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vendredi 14 août 2026

« Un été de porcelaine... »

 Cinquante-et-une pages tournées depuis 1976, Mort Shuman (1) nous rappelait alors la puissance infinie de l'amour quand il veut vivre, en dépit des difficultés, des embûches, jusqu'à l'humiliation, parce qu'il se conjugue avec jeunesse ; en anglais puis en français, Mortimer chante « Save the last dance for me », « Garde-moi la dernière danse »... 
Et de là, au mal à expliquer « Un été de porcelaine », rien qu'un air, une idée venue évoquer ces temps, ces étés vécus sans nuages... avant, bien avant, longtemps avant... Il y a toujours un avant. 

Avant, les vols de martinets tournoyaient, denses, criards, faisant lever les yeux au ciel plus souvent que lors d'une éclipse de soleil. Avant, les chasseurs d'Afrique ne partaient pas avant le quinze août... Avant étaient les étés classiques, certes sans nuages même si l'orage ponctuel du 14 juillet puis au moins le mouillé du 15 août (2), étrangement calqués sur des fêtes du calendrier, ne perturbaient pas le plaisir des vacances... 

Un plaisir encore lié au sort imposé par la météo, fort vent de Cers, dit “ de Nord ”, chaud, puissant, faisant voler un sable à décaper la peau, rendant la mer froide d'un bleu profond pouvant durer, à en croire le dicton « trois, six, ou neuf jours ». 
Sinon, à l'évidence plus apprécié, moins commun, le « temps de mer », lorsque, au matin, le moteur des pêcheurs (la mer était généreuse) se fait entendre comme à côté, marquant l'imminence du Marin. La mer présente alors une palette matutinale de vastes taches lentement mouvantes bien que contiguës, de gris-bleus plus ou moins métallisés sinon plus bleus avec vaguelettes à risettes là où l'air venu du large s'engage déjà... le temps de mer faisant des vacances un séjour réussi. L'après-midi, par contre, le Marin tourne habituellement au vent d'Espagne, plus Sud-Est, aux vagues plus marquées bien que toujours agréables, bleu-vert, vert-bleu même. Ne reste plus alors qu'à questionner le crépuscule avec le vent qui se calme (3) : un “ vent du Nord ” léger, un couchant sans rougeoiement, le Canigou visible, peuvent ainsi en promettre autant pour le lendemain...  

Un été de porcelaine exacerbé par des vacances à la mer, les bals du soir aux slows si rapprochants, étés d'un âge à papillonner jusqu'à l'amour exclusif, où chaque hiatus vaut fêlure, chaque soupçon trahison, pour des cœurs, comme le chante Mort, qui chavirent, se déchaînent, balbutient avec la seule... une première fois sans pouvoir imaginer qu'elle reviendra avec une autre, dans la négation d'un sentiment forcément dégradé, sans ce goût unique car nouveau, ne pouvant pas imaginer que le temps vienne un jour tout aplanir, qu'au rapport enfiévré succédera au mieux un lien de tiédeur résultant des combats plus ou moins menés ensemble, les enfants trop vite grandis, enfin, temps de tendresse, de cendre froide à jamais suite à la braise d'instants trop brefs...   
Aujourd'hui, aux premiers jours d'août, le départ de nos quelques martinets inquiète lorsque ne nous restent que quelques hirondelles aux rares babillages. Si encore nos guêpiers attendaient un peu de n'être plus que nos chasseurs d'Afrique (encore entendus le 14 août), les crécerellettes même, partis ailleurs... et voilà quelques années que je n'entends plus l'apuput, la huppe... 
Les canicules à répétition nuisent-elles aussi aux cigales, tout comme les insecticides hélas, banalisés à l'échelle de l'Europe ? Les incendies foisonnent, l'eau du ciel ne veut plus tomber, les réserves marquent un déficit important, on ne sait pas mettre de côté les pluies de l'hiver... vivons l'été plutôt : la plage fait encore des heureux quand le Marin tempère l'excès de chaleur et que la baignade devenue tropicale fait oublier que la mer ne peut plus nous nourrir, par notre faute... Et est-ce qu'à l'image du peu qui reste d'oiseaux, des êtres se rencontrent-ils toujours pour un été de porcelaine ? 

Moi non plus, I have never forgotten that one summer you were mine, je n'ai jamais oublié que tu étais à moi cet été-là... L'été de porcelaine s'en vient rejoindre le sable abandonné : 

Joe_and_Jules_Dassin_1970_(cropped) 1970 Domaine public Author Agenzia Pitre, published in Bolero Teletutto Magazine

« Mais la mer est toujours bleue, comme si c'était un jeu, comme si l'amour durait toujours... » (1971, paroles Pierre Delanoé, musique Joe Dassin). 

Oui, Mort Shuman s'en est aussi allé rejoindre son ami Joe Dassin (1938-1980), parti plus tôt encore (41 ans)et moi, je n'ose plus aller à la mer, au devant de mes étés de porcelaine, de peur de n'en pouvoir reconstituer les éclats... 

MortimerShumanLelacmajeurR Source Vivonseureux! Éditions. Merci. 
   

(1) Mortimer Shuman (1938-1991), 52 ans, cancer du foie. Nous lui devons, enfin ceux de nos générations lui doivent : le Lac Majeur, Brooklyn by the sea en 1972, Papa tango Charly, Sorrow, Save the last dance, 1976, Un Été de Porcelaine 1979... 

(2) Le quinze août au bord de la Méditerranée voyait arriver un temps coutumier de Nord-Est, de vent Grec comme nous disions, chargé, contrairement au vent d'Espagne, de nuages lourds ; la période, sur le littoral, du “ coup de mer ” avec les campings, les pieds dans l'eau, au plus bas de la plage, sur le sable dur dit “ mouillé ”. Au village, déjà dans ce qui est considéré comme l'arrière-pays, vignerons et viticulteurs qui préparent la vendange, apprécient cette moiteur à faire gonfler les grappes, promesse d'une belle récolte à venir.   

(3) « Le vent se pose » disait alors, vers 1960, plus avant encore dans le temps, Paulou Romain (1917-2008), vieux garçon devant sa baraque de toile, chaque année sur la même butte de sable sec. Avec sa vieille maman (dite pas gentiment “ Marie croustet ”, les villageois n'étaient pas bisounours, car elle récupérait le pain dur pour la volaille) ils y passaient l'été. (On pourrait poursuivre sur ce personnage, patinant dans le sable sur sa grosse Terrot marron au retour de sa journée “ de longue ” à la vigne à l'intérieur des terres, le mégot toujours aux lèvres, les jumelles souvent à l'œil afin de suivre un cargo au large...). 

Note : quelques tubes de l'été suggérés, répondant, ces années-là, aux prémices puis aux premières émotions partagées... 

1965. Le Ciel le Soleil et la Mer, François Deguelt (1932-2014). 
        Aline, Christophe (1945-2020).
        Capri, c'est fini, Hervé Vilard (1946).
1966. Love me, please love me, Michel Polnareff (1944).
        La plage aux romantiques, Pascal Danel (1944-2024). 
        Les neiges du Kilimandjaro, Pascal Danel
1967. J'aime les filles, Jacques Dutronc (1943). 
        Âme câline, Michel Polnareff
1968. Siffler sur la colline, Joe Dassin (1938-1980).
        Rain and tears, Aphrodite's Chids
        Hey Jude, Les Beatles
1969. Que je t'aime, Johnny Hallyday (1943-2017). 
      Je t'aime moi non plus, Jane Birkin (1946-2023) et Serge Gainsbourg (1928-1991).
        Adieu jolie Candy, Jean-François Michaël (1946).
1971. The fool, Gilbert Montagné (1951).
        Pour un flirt, Michel Delpech (1946-2016). 
1972. Une belle histoire, Michel Fugain (1942). 
        San Francisco, Maxime Le Forestier (1949).
1973. La Maladie d'Amour, Michel Sardou (1947).         
        Lady Lay, Pierre Groscolas (1946). 
1975. L'été indien, Joe Dassin
        Les mots bleus, Christophe
        Le Sud, Nino Ferrer (1934-1998). 
1977. Ti amo, Umberto Tozzi (1952). 
1978. Nous, Hervé Vilard
        Viens, viens, Marie Laforêt (1939-2019).  

lundi 3 août 2026

« L'ALLEMAND », « MARCEL », « “ LE BEAU MONDE ”», Yves BONI (1932-2026)

 Yves, pêcheur du Golfe (XIII) : “ L’ALLEMAND”, “MARCEL”, “LE BEAU MONDE !” 

Réédition de l'article du dimanche 4 octobre 2015. 


Entre Saint-Pierre-la-Mer et Les-Cabanes-de-Fleury


“ L’ALLEMAND”. En été, à la traîne, dès 6 heures du matin, il y avait déjà 200 personnes qui badaient. Un a demandé s’il pouvait photographier et filmer. J’ai répondu qu’il n’y avait pas de problème... Pourquoi refuser à partir du moment qu’on ne te gêne pas dans ton travail ?
A la fin du bol, il a même demandé s’il me devait quelque chose. Quelle question !
Chaque année, il revenait, je me souvenais de lui et une fois, j'ai eu l’idée de lui demander ce qu’il faisait des films.
« C’est que les hivers sont très rigoureux en Allemagne et nous avons beaucoup de plaisir, en famille et avec les amis, à regarder ces beaux souvenirs de l’été, de la Méditerranée ! » 


Le bord de mer communal de Fleury-d'Aude ; au fond La Clape et Saint-Pierre. 

“MARCEL”. Quand j’étais aux Cabanes, j’étais copain avec Marcel, un type qui avait échoué de l’autre côté de l’Aude, dans une paillote entre la plage et l’embouchure.... Les gens laissaient entendre qu’il avait un passé louche ; ils ne l’aimaient pas ; il le leur rendait bien, mais moi il m’avait à la bonne ; il vivait surtout de chasse, de pêche, de braconne s’entend... Il savait y faire... Il portait des alouettes aux restaurateurs de Béziers ou des hirondelles à la place... va voir la différence, une fois plumées ! Il avait entrepris de m’apprendre la pêche à la ligne. Si tu savais tous les loups qu’il a pu prendre en remontant l’Aude. Boh, moi, je suivais sans trop profiter des leçons... tu comprends, quand tu as les bastets du maître-nageur (voir le premier épisode) et la peau déjà cuite par le sel, la canne et lou moulinet (en occitan ce “ t ” final se prononce), c’est pour les demoiselles. Par contre lui, je sais pas comment il faisait mais avec une carabène (un roseau) et un coton, il était fort... et il ne s’en cachait pas, au contraire même... Il avait le chic pour s’en aller ferrer, en deux temps trois mouvements, juste au nez d’un de ces beaux messieurs de la ville, avant de recommencer devant le suivant alors qu’eux ne prenaient rien ! Ils en étaient babas, je te dis que ça !..
Les gens l’aimaient pas... soi-disant qu’il avait tué un garde-chasse et qu’il était là parce qu’interdit de séjour... Va savoir...” 


Langoustines de la bouillabaisse. 


“LE BEAU MONDE !”. 

« Tu sais qu’on peut être bête, saes (1), quand tu penses que pendant des années, pour le 14 juillet et le 15 août, on a régalé du beau monde... Ah, parlons-en du gratin ! C’est ma tante qui invitait la bonne société de Mazamet mais c’est nous qui étions bons pour la bouillabaisse, depuis le matin !.. ma pauvre mère surtout, aux fourneaux, dès l’aurore ! Et pour des gens riches qui portaient même pas le pain ! Cal esse bestio, saes ! Il faut être bête, tu sais ! ». 

(1) contraction de sabes = “tu sais” du verbe saupre = savoir alors que le nom “savoir” se dit “saber”... sauf fausse interprétation de ma part...


jeudi 30 juillet 2026

Dorade, sardine, mélette... lèbre contre bidoche... Yves Boni (1932-2026)

Merci à ceux qui témoignent du caractère avenant toujours égal et du grand cœur d'Yves Boni (1932-2026), Pêcheur du Golfe. Dans la chance que j'ai eue de ces entretiens spontanés cet été là, de 2015, avec la lèbre, la bidoche, j'avais oublié la suite des dorades et encore les sardines “ entrant ” dans la mélette... 

Yves, pêcheur du Golfe (XII) « AVEC LA LÈBRE , TU AS DE LA BIDOCHE ! » (lundi 28 septembre 2015). 

« Yves, tu parlais des loups et des dorades... La dorade, justement, on n’en voit plus beaucoup alors qu’elle rentrait dans les étangs par bancs entiers... 

— Si, si, à Sète, ils sont toujours à "quicho-pourrit" (1), au bord du canal, quand elles sortent de Thau, à l’automne... Et en mer, ça revient, figure-toi. L’autre jour, il en a pêché une de 3 kilos et ils foutent des coups de filets avec 50-80-100 kilos. Maintenant, ils prennent aussi du merlan... A l’époque y en avait pas... Et une autre fois, que je te raconte avant d’oublier, ce fut une pêche “ monumentale ” : on était aux dernières villas de Narbonne-Plage et on voyait les sardines, à 100 mètres, qui poussaient dans la mélette (2)... 

Sardines, marché aux poissons du Vieux-Port à Marseille mai 2013 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Auteur Philippe Alès.

—... Les thons dans le maquereau, les maquereaux dans la sardine, les sardines dans la mélette...

— Et oui, l’éternel recommencement... Enfin, faut le dire vite ! En attendant, on va faire bol ! J’ai calé une maille, j’ai encerclé, on la voyait sauter, dis... On a eu 7,5 tonnes de sardines, et attends, il devait y en avoir le double sinon 20 tonnes mais j’ai levé les plombs pour ne pas crever le filet. Écoute, c’est pas compliqué, à 9 heures le soir, avec le mareyeur, on était encore à charger le camion. Aqui tabe, can sei annat per l’argent, là encore, quand je suis allé encaisser, il m’en a donné 2F 50 du kilo !

— Aujourd’hui, j’ai vu le maquereau à 6,90 euros.

— C’est qu’on mange plus du poisson comme avant, c’est devenu du luxe alors qu’avant les pauvres pouvaient se le payer et je te dis pas par chez nous, tout frais pêché...

— Et oui, quand l’appariteur annonçait Saborit sur la place avec lou bairat (le maquereau) de Las Cabanos !

— Tè, on avait beau dire que la viande était idéale pour les travailleurs de force, seuls les riches en mangeaient souvent... Tiens, tu parles de Fleury... Tu sais que j’étais bien avec Soldeville justement, le boucher... Ero un cassaire, c’était un chasseur et moi aussi j’ai eu chassé quand j’étais jeune aux Cabanes et quand je tuais le lièvre, Isidore, s’appelabo : « Isidore, on fait échange standard...

— Qu’est-ce que tu me proposes ?

— Et bé, voilà, je te propose (j’étais maquignon aussi...)... le lièvre il fait 4 kilos contre autant de bidoche ! 

— Ça marche qu’il répond le boucher ! Garde-moi les ! Tout ce que tu peux tuer, je prends ! 

Benjamin Rabier (1864-1939) de « La Vache qui Rit », du canard Gédéon, illustrant ici les Fables de La Fontaine, dont « Le_Lièvre_et_les_Grenouilles ». 

Ma mère était contente « tu as fait une bonne affaire » qu’elle m’a dit... Eh, faut se débrouiller ! Lui, je pouvais y compter. Une fois j’en ai eu trois de lièvres (3) ! Il venait, Isidore, aux Cabanes, il tournait même dans les campagnes...

Il avait une fille, qu’il la couvait comme la prunelle de ses yeux...

(1) littéralement : pressé, serré au point de pourrir comme le fruit du panier qui gâte les autres. 

(2) « Meleto, s. f., nom de divers petits poissons de mer qui ont une bande argentée sur les côtés ; argentine, joel athérine.../... PROV. « Per prene un toun, asardo uno meleto. »  Mistral / Trésor du Félibrige.
« melet » peis = sardinelle / « meleta » peis = sprat Dictionnaire occitan-français Arve Cassignac. 

(3) en occitan, “ lèbre, lèbro ” est du genre féminin. 

lundi 27 juillet 2026

Yves BONI, loup et dorade...

Avec Yves, c'est malheureusement le souvenir d'une mer nourricière, solidaire des humbles à petits moyens (et oui, dans les soixante ans en arrière, le temps passe, on ne se sent plus devenir vieux, on l'est devenu...). Aujourd'hui, pour ne prendre qu'une donnée, petites telles des anchois, les sardines coûtent autour de 10 € le kilo, et encore, en promo... Hors de prix, le poisson noble est devenu un produit de riche. Pour le reste, à force d'en faire des farines jusqu'à en nourrir les vaches, les racleurs des océans des fonds marins ne laissent que mort et désolation derrière leurs filets et pour les petits pêcheurs n'y étant pour rien et à qui il ne reste que les yeux pour pleurer... 

Yves, pêcheur du Golfe : LES COUPS DE TRAÎNE. (XI) / Fleury, Golfe du Lion

Yves Boni, sous sa figuière de Saint-Pierre-la-Mer : 

« Quand on faisait des coups de traîne à 10, 12 mailles, j’ai eu porté de 2 à 300 kilos de rougets quand même ! Y avait de tout, des demoiselles, des maquereaux, ils faisaient des sous et moi j’étais payé avec un lance-pierre, je débutais... Pendant une paire d’années, j’étais pas payé : il fallait apprendre, on était matelots et ils en profitaient. 

La vente du poisson : une fois j’ai fait un gros coup, té, en face de chez toi, à droite du poste... Eh bé, c’était pour la fête de Sète, oui pour la Saint-Louis ; là j’avais que des copains : on fait un bol on en a eu une quinzaine, 20 kilos, des loups, et des beaux, de belles portions de 2-3 kilos. 


Moronidae_Dicentrarchus_labrax aquarium Kiel 2012 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author NasserHalaweh.

On remet le filet dans la barque. Un me dit « On pourrait faire un bol de l’autre côté, Marc y est allé, y a un trou, il pourrait y avoir quelques loups ! ». Allons-y, c’était tout près, on calait à 300 mètres. On va, on cale, je te dis pas : 350 kilos de loups et des pièces de 3-4 kilos !

— Qu’est-ce qu’ils peuvent manger si regroupés ?

— J’en sais rien, c’était dix, douze ans avant que j’achève, alors entre 1980 et 1982. E aro, per vendre aco ? (Et maintenant, pour vendre ça ?) Je me débrouillais, j’avais des ramifications, je servais des restos à Port-Vendres et personne n’en voulait ! Jusqu’à Monaco, Nice, Marseille ! “ Couchanlegi ” est venu le chercher : y en avait 320 kilos sans compter ce que les copains ont pris... Quand y’a du poisson, faut pas faire le radin.

Je suis allé encaisser trois jours après, j’en ai eu péniblement 12 euros... pardon c’était en francs ! Que dalle quoi ! Ils sont durs en affaires et c’est pire chez nous... A cette époque le loup se vendait  entre 25 et 30 Francs parce que, à Sète, dans l’Hérault le poisson s’est toujours mieux vendu que dans l’Aude, toujours beaucoup plus payé qu’à La Nouvelle ! Au lieu de 8-10 ici, là bas 12- 15... L’océan vient le chercher, la Côte-d’Azur qui arrive, les Italianos. 

— Et dans les PO ?     

— C’est pareil que dans l’Aude, les mêmes types et maintenant à La Nouvelle, n’en parlons pas, c’est géré par les copains des copains de la chambre de commerce... Attendi (attends), il y a quelques temps, une paire d’années, le jeune avait pêché une dorade de 4-5 kilos, ils n’ont pas pu la vendre mais ils ne l’ont pas retrouvée la dorade... elle avait fait des petits... ça n’avait pas traîné ! »  (publié dimanche 27 septembre 2015). 


Sparus_aurata.Dourada Dorades 2006 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.5 Spain license. Autor Luis Miguel Bugallo Sanchez

mercredi 22 juillet 2026

Yves pêcheur du golfe / LES TORTUES (X)

Du 24 sept. 2015. (il est possible que les sites de renvoi ne soient plus disponibles, ce qui arrive). 

HÔTES RARES ET ÉTONNANTS : LES TORTUES...

(Le pêcheur du Golfe Xème tableau)
Le 14 juillet 1949, Yves le pêcheur a directement participé à la prise d’une tortue « avec des dents énormes », en face de Port-La-Nouvelle. Il ne faut pas s’étonner si des animaux pouvant atteindre 900 kilos ont été décrits périodiquement comme monstrueux (1). Et Yves n’exagère pas plus que Wikipédia : «... Sur le bec supérieur, on peut observer une pointe médiane très marquée entourée de deux grandes encoches. L'intérieur de la bouche est occupé par une multitude de cônes, utilisés aussi bien pour l'oxygénation que l'alimentation... /...Les tortues n'ayant pas de dents et les méduses étant difficiles à déchiqueter, les scientifiques se sont demandé comment les tortues luth pouvaient s'alimenter avec ces animaux. On a découvert que l'œsophage de la tortue luth, tapissé d'épines, avait pour fonction le dépeçage des proies...»

En un peu plus de quatre siècles, sur les côtes françaises de la Méditerranée, Corse comprise, seules 30 captures ou observations de tortues luth ont laissé une trace. La moitié provient du Golfe du Lion formé surtout de plages sableuses. Le tiers de ces comptes-rendus concerne la portion de côte entre Sète et Palavas-les-Flots. On ne peut rien en déduire, le premier témoignage sur sa présence daterait-il de 1588 ! Est-ce que ce sont des tortues luth traversant l’Atlantique et passant le seuil de Gibraltar ? Sont-elles issues de pontes en Méditerranée, seraient-elles rarissimes ? 

http://www.seaturtle.org/pdf/ocr/OliverG_1986_VieMilieu.pdf

D’après Wikipédia «... De nombreux lieux de ponte autrefois fréquentés par les tortues luth ne le sont presque plus ou plus du tout, comme la Sicile, la Turquie, la Libye ou Israël...»

Il n’empêche que la fréquentation de nos côtes est confirmée :
«... En France, plusieurs espèces de tortues marines peuvent être observées. D'observation très rare en mer, elles sont pourtant observées mortes dans les filets de pêche (Tortue luth plus particulièrement) ou occasionnellement échouées sur nos côtes...»

http://batrachos.free.fr/tortuesaq.htm

Dermochelys_coriacea, 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Source Em_torno_de_400k._(2905467579) Author Andréa Farias Farias

Pour la période sur laquelle a témoigné Yves (voir les épisodes sur “le pêcheur du Golfe”), les cinq pages de la communication de Guy Oliver font état, de trois captures :

* Le 17 août 1949, un mâle de 2 mètres et 350 kilos a été pris par la barque “Idéal", appartenant à M. L. Molle, à 6 milles au large de Maguelonne (Hérault) (Harant, 1949).

* le 9 septembre 1950, une femelle de 2.01 m. et de 350 à 400 kilos a été prise dans les filets à thons de M. Étienne Rossie, au large de La Nouvelle (Aude) (Petit, 1951).

* Le 21 août 1955, un mâle de 2.14 m. pour environ 300 kilos a été pris encore au large de La Nouvelle (Harant 1956).
http://www.seaturtle.org/pdf/ocr/OliverG_1986_VieMilieu.pdf

En 1951, le professeur Petit précisait, à propos de la prise d’une tortue luth à La Nouvelle : : « en raison de la rareté (...) toute capture avec au minimum l’indication de date, des dimensions de l’animal et du sexe, mérite d’être signalée. » (PETIT G. 1951. Capture d’une tortue luth à La Nouvelle (Aude) Vie Milieu 2 / 154- 155). 

La tortue luth est protégée par des conventions internationales, et en France, depuis 1991... En France, justement, la portée de cette protection est malheureusement affaiblie au prétexte que les données sont insuffisantes... Comme s’il ne suffisait pas de convenir que cette alliée contre les méduses contribue au maintien des poissons, en tant que ressource planétaire ! Ah la logique française confinant à la bêtise ! Agaçant, non ?

(1) le fond des histoires de régalec, ce roi des harengs parfois assimilé au serpent de mer, ou de calmar géant, liées aux soirées arrosées des marins en escale (aussi pour dissuader les concurrents de cingler vers les mêmes destinations), correspond bien à une réalité (voir aussi Jules Verne).


Giant_Oarfish regalec trouvé au large de San Diego 1996 Domaine Public Author Wm. Leo Smith


Calmar colossal 2009 under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license Author Citron CC BY-SA 3

samedi 21 février 2026

La Pêche à la Traîne aux Cabanes-de-Fleury (7.1)

Ça ne va plus traîner, dans tous les sens du terme puisqu'il n'y a plus rien à traîner (1) dans le Golfe du Lion (2) si riche par le passé pour son plateau continental étendu (ainsi que les canyons donnant sur les profondeurs). Pollutions, dérèglement(s) climatique(s), chaîne alimentaire perturbée (déficit de zooplancton), surpêche, autant de raisons, certainement, qui, sans donner dans la technicité scientifique, laissent le résident lambda du Golfe constater la fin de l'abondance du poisson bleu peu cher, anchois, sardine, maquereau, celle aussi, par exemple, de l'anguille, par le passé, objet d'une exportation avantageuse, et partant, tant à la mer que dans les étangs, la forte diminution du nombre de pêcheurs. 

« Avant », comme on dit, le soupir de nostalgie allant avec... et oui, c'est comme ça avec les vieux, un peu rasoirs, lassant des plus jeunes pas loin de leur manquer de respect parfois... en attendant, de quoi méditer sur “ le progrès ”, la course au “ toujours plus ” qui ne peut que précipiter dans le mur... 

Carte Postale ancienne.

En 1941, dans le cadre de « La pêche sur le littoral audois » un numéro de la revue Folklore (voir les précédents articles), Henri Bourjade de chez nous, intervient dans le chapitre de la pêche à la traîne, une entremise ne manquant pas de lyrisme... 

« Voici comment on procède pour placer la traîne ; au lever du jour, le filet étant arrimé au fond d'une nacelle, l'équipage déborde et s'éloigne du rivage perpendiculairement à lui. Un des bouts de la maille a été fixé sur la plage. Le patron, debout à l'arrière, jette de larges brassées de mailles (100 mètres chacune JFD) au fur et à mesure que la barque s'éloigne. On jette ainsi trois, quatre mailles, souvent davantage suivant la distance à laquelle on veut placer le filet. En pratique les mailles ont été préparées à l'avance, nouées l'une à l'autre, la dernière au filet par un bout de bois ayant sa hauteur et destiné à le maintenir déployé. A son extrémité la traîne ne dépasse pas un mètre de hauteur. Arrivé au filet le patron fait virer de bord, l'axe de marche, qui était perpendiculaire au rivage, lui devient parallèle. Le filet est alors jeté à la mer opération délicate surtout quand on arrive à la poche et dont le succès dépend de la manière dont il a été arrimé dans la barque. Cette manœuvre s'effectue toujours vent arrière ou de côté. Lorsque tout le filet est immergé, la barque est dirigée vers la rive, en jetant derrière soi une nouvelle série de mailles dont un des bouts est attaché au filet. En pratique, cette pêche devant se faire exclusivement par vent de cers la barque dérive toujours vers le large pendant que le patron jette le filet, de sorte qu'il est prudent de prévoir davantage de corde pour rentrer que pour sortir, l'extrémité du filet, larguée la dernière étant plus éloignée du rivage que celle qui a été jetée à l'eau la première; une maille de plus est parfois nécessaire. Une fois rentrés à terre, divisés en deux équipes, les pêcheurs halent sur les deux mailles; la traîne tirée à ses deux extrémités, prend la forme d'un fer à cheval qui va en s'amincissant, emprisonnant le poisson qui se trouvait dans ses parages et qui glisse peu à peu vers la poche où il croit trouver une issue. Mais toutes les mailles ont été halées, le filet commence à s'amonceler sur la plage; dans l'eau jusqu'au ventre, le patron conduit de la main et de son pied nu le filet que l'équipe tire doucement; dans l'espace à chaque instant plus resserré, cerné par la traîne, un grouillement continu indique que la prise est bonne; une masse indécise, floconneuse, aux reflets argentés, s'agite, cherche une issue, trépigne sur place. Un débrouillard, c'est un muge, d'un coup de rein puissant, franchit le filet, jalonné de flotteurs, tandis que, se croyant plus astucieux, un loup vient de s'enterrer dans le sable, espérant ainsi laisser passer sur son large dos la corde plombée qui tient la base du filet; trop tard, trahi par son armure d'argent, il a été aperçu d'un pêcheur qui entre résolument à l'eau, fouille le sable un instant et se redresse tenant à deux mains le magnifique poisson dont les soubresauts désespérés ne parviennent pas à faire lâcher prise et qu'il lance pantelant sur la plage. D'un ultime effort, l'équipe hisse sur la rive l'entrée de la poche dont l'extrémité se laisse encore lécher par les dernières vagues, comme si elle ne pouvait se décider à abandonner l'eau, la poche, longue manche noirâtre, sorte de trompe dont quelque animal apocalyptique aurait été mutilé, se soulève de mouvements spasmodiques et vibre du bruissement de myriades d'écailles. Le patron la vide d'un seul coup, faisant ruisseler sur le sable je ne sais quelle cassette d'Ali-Baba, quels trésors de mille et une nuits, rutilants aux jeunes éclats du soleil. Les innombrables badauds se bousculent, s'écartent, difficilement maintenus par les hommes de l'équipe, voulant contempler de plus près cet amas étincelant ; un baigneur nu-pieds, qui vient de marcher sur une aiguille, pousse un cri perçant, tandis que le patron lance un juron à l'adresse d'un gamin pouilleux et agile qui, rampant entre les curieux, vient d'avancer prestement la main entre ses jambes et repart, tenant à la main un magnifique maquereau. »  

Même médiocre, un schéma peut-il valoir un long discours ?
1. Avec un préposé au filet laissant partir à l'eau le cordage, le rameur éloigne la bette du rivage.
2. Au bout du nombre de mailles prévu, la bette se met à longer parallèlement le rivage afin de caler le filet.
3. arrivé au bout du filet, le préposé déroule les mailles de retour alors que le rameur regagne le bord.
4. tirant symétriquement les cordages, les pêcheurs ramènent le filet et la poche qui retient les poissons prisonniers.

(1) Et ce chalutage, ce raclage destructeur du petit matin non loin de la plage, qu'on constate parfois (Saint-Pierre-la Mer), est-il légal ? 

(2) Dans l'article « Golfe du Lion », merci à Wikipedia de revenir sur des allégations “ d'estrangers ” à la région (météo, journalistes...), niant le Cers afin de promouvoir une tramontane universelle et pour qui le Sud en tant que tel n'existe pas ! 

« [ ...] le golfe du Lion présente localement des particularités météorologiques notamment dues à la présence d'un climat spécifiquement venteux dont deux régimes de vents régionaux, vents de terre tels le Mistral, le Cers (de couloir) d'une part et la Tramontane catabatique. Ces deux classes de vents ont une cause météorologique en partage, à savoir la circulation d'une haute vers une basse pression méditerranéenne. Le Mistral et le Cers suivent les couloirs du Rhône pour le premier, de l'Aude pour le second (on retrouve le Cers, dans les mêmes conditions, avec le fleuve Èbre en Catalogne). La Tramontane descend de la bordure du Massif-Central ou succède au Cers depuis les Corbières vers la Plaine du Roussillon... »

Catabatique, macarel, la Tramontane ! 

Note : Une vidéo INA pour voir une pêche à la traîne encore traditionnelle... en 1969... 

Les pêcheurs à la traîne de Palavas - Rivages Héraultais


mardi 3 février 2026

Son ENFANCE l'appelle (6) un monde perdu...

« Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées, 
Sur elles sont venues s'inscrire, impitoyables, 
De nombreuses années... » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Après Saint-Pierre-la Mer, Les-Cabanes-de-Fleury, nos plages qui, suite à l'enfance, appellent encore pour l'adolescence, la jeunesse et ses nuits d'été, le début de l'âge adulte, qui ont suivi, puis l'âge mûr et à présent le final, après le parfum de l'Atlantique, il doit se retenir de ne pas embrayer sur l'Océan Indien, ce serait hors sujet. 

Zostère, une algue très fournie surtout dans les étangs, comme à l'Ayrolle. Formant des tapis, elle était ramassée et séchée pour confectionner des matelas d'enfant notamment. 

Et là, à évoquer d'un trait le temps qui a défilé sur sa plage de toujours, au bout de l'Aude, d'un coup, il réalise les bouleversements subis par la mer et le rivage. De nos jours c'est à peine si quelques coquillages jonchent le sable suite à une période de fortes vagues. Si elles sont le reflet de ce qui vit dans le Golfe, c'est bien triste. Il n'en savait pas les noms, faute de spécialiste érudit, peut-être aussi parce que terriennes avant tout, nos populations n'occupèrent ce milieu que tard, rebutées par la malaria (1), et ne venant d'abord que lors de campements à l'occasion de campagnes de pêche. Plus d'aegagropyle de Posidonie (pelote, boule roulée d'algues), plus de Zostère, plus de Cymodocée, plus de fucus avec sa grappe d'œufs de seiche aux airs de seins d'Africaines, plus de petite boîte rectangulaire avec ses crochets aux quatre coins qu'on doit à la raie, plus de moules arrachées aux rochers, parfois un hippocampe. Il a du mal à revisiter les tréfonds de la mémoire. Même sans personne pour l'initier à ce vocabulaire, à ces connaissances... entre nous, personne non plus au village pour lui apprendre les noms des plantes, tant salades sauvages que médicinales... la famille faut bien l'accepter telle qu'elle est et faire son miel du peu d'attachement transmis et de tout ce qu'on peut bien butiner en dehors. 

Mactre_coralline_(Mactra_Stultorum)_(Ifremer_00704-81605_-_34395) under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteure Luisa Metral Ifremer.
Mactra stultorum est un molusque bivalve marin de la famille des Mactridae, péché au cours de la campagne NOURMED19, dans le Golfe du Lion en Méditerranée. Sa taille et de 5 cm maximum 6 cm, ses valves sont fines et brillantes. Des lignes de croissance concentriques et des lignes rayonnantes du sommet proche de la charnière jusqu'au bord de la valve. Sa couleur est beige claire parfois avec des reliefs violacés. L'intérieur de la coque est blanc. On le trouve sur des fonds sableux aussi bien en Méditerranée, Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord.  (Ifremer)

Ah oui ! maintenant qu'elle se montre bien sûr qu'il la reconnaît ! 

Argopecten_purpuratus_(purple_scallop) under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. author James St. John. 


Bucarde_épineuse_(Acanthocardia_aculeata)_(Ifremer) under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteur Olivier Dugomay...
Bucarde épineuse (Acanthocardia aculeata) photographiée dans les eaux de Bretagne. Ce mollusque bivalve est habituel de la Mer Méditerranée et de l'Atlantique Nord-Est, où il vit enfoui dans le sable des zones infra et circalittorales. La bucarde épineuse mesure en moyenne 7 cm, allant toutefois jusqu'à 10 cm dans certains cas. Ses siphons, qu'elle laisse dépasser lorsqu'enfouie dans le sable, lui permettent de se nourrir de phytoplancton et particules en suspension.
Ah oui, de celles pour les robes bouffantes des poupées de coquillages proposées en souvenir. 

Et toutes ces coquilles aux noms inconnus : blanches, roses, jaunâtres, violettes, grises, striées de brun : Donaces, Mactres, Vénus et Vernis, Cardiums, Bucardes, Pétales de rose, Nucule, Arches (de Noé ou tétragonale, ou barbue)... On ne reconnait que les Pétoncles, les papillons des tenilles (Tellines), les couteaux au nom générique et dont les variétés, le Sabre mis à part, échappent aussi comme ceux d'autres Ensis ou le Solénocurte... Nombreuses sont celles qui présentent un petit trou... sous l'eau aussi c'est manger ou être mangé... Est-ce dû à un escargot foreur ? la Clione nous dit le guide d'Harant et Jarry, qui est une « éponge perforante ». 

 Aporrhais_pespelecani Pied-de-Pélican de Méditerranée under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author H. Zell

Anémones_de_mer_(Hormathia_coronata)_fermées,_sur_des_Turitelles_(Ifremer) under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteure Luisa Metral... ces anémones au même orifice pour la bouche et l'anus se collent-elles sur les escargots pour les manger ? 

Encore des noms inconnus pour les gastéropodes. Citons seulement à propos de ceux connus de visu, la Turritelle au cône pointu, le Pied-de-Pélican à l'ouverture étoilée, parfois un Murex jadis apprécié avec un aïoli... C'est fou la variété de fruits de mer vendus alors... À Saint-Pierre, en plus des moules communément, des huîtres occasionnellement, plus fréquentes que les Violets (2), plus abordables que les huîtres, on pouvait se régaler de clovisses (3).      

Et dans la mer indissociable de la plage, comment ne pas penser à tout un monde aujourd'hui à peine survivant de tenilles, sinon, disparu avec les Crabes verts (peut-être dits « enragés »), les petits crabes nageurs,  vives, bernard-l'ermite. Ah ! la pêche au tenillier ! de quoi cuire, en plus des tenilles, des soupes goûteuses, encore dans les années 70 aux Cabanes, quand il fallait surveiller le petit qui mettait les mégots à la bouche, quand il plantait les roseaux de sa véranda devant la tente (et ses cabinets) plus loin au pied de la dune.  

(1) littéralement le mauvais air. Donc le paludisme qui longtemps empêcha l'installation définitive (et Gruissan, pourtant ?). Ce n'est pas pour autant que les étangs ne faisaient pas l'objet de visites répétées dès la préhistoire pour les ressources possibles : toute une variété de poissons (anguilles, loups, dorades, juels, plies, muges...), les coquillages, palourdes, les lustres (huître plate indigène), les besourdes (petites coques), les tenilles. 

(2) ou Biju, Microcosmus sulcatus, un Cordé du groupe des Tuniciers, riche en iode et manganèse. Les clovisses venaient sûrement de l'Étang-de-Thau. 

(3) éventuellement, pour les clovisses trop souvent confondues avec les palourdes alors que le prix fait déjà la différence, voir sur ce même blog : 

Partager le Voyage: Fleury en Languedoc / L'AFFAIRE DES PALOURDES ET DES CLOVISSES... 

Partager le Voyage: Fleury sur le Golfe du Lion / L'AFFAIRE DES PALOURDES ET DES CLOVISSES (2).

Partager le Voyage: Fleury sur le Golfe du Lion / CLOVISSES OU PALOURDES ? QUELLE AFFAIRE ! (3). 

Partager le Voyage: Fleury sur le golfe du Lion / DES PALOURDES ET DES CLOVISSES, QUELLE HISTOIRE ! (4).

Partager le Voyage: Fleury Golfe du Lion / ÉTANG DE THAU, ENCORE DES COQUILLES (5). 

Partager le Voyage: Fleury en Occitanie / AMOUR DE JEUNESSE ET ARCÈLLIS. (HOMMAGE Á PAUL ARÈNE).

Partager le Voyage: 6. THAU des HUÎTRES.

 Partager le Voyage: L’ÉTANG de BERRE.    

Sources : 

« Guide du Naturaliste dans le Midi de la France », 1. La mer, le littoral, Delachaux et Niestlé, 1961, réédition de 1983, Harant et Jarry. 

Canton de Coursan, Vilatges al pais, 2000. 


samedi 4 janvier 2025

SUD, un certain cachet !

En attendant de pouvoir faire le tour des amis (que serions nous sans les autres ?), une bonne année depuis nos paysages de garrigue, de plaine, de petite Camargue et de mer.

Étonnant comme notre atmosphère sudiste marque positivement le moral de la France entière, pour preuve, à la télé (et cela s'est déjà produit en période de fêtes !), le troisième volet des Souvenirs d'Enfance de Marcel Pagnol (rediffusion internet sur France 3 jusqu'au 9 janvier !). Avec « Le Temps des Secrets », comment ne pas réaliser combien le paysage, le cadre, nous sont familiers ne serait-ce que pour la garrigue puisque, plus “ chanceux ” que Marcel et les siens, nous profitons en prime de la mer, du delta, du fleuve et sa plaine ? Enfin, personne ne saurait contester les liens, botanique, climatique, jusqu'à familial, propres à notre pourtour méditerranéen du Golfe du Lion.






 

mardi 5 novembre 2024

Un LANGUEDOC FLEUR d'AMANDIER. Présentation suite.

À l'occasion d'un concours littéraire, la présentation d'un projet en quatre volets, un par saison, SUD, C'EST ÇA ! pour l'hiver. Les amandiers en fleur, toujours fidèles, reviendront donner à réfléchir sur nos turpitudes.    

2 novembre Mot imposé du concours à intégrer : « cavalcade » 

Le massif de l'Espinouse, les Cévennes, qui, tout en haut de l'amphithéâtre languedocien surveillent toujours ce qui pourrait arriver de la mer même si force est de chercher une continuité aujourd'hui, entre la menace des Barbaresques d'antan, autrement sinistre qu'une cavalcade de la Mi-Carême, l'islamisme ambiant, l'afflux des migrants. 
Le mariage, par le passé longtemps « chambre à part » entre l'Homme et la mer, concernant les populations littorales éloignées par la malaria, la curiosité de l'ailleurs alors que la survie n'est plus en jeu ; lié à cette géographie du tendre, le souvenir respectueux des grands esprits marquant la culture de tous, celui des temps heureux d'une mer généreuse à l'infini, une poule aux œufs d'or tuée par une cupidité qui nous tuera à terme. Est-ce que le fric ça se mange ?.. 

Vendanges, alen- ou arencades à Majorque Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Author Friedrch Haag

3 novembre mot « emberlificoter » 

Dire que les maquereaux qui approchaient les côtes par bancs et que pêcheurs et mareyeurs, loin d'emberlificoter la ménagère, avaient du mal à écouler, au prix le plus bas, tout au long d'une ribambelle de villages à l'intérieur des terres, doivent mesurer 18 cm pour être prélevés, un coin de la nageoire caudale découpée, sous peine de contravention : taille minimale aussi pour les anchois, les sardines, ces poissons bleus qui apportaient un complément inestimable, de même que le thon rouge, assez fréquent dans nos assiettes alors... 2,5 cm pour la tenille  (telline, haricot de mer suivant l'endroit), les grosses de 4 cm étant rares, celles de 5 exceptionnelles, du moins au bord, pour une pêche de loisir tranquille, basique, sans combinaison isolante ; un coquillage si abondant alors, jusque les années 70, sans restrictions... Aujourd'hui, une grosse poignée suffirait, manière de marquer la saison, de ne pas oublier le goût unique de ce bivalve familier et de tous les souvenirs qui vont avec...