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samedi 31 janvier 2026

Son ENFANCE l'appelle (5) L'Atlantique.

« Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées, 
Sur elles sont venues s'inscrire, impitoyables, 
De nombreuses années... » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

“ Plages de sable ”... “ plages dorées ”... 

« J'aime les ports de l'Atlantique 
Quand les sirènes vont gueulant... » 
Les Ports de l'Atlantique, 1975, Serge Lama, musique Yves Gilbert (1). 

Juin 1953. Cherbourg. Après le train-paquebot depuis Paris, le Royal Mail Liner Alcantara à destination de Recife au Brésil (2) les emporte, migrants fuyant la misère pour une terre promise, un exil temporaire mais initialement de trois ans seulement avec l'espoir d'un mieux au retour (la suite du séjour confirme que c'est déjà décidé dans la tête de son père) , dans le Nord-Este, à Campina Grande, État de Parayba, à l'intérieur des terres. Alors, pour la plage dorée, vous pourrez toujours repasser ! Quoique, à 135 kilomètres, non loin du Cabo Branco, cap extrême oriental des Amériques, des vacances bien méritées ont permis de passer un mois sur une plage de Joao Pessoa, praia de Tambaú. 


Lettre de janvier 1955 ; je relis avec vous.  

« ... le mardi 11 janvier 1955, après être allé voir et un premier bain dans les mers du Sud, je louais une maisonnette recouverte de palmes de cocotier, donc typiquement brésilienne, pour un mois.

Retour à Campina Grande après mon premier bain dans les flots des mers du Sud (avec Jean-François), activité fébrile des derniers jours afin de prendre l’essentiel le plus commodément possible, et départ général (nous quatre + la bonne)(3) pour la capitale de la Parahyba, en autocar.

Départ à six heures du matin, arrivée à dix heures trente (pour faire 120 km ! mais la piste n’est pas des meilleures) ; les dix colis s’alignent sur le trottoir tandis que Christine prend son biberon sous les grands arbres de la Place Américo ; et dix minutes plus tard un taxi nous emporte sur la large avenue rectiligne de cinq kilomètres qui joint la capitale à sa plage, Tambaou (on écrit Tambaú).

Nous voici donc sous les cocotiers, profitant au mieux de nos vacances, les premières vraies vacances depuis juillet 1952, respirant à pleins poumons l’air pur que nous apporte l’alizé austral, nous baignant deux fois par jour au moins (mardi j’ai pris trois bains), cueillant à tout moment les fameux cajous (pommes d’acajou) pour en exprimer le suc bienfaisant et rafraîchissant, dormant dans les hamacs transformés pendant la journée en chaises longues ou en balançoires ; bref commençant d’agréable façon notre dernière année « de Brésil », du moins celle qui devrait être la dernière.

On nous a promis du poisson pour aujourd’hui. Nous aimerions bien en avoir un peu. Songez que depuis notre arrivée, nous n’avons pas encore mangé de poisson frais, et deux ans sans poisson nous font attendre avec plaisir les premiers qui vont arriver. Nous menons une véritable vie de bohème et de gitans : sur une corde s’étale notre garde-robe ; au mur se balancent l’appareil photographique, le marteau, la bouillotte en caoutchouc, et, de l’autre côté, le réveil, suspendu par une cordelette à une solive du toit. Avant-hier, Georgette, d’une vieille porte a fait une belle table d’office, des voisins complaisants nous ont prêté deux chaises, une table et un hamac, ainsi qu’un solide banc de bois. Un beau bidon de pétrole de 19 litres, acheté vide et dûment lavé, nettoyé, passé au savon, puis flambé à l’alcool, constitue notre réserve d’eau. Le marchand d’eau, qui marche à longueur de journée derrière son âne porteur, vient nous la renouveler quand nous voulons pour 2 Cr$. Une planche fixée à deux clous par deux ficelles est notre table de toilette. De l’autre côté, sur une porte consignée, une autre planche soutient ma bibliothèque de vacances : Olympio ou la vie de Victor Hugo, d’André Maurois, Madame de Maintenon, Batouala, Ma Vie d’enfant de Maxime Gorki, La vie privée de Chateaubriand, Précis de stylistique française, Conversion à l’humain de Jean Guéhenno, Journal d’un Curé de campagne de Bernanos, Les Frères Karamazov de Dostoïevski, et deux ou trois autres ouvrages.

La radio des villas voisines nous envoie quelques beaux disques et pas mal de rengaines ou de réclames dont nous nous passerions facilement. Heureusement nous sommes un peu loin, et les bruits arrivent à nos oreilles un peu assourdis, presque embellis en se mariant au doux bruissement de la paille de cocotier et au mugissement lointain (nous sommes à 500 mètres du rivage) des vagues. 

Jangada 2014 under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. Author Otavio Nogueira

Vous devriez voir encore ces ‘jangades’, bateaux bien primitifs des pauvres pêcheurs du Nord-Est et du Nord, l’immense et merveilleux bois de cocotiers balançant haut dans l’air leurs longues palmes et montrant leurs jolis fruits verts pleins de la plus pure des eaux douces, à quelques mètres de l’eau salée.

Il faudrait attirer encore votre regard sur le cap de droite, le cap Blanc, pointe la plus orientale de toutes les Amériques, et sur cette ligne ininterrompue formée par les milliers et les milliers de cocotiers qui sont la richesse et la beauté de Tambaú, sur les curieuses voiles blanches des bateaux, voiles triangulaires certes, mais un côté du triangle étant vertical, confondu avec le mât, tandis que le sommet opposé se balance bien haut, à l’extrémité d’une perche articulée sur la base verticale. Ajoutez la date : 21 janvier, le dos brûlé par le soleil de celui qui écrit et de son épouse, quelques jeunes jouant au volley-ball sur le mince banc de sable qu’est la plage, des lunettes noires et vertes contre le soleil (nous n’en avons pas, nous, n’aimant pas le genre), le marchand de glaces FIP (fines, incomparables, pures) installé à dix mètres des vagues sur la petite promenade cimentée du bord de mer, les voitures luxueuses roulant à tout moment sur l’avenue, les petits cars (bien moins luxueux, bien plus vieux) qui nous relient à la vie de João Pessoa. Enfin, songez à la France à quelque douze mille kilomètres d’ici (as catchat, François ! mais après vérification, il y a quand même huit mille km de Paris à Recife à vol d’oiseau) et vous vivrez quelques minutes de notre vie exotique, d’autant plus que la radio vient d’entamer une chanson typique du Ceará…

Jean-François est heureux de son séjour à la mer. Il est dans son élément. La petite est toujours contente de son sort, et de notre côté nous nous félicitons d’être venus. Le climat est excellent : sans cesse souffle un vent frais des plus agréables... » 


« Jean-François est heureux » : il se souvient qu'une fois, il a amené une chèvre par le licol, je suppose que ses parents ont dû revenir la rendre ; il a quatre ans et demi et son père a écrit qu'il était un petit démon... ce qui n'augurait rien de bon pour la suite... Oublions, évoquons plutôt ce bonheur de l'océan, de la plage ; pour jouer il une jangada miniature en balsa, peut-être du même bois que celui des vrais radeaux des pêcheurs du coin, et puis il y a cette senteur, ça sent très bon, peut-être celle des algues sur le large plan incliné de l'estran ; parfum de la praia de Tambaù qu'il veut retrouver un jour ou qui le saisira d'un coup comme celui, un jour du début des années 60, des abacaxis, des ananas, devant l'épicerie fine d'une rue moyenâgeuse de Pézenas, non loin de la collégiale Saint-Jean... 

 « Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées... » Merci le type qui chante à la radio, merci Serge Lama comme aux arènes de Béziers...  

(1) Qui a dit que je n'aimais pas Lama ? Pour être honnête je l'ai laissé de côté lors de sa période « Napoléon » sauf que pour ceux qui nous laissent une trace, en plus des proches et intimes, aimer, c'est les accepter tels qu'ils sont. Charles Trenet, j'adore et pourtant je lui en veux pour à peine un mot, l'article indéfini pluriel « des », pour « la mer qu'on voit danser le long “ des ” golfes clairs... » alors que nous sommes, que lui-même est « du golfe clair », l'unique, le nôtre, celui du Lion, la suite des paroles l'exprimant clairement...   
(2) une série d'articles sur ce blog, mot-clés « Alcantara », « Partir ». 
(3) La présence de la bonne me déstabilise... À y réfléchir, impossible de faire sans. D'abord, la maison comportant une salle de classe, avec deux enfants dont ma petite sœur de onze mois, c'eût été difficile pour ma mère. Ensuite, en plus du principe consistant à faire chez les autres comme ils font, afin d'être acceptés de la classe aisée de la ville, disponible pour continuer à se cultiver et ponctuellement apprendre le français à l'Alliance Française, impossible de faire autrement, difficile aussi de se démarquer au niveau du salaire... 
Il n'empêche, afin de ne pas généraliser, un jour qu'un mendiant présentait sa sébile non loin de notre porte, à mon père qui proposait de le payer s'il balayait la terrasse, celui-ci opposa un refus, disant qu'il gagnait plus en demandant la charité...   


 

lundi 9 mars 2020

NISSAN EN FÊTE, un film de Michel CANS des années 1950.

Né au début des années 1920 (1), le journaliste Michel Cans a confié plus de 160 films tournés entre 1950 et 1970 sur les villages de l'Hérault (partie Ouest du département).
Archives vivantes d'un monde que ceux de moins de 50 ans ne peuvent pas connaître, ils nous montrent comment les gens sont habillés, quelles peuvent être leurs habitudes, et derrière ou avec eux, les commerces aux devantures protégées par des bannes de grosse toile ou encore des volets, les modèles de voitures, les remorques à main ou couplées aux mobylettes sinon aux vélos... 

L'Aude bénéficierait-elle aussi d'un fonds aussi riche et intéressant ? Si une quête plus approfondie s'impose, ce n'est pas une raison pour snober nos voisins d'au-delà du fleuve... 


Nissan-lez-Enserune, panoramio wikimedia commons Auteur logopop. Au-delà des collines, la plaine de l'Aude et au fond, reconnaissable malgré ses modestes reliefs, la Montagne de la Clape.

(1) "... PAGÈS, David, "Michel Cans, 88 ans, un pionnier du journalisme", dans Midi Libre édition Béziers, 1er mars 2010."

NISSAN en fête
réalisateur : Michel Cans ; collection CIRDÒC-Mediatèca occitana

https://occitanica.eu/items/show/247 

Nissan-lez-Enserune Eglise St-Saturnin portail wikimedia commons Auteur Fagairolles 34. A voir la sortie de la messe, on dirait qu'une partie du film a été tournée le dimanche des Rameaux.

samedi 22 juillet 2017

Petite chronique des années 50 / Fleury en Languedoc

Petite chronique des années 50. 

Franou et Michel, son petit garçon sont venus à la maison quand tu es né.

Ce petit, plein de malice, s’adresse un jour à son père instituteur :
« Papa, le garçon que tu as puni, il a dit un gros mot, il a dit "putain"... Il faut pas le dire "putain"... Pas vrai, papa, qu’il faut pas le dire "putain" ?
- Et toi, arrêta le père, en attendant, ça fait déjà au moins trois fois que tu le dis ! » 

François Dedieu. 


mardi 6 juin 2017

DU TEMPS DES INSTITUTEURS / La pédagogie Freinet à Salles d'Aude


Célestin Freinet (1896 - 1966) a initié une pédagogie moderne plus respectueuse du rythme naturel des enfants que de la vanité aveugle de l'autorité... L’œuvre antérieure des hussards noirs de la République se basait sur des principes éducatifs encore rudes.
Collectivement, la pédagogie Freinet a mis l'accent sur la correspondance scolaire, les exposés, l'esprit de coopération pour vivre la classe, et, en lien avec l'extérieur, les familles, pour ce qui nous touche aujourd'hui, le journal scolaire !



Les enfants écrivent, mettent en page, impriment et vendent au bénéfice de la coopérative. 
Et lorsqu'un de ces journaux, sorti de l'imprimerie de l'école avec la bienveillance presque invisible du maître, parle du village dans son époque, le témoignage ne peut qu'être émouvant.  
Quand on garde tout, dans les vieilleries qui sinon, trop souvent, se retrouvent aux escoubilles, des trésors sont cachés dedans... Les rangs des petits élèves  de l'année scolaire 1951 - 1952 se sont dispersés par force mais les dix histoires de ce numéro 1 palpiteront toujours des pulsions d'un pays fort et vivant, du temps des instituteurs... 




P.S. : il s'agit du numéro 1 de la 8 me année. la parution aurait donc commencé pendant la guerre !
Si quelqu'un peut nous en apprendre davantage ! Si quelqu'un a gardé de ces précieux numéros !