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vendredi 14 août 2026

« Un été de porcelaine... »

 Cinquante-et-une pages tournées depuis 1976, Mort Shuman (1) nous rappelait alors la puissance infinie de l'amour quand il veut vivre, en dépit des difficultés, des embûches, jusqu'à l'humiliation, parce qu'il se conjugue avec jeunesse ; en anglais puis en français, Mortimer chante « Save the last dance for me », « Garde-moi la dernière danse »... 
Et de là, au mal à expliquer « Un été de porcelaine », rien qu'un air, une idée venue évoquer ces temps, ces étés vécus sans nuages... avant, bien avant, longtemps avant... Il y a toujours un avant. 

Avant, les vols de martinets tournoyaient, denses, criards, faisant lever les yeux au ciel plus souvent que lors d'une éclipse de soleil. Avant, les chasseurs d'Afrique ne partaient pas avant le quinze août... Avant étaient les étés classiques, certes sans nuages même si l'orage ponctuel du 14 juillet puis au moins le mouillé du 15 août (2), étrangement calqués sur des fêtes du calendrier, ne perturbaient pas le plaisir des vacances... 

Un plaisir encore lié au sort imposé par la météo, fort vent de Cers, dit “ de Nord ”, chaud, puissant, faisant voler un sable à décaper la peau, rendant la mer froide d'un bleu profond pouvant durer, à en croire le dicton « trois, six, ou neuf jours ». 
Sinon, à l'évidence plus apprécié, moins commun, le « temps de mer », lorsque, au matin, le moteur des pêcheurs (la mer était généreuse) se fait entendre comme à côté, marquant l'imminence du Marin. La mer présente alors une palette matutinale de vastes taches lentement mouvantes bien que contiguës, de gris-bleus plus ou moins métallisés sinon plus bleus avec vaguelettes à risettes là où l'air venu du large s'engage déjà... le temps de mer faisant des vacances un séjour réussi. L'après-midi, par contre, le Marin tourne habituellement au vent d'Espagne, plus Sud-Est, aux vagues plus marquées bien que toujours agréables, bleu-vert, vert-bleu même. Ne reste plus alors qu'à questionner le crépuscule avec le vent qui se calme (3) : un “ vent du Nord ” léger, un couchant sans rougeoiement, le Canigou visible, peuvent ainsi en promettre autant pour le lendemain...  

Un été de porcelaine exacerbé par des vacances à la mer, les bals du soir aux slows si rapprochants, étés d'un âge à papillonner jusqu'à l'amour exclusif, où chaque hiatus vaut fêlure, chaque soupçon trahison, pour des cœurs, comme le chante Mort, qui chavirent, se déchaînent, balbutient avec la seule... une première fois sans pouvoir imaginer qu'elle reviendra avec une autre, dans la négation d'un sentiment forcément dégradé, sans ce goût unique car nouveau, ne pouvant pas imaginer que le temps vienne un jour tout aplanir, qu'au rapport enfiévré succédera au mieux un lien de tiédeur résultant des combats plus ou moins menés ensemble, les enfants trop vite grandis, enfin, temps de tendresse, de cendre froide à jamais suite à la braise d'instants trop brefs...   
Aujourd'hui, aux premiers jours d'août, le départ de nos quelques martinets inquiète lorsque ne nous restent que quelques hirondelles aux rares babillages. Si encore nos guêpiers attendaient un peu de n'être plus que nos chasseurs d'Afrique (encore entendus le 14 août), les crécerellettes même, partis ailleurs... et voilà quelques années que je n'entends plus l'apuput, la huppe... 
Les canicules à répétition nuisent-elles aussi aux cigales, tout comme les insecticides hélas, banalisés à l'échelle de l'Europe ? Les incendies foisonnent, l'eau du ciel ne veut plus tomber, les réserves marquent un déficit important, on ne sait pas mettre de côté les pluies de l'hiver... vivons l'été plutôt : la plage fait encore des heureux quand le Marin tempère l'excès de chaleur et que la baignade devenue tropicale fait oublier que la mer ne peut plus nous nourrir, par notre faute... Et est-ce qu'à l'image du peu qui reste d'oiseaux, des êtres se rencontrent-ils toujours pour un été de porcelaine ? 

Moi non plus, I have never forgotten that one summer you were mine, je n'ai jamais oublié que tu étais à moi cet été-là... L'été de porcelaine s'en vient rejoindre le sable abandonné : 

Joe_and_Jules_Dassin_1970_(cropped) 1970 Domaine public Author Agenzia Pitre, published in Bolero Teletutto Magazine

« Mais la mer est toujours bleue, comme si c'était un jeu, comme si l'amour durait toujours... » (1971, paroles Pierre Delanoé, musique Joe Dassin). 

Oui, Mort Shuman s'en est aussi allé rejoindre son ami Joe Dassin (1938-1980), parti plus tôt encore (41 ans)et moi, je n'ose plus aller à la mer, au devant de mes étés de porcelaine, de peur de n'en pouvoir reconstituer les éclats... 

MortimerShumanLelacmajeurR Source Vivonseureux! Éditions. Merci. 
   

(1) Mortimer Shuman (1938-1991), 52 ans, cancer du foie. Nous lui devons, enfin ceux de nos générations lui doivent : le Lac Majeur, Brooklyn by the sea en 1972, Papa tango Charly, Sorrow, Save the last dance, 1976, Un Été de Porcelaine 1979... 

(2) Le quinze août au bord de la Méditerranée voyait arriver un temps coutumier de Nord-Est, de vent Grec comme nous disions, chargé, contrairement au vent d'Espagne, de nuages lourds ; la période, sur le littoral, du “ coup de mer ” avec les campings, les pieds dans l'eau, au plus bas de la plage, sur le sable dur dit “ mouillé ”. Au village, déjà dans ce qui est considéré comme l'arrière-pays, vignerons et viticulteurs qui préparent la vendange, apprécient cette moiteur à faire gonfler les grappes, promesse d'une belle récolte à venir.   

(3) « Le vent se pose » disait alors, vers 1960, plus avant encore dans le temps, Paulou Romain (1917-2008), vieux garçon devant sa baraque de toile, chaque année sur la même butte de sable sec. Avec sa vieille maman (dite pas gentiment “ Marie croustet ”, les villageois n'étaient pas bisounours, car elle récupérait le pain dur pour la volaille) ils y passaient l'été. (On pourrait poursuivre sur ce personnage, patinant dans le sable sur sa grosse Terrot marron au retour de sa journée “ de longue ” à la vigne à l'intérieur des terres, le mégot toujours aux lèvres, les jumelles souvent à l'œil afin de suivre un cargo au large...). 

Note : quelques tubes de l'été suggérés, répondant, ces années-là, aux prémices puis aux premières émotions partagées... 

1965. Le Ciel le Soleil et la Mer, François Deguelt (1932-2014). 
        Aline, Christophe (1945-2020).
        Capri, c'est fini, Hervé Vilard (1946).
1966. Love me, please love me, Michel Polnareff (1944).
        La plage aux romantiques, Pascal Danel (1944-2024). 
        Les neiges du Kilimandjaro, Pascal Danel
1967. J'aime les filles, Jacques Dutronc (1943). 
        Âme câline, Michel Polnareff
1968. Siffler sur la colline, Joe Dassin (1938-1980).
        Rain and tears, Aphrodite's Chids
        Hey Jude, Les Beatles
1969. Que je t'aime, Johnny Hallyday (1943-2017). 
      Je t'aime moi non plus, Jane Birkin (1946-2023) et Serge Gainsbourg (1928-1991).
        Adieu jolie Candy, Jean-François Michaël (1946).
1971. The fool, Gilbert Montagné (1951).
        Pour un flirt, Michel Delpech (1946-2016). 
1972. Une belle histoire, Michel Fugain (1942). 
        San Francisco, Maxime Le Forestier (1949).
1973. La Maladie d'Amour, Michel Sardou (1947).         
        Lady Lay, Pierre Groscolas (1946). 
1975. L'été indien, Joe Dassin
        Les mots bleus, Christophe
        Le Sud, Nino Ferrer (1934-1998). 
1977. Ti amo, Umberto Tozzi (1952). 
1978. Nous, Hervé Vilard
        Viens, viens, Marie Laforêt (1939-2019).  

mercredi 22 juillet 2026

Yves pêcheur du golfe / LES TORTUES (X)

Du 24 sept. 2015. (il est possible que les sites de renvoi ne soient plus disponibles, ce qui arrive). 

HÔTES RARES ET ÉTONNANTS : LES TORTUES...

(Le pêcheur du Golfe Xème tableau)
Le 14 juillet 1949, Yves le pêcheur a directement participé à la prise d’une tortue « avec des dents énormes », en face de Port-La-Nouvelle. Il ne faut pas s’étonner si des animaux pouvant atteindre 900 kilos ont été décrits périodiquement comme monstrueux (1). Et Yves n’exagère pas plus que Wikipédia : «... Sur le bec supérieur, on peut observer une pointe médiane très marquée entourée de deux grandes encoches. L'intérieur de la bouche est occupé par une multitude de cônes, utilisés aussi bien pour l'oxygénation que l'alimentation... /...Les tortues n'ayant pas de dents et les méduses étant difficiles à déchiqueter, les scientifiques se sont demandé comment les tortues luth pouvaient s'alimenter avec ces animaux. On a découvert que l'œsophage de la tortue luth, tapissé d'épines, avait pour fonction le dépeçage des proies...»

En un peu plus de quatre siècles, sur les côtes françaises de la Méditerranée, Corse comprise, seules 30 captures ou observations de tortues luth ont laissé une trace. La moitié provient du Golfe du Lion formé surtout de plages sableuses. Le tiers de ces comptes-rendus concerne la portion de côte entre Sète et Palavas-les-Flots. On ne peut rien en déduire, le premier témoignage sur sa présence daterait-il de 1588 ! Est-ce que ce sont des tortues luth traversant l’Atlantique et passant le seuil de Gibraltar ? Sont-elles issues de pontes en Méditerranée, seraient-elles rarissimes ? 

http://www.seaturtle.org/pdf/ocr/OliverG_1986_VieMilieu.pdf

D’après Wikipédia «... De nombreux lieux de ponte autrefois fréquentés par les tortues luth ne le sont presque plus ou plus du tout, comme la Sicile, la Turquie, la Libye ou Israël...»

Il n’empêche que la fréquentation de nos côtes est confirmée :
«... En France, plusieurs espèces de tortues marines peuvent être observées. D'observation très rare en mer, elles sont pourtant observées mortes dans les filets de pêche (Tortue luth plus particulièrement) ou occasionnellement échouées sur nos côtes...»

http://batrachos.free.fr/tortuesaq.htm

Dermochelys_coriacea, 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Source Em_torno_de_400k._(2905467579) Author Andréa Farias Farias

Pour la période sur laquelle a témoigné Yves (voir les épisodes sur “le pêcheur du Golfe”), les cinq pages de la communication de Guy Oliver font état, de trois captures :

* Le 17 août 1949, un mâle de 2 mètres et 350 kilos a été pris par la barque “Idéal", appartenant à M. L. Molle, à 6 milles au large de Maguelonne (Hérault) (Harant, 1949).

* le 9 septembre 1950, une femelle de 2.01 m. et de 350 à 400 kilos a été prise dans les filets à thons de M. Étienne Rossie, au large de La Nouvelle (Aude) (Petit, 1951).

* Le 21 août 1955, un mâle de 2.14 m. pour environ 300 kilos a été pris encore au large de La Nouvelle (Harant 1956).
http://www.seaturtle.org/pdf/ocr/OliverG_1986_VieMilieu.pdf

En 1951, le professeur Petit précisait, à propos de la prise d’une tortue luth à La Nouvelle : : « en raison de la rareté (...) toute capture avec au minimum l’indication de date, des dimensions de l’animal et du sexe, mérite d’être signalée. » (PETIT G. 1951. Capture d’une tortue luth à La Nouvelle (Aude) Vie Milieu 2 / 154- 155). 

La tortue luth est protégée par des conventions internationales, et en France, depuis 1991... En France, justement, la portée de cette protection est malheureusement affaiblie au prétexte que les données sont insuffisantes... Comme s’il ne suffisait pas de convenir que cette alliée contre les méduses contribue au maintien des poissons, en tant que ressource planétaire ! Ah la logique française confinant à la bêtise ! Agaçant, non ?

(1) le fond des histoires de régalec, ce roi des harengs parfois assimilé au serpent de mer, ou de calmar géant, liées aux soirées arrosées des marins en escale (aussi pour dissuader les concurrents de cingler vers les mêmes destinations), correspond bien à une réalité (voir aussi Jules Verne).


Giant_Oarfish regalec trouvé au large de San Diego 1996 Domaine Public Author Wm. Leo Smith


Calmar colossal 2009 under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license Author Citron CC BY-SA 3

dimanche 14 juin 2026

Yves BONI (1932-2026) SOUCIS et FATALISME...

Yves Boni des Cabanes-de-Fleury nous a quittés le 26 mai de cette année. En 2015, le hasard voulut notre rencontre et son souhait de partager, de nous éclairer sur ce que fut sa vie de pêcheur. En souvenir de lui, et d'autant plus que la mémoire, comme bien des choses et des êtres, est naturellement sujette à l'érosion, l'occasion nous est donnée de reprendre, précieux à plus d'un titre, les entretiens avec Yves, pêcheur du Golfe... oui, la majuscule pour celui, unique, le nôtre, du Lion...      

vendredi 11 septembre 2015

SOUCIS ET MALHEURS D’UN PÊCHEUR DU GOLFE (VIII) / Fleury d'Aude en Languedoc

« Et oui, tu vois, je faisais la traîne l’été et l’étang l’hiver, pratiquement la moitié de l’année pour chaque pêche...

— Le poisson se vendait bien ou sont-ce les mareyeurs qui en tiraient le plus grand profit ?

— Faut pas chercher à comprendre... les mareyeurs ils t’attendent... comme celui de la Nouvelle... Je lui demande s’il prend les crevettes, tu sais, les crevettes grises. Il me dit « écoute, si tu me les fais cuire, je te les prends ! » On était à la Nautique, on avait un baraquement  avec une gazinière et même, cuisinière à bois. Un jour, pour te dire, j’avais fait cuire quatre-vingts kilos, eh, de crevettes... Je les amène... Tu as vu les sous toi ? Je les attends encore...

— C’est un voleur alors ? 

— Oh, oh...

— On ne peut pas le dire comme ça ?

— Et non, et non... (Yves a du mal à dire du mal des autres même malhonnêtes...). Un drôle de lascar quand même ! Sûr qu’il les a vendues ! Et dire qu’il venait à Fleury...

— À Fleury ? Ah ! alors c'est le concernant alors que l’appariteur clamait « La sardine Tiaide (bien qu'en rapport avec ds Celsius, le nom a été changé) est sur la place ! » et qu’un ami de Trausse, Yves Lapeyre tiens, le même prénom que toi, de Trausse Minervois, avait bien fait rire mon père en s’étonnant « Es uno especialitad d’aici ? » (c'est une spécialité d'ici ?). 


Photo du tournage de Pêche au thon en Tunisie (1910) d'Albert Samama-Chikli. Au premier plan, on peut voir sa caméra. Domaine public.


— J’ai eu travaillé avec le père... lui était un gangster... « Tu peux venir avec moi ? » qu’il me dit un jour. Je devais avoir 14 ans ; il avait une espèce de camionnette ; on va à Palavas. A l’époque, je sais pas si tu en as entendu parler de ça, y avait la “seinchole” (1), au mois d’août... comme ça, les thons venaient au bord, les barques les encerclaient, ils prenaient parfois 30, 40 tonnes de thons !.. Eren partits amé Justin (on était partis avec Justin) et le temps que le type tournait le dos, il lui a piqué trois thons de 23-24 kilos comme ça, zaou, direct ! de par terre à la camionnette ! 


Vela_latina La Barque Yvonne de Palavas-les-Flots 2007 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Author Juan Sol

— Tu sortais en mer aussi ? 

— Oui mais je suis resté au sardinao (2), on faisait le sardinao et le thon... Ton oncle, lui, était au lamparo...

— C’est vrai, il m’a eu donné du poisson quand on campait aux Cabanes, à quai, une fois, quand il rangeait et nettoyait encore à bord..., je me souviens, j'avais récupéré aussi un hippocampe séché sur le pont... 

— Enfin, laisse tomber Yves, songeur : c’est le pêcheur qui se la donne et toujours l’intermédiaire qui ramasse. » 

C’est vrai qu’entre la confiscation des ressources par les grosses unités prédatrices (chalutiers, thoniers) (3), la toute puissance des mareyeurs, sans parler de la pression des touristes rois, du bétonnage des côtes, des pollutions successives, des “ changements climatiques ”, et j’en passe, la grande majorité des petits métiers a logiquement disparu quand les pêcheurs comme Yves ont pris la retraite.

(1) certainement en rapport avec la seinche (Littré 1874), l’encerclement des thons à Palavas.
http://fpmm.net/wp-content/uploads/2014/09/FPMM-Palavas_specimen.pdf (page actuellement introuvable E 404... comme quoi la supériorité de l'informatique relève souvent de la théorie. 
Pour un ancien de Victor Hugo, comment ne pas penser à monsieur Sinsollier, surnommé “ Sinsolle ”, qui nous fit aimer l’Histoire (pour moi, plutôt la géographie). Et ne me dîtes pas que, contiguë aux anciens ateliers de mécanique encore marqués de cambouis où Salant et Guionie, les profs de gym, nous faisaient voltiger (enfin, il faut le dire vite...) sur les barres parallèles, la salle (qui fut aussi celle de la prof de musique), éclairée seulement par une verrière au plafond, ne laissait pas d’autre possibilité d’évasion... (je ne sais ce que ce paragraphe vient faire ici si ce n'est pour exprimer la considération, la reconnaissance gardée pour ces rares enseignants vous donnant la belle impulsion sur un futur positif... Monsieur Marcel Sinsollier (nous n'avions pas toujours accès au prénom de nos enseignants) 1932-2024, 83 ans du temps des confidences d'Yves Boni, mon pêcheur du Golfe...   

(2) nom du filet à sardines.

(3) quand je pense que les gros prennent impunément des dizaines de milliers de tonnes, notamment au large de la Libye, de la Somalie (une des causes de la piraterie fustigée par des pillards dont des FRançais, des Espagnols et d'autres ne valant finalement pas mieux...)... Yves, lui, a été contraint de brûler les barques construites de sa main ! L’égalité de traitement par l’administration ne vaut pas mieux qu’au siècle de Louis le quatorzième... “... Suivant que vous serez puissant ou misérable... ”, l'ordre des choses toujours entre hégémonistes et opprimés. Ou encore, concernant une modernité de toujours s'appelant “ corruption ”, la complicité des instances européennes... Un repenti de la pêche industrielle n’a-t-il pas déclaré : « Quant aux inspecteurs de la Cicta montés à bord, s'ils n'ont rien vu, c'est qu'un paquet de cigarettes suffit à les acheter. »
http://www.lepoint.fr/actu-science/thon-rouge-les-revelations-fracassantes-d-un-pecheur-repenti-09-11-2011-1394264_59.php (bien que qualifié de “ non sécurisé ”, le lien n'aboutit plus... merci la pérennité de l'informatique...

voir aussi http://www.midilibre.fr/2015/09/02/chalutiers-c-est-la-fin-de-l-hemorragie,1208127.php. Super, le Midi-Libre sauve l'honneur de l'informatique ! 


jeudi 11 juin 2026

Yves BONI (1932-2026), LE TEMPS qu'il fait... qu'il fera

 vendredi 7 août 2015

LE TEMPS POUR UN PÊCHEUR DU GOLFE... (VII) / Fleury en Languedoc


    Entre le temps qui passe et celui qu’il fait, Yves continue de raconter la mer et la rivière nourricières.

    « Les prévisions du temps... on regardait le matin... j’ai appris avec les vieux. Ils se levaient tôt et regardaient la montagne « Ah, veit (avuèi = aujourd’hui), auren de vent, auren de gregau... » (Aujourd'hui nous aurons du vent, du gregau [grec, vent de N-E]). 
    

I coumprenio pares... Je n’y comprenais rien et eux te le disaient avant qu’il arrive « Y a des motons à la montagna : lou cers bufara. » (Y a des moutons à la montagne : le Cers soufflera). Quand lou solel es arribat, te fatiguès pas (Quand le soleil s’est montré c’était ça...). ou alors ils annonçaient « Ah, veit auren lou vent à la mar...» (Aujourd'hui, nous aurons le marin). 
    

Ils regardaient du côté de la montagne, en visant les collines de Nissan. Sinon, ils regardaient toujours vers l’Est, jamais dans l’autre secteur, pas du côté de l’Espagne car ce qui arrivait de mauvais venait toujours de l’Est.
    

Une fois, avec cette neige du grec qui casse tout... je devais avoir 17 ans. Il a tellement neigé, la rivière était gelée, on pouvait pas aller jusqu’au pont de Fleury, comme d’habitude, et on est allé chercher du pain à Valras en passant par le bord de la mer. Il en était tombé 25 cm au bord de l’eau quand même ! J’avais jamais vu ça. C’était petit vent du nord, et l’eau des vagues se gelait. Quand nous sommes repassés il y avait 50 ou 60 centimètres de dentelle de glace... je m’en rappellerai toujours. Attends, pour geler l’eau de mer ! Tout le monde, avec des sacs ; entre ceux qui allaient gaiement et ceux qui marchaient moins vite, on était une trentaine pour rapporter du pain à tout le village. 

Une autre fois, quand on a été au pont de Fleury, on voyait rien et il y avait tant de neige qu’on savait plus où était la route, et les caves (les fossés), à côté.  Tu savais pas si tu étais sur la route ou dans une vigne. A des endroits on en avait jusqu’au ventre. Celui qui était devant était mouillé jusqu’à la taille. On se relayait, trempes comme des canards ! A la boulangerie, chez Vizcaro, enfin Fauré encore, Paul s’est étonné : « D’ount sortissès ? » (D’où sortez-vous ?) On était partis à 7 heures du matin, et le retour aux Cabanes, à 4 heures, avec le bateau. Je devais avoir 17, 18 ans. Quand il neigeait, couillon, c’était la catastrophe... /...  Autrement, ils regardaient ou la montagne ou l’Est :

« De qué va faire ? » (Qu’est-ce que ça va donner ?) 
— Sara vent à la mar... (le vent viendra de la mer). » 

L'orage_arrive 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Auteur Remi Jouan
    

Quand il y avait des éclairs à la mer « lamp à la mar, vent à la terra »... Et c’est vrai, le vent du Nord (venant de l'Ouest, confondu avec le Cers) ne tarde pas... Aujourd’hui, pour le temps, les plus fiables, c’est la météo marine (1), ils repassent les bulletins en boucle, tant c’est important.  

— Et la lune ? (je demande)

Ambiance_lever_de_lune_(14715436099) 2014 under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. Auteur maxime raynal

— La pleine lune, c’est pas terrible pour la pêche. Ce sont surtout les courants qui gênent, plus que la lumière, parce que les courants sont désordonnés et il vaut mieux une direction unique, dans un sens ou dans l’autre, de l’est ou de l’ouest. Autrement ils étaient bons... A la traîne ils plongeaient d’abord une bouteille attachée deux ou trois mètres sous un liège et ils voyaient si en surface et dessous les courants se contrariaient. Ils constataient si le courant de grebi donnait ou bien le gregau. On était arrêtés à une maille de la terre (100 mètres), à réfléchir, à calculer, stoppés sur les avirons pendant un quart d’heure, vingt minutes, une demi-heure. Si c’était franc, on calait « la pouncho dins lou pounent » (la pointe dans le ponant), fallait aller vers l’Espagne. C’était plus mauvais quand il y avait le vent d’est parce que, dans ce sens là, il fallait “ embasser ” la terre à l’envers... Ils aimaient pas trop là... Après, les courants proches de la terre étaient forts, alors ça te prenait le filet, tu coulais ! Tu aurais rigolé ! tu arrivais au bord en coulant, tu aurais vu comme ça peltirait (tirer avec force) ! Au lieu de partir par ce bras (celui vers l’embouchure), il fallait démarrer par l’autre. Avec les courants forts, pour un noyé au niveau de Pissevaches, ils nous ont demandé de faire bol pour essayer de récupérer le corps. O ! adieu, on l’a retrouvé aux Ayguades, trois ou quatre jours après... » (environ huit kilomètres plus loin vers Gruissan). 

(1) et surtout pas nos “ rigolos ” des différentes chaînes qui nous embrouillent en donnant le temps huit jours à l’avance, manière d’escamoter leur propension à laisser croire « Tout va bien, “ vacancez ” tranquilles... », en minimisant un rafraîchissement ou en exagérant jusqu’à 4 ou 5 degrés la température de l’eau pour que celui qui n’a pas pu partir s’en veuille davantage de savoir le veinard au bord de la mer... 



mardi 9 juin 2026

Yves Boni (1932-2026) Les BOGUES

 jeudi 6 août 2015

LES BOGUES DU CAPITAINE AU LONG COURS (VI) / Fleury-d'Aude en Languedoc

« La bogue (1), ils en sont friands à Toulon ! Malheureux ! j’avais un copain, il était à la Seyne ; sa mère vendait sa pêche. Un jour il fait une soixantaine de kilos de bogues. 


Boops_boops_shipwreck 2010  under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Author Albert kok

« Qu’est-ce que tu vas en faire ? », je lui dis, nous, là-bas, on les jette...

— Vous les jetez ? mais tu veux pas rigoler, ça vaut un prix d’or !

— Ça vaut un prix d’or ? Nous, on les donne aux goélands !

— Mais vous êtes cabourds (2) ! C’est prisé ici !
Du coup, plutôt que de les jeter, la fois d’après, je les porte au chef, un grand chef de cuisine qui nous régalait de ses pâtés, au déjeuner. Je lui précise que c’est vraiment pas terrible, la bogue. 

Boops_boops_Karpathos 2011 licensed under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license. Author Roberto Pillon


Une semaine après, pour les déjeuners aux copains il me met deux gros bocaux.

— Et qu’est-ce que c’est ?

— C’est du pâté de poisson... Justement, ce jour-là, on était partis des Cabanes avec les tracteurs ; on avait fait en remontant et quand on a été au milieu des culs nus, midi, une heure moins le quart, c’était l’heure de manger ! Stoppez ! On avait un grand plateau que je mettais à la barque et je sors ça.

— Et qu’est-ce que tu nous portes ?

— Ma foi, du pâté...

Un commence à goûter c’est pas mauvais ! C’est bon ! Viro reviro (Tourne, retourne-toi), ils avaient tout flambé !

Quand j’ai revu le chef, je lui demande ce que c’était :

— Ce sont les poissons que tu m’as donnés... C’est du pâté de bogues.

— Ils m’en ont pas gardé  ! 

Le chef, lui, m’en avait gardé un peu et c’est vrai que c’était bon !

Ils nous en a donné du pâté, cinq ou six fois et ils se jetaient dessus comme la misère sur les pauvres ! Aurio vist aquo. J’étais au milieu comme un capitaine au long cours, ils étaient autour... et quand ils ont su que c’étaient des bogues, ils en sont tombés sur le cul !

C’était une sacrée escouade... C’étaient pas des fainéants, ajoute Yves comme pour excuser leur appétit. Ils étaient vaillants, tu sais... Quand tu fais cinq ou six bols ou sept...

— Tu dis que tu avais les tracteurs quand même... 

La traîne, photo d'Yves Boni... Mais que contient la poche du filet ?

Non mais, tu sais, quand on voyait qu’y avait du poisson parce que le poisson, une heure tu en as et puis y en a moins. Alors quand il y en a, tu tires à la main : deux bols alors que le tracteur t’en fais un seul... il permet de reposer l’équipe quand ça baraille (bouge) moins. Sinon, fallait se la donner... et pas pour des bogues de préférence... Ce sont des combines qui viennent vite. Tu le comprends : c’est en forgeant qu’on devient forgeron. 

 

(1) Boops boops, communément appelée bogue est une espèce de poisson marin de la famille des sparidés. La bogue, Boops boops (Linneus, 1758) est une espèce largement répandue aussi bien en Atlantique oriental qu'en Méditerranée. Elle présente un caractère semi démersal (plutôt au fond) et vit au-dessus du plateau continental sur tous les fonds jusqu'à 490 m ; elle est plus abondante dans les cent premiers mètres.
Elle doit son nom de bogue a la taille de ses yeux qui sont particulièrement grands par rapport à sa tête, comme un insecte (en anglais bug). WIKIPEDIA. 

(2) à l'origine “ mouton qui a le tournis ” ; signification dérivée : “ idiot ”. 


samedi 6 juin 2026

Yves BONI (1932-2026)... MESQUINERIES et JALOUSIES...

 Article initial du mardi 4 août 2015. 

MESQUINERIES ET JALOUSIES DE PÊCHEURS (V) / Fleury en Languedoc


    Yves continue de parler de ce que fut son époque, pas parfaite certes, surtout concernant le caractère des hommes, parce qu’il a plutôt connu les jalousies, les mesquineries des pêcheurs, loin d’une solidarité des gens de mer, bien virtuelle, à peine moins indifférente que celle des terriens... les Hommes n'étant partout que des Hommes... 

    « ... Moi ça me faisait rien, hé, d’affronter la tempête, tu sortais la journée... là on gagnait des sous. Une fois j’avais pris mon père, j’avais mis quatre ou cinq heures à sortir le filet de la glace... et la glace te coupait les mailles comme un couteau... Y a des jours tu dégageais vingt à trente tonnes d’herbes. Enfin tu t’en sortais. Maintenant c’est fini.  

Vous aviez le même type de bateau ? 

Oui, des barques sauf qu’à l’étang elles sont plus basses et ont le derrière carré pour mettre le moteur. Les miennes, je les ai faites, tu verras les photos. Y avait du poisson et on gagnait sa vie. Je suis allé jusqu’à la retraite sauf que jusqu’à vingt ans, j’étais pas déclaré... A 55 ans, ils m’ont dit qu’il m’en manquait cinq. Là, ça devient dur l’hiver à l’étang, plus que la traîne en été. On vivait à Narbonne-Plage, je faisais les trajets jusqu’à la Nautique pour prendre la barque... L’étang je n’y retournais qu’en septembre parce que il faisait chaud et c‘est là où c’est que tu vois que les gens sont pas... enfin je comprends pas, je ne suis pas un intellectuel, mais la moitié de l’année, j’étais à la mer... Enfin, ils auraient pu réfléchir qu’avec les eaux chaudes, ils prenaient 50 kilos d’anguilles pour en jeter 40. A chaque réunion je le disais mais ils étaient nés comme ça ! Alors aqui aurios vist (alors là tu aurais vu), j’avais la cabale contre moi ! 

Vue vers le Nord du village de Bages et l'étang de même nom (de Bages et de Sigean). La Nautique, commune de Narbonne, se trouve sur la rive en face ; au fond la Montagne de La Clape. 

    J’avais déjà eu du mal à entrer à Bages. Les pêcheurs de l’étang avaient fait obstruction ; j’avais même dû aller m’expliquer auprès des autorités, à Port-Vendres ; l’administrateur maritime était même venu en réunion pour confirmer qu’habitant la commune de Narbonne, j’avais bien le droit de pêcher à l’étang. Ils étaient pas commodes, jaloux pour quelques kilos d’anguilles de plus ou de moins... Une fois, j’en prends un bon paquet et je me dis que ça vaudrait le coup de caler encore... Oh, adieu ! ils avaient encerclé la place... tu comprends, tout le monde se surveillait aux jumelles... 

    Et puis, c’est pas pareil qu’à la mer. J’ai dû monter tous les filets, en partant de zéro, et il en faut pour barrer l’étang. Et quand mon frère est venu, qu’il n’y avait plus rien aux Cabanes, il a fallu en faire autant ; ça m’a bien pris entre deux et trois ans... Pendant que Thérèse était aux commissions, figure-toi que j’alignais mes mailles dans la voiture, en attendant... Et après on dira qu’il n’y a que les femmes qui tricotent...  ». (à suivre).  

mercredi 3 juin 2026

Yves BONI (1932-2026) Le loup ou le muge ?

Reprise du dimanche 2 août 2015 LES BASTETS DU MAITRE-NAGEUR (IV) / Fleury en Languedoc

Le loup ou le muge ? À Aude et à l’étang.

Depuis l'Île Sainte-Lucie, les étangs : à gauche celui de Bages et de Sigean, à droite, de l'Ayrolle 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 1.0 Generic license. Auteur Joyce11

«... L’étang (1), c’est un métier très rude, plus que la mer, tè ! Ouh là, y a pas de comparaison ! Attention entendons-nous bien : si tu veux faire le travail, parce que, comme je te dis, si tu attends que le vent soit tombé pour ramasser le poisson le lendemain, il vaut mieux que tu restes au lit, tu ramasses rien : tout est mort, on dirait de la bouillie, c’est tellement quiché, mais si tu y vas le jour du vent tu en sauves pas mal. Sur une tonne tu récupères 4 ou 500 kilos, la moitié, tandis que le lendemain tu perds tout...

Sinon, y a de tout, du loup, des muges et quand il y a de l’eau qui tombait, de la Berre là-haut, il y avait des carpes. 

Les poissons d’eau douce, on n’est pas très forts ici... (Mon grain de sel), 

Quoique, le mulet... l’eau douce, ça allait... le coco, il fait la tangente lui.

Des gens disent qu’ils l’estiment autant que le loup...

Je vais te dire une chose, ça vaut ce que ça vaut : je préfère mieux le muge que le loup. Ça n’a pas de goût le loup, c’est fin oui, mais le muge... Un jour le petit-fils me dit, « Papé, tu sais, moi, le poisson... » Attends, je vais te faire quelque chose : je coupe les filets, j’enfarine, je passe à la poêle... Il m’a dit papé, du comme ça, tu peux m’en donner... les filets de loup, c’est pas pareil... Ne confondons pas : le muge c’est un charognard, c’est comme le rouget, il se nourrit de quoi ? il bouffe dans la fangue. Sinon, je te dis, à mon goût,... que celui-là, il n’avait pas goût à vase quand il montait dans la rivière (2). Dans l’Ayrolle, il y a Campignol à côté, il y a peu d’eau, alors là, la vase tu la trouves... 

Poissons_au_marché 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Classiccardinal. 


Il y a cinq ou six variétés de muges : le dorin, le mulet, le camard, la pointue, attends, y en a une autre... La lissette ça devient pas tellement gros ; le dorin n’est pas gros non plus, il a les ouïes orangées. Je les pêchais à l’étang et plutôt dans l’Aude.

Les anguilles, la mordorée et puis la verte (3) et puis les grosses, les “ mazères ”, costaudes (des deux mains, il forme un rond de 5 ou 6 centimètres de diamètre...), y en a qui sont plus grosses que les congres... j’en ai pêché une, une fois, dans l’Aude, elle faisait 6 kilos, on l’a mesurée avec Marceau, un mètre trente, je crois. A l’étang, elles étaient moins grosses, jusqu’à deux et trois kilos pour les “ mazères ”.

Tu as connu la période, dans les années 70, où les camions les prenaient vivantes en Italie ? 

L'Aude, fleuve côtier... nous disions, Yves aussi, et nous disons toujours “ la rivière ”, simplement... 


Oui mais avant, à la rivière, on les vendait pas, on les jetait pacque les vieux ils avaient une tactique à la tchaou, ils cherchaient pas. Au globe, en une nuit, on pêchait 80 à 100 kilos, on les jetait. Des fois tu en gardais quelques unes  pour un Lespignanot qui demandait : « Ouais, Marceau tu me garderas quelques anguilles ? » Mais là, on a perdu des sous, je le pensais mais j’étais gaffet (apprenti) et le patron ne voulait pas chercher d’autres débouchés. On pêchait du loup, du muge et des plies, d’un kilo un, un kilo deux. Elles remontaient presque au pont de Fleury, on avait un poste à L’Horte de L’ami. Boh, il y avait plus de poisson quand même... » (à suivre...)

(1) Yves a pêché dans l’étang de Bages et de Sigean, il parle aussi de celui de l’Ayrolle et de Campignol qui lui est contigu. 

(2) Vrai que quand nous allions pêcher l'été à Aude, à bicyclette, il n'y en a qu'un auquel on prêtait un goût de vase, “ camard ”, nous disions... Une fête, cette pêche en bande... Aujourd'hui et depuis le barrage anti-sel, ensuite toutes ces plantes aquatiques qu'on ne connaissait pas avant... J'y ai vu des écrevisses sinon... est-ce que les muges continuent de remonter la rivière ? 

(3) note de 2026 : pas de distinction, un demi-siècle en arrière, entre la pêche de l'anguille jaune autorisée bien que limitée et celle, interdite, de la blanche qui part se reproduire vers la Mer des Sargasses... 

Lundi 1er juin, on conduisait Yves sous nos vieux cyprès. 8500 kilomètres loin de Fleury, 15h 30, je guettais la pendule afin d'y être par la pensée... cette attention ne me fit hélas émerger de la sieste qu'en retard d'une demi-heure... Contingence et vicissitudes aussi qui font ce qu'est l'existence... plutôt évacuer notre embarras et répéter simplement « C'est la vie », « La vie continue ». Pardon ? oui, je vous entends, on s'en fout de moi, entièrement d'accord...  

mardi 2 septembre 2025

Voyage Fleury Mayotte (5)

« [...] Pour cette cinquième lettre de la rafale, ce sera une page de géographie avec le souvenir des profs qui me l'ont faite aimer. 

Projecteurs allumés, l'avion roule sur le taxi-way ; dans les faisceaux de lumière crue, les petits lapins d'Orly en sont à la balade du petit matin, nullement effrayés par le grondement des réacteurs ; un, deux, trois... vingt petits cucus blancs puis la piste d'envol, plus large, ne permet plus de les voir dans les herbes. Décollage. Pavillons, lotissements, autoroutes, guirlandes de phares jaunes et de feux rouges se font plus petits, les tentacules de Paris se déroulent sous nos ailes. Collé au hublot, je me contorsionne pour voir l'oeil de la pieuvre, pardon de rabaisser ainsi la Dame de Fer si extraordinaire, la tour Eiffel reste hors de vue. 

Cap au sud-est. La lumière du jour levant nous inonde alors que, saupoudrée de givre, la campagne environnante sort à peine de la nuit. Est-ce le Morvan ? un lac sinon un étang providentiel miroite, j'en dessine la forme peut-être à identifier sur les cartes si la distorsion le permet. 

Songeur à l'idée que, comme à l'aller (1), un réacteur pourrait nous lâcher, j'apprécie d'autant plus ce voyage ; mon siège est dans le nez de l'appareil, seules dix places sur les trente-trois sont occupées (non fumeur), la liberté de mouvement en bénéficie, j'en profite après la sinueuse coulée de brouillard épousant le lit du Doubs... officiellement appelé « Saône » puis une mosaïque d'éclats : les étangs de la Dombes réfléchis dans le matin clair comme autant de débris de miroir. L'Ain, le Rhône, les calottes enneigées du Jura défilent, le commandant de bord annonce le lac de Genève et le Mont blanc à gauche ; à tribord, le lac du Bourget, le sillon du Grésivaudan. Les Alpes, un relief de chantilly pour omelette norvégienne... terrain de jeu pour Lilliputiens ! « Que c'est petit ! » disait la chèvre de monsieur Seguin (sans accent svp). Évasions vers le Cervin, l'Eiger, la Jungfrau... 

Hyères Côte d'Azur 2007 NASA ISS015 Domaine public

« Désirez-vous du thé ou du café ? », un cappuccino eût été de circonstance avec le Pô et les lacs italiens au programme. Petit déjeuner méthodique mais la tête est ailleurs. Cachés sous les frimas, le Piémont, Milan, le lac Majeur de Mort Schuman. Aussitôt après, la lumière méditerranéenne n'en paraît que plus éclatante ; de la Riviera aux îles d'Hyères la côte se découpe avec netteté, plus au large la mer brumeuse  se dérobe à la vue. Émotion pour mon fils aîné, pour la courbure vaporeuse du Golfe du Lion au loin ; dans l'alignement de Ventimille, un capuchon de neige : Aigoual ? Monts de Lacaune ? La courbure de la Terre est trompeuse ; par contre, ce trait blanc de corrector à l'horizon, sans risque d'erreur, les Pyrénées, et si c'est mon cœur qui interprète, tant pis, la géographie s'en accommodera ! 

Corse-photosat décembre 2001 NASA Domaine Public

La Corse resplendit au soleil, la Mer Thyrénienne est dégagée, le sillage d'un navire se distingue aisément, Bastia profite des premiers rayons, le Cap Corse, l'étang de Biguglia invitent aux vacances ; la montagne a pomponné ses sommets de poudreuse, après les Alpes, le Monte Cinto, le Rotondo prennent la pose, la mer leur offre un écrin magnifique. 

23 h 35, ce sera tout pour aujourd'hui. Dodo. Le vent de Nord-ouest a encore amené une averse. La nuit est calme, il fait bon (25,5°). Pas de rat mais quelques moustiques. 

Bonne nuit, à demain, votre fils JF.        

(1) après seulement 45 minutes de vol (aux abords du cap d'Ambre, Nord de Madagascar), un des quatre réacteurs d'un même B747 a cessé de tourner, le commandant de bord a annoncé le retour sur La Réunion, ce qui a nécessité le largage dans l'océan de 90 ou 100 tonnes de carburant. Pour nous, une soirée et nuit à l'Hôtel des Mascareignes alors mis en avant en tant que littoral tropical...    

lundi 16 septembre 2024

Le CERS ? qu'es aco ?

 
Windy: Wind map & weather forecast

Lundi 16 septembre 2024, 10 heures : remarquable, instructif, faute de pluie, le site Windy apporte du vent au moulin. 

Incontestable, cette carte montre les puissances du Mistral, des Cers audois et de l'Èbre, même si une tramontane catalane tient à se greffer sur ce “ selfie ”.   

Tout est dit et c'est bien pour ce motif que les images et commentaires météo des chaînes d'info, des journaux télévisés, avec seulement « Mistral et tramontane » à la bouche, sont plus que coupables d'une dérive dépassant leurs intentions. Disant cela, que peuvent évoquer ces journalistes aussi proches et appréciés du public que les présentatrices-présentateurs des journaux ?
Le Sud, le Midi, un rituel de vacances, de Méditerranée, de plages peut-on s'avancer à penser... apologie d'un art de vivre de classe aisée même s'il est fait état des risques, des incendies et si, marronnier de la rentrée, ils nous montrent ces enfants défavorisés qui ont pu passer une journée à la mer.
Rien d'anodin en cela, tout est politique, ceux qui apparaissent ne doivent surtout pas dévier de ce qui est autorisé officiellement sous peine d'exclusion sans autre forme de procès. Aucune trace internet de cet animateur météo de FR3 viré du jour au lendemain pour avoir dépassé le cadre dévolu. Ainsi, en interne, la censure, l'autocensure, la mise sous le tapis voire aux oubliettes, font toujours figure d'épée de Damoclès ; pour le public, le paternalisme, la fausseté, le choix de ce qui est bon ou non à entendre, chapeautent des médias “ pour le système ”, qu'ils soient publics ou privés, cachés derrière un concept global de démocratie, de bien contre le mal, au sujet desquels il ne faut pas faire allusion à la dominance autoritaire de Paris faussement « main de velours » et très « gant de fer ». 

En conclusion, défendre le Cers, nom d'un des plus vieux vents de France, rappelons-le, artificiellement opposé à des tramontanes, vents descendants, est l'expression d'une résistance politique, ici occitane, à un pouvoir central aussi tentaculaire qu'exclusif, contradictoire à toujours nier toute identité culturelle autre que francilienne et dans l'acceptation (est-ce sincère ?) des différences individuelles... le communautarisme serait-il en cause.   

samedi 24 juin 2023

SÈTE 9, Un quinze juillet

 Pour être venue sans qu’on eût à faire référence aux Celtes, aux Ligures, aux Ibères, aux Grecs, aux Romains, ce qui fut une île et qui devint Sète, attire et attache tant elle est singulière... « L’île singulière », on devrait l’appellation à Paul Valéry pour une ville à la génétique particulière et qui, de ce fait, a engendré sa palette de célébrités à part, aux destins atypiques.

SÈTE, un 15 JUILLET 

Qui, mieux que Paul Valéry, et avec quelle modestie, sut insister sur la grande influence des origines géographiques dans la convergence des forces qui comme par l’effet d’une chimie magique et inexplicable, arrive à précipiter le génie, l’art et l’esprit dans une enveloppe humaine ? C’est plus primaire et prosaïque avec les imbéciles heureux de Brassens... heureux, malheureux, les imbéciles sont forcément nés d’un quelque part n’y étant pour rien... Revenons à plus de rêve...  

Comment ne pas imaginer le poète, depuis le Mont-Saint-Clair, adressant sa soumission et sa révolte d’Homme à la Mer tant aimée, un jour de Grec et de marinade (vent de NE avec embruns)... 

Ce ne sont pas les éclats de Stentor mais la voix est sûre, charpentée, bien que soumise aux forces d’une nature faisant si peu de cas de notre espèce, mais mue aussi par une énergie propre à arrêter la vague au moment où sa transcendance ne peut que déferler... Je veux croire que la tessiture n’est pas plus emphatique que datée... Ce n’est pas le ton affecté de la culture, travaillé pour se fondre dans un milieu de précieux, riches et oisifs, de conserve avec un monde définissant non sans prétention un who's who des arts et des lettres à son image. Ce n’est pas le débit haché, souvent coupé par la toux (il roulait ses cigarettes), de l’écrivain devant travailler pour vivre, mal à l’aise parmi les rentiers.
Sa voix est celle de la nature, de la naissance dans une famille modeste, méridionale avant tout. L’accent n’a pas encore trahi le Sud, ne dépareillant pas au berceau méditerranéen : le père est corse, la mère génoise, ils vivent à Sète... Et puis, quelle sincérité peut-on exprimer si on parle parisien à la Mer originelle, matrice de civilisations ? Aussi, c’est sûrement par rancœur que Paris continue de dévorer la province afin de l’assimiler. A moins que ce ne soit l’amertume refoulée d’un esprit trop rebelle et indépendant qui me fait digresser à ce point... On se veut comme les autres mais différent, sociable mais solitaire... et on ne fait qu’imiter Valéry qui eut l’occasion de se définir ainsi... 

Sète Môle_Saint_Louis 2017  the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Auteur Christian Ferrer

Il n‘empêche, l’autre jour à Sète (mercredi 2 août 2017), face au môle Saint-Louis, au pied du cimetière marin où il repose, c’est un pays, un Sétois, un Paul Valéry proche, loin de la pompe de la capitale qui nous accueille. Au milieu du rond-point, les mots, le ton intime, à l’opposé d’autres, somptueux mais d’une froideur de pierre tombale, témoignent de l’amour insondable d’un enfant bien de « l’île singulière » pour notre mer glorieuse : 

« ...je remonte le long de la chaîne de ma vie, je la trouve attachée par son premier chaînon à quelqu'un de ces anneaux de fer qui sont scellés dans la pierre de nos quais. L'autre bout est dans mon cœur... » A lire, relire, méditer en laissant tout notre être s’en imprégner. 
Rond_point_Paul_Valéry 2018 the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Author Houss 2020