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jeudi 6 mars 2025

CARNAVAL, pauvre CARNAVAL (1)

 Encore à traîner en Provence, à reporter toujours le départ au jour d'après, cette fois c'est à cause du calendrier avec les trois jours gras précédant le mercredi des Cendres que nous ne remonterons pas encore le cours de la Durance. 

Jusqu'au mardi gras en effet, essayant de sublimer la mangeaille parfois en dépit des réserves étiques à la fin de l'hiver, aurait-on fait subir son sort au cochon familial, nos gens festoyaient pour mieux accepter les quarante jours de privations précédant Pâques. Et pourtant le sens du mot carnaval parle d'enlever la viande... C'est aussi contradictoire que compliqué... Ultérieurement l'Église d'abord opposée à ces festivités par bien des aspects amorales les accepta de même que la contrainte de ne plus manger de viande pour finir par le jeûne de la Semaine sainte. Cette période festive païenne peut aussi associer ces réjouissances aux signes d'un renouveau, d'un printemps primesautier refoulant sans ménagement dans le passé la mauvaise saison d'hiver. La fête de carnaval autorisait de mettre à l'envers l'ordre établi, les servants se mettant à la place des maîtres, les pauvres des riches et les hommes se déguisant en femmes. 

Murs_banner 2013 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur panorama village A7

Chene_Murs 2007  under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur A7

En Provence, le village de Murs, contrairement à ceux phagocytés par des célébrités, est connu pour son carnaval. Ici ce ne sont pas les propriétés avec piscines qui forcent l'admiration mais les vergers de cerisiers, d'abricotiers et avant tout un alignement de chênes vénérables dont un, pluri-centenaire, de 6,80 mètres de tour et 24 de haut...  Les Mursois ne sont pas 400 mais ce n'est pas le froid Mistral suivant de ses sursauts pénétrants les ruelles pentues du village perché qui va empêcher la fête (doit-on en parler au passé ?). Plus authentique que les touristiques et théâtraux carnavals des villes, celui des villages ruraux reste (restait ?) fidèle à des traditions remontant loin par le passé. Faut-il des anciens qui ne veulent pas laisser mourir leurs souvenirs ? ou bien des jeunes qui un jour ont à cœur de revivifier la coutume festive endormie ? Une maison bien achalandée en habits où des maquilleuses bénévoles opèrent est affectée aux déguisements. Pratiquement toute la population se retrouve fardée, déguisée, du mieux possible pour garder si possible son anonymat jusqu'au soir. 

Ane_de_Bessan 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur anthrax5474
Faute de cliché disponible, dans l'Hérault où les animaux totémiques sont de sortie pour carnaval, s'il n'a pas plus la chemise que le soufflet, le meneur en blanc porte le bonnet de nuit des buffetaires tels ceux croisés jadis à Lespignan...
  

Ça défile, ça se regroupe là où les buffetaires peuvent mener leur ronde. Enfarinés, en chemise et bonnet de nuit, chantant leur paillardise, ils donnent du soufflet (lo bufet) vers le derrière du compagnon devant ou sous un jupon à portée... le carnaval tolérait la gauloiserie, la gaudriole. En bonne place aussi, le cortège des mariés et demoiselles d'honneur exclusivement joués par des hommes (logiquement le maire, le curé devraient l'être par des femmes...). (à suivre).  

Note : pour deux photos à Murs et non Lurs au carnaval de 2001 ! Carnaval au village : Caramentran à Lurs | Provence à vivre 

Source principale GEO n° 122 Avril 1989. 

Références sur ce blog : 
















mercredi 19 février 2025

LUBE, LUBÉ... LUBÉRON, LUBERON.

Grand ou Petit sinon oriental, le Luberon, un arrière pays émergeant souvent des œuvres de Giono, Bosco, Pagnol, rapport au peuplement puis à l'exode rural, reste connu pour avoir accueilli nombre d'artistes et d'auteurs depuis des décennies. Comparée à l'attraction exercée à titre particulier par les villages de la Provence Rhodanienne, cette concentration de privilégiés explique peut-être un a priori négatif. Sans aller jusqu'à cataloguer que tout ce qui est excessif est insignifiant, j'y vois la raison d'une gêne. Néanmoins, cette indisposition me pose problème vu qu'outre la nature tant géologique que climatique, au moins deux auteurs appréciés plaident pour ne pas rejeter le Luberon, à savoir Bosco et Camus. 

Au cours du XXème siècle, le Luberon a vu arriver en villégiature nombre de politiques, d'acteurs du cinéma dans tous les sens du terme, des médias, des chanteurs, peintres, photographes, architectes, une marge de gens fortunés, qui ont réussi.  

Si les débuts du mouvement étaient marqués par un esthétisme lié au retour à la terre, à l'intérêt pour une nature géographiquement marquée, la décentralisation de la saison théâtrale à Avignon et alentours initiée par Jean Vilar dès 1947, va accélérer un mouvement de personnalités plus connues, plus en vue ;  les locaux, eux, parfois de retour aux origines, au village d'où les aïeux émigrèrent pour plus de commodités, se mêlent aux célébrités pour le pastis, la pétanque sinon au marché ou chez le boulanger. Lors d'une troisième vague, le paraître, l'entre-soi, la frime, le fric ont prévalu, transportant pour quelques mois au plus les mondanités parisiennes... Une “ faune ” étrangère à un art de vivre local, à une culture sudiste, aux paysages typiques si bien dépeints par Van Gogh ou Cézanne. Après les maisons serrées des villages perchés, est venu le temps des piscines pour les invités. 

Bonnieux_au_coeur_du_Luberon_(Vaucluse) 2017 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Mathieu BROSSAIS

Parmi les villages les plus prisés suivant les périodes, Gordes, Roussillon, au nord du Calavon, Oppède, Ménerbes, Lacoste et Bonnieux au sud de la rivière, sur le piémont septentrional du petit Luberon ; Lourmarin, versant sud, tourné vers la Durance, particulièrement cher à Bosco et Camus. 

Depuis en gros les années 2000 la vogue est à revendre dans le Luberon pour d'autres arrière-pays de soleil, de garrigues sur le pourtour méditerranéen. 

Alors, parler du Luberon malgré un a priori négatif  sinon une répulsion initiale ? oui, par considération et respect pour au moins deux écrivains, Bosco, Camus. 

Henri_Bosco_(cropped) 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Souricette-du-13

Henri Bosco (1888-1976) s'est partagé entre les hauteurs de Nice et Lourmarin qu'il a aimé en tant que terre inspirante de faune sauvage, de mystères, de paysans, de vignerons. Des agriculteurs paisibles ont succédé aux réfugiés divers venus trouver ici refuge à cause de la religion, de la conscription systématique sous Napoléon, aussi pour résister à l'occupant allemand. Bosco relevait le côté sévère du Luberon à côté de la Provence ouverte de Daudet, avec, entre les deux, Pagnol venu tourner à Grambois et Vitrolles-en-Luberon (« La Gloire de mon Père », « Le Château de ma Mère », le cadre de « L'Eau des Collines » évoquant aussi cet arrière pays provençal). 
Bosco a voulu que ses cendres reposent à Lourmarin, là où vécut son père. 

Albert_Camus,_gagnant_de_prix_Nobel,_portrait_en_buste, 1957, domaine public Author Photograph by United Press International

Albert Camus (1913-1960). Dans le monde de la culture, il a fait l'effet d'une étoile filante. Bien qu'alourdie par les malheurs et la pauvreté originelle de la famille, avec les honneurs, sa vie a versé dans la bulle des privilégiés suivis en Provence, paradoxalement grâce à René Char. Jusqu'à une fin prématurée. Tout est lié : son œuvre chez Gallimard, son amitié avec Michel, le neveu héritier de la société d'édition, la maison achetée dans le Luberon, ses positions courageuses d'écrivain engagé, le retour vers Paris, enfin, le terrible accident de la Facel Vega avec Michel Gallimard au volant, après Pont-sur-Yonne (4 janvier 1960 / les passagères arrière sauves).   

Source principale : Mappemonde 3 / 97, Le Luberon, refuge d'artistes, Cécile Helle.          

vendredi 20 décembre 2024

PROVENCE du RHÔNE (22) Fontvieille et Daudet.

Le château de Mont*** écrit Daudet, à présent nous pouvons dire son nom « Montauban ». 

Il ne s'en cache pas, Daudet Alphonse : lorsqu'il se retrouve à Fontvieille, il réside au château de Montauban « ... qui se termine en muraille de mas campagnard », propriété d'une vieille famille provençale. Une dame âgée bien qu'alerte encore, veuve de longtemps, dirige le domaine d'oliviers, de vignes, de blés, de mûriers. Daudet y arrive sans prévenir, accueilli à bras ouverts comme s'il était le cinquième garçon de la maison. Il sait aussi les noms de Miraclet et Tambour, les chiens de chasse et aussi Miracle qu'il a tôt fait de siffler avant de monter à “ son moulin ”... 


« ...Une ruine, ce moulin ; un débris croulant de pierres et de vieilles planches, qu'on n'avait pas mis au vent depuis des années et qui gisait, les membres rompus, inutile comme un poète [...] Dès le premier jour, ce déclassé m'avait été cher, je l'aimais pour sa détresse, son chemin perdu sous les herbes, ces petites herbes de montagne grisâtres et parfumées, avec lesquelles le père Gaucher composait son élixir, pour sa plate-forme effritée où il faisait bon s'acagnardir à l'abri du vent, pendant qu'un lapin détalait ou qu'une longue couleuvre aux détours froissants et sournois venait chasser les mulots dont la masure fourmillait [...] je dois beaucoup à ces retraites spirituelles ; et nulle ne me fut plus salutaire que ce vieux moulin de Provence. J'eus même un moment l'envie de l'acheter ; et l'on pourrait trouver chez le notaire de Fontvieille, un acte de vente resté à l'état de projet, mais dont je me suis servi pour faire l'avant-propos de mon livre. Mon moulin ne m'appartint jamais... » 

« Ah ! Gringoire, qu'elle était jolie la petite chèvre de M. Seguin, qu'elle était jolie avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier... » 
Ce sont les pages de gardes, assurément destinées aux enfants... 

Étant bien entendu que pour n'avoir jamais lu « Ce que c'était que mon moulin » introduction aux Lettres de Daudet, soixante-six ans plus tard, en cette veille de Noël 2024, François se dut d'admettre cette révélation. Quoique subodorée à la suite de rumeurs, médisances et ouï-dire, bien que coupée à l'eau par les années passées, son enfance venait encore de perdre un copeau de sa magie originelle. L'enfance qui veut tout et tout de suite, oblige, sans transition aucune, à rentrer dans le vif du sujet, dans ce qui suscite l'émotion immédiate, en adéquation avec l'âge telle celle instillée par « La Chèvre de Monsieur Seguin » puis « Le Secret de Maître Cornille », tant il est vrai que « Les Lettres de mon Moulin », suivant la “ lettre ” choisie, restent savoureuses à tout âge, de sept à soixante-dix-sept ans pour reprendre la formule consacrée. 

Le moulin de Daudet ou presque...

Le livre, François l'a sous la main, avec les illustrations de Pierre Belvès (1909-1994) (1), présentes en premier lieu pour le plaisir des enfants. Et comme pour faire une caresse au gosse qu'il fut, l'assurer qu'il lui restera fidèle jusqu'au bout, il ne manque jamais d'effleurer du dos des doigts le moulin dépenaillé, la porte cloutée, les meules au rebut, les lapins et le hibou de la couverture, la vie qui s'accroche en dépit des apparences. 

Alphonse_Daudet Domaine public Auteur Étienne Carjat (1828-1906)

  (1) Pierre Belvès a travaillé principalement dans la littérature pour la jeunesse. « Roule Galette », « Le Vilain Petit Canard », sont de lui. Créateur du premier atelier pour enfants dans un musée (1952), il s'est efforcé d'apporter à la pédagogie, à l'apprentissage de la lecture. (source IA Qwant).    

mardi 17 décembre 2024

PROVENCE du RHÔNE (21) Mollégès, Eygalières, les Baux, des villages très prisés...

Château_et_Eglise_à_Mollégès 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author Vi..Cult...

Mollégès, encore un village au riche passé, référence faite aux Dames de Mollégès avec Sacristane des Porcellets (1), fondatrice, en 1208, de l'abbaye Sainte-Marie. Historique, le village, et aussi un cadre de vie apprécié : Jean Drucker (1941-2003), dirigeant de télévision, Guy Marchand (1937-2023) (2), personnalité artistique aux multiples facettes, y ont vécu. 

Plan_d'Orgon 1871 Paul Guigou (1834-1871) Domaine public.

À Plan d'Orgon, le hameau qui en population a dépassé Orgon, outre Daniel Pellegrin, raseteur cocarde d'or en 1970 et Benoît Molin, pâtissier connu (télévision, livres...) vit Francis, copain d'enfance et ex-chauffeur routier... 

Orgon avec un poète médecin, Antoine Pomme (1620) ainsi que les ancêtres d'Edmond Rostand mais ce sera seulement pour noter que le pont ferroviaire de 2009 sur la Durance (335 mètres, 9700 tonnes) est le plus long et le plus massif de France. 
Remplaçant parfois des bacs sur la Durance, seize ponts sont construits au XIXème, ce qui fit dire à Mistral : 

« As bèu, Durenço,                    Tu as beau, Durance,
Faire esfrai                                    Porter effroi 
Pèr me coupa la routo                Pour me couper la route,
Iéu, sus lou pont te passarai        Moi je te passerai sur le pont
E tu passo dessouto. »                Et toi passe dessous. 

Village_d'Eygalières_et_Alpilles 2022 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Mathieu BROSSAIS

Eygalières, un village provençal typique, tranquille, loin des turbulences bien qu'ayant, pour ces raisons, causé un attrait certain pour nombre de célébrités : Brialy (1933-2007), Capuçon (1976-), Drucker (1942-) et Saval (1942-), Gaccio (1958-), Grant (1960-), Prost (1955-), Namias (1944-), Sabatier (1951-), Thibault (1927-2017), de Turckheim (1955-), y ont ou y ont eu une maison. Cette attraction ne date pas d'hier,  avec les peintres Mario Prassinos (1916-1985), Raymond Guerrier (1920-2002), Jacques Winsberg (1929-1999), les écrivains Fernand Mourret (1854-1938), Philippe Hériat (1898-1971), Charles Galtier (1913-2004) un premier Lubéron-Luberon en quelque sorte... 

Baux_de_Provence 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Auteur Benh LIEU SONG

Un mot sur les Baux-de-Provence où Jean Reno (1948-) réside et participe à la vie municipale (3). Quelques dizaines d'habitants à l'année seulement habitent ce village classé parmi les plus beaux de France, alors que plus d'un million de personnes le visitent chaque année. Pour Noël, le village perpétue une tradition semi-millénaire avec une messe de minuit, une crèche vivante, un bélier attelé apportant un agneau nouveau-né et, pour les bergers qui se passent l'agneau, une adoration de l'enfant Jésus...  


   

(1) Les Porcellets (avec un cochon sur le blason !) formaient une riche famille consentant des prêts énormes, respectée jusqu'en Orient. Opposée à l'archevêque d'Arles désireux de liguer dans la croisade de l'Église contre les Albigeois, elle est liée à l'assassinat de Peire de Castelnau, légat du pape (1208)... 

(2) Acteur de cinéma, de télévision (Nestor Burma), musicien accompli (piano, saxo, clarinette), sportif, crooner (« La Passionata »  1965, « Moi je suis tango » 1975, « Destinée » 1982...). Après Lacoste (Lubéron) et Eygalières (Alpilles), il s'installe à Mollégès où il est inhumé.  

(3) Jean Broussolle (1920-1984), des Compagnons de la Chanson, y est enterré. 

 

samedi 7 décembre 2024

PROVENCE DU RHÔNE (19) Frédéric Mistral.

Mas_du_Juge_à_Maillane 2011 under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license Auteur Renaud Camus. Dans la cour, est-ce la table en pierre sur laquelle le neveu de Mistral se serait tué (1862) ? 


Maillane, village typique du Midi, peut se visiter sur les traces de Frédéric Mistral : le Mas du Juge pour son enfance et sa jeunesse, la Maison du Lézard, jusqu'à son mariage, le mas revenant à son aîné suite au décès du père, sa villa qu'il construisit devant. À 46 ans il y emmena Marie-Louise-Aimée, fraîchement épousée.  

Museon_Frederi_Mistral_dans la villa de Mistral à_Maillane 2011 under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. Auteur Renaur Camus.

Miréio, son long poème d'amour contrariée, paraît en 1859, Prix Nobel de Littérature en 1904, traduit en une quinzaine de langues dont le français par Mistral lui-même, offrit au Provençal une reconnaissance universelle. L'essentiel de ses efforts allait toujours dans ce sens avec la création du Félibrige à fins de faire renaître le Provençal (voir si nécessaire les articles précédents).  


Mistral a surtout travaillé près d'une dizaine d'années à son « Tresor dou Felibrige » (1878-1886), grand dictionnaire de la langue d'Oc comprenant l'essentiel des variantes locales déclinées avec auteurs, citations, dictons et proverbes. (Si souvent ouvert dans le cadre de cette quadrilogie...).  

Parmi ses autres œuvres, « Lou Pouèmo dou Rose » 1897, le poème du Rhône, des bateliers de Condrieu descendant jusqu'à la foire de Beaucaire ; une inspiration plus tard partagée par Bernard Clavel (1923-2010), avec « Pirates du Rhône » 1957, « Le Seigneur du Fleuve » 1972, « La Guinguette » 1997, « Brutus » 2001... 

Portrait Frédéric Mistral 1907 Source Les Prix Nobel Domaine public Auteur inconnu

À propos de « L'Arlésienne », on raconte que Mistral se serait fâché avec Daudet rendant publique la confidence du Maître de Maillane sur ce neveu suicidé d'amour au Mas du Juge (1862)... Méfions-nous des “ on raconte que...” et ce n'est pas la lecture du « Poète Mistral », dans « Les Lettres de mon Moulin » qui nous dévoilerait le moindre grain de sable enrayant leur amitié. Le portrait d'abord, plus qu'avenant 

«...sa rouge taillole catalane autour des reins, l'œil allumé, le feu de l'inspiration aux pommettes, superbe avec un bon sourire, élégant comme un pâtre grec... »,   

C'est la fête du village avec fifres et tambourins dans la rue, l'aubade au conseiller municipal, des bouteilles, des verres ; l'après-midi, la procession des saints de bois « dédorés », qu'accompagnent les confréries de pénitents blancs, bleus, gris, cagoulés, de filles voilées ; ensuite, bien qu'en hiver, les taureaux, les jeux sur l'aire puis, autour d'un grand feu devant le café de Zidore, une farandole devant durer tard dans la nuit. 
La « Lettre » de Daudet se termine par un hommage, l'image de ruines majestueuses sans toits ou pétassées en remises, basses-cours ou étables (comme après la révolution) et qu'un jour un fils de paysan est déterminé à restaurer « ... Ce fils de paysan, c'est Mistral. », ces ruines, la langue provençale. 

D'après « Le Poète Mistral », « Les Lettres de mon Moulin », recueil de 1869, Alphonse Daudet.   

lundi 18 novembre 2024

PROVENCE du RHÔNE (13) L'élixir de la Montagnette

Je ne suis vraiment pas bon pour un jeu d'orientation... Si ce n'est suivre le cheval à sa charrue dans la vigne, c'est lassant de tracer de l'Ouest à l'Est dans cette carte de la Provence du Rhône, en descendant vers le Sud... sauf que, toujours disposé à me laisser surprendre par de l'inattendu, je ne m'en lasse pas ! 

Pont_du_Gard under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author Ben LIEU SONG flickr. Français  Le Pont du Gard, à Vers-Pont-du-Gard, département du Gard, région Languedoc-Roussillon, France

Remoulins ! parce que ce Languedoc est Provence et que la Provence du Rhône, sur ce bord, est Languedoc sur ce bord ! Alphonse Daudet né à Nîmes (encore des vestiges romains bien conservés !), situant ses lettres du moulin de Fontvieille, a aussi illustré cette réalité. De même, non loin, remarquable aqueduc romain, le Pont du Gard (1) ajoute aux monuments considérables du secteur, à Orange, en Arles notamment. 

Châteaurenard, patrie de Jacques Lalande (1921-2003), peintre d'enfants et de paysages , de Robert Miras, interprète du succès « Jésus est né en Provence 1973 », coquet de ne pas dire son âge. 

Lagnes, 1673 habitants, village de Jacques Polge (1943), parfumeur de Chanel depuis 1978, que je cite bien que n'aimant pas Coco... 

Mention à Cabrières-d'Avignon, en une période où renaît un antisémitisme puant, pour Marie et Attilio Garagnoli, Justes parmi les Nations pour avoir protégé des nazis les Pulvermacher. 

Gordes, plus beau village du Monde, a attiré plus d'une trentaine de personnes célèbres... rien à ajouter à cette peoplelisation... l'excessif banalise, minore, le trop sucré verse vers une aversion, serait-elle relative...  

Abbaye_Saint-Michel-de-Frigolet 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Author Aleks

La Montagnette, petit massif se hissant avec peine à 168 mètres d'altitude, mérite cependant d'être citée pour une des « Lettres de mon Moulin », celle du révérend père Gaucher, sous les traits de Rellys (1905-1991) puis, à la télé, de Préboist Paul (1927-1997), sauvant de la misère, grâce à son élixir avec farigoule, les pères blancs de l'abbaye Saint-Michel-de Frigolet (2). En 1880, comme toutes les congrégations non autorisées, les prémontrés subirent une expulsion spectaculaire, l'armée étant requise. De nos jours, à l'occasion de cérémonies, l'abbaye bénéficie des pèlerinages (hôtelleries, restaurant)(3). 

Le 14 juillet 2022, le passage d'un train a causé trois départs de feux dans la Montagnette, transformant en torches les pins d'Alep. Évacuée, l'abbaye a néanmoins été sauvée par les pompiers,      

(1) qui, du Ier au VIe siècle, a amené l'eau d'Uzès jusqu'à Nîmes.  
(2) mais le film de Pagnol (1954), n'y a pas été tourné. 
En 1984, le pape Jean-Paul II a promu l'abbatiale en basilique.
(3) À Châteaurenard, le Frigolet, liqueur, est le fait de distillateurs civils qui se sont inspirés des préparations des moines aux recettes tombées dans l'oubli. 

samedi 16 novembre 2024

« Un LANGUEDOC FLEUR d'AMANDIER », oraison pour Zorro...

Oraison, oraison... Jean Dujardin ne se met-il pas dans la peau d'un Zorro immortel ? 

Jeudi 14 novembre avec le mot « oraison » à inclure dans ses écrits : 

Vue d'Oraison (Alpes-de-Haute-Provence) depuis La Brillanne 2007 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Author Rainbow0413


Le Golfe du Lion, le Roussillon, un détour en Espagne puisque l'Histoire de notre cousine voisine a tant marqué le caractère languedocien. Ne reste plus qu'à remonter la Têt, passer la Cerdagne, parler de l'Andorre et rejoindre Sorgeat du tome 1, en haut d'Ax-les-Thermes... Un nœud afin de clore et notre circuit dans un SUD prenant ses aises bien qu'encore subjectif, partiel, et la ronde des saisons avec, au village, les vendanges, la rentrée, la Toussaint, le souvenir de 14-18, la Saint-Martin, les chevaux de travail sinon de guerre, les oiseaux migrateurs, les pluies parfois déluges mais promesses de champignons, des rouzilhous, les lactaires délicieux et parfumés de la garrigue. Non, pas d'oraison dans ce projet, surtout pas suivie de « funèbre » ; non, vu que « Oraison »figure dans « Un Languedoc Coquelicot » tome 2  ; c'est le bourg au bord de la Durance, sur sa colline à tous les vents, là où l'olivier ne veut pas dépasser les 650 mètres d'altitude...  

Vendredi 15 novembre : le mot imposé est « plume » : 

Autre fil rouge, en pointillé bien que primordial concernant l'identité sudiste, l'invitation aux références occitanes, à propos de plumes, d'auteurs qu'accompagnent des mots usuels et familiers d'une vie languedocienne à transmette absolument aux générations nouvelles. 
Dans notre premier volet augurant de la tétralogie entreprise (oh ! la prétention !), l'amandier en fleur, déterminé (les premières le 7 janvier 2023, plus encore les jours suivants bien que sur le même arbre pionnier) brave la mauvaise saison, tempère l'impatience de ce qui vit, sème l'espérance en vue du renouveau à venir ; réchauffement climatique ou non. L'amandier ? inébranlable ! A rapprocher du messager envoyé aux croyants pour Noël parce que les jours rallongent vers toujours plus de lumière. Messager aussi dans une lucarne en noir et blanc pourtant magique, ce cavalier qui surgit hors de la nuit sur son cheval, avec sa cape, son loup, noirs dans le noir... 

Zorro_(Character)Domaine public Author Matheus95


samedi 26 octobre 2024

PROVENCE du RHÔNE (9) Pour solde de tous contes (2)...


Orange, outre sa renommée en tant que ville romaine (théâtre antique, arc de triomphe) est la ville de naissance de l'écrivain Jean Échenoz (1947-), du pianiste virtuose, Michel Petrucciani (1962-1999), aux mains légères hélas à cause de son handicap de naissance, dû à “ la maladie des os de verre ”.


Old_vines_in winter_in_Châteauneuf-du-Pape 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Treephoto

   

Châteauneuf-du-Pape. Début des années 60 ; suite au pique-nique au Pont-du-Gard, endimanchés parce qu'un match du Championnat de France nous a assigné un club du Comité des Alpes (comme souvent pour les premières rencontres éliminatoires), avec de la marge avant le coup d'envoi, c'est l'occasion, en passant, d'aller saluer un cousin de loin, vigneron aussi au milieu d'un plateau incroyable de galets roulés. Seulement en passant. Rien alors sinon la mention « du-Pape », récente relativement puisque rien qu'à penser à l'histoire de la mule datant alors de plus d'un demi-millénaire ; rien sur des racines aussi profondes que celles des ceps sur un matelas de caillasses bouléguées. Et pourtant, Anselme Mathieu né en 1828 à Châteauneuf-Carcenier, décédé en 1895 dans le même village devenu Châteauneuf-du-Pape, motivé par la langue, la poésie, sut mettre en bouteilles son vin jusque-là vendu en fûts (mais peut-être plus pour être arrangé, en Bourgogne. Mathieu, vigneron-poète, appartient au groupe des Félibres, promoteurs, sous l'impulsion de Frédéric Mistral, du renouveau de la langue occitane : toujours quelques rimes sur les étiquettes de ce « Vin di Felibre ». C'est donc à partir d'ici que, toujours depuis notre voie lactée, nous croisons, semblant la plus éloignée de la galaxie, la première planète d'un système d'une voie plus vaste, le Félibrige. Plus sur le plancher des Hommes, cette fois-là, transition entre notre garrigue sèche et ce Midi du Rhône, saluant du même côté, de beaux ensembles de narcisses non loin des poteaux de rugby...  

Narcissus 2012 under the Creative Commons Attribution-ShareAlike 2.0 license. Author Kenneth Allen


Robert_Sabatier 2006 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 France license. Author Oscar J. Marianez

Le village de Saint-Didier, à six kilomètres au sud-est de Carpentras, a longuement accueilli un autre auteur attachant, au portrait (je parle d'apparence, de photos) avant 2010 si proche de celui de Gallo, Robert Sabatier (1923-2012), Parisien pur jus mais avec toujours un accent du Sud, celui de Saugues (Haute-Loire) où il passait ses vacances auprès du grand-père Auguste, maréchal-ferrant ; dans les huit volumes du Roman d'Olivier (1), le troisième, Les Noisettes Sauvages (1974), parle de Saugues, du pépé, de la mémé, de l'oncle Victor, d'une communauté de petites gens à la campagne laissés pour compte dans la marche du monde... Une Provence rhodanienne (mais on peut en penser autant, bien qu'en plus dispersé, de tout un Sud désirable), plébiscitée par nombre d'artistes, de comédiens, de chanteurs... d'écrivains revenus, sinon venus d'autres horizons. 

Portrait_de_Picasso,_1908 Domaine public source Photo (C) RMN-Grand Palais Auteur anonyme


Un paragraphe de Sorgues nous parle d'un peintre au génie toujours prégnant, Pablo Picasso (1881-1973) ; en 1912, il y réside avec Eva Gouel (1885-1915, cancer). Sur un mur de la ville, il lui dédie « Ma Jolie », un tableau cubiste, ovale mais enlevé au public le jour où un marchand d'art fit enlever le revêtement mural. Le tableau (plutôt rectangulaire...) se trouve au Moma New-York. 

Le Pontet ; Théodore Aubanel (1829-1886) passe ses étés au mas du Grand Grangier appartenant à sa mère. 

Partager le Voyage: Teodor AUBANÈU, pas froid aux yeux et la main chaude (I)... 

Partager le Voyage: Teodor AUBANÈU, pas froid aux yeux et la main chaude (fin)...

Alors qu'il s'est lancé dans bien des évocations jusqu'à charnelles dans La Miougrano Entreduberto, la Grenade Entrouverte, que n'a-t-il pas su exprimer et partager le temps de l'amour, avec Zani, partie hélas en religion ? Les traditionnalistes, par contre, bien que prêtant d'autres intentions, ont tôt fait d'assimiler les mille graines rouge sang sous une même couverture aux mille filles que l'ogre du Petit Poucet va égorger par erreur. (à suivre).  

(1) c'est à Saint-Didier que Sabatier a écrit Les Fillettes Chantantes, sur l'adolescence d'Olivier. (1974 Albin Michel, 1985 Le Livre de Poche).  

Teodor_Aubanel Domaine public Auteur inconnu

mercredi 16 octobre 2024

PROVENCE RHODANIENNE (8) Pour solde de tous contes (1)...

Un huitième volet pour constater que les sept précédents auraient tout dit ? Serait-ce, au contraire, conclure avec des résidus sinon garder le meilleur pour la fin ? Il est vrai qu'après la géographie, l'Histoire, le Mistral, la mythologie, la religion, le roman, le gothique, les moutons, ânes, chevaux, les mules, malgré une présence plus marquée de Bosco et surtout de Daudet, c'est à peine si nous avons abordé le monde de la création, de l'art, l'unique dimension permettant de se dépasser, d'exalter l'homme jusqu'à un « H » majuscule si improbable tant sa nature profonde est vile... 

Alphonse_Daudet Domaine public Auteur Étienne Carjat (1828-1906)

Alors oui pour un huitième volet. Et puisque avec Robert Miras et Hugues Aufray, nous avons évoqué la chanson, (rabaissée au niveau de chansonnette par des débineurs élitistes agacés, fermons la parenthèse), comme nous avions relevé le petit cabanon ou l'adieu à la « Venise Provençale », 1934, de Vincent Scotto (1874-1952), « Magali », 1962, de Robert Nyel (1930-2016), avec le refrain en provençal « ... L’amour que pourra pas se taïre, e ne jamaï se repaua, Magali... ». Quelles paroles ensoleillées encore ? Qui encore ? Et qui aidera à étoffer le peu me venant à l'idée ? 
Gilbert_Bécaud_in_Rome 1972 Domaine public Auteur inconnu.

D'une manière générale, Mireille Mathieu (1946), Michèle Torr (1947), plus subjectivement, « Les Marchés de Provence », 1957, de Gilbert Bécaud (1927-2001) et Michel Sardou (1947) au moins pour « Je viens du Sud » 1981 (si bien reprise par Chimène Badi). 

Pour le reste, terme si euphémistique pour désigner les artistes, surtout en lettres, qui ont marqué de leur présence cette Provence du Rhône, de naissance et de vie sinon par choix personnel, pardon pour de si maigres ressources, déficientes, si subjectives, loin d'être exhaustives, là seulement manière de dédouaner, devant suivre un fil conducteur, faire illusion. 

Considérant en gros le Comtat depuis les enclaves aujourd'hui dans la Drôme, d'abord, proche de Valréas, le village de Grignan, à cause de la comtesse éponyme (1646-1705), restée dans les mémoires pour les centaines de lettres adressées par sa mère, Madame de Sévigné, la marquise (1626-1696) (Mère et fille décédèrent toutes deux à Grignan) ; une correspondance d'une rare modernité, ouverte sur le siècle du Roi Soleil. 

Max_Gallo salon du livre Paris 14_mars_2009 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International, 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur ΛΦΠ

Max Gallo (1932-2017), atteint par la maladie de Parkinson, meurt à Vaison-la-Romaine. Sa vie, sa trajectoire peuvent se comparer à ce que la France a vécu. De parents pauvres immigrés du Piémont, à force de volonté, il illustre un ascenseur social qui ne progresse dans les étages qu'à condition de tirer soi-même sur la corde. Titulaire d'un CAP de mécanicien-ajusteur, il est passé au doctorat et à l'agrégation d'Histoire. Politiquement, suite à un moment communiste, il se révèle jusque dans les hautes sphères socialistes, auprès de Chevènement, de Mitterand, pour, finalement, soutenir Sarkozy en 2007... un passage peut-être sinon effectif entre les illusions de gauche et une réalité restée droitière... De l'auteur prolifique de plus d'une centaine d'ouvrages, romans, suites historiques, de l'académicien, je retiens le « vivre au pays », qui, dit-on, depuis le lycée où il était maître-auxiliaire, le faisait partir aux vacances pour une longue diagonale à destination de Nice, en vespa ! Et son séjour à Vaison, sa tombe à Spéracèdes auprès de ses parents, n'ouvrent-ils pas sur un questionnement à propos du Midi dans ses versions azuréenne sinon rhodanienne ? (à suivre)

lundi 14 octobre 2024

PROVENCE RHODANIENNE (7) La Mule du Pape.

Force est de constater que le petit âne gris du mas et des transhumances passe avant la mule du pape. Ma foi avec tout le pastis que nous ont causé ces souverains pontifes, toutes les richesses dont ils ont abusé aux dépens des humbles, plutôt parler de la Mule avant de parler de leurs saintetés. En cela, n'oublions pas Joseph, père de Marcel Pagnol, héros de La Gloire de mon Père, anticipant de montrer sa largeur d'esprit à l'oncle Jules : 

« ... Non, je ne lui parlerai pas de l'Inquisition, ni de Calas, ni de Jean Huss, ni de tant d'autres que l'Église envoya au bûcher ; je ne dirai rien des papes Borgia, ni de la papesse Jeanne !... » La Gloire de mon Père, 1957, Marcel Pagnol. 

Carte_du_Comtat_Venaissin.svg 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license Auteur Oie blanche


De même, de mon côté, je ne parlerai pas du Comtat Venaissin volé au Comte de Toulouse (1274) pour récompenser l'Église de sa croisade barbare contre les Bons Hommes (Albigeois). Rien non plus sur Avignon la ville, achetée par les papes en 1348. Que ce choix de ne pas vulgariser soit exprimé avec un grand respect pour les professeurs agrégés d'Histoire (un des concours les plus durs qui soient et si mal payé en retour...), dans le secondaire puis le supérieur sinon en tant qu'historiens... Qu'on me pardonne si je me cantonne à seulement citer Henri Virlogeux jouant Jean XXII dans Les Rois Maudits à la télé (1972). 

Les Lettres de mon Moulin 1954... pardon, les ayant-droits pour le © écorné... 

Autant rappeler Daudet encore, Alphonse, avec ses Lettres de mon Moulin. Avant le film de Pagnol, Trois Lettres de mon Moulin, 1954, plus tard au cinéma du village, le livre m'avait ravi. Il se déguste par tranches, à chacun des âges de la vie, la Mule du pape venant bien après la Chèvre de Monsieur Seguin et le Secret de maître Cornille... d'ailleurs, hier seulement, j'ai découvert dans le prologue « Ce que c'était que mon moulin », que le moulin emblématique de ses Lettres n'avait jamais été à lui... Le charme continue d'agir... les illustrations de Pierre Belvès (1909-1994) y ont une part magnifique.  

Sinon, d'après Daudet, le pape de la mule, Boniface (1), était du genre débonnaire et aimable. Il l'aimait sa mule, la soignait, lui portait tous les soirs un bol de vin aux aromates. Tistet Védène, un galopin du cru, pour se faire bien voir, à l'idée du rapport qu'il pourrait en tirer, se mit, auprès du pontife, à brosser la mule dans le sens du poil. Promu dans la maîtrise papale où n'entraient que les Grands, la charge du bol de vin lui échut sauf que la mule n'en sentait plus que l'odeur. Tistet et sa bande vidaient le bon vin puis grisés taquinaient, montaient la mule, tirant sa queue ou ses oreilles. N'en voulant qu'à Tistet, la bête prenait sur elle. Le jour où ce vaurien la fit monter en haut d'un clocheton, lui, la méchanceté succéda aux taquineries. Il fallut des cordes, un palan, une civière pour redescendre la mule humiliée. Parti à Naples, devenu bel homme, Tistet revint néanmoins en Avignon demander la succession de la charge de moutardier... De la part du bon Saint-Père, comment refuser à celui qui continuait à tant aimer sa mule ? 

Tistet vu par Pierre Belvès... magnifique... à en paraître ici sans respect du copyright... 

Belle cérémonie en effet. Sur le point de monter recevoir ses insignes auprès du pape, Tistet ne manqua pas de coller deux tapes amicales sur la croupe de la mule en bas des marches, prête à partir ensuite à la vigne de Château-Neuf, prête aussi à se venger enfin. 

« [...] Et elle vous lui détacha un coup de sabot si terrible, si terrible, que de Pampérigouste même on en vit la fumée, un tourbillon de fumée blonde où voltigeait une plume d'ibis ; tout ce qui restait de l'infortuné Tistet Védène ! [...] celle-ci était une mule papale [...] elle le lui gardait depuis sept ans... » Lettres de mon Moulin, La Mule du Pape, 1869, Alphonse Daudet.        

Ah ! mercredi je regarde Michel Piccoli dans Habemus Papam ! un pape avec au moins autant d'humanité que Boniface...     

(1) Pas un Boniface n'ayant été pape à Avignon, Daudet le présente non sans finesse :  «... Il y en a un surtout, un bon vieux, qu’on appelait Boniface… Oh ! celui-là, que de larmes on a versées en Avignon quand il est mort !... » Lettres de mon Moulin 1869.