjà un mois de 98 qui vient de se terminer. février s'annonce sous de bons auspices : la température est douce pour la saison et le soleil nous est revenu. Avec dix ou onze degrés et sans un souffle de vent — c'était marin aujourd'hui — c'est un peu de printemps qui nous arrive. les premiers amandiers sont en fleur — on en voit un par-ci par-là —. La maison est vite chaude? Nous avons fait une petite sortie à Bouïsset.
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| Aux pins de Bouisset (écrit ici avec un « i » simple. Diapo François Dedieu 1973. |
[...] Lundi 2 février 1998. Journée maussade ce lundi : temps couvert, à peine une vague et timide percée du soleil et une belle averse vers 18 heures. [...] Il est maintenant 23 h 20 et il pleut toujours, doucement à présent. ce soir, un coup de fil surprise de Thérèse, la sœur aînée de mon copain de lycée Pierre Alias qui s'est noyé dans l'Aude, près du Païcherou à Carcassonne alors que le lendemain il aurait appris dans le journal sa réussite au baccalauréat.
[...] Mardi 3 février 1998. La pluie continue toujours, et le marin également.
[...] En classant mes vieux papiers à conserver dieu sait pourquoi — mais je jette tout de même un gros paquet de temps à autre dans le conteneur “ Spécial papier ” à Narbonne, ici ils ne sont pas capables d'en prévoir un seul ! —, je suis tombé sur mes lettres de sixième à la maison. J'allais alors sur mes douze ans et venait de passer, le 16 juin 1934, mon Certificat d'Etudes Primaires, que mamé Ernestine fit encadrer — c'était alors la coutume —. Et j'ai été vraiment étonné par deux choses : 1. le nombre de fautes graves que je commettais alors que j'étais un des meilleurs élèves de ma classe — mais j'y prêtais moins d'attention que dans les dictées, bien sûr —. 2. le fait que la lettre partait de Carcassonne et parvenait à Fleury — à cette époque, le tampon d'arrivée se trouvait obligatoirement au dos de l'enveloppe — le même jour ! ce qui est loin d'être le cas à l'heure actuelle. je n'avais jamais remarqué ce détail. De toute façon, ma première remarque sur les fautes nous enseigne à nous professeurs à nous montrer indulgents et modestes à l'égard de nos élèves surtout si leur langue vernaculaire n'est pas le français.
[...] Mercredi, le 4 février 1998. Je pourrais ajouter que sur certaines “ missives ”, de Degrave le futur préfet ou Marcel de Roquefeuil qui s'en voyait avec les Alsaciens à Saverne — il faut dire qu'il était dans les impôts et qu'ils n'en payaient pas là-bas sous Hitler, chose peu crédible que j'ignorais —, au dos de ces enveloppes donc et écrit de ma main, je lis encore « Reçue le dimanche » ; c'est vrai que les facteurs — trois pour Fleury dont parfois, en remplacement, le frère de M. Sanchon, Etienne — assuraient deux tournées quotidiennes, une dans la matinée, la seconde l'après-midi, sauf le dimanche, où il n'y en avait qu'une; le matin.
[...] 21 h 10. Nous avons lu tes deux épîtres et avons apprécié ton lyrisme. Je vois que tu lis mon “ journal de guerre ” qui est sans prétention aucune, où j'ai mis ma vie d'exil au jour le jour sans vouloir rien cacher — ce qui m'avait valu d'ailleurs la saisie par la Gestapo de mon carnet et mon séjour en prison en septembre 1943 : il faut que j'en rétablisse le début, d'où mes recherches dans les vieilles lettres pour éviter de “ broder ” malgré moi —. Je tiens à ce que vous connaissiez un peu notre existence pendant ces rudes années qui nous ont quelque peu volé notre jeunesse, parce que j'ai tellement regretté de n'avoir de la vie de mon père durant la Grande Guerre que quelques rares instantanés. Il s'était engagé en 1915 et fit ensuite partie de l'association « Les moins de vingt ans » ; il a été artilleur ; cuisinier un certain temps ; il a bu son meilleur champagne chez le vigneron, à Cumières, un tout petit village proche d'Epernay ; il a été à Verdun, mais où exactement ? Il n'écrivait pas pendant des semaines alors en première ligne, en plein danger ; sur plainte de sa mère — c'est la maman de Marcellin l'ancien maire qui écrivait les lettres — un haut gradé était venu le tancer et l'obliger à écrire sa lettres sous ses yeux : il l'avait prise et fait promettre de ne plus recommencer. Quelques autres détails encore mais tout cela reste bien sporadique et incomplet ; il m'arrive de regretter un peu. Mais qu'y faire ? »
Confiant ce qu'on peut considérer comme un journal de bord, papa me prenait à témoin. Après le temps qu'il fait, le souvenir de son pauvre copain mort noyé à 19 ans (avec qui ils correspondaient souvent en languedocien), le courrier postal, son journal de guerre (1943), son père Poilu de 1915, poursuit avec Paul Valéry, un paragraphe faisant suite à cet article et que je me permets de commenter... La longue lettre se termine avec un paragraphe « J'ai un poil à ma zout » :
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| À l'heure de l'électricité reine, le “ poil à sa zout ”... |
De s'être couché tard pour cause de Pierre Benoît, auteur qui sortait un roman par an avec une héroïne en « A » comme initiale... et renfermant chaque fois une phrase cachée de Chateaubriand (!), papa a oublié de fermer le robinet du poêle : 3 cm accumulés dans le cylindre de combustion ! Qu'y faire tout allumage étant à proscrire ? Eurêka il a dû dire sinon penser, en trouvant la combine pour, à force de patience prélever le mazout en trop grâce à une éponge au bout d'une ficelle : un succès malgré l'odeur dans la maison et sur les mains.
Sacré papa qui sait prendre congé :
« Voilà nos petites nouvelles, si l'on peut dire. Tu auras quelques minutes de lecture, sous ta varangue, accompagné du martin triste, du gentil margouillat (agame ou gecko ?) et de la chienne du lotissement par toi recueillie. Bien le bonjour à Gilbert et à bientôt de tes cogitations lyriques si intéressantes.
Tendres embrassades, Papa. » (mentions manuscrites : François, Jirina)
PS : la radio passe « T'en va pas comme ça... » (1963)... entre tant de choses me ramenant à papa toujours là bien que parti le 23 septembre 2017...
jeudi 11 septembre 2025
De RIVESALTES à VERSAILLES
Non, pas un itinéraire avec ou sans péage sur le web. C'est seulement que lors de l'évocation de Rivesaltes par mon pauvre papa, outre mon sentiment qui continue à se nourrir de toutes ses missives et écrits, cette halte me ramenant forcément vers mes 37-38 ans, m'a fait l'effet d'un coup de bambou.
Oui, je ne gardais que de belles images de cette allée Joffre (une promenade, un mail comme appelé par mon père) empruntée pour rejoindre la gare en haut ; tout du long, l'opulence des platanes, en bas la statue équestre du maréchal, autour, la splendeur des palmiers phénix. Hélas, parti cliquer pour retrouver quelque chose de ces chers souvenirs, me faisant tristement revenir à la réalité, ce que j'en ai vu m'a complètement stupéfié. Perdues les majestueuses ramures des vieux platanes, disparus les palmiers phénix avec leur cachet d'un Sud presque subtropical, partout du dallage et seulement de jeunes arbres en remplacement. Si Joffre sur son cheval en appelle toujours à une page grave de notre Histoire, le site, lui, ne veut plus rappeler son pays de naissance. Et moi, égoïstement, je perds sous les ombrages, à la rentrée, parce qu'un jour je finis avant midi, ce marchand qui proposait quatre ou cinq variétés de figues, sinon le cadre des premières fèves du marché courant février, perspective de renouveau sous les longs rameaux nus de l'hiver, souvent agités avec leurs pompons par les coups de tramontane.
Trop long. Impossible de partager cette détresse dans le post d'hier où seule la vue générale restait capable de ne pas me chambouler l'intérieur. Certes, on y voit l'Agly si beau de son eau en pays sec, et c'est mentir un peu sinon rester déraisonnablement optimiste : le fléau de la sècheresse chronique fait qu'à plusieurs reprises, le fleuve n'a plus coulé. Comment cela ne rappellerait-il pas les déconvenues, ce ver venu manger le cœur des palmiers, les platanes anéantis par le chancre doré mais n'était-ce pas le long du Canal du Midi, et non à l'intérieur des terres ? Alors, pourquoi à Rivesaltes ? Malades ? Incurables ? Trop vieux pour être soignés ? Pas la version de qui veut noyer son chien l'accuse de la rage, espérons ?
Ils vont bien les architectes des Bâtiments de France qui assurent à propos des allées, initialement “ cours Napoléon ”, inscrites au patrimoine départemental « sans que leur aspect ne soit changé » alors qu'il faudra plus d'un siècle pour des arbres sublimes.
Versailles ? oui, plus qu'un Paris trop trépidant. Rivesaltes ? non, j'en porte désormais le deuil comme celui de ma jeunesse. Rivesaltes, c'est fini, je ne crois pas que j'y retournerai un jour...
lundi 2 juin 2025
Les BŒUFS de TRAVAIL, lo BESTIAL de TIRA (3)
À la Saint-Roch, proprets, harnachés, avec des fleurs sur le joug et les moscalhs neufs (pare-mouches, émouchettes), non sans fierté, le métayer mène une paire de bœufs pour la bénédiction religieuse à l'église du village.

Attelage_de_bœufs_de_trait 2020 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Zewan
Remerciements particuliers aux Carnets d'Émile de même qu'aux témoignages d'Aimé Boyer rapportés aussi par Sébastien Saffon). Remerciements à Nelly Abuzzo-Engi pour son blog « Couleur Lauragais ».
Merci papa pour tes diapos de 1968 à Montagagne.
jeudi 15 mai 2025
La MONTAGNE NOIRE, André DAVID (3 et fin)
André David, tout comme son père Léo David, sont de Saint-Germain-de-Marencennes5, en Charente-Maritime. De venir trois étés de suite sur les traces d'André relève donc du pèlerinage, du voyage consacré à la mémoire de l'enfant, du fils perdu...
« Vois-tu, je sais que tu m'attends [...] Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. »
« Demain dès l'aube », « Les Contemplations » 1856, Victor Hugo.
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| Emmanuel_de_Martonne Photo antérieure à 1929. Domaine public. Čeština byl francouzský geograf : l'Europe Centrale est concernée par les frontières qu'il a contribué à tracer. Auteur anonyme |
Nous livrant à bien des prolongements, le livre sur la Montagne Noire est préfacé par Emmanuel de Martonne (1873-1955), professeur à la Sorbonne, éminent géographe et traceur de frontières. Loin de mettre en avant la technicité géographique brute du sujet entrepris, cette préface s’attache avant tout à la conjoncture humaine qui a tant su nous toucher. De Martonne nous apprend d’emblée qu’une balle allemande a abattu « un des espoirs les plus sûrs de l’école géographique française ». Il connaît personnellement André David, pour reprendre ses mots, plutôt frêle mais d’une bonne résistance physique, timide mais concentré, d’une puissance de travail remarquable, hardi dans ses idées et la verve de ses propos.
Admis à l’École Normale Supérieure en 1912, à peine un an plus tard, son travail sur la Montagne Noire stupéfie ses éminents superviseurs au point de presque lui conseiller de garder cette production de débutant sous le coude, comme thèse de doctorat. Visiblement ému par ce destin hors normes, l’universitaire accompagne la publication du livre de sa chaleureuse humanité ; il nous confie que deux camarades qui l’aimaient avaient promis de finaliser les chapitres à peine ébauchés… Le premier s’écrasa avec son avion en Macédoine, le second, blessé à maintes reprises, finit aussi par mourir sur le front. Alors ce fut Mademoiselle Marre, amie d’enfance d’André et professeur au Puy qui s’est chargée des passages et même des chapitres incomplets.
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| Page de titre. |
La Société d’Études Scientifiques de l’Aude a bien voulu concrétiser tous ces efforts conjugués ; son imprimeur attitré, Bonnafous6, 50 rue de la Mairie à Carcassonne, a assumé le tirage du livre.
Ô armoire « ...du vieux temps, tu sais bien des histoires, […] Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires » (Le Buffet, Arthur Rimbaud) sur les livres couverts de bleu aux belles étiquettes… la 102 pour André David et la Montagne Noire, la 113, sobrement intitulée « Poésies », toutes de Rimbaud…
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| Au milieu, ces exemplaires blancs dépareillent, d'où la fausse bonne idée de les ranger par côté et ce, à cause du crochet de fermeture du battant gauche de l'armoire. |
Et si mon père habite toujours la maison de vie d’où j’écris, en ouvrant l’armoire aux livres, comme Nougaro, j’entends plus fort encore « la voix de papa ».
Suite à ce long avant-propos, suite au recueillement, ne perdons pas de vue l'intérêt initial pour notre Montagne Noire jusque là abordée aussi fortuitement que légèrement, suite à une “ leste motivation ”, disons, fomentée par la trouvaille fortuite d’un article de la revue Folklore « Les filles du Poumaïrol ».
Saint-Germain-de-Marencennes se situe à près de 500 kilomètres de la Montagne Noire.
6 Imprimerie fondée en 1776, mise en liquidation en 2011 suite au décès brutal de Georges Bonnafous 59 ans ; six employés au chômage.
jeudi 27 mars 2025
Plus compliqué que SAUCISSE et JAMBON (5 et fin).
Et mon père alors, qui me porte, moi qui suis dans sa maison ?
| Papa, tu es beau ! |
Tout passe, tout s'efface sauf si on s'efforce à repenser, à recréer, à revivre, à rechercher. Au delà de cette « Festa dal porc » que je retrouve bien qu'oubliée de moi, papa précise « seguida » (1), de la présentation du « Vin Bourru » qu'il me fit, je ressens fort la dette fructueuse que doit chaque fils au père qui continue de le porter (2) (penser l'inverse est une erreur, une vanité n'ayant pas lieu d'être).
Plus légèrement, en conclusion, à propos de cochon, une des rares choses sympa chez les Parigots, Gabin et Bourvil fourguant du porc au noir dans « La Traversée de Paris », un film d'Autant-Lara, (1956) et encore... d'après une nouvelle de Marcel Aymé (1902-1967), il est vrai “ agent double ” dans la capitale malgré son attachement d'origine à la Franche-Comté...
(1) terme peut-être local, non trouvé ailleurs, Mistral dans Lou Tresor dau Felibrige notant seulement « tua lou porc », tuer le porc.
(2) Guy, professeur d'occitan, portant à bout de bras, chaque mois, une quarantaine d'élèves plus chenus que vermeils, apporte qui il est en plus du cours de langue. La fois dernière, il raconte la double trace de pas laissée dans le sable, au retour bien chargé d'une nuit jadis au canard (les appelants, le matériel avant tout...) ; s'ouvrant à son père, compagnon de chasse, d'un rêve en période triste, étrange et marquant, d'une seule trace de pas derrière eux, il reçut cette réponse aussi spontanée qu'éclairante « Ès ieu que te portavi... », « C'est moi qui te portais... ».
mardi 25 mars 2025
La « TUE-COCHON » à Fleury et à Colombières (3)
(suite du travail de charcutailles à Fleury-d'Aude).
| Hachoir_à_viande_pour_saucisses_-_Purullena 2015 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Dfbdfbg6543654 |
... puis, avant de recevoir la « machine » commandée à la Manufacture Française d’Armes et Cycles de Saint-Etienne (on ne disait pas encore « Manufrance » ou a fortiori « la Manu ») et destinée à faire la saucisse de façon plus commode et plus rapide, c’étaient les doigts de l’imposante Léonie qui poussaient la viande hachée jugée à point, à l’aide d’un entonnoir spécial sur l’embout duquel se pressait le rouleau d’un boyau humide bien propre, et nous voyions émerveillés la belle saucisse se former au bout et occuper plus tard une place de choix sur la table de nos cochonnailles annuelles.
Que dire encore ? Cette grande affaire durait évidemment plusieurs jours ; Léonie était naturellement des nôtres à la table familiale où nous savourions les premiers fritons et quelques belles côtes de porc sauvées de la tourmente et qu’appréciaient seulement les adultes. Les caisses destinées au salage des jambons avaient été préparées et pourvues d’une quantité de sel impressionnante pour nous, puis placées dans un coin d’une chambre du premier étage, vide et réservée en particulier à cet usage. Les beaux jambons y étaient déposés avec tout le soin requis, disparaissaient sous le sel, pour fournir des mois plus tard ces délicieuses tranches qui agrémentaient nos repas. J’appris beaucoup plus tard que cette préparation du jambon était bien originaire de notre pays, et que déjà les Gaulois, grands amateurs de cochon, savaient bien les élever et avaient acquis une grande renommée dans l’art de saler et aussi de fumer et préparer les diverses pièces du porc. Nous étions donc de dignes descendants.
Entre nous soit dit, la place réservée aux « caisses des jambons » n’était sans doute pas idéale : la saumure résultant du salage avait fini par traverser le bois des caisses et d’abîmer un peu notre plafond de la cuisine, située justement sous la chambre en question… »
CABOUJOLETTE, Pages de Vie à Fleury à Fleury-d’Aude II, 2008, François Dedieu.
Chez Jean-Claude Carrière, les femmes vont laver les tripes à un ruisseau qui, à l’époque de l’écriture du livre, ne coulait plus. Les enfants tournent la manivelle du hachoir à viande. L’auteur ne donne pas ensuite le détail de la confection des cochonnailles ajoutant seulement que viandes et graisses sont mises à cuire.
Pris par le petit bout de la lorgnette, pourtant si important, suivant les circonstances, dans l'économie ménagère des familles, l'engraissement du cochon. Suite à une modeste recherche, nous avons retrouvé ce “ plus petit commun diviseur ” avec :
* Arnaud Daguin (1935-2019) chef étoilé du Sud-Ouest et du Pays Basque s'indignant de l'élevage industriel.
* Madame Tricoire, institutrice à Lavelanet, par son témoignage repris dans la revue Folklore (décembre 1941).
* Mon oncle Stanislav (Tchécoslovaquie puis Tchéquie) dans son système D de débrouille autarcique face aux ratés, insuffisances et défaillances de la gouvernance communiste.
* Robert Reverdy (1908-1999), de Pouzols-Minervois et son cousinage en marge des Hautes Corbières, à Laval (route du col frontière historique de Saint-Louis), vers Quillan de la haute vallée de l'Aude, lui valant un poème des plus réussis.
* Les montagnards de Sorgeat au-dessus d'Ax-les-Thermes.
* En Périgord, l'Albine, le personnage porteur de savoirs et de toute une culture rurale, de Fernand Dupuy (1917-1999) marquant de sa présence en compagnie d'Henri Vincenot (1912-1985), « APOSTROPHES », l'émission culte de Bernard Pivot (1935-2024).
* Jean-Claude Carrière (1931-2021) d'un cosmopolitisme brillant au cinéma, au théâtre, en littérature, jusqu'à sa vie privée, ce qui n'a pas empêché son attachement viscéral à Colombières-sur-Orb, le village de naissance. Resté fidèle à son Sud, ne lésinant pas sur le temps donné aux autres notamment lors de la Mirondela dels Arts (peut-être aussi Les Estivales de l'Illustre Théâtre), il a gardé le bon accent de chez lui. Cette fidélité il en témoigne par son bilinguisme occitan-français et le soin apporté à son ouvrage « LE VIN BOURRU » dont le riche chapitre sur les mots occitans francisés. De sa part, quatre ans après qu'il est parti, je reste toujours aussi ému de cette reconnaissance à l'égard des racines languedociennes qui nous unissent, de ce qu'il a été et qu'il représente. Carrière aussi a écrit un long paragraphe sur « Le sacrifice du cochon ».
Pour ceux qui restent curieux de mes hommages, états d'âme et bavardages :
Partager le Voyage: J'AIME ce qu'ils ont dit des VENDANGES / 2. Jean-Claude Carrière.
Partager le Voyage: JEAN-CLAUDE CARRIERE... il nous a tant aimés...
Partager le Voyage: JEAN-CLAUDE, il faut que je te dise... / A J-C Carrière, 1ère partie
(à suivre)
lundi 24 mars 2025
La « TUE-COCHON » chez CARRIÈRE et DEDIEU (2)
| Colombières-sur-Orb_St-Pierre 2007 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Fagairolles 34 |
Et à Colombières, au pied des Cévennes, dans Le VIN BOURRU, 2000, Plon, Jean-Claude Carrière raconte que la veille le cochon sait qu’il va mourir. Entend-il les préparatifs ? Après une mauvaise nuit à grogner, à crier parfois, il recule et hurle dans son réduit, avant qu’on ne le touche. Armand Cazals, le grand-oncle de Tarassac « ...fort, jovial, un peu rouge… » doué pour découper, est sollicité par son entourage pour l’abattage. Après un verre de vin blanc, en tablier, son matériel à portée, il demande que la bête lui soit amenée. Les hommes la tirent par ses pattes attachées. On le tient fermement tandis que l’oncle cherche le bon endroit où planter son couteau. Une femme récupère le sang qui jaillit et empêche qu’il ne coagule. Les hurlements de l’animal faiblissent, les sursauts se calment ; instant de calme dans l’assistance, sans regret mais comme pour respecter cette fin de vie, ce sacrifice. Ensuite il faut verser l’eau très chaude pour ébouillanter et racler les soies avant que l’oncle Armand ne joue de ses couteaux «… comme les ogres dans les contes de fées… ». Allongée sur le ventre, la carcasse « qui fait la prière » (1) se voit découpée dans la longueur du dos. Un repas « le plus gros de l’année » avec le sanquet et la tindello (2) précède une longue après-midi de travail jusqu’à la nuit tombée. (synthèse tirée du livre Le Vin Bourru, 2000, Plon, Jean-Claude Carrière).
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| Jean-Claude_Carrière_2016 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license Author Fryta 73 |
(1) Luis Buñuel, le cinéaste avec qui il a souvent collaboré, lui confirma qu’ils faisaient et disaient de même dans la province de Teruel.
(2) Sanquet, sanqueto : “ omelette ” du sang du cochon. La tindello : tranche de lard ou de viande.
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| Fleury avant Noël. |
Et à Fleury-d’Aude, le témoignage encore de François, père de François fils, notre pêcheur de tenilles (à l'image d'Olivier, l'alter ego, témoin, commutateur commode pour une narration autobiographique évitant le “ JE ”, non haïssable en soi mais incommodant justement) :
«… Je me souviens que Léonie nous préparait aussi « la saumo (3) », sorte de gros galabart dit parfois « boudin du Sud-Ouest », et qui permettait d’utiliser à bon escient un gros boyau. Le boudin était alors cuit longuement dans un gros chaudron placé sur son fort trépied dans l’antique et pour nous immense cheminée où flambait un feu nourri. Les deux tables de la maison avaient été mises côte à côte pour la circonstance, les nappes blanches étaient de rigueur et disparaissaient presque entièrement sous cette quantité impressionnante de victuailles. Nous nous faisions rappeler à l’ordre de temps à autre, pour gêner un peu le travail des grandes personnes si important pour la famille, et nous dévorions des yeux toute cette « fête du cochon » qui était pour nous un divertissement prisé.
Je vois encore sur le gril, près du chaudron aux boudins, les échantillons de viande hachée, salée et poivrée, placés sur une petite plaque de métal « pour goûter » afin de juger l’assaisonnement [...] (à suivre)
(3) étrange cette dénomination, la saumo désignant l'ânesse en occitan.
| Papa. |
samedi 22 mars 2025
La “ TUE-COCHON”, Jean-Claude CARRIÈRE et François DEDIEU (1)
La relecture et correction d'un projet « Un Languedoc Fleur d'Amandier » m'amènent à compléter dans la rubrique « Pauro bestio », pauvre bête à propos du cochon tué pour apporter aux humains. Jean-Claude Carrière puis mon père sont mis à contribution pour apporter un complément au sujet.
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| Jean-Claude_Carrière_à_la_BNF 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license.Auteur Roman Bonnefoy |
À Colombières, au pied du Caroux dont on voit la dent de chez nous, Jean-Claude Carrière indique que l’élevage du cochon se pratiquait avant 1940 et qu’avec la guerre, à cause des restrictions, cela fut nécessaire, les apports en viande, charcuterie et matières grasses ne pouvant mieux tomber. Les familles s’équipèrent d’une porcherie afin d’engraisser un cochon, parfois deux. Devant la maison, dans un gros chaudron de cuivre se cuisait la ration du pensionnaire : farines, châtaignes, herbes… Le cochon reste familier, reconnaissant d’être nourri, caressant même lors de ses petites sorties dans le jardin. On le soigne avec sérieux ! C’est à qui aurait la plus belle bête de plus de deux cents kilos !
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| Même en Moravie (Rép. Tchèque) Creative Commons Attribution 2.0 Générique Auteur kitmasterbloke. |
À propos d'embonpoint, une lettre (janvier 1949) de la grand-tante de François fils, Céline (1903-1988) :
« […] Chez Paule on a tué hier le deuxième porc, le premier pesait 180 K et celui d’hier 225 K. Quant à nous qui en avons un mais plus jeune, il se fait joli et doit peser dans les 150 K nous le saignerons le mois prochain d’ici là il fera quelques kilos de plus… »
« La fèsta dal porc (seguida).
Tout jeunes, nous n’étions pas autorisés à voir saigner par le boucher, appelé pour la circonstance, la magnifique bête qui allait fournir à toute la famille tant de vivres pour de longs mois. Plus tard, j’ai imaginé le cochon pendu par ses pattes de derrière à une poutre de notre cave, solidement maîtrisé par les puissantes mains de mon père et de son oncle, notre « oncle Pierre », [...] proprement saigné par le spécialiste malgré ses cris de désespoir ; le sang recueilli jusqu’à la dernière goutte dans une bassine des plus propres. Alors, le boucher-charcutier le coupait en deux dans sa longueur, et repartait, son travail terminé.
Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai pu voir tous les détails : le cochon tué au pistolet automatique spécial qui enfonçait le crâne de l’animal et avait déjà remplacé l’antique merlin d’étourdissement de nos abattoirs de village ; l’eau très chaude versée dans l’auge impressionnante contenant le cochon devenu porc par sa mort ; la chaîne introduite sous le corps et servant à débarrasser ce dernier de ses soies ; et, une fois l’épilation terminée, le porc suspendu devant le charcutier, celui-ci coupait en deux la carcasse et pratiquait l’éviscération. Les boyaux étaient ensuite soigneusement lavés et conservés pour la fabrication de la saucisse, des saucissons et du boudin… »
CABOUJOLETTE, Pages de Vie à Fleury à Fleury-d’Aude II, 2008, François Dedieu.
| Papa |
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