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mercredi 10 novembre 2021

Gruissan, Notre-Dame-des-Auzils


 Sur les hauteurs de la Clape, Notre-Dame-des-Auzils* se situe sur le Roc Saint-Salvayre. Traditionnellement, les jeunes filles du coin jetaient un caillou au fond de la grotte du saint, juste en dessous, en clamant : 

"San Salvaïré, douno mé un fringaïré ou te fici un pic sul nic !" (Saint Salvayre, donne-moi un amoureux ou je te fous un coup sur le nez). 

Mais le site est connu pour être l'objet d'un pèlerinage pour les marins qui périrent en mer, les lundis de Pâques, de Pentecôte (1) et le premier dimanche de septembre.** 



Mentionnée dès 1223, la chapelle dont le nom viendrait d'Auxilium le bon secours, est peut-être un ermitage pour l'accueil des voyageurs. A gauche de la montée vers l'édifice, un "jardin de l'ermite" est indiqué. Dans Vin Nouveau, Jean Camp qui tient à ce qu'il soit rendu grâces après le dîner, invite Frère Marie au repas de la sarde (nous avons parlé de ce repas marquant la fin des vendanges dans un article récent) (2). 

"... Frère Marie ne veut déplaire à personne. Il boit pour répondre au brinde de son hôte [...] Des bribes de cantiques lui montent aux lèvres. Il les chantonne en dodelinant de la tête, souriant à Elida, l'effrontée, qui a mis son bras nu sur sa manche de bure et minaude si près de lui qu'il est tout parfumé de sa chaleur et de sa jeunesse." Vin Nouveau, Jan Camp, 1928. 

Julien Yché précise qu'au XIXe siècle, l'honneur de porter un très grand Christ, Nostre-Sénher-lo-Gros, une statue de bois évidée mais lestée de pierres et de plomb. 
Avant de partir les Gruissanais sollicitaient Notre-Dame et au retour, offraient un ex-voto pour avoir survécu à un naufrage. **
 
Les ex-voto ont été volés (1967). Rien n'a été retrouvé. Six des vitraux d'Henry Guérin ont disparu, cédés à des particuliers (fin des années 70), La galerie soutenant les tribunes a été mangée par les termites (1978) ***. (3) http://www.maclape.com/articles/auzils/timeline.html  
 
Le cimetière marin.
 
Pour passer de l'ermitage au cimetière marin, il faut évoquer la terrible tempête de février 1797. 
Le 9 ventôse, les pêcheurs ont rapporté du poisson sur la plage. 
Dans la nuit du 9 au 10, des éclairs menaçants sur tout l'horizon ne cessèrent pas. 
Voulant néanmoins profiter du vent au nord, favorable pour la pêche, la plupart des patrons restés à l'ancre non loin de la plage, repartirent pêcher. 
A huit heures, au travers du cap Saint-Pierre (le Roc de la Batterie à saint-Pierre-la-Mer, je présume ?), le vent tomba et une très forte mer les toucha, de Sud-sud-est, du secteur où les éclairs de la nuit avaient été les plus forts. 
Les marins voulurent alors regagner la Vieille-Nouvelle sauf qu'un vent de Nord-nord-ouest se levant soudainement, ils durent faire cap sur Agde. 
Une heure après, d'un ciel plombé tomba une grêle de gros diamètre suivie d'un déluge d'eau qui fit tomber le vent. Les bateaux non gouvernables, à la merci d'une mer plus furieuse encore, dérivèrent sur trois lieues (env. 17 km ?). 
Vers midi, malgré un vent violent de Sud-sud-est, ils purent se diriger vers le grau où plusieurs purent heureusement rentrer. Ce ne fut pas le cas pour tous : celui de Bernard Rouquette chavira avec neuf équipiers, celui de Jean-Pierre Gimié et de ses dix hommes fut englouti, celui de Jean-Vincent Mourrut rentra on ne sait comment, le gouvernail arraché mais les vagues avaient emporté le patron et deux matelots, celui de Sébastien Portes disparut également, avec 10 hommes. 
Des familles furent anéanties. Dans les semaines qui suivirent, entre la Vieille-Nouvelle et Leucate, la mer rendit les corps****. 
 
Depuis 1797, le pèlerinage aux Auzils rappelle la catastrophe ; une plaque est posée en bas du chemin qui monte à la chapelle, voulu au XIXe siècle pour honorer les disparus en mer de la marine de pêche, commerciale ou nationale (4). 
 

* dans son "Itinéraire en Terre d'Aude", Jean Girou écrit "Aouzils" 

** source "Canton de Coursan" Francis Poudou et les habitants / Vilatges al Pais 2005. 

*** source d'exception  http://www.maclape.com/articles/auzils/timeline.html et, concernant les cénotaphes, une approche fouillée bien que technique http://www.maclape.com/articles/auzils/ceno.html

**** source bien documentée https://golfesclairs.wordpress.com/2016/01/30/retour-sur-les-naufrages-du-28-fevrier-1797-ou-32-marins-pecheurs-disparaissent-en-mer/

(1) Celui de Pentecôte commémorait la fin de l'épidémie de choléra de 1835. 

(2) concernant les jeunes filles qui veulent un mari, Jan Camp écrit qu'elles s'agenouillent devant la dalle représentant le saint et que c'est en se relevant qu'elles cognent de la tête une pierre en saillie pour déclamer l'incantation rituelle. A propos de l'ermite, il dit : "... voici la fosse que frère Marie creuse chaque jour un peu plus et où il veut reposer après sa mort..."

(3) pour les ex-voto voir https://www.ex-voto-marins.net/pages/lesphotos11.htm

(4) dont, en Méditerranée, les sous-marins qui ne sont pas remontés : la Sibylle (1952), la Minerve (1968), l'Eurydice (1970).