Les hommes ne sont-ils nés que pour devenir vieux ?.. »
Aude, Languedoc, Tchécoslovaquie, Ariège, Pyrénées, Océan Indien, Lyon, Brésil, ports familiers mais unique maison des humains. Apprendre du passé, refuser la gouvernance cupide suicidaire. Se ressourcer dans l'enfance pour résister, ne pas subir. Passer ? Dire qu'on passe ? Sillage ? Aïeux, culture, accueil, ouverture aux autres, tolérance, respect, héritage à léguer (amour, écoute, cœur, mémoire, histoire, arts...) des mots forts, autant de petites pierres bout à bout qui font humanité.
vendredi 30 janvier 2026
Son ENFANCE l'appelle (4)
Les hommes ne sont-ils nés que pour devenir vieux ?.. »
mardi 3 juin 2025
Les MOULINS du LAURAGAIS.
Allo, allo ! comme disait l'appariteur sur fond des « Marchés de Provence », pour annoncer que Saborit était sur la place avec des maquereaux... Attention de ne pas riper du doigt et appuyer à la fois sur le « a » et à gauche, la touche « tab », les flèches à contre-sens. Surprise ! hier tout le texte s'est effacé sans le moindre moyen pour annuler la fausse manœuvre, au niveau a minima qui est le mien. Mésaventure, contrariété, désagrément une fois digérés, une fois de plus, sur le métier, remettons notre ouvrage !
Le gros bout de la lorgnette étant braqué sur la Montagne Noire puis un Lauragais si vivant bien que s'étant coupé trop tôt de Sébastien, ce sont alors les moulins coiffant les hauteurs qui ont marqué le paysage. Leurs souvenirs plutôt parce qu'il ne reste guère de ces témoins d'un temps dépassé. Bref, c'est surtout dans ma tête que leurs vents ont tourné.
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| Jean Malaurie (1922-2024), Jean Bézian (1935-2015), Huguette Bézian née Carrière (1934-?) auteure de la série jeunesse des années 70, « Tony ». |
Tourne, retourne, en quête d'une bibliographie ne figurant pas dans mes écrits, faute de rigueur, lorsque « Les grandes heures des moulins occitans » rejoignent mon jardin d'idées, cette bonne rencontre, d'autant plus belle qu'elle figure dans la collection « Terre Humaine » chez Plon, me sonde dès les premières pages pour avoir écrit un jour sans réserve que le vent d'Autan, le Marin de notre littoral, a eu fait tourner les moulins des terres à grains lauragaises. La Bise, le Cers sont en effet rapidement mentionnés dans l'ouvrage et bien que confortant mon obstination sur ce dernier vent déjà romain, au nom le plus ancien de France, petit cousin du Mistral rhodanien, frère du Cers catalan “ del vent de cers que buffa al delta de l'Ebre ”, pourtant si ignoré par nos présentateurs météo ad nauseam en faveur de l'hexasyllabisme « Mistral et Tramontan' », la précision ne pouvait que mettre en relief mon avis simpliste de la réalité.
Meunier_tu_dors._Les_chansons_de_France_Esquisse_pour_le_préau_de_l'école_maternelle_de_la_rue_Romainville,_19ème_arro. 1933 under the Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication. Chanson pour la musique de Léon Raiter (1893-1978), paroles, en 1928, de Fernand Pothier (?-?)
Description iconographique : Le Meunier endormi sous un arbre est interpellé par une fillette accompagnée d'un chien. A l'arrière plan deux moulins à vent. Au verso, présence de quatre colonnes de calculs posés. Commentaire historique:
Une cloche sonnant à chaque tour permettait au meunier d'évaluer la vitesse de son moulin. Lorsque le moulin tournait trop vite et trop fort sans être alimenté de céréales à moudre, les suspensions de particules de farines dans l'air pouvaient s'enflammer au contact des étincelles provoquées par le frottement du pilon contre la meule. Cette comptine illustre la nécéssité de ne pas s'endormir par temps de grand vent : "Meunier tu dors,/ ton moulin, ton moulin va trop vite/ Meunier tu dors, ton moulin, ton moulin va trop fort / Ton moulin, ton moulin va trop vite / Ton moulin, ton moulin va trop fort / Ton moulin, ton moulin va trop vite / Ton moulin, ton moulin va trop fort / Meunier tu dors, les nuages, les nuages viennent vite, / Meunier tu dors, et l'orage et l'orage gronde fort ! / Les nuages, les nuages viennent vite, / Et l'orage et l'orage gronde fort ! / Les nuages, les nuages viennent vite, / Et l'orage et l'orage gronde fort ! / Meunier tu dors / Ton moulin va trop vite / Meunier tu dors / Ton moulin va trop fort" |
Au delà de la controverse, en raison de la triade « vent, moulin, nourriture » chère à l'enfance, nous avons trop vite limité la portée de la comptine « Meunier tu dors, ton moulin va trop vite... ». L'apprenait-on ? je ne pense pas ; elle était dans l'air avec seulement le premier couplet et le refrain. La comptine n'étant de prime abord destinée qu'au discernement limité des gamins, nous restions donc bêtement à côté de son sens profond, condamnés même à ne pas en prendre la mesure en tant qu'adultes. Il en faut plus que le sens du rythme et l'expression corporelles des petites mains qui tournent. Le moulin qui va trop vite, ce sont les étincelles dues au silex ou au granit de la meule tournante, d'où le risque d'explosion du nuage de farine. Le moulin qui va trop vite, ce sont les engrenages qui risquent de sauter, les toiles de se déchirer, les ailes de s'arracher ! Les couplets suivants de la comptine le disent bien du vent, de la pluie, de l'orage, de la tempête ! Ne valaient-ils pas une explication de texte ?
Et après, dans le but de mieux cibler et comprendre les moulins du Lauragais, et parce que le moindre détail nous ramène à l'universalité, nous regarderons plus attentivement le nôtre de moulin à Fleury, puis les Lettres de mon Moulin nous renverront à Daudet, Arène, puis de Paul à Pagnol, ce qui n'empêchera en rien l'évocation de Don Quichotte... (à suivre)
samedi 23 janvier 2021
A la recherche du Poumaïrol perdu (7). MINERVE, AVEC LACARRIERE et PAGNOL.
Minerve, une visite s'impose pour nos deux amis en goguette.
Roger : écoute, il est encore tôt pour dîner mais rien n'empêche une collation, le déjeuner au travail, comme à la vigne, pour les vendanges, qui vaut pratiquement un repas.
Serge : tu as raison, on a les huîtres, du pâté, du fromage... on peut même boire un peu puisqu'une marche de huit kilomètres nous attend.
Roger : Regarde, le parking est vide... toute la place qu'on veut. Et les huîtres, même en hiver, vaut mieux pas que ça traîne ! Mais j'y pense, avant de mouiller mes doigts, laisse-moi chercher dans le casier des cartes, livres et papiers, un de mes bouquins préférés, "Chemin Faisant" de Jacques Lacarrière. A pied, au début des années 70, il a traversé la France depuis les Vosges, en quatre mois. Venant de Saint-Chinian, il est passé par Minerve...
Serge : Vas-y, regarde pendant que je les ouvre, les huîtres...
Roger : Voilà, j'y suis, avec même un feuillet et des notes... Ah ! page 254, un contresens sur le Cers... C'est vrai que je m'en suis retrouvé désappointé, ennuyé vraiment. Que veux-tu, ce qui arrive quand quelqu'un dont tu admires l'intelligence se plante sur un sujet moins anodin qu'il n'y paraît.
Serge : Ah ? Et qu'est-ce qui t'a contrarié ?
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| Taille vigne wikimedia commons Author Véronique Pagnier |
Roger : Il voit des vignerons qui taillent les vignes et entassent les sarments. Un vent du Nord penche les silhouettes, plisse les yeux et veut emporter les chapeaux ; ils se saluent mais les bourrasques emportent les mots : "... ce mistral qui, d'après les prophètes locaux, devrait souffler trois jours encore..." Alors le marcheur qui voyage aussi dans sa tête, déclame presque tous les noms de vents qui lui viennent... Passons sur les alizés, les zéphyrs, aquilons et autres tramontanes. Pour le mistral, c'est plausible puisqu'il parle du Salagou, du village d'Octon. Avec l'autan hou là là, il déraille, il le fait venir de haute mer, "embrun de l'infini", apportant "l'effluve salé"... Sauf erreur de ma part, aux abords de la Méditerranée, c'est du Marin qu'il s'agit, l'autan c'est à l'intérieur des terres, vers le Lauragais, l'Ariège ou le Tarn, une fois qu'il s'est délesté de son humidité ! Le Grec il aurait dû en parler, lui qui a tant aimé et tant écrit sur la Grèce. Et le Cers, on y arrive... "au lieu du cers, ce vent marin, doux et humide, qui apporte, l'hiver, aux Corbières, la tempérance de la mer, c'est le mistral qui m'emporte...". Comment laisser passer ? Enfin, le Cers petit frère du Mistral, généré de façon comparable et qu'on retrouve le long d'un autre grand fleuve l'Ebre ! Il en a parlé avec les gens ; la marche aide à communiquer sauf qu'il a mal compris, qu'il a noté de travers. Un piège classique pour ceux qui sont d'ailleurs...
Serge : hé bé ! Et toi qui boycotte allègrement, tu ne l'a pas banni de ton panthéon ?
Roger : Ah non ! Faut faire la part des choses ! sa peccadille n'a rien d'un cas pendable ! ce n'est pas comme ce Wilson fils dont le prénom à lui seul écorcherait mes lèvres depuis que, rouge de colère, cet imbécile a craché sur la Marseillaise, pour lui "raciste et xénophobe". Pauvre abruti imbu de théâtralité mais qui, coupable d'un contresens impardonnable, n'a rien compris au "sang impur" recouvrant les sillons. Ce n'est pas parce que le père lui a fait un nom que ce fils à papa a le droit d'étaler son crétinisme. Et le comble, faire du fric en se mettant dans la peau de De Gaulle parce qu'il a un pif compatible ! De Gaulle qui lui, oui, représente vraiment la France ! Là tu peux être sûr : je les ai dans le nez et Wilson et le film ! Déjà que comme acteur il ne m'a pas marqué... Est-ce que je suis teigneux ? Ou est-ce seulement essayer de rester lucide, de ne pas me retrouver une fois de plus, mêlé au bon peuple pêchant d'avoir la mémoire courte, trop groupie ou si crédule dans la virginité retrouvée des politicards qui le manipulent, enthousiaste bien que roulé comme toujours dans la farine !
Serge : Ho ! ne t'emballe pas ! bois un coup de vin blanc ! sinon tu ne lui en veux pas à Lacarrière ?
Roger : et non, c'est juste humain de se planter... cela me refait penser à un petit garçon plaçant très haut son père, tu sais, Marcel magnifiant l'auteur de ses jours dans ses contradictions, fier de poser avec son doublé de bartavelles alors que pour son collègue paradant avec une rascasse énorme, il avait été pour le moins léger de juger : « Se faire photographier avec un poisson ! Quel manque de dignité ! »
Serge : Et alors ?
Roger : Et alors je me sens comme Pagnol qui aime son père, je reste tel que moi-même pour les gens que j’estime, surtout écrivains et artistes avec quelques exceptions politiques, je reste transparent pour ceux qui m'indiffèrent mais très réactif, tu me connais, si leurs mots les rend odieux, je pense à Séguela et à son rapport avec une montre de luxe...
Serge : Séguéla... quand on est con on est con, le temps ne fait rien à l'affaire, chantait Brassens...
Roger : Attends je me connecte pour te donner la phrase exacte, je l’ai commentée il y a peu sur internet... voilà, juste en tapant « Pagnol » : "... J'avais surpris mon cher surhomme en plein délit d'humanité : je sentis que je l'en aimais davantage..." Marcel Pagnol, La Gloire de mon Père, 1957.
Serge : oui mais c’est bien une réflexion d’adulte dans la Gloire de mon Père et non une réaction de gosse... son point de vue a plus de soixante ans. Nos idées évoluent et mûrissent avec l’âge et de façon générale, va lire ce que tu écrivais à vingt ans et tu risques de ne pas te reconnaître. Quoi qu’il en coûte, le bon sens nous fait dire qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.
Roger : Lacarrière a su aussi mettre des mots sur ces questions... il est venu jusqu'à nous parce que, avec la Grèce, nous avons la Méditerranée en commun et ses colonies d'Agathois et de Phocéens... Qu'est-ce qu'il faut être con ou malhonnête pour oser dire, comme Macron, que la colonisation est un crime contre l'humanité. Qu'est-ce qu'on ne clamerait pas pour se vendre au vote de certains...
Serge : Laissons-le celui-là avec ses manigances...
Roger : tu as bien raison. Plutôt ceux qui en valent la peine comme Lacarrière. Je serais curieux de savoir de quelle manière il a intériorisé le peuple grec mais là, on sent qu'il est tangent à ce que nous sommes. Déjà il situe le Minervois au lac du Salagou mais il a su saisir quelques traits qui nous sont propres et son témoignage sur Minerve doit valoir mieux que sa tirade malheureuse sur les vents locaux.
https://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/05/15/31001-20140515ARTFIG00105-reponse-a-lambert-wilson-la-marseillaise-est-un-chant-de-guerre8230et-de-liberte.php
mardi 25 juin 2019
LA DERNIÈRE CLASSE / la sason a la mar, la saison à la mer.
Comment ne pas évoquer ces récréations à rallonges de fin d’année, veille du 14 juillet. Le village s’est adapté au moins depuis juin à l’heure d’été : les hommes partent à quatre heures vieilles pour sulfater et soufrer tant que le vent n’est pas levé encore. A onze heures la journée de longue est terminée : frais et changés, ils se regroupent au cagnard pour parler vigne bien sûr et aussi cancaner aussi fort que les canes. Le 14 juillet, date charnière pour la saison à la mer qui commence mais pour un mois seulement et pour les femmes, les vieux, les gosses, parce que pour les hommes, à moto et surtout à mobylette, l’ouvrage continue dans l’océan de vignes, suivant un emploi du temps tenant compte des heures où la rage du soleil plombe le pays.
Entre le touriste et l’indigène, c’est comme un passo attraction-répulsion, empathie-rejet.
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| I a mai de monde que de peis ! Il y a plus de gens que de poissons ! |
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| Un gandard pla d'aici davant son campoment (annados 70) / Un gandard bien d'ici devant son campement (années 70, Les-Cabanes). |
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