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mardi 3 mars 2026

TRAÎNÉES de TRAÎNE (9)

N'en étant qu'un modeste et imparfait rapporteur, je ne puis qu'inciter à aller à la source, aux sources plutôt, s'agissant de la revue FOLKLORE, si riche de témoignages et d'enseignements sur l'Aude : R52_024_10_1941.pdf, ainsi qu'à l'étude hélas inachevée de François Marty « La pêche artisanale sur le littoral audois » : Etude pêche Marty_août2010 

Nous y trouverons encore des infos qui traînent sur la pêche à la caluche, par exemple sur le partage des prises, la quête du débouché, la vente aux poissonniers sinon la vie des équipes de pêcheurs, et non des pêcheresses ou sirènes aux mœurs légères comme le titre du jour pourrait le laisser penser...  

Bouillabaisse under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Muesse... c'est le choix de poissons rares qui va faire la différence entre une bouillabaisse d'exception (une comporte de poissons locaux et le menu sur papier bristol la fois où Maurice voulut fêter le changement des Cabanes à Fleury de son beau-fils Louis Robert [1906-1993]) et celle, plus commune mais plus fréquente, à la maison...  Pour nos pêcheurs, pas plus d'assiette que de couverts, peut-être les pommes-de-terre pour tenir l'estomac... 

Ainsi dans la revue FOLKLORE, d'après M. CARBONEL « ...à Gruissan. Les vieux pêcheurs séjournaient trois à quatre mois au bord de la mer. Ils couchaient sur le sable et mangeaient tous les jours la bouillabaisse qu'ils faisaient cuire dans une grande marmite dite : « païrol ». Ils se plaçaient autour de ce « paîrol » et chacun, à tour de rôle. piquait un morceau de poisson avec la pointe de son couteau, l'honneur de se servir le premier étant réservé au plus âgé. En mangeant la première bouchée ce dernier prononçait les mots suivants : « Diùs en nous » et les autres répondaient : « Diùs amé nous ! ». La bouillabaisse est une soupe de poisson de diverses espèces, assaisonnée de plusieurs épices que l'on verse sur des tranches de pain frottées d'ail (choupin). Un autre met des pêcheurs est la bourrido constitué par des anguilles cuites avec des pommes de terre. (P. SIRE). Le poisson base de cette alimentation est prélevé, comme nous le verrons plus loin, sur le produit de la pêche; c'est la part de l'oulo qui doit servir à préparer le repas de midi ou pinhato... »

« ...La barque de traîne est commandée par son patron qui a sous ses ordres un équipage, la chourmo, composée, d'après M. F. VALS, à Leucate, de 25 à 30 personnes, tandis que M. A. CARBONEL, à Gruissan, l'évalue à 40 ou 50 personnes. L'équipage proprement dit comprend le second, lou segound, le garde-fanal, lou gardo-fanau, les hommes de bol, lous omes de bol ou vougaires qui rament, ils sont au nombre de huit. Il y a ensuite les tireurs, tiraires, calosses ou gandards, qui sont des ouvriers non qualifiés chargés de tirer le filet... »

Autre complément dans « Le Canton de Coursan », Opération Vilatges al Pais, Francis Poudou, 2005 : « Les Hommes et le Littoral autour du Golfe du Lion, XVIe -XVIIIe siècle », Gilbert Larguier (1)

« Appartenant au groupe des sennes, ce filet appelé “ boulier ” ou “ boulieg ” sinon “ bouliège ” et, plus proche de nous, “ trahine ”, “ traîne ”, est muni de flotteurs en surface et lesté pour reposer sur le fond. Le nombre de mailles (de cordes de 109,728 mètres) le caractérise. Ainsi, parmi les grandes, une traîne d'été utilisée à Saint-Pierre-la-Mer pouvait atteindre douze mailles soit plus de 1300 mètres. En hiver, le petit boulier servait à la fois en mer et dans les étangs... »

« Canton de Coursan », Vilatges al Pais, 2005 Francis Poudou. Le chapitre « Pesca e pescaires » (Pêche et pêcheurs) regroupe 12 grandes pages, des schémas une dizaine de photos noir et blanc, d'époque. Dommage que R. B. de son nom, Cab de son lieu (?), peut-être Robert Boni des Cabanes ait été oublié dans l'index des personnages ayant participé aux enquêtes alors que l'abréviation Fleu est utilisée pour les participants de Fleury (Arm pour Armissan, Cour Coursan, Cux Cuxac, Fleu, Gru Gruissan, Sal Salles, Vin Vinassan)... Pour ma part, j'estime que, de donner seulement des initiales pour les prénoms et noms représente un manque pouvant passer pour irrespectueux... et ce n'est pas l'index final qui vient tempérer cet avis. 

La traïna, en parlant de la grande traîne (pratiquée surtout par les Gruissanais jusqu'à Saint-Pierre), nécessitait une soixantaine au moins de personnes ; largué au bout d'une vingtaine de mailles, soit à deux kilomètres au large pour la plus lointaine, le filet et sa poche au milieu est large d'un kilomètre (il faut jusqu'à 10 rameurs pour la beto, la barque). À crier le rang de la maille qui arrive, afin de rester  “synchros ”, “ raccords ”, il faut trois à quatre heures pour la ramener à terre ; il se pêchait en moyenne quatre tonnes de sardines, la part du patron de pêche et celles de chaque participant, professionnel ou occasionnel. 
Aux Cabanes, se faisait aussi la pêche à la petite traîne, la pesca a la calucha ; elle ne nécessitait que quelques personnes (vestige d'un temps, avec Robert Vié, dans les années 70, en le comptant, nous étions quatre). 

(1)  Gilbert Larguier, professeur d'Histoire moderne à l'université de Perpignan, évoque, entre autres faits, concernant notre thème, le quasi désert que constituait la côte languedocienne, du Moyen Age jusque dans les années 1920, à cause du mauvais air, la malaria que nous savons être le paludisme.   


lundi 23 février 2026

Yves Boni, la grande traîne ou gateo (7.2.2)

Passeur de mémoire pour une pêche d'alors sur le golfe du Lion, entre, en gros, Les-Cabanes-de-Fleury et Gruissan, Yves Boni témoigne d'une vie nature mais rude, de l'apprentissage à patron pêcheur. 

Années 50-60 ? « plein d'usage et raison... » Yves semble s'être mis à son compte. Collection Josette Saborit-Dolques... jeune dans le poisson avec ses parents dans tous les villages par chez nous et à présent à rappeler les gens qui ont fait l'histoire de notre village ! Un grand merci pour cette participation appréciée ! 
    
Yves Boni 3 à la grande traîne ou gateo : « La pleine lune, c’est pas terrible pour la pêche. Ce sont surtout les courants qui gênent, plus que la lumière, parce que les courants sont désordonnés et il vaut mieux une direction unique, dans un sens ou dans l’autre, de l’est ou de l’ouest. Autrement ils étaient bons... A la traîne ils plongeaient d’abord une bouteille attachée deux ou trois mètres sous un liège et ils voyaient si en surface et dessous les courants se contrariaient. Ils constataient si le courant de grebi donnait ou bien le gregau. On était arrêtés à une maille de la terre (100 mètres), à réfléchir, à calculer, stoppés sur les avirons pendant un quart d’heure, vingt minutes, une demi-heure. Si c’était franc, on calait « la pouncho dins lou pounent » fallait aller vers l’Espagne. C’était plus mauvais quand il y avait le vent d’est parce que, dans ce sens là, il fallait "embasser" (ranger les filets dans la barque) la terre à l’envers... Ils aimaient pas trop là... Après, les courants proches de la terre étaient forts, alors ça te prenait le filet, tu coulais ! Tu aurais rigolé ! tu arrivais au bord en coulant, tu aurais vu comme ça peltirait (tirer avec force) ! Au lieu de partir par ce bras (celui vers l’embouchure), il fallait démarrer par l’autre. Avec les courants forts, pour un noyé au niveau de Pissevaches, ils nous ont demandé de faire bol pour essayer de récupérer le corps. O ! adieu, on l’a retrouvé aux Ayguades, trois ou quatre jours après... » (dérive vers le Sud de plus de 7 kilomètres / note JFD)

 Yves BONI 4, toujours à la grande traîne (traina) : « ...et le second essai, le bol du matin, à l’aurore... Des fois on venait jusque sous “ Tintaine ” (latitude du cimetière marin et de la chapelle des Auzils, presque à Gruissan ; le lieu est noté sur la carte d'État-Major des années 50 / note JFD), on se tapait déjà 8, 10 km à pied (13 même ! / note JFD)... et ce filet en coton, mouillé qui plus est, il pesait lourd et puis fallait pas mettre le pied dessus : il te foutait un coup de pied au cul... Enfin, j’aurais été plus intelligent, j’aurais continué à l’école... Mais je regrette rien... c’est un boulot rude quand même.
    Après attends, oooh il m’avait trouvé une autre combine. Il était bien le vieux Garibaldi alors il m’avait foutu à la barque, on avait des corbeilles en osier, des brassets on disait, Après le premier bol, depuis Tintaine j’allais porter 400 ou 500 kilos aux Cabanes, à la rame et arrivé, retour à l’expéditeur ! (environ 13 kilomètres et autant pour y revenir même à vide ! puis un autre trajet retour pour le filet non ?/ note JFD) 

— On comprend qu’après la journée, pas besoin de faire du sport... 

— Oh ! podes y anar (tu peux y aller) ».  (à suivre)


mardi 17 février 2026

Entre Les-Cabanes et Gruissan, les “ Robert ” Vié, Boni et François Marty (4)

Le globe redescend alors pour n'être relevé que suite à un bon quart d'heure d'attente. Posé à portée des habitations, il appartient à tous et est utilisé par roulement (1). Ceux qui possèdent un tel filet à titre privé (ils sont 17 dans les années 1920 (2)) ne peuvent caler qu'en amont... 

Robert Vié (1927-2007), ravaudant dans son impasse (années 74-77). 

Ce que faisait notre regretté voisin, Robert Vié (1927-2007), homme d'une convivialité constante, ouvert aux autres, recevant les écoliers dans son petit musée de la pêche avec maquettes (dont celle du globe avec les poteaux, le filet, les tourets de bois), qui m'invita plus d'une fois soit à la pose de palangres dans la rivière ou à la pêche à l'anguille sur l'Étang de l'Ayrolle, sinon à la traîne entre Pissevaches et la plage des Cabanes même. Dans la deuxième moitié des années 60, suivant la période, secondé par son fils Claude, cadet d'Élian (poutous à eux deux, à Hélène, la petite sœur et Jeannette la maman !) il calait son globe plus ou moins haut dans l'Aude. 

Le cabanon de La Treille en 2021

En été, c'était entre La Pointe et Joie, exactement au cabanon de La Treille, nous y arrivions en bande, six ou plus (Jean-Marie, Joseph, René, Robert, Guy, JF... nous y allions, comme Montand, à bicyclette) en pleine pêche au muge. Les treuils de Robert et Claude à côté, cela n'empêcha pas leur accueil toujours aussi aimable et souriant... comme nous aurions aimé l'avoir plus longtemps... (à suivre)      

(1) Robert Boni (1927-2019) (si quelqu'un dispose d'une photo autorisée, elle sera la bienvenue), ancien inscrit maritime aux Cabanes, compte un poste de plus pour la pêche au globe, celui dit « du Canalet », à la sortie du port. Il précise que la pêche au globe bénéficie d'une tolérance vu qu'il est interdit d'entraver la circulation dans un port ; il ajoute que cette pêche, réservée aux « demi-soldiers », aux retraités, permettait « d'arrondir les fins de mois », qu'ensuite le droit à cette pêche a été élargi à tous les inscrits justifiant d'au moins neuf mois d'armement par an (ils étaient alors 22 pêcheurs). Le roulement se tirait au sort en avril : les périodes et saisons, les aléas climatiques alimentaient jalousies et tiraillements. D'après cet entretien, il ne reste plus que le globe à l'usine (dit « de la mer »), entre les deux ports édifiés. 
Depuis (l'entretien date de septembre 1998 dans « Le Cagnard » n°11 “ magazine de tous les Pérignanais ”) Les-Cabanes ne comptent plus d'inscrits maritimes, (l'inscription date de Colbert il fallait cinq ans de marine royale et ensuite passer par le noviciat et le matelotage pour devenir patron). Désormais il ne faut ni être inscrit pas plus que diplômé pour être pêcheur.  

(2) regroupés au sein d'une « Société des barres fixes et souffertes ». Le premier règlement à la prud'homie de Gruissan date de 1902. Sont fournis les poteaux (rails), les pieux d'ancrage, les souffertes (câbles). En cas de non respect du règlement, les contrevenants doivent payer une amende, faute de quoi ils ne pourront travailler.    
Informations que l'on doit à François Marty (1953-2008) dans une « Étude Inachevée... » (et pour cause) (voir le site « archives du sensible / Parc Naturel de la Narbonnaise Etude pêche Marty_août2010 ). 

François Marty emprunt aux Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise... qu'ils en soient remerciés...

Pour une biographie : François Marty  
(voir aussi Par-delà les lagunes avec, à la fin, une étonnante recette de cassoulet à la seiche... Pauvre Chaffou, parti à l'âge de profiter de sa retraite). 

 

dimanche 15 février 2026

La pêche au globe aux Cabanes-de-Fleury (3)

Dans l'article précédent, sur le sujet de la pêche au globe, nous disions : lorsque les câbles qui le tendent hors de l'eau sont complètement relevés, aux sillages désespérés des poissons, il faut constater si cela vaut la peine d'y accéder en barque. Si oui, il faut redescendre les câbles porteurs (1) de manière à ce que, plaqué de tout son long à la pointe du betou, le pêcheur puisse entrer dans le piège. De ses mains accrochant les mailles, il poursuit un après l'autre chaque poisson prisonnier, (plusieurs espèces, surtout des muges) ; à l'aide d'une épuisette (2), il les jette alors dans le fond de la barque. (à suivre)

Pêche au Globe sur le fleuve Aude, aux Cabanes-de-Fleury (en face, dans l'Hérault et entre parenthèses, la campagne du Chichoulet où fut tourné « Le Petit Baigneur » avec Louis de Funès, 1968). D'après la revue Folklore n°3 d'octobre 1941, le globe a été interdit ailleurs parce que préjudiciable aux gros poissons reproducteurs... Faut-il comprendre que le maritime des Cabanes-de-Fleury et de Port-la-Nouvelle (grau de l'Étang de Bages et de Sigean, grau de La Vieille-Nouvelle... et plus loin, à l'Étang de Berre) bénéficiaient d'une exception à la règle. Mlle Narbonne parle de tant de globes à La-Vieille-Nouvelle qu'en une seule nuit, il pouvait se prendre trois ou quatre cents kilos de poissons ! (en 1980, un globe collectif fut calé par les Gruissanots dans leur étang)
Diapositive © François Dedieu.   
  


Un coup de globe pas terrible..
Diapositive @ François Dedieu. 


L'ichtyologue donne le détail du dispositif de pêche et des prises potentielles, loup (“ loubarron ” en languedocien, “ bar ” en français), maquereaux au printemps (F. Marty parle de mélette, est-ce possible avec des mailles de 3 cm ?). Il se prend surtout des muges (“ butado ”, “ cabot ”, “ lesso ”, “ loup ” pour mulet ! “ mijoul ou mujol ” suivant les variantes du languedocien pratiqué sur la côte audoise... Nous, nous disions “ lisso ” d'une petite taille, “ muge ” généralement, “ camar ” pour le poisson prétendument mangeur de vase. Le spécialiste au micro, finit, lui, avec les femelles muges pleines d'œufs, qui, grâce au sel et au Cers, donneront la poutargue, caviar de la Méditerranée, à trancher finement... 
Diapositive @ François Dedieu. 

(1) Les photos dont celles du pauvre François Marty (« Étude inachevée... » Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise) Etude pêche Marty_août2010 montrent souvent les Vidal au globe dont le père Séverin (1896-1985), dans la pose qu'on lui connaît, catalanes aux pieds, tenant le touret (treuil à main lubrifié au savon noir) et observant les éventuels et puissants sillages des poissons pris. Ils pêchaient à deux : une boucle de corde solide passée dans un des manches de ce tourniquet (ailleurs avec un cliquet) permettait de retenir le filet relevé. Parfois ils le relâchaient après avoir constaté que les prises ne valaient pas qu'on sortît la barque. (Photo aussi dans « Canton de Coursan », Opération Vilatges al Pais, Francis Poudou, 2005).    

(2) on disait aussi « le salabre ». Deux remarques néanmoins : 
1. Salabre. Il se compose d'une planche amincie montée sur un manche qu'il faut pousser à 45° sur le sable du fond. Le filet en arrière peut retenir « ... anguilles, crevettes, petites soles, carrelets et crevettes (F.Vals, revue Folklore). Justement, quand ils ne pêchent pas avec le cheval de trait, on peut voir un tel engin en action pour des crevettes grises, loin au Nord sur la Côte d'Opale. 
2. Le glossaire des termes languedociens employés par nos pêcheurs est plus précis « Salabre s. m. : sorte de truble (petit filet emmanché ou non. [Grand Larousse])qui sert à prendre le poisson dans les bourdigues. Catalan salabre; sorte de filet à manche soutenu par des cordes sur le fond de la mer. » (revue Folklore n° 41). 

lundi 1 mai 2023

Les BATEAUX-BŒUFS.

Tels les bœufs sur terre, eux, c’est la mer qu’ils labourent. C’est la raison pour laquelle, suite aux plaintes des petits métiers qui se voyaient privés de subsistance, ces bateaux couplés, puissants, raflant tout jusqu'au pied des bordigues (1), ont été interdits, d’abord en Catalogne, autour du delta de l’Èbre. Vers 1720, menacés de la peine de mort, les Catalans concernés ont emporté avec eux leur méthode efficace en France, en remontant du Roussillon au Languedoc. Tellement efficace qu’elle a vite été adoptée. Le premier gangui (filet) acheté a vite été copié. 

Robert Mols, port de Sète 1891 (détail)domaine public musée Paul Valéry. Le mousse en train de monter sur l'antenne donne l'échelle du bateau-bœuf. 


Incontestablement destructrice, cette pêche a été interdite par l’amirauté au milieu du siècle. Suite aux décrets jamais appliqués, lorsque, en 1769,  les autorités de Narbonne décidèrent de supprimer les bateaux par la loi, les populations concernées, tellement habituées au laxisme, à un certain laisser faire (non sans raisons, cette fois), ont laissé courir. Sauf, (est-ce là une caractéristique bien française ?), qu’un an après, de la mollesse on est passé à la plus grande brutalité. L’ordre était de brûler les bateaux ! 

Gruissan, étang de l'Ayrolle, les bateaux-bœufs étaient alors à l'ancre au grau de la Vieille-Nouvelle (à gauche, au fond sur la photo). Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Auteur Christian Ferrer


Un crève-cœur pour les marins de Gruissan ! Ils ont bien essayé de ruser, d’abord en ancrant un peu loin, hors de portée, puis en arguant que les matelots, pas payés, n’étaient pas venus. Les mâts, antennes, agrès et filets furent mis à terre sous séquestre. Ne s’en laissant pas plus conter, l’amirauté a réquisitionné les charpentiers de Bages (ce qui, entre jalousies, concurrences, tensions mettant aux prises petits métiers et patrons-pêcheurs, n’a pas arrangé l’entente) et pas question de couler les coques vides en eau peu profonde pour les renflouer dès que les choses se seraient calmées. À la fin du mois d’octobre 1770, 26 bateaux ont été détruits et coulés, 43 à Agde. 

Gruissan Chapelle_ex-voto pour avoir survécu à une tempête. Notre-Dame-des-Auzils avril 2022 Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Author Tylwyth Eldar (2)

La mutation est à l’origine de l’engagement des marins gruissanais pour le long cours depuis Marseille. Le cimetière marin des Auzils en témoigne. Ces souvenirs traumatisants se transmettent de génération en génération jusqu’à aujourd’hui. (source : archives départementales de l’Aude). Des bateaux ont été détruits aussi à Marseillan mais pas à Cette où cette technique de pêche n’a existé que plus tard. En 1906, plus de soixante-dix bateaux-bœufs y étaient immatriculés.

Cette pêche devant toujours être interdite, s’est pourtant toujours maintenue. Les destructions des bateaux-bœufs ont-elles été effectives partout ? Les chalutiers qui ont pris la suite n'ont-ils pas continué à dévaster les fonds ? 

Nous devons à Bernard Vigne, lui-même maître à bord d’un vieux voilier d’avoir commis un brillant et complet article sur le bateau-bœuf dans une revue dont on n’a plus à vanter la grande qualité « Le chasse-marée » n° 89. 30 minutes de lecture, tout y est de Sète, de ses Italiens à la construction, au plan du bateau ; la coque, le pont, le gréement, les voiles, l’aménagement, l’équipage, les manœuvres, la pêche, son partage, l’entretien. Et des photos aussi rares que parlantes. 

(1) pêcherie espace dotée de barrières de carabènes (roseau dit " canne de Provence ") et sénils pour amener le poisson au centre d'un piège d'où il ne saura et ne pourra pas repartir. 

dimanche 21 novembre 2021

LES AUZILS, cimetière marin, fin et recommencement...

 Tous ne sont pas revenus. Comment ne pas s'émouvoir en pensant que nombre de ces marins perdus ont auparavant parcouru cette allée avec aux mains, les fleurs du souvenir, aux lèvres, la protection qu'un croyant demande avant de repartir ? Et pour finir, tout en haut, dans la chapelle, comment ne pas s'élever à l'idée des ex-voto, ces œuvres de longue patience, en signe de reconnaissance, pour remercier le Ciel d'en avoir réchappé. Une sincérité d'âme à laquelle il faut s'accrocher quand un monde pourri, trop facilement admis, s'immisce puisque ces ex-voto furent volés pour alimenter l'amoralité abjecte d'une minorité arrogante gavée de fric, des collectionneurs ne respectant rien. 

Cet ermitage devenu cimetière marin, nous l'avons abordé, à l'occasion de la sardo, le repas de fin de vendanges par Jean Camp avec le personnage de l'ermite et pour décor le chemin montant à la chapelle. Ensuite, tout au long des inscriptions du souvenir, comme une musique de fond, Oceano Nox, le poème de Victor Hugo, " Oh ! combien de marins, combien de capitaines...", nous a accompagnés.

L'heure n'était pas à relever l'exotisme des ports, des mers, des destinations lointaines quand, sortant de sa fatalité pourtant si ordinaire, la mort et ses jeux trop cruels pèse, telle un couvercle, sur le for intérieur. 
Une fois que le silence seul des consciences sied à la solennité du lieu, les mots immortels des grands poètes sont à même de cristalliser un liant permettant aux êtres que nous sommes, confrontés à la marche du temps, de s'épauler, de communier. C'est dans ce cadre que la Pensée des Morts de Lamartine a rejoint notre méditation. 

Ensuite, loin d'émaner d'un hasard, les coïncidences, ces particules d'énergie mentale, récoltées ou fabriquées, savent se rappeler au souvenir, se percuter, se conjuguer. Alors entre en scène Georges Brassens, toujours marqué par la mort trop présente et par le "grave danger" que portent les religions. Il nous chante la partie objective du long poème de Lamartine. 
 
Pour finir et peut-être parce que cette suite de coïncidences encourage à poursuivre dans cette voie, puisque, depuis la chapelle, le regard embrasse le Golfe depuis la Côte Vermeille jusqu'à Sète, après Brassens qui repose dans le cimetière des pauvres, côté étang, Paul Valéry qui, par la grâce de son poème (du moins le début et quelques passages moins hermétiques pour le commun des mortels), a fait renommer "Cimetière marin" celui des riches. Depuis ses allées en pente, le regard plonge vers les flots, "la mer fidèle", "toujours recommencée"...  
  
Sète tombe Valéry (cimetiere_marin)  Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Author Fagairolles 34
        
"Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
Ô récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !..." 

... Et quelle paix semble se concevoir !
Quand sur l’abîme un soleil se repose...
 
... Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux ! ...

... Le vent se lève!. . . Il faut tenter de vivre!
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs ! "

Le Cimetière Marin, Paul Valéry (1920). 

Et qu'est-ce que cela peut bien nous faire si l'expression "cimetière marin" est inappropriée ? Au contraire c'est parce qu'elle s'est libérée des chaînes du rationnel, du systématique, du cartésien, qu'elle peut nous emporter dans une fantasmagorie poétique propre à chaque être prédéterminé mais partagée dans sa dimension " D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?"

Sète Hérault Quartier de la Corniche Photo Christian Ferrer Wikimedia Commons  CC BY-SA 3.0

 

"... Trempe, dans l'encre bleue du golfe du Lion,
Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion,
Et, de ta plus belle écriture,
Note ce qu'il faudrait qu'il advînt de mon corps,
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord
Que sur un seul point : la rupture [...] 

[...]  Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus,
Creusez, si c'est possible, un petit trou moelleux,
Une bonne petite niche, [...] 

[...] Déférence gardée envers Paul Valéry,
Moi, l'humble troubadour, sur lui je renchéris,
Le bon maître me le pardonne,
Et qu'au moins, si ses vers valent mieux que les miens,
Mon cimetière soit plus marin que le sien  [...]"

"Supplique pour être enterré sur la plage de Sète", Georges Brassens, juillet 1966. 

Le Krusenstern (quatre-mâts barque russe, 1926) passe devant le Théatre de la Mer (anciennement Fort Saint Pierre, 1743) et le Cimetière Marin. Sète, Hérault, France. Author Christian Ferrer wikimedia commons CC BY-SA 3.0

Les noyés de la tempête de 1797, m'a précisé une fidèle lectrice, ont été enterrés sur place, dans le sable, en deçà et au-delà des caps des Frères et de Leucate...

Paul Valéry, Georges Brassens, Sète, après le gris et le glauque des corps dans les tempêtes, les mêmes bleus de la mer et du ciel, le vert sombre, les pierres blanches de l'Allée des Naufragés aux Auzils, au bord de la Clape pour s'élever plus haut que la mort, toujours plus haut dans l'éclat sans égal d'une Méditerranée sublimée. 

Notre_Dame_des_Auzils wikimedia commons Auteur ville-gruissan.fr


 

samedi 13 novembre 2021

GRUISSAN, les AUZILS, l'Allée des Naufragés... (2)

Par un temps gris ce jour-là pourtant en juillet (il va pleuvioter vers dix heures), en remontant l'Allée des Naufragés, dans la paix des cyprès et des pins, une sérénité que même la présence du grand soleil méditerranéen favoriserait, au souvenir des marins perdus en mer ou à l'escale,Victor Hugo nous accompagne encore.


 "... On demande: « Où sont-ils ? Sont-ils rois dans quelque île ?
Nous ont’ ils délaissés pour un bord plus fertile ? »
Puis, votre souvenir même est enseveli. ..."


"... Le corps se perd dans l’eau, le nom dans la mémoire.
Le temps qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli. ..."

"... Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L’un n’a-t-il pas sa barque et l’autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits où l’orage est vainqueur, ..."
 

"... Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encore de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur cœur ! ..."

"... Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l’étroit cimetière où l’écho nous répond..." 


"... Pas même un saule vert qui s’effeuille à l’automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l’angle d’un vieux pont !..."

 


"... Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots ! que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux !

Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir, quand vous venez vers nous !"

Victor Hugo
Les Rayons et les ombres, 1840


  Pour compléter cette visite, le carnet de randonnée du site ami... mais remarquable http://www.maclape.com/articles/auzils/auzils.html


jeudi 11 novembre 2021

Gruissan, le cimetière marin.

Dans la paix des cyprès et des pins, dominant la mer, dans ce cadre tout de beauté et de solennité, l'allée des Naufragés, monte vers la chapelle des Auzils. Plus encore lorsque le site est peu fréquenté, sinon désert, la marche ralentie par la montée, alliée aux pauses qui voient se succéder les inscriptions émouvantes des cénotaphes, ces tombeaux vides, sinon ces niches lovées dans la pierre de la garrigue ou les simples plaques ou stèles, est propice au recueillement, à une méditation profonde où l'exotisme des océans lointains s'oppose au "navire glissant sur les gouffres amers" (C. Baudelaire). 
 
Pour nous accompagner, "Oceano Nox", du recueil "Les rayons et les ombres" (1840) de Victor Hugo.  
 
 
"Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis ?..."
 

"... Combien ont disparu, dure et triste fortune ?
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfoui ?..."

"... Combien de patrons morts avec leurs équipages ?
L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots !..."


"... Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée,
Chaque vague en passant d’un butin s’est chargée ;
L’une a saisi l’esquif, l’autre les matelots !..."

"... Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus..."


"... Oh ! que de vieux parents qui n’avaient plus qu’un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !..."

"... On s’entretient de vous parfois dans les veillées,
Maint joyeux cercle, assis sur les ancres rouillées,
Mêle encore quelque temps vos noms d’ombre couverts,..."

"... Aux rires, aux refrains, aux récits d’aventures,
Aux baisers qu’on dérobe à vos belles futures
Tandis que vous dormez dans les goémons verts !..."

mercredi 10 novembre 2021

Gruissan, Notre-Dame-des-Auzils


 Sur les hauteurs de la Clape, Notre-Dame-des-Auzils* se situe sur le Roc Saint-Salvayre. Traditionnellement, les jeunes filles du coin jetaient un caillou au fond de la grotte du saint, juste en dessous, en clamant : 

"San Salvaïré, douno mé un fringaïré ou te fici un pic sul nic !" (Saint Salvayre, donne-moi un amoureux ou je te fous un coup sur le nez). 

Mais le site est connu pour être l'objet d'un pèlerinage pour les marins qui périrent en mer, les lundis de Pâques, de Pentecôte (1) et le premier dimanche de septembre.** 



Mentionnée dès 1223, la chapelle dont le nom viendrait d'Auxilium le bon secours, est peut-être un ermitage pour l'accueil des voyageurs. A gauche de la montée vers l'édifice, un "jardin de l'ermite" est indiqué. Dans Vin Nouveau, Jean Camp qui tient à ce qu'il soit rendu grâces après le dîner, invite Frère Marie au repas de la sarde (nous avons parlé de ce repas marquant la fin des vendanges dans un article récent) (2). 

"... Frère Marie ne veut déplaire à personne. Il boit pour répondre au brinde de son hôte [...] Des bribes de cantiques lui montent aux lèvres. Il les chantonne en dodelinant de la tête, souriant à Elida, l'effrontée, qui a mis son bras nu sur sa manche de bure et minaude si près de lui qu'il est tout parfumé de sa chaleur et de sa jeunesse." Vin Nouveau, Jan Camp, 1928. 

Julien Yché précise qu'au XIXe siècle, l'honneur de porter un très grand Christ, Nostre-Sénher-lo-Gros, une statue de bois évidée mais lestée de pierres et de plomb. 
Avant de partir les Gruissanais sollicitaient Notre-Dame et au retour, offraient un ex-voto pour avoir survécu à un naufrage. **
 
Les ex-voto ont été volés (1967). Rien n'a été retrouvé. Six des vitraux d'Henry Guérin ont disparu, cédés à des particuliers (fin des années 70), La galerie soutenant les tribunes a été mangée par les termites (1978) ***. (3) http://www.maclape.com/articles/auzils/timeline.html  
 
Le cimetière marin.
 
Pour passer de l'ermitage au cimetière marin, il faut évoquer la terrible tempête de février 1797. 
Le 9 ventôse, les pêcheurs ont rapporté du poisson sur la plage. 
Dans la nuit du 9 au 10, des éclairs menaçants sur tout l'horizon ne cessèrent pas. 
Voulant néanmoins profiter du vent au nord, favorable pour la pêche, la plupart des patrons restés à l'ancre non loin de la plage, repartirent pêcher. 
A huit heures, au travers du cap Saint-Pierre (le Roc de la Batterie à saint-Pierre-la-Mer, je présume ?), le vent tomba et une très forte mer les toucha, de Sud-sud-est, du secteur où les éclairs de la nuit avaient été les plus forts. 
Les marins voulurent alors regagner la Vieille-Nouvelle sauf qu'un vent de Nord-nord-ouest se levant soudainement, ils durent faire cap sur Agde. 
Une heure après, d'un ciel plombé tomba une grêle de gros diamètre suivie d'un déluge d'eau qui fit tomber le vent. Les bateaux non gouvernables, à la merci d'une mer plus furieuse encore, dérivèrent sur trois lieues (env. 17 km ?). 
Vers midi, malgré un vent violent de Sud-sud-est, ils purent se diriger vers le grau où plusieurs purent heureusement rentrer. Ce ne fut pas le cas pour tous : celui de Bernard Rouquette chavira avec neuf équipiers, celui de Jean-Pierre Gimié et de ses dix hommes fut englouti, celui de Jean-Vincent Mourrut rentra on ne sait comment, le gouvernail arraché mais les vagues avaient emporté le patron et deux matelots, celui de Sébastien Portes disparut également, avec 10 hommes. 
Des familles furent anéanties. Dans les semaines qui suivirent, entre la Vieille-Nouvelle et Leucate, la mer rendit les corps****. 
 
Depuis 1797, le pèlerinage aux Auzils rappelle la catastrophe ; une plaque est posée en bas du chemin qui monte à la chapelle, voulu au XIXe siècle pour honorer les disparus en mer de la marine de pêche, commerciale ou nationale (4). 
 

* dans son "Itinéraire en Terre d'Aude", Jean Girou écrit "Aouzils" 

** source "Canton de Coursan" Francis Poudou et les habitants / Vilatges al Pais 2005. 

*** source d'exception  http://www.maclape.com/articles/auzils/timeline.html et, concernant les cénotaphes, une approche fouillée bien que technique http://www.maclape.com/articles/auzils/ceno.html

**** source bien documentée https://golfesclairs.wordpress.com/2016/01/30/retour-sur-les-naufrages-du-28-fevrier-1797-ou-32-marins-pecheurs-disparaissent-en-mer/

(1) Celui de Pentecôte commémorait la fin de l'épidémie de choléra de 1835. 

(2) concernant les jeunes filles qui veulent un mari, Jan Camp écrit qu'elles s'agenouillent devant la dalle représentant le saint et que c'est en se relevant qu'elles cognent de la tête une pierre en saillie pour déclamer l'incantation rituelle. A propos de l'ermite, il dit : "... voici la fosse que frère Marie creuse chaque jour un peu plus et où il veut reposer après sa mort..."

(3) pour les ex-voto voir https://www.ex-voto-marins.net/pages/lesphotos11.htm

(4) dont, en Méditerranée, les sous-marins qui ne sont pas remontés : la Sibylle (1952), la Minerve (1968), l'Eurydice (1970).    


 

lundi 8 novembre 2021

Gruissan, la fête de la Saint-Pierre (fin)

 

La relève, c'est le fils d'abord, qui espère que des jeunes prendront la suite, que la prud'homie, vieille de plus de deux siècles, continuera de protéger les étangs, contre un assèchement par exemple, le poisson lorsqu'un pompage sans grille aspire le fretin et les alevins. L'utilité des juges élus garantit la profession de l'anarchie, ratifie les accords et comme elle tranche les différents et les défend, comme lorsque leurs homologues de Bages voulurent, vers 1800, les chasser de l'îlot de la Nadière dans l'étang voisin (de Bages et de Sigean)... Il parle de cette fête en tant que bénédiction, protection dans la dangerosité du métier, pour ne pas qu'un pied se prenne dans le filet...  

Au-delà de la tradition, cette fidélité à la Saint-Pierre évoque l'héritage maritime du vieux village. En 1967, dans la série "Villes et villages", l'ORTF présentait "Gruissan dans l'Aude" (archive Ina).  

 ina.fr/video/CPF86656845