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jeudi 23 avril 2026

Une HISTOIRE de CASSOULET (3)

 Certes le Lauragais les a toutes en mains mais c'est aussi le cas, en dehors des trois “ capitales ”, de tout ce mirepoix de petits pays entre influences atlantique ou méditerranéenne... Qu'importe si à tel endroit on met de la tomate, ailleurs du mouton ou encore une moitié de perdreau dessus et ce n'est pas parce que la saucisse est « de Toulouse », qu'une renommée va à la cassole de terre lauragaise d'Issel, qu'on ne les trouve pas dans les contrées voisines. “ Dispute ” entre guillemets, certes intestine, pas comme entre « chocolatine » et “ pain au chocolat ”, du théâtre finalement s'apparentant aux bisbilles entre politiques qui s'opposent en public mais se tutoient et vainqueur-vaincu se soutiennent lorsqu'il s'agit de préserver le système qui les finance. Une comédie profitant à tout le monde. Prenez-le dans n'importe quel ordre sauf qu'à parler suivant d'où l'on parle, de Père, de Fils et de Saint-Esprit pour Castenaudary, Carcassonne et Toulouse, jusqu'à l'international, les retombées n'en sont que plus profitables au cassoulet... contrairement, encore, à ce qui se passe dans notre société plus inégalitaire qu'avant, la renommée du plat “ ruisselle ” sur ces Sud et Sud-Ouest de France. 

Une variante jadis courue à Sainte-Colombe-sur-l'Hers 2006

Sainte-Colombe-sur-l'Hers 2006. 

Les variantes revendiquées du cassoulet à Villefranche-du-Lauragais et pas loin, à Narbonne, Pamiers, plus loin encore à Montauban (1) sinon Pau profitent au mieux de la notoriété première de la triplette Carcassonne-Castelnaudary-Toulouse. 

Lors des promotions festives du plat, des “ clubs ” intronisants richement accoutrés de tissus soyeux, colorés et d'aussi pompeux couvre-chefs de faux docteurs honoris causa (des déguisements d'après mon père), usant de la dithyrambe, s'attribuent des appellations superfétatoires vantant le mets sinon l'éminence de leurs personnes (2) : “ Grande Confrérie du cassoulet ” à Castelnaudary (1970), « Académie Universelle du cassoulet » à Carcassonne (1998) et, peut-être en moins théâtral (vêtus de la blouse bleue paysanne) et plus récente « La Confrérie du cassoulet » de Toulouse (2022). 

Paul_Sibra_Photo,_vers_1946 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Widlauragais
 

(1) La semaine du cassoulet toulousain s'est exportée à New-York. Sinon, à la feria agricole de Villeneuve-sur-Lot, on ne peut échapper au concours du plus gros mangeur de cassoulet. À Toulouse, les Chevaliers du Fiel organisent un championnat du Monde du plat : le prix du public 9ème édition, a été gagné par un Lot-et-Garonnais (janvier 2026). C'est à qui en fera le plus au profit de tous, ainsi, à Castenaudary sur le rond-point sud d'entrée de la ville, une statue en tôle d'acier de cinq mètres de hauteur reprend le sujet « La Porteuse de Cassoulet » (a) (b) qu'on doit à  Paul Sibra (1889-1951), Chaurien de la naissance à sa mort. 

Paul Sibra, Attelage de bœufs; Domaine Public. 

(a) peintre connu pour sa grande œuvre « La Lauragais », injustement accablé d'indignité nationale pour avoir réalisé un portrait de Pétain... alors que 99,9 % de la population aurait dû subir une même condamnation (« 40 Millions de Pétainistes », 1977, Henri Amouroux[ 1920-2007]). 

(b) le tableau « La Porteuse de Cassoulet » n'est pas libre de droits. 

(2) dont des chefs locaux.  
     


mercredi 22 avril 2026

UNE HISTOIRE DE CASSOULET (2)

 Autre indication au chapitre de ce qu'on mangeait avant, en période de gros travaux ; vers 1870, les Mountanhols qui descendaient moissonner dans les Corbières, le Terménès, commençaient à 4 h du matin pour finir à 7 h du soir ! Aussitôt, en pensant qu'alors même les enfants travaillaient, nous les plaignons plus pour les douze heures à assurer... Heureusement, le mot serait-il trop fort, en plus du petit déjeuner et du souper une fois rentrés, cinq pauses-ravitaillement étaient prévues dont la coupure du midi, vin compris, suivie de la sieste, et, à six heures, un cassoulet, peut-être seulement basique, donc, des haricots tous les soirs (1). Sans trop s'avancer, nous pouvons penser qu'il en était de même lors d'autres échéances majeures à la campagne, la tonte, la fenaison, les vendanges, du moins lors du repas de clôture, la « sarde » ou « Deus ba vol ». 

Bowl_of_cassoulet in Carcassonne 2005 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Author Broken Sphere


 Les recettes du cassoulet où le haricot lingot le dispute aux viandes intégrées, sortent de l'ordinaire par leur contenu (couennes fraîches, jarret de porc, salé d'oie, lard, graisse de canard, saucisse [de Toulouse]), le toupin ou la cassole en terre du Lauragais (Issel à portée de Castelnaudary), le compliqué à suivre d'une longue recette et cuisson en plusieurs étapes, serait-ce sans plus disposer d'un four à bois où flamberaient des ajoncs (toute une façon d'opérer jusqu'à plusieurs jours chez certains puristes). 

Nous avons bien la recette de Serge sauf qu'à 180 degrés pendant trois heures, ça doit faire trop, trop de chaleur, trop longtemps, et puis, un marathon à côté d'une bouillabaisse qui suivant le dicton, oblige à se lever tôt... 

Partager le Voyage: LE POUMAÏROL (12) un fameux cassoulet !

Éric Rousselot, chef de cuisine à Labastide-d'Anjou, la donne volontiers la recette (2)... il dit la préparer sur plusieurs jours, comme par le passé, le couronnement à terme, la dégustation en famille, n'arrivant que le dimanche... À la maison, à aller au bout de tant de conviction, de courage, il manquera le petit quelque chose de grande frustration, à savoir le secret à jamais de la grand-mère du chef... Ah ! il peut la donner d'autant plus volontiers, la recette... On le voit au piano... une promo réussie, une histoire de secret de bonne guerre, de quoi perpétuer et transmettre la recette bien préservée de son « Cassoulet Impérial »... 

Presque aussi long que la marche à suivre, l'article ne peut pas ne pas parler de la “ dispute ” à propos de la création et de l'authenticité de la recette, des ingrédients qu'elle inclut aussi, “ dispute ” entre guillemets d'abord parce que le plat se fonde sur les ressources locales disponibles... (à suivre donc)     

(1) * à l'aube, tuer le ver (tua lou verme = manger un morceau en se levant / page 21107,Trésor du Félibrige, F. Mistral). 
* à 7 h, jambon, œufs et fromage pour le petit-déjeuner.  
* à 9 h boire un coup (leva l'aigo)... du vin plutôt ! 
* à 11h, bouillon de poule, viande, légumes, fruits : un dîner copieux puis la sieste pour reprendre à 2h. 
* à 4 h, salade fraîche et fruits. 
* à 6 h, le cassoulet, tous les soirs, des haricots. 
* en rentrant, la soupe et une salade chez le patron. 

(2) quelques clics permettent de se la procurer assez facilement et peuvent donner des idées. 


mardi 21 avril 2026

Une HISTOIRE de CASSOULET (1)

« Cassoulet ! cassoulet ! » Non, pas les paroles d'une comptine oubliée qui disait plutôt « Cassons-les ! Cassons-les ! » peut-être à propos d'œufs mais oubliée, bien oubliée, tout autant qu'une petite fiche sur le cassoulet, un summum du haricot sec de la ligne Carcassonne-Castelnaudary-Toulouse, plus lingot que coco ! 

Prosper Montagné peut-être en 1925 par Auguste Rouguet (1887-1938). Domaine Public. Auteur anonyme pour la photo.
 

Ainsi que toutes les célébrités, autour du cassoulet se racontent du faux et du vrai. Fausse légende publiée sinon colportée par l'éminent cuisinier et chroniqueur culinaire Prosper Montagné (1865-1948) (1), auteur du Larousse Gastronomique. Comment a-t-il pu situer l'origine du cassoulet lors de la Guerre de cent ans, le plat n'étant à cette époque qu'un favoulet à base de fèves, le haricot d'Amérique n'étant pas arrivé encore en Europe. À moins qu'il n'ait précisé lui-même que les fèves ou les doliques mongettes (2) étaient à l'origine de ce plat, l'erreur étant alors imputable à une fausse interprétation. Dans tous les cas, le ragoût de viande aux légumineuses remonte aux Romains. Et est-ce encore une légende qui accompagne Catherine de Médicis (1519-1589), devenue reine par accident ? On dit qu'en plus du sabayon, du sorbet titti frutti, de la pastille de gomme arabique, l'usage aussi de la fourchette, elle aurait apporté en France nombre de légumes inconnus, artichaut, brocoli, petit pois, asperge, tomate, épinard ainsi que notre haricot ! Il est plus sûr de dire d'elle que par sa mère, elle avait le titre de comtesse du Lauragais. Plus tristement que le parallèle haricot-Lauragais, son règne a été durement marqué par la guerre civile religieuse entre catholiques et protestants.  

Déjà le mot : longtemps appelé « estouffet » le plat ne prend le nom de « cassoulet » qu'au XVIIIème siècle. 
Au XIXème, nous disent Le Robert et le Larousse Étymologique, le mot viendrait de Toulouse. Publié entre 1879 et 1886, par contre, Lou Tresor dau Felibrige de Frédéric Mistral précise qu'il est une terrinée dans l'Aude et que « manjo-cassoulet » est le sobriquet des « gens de Castelnaudary », les Chauriens. (à suivre)
 
(1) de Prosper Montagné, natif de Carcassonne, la métaphore biblique :
« Le cassoulet est le Dieu de la cuisine occitane. Un Dieu en trois personnes : Dieu le Père qui est le cassoulet de Castelnaudary, Dieu le Fils qui est celui de Carcassonne et le Saint-Esprit, celui de Toulouse. » 

Dolique mongette Vigna_unguiculata_subsp._cylindrica 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Author Dinesh Valke

(2) Dolique mongette, famille des fabaceae ; les feuilles ressemblent à celles des haricots ; d'une vingtaine de centimètres de long, les gousses contiennent des graines faisant encore penser aux haricots ; au IXème siècle, on l'appelait fasiolum ; le haricot l'a remplacée et lui a pris son nom latin, phaseolus (on dit « fazole » en Tchéquie pour le haricot) ainsi que son nom mongette (Note : la monjhette désigne le haricot en Saintonge). 


vendredi 3 avril 2026

Noce, NOM de la ROSE, cheval lexique (18)

À l'image de ce que nous appelions « un bon repas », de fête annuelle, Pâques par exemple puisque ce sera dimanche, ou encore lié à la religiosité, un baptême, une communion autant première que solennelle, sinon de fête ponctuelle, le mariage, l'anniversaire de mariage en étant les expressions des plus parlantes, en vue desquelles, tant ces réjouissances coupant avec l'ordinaire des jours comptaient, les invités se souhaitaient longtemps à l'avance de rester en forme, de ne pas y manquer, j'ai souvenance de la noce du cousin Jojo (1942-2013, cher cousin, tu n'aurais que 83 ans le 24 de ce mois... poutou à Maguy) (1), né, entre parenthèses, comme papa, son parrain, un 31 juillet, bien qu'à vingt ans d'écart. Gardant de cette journée, du dîner, du souper, des traces bien vivantes (une cavalière dont le visage m'est resté (2), une poule à la crème délicieuse le soir...), j'entends, encore à table vers cinq heures de l'après-midi, un des hommes dire, bientôt suivi par les autres, « Cal anar pessar lou chaval. », ce que nous comprenions comme s'occuper du cheval, lui donner à boire, à manger, se préoccuper de sa litière. 

Tout allait alors, à l'âge où on ne se pose pas de questions... Bien en semaine à Pézenas, la petite ville si cocon, ça marchait en gros au collège, cosy dans son ensemble étonnamment désordonné, malgré la crainte du surgé, monsieur Bezombes d'Aniane (je signais parfois mon relevé de notes), l'abbé Nothon de la communion solennelle, pas dominicain du tout, m'était sympathique et j'aimais, le samedi en fin d'après-midi, après la séance scolaire de promenade vers St-Siméon, avec un pion commandant « Adelante ! » ou « Avanti ! », je ne sais plus, ce retour au village, la minette depuis des heures sur la plage arrière de la Dauphine, et mon père s'exclamant rituellement à la vue du modeste éclairage d'ampoules, seulement visible une fois la côte de Liesse passée, « Fleury, ville lumière ! ». Toute cette géographie par ricochet me captivait, toute la famille heureuse, ce bon menu, ça m'allait bien. Au dessert, à la demande de tous, une chanson entonnée par papa, de métro continuant son voyage avec un jeune homme pas sage (3) des rimes détournées faisant rire les adultes... et moi à me dire « Mais qu'est-ce qu'il a avec toujours Paris, Paris... ». Rien sur la cérémonie... l'église ? la mairie ? seulement ces agapes, ce « cal pessar lou chaval » dans l'ordre apaisant des jours qui passent, noce ou pas, et cette poule à la crème du soir au souvenir plus papillaire sur les babines que le minois de la jolie cavalière... Et puis, était-elle là, encore, au souper ?       

Alors, le moment de clore ce lexique s'annonçant avec, pour être juste, quelques paragraphes à prévoir sur les mules et les ânes qui ont aussi tant aidé à la domination des éléments par des humains aux desseins discutables, condamnables même (4), en cherchant déjà sur les mules et mulets, je tombe sur un article Partager le Voyage: PAUVRES CHEVAUX ! LIBRES OISEAUX... de décembre 2022 que je me dois, en premier concerné, relire et redétailler tant il donne à réfléchir sur ce que nous sommes. Ce n'étaient que des points, des idées à savoir, à méditer (à suivre)...   

(1) ces repas festifs se faisaient encore à la maison qui embauchait alors une “ bonne cuisinière ” pour la journée et peut-être aussi les préparatifs, cette fois-là, Marie Escaré habitant juste en face, la maison avec la porte à mouches, un portail à la voûte ceinte par un joli rosier grimpant. 

Une vue de la noce Maguy-Jojo. Diapositive développée en avril 1963 © François Dedieu

(2) une émotion platonique mais vraie, revenue en force à l'insu de mon plein gré, parce qu'on veut que les choses de la vie soient belles... Avec « Le Nom de la Rose », le film d'Annaud (a)(b), à la fin, lorsque Adso devenu vieux se souvient comment il a choisi de suivre son maître franciscain plutôt que la jeune paysanne implorant son amour et sa protection, moi aussi je me souviens de la cavalière dont je ne sut jamais le prénom... faute de lui demander il m'aurait suffi de lire l'en-tête de son menu... elle me plaisait... 
(a) comme d'après le roman “ policier-médiéval ” d'Umberto Eco (1932-2016), dans un décor d'abbaye-forteresse entre Provence (la Haute) et Ligurie enneigées, sous un ciel plombé, ce film rassemble bien des éléments en situant la trame par chez nous, lors de la croisade contre les Albigeois dits “ Cathares ”. 

Lodève, intérieur de l'ancienne cathédrale St Fulcran.

En effet, le moine franciscain Guillaume de Baskerville, joué par Sean Connery (1930-2020) pourrait bien être Bernard Délicieux (vers 1260-1320 mort en prison à Carcassonne), le franciscain défendant autant les Bonshommes que les déviants prônant la pauvreté de l'Église, Bernardo, donc Bernard Gui (1261-1331 mort à Lauroux (Hérault), le dominicain, inquisiteur implacable, évêque de Lodève en récompense, (qui pourtant me rappelle par certains profils [acteur F. Murray-Abraham, 1939-, Salieri d'Amadeus]) le pauvre copain Joseph dit “ Mazo ” [1950-2020]).
(b) 2024. Une version restaurée du film est doublée en breton et... occitan.    
   
(3) ce n'est que 63 ans plus tard que je me réveille à cette chanson cochonne « La jeune fille du métro », un détournement d' « Idylle souterraine », 1933, paroles Louis Hennevé/musique Gaston Gabaroche, avec un cinquième couplet plus paillard encore.

(4) Mais la loi de la nature, toute de violence et de domination, des plantes à tous les animaux, n'est-elle pas incontournable ? 


samedi 7 juin 2025

INSTITUTEURS toujours... galerie d'images.

 




Message_de_sa_fiancée,_Alain_est_mort_depuis_10_jours under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author SD.Chatane 


L'école de Pergaud à Landresse.


Grézieu_(69) 2017 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Aavitus

Fétichisme mémoriel. 








Ah Alain Mottet (1928-2017) dans Le Bossu ! 



jeudi 15 mai 2025

La MONTAGNE NOIRE, André DAVID (3 et fin)

André David, tout comme son père Léo David, sont de Saint-Germain-de-Marencennes5, en Charente-Maritime. De venir trois étés de suite sur les traces d'André relève donc du pèlerinage, du voyage consacré à la mémoire de l'enfant, du fils perdu... 

« Vois-tu, je sais que tu m'attends [...] Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. » 

« Demain dès l'aube », « Les Contemplations » 1856, Victor Hugo. 

Emmanuel_de_Martonne Photo antérieure à 1929. Domaine public. Čeština  byl francouzský geograf :  l'Europe Centrale est concernée par les frontières qu'il a contribué à tracer.  Auteur anonyme

Nous livrant à bien des prolongements, le livre sur la Montagne Noire est préfacé par Emmanuel de Martonne (1873-1955), professeur à la Sorbonne, éminent géographe et traceur de frontières. Loin de mettre en avant la technicité géographique brute du sujet entrepris, cette préface s’attache avant tout à la conjoncture humaine qui a tant su nous toucher. De Martonne nous apprend d’emblée qu’une balle allemande a abattu « un des espoirs les plus sûrs de l’école géographique française ». Il connaît personnellement André David, pour reprendre ses mots, plutôt frêle mais d’une bonne résistance physique, timide mais concentré, d’une puissance de travail remarquable, hardi dans ses idées et la verve de ses propos.  

Admis à l’École Normale Supérieure en 1912, à peine un an plus tard, son travail sur la Montagne Noire stupéfie ses éminents superviseurs au point de presque lui conseiller de garder cette production de débutant sous le coude, comme thèse de doctorat. Visiblement ému par ce destin hors normes, l’universitaire accompagne la publication du livre de sa chaleureuse humanité ; il nous confie que deux camarades qui l’aimaient avaient promis de finaliser les chapitres à peine ébauchés… Le premier s’écrasa avec son avion en Macédoine, le second, blessé à maintes reprises, finit aussi par mourir sur le front. Alors ce fut Mademoiselle Marre, amie d’enfance d’André et professeur au Puy qui s’est chargée des passages et même des chapitres incomplets. 

Page de titre.

La Société d’Études Scientifiques de l’Aude a bien voulu concrétiser tous ces efforts conjugués ; son imprimeur attitré, Bonnafous6, 50 rue de la Mairie à Carcassonne, a assumé le tirage du livre.

Ô armoire « ...du vieux temps, tu sais bien des histoires, […] Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires » (Le Buffet, Arthur Rimbaud) sur les livres couverts de bleu aux belles étiquettes… la 102 pour André David et la Montagne Noire, la 113, sobrement intitulée « Poésies », toutes de Rimbaud… 

Au milieu, ces exemplaires blancs dépareillent, d'où la fausse bonne idée de les ranger par côté et ce, à cause du crochet de fermeture du battant gauche de l'armoire. 

Et si mon père habite toujours la maison de vie d’où j’écris, en ouvrant l’armoire aux livres, comme Nougaro, j’entends plus fort encore « la voix de papa ».

Suite à ce long avant-propos, suite au recueillement, ne perdons pas de vue l'intérêt initial pour notre Montagne Noire jusque là abordée aussi fortuitement que légèrement, suite à une “ leste motivation ”, disons, fomentée par la trouvaille fortuite d’un article de la revue Folklore « Les filles du Poumaïrol ». 

Depuis_le_pic_de_Nore, vue sur la plaine audoise 2018 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Lucas Destrem. Là où nous croyons tout voir, la vue globale fait heureusement l'impasse sur les vallées encaissées et un plateau de vie cachée comme Le Poumaïrol... 


5 Dans Wikipédia notamment, je ne comprends pas l’absence d’entrées  pour André et Téo David, et qui plus est sur la page de Saint-Germain-de-Marencennes, leur village natal pourtant. Personne, à ce jour, ne s’est chargé d’honorer leurs mémoires… 

Saint-Germain-de-Marencennes se situe à près de 500 kilomètres de la Montagne Noire. 

6 Imprimerie fondée en 1776, mise en liquidation en 2011 suite au décès brutal de Georges Bonnafous 59 ans ; six employés au chômage.  

vendredi 14 mars 2025

CARNAVAL, buffolis et cocus (3ème partie)

Dans le numéro 1 de la 13ème année, printemps 1950, l'article « Carnaval-Carême en Languedoc » de René Nelli, offre une mine d'infos et éclaircissements amenant à retenir quelques notes au fil de l'article.

La suite des apports : 

À Capestang ce sont les « Buffetaires ». 

*18. En Languedoc, les danses caractéristiques de carnaval se déroulaient surtout le mercredi des Cendres, celle des « buffoli » (buffoli al cul) (Florensac) « souffle-culs », « bouffets » ou encore appelée « feu aux fesses », « buffatière » à Castres. Caractérisée par l'allure au pas très ancien, cette danse était commune sur tout le Languedoc, la Lozère, une bonne partie de l'Ardèche et peut-être en Ariège. Les danseurs barbouillés en chemise blanche tiennent un soufflet pointé sur la raie du fessier devant. Ce pouvait être parfois une bougie allumée. À Balaruc-le-Vieux, la danse de « la camisa » est fondée sur la chandelle et le feu, chacun essayant d'enflammer la queue en papier qui précède. 
À Limoux et Portiragnes le soufflet projette de la farine. Parfois, dans l'intention de souiller, de les noircir, les participants cherchent à embrasser les filles, ailleurs ils se vautrent dans la boue, encore une possible symbolique de libération des instincts (1). 

*19. La fête de carnaval permet aussi d'autres danses telle celle des sarments : à Montpellier, Aniane, Magalas, on frappait les spectateurs du premier rang, ce qui rappelle, pour ceux qui ont connu, dans leur enfance, avec le feu de cheminée à la maison, la menace plus allusive que réelle « d'un cop de viso ». 

*20. À Magalas, la danse de l'escargot projetait le dernier d'une spirale endiablée. 

*21. À St-Pargoire et Vias, la danse dite « de l'échelle » voit un homme et une femme s'embrasser une fois en haut des deux parties d'une échelle sans appui (de peintre). Est-ce pour l'acceptation de la présence féminine ou encore une expression du bizutage de nouveaux mariés ? 

Narbonne Canal_de_la_Robine 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author The Ninjaneer Côté piles le Pont des Marchands. ATTENTION la publication d'un recadrage de cette photo est juridiquement INTERDITE.

 
*22. À Narbonne, alors que les « novis » (voir l'article sur le tamarou) doivent baiser une paire de cornes suspendues en travers du Pont-des-Marchands, les célibataires et vieilles filles sont punis aussi, les vieux garçons semblant être exemptés. Les Jeunes les frappent à l'aide de lattes recouvertes de peaux de rats passées à la craie. 
À Agde ils passent un morceau de lard rance sous le nez des vieilles filles. 
À Bélesta dans l'Ariège, pour la mi-carême, ils chantent des chansons d'amour sous la fenêtre de l'aïeule du village : « rassegar la vièlha ». Plutôt que la fécondité passée n'est-ce pas pour se débarrasser de « la Vièlho », la saison d'hiver enfin dépassée ? 

*23. À Montpellier, à Carcassonne, les couples font l'objet de brimades. Les mâles rendent les femelles responsables du cocufiage ; les maris sont sommés de diriger le mariage, de prévenir l'inconduite potentielle des épouses, de refuser d'être un homme battu. 
À Fabrègues, à Carcassonne, ce sont les femmes qui doivent baiser les cornes. (à suivre).  

(1) un document sur les “ buffuoli ”, il se peut une chanson, qui circule sous le manteau dans le cercle occitaniste des Chroniques Pérignanaises (Fleury-d'Aude)... espérons qu'elle ne restera pas qu'entre initiés. 



vendredi 7 mars 2025

CARNAVAL (3) Dans nos villages ?

À propos de carnaval, d'abord une synthèse partielle en miroir à d'anciens articles :

* rien de visible pour l'instant de la part des mairies à Salles-d'Aude, à Cuxac-d'Aude. 

* rien non plus à Nissan-lez-Ensérune, Vinassan, Coursan... 

* concernant Sallèles, déjà en 2013, “ l'Indèp ”, le journal local, parle de « manifestation qui s'essouffle ». Alors, à quoi s'attendre en 2025 ?  

* À Armissan, c'était le 1er mars à 19h 20 qu'ils ont mis le feu à Mme Carnaval (seraient-ils ardents défenseurs de la parité ?) avant de se défouler lors d'une soirée DJ déguisée.

* À Narbonne, avec 300 carnavaliers et une dizaine de chars, le défilé s'est mis en branle le dimanche 2 mars à 15h, Carnaval fut jugé à 17h. 

* À Carcassonne, avec la semaine du cassoulet, il faut noter la date du 29 mars à 15h pour le carnaval de la Trivalle marqué par la participation des calendretas, les écoles où l'apprentissage de l'occitan est promu. Les enfants défileront, ils présenteront des saynètes, des chants et des danses. Le jugement et le bûcher sont prévus à 17h 30 ainsi qu'un bal de 18h 30 à 20 heures.   

* à Ouveillan, la date retenue est le 5 avril. En ce moment ils montent les chars et confectionnent des fleurs en papier pour la sortie des bicyclettes. 

* À quand le carnaval de Lespignan ? Si le Comité des Fêtes s'y honore d'une longévité remarquable, seule une info semble transpirer en date du 28 janvier avec mention d'un atelier chargé « de redonner vie à Monsieur Carnaval ». Notons encore une vente d'oreillettes de 10 à 12 h les 5, 12, 19, 26 mars et 5 avril au Foyer du Troisième Âge. Un loto occitan des Amis de Lespignan est programmé le 21 mars à 17h 30 à la Salle du peuple mais le flou entoure la possibilité du carnaval...  

* Et si, à Poilhes, rien ne transpire chez les “ dégourdits ” (un surnom ancien) pour un possible carnaval, par contre à Capestang une déambulation en musique est prévue dès 15h le dimanche 9 mars ; Carnaval ne semble pas devoir être jugé et brûlé... une célébration hybride en somme mais les profits de la buvette, des crêpes et autres barbes à papa iront aux écoles, maternelle et primaire... 

Buffetaires / Photo page facebook Ville de Capestang. 

Il ne reste plus, à propos de Capestang, qu'à apprécier le beau souvenir d'un carnaval d'antan... En serait-il de même, à Fleury, chez nous où on a su faire écho aux courges du 1er novembre ?  



Photo de la page facebook Ville de Capestang... Inversion des sexes mais la grâce des gambettes y a beaucoup perdu... 


Photo facebook page Ville de Capestang... belle d'un jour... 

samedi 24 octobre 2020

ÉCHOS D'UNE VIE AU VILLAGE (2e volet) / Fleury-d'Aude en Languedoc



Des coupures de journal conservées. 
 
"Amicale laïque et théâtre". Cinq photographies.
 
Pour plus d'infos, de commentaires :
 
La vie sociale était certainement plus riche et participative, non ?
 
Merci Josette.
 
PS : et n'hésitez pas à dire qui vous reconnaissez... 
 




Sinon parmi tous ces visages qui sans ces clichés s'effaceraient de nos mémoires (tant que ceux qui peuvent en parler sont là !), comment ne pas revoir monsieur Llobet qui en plus de nous apporter professionnellement avec tous les instits hommes et femmes, nous amenait à aimer et à jouer le théâtre.
Une fois même, c'est au festival de Carcassonne que sa Ford Cortina nous conduisit... Etait-ce pour voir le bossu avec Alain Mottet dans un des rôles principaux ?
Comme fusant d'un vieux volcan qu'on n'attendait plus, ces souvenirs évanescents ont cristallisé d'un coup quand avec madame Llobet, nous nous sommes croisés chez Spar. Émotion débordante propre à nous submerger si quelques mots d'une terrible banalité ne nous avaient ramené aussi sec à la vie de tous les jours... C'est ainsi que les êtres vivent... Pardon alors de m'être laissé aller...

dimanche 1 décembre 2019

LES SARRASINS ENVAHISSENT NOTRE MIDI / 1ère partie 711 – 737

Préambule : cette chronique concernant plus particulièrement notre Sud est néanmoins liée aux articles plus généraux parus sur ma page :
1.      Malraux et son mysticisme annoncé pour le XXIième siècle.
2.      Finkielkraut : immigration et islam.
3.      Retour sur les mythes croisés du Moyen-Âge arriéré et de l’Andalus éclairé.   

Cavaliers arabes près du mausolée (1907) Musée de Narbonne . Wikimedia Commons. Artiste Henri Emilien Rousseau (1875 - 1933)
 C’est bien après les conquêtes (200 ans ?) que les Arabes eurent pour dessein de faire de la Méditerranée une mer musulmane, la religion désormais justifiant leurs succès. Dans le bassin occidental, cela correspondait à faire de la « mare nostrum » une « mare mauri », une mer des Maures.

En 711 le Berbère Tariq ibn Ziyad débarque dans le sud de l’Espagne pour une occupation qui durera près de 800 ans avant le dernier épisode de la Reconquista, le départ du roi Boabdil [1] laissant les clés de Grenade, sa capitale, aux rois catholiques. 
Leur présence en France et plus particulièrement dans le Midi a marqué la période 718-973. Elle se caractérise par la volonté d’installer les religionnaires de l’islam autour de la Méditerranée tout en menant des razzias afin de s’emparer des trésors chrétiens. Leurs incursions, vers Tours par l’Aquitaine ou Autun par la vallée du Rhône correspondaient à des raids pour piller les richesses de l’Eglise.
Leur présence conduit parfois à des alliances opportunes avec les seigneurs wisigoths ou provençaux, contre un autre chrétien, dans un contexte de domination, de conquête de territoire. Cela peut se produire aussi dans le cadre d’une sécession dans le camp arabe, comme celle de Munuza le Berbère, gouverneur du Nord de l’Hispanie, basé à Llivia en Cerdagne, donnant sa fille en mariage à Eudes d’Aquitaine et refusant dès lors de combattre les chrétiens.

Conquêtes et razzias des Sarrasins :
La Septimanie (Roussillon- Languedoc) attaquée 718.
Perte de Narbonne 719-721.
Bataille de Toulouse 721 (Eudes d’Aquitaine bat les Sarrasins).
Perte de Carcassonne 724-725.
Pillages monastère Lérins entre 728 et 739.
Perte de Bourges 731, pillage d’Autun, de Langres 731.
Pillage Lyon, Bataille de Bordeaux perdue par Eudes. Charles Martel gagne la Bataille de Poitiers[2], plus célèbre pour honorer notre « roman national »  (porté par Ernest Lavisse notamment) que pour la lutte contre les Infidèles 732.
Perte d’Avignon 735.  
Bataille de la Berre, non loin de Sigean, plus significative que celle de Poitiers, victoire de Charles Martel forçant les Sarrasins à se replier vers l’Espagne 737. 

Bataille de Poitiers 732 wikimedia commons Tableau (1837) de Charles de Steuben (1788-1856)


[1] Le roi Boabdil passant le col se retourna, la larme à l’œil, vers sa capitale perdue avant que le relief ne la cachât à jamais. « Pleure comme une femme pour un royaume que tu n’as pas su  défendre comme un homme » lui aurait dit sa mère. Pour ces raisons, le col se nomme « El suspiro del Moro ». Les élèves adoraient cette légende et le prof aimait d’autant mieux la raconter… 
[2] « Ils furent arrêtés par Charles Martel, près de Poitiers (732) » Malet et Isaac (ROME ET LE MOYEN-ÂGE / volume des classes de cinquième et quatrième, édition 1958).