mardi 25 juin 2019

LA DERNIÈRE CLASSE / la sason a la mar, la saison à la mer.



Préalable : plutôt que la graphie mistralienne si commode pour justifier la phonétique « d’aqui darrè » (de derrière les gabels, les boufanelles, pardon les fagots) le pur jus pérignanais, et encore, du quartier d’en haut, nous nous efforcerons de respecter la norme orthographique classique à propos de ce cours d’occitan, assortie, malheureusement d’une palette de fautes de non-pratiquant sinon de mécréant… (Si quelqu’un veut bien corriger, rien ne vaut les desseins partagés).

Comment ne pas évoquer ces récréations à rallonges de fin d’année, veille du 14 juillet. Le village s’est adapté au moins depuis juin à l’heure d’été : les hommes partent à quatre heures vieilles pour sulfater et soufrer tant que le vent n’est pas levé encore. A onze heures la journée de longue est terminée : frais et changés, ils se regroupent au cagnard pour parler vigne bien sûr et aussi cancaner aussi fort que les canes. Le 14 juillet, date charnière pour la saison à la mer qui commence mais pour un mois seulement et pour les femmes, les vieux, les gosses, parce que pour les hommes, à moto et surtout à mobylette, l’ouvrage continue dans l’océan de vignes, suivant un emploi du temps tenant compte des heures où la rage du soleil plombe le pays.

Comme le décor attendrissant que la troupe locale n’a pas les moyens de changer, en arrière-plan, cette atmosphère, ces scènes déteignent sur  le dernier cours d’occitan des Chroniques Pérignanaises. C’est que le prof est un pays, il suffit aussi de voir l’envie qu’il a, de proposer, de séduire, de partager, pour imaginer comme il a pu les aimer, les enfants. Ce lien privilégié, il l'entretient avec ses élèves dès qu'il distribue ses photocopies à un public de grands enfants justement, des seniors, chenus, noueux bien que dans l’air du temps, donc alertes et l’œil vif dans l’ensemble… Et puis, la plus jeunette ne doit compter encore qu’entre cinq et six dizaines d’anniversaires…  

Introduction à l’été, aux vents du cru, à l’intention des touristes : lo Cerç (1) (W-NW), son pendant, lo Marin (SE), lo Grèc que ven de Lespignan (N) (et pourquoi pas de Vendres, plutôt NE sinon E).
Oui, une chorégraphie des vents, un petit Cerç le matin virant au marin vers midi, lui-même tournant au vent d’Espagne (lo Labech) l’après midi avant que le Cerç ne reprenne la ronde : « Labech tardiè, Cerç matiniè ! ». Le beau temps de mer, d’autant plus que, précise le maître, ce sont bien trois semaines, en moyenne, de vent violent, qui plombent la saison (2).

« … Es lo moment d’anar se passejar din la garrigo (c’est l'opportunité d’aller en promenade dans la garrigue). Es an aquel moment que lo prefet dis « cal tampar la garrigo » (c’est le moment que choisit le préfet pour dire qu’il faut fermer la garrigue). Lo turisto se dis “bon hurosoment, an previst lo fioc d’artifiço aneit” (le touriste se dit qu’il y aura le feu d’artifice aujourd'hui) e lou prefet i torna “lo vent buffa a mai de setanto, pai de fioc d’artifiço ! » (et le préfet remet ça en interdisant le feu d’artifice si le vent dépasse les 70 kilomètres par heure) Fa que lo turisto agacha la plancarta “Espagne 70 km” anan faire un bout de cami de mai.” (du coup le touriste voit le panneau pour l’Espagne et décide de faire un bout de chemin de plus).   


Entre le touriste et l’indigène, c’est comme un passo attraction-répulsion, empathie-rejet.

« … Los premiers toristos, la modo das bans de mar, perde qué la sal conserva lo cambajo (les premiers touristes, la mode des bains de mer parce que le sel conserve le jambon). Apres arriveron lous “gandards”, de types qu’arrivavon d’un pou de pertot en Franço, a partir dal mes de jun, dormission sur la sabla ???, se lavavon a la mar e ajudabon a la traina. (Ensuite arrivèrent les "vauriens", des types de partout en France, à partir du mois de juin, ils dormaient sur [mot que je n’ai pas saisi : le sable ? les oyats ?], se lavaient à la mer et aidaient à tirer le filet de la traîne). Avion una partida de peis. Lou peis lo manjavon e ne vendion per quatre sous per crompar de tabac et de vin. ( Ils gagnaient leur part de poissons, en mangeaient, en revendaient pour s’acheter du tabac et du vin). Se venion ero mai per tastar lo vin dal miéjour… hurosoment fasio nou quand avio una bona annada e ne podios ne beure dos litros, per tirar la traina i a vio pas de problema… (S’ils venaient c’était plus pour le vin du midi… heureusement il ne titrait alors que neuf degrés les bonnes années et ils pouvaient en boire deux litres, pas de problème pour tirer la traîne). » 

I a mai de monde que de peis ! Il y a plus de gens que de poissons !
Un gandard pla d'aici davant son campoment (annados 70) / Un gandard bien d'ici devant son campement (années 70, Les-Cabanes).

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