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vendredi 13 mars 2026

PANFILO et sa jument MAGLORIO (2)

 PANFILO et sa jument MAGLORIO. 

Beaucoup de monde à Limoux (1) en cette veille de Noël, dans les auberges, les boutiques. Descendu de sa montagne, Panfilo propose du maïs, des chapons, des canards gras et leurs foies. En échange des sous gagnés, cette fois, il remontera avec de bonnes choses, des gourmandises. 

Place_du_Presbytere Limoux 2022 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Krystof Golik

STOP : et là l'adulte qui, quitte à outrepasser le monde magique des gosses, aime les histoires encrées de réalisme, en accord avec la géographie, se demande si en repartant même en tout début d'après-midi, l'attelage peut parcourir d'un trait, les 43 voire les 44 kilomètres (2), par Rennes-les-Bains ou Campagne-sur-Aude. Peu chargée, sans tenir compte du dénivelé (Limoux 170 m., Parahou-le-Petit 680 m.), la jument étant capable d'aligner 5 kilomètres par heure, c'est possible, faisons confiance à André... ils arriveront entre neuf et dix heures de la nuit. 

Rènnas_le_Castèlh, château 2006 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Auteur Micaco

L'auteur évoque la voie romaine entre Rennes-le-Château et la maison de Panfilo, seulement parce qu'il aime sa géographie, cet itinéraire faisant monter notre équipe à plus de 800 mètres d'altitude et qu'en prime, encore dans la vallée de l'Aude, les premiers flocons se mettaient à valser. 

Il nous met dans l'ambiance, André, d'une époque encore sensible aux légendes sinon vieilles histoires sur fond de faits parfois authentiques. Et moi, du coup, je n'attends pas de me retrouver chez Panfilo, devant le feu de cheminée, pour m'en frotter les mains. 

D'abord, on dirait que l'auteur a des racines dans les Hautes Corbières, il parle de lieux plus que locaux, qui ne figurent même pas sur la carte d'État-Major, que seuls les originaires connaissent. Il parle d'histoires qui se racontent et se transmettent seulement dans le coin, celle du cercueil au milieu de la route bloquant la jument et qui, une fois remis en place, lui révèle en languedocien « as pla faït sinon éres mort ! » (tu as bien fait sinon tu étais mort). Plus loin, ce sont des chaînes de revenants puis le pays aussi mystérieux que hanté du « Trauc de la Reilha », un plateau truffé de gouffres il se peut... Pas le moindre indice sur la carte... ce n'est pas plus mal ainsi : s'ouvrir à l'imaginaire ce n'est pas rester sur sa faim... Des chaînes pour un voisin malfaisant en chemise blanche, embroché par la fourche d'un veuf croyant au fantôme de sa femme venant le hanter. « Si te tourni portar al cementeri, tournaras pas ! » (Si je te porte à nouveau au cimetière, tu ne reviendras pas !), la phrase, trame de l'histoire, passe de génération en génération. 

La mort semble plus présente que de nos jours : pendant la guerre de 14-18, le menuisier de Bugarach et le curé étant mobilisés, c'est un jeune séminariste qui apporta les derniers sacrements au défunt enterré dans une caisse à jambons de dépannage...   (à suivre)

(1) malgré les aléas (guerres, peste, choléra, inondations) une ville historiquement prospère de ses manufactures de drap, de cuir, d'une meunerie florissante dont le célèbre carnaval témoigne chaque hiver.  

(2) avec la rentrée de la vendange, nous reviendrons sur les efforts aussi formidables que spontanés des chevaux de travail. 

Il était une fois « PANFILO et MAGLORIO » (1)

 Ce ne sont pas nos gens qui auraient l'idée d'appeler leur jument « Uva de Bel Air »... mais ce ne peut être que positif  de suivre les origines et pédigrées de nos compagnons animaux, avec la place particulière tenue par les haras nationaux (1) concernant les équidés (n'oublions pas les ânes et les mules). Serait-ce par un signe ostentatoire de noblesse, la caste à particule ayant traditionnellement trouvé refuge sous l'uniforme républicain, ce souci permet de contrôler la pureté de race, la lignée des sélections via les chromosomes, la généalogie. Dans notre Midi devenu viticole au cours du XIXème siècle, quels critères incitent le vigneron vers une race de chevaux de trait plutôt qu'une autre ? 

Une idée du relief que la simplification a résumé en « Corbières » (en violacé les hauteurs supérieures à 700 mètres d'altitude. 

Et, dans nos confins montagneux, l'Aude formant un département formidable entre mer et montagne, aux climats si différenciés, à fixer de la loupe le cours du St-Bertrand en bas des mille mètres des Crêtes d'Al Pouil et de la Forêt des Fanges, pour quel cheval Panfilo a-t-il opté, s'agissant de Maglorio, sa jument ? Cette histoire, nous la devons à André Galaup (1938 -.2021) (2). Vieux bonhomme que je suis, je me la suis laissé conter  comme j'aurais tant aimé l'entendre petit sauf que ma famille manquait terriblement de ces attentions, de cette tendresse là... Pas grave quand on veut garder en soi l'enfant qu'on était s'appropriant, pour compenser, tout ce que les grands ne voulaient pas donner. 

Oui, comme quand j'étais gosse, avec les parts de rêves et l'exotisme à portée, j'aime qu'il me raconte cette histoire, afin de la parcourir ensuite, la relire aussi sans la crainte d'avoir à me corriger des raccourcis trop hâtifs. Merci monsieur Galaup d'avoir transmis, partagé, de l'avoir mise en mots aussi bien qu'en images à partir du moment où chacun se fait son film... 

Chipilly monument au cheval blessé (58e division britannique) 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author APictche

(1) à propos de chevaux, on parle de stud-book et pour une fois, je n'irai pas chercher un équivalent en français,  pour ne pas dire franchouillard, seulement eu égard à une donnée, à savoir que lors de la Grande Guerre, le cheval si indispensable a toujours été mieux considéré et traité chez les Anglais que chez nous et du côté allemand (plus de vétérinaires entre autres critères de respect et reconnaissance)... Pensée également vers la sculpture de Chipilly dans la Somme : le monument aux morts (1922) montre un artilleur britannique tenant dans ses bras la tête de son cheval agonisant... L'œuvre d'Henri-Désiré Gauquié (1858 - 1927), rendant hommage à tous les chevaux victimes, est considérée comme l'un des monuments commémoratifs les plus émouvants du département. Ce monument commémore les combats livrés par la 58ᵉ division britannique dans ce secteur, les 8 et 9 août 1918, pendant la bataille d'Amiens et qui ont permis la libération de Chipilly. 

(2) ancien du Midi-Libre, André Galaup de Limoux a écrit plusieurs ouvrages sur les mystères de Rennes-le-Château, les abbayes du Razès... 

mercredi 11 mars 2026

Il s'appelait Péchard, c'était un bon cheval...

Oh que je regrette de ne pas en savoir davantage sur le brave percheron de Bompas rescapé d'une guerre de 14-18 tueuse d'hommes et de chevaux ! Le nom au moins de ce brave animal retrouvant son chez lui sans marquer le moindre signe de rancune ! Ces quelques belles histoires qui nous sont données (qui s'offrent à ceux qui veulent les trouver...), c'est heureux quand même. 

Avant de revenir au village, les idées nous emportent le long de l'Aude, le fleuve, “ notre ” rivière, superbe exception liant les neiges des Pyrénées au frisottis du Golfe du Lion, littéralement « des étangs », dans ce que les Hommes ont nommé un peu hâtivement « Haute-Vallée » s'agissant d'un cours plutôt moyen. Avant de revenir au village, partons comme pour un plus, par certain côté, de circonstance, au précieux travail sur l'Aude département par « Roger Bels, instituteur » (1921 ?- 2001 ? Carcassonne ?) (1) (j'aime trop la belle et modeste mise en lumière de ce seul mot « instituteur » ! ). 

Dessin d'après photo. 


L'empreinte de Limoux marque cette moyenne vallée tout comme celle du Carnaval signale la sous-préfecture (2). Longtemps, un cheval de trait a défilé avec le char du mannequin promis au bûcher sinon lors d'une victoire des treizistes... Il s'appelait Péchard, il travaillait les vignes d'Henri Santistèbe. Tous les Limouxins le connaissaient le cheval s'arrêtant seul au feu rouge avec le vigneron endormi. Péchard et le Pont Vieux, un sujet qui a inspiré Georges Coroir, le coiffeur-barbier de la rue Jean Jaurès, peintre amateur aussi, à l'huile ou à la plume de bécasse... 

Lorsque Henri Santistèbe (1915-1997) fut hospitalisé, veille de la retraite, Georges Coroir, porte-parole en quelque sorte de toute une population émue de la fin toute tracée du cheval, eut l'idée d'associer le cru Limoux pour une fin de vie digne du cheval à partir d'une carte postale tirée de son tableau. 

Carte postale d'après le tableau de Georges Coroir (1993).  


Au moins 3200 exemplaires se vendirent dans 27 pays différents. Passée de star mondiale à la défense des animaux, Brigitte Bardot prit fait et cause pour l'animal. Non loin de Limoux, le domaine de Ninaute soulagea les rhumatismes du vieux cheval en pension. 

Péchard dans son enclos de retraité. Photo Georges Coroir. 


Péchard mourut le 18 avril 1994 à l'âge remarquable de 34 ans. Henri Santistèbe lui survécut moins de trois ans. 

Avec l'argent de l'association, une statue équine souhaite la bienvenue à l'entrée de la ville... En 2016, lors de la cessation, l'association a fait don de 800 euros et d'un paquet de cartes postales en parrainage d'Uva de Bel Air, une jument trait comtoise née en 2008.     

(1) Éditions M.D.I. St-Germain-en-Laye 1970. 

(2) un carnaval cette année malheureusement terni par l'objet du char inaugural des blanquetiers (parfois orthographié avec deux « t »), plus graveleux que grivois, donnant dans le porno et la pédopornographie. Contrairement à ce qu'exprime le comité dudit carnaval, on ne peut donner dans la satire et le rire pour tout, s'agissant ici d'enfance et de sexualité... 

Sources : pages facebook de Georges Coroir et Mémoire Historique de Limoux, journal La Dépêche.   



vendredi 14 mars 2025

CARNAVAL, buffolis et cocus (3ème partie)

Dans le numéro 1 de la 13ème année, printemps 1950, l'article « Carnaval-Carême en Languedoc » de René Nelli, offre une mine d'infos et éclaircissements amenant à retenir quelques notes au fil de l'article.

La suite des apports : 

À Capestang ce sont les « Buffetaires ». 

*18. En Languedoc, les danses caractéristiques de carnaval se déroulaient surtout le mercredi des Cendres, celle des « buffoli » (buffoli al cul) (Florensac) « souffle-culs », « bouffets » ou encore appelée « feu aux fesses », « buffatière » à Castres. Caractérisée par l'allure au pas très ancien, cette danse était commune sur tout le Languedoc, la Lozère, une bonne partie de l'Ardèche et peut-être en Ariège. Les danseurs barbouillés en chemise blanche tiennent un soufflet pointé sur la raie du fessier devant. Ce pouvait être parfois une bougie allumée. À Balaruc-le-Vieux, la danse de « la camisa » est fondée sur la chandelle et le feu, chacun essayant d'enflammer la queue en papier qui précède. 
À Limoux et Portiragnes le soufflet projette de la farine. Parfois, dans l'intention de souiller, de les noircir, les participants cherchent à embrasser les filles, ailleurs ils se vautrent dans la boue, encore une possible symbolique de libération des instincts (1). 

*19. La fête de carnaval permet aussi d'autres danses telle celle des sarments : à Montpellier, Aniane, Magalas, on frappait les spectateurs du premier rang, ce qui rappelle, pour ceux qui ont connu, dans leur enfance, avec le feu de cheminée à la maison, la menace plus allusive que réelle « d'un cop de viso ». 

*20. À Magalas, la danse de l'escargot projetait le dernier d'une spirale endiablée. 

*21. À St-Pargoire et Vias, la danse dite « de l'échelle » voit un homme et une femme s'embrasser une fois en haut des deux parties d'une échelle sans appui (de peintre). Est-ce pour l'acceptation de la présence féminine ou encore une expression du bizutage de nouveaux mariés ? 

Narbonne Canal_de_la_Robine 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author The Ninjaneer Côté piles le Pont des Marchands. ATTENTION la publication d'un recadrage de cette photo est juridiquement INTERDITE.

 
*22. À Narbonne, alors que les « novis » (voir l'article sur le tamarou) doivent baiser une paire de cornes suspendues en travers du Pont-des-Marchands, les célibataires et vieilles filles sont punis aussi, les vieux garçons semblant être exemptés. Les Jeunes les frappent à l'aide de lattes recouvertes de peaux de rats passées à la craie. 
À Agde ils passent un morceau de lard rance sous le nez des vieilles filles. 
À Bélesta dans l'Ariège, pour la mi-carême, ils chantent des chansons d'amour sous la fenêtre de l'aïeule du village : « rassegar la vièlha ». Plutôt que la fécondité passée n'est-ce pas pour se débarrasser de « la Vièlho », la saison d'hiver enfin dépassée ? 

*23. À Montpellier, à Carcassonne, les couples font l'objet de brimades. Les mâles rendent les femelles responsables du cocufiage ; les maris sont sommés de diriger le mariage, de prévenir l'inconduite potentielle des épouses, de refuser d'être un homme battu. 
À Fabrègues, à Carcassonne, ce sont les femmes qui doivent baiser les cornes. (à suivre).  

(1) un document sur les “ buffuoli ”, il se peut une chanson, qui circule sous le manteau dans le cercle occitaniste des Chroniques Pérignanaises (Fleury-d'Aude)... espérons qu'elle ne restera pas qu'entre initiés. 



mardi 11 mars 2025

CARNAVAL, merci la revue FOLKLORE (2ème partie)

Aude ! à associer sans complexe à la Belle Aude ! Des stations de ski aux plages du Golfe du Lion, presque tout le long du fleuve donnant l'identité administrative, un cours d'eau des plus travailleurs, “ petit frère du Rhône ” pour son delta, pour le Cers, vent de couloir, catabatique, pouvant se comparer au Mistral et, entre parenthèses, des plus vieux noms de vent de France depuis les Romains (aux présentateurs météo verbeux qui voient partout des tramontanes d'en prendre de la graine !), un département plus que trait d'union entre Massif Central et Pyrénées, entre Espagne et Italie sinon le reste du pays et au-delà l'Europe, entre Méditerranée et Atlantique, un département qui n'est pas en reste dans le domaine civilisationnel (est-ce pour cette raison que la radio d'État, présente dans l'Hérault et les P.O. nous snobe ? Est-ce pour cette raison que les descendants des barons du nord ne savent pas qu'entre Sud-Est et Sud-Ouest existe un Sud ? [dernièrement lors d'un jeu télé, un viticulteur des Corbières a tenu à affirmer ce distinguo, ce qui ne fut pas sans me plaire !]). Originalité culturelle sinon rareté, sur un demi-siècle, grâce à de passionnés érudits cette publication de la revue Folklore qui, grâce à René Nelli, nous en apprend tant sur les fêtes carnavalesques chez nous ; ci-dessous, la suite des infos et éclairages sur carnaval après les neuf relevés du précédent article :   

*10. Des quêtes alimentaires par des jeunes gens ou des enfants qui recevaient du lard, des œufs, de la charcuterie. (Est-ce en lien avec la tradition des « Vingt sous dins la padeno » ? Poser la question c'est déjà y répondre, me semble-t-il). 

Carnaval_Strasbourg 2014 under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license. Photographe Sandra Gruneisen

*11. Les masques faisant peur aux enfants et aux filles peuvent aussi marquer la présence des morts parmi les vivants. Afin de mieux s'opposer au carnaval, l'Église, abondant dans le sens de la superstition des deux garçons masqués qui seraient trois, le troisième ne pouvant être qu'un mort ou le diable, s'est de tous temps évertuée à freiner le goût des mascarades (1).  

*12. En 1950 déjà, les coutumes et pratiques de carnaval sont en régression, le carnaval de Limoux représentant une exception à la règle : c'est l'époque où les meuniers allaient payer les impôts au monastère de Prouilles qui possédait tous les moulins, les charretiers assuraient, eux, le transport des grains et de la farine. 

Membre_de_la_banda__Les_Arcadiens__al_Carnaval_de_Limós_dins_Auda_(França) 2006 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Autora Guilhelma
Occitan : 
Precedissent la musica, las bandas sortisson a l’ocasion de la jornada que lor es reservada, e van aital d’un cafè cap a l’autre (Aurora Guilhelma).

Limoux_Carnivale_2024 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Author Rebecca W


*13. Au début du XIXème le carnaval restait marqué par l'écart entre classes sociales, à Limoux, les fils de bonnes familles en meuniers blancs sur des chevaux noirs offraient des dragées aux dames tandis que, plus peuple et à pied, d'autres masques, à l'aide de soufflets,  projetaient de la farine sur les visages. Les Fecos sont toujours les meuniers souvent en Pierrots, Arlequins, Colombines, les Goudils, vêtus de hardes ou de la blouse bleue des charretiers, représentent les plus humbles. 

*14. Exécuter Carnaval, c'est aussi refouler “ la Vieille ”, l'ultime attaque du froid fin mars début avril. 

*15. Carnaval porte parfois un nom lié à l'actualité par exemple Landru à Bassan (Hérault). 

*16. Entre 1780 et 1789 à Carcassonne, Carnaval se nomme “ Cravatat ”, il sera brûlé avec sa femme. Suivant les lieux, Carnaval peut être fusillé, pendu, noyé. 

*17. Si de nos jours il s'agit de confettis ou d'eau parfumée, le mercredi du nom, on jetait des cendres et de la farine sur les filles (à Pignan, Saint-Thibéry, Limoux).  

(1) parmi les fêtes liées à carnaval, celle de la procession du renard. Affublé de la mitre et du surplis d'évêque, le renard est promené en ecclésiastique à portée de poules que par instinct il trucidera avant la fin de la cérémonie... Sûr que cet anthropomorphisme pour critiquer le clergé ne devait pas plaire à l'autorité religieuse ! 

lundi 10 mars 2025

CARNAVAL, merci la revue FOLKLORE (1ère partie)

 Folklore-Aude est une revue trimestrielle parue de 1938 à 1988, soit 208 numéros par le « Groupe Audois d'Études Folkloriques ». Loin de la connotation moderne péjorative du mot « Folklore », la réflexion, le travail, le choix des thèmes ethnographiques (il s'agit souvent de fixer par écrit des traditions orales) sont menés par d'éminents passeurs de culture passionnés (quelques femmes aussi), impliqués, pour nombre d'entre eux, dans les mouvements de renaissance occitane (dont René Nelli [1906-1982], professeur, écrivain / Louis Alibert [1884-1959], pharmacien, grammairien de l'occitan). 

Revue Folklore par garae.fr

À partir de 1981, grâce à René Nelli (1), le Garae (Groupe Audois de Recherche et d'Animation Ethnographique) prend le relais pour la publication de la revue. Nous lui devons la numérisation de tous les numéros (taper Folklore Garae). 

René_Nelli_à Bouisse 1975 under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Source Mais enfin qu'est-ce que l'Occitanie ? Editions Privat 1978 Auteur Charles Camberoque

Dans le numéro 1 de la 13ème année, printemps 1950, l'article « Carnaval-Carême en Languedoc » de René Nelli, s'avère représenter une mine d'infos et éclaircissements m'amenant à retenir quelques notes au fil de l'article : 

* le jugement concernait Carnaval et également les filles qui “ avaient fauté ”, une tradition remontant aux environs de 1660. 

** la chemise de nuit de femme dans le déguisement récurrent de carnaval, plus longue que celle des hommes est à rapprocher de celle portée lors des révoltes telle celle des Camisards des Cévennes (1702-1710), celle de la Guerre des Demoiselles en Ariège (1829-1832 puis larvée jusqu'en 1872).  

***  vers 1830, le déguisement de l'homme sauvage est en vogue, il consiste à se rouler dans le miel puis dans du duvet ; une couronne de plumes de coq sur la tête le complète.

**** À Limoux la blouse blanche du meunier s'est peu à peu confondue avec le costume d'Arlequin, de Pierrot, de Colombine ; la blouse bleue du charretier dont le fouet s'est mué en carabène porteuse de rubans représente le petit peuple. 

***** En Ariège le déguisements en ours est commun plutôt pour la Chandeleur. (en est-il de même en Roussillon ?). 

*6. Le barbouillage des visages (lie de vin, suie, encre) autorisait les débordements grossiers.

*7. Connexe au défilé de carnaval, le plaisir de souiller les spectateurs : éclabousser en sautant dans la boue, enduire les masques de merde pour danser le branle des paillasses en se frottant aux spectateurs (Cournonterral / Hérault). 

*8. À Carcassonne vers 1900 des masques se baladaient avec une caisse dans le dos : une mince couche de confettis (pour les gens tentés d'en prendre une poignée) surmontait un fond d'excréments...  

*9 les masques jetaient avec violence de l'eau, de la farine, des haricots, des fruits, surtout sur les femmes. Plus de douceur et de gentillesse (bonbons, dragées) après 1939. 

Château_de_Bouisse_(Aude) 1900 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur 2017 Sdo216

(1) Né et décédé à Carcassonne / Docteur ès lettres, professeur de lettres et de philosophie au lycée de Carcassonne puis d'ethnographie méridionale à la faculté des lettres de l'Université de Toulouse, poète essayiste, hermétiste, René Nelli est surtout connu pour ses travaux sur la culture occitane et sur le catharisme. Dans les années 50, il acheta le château de Bouisse, village des Corbières Occidentales au climat “ marges de montagne ”. Mon père, François Dedieu, l'a eu en Lettres, classe de Seconde au lycée de Carcassonne ; les élèves le surnommaient “ Cosaque ”. Nous lui devons  « Un résumé d'un très bon article " L'alimentation en Languedoc et dans le Comté de Foix de 1850 à nos jours " de la revue Folklore n° 61, hiver 1950, par René Nelli... ». 

Partager le Voyage: LA NOURRITURE, avant, dans nos contrées... (1)

Partager le Voyage: La NOURRITURE avant, pendant les gros travaux, les fêtes et le dimanche (2)

Partager le Voyage: La NOURRITURE avant (1850-1950) puis dans les années 60... (3) 

Sources Occitanica avec Daniel Fabre (1947-2016) « Un demi-siècle d'ethnologie occitane : autour de la revue Folklore » Carcassonne, mai-juin 1982.   

André Ducasse-La_Guerre_des_Camisards-Hachette Domaine public. Guerre menée à un contre dix par les protestants porteurs de camisas (chemises) contre les troupes de Louis XIV coupable d'avoir révoqué l'Édit de Nantes (1685). 


FrenchForest Code Code forestier Domaine public, numérisation 2010 Author Lamiot. 

Inspiré de celui de 1669, ce code est promulgué en 1827 : il restreint encore les droits d'usage des paysans sur les forêts. Il déclenche notamment la « Guerre des Demoiselles » en Ariège. 

« ...prive en effet un certain nombre d'habitants de bois mort pour le chauffage, de feuilles mortes utilisées pour les animaux dans les étables ou comme engrais, de bruyères et de genêts qui servent de fourrage, du pacage pour le bétail et de la cueillette des baies et fruits sauvages et de champignons ». Naître et mourir dans l'Outre Forêt, Daniel Peter, directeur de thèse (1835-2020). (L'Outre Forêt se situe à l'extrême nord de l'Alsace).

mardi 14 mars 2023

LIMOUX, le CARNAVAL...

Trois mois de fêtes en gros, c'est ce que dure le carnaval de Limoux, le plus long au monde !

"Carnaval es arribat". Tout en blanc et foulards rouges, les meuniers ont demandé symboliquement l'autorisation des autorités. ils repartent au son de la musique, un répertoire qui va chercher dans les vieux airs mais renouvelés aussi. Ils marchent, eux, sans la carabène, presque posément, comme s'ils écrasaient le raisin. le samedi et trois fois les dimanches, suivant un programme mettant tout le monde d'accord, suivant des séquences travaillées, chaque bande va défiler, rejoindre les arcades, faire halte dans chacun des cafés, récupérer dans une salle discrète, le seul endroit où l'on peut enlever le masque. Bien sûr ils boivent un coup. 

Auteur Carnaval de Limoux las coudenos 2017 Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license.

Les bandes ont un effectif limité ; pour être coopté, les listes d'attente sont longues. Les costumes, le thème restent secrets : il faut ménager la surprise. Pour tous c'est une complicité amicale qui dure toute l'année, le temps de préparer le prochain carnaval, de le vivre, de se projeter dans le suivant. 

Lors de la sortie du soir, la lumière des torches de paille, l'odeur de résine, ajoutent à la magie. 

Le 5 mars, toutes les bandes, une bonne trentaine, étaient autorisées à sortir ensemble. Samedi 11 mars, lous Brounzinaires et les Rambaiurs menaient le cortège, dimanche c'étaient le Paradou, et dimanche prochain, 19 mars, ce seront las Fennos. 

Le_Tivoli_-_Sortie_du_matin Goudils au Carnaval_de_Limoux_2015  Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Unuaiga

Derrière  les bandes disciplinées, au programme étudié, suivent les goudils, plus libres de leurs déguisements, qui chantent, dansent, lancent ou étouffent de confettis, ciblent les spectateurs de leurs taquineries, avec des indices, vagues et justes à la fois, traditionnellement en languedocien, pour que toujours, l'intéressé ait à se demander qui peut bien être ce masque si indiscret qui en sait tant sur lui. Il y a beaucoup plus d'authenticité, de piment, en occitan, c'est certain. 

Fin mars c'est dans la langue maïrale, des aïeux, que Carnaval est jugé. Réquisitoire, plaidoyers se succèdent "Paure Carnaval, tu t'en vas e ieu demori..."... ce n'est pas la nuit de la blanquette qui va atuder (éteindre) le bûcher. Cette année, ce sera dimanche Rendez-vous est pris pour l'an qui vient. 

dimanche 10 juin 2018

LIMOUX, SI TU N'EXISTAIS PAS ! / la goulotte audoise (6)

Limoux d’un Carnaval qui dure trois mois. Son origine remonte aux meuniers qui fêtaient la remise des redevances aux autorités. Riches, ils avaient une réputation de voleurs… Une constance de la part des nantis, toujours très actuelle ! 

Pierrots 2007 Wikimedia Commons auteur tagon.
Limoux capitale oubliée de la chaussure avec une vieille tradition du travail des peaux, du tannage, quartier de la Blanquerie (blancariè[1], mégisserie en occitan). 

Repas de famille, l'été à Saint-Pierre-la-Mer.
Limoux de la fameuse Blanquette[2] (toujours avec la majuscule chez nous !) 


Au musée, on peut voir des scènes de la vie quotidienne, peintures de Marie Petiet. Achille Laugé, le peintre du Razès, y avait aussi son atelier. Quiétude, immortalité de ce que les artistes, grands ou petits, extériorisent sur une toile dévoilant aussi de leur âme. Si l’inspiration, le talent, trop bien cotés, finissent chez les milliardaires d’où elles ne sortent qu’exceptionnellement pour des enchères astronomiques, l’émotion, elle, n’a pas de prix et si Limoux était un tableau, on le devrait à Georges Coroir, le coiffeur de la rue Jean Jaurès, peintre à ses moments perdus.  


Et quel sujet plus attachant que le dernier cheval de trait de la ville, mené par Henri, déjà célèbre et honoré d’ouvrir maints défilés… Chez ces festéjaires, ce ne sont pas les occasions qui manquent ! Pêchard, cheval de la vigne passant le Pont-Vieux[3], pour sûr, un sujet à ne pas manquer !


Mais l’histoire n’en reste pas là ; elle a tout d’une Blanquette pétillante et seule Limoux, effervescente jusque dans les têtes, pouvait l’offrir ! 

Limoux Pont-Neuf auteur Tournasol7 commons wikimedia

Le temps n’arrangeant rien, un jour les arches sur l’Aude ne virent plus passer le fringant attelage : Henri était hospitalisé, Pêchard promis à une triste fin. Et c’est là qu’intervient à nouveau Georges, notre figaro inspiré ! Appuyé, suivi par tous les Limouxins, il a l’idée de reproduire en carte postale le tableau du vigneron et de son cheval. Une association est crée, de quoi payer la pension et soigner les rhumatismes du vieux Pêchard. Henri désormais à la retraite peut lui rendre visite régulièrement… Jusqu’au 18 avril 1994… 34 ans, un âge plus que respectable pour un cheval de trait. Henri Santisbèbe ne lui survivra que trois ans. 


Limoux du cheval de trait. Le 10 juin 1998, avec l’argent restant et le soutien des édiles, les amis de Pêchard sont à l’origine d’une statue équine, bien en vue, avec des ceps derrière, route de Carcassonne.  En 2016, l’association en cessation a fait don de 800 euros et d’un paquet de cartes postales pour parrainer l’adoption, au centre équestre, d’Uva de Bel Air, une trait comtoise. 


L'Ami, le cheval de papé Jean.
Vingt ans ce 10 juin 2018 que Pêchard, immortalisé, trône à l’entrée de la ville. 


Et dire que les gamins de l’Aude brocardaient jadis avec un « Va à Limoux ! » railleur, parce que la ville était plus connue pour son asile que pour son collège réputé.

Chapeau Limoux ! 

A propos, avec le nom de Georges, le coiffeur, celui de la Digne-d’Aval est cité aussi. N’y a prou, finaloment de toujours veïre de coïncidéncios !  


[1] Blanchisserie aussi en rapport avec une ancienne tradition drapière.
[2] Revue des œnologues et des techniques vitivinicoles et œnologiques, Bourgogne-Publications, 1998 p. 52 : « [...] à l'ancienne origine monastique (les bénédictins de Saint Hilaire, 1531) de l'élaboration naturelle du plus vieil effervescent du monde qui deviendra la Blanquette de Limoux. » (note issue de Wikipedia, article Blanquette de Limoux.
[3] Un Pont-Vieux datant des années 1300 alors que le Pont-Neuf, il est vrai refait, date des Romains.


INTRODUCTION AU BASSIN DE LIMOUX / La goulotte audoise (4).

Les petits ruisseaux font les grandes rivières... 

Pont sur l'Aude Alet-les-Bains Wikimedia Commons Auteur Graziephile
 A partir de l’Étroit d’Alet, laissant au levant les derniers escarpements remarqués des Corbières (802-804 m.), la vallée s’ouvre désormais avec le bassin de Limoux. L’Aude y reçoit à droite le Saint-Polycarpe,  les ruisseaux de Marceille, de Bouziers, à gauche, les ruisseaux de la Corneilla, des Lagagnous ou des Gours au nom plus long que le cours, le Cougain (« g » à la fin sur Geoportail et Wikipedia).
Le Cougain ? Oui, la rivière qui passe à La-Digne-d’Amont puis à La-Digne-d’Aval comme de bien entendu ! D’une chose à l’autre et parce que la tradition orale du village qu’il vaut mieux écrire un jour, passe par ces anecdotes qui reviennent lors des repas de famille. Justement, celle de Paul, surnommé Pitche, que les Pérignanais (habitants de Fleury-d’Aude) d’un âge certain ont bien connu, même qu’aux beaux jours, on allait au spectacle sous sa fenêtre, quand ils s’agantaient, avec sa femme, suite à leurs beuveries !

« … Paul M.[1] aimait raconter qu’une fois, à moto avec Germain H., son père adoptif, comme passager, ils sont vite partis de la Digne-d’Amont. A la Digne-d’Aval, guère plus d’un kilomètre plus loin, Germain perd la casquette. « Tant pis, intervient Paul, nous n’avons pas le temps ! ». La moto ronfle, les virages défilent, Germain perd le cache-nez. « Tant pis, nous sommes pressés ! », telle fut la version défendue par Paul Molveau, soutenant, mort et fort, ne pas s’être arrêté… »
Pages de vie à Fleury-d’Aude II / Caboujolette / 2008 / François Dedieu (1922-2017)    

Affluent encore de la rive gauche de l’Aude dans ce bassin de Limoux, le Sou que la rigolade, vue la mine déconfite de Germain perdant casquette et cache-nez, allait nous faire oublier.
Le Sou ? homonyme de l’affluent de l’Orbieu, Sou de Laroque ou de Vignevieille arrosant Termes ? Le Sou, comme l’Alsou, dit encore le Sou, rivière emblématique (avec la Bretonne et le Ruisseau des Mattes) du Val de Dagne, entre le Plateau de Lacamp, les hauteurs ultimes, vers le nord, des Corbières occidentales, encore affluent de l’Orbieu à Lagrasse ? Le Sou du Val de Daigne du Razès, en doublon donc du Val de Diane, du Val de Dagne précédemment cité, pays de naissance de Joseph Delteil (1894-1978) fils d’un bûcheron charbonnier et d’une mère « buissonnière ». Delteil[2] parlera d’une deuxième naissance à Pieusse où ce Sou du Val de Daigne veut bien rallier l’Aude… Décidément tout n’est que coïncidences ! 

Pieusse Aude maison de Joseph Delteil Wikimedia Commons Author Pinpin
    

[1] « Fils de Tué », une autre expression liée à la Grande Guerre, avec « Les gueules Cassées » et « Les moins de 20 ans »  par exemple.
[2] Son père achète, à Pieusse, une parcelle de vigne, en 1898. « … C’est là, dira Delteil, son « village natal », au cœur du terroir de la Blanquette de Limoux, « où le paysage s’élargit, où l’on passe de la forêt au soleil, de l’occitan au français. » Il y demeure jusqu’à son certificat d’étude (1907)… » Source Wikipedia.