Affichage des articles dont le libellé est Frédéric Mistral. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Frédéric Mistral. Afficher tous les articles

samedi 7 décembre 2024

PROVENCE DU RHÔNE (19) Frédéric Mistral.

Mas_du_Juge_à_Maillane 2011 under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license Auteur Renaud Camus. Dans la cour, est-ce la table en pierre sur laquelle le neveu de Mistral se serait tué (1862) ? 


Maillane, village typique du Midi, peut se visiter sur les traces de Frédéric Mistral : le Mas du Juge pour son enfance et sa jeunesse, la Maison du Lézard, jusqu'à son mariage, le mas revenant à son aîné suite au décès du père, sa villa qu'il construisit devant. À 46 ans il y emmena Marie-Louise-Aimée, fraîchement épousée.  

Museon_Frederi_Mistral_dans la villa de Mistral à_Maillane 2011 under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. Auteur Renaur Camus.

Miréio, son long poème d'amour contrariée, paraît en 1859, Prix Nobel de Littérature en 1904, traduit en une quinzaine de langues dont le français par Mistral lui-même, offrit au Provençal une reconnaissance universelle. L'essentiel de ses efforts allait toujours dans ce sens avec la création du Félibrige à fins de faire renaître le Provençal (voir si nécessaire les articles précédents).  


Mistral a surtout travaillé près d'une dizaine d'années à son « Tresor dou Felibrige » (1878-1886), grand dictionnaire de la langue d'Oc comprenant l'essentiel des variantes locales déclinées avec auteurs, citations, dictons et proverbes. (Si souvent ouvert dans le cadre de cette quadrilogie...).  

Parmi ses autres œuvres, « Lou Pouèmo dou Rose » 1897, le poème du Rhône, des bateliers de Condrieu descendant jusqu'à la foire de Beaucaire ; une inspiration plus tard partagée par Bernard Clavel (1923-2010), avec « Pirates du Rhône » 1957, « Le Seigneur du Fleuve » 1972, « La Guinguette » 1997, « Brutus » 2001... 

Portrait Frédéric Mistral 1907 Source Les Prix Nobel Domaine public Auteur inconnu

À propos de « L'Arlésienne », on raconte que Mistral se serait fâché avec Daudet rendant publique la confidence du Maître de Maillane sur ce neveu suicidé d'amour au Mas du Juge (1862)... Méfions-nous des “ on raconte que...” et ce n'est pas la lecture du « Poète Mistral », dans « Les Lettres de mon Moulin » qui nous dévoilerait le moindre grain de sable enrayant leur amitié. Le portrait d'abord, plus qu'avenant 

«...sa rouge taillole catalane autour des reins, l'œil allumé, le feu de l'inspiration aux pommettes, superbe avec un bon sourire, élégant comme un pâtre grec... »,   

C'est la fête du village avec fifres et tambourins dans la rue, l'aubade au conseiller municipal, des bouteilles, des verres ; l'après-midi, la procession des saints de bois « dédorés », qu'accompagnent les confréries de pénitents blancs, bleus, gris, cagoulés, de filles voilées ; ensuite, bien qu'en hiver, les taureaux, les jeux sur l'aire puis, autour d'un grand feu devant le café de Zidore, une farandole devant durer tard dans la nuit. 
La « Lettre » de Daudet se termine par un hommage, l'image de ruines majestueuses sans toits ou pétassées en remises, basses-cours ou étables (comme après la révolution) et qu'un jour un fils de paysan est déterminé à restaurer « ... Ce fils de paysan, c'est Mistral. », ces ruines, la langue provençale. 

D'après « Le Poète Mistral », « Les Lettres de mon Moulin », recueil de 1869, Alphonse Daudet.   

jeudi 5 décembre 2024

PROVENCE du RHÔNE (18) Astérix, Mistral, Lear sans Shakespeare...

Oh François ! Finie la récréation ! Déjà que tu t'es laissé aller à la parenthèse de tes « Trois Jours » à Tarascon, voilà que tu te balades, à raconter tout ce qui te passe par la tête en cette fin novembre ; ce n'est pas le tout de nous sortir tes arbres de cœur, tes bords de vignes déjà dans l'impatience des jours qui rallongent, ton village, le coin où ton moral s'accroche... tu ne peux pas laisser en plan les repérages, enquêtes sur cette Provence du Rhône. Ça vaut ce que ça vaut mais si tu te déconcentres, la collecte sera incomplète... dire que tu as failli oublier un personnage de premier plan, Jean-Henri Fabre des sauterelles et des pantigues dont l'éphippigère de Béziers qui a tant de mal à traîner sa bedaine ! Allons, tu en étais aux Alpilles, il faut t'y remettre ! 

Dans ses personnages liés à la commune se qualifiant de pierreuse, Saint-Étienne-du Grès mentionne Amanda Lear (1939-) artiste polymorphe sans le moindre rapport avec le « pierreux » du lieu, et René Goscinny (1926-1977), créateur, entre autres, d'Astérix, avec Uderzo (1927-2020). 

Fête de la careto ramado à Maillane. Pour marquer la récolte, les chevaux à l'honneur avec leurs charrettes hérissées de rameaux d'orme faisaient le tour du village, la première fois au pas puis au trot et enfin au galop. Chez nous, cette fête est attestée à Coursan. 


Maillane ! L'article ébauché de Wikipédia évoque un village carte postale du Midi, typique jusqu'au cliché : vieilles ruelles, vieilles maisons, vieilles portes ; autour une campagne d'oliviers et vergers, les platanes des routes, les cigales de l'été. Et avant tout, un monument unique nommé Mistral (1830-1914). Mais pourquoi donc, pour commencer, son nom de famille est homonymique du maître vent de la Provence ? Surtout que François, natif de la basse plaine de l'Aude, fait aussitôt le lien Mistral-Cers-Cerç. Et aussitôt les tramontanes viennent lui buffer dessus, l'obligeant à monter sur son grand cheval (il n'y en a pas pour long [1]). À propos de Mistral, « Ce monument, quand le visite-t-on ? » puisqu'il le considère ainsi et que son trait rappelle la tirade du nez de Cyrano par Edmond Rostand (1868-1918), né à Marseille, resté sudiste par bien des côtés... 

Premier_portrait_connu_de_Mistral_18_juillet_1852_à_Tarascon 2013 Inguimbertine_de_Carpentras Auteur Jean-Joseph Bonaventure Laurens


Frédéric Mistral, Frederi en souvenir du garçon mort jeune qui avait passé les mots d'amour entre ses parents amoureux, passe son enfance à Maillane, poursuit sa scolarité à Saint-Michel-de Frigolet, Avignon, Nîmes. Ses études de droit à la faculté d'Aix, avec l'Histoire de la Provence, lui ont appris que les dispositions législatives étaient des plus avancées et la langue provençale, première langue littéraire de l'Europe civilisée, d'où sa détermination à œuvrer pour rendre l'honneur aux peuples du Sud spoliés de leur culture.  


(1) Loin de moi l'idée de blablater, seulement l'intention d'en rester au factuel. 
* le nom « Cers », un des plus vieux noms de vent de France, le Cercius des Romains... celui de « tramontane » ne date que du XIIIe et encore à Florence. C'est le Cers qui s'est banalisé en tramontane et non l'inverse !
des vents de couloir liés à un cours d'eau marquent particulièrement la Méditerranée Nord-Ouest : le Mistral avec le Rhône, le Cers avec l'Aude et encore un Cerç avec l'Èbre, en Catalogne.
La tramontane, nom plus généraliste puisque étymologiquement « au-delà des montagnes », et que les tramontanes sont plurielles.
Sinon, les vents ne sont que du vent...

lundi 27 septembre 2021

LES VENDANGES EN CHANTANT ! / Fleury-d'Aude en Languedoc.

 Automne, beauté mélancolique, nostalgie esthétique... Pour ne plus soupirer sur le temps qui passe et donnera à terme sur l'hiver de la vie, les vendanges ont tout pour nous consoler. Chaleur dans les cœurs et dans les températures même si une fraîche rosée peut mouiller les pampres au lever du soleil. 

Avec cette joie qui demeure lorsque les humains se retrouvent en accord avec la terre nourricière... ce doit être moins vrai aujourd'hui avec le productivisme qui a engendré, entre autres maux, les glyphosates. Mais gageons que ceux qui ont encore la chance de couper les raisins à la main (Christine, une gentille correspondante démarre avec le sourire son deuxième mois de vendanges !), en récoltent en retour une bouffée de jouvence ou du moins un ressenti de cet ordre régénérant et l'organisme et le moral avant d'aborder la "mauvaise" saison... 

Étonnamment, il y a moins de poèmes "positifs" sur cet aspect de l'automne, du moins de la fin de l'été, de la rentrée, que ceux abondant dans la mélancolie.

" L’odeur des vignes monte en un souffle d’ivresse : 
La pesante douceur des vendanges oppresse
Parmi la longue paix des automnes sereins..."
 

L’Odeur des Vignes

Renée Vivien
**********
"Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles... /
... Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant..."
 
L’âme du vin - Charles Baudelaire  

**********
"Je l'ai rencontrée un jour de vendange, 
La jupe troussée et le pied mignon..."
 
Trois jours de vendanges. Alphonse Daudet. 
  
**********
 
Eva Gonzalès - Nature morte aux deux pêches avec raisins. Wikimedia commons

"... Pose les fruits choisis sur des feuilles de vignes : 
Les pêches que recouvre un velours vierge encor, 
Et les lourds raisins bleus mêlés aux raisins d'or..." 

Le repas préparé. Albert Samain. 

**********

Mais il y a des airs pour chanter la vie et tous les amours qui s'y attachent... Théodore de Banville lui-même s'y est essayé  : 

Allons en vendanges,
Les raisins sont bons !
Chanson.

Chanson à boire

Théodore de Banville
 **********
 LE PETIT PANIER

Chanson - Paroles et musique de Louis Lust 1903

Créée par Mayol

Ah ! l'envie me démange
D'aller en vendange
D'aller en vendange
Et de grappillonner 
Et de grappillonner
Dans ton p'tit panier
 
 Grappillonner ! Ah quel joli verbe ! Trois doubles consonnes qui apportent mignonnement à "grappiller" (en occitan, du moins dans notre variante locale, on emploie le terme rasima, joli aussi parce qu'il a le raisin pour racine... (La rasimado est ce qu'on a grappillé dans l'Aude / Tresor dou Felibrige, Frédéric Mistral).
 
LA FIN DES VENDANGES
 Thème provençal Robert Gadiollet
 

.../... Voici les vendanges faites,
Le raisin est au pressoir,
Et tous les cœurs sont en fête.
Nous chanterons jusqu'au soir.
Oui, tous les cœurs sont en fête;
Nous chanterons jusqu'au soir.

 

 **********

 

PLANTONS LA VIGNE (Champagne 1576)

 

"... De grappe en cueille
La voilà la jolie vigne
Vigni, vigna, vignons le vin,
La voilà la jolie vigne au vin,
La voilà la jolie vigne..."

 

Chanson qui me rappelle la fête des écoles quand les filles interprétèrent..."... Quand je vois rougir ma trogne, je suis fier d'être bourguignon...". Les mentalités d'alors étaient à des lieues de ressasser comme aujourd'hui "avec modération avec modération"... l'époque ne jugeait pas la liberté ou non de boire... ad libitum... enfin... à volonté. 

Papé Jean, l'oncle Noé... lançant un pas de danse on dirait et mamé Ernestine qui en rit sous sa caline... Photo de François Dedieu prise dans la plaine, à la Barque Vieille peut-être.

Dans la famille alliée pour rentrer les récoltes de papé Jean et de l'oncle Noé, les vendanges continuaient en octobre et avec les amis venant parfois aider, le nombre influait sur une ambiance retrouvant des éclats et élans comparables à ceux des grands repas : plaisanteries, moqueries, rires et chansons. En vedette chez nos seniors, l'oncle Noé, par exemple, déployait toute sa malice pour piquer les convenances en entonnant 

 

"J'ai mal au cul, j'ai mal au cul, j'ai mal occupé ma jeunesse..."

 

Et cette fois, monsieur Petiot, pas le terrible docteur non, le correspondant de guerre de la Creuse (patates et lard contre du vin), venu vendanger avec sa femme, se leva médusé par ces mots crus... sidéré même parce que l'oncle en rajoutait : 

 

"... j'ai trop pété, j'ai trop pété... j'ai trop été dissipateur "

 

Ouf, monsieur Petiot put s'en remettre et replonger sereinement sa tête, ses doigts et sa serpette dans les grappes... 

 

 


vendredi 5 juillet 2019

LA DERNIÈRE CLASSE / Pour des langues régionales reconnues...


 Le village s’est adapté aux chaleurs estivales ; au mois de juin, l’heure d’été s’impose : les hommes partent à quatre heures vieilles pour sulfater et soufrer tant que le vent n’est pas levé encore. A onze heures la journée de longue est terminée : frais et changés, ils se regroupent au cagnard que la rage du soleil n’étouffe pas encore ; la preuve, pour les gens de passage, qu’on se s’en fait pas dans le Midi ! Nos vignerons et viticulteurs parlent de la santé des ceps, de la floraison bien sûr mais pas que, puisque, aussi, sinon plus incisifs que la gent féminine, ils colportent nouvelles et ragots.
Le 14 juillet, date charnière pour la saison à la mer qui commence mais pour un mois seulement et pour les femmes, les vieux, les gosses, parce que pour les hommes, à moto et surtout à mobylette, l’ouvrage continue dans l’océan de vignes, suivant un même emploi du temps.
Maintenant, comment ne pas évoquer ces récréations à rallonges de fin d’année, veille du 14 juillet ? Innocence d’un âge loin de se douter des bas instincts, de la filouterie du genre humain, d’une crapulerie congénitale à l’aune des grands principes clamés de liberté, d’égalité, n’en jetons plus… du bourrage de crâne patriotique avec la complicité inconsciente de générations d’enseignants, la duplicité, intentionnelle ou non, de littérateurs conditionnés…

« La dernière classe » c’est celle racontée par Alphonse Daudet dans ses Contes du Lundi :

« Mes enfants, c’est la dernière fois que je vous fais la classe. L’ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l’allemand dans les écoles de l’Alsace et de la Lorraine… Le nouveau maître arrive demain. Aujourd’hui, c’est votre dernière leçon de français. Je vous prie d’être bien attentifs. »

[…] M. Hamel se mit à nous parler de la langue française, disant que c’était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide : qu’il fallait la garder entre nous et ne jamais l’oublier, parce que, quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient bien sa langue, c’est comme s’il tenait la clef de sa prison… »

Il est culotté Daudet, ce Petit Chose passé au Nord et qui, narquois, n’hésite pas à cracher sur l’Occitanie puisqu’une note fait référence à Mistral « …qu'un pople toumbe esclau, Se tèn sa lengo, tèn la clau Que di cadeno lou deliéuro. » (… qu’un peuple tombe esclave, s’il tient sa langue, il tient la clé qui des chaînes le délivre). 


Comment ne pas penser aussi à un Tomi Ungerer qui, bien que duplice (est monté à Paris recevoir ses légions de breloques) a exprimé une déception alsacienne à contre-courant :
« … Après la guerre ça ne valait guère mieux. Bon on s’attendait à une libération… On appelle ça libération avant que ça arrive, une fois que c’est arrivé c’est plus de la libération parce qu’alors là pour un mot d’alsacien c’était une heure de retenue à l’école, y avait la même chose en Bretagne et ailleurs… » 

En 1999 la France a signé la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, traité européen adopté en 1992.
En 2014, les députés voudraient, le président Hollande ayant promis en 2012, mais les sénateurs rejettent en 2015 tandis que le Conseil Constitutionnel rechigne à l’idée de triturer la Constitution… Ce doit être sacrilège alors qu’il ne reste que 30 articles inchangés sur les 92 de 1958 ! 

« La Charte ayant été signée mais pas ratifiée, la France n'a mis en vigueur aucun engagement. »   

« France mère des arts, des armes et des lois… » pleurnichait Du Bellay l’Angevin, contemporain de l’ordonnance de Villers-Cotterêts en faveur du français. Permettez que le Languedocien ne relève que la promotion de la langue française aux dépens du latin et non des langues autochtones, souffrez que l’Occitan ne retienne que la France des armes et des lois. Sous cet angle là, les paroles des chansons récemment évoquées ici, de Claudi Marti et de La Sauze, ne passent pas pour aussi outrancières qu’il y parait…    


jeudi 7 février 2019

L'AMANDIER / Terres du Sud.


Cette fois, ça y est, des échos viennent du pays, par mami et Laeti, pour me dire que le messager s'est annoncé, non dans un nuage de poussière mais par "un essaim de papillons blancs"...  

Ma « cueillette » de l'an passé mais intemporelle : 

« O vieux amandiers du pays,
Je vous aime et je vous vénère
Couverts de fleurs ou de glaçons,
Vous, dont plus d'un est centenaire,
Vous qui restez quand nous passons […]

Amandiers que l'Autan, dans sa rage jalouse,
Plume, pour étoiler les prés ou la pelouse
D'un essaim de papillons blancs… »

Pierre Marfaing Poèmes d’Ariège, 10 francs, FOIX Typographie Pomiès, Fra & Cie successeurs, 1930 (sur le site de Sorgeat décidément très vivace ! http://sorgeat.free.fr/mem.php). 


Le mont Canigou depuis le Barcarès author Leguy French Wikipedia.

Pyrénées Depuis les orgues d'Ille-sur-Têt, le Mont Canigou author Babsy
Ce piémont ariégeois fermé au midi par la superbe barrière enneigée des Pyrénées, une vision depuis le Pédaguès et l'Aganaguès, au-delà du Plantaurel et du Massif de l'Arize, belle et vive comme une truite, où on se prend à fredonner l'air de Gaston Fébus, SE CANTO, QUE CANTO, fédérateur de l'âme occitane : 

"... Dessús ma fenèstra
I a un ameliè
Que fa de flours blancas
Coumo de papièr

Aquelas flours blancas
Faràn d’amellous
N'emplirem las pòchas
Per ieu e per vous..."

(Au-dessus de ma fenêtre, il y a un amandier qui fait des fleurs blanches comme du papier,
Ces fleurs blanches feront des amandes tendres (1) qui rempliront nos poches pour moi et pour vous...).

Dernière idée liant malheureusement une histoire d'amour à la grande Histoire... 
Histoire d'amour pour un Gaston Fébus, moins doux et recommandable que ne le laisserait penser sa chanson, au regret d'avoir répudié et renvoyé sa femme Agnès pour une histoire de dot.

Toujours dans Se canto, que canto, la chanson devenue hymne de l'Occitanie : 
 
"... Aquelos mountanhos
Que tan nautos soun
M'empachoun de veïre
Mas amours ant soun..." (ma transcription en languedocien) 

(Ces montagnes Qui si hautes sont M'empêchent de voir Où mes amours sont).   

Histoire tout court, brutale, sanglante, qui, en février 1939, voit les Républicains espagnols passer la montagne pour se réfugier en France (La Retirada). 

Ces chroniques ont pour cadre les Pyrénées qui ne sont pas la barrière qu'elles semblent former, entre le Béarn et la Navarre, entre l'Aragon, la Catalogne, l'Occitanie et notre pays catalan. Il ne faut pas s'en tenir à une définition sans nuances puisque ces pays partagent le rouge et le jaune, le sang et or de leurs couleurs, des langues sœurs et imbriquées (Fenouillèdes, Val d'Aran), des vignes, des oliviers, des amandiers, des migrants d'une même maisonnée...  

Détail ultime cité par Mistral sous la dénomination "CH. POP." (chanson populaire) mais dont la scansion semble calquée sur Se canto, comme une variante (elles sont aussi nombreuses que les pays et terroirs occitans !) : 

"... Aquéli flour blanco
Sèmblon d'ameloun
Mai soun pas tan douço
Coume si poutoun..." 

(Ces fleurs blanches Semblent des amelouns Mais ne sont pas aussi douces Que ses baisers).  


(1) Frédéric Mistral (Trésor du Félibrige) parle de "petite amande, amande qu'on mange verte", peut-être pas encore à terme ("...L'amande verte désigne un fruit qui n'est pas mûr ou pourri, récolté en juin et juillet, d'aspect tendre et laiteux et de saveur délicate..." Wikipedia).
Les expressions citées par Mistral pour expliciter l'entrée semblent confirmer :
* Suça jusqu'à l'ameloun, sucer jusqu'à la moelle.
* gela coume un amelloun, gelé jusqu'aux os... (l'amande est la graine de l'arbre, issue de la fécondation du pistil, un carpelle entouré d'étamines. Cette graine parfois jumelle (philippin, philippine*), rarement triple ou même quadruple (porte-bonheur protégeant de la foudre et des... hémorroïdes !) se forme à partir d'une gelée originelle.  
* philippin, plilippine jeu qui consiste à partager l'amande bessouno, le premier revoyant l'autre gagne s'il salue d'un "Bonjour Philippine !)