Quand les sirènes vont gueulant... »
Les Ports de l'Atlantique, 1975, Serge Lama, musique Yves Gilbert (1).
Aude, Languedoc, Tchécoslovaquie, Ariège, Pyrénées, Océan Indien, Lyon, Brésil, ports familiers mais unique maison des humains. Apprendre du passé, refuser la gouvernance cupide suicidaire. Se ressourcer dans l'enfance pour résister, ne pas subir. Passer ? Dire qu'on passe ? Sillage ? Aïeux, culture, accueil, ouverture aux autres, tolérance, respect, héritage à léguer (amour, écoute, cœur, mémoire, histoire, arts...) des mots forts, autant de petites pierres bout à bout qui font humanité.
Le feu, la neige, Noël, les cloches, la messe, minuit, les lanternes, le réveillon, l'hiver, le froid, la tempête, la glace, le gel, le refuge, l'enfance, tout un champ lexical sur l'année qui s'éteint.
Presque toutes les citations qui suivent sont tirées de Babelio, site web réseau social :
Pour raconter Noël, après Joseph Delteil, Paul Arène, Marcel Pagnol, Alfred Cazeneuve, Alphonse Daudet, Jean Camp, André Galaup, Clovis Roques, tante Céline, mamé Ernestine et un père que finalement je me dois de partager (1), je me suis senti aussi tari que le ruisseau du Bouquet sinon les recs et rajols de notre garrigue mourant de soif, impatients des pluies de ces derniers jours. Année après année, cette quête a moins rapporté. Est-ce pour autant qu'il faille négliger le réalisme funèbre de Guy de Maupassant, à l'opposé de la magie de Noël propre au monde de l'enfance (2) ? Entre chaleur festive du foyer et manteau neigeux de l'hiver, cet enchantement de Noël a aussi marqué Christian Signol de nos générations (né en 1947).
Entre Brive et le gouffre de Padirac, non loin de la Dordogne, le fleuve qui de sa part a fait l'objet de tant d'attentions, Christian Signol marque de sa plume des sagas familiales à l'ouest du Massif-Central, plus haut parfois, plus rude, moins adouci qu'on ne le prétend habituellement, plus dépaysant que Les-Quatre-Routes-du-Lot et ses deux petites centaines de mètres d'altitude, le village natal de l'écrivain.
800-900 d'altitude, sombres forêts, gorges profondes, terres rudes, fermes ramassées, entre les puys et le Plateau château d'eau de Millevaches, des paysages qui accrochent et ont accroché Christian Signol. Quant à son sentiment, ses ressentis si précisément circonscrits à travers sa multitude d'ouvrages, souvent ils relèvent de son enfance auprès des siens, aux environs immédiats du Causse de Martel et du fleuve Dordogne.
Si les références à Christian Signol, écrivain régionaliste (de territoire plutôt que de terroir à l'en croire), existent tout au long de ce blog, et surtout pour le dyptique de la Basse Plaine de l'Aude, « Les Vignes de Sainte-Colombe », 1996, Albin Michel, « La Lumière des Collines », 1997, Albin Michel, sa quarantaine de romans repose sur de solides fondations bibliographiques, historiques, géographiques, sociologiques, botaniques, lexicales suivant un cadre où évoluent des personnages parfois plus difficiles à suivre tant les sagas familiales couvrent des décennies. La chronologie, les épisodes historiques sont précisément évoqués tant pour notre pays (dont la Guerre d'Algérie) que pour l'Allemagne (« Les Noëls Blancs », 2000, Albin Michel), sinon l'Espagne de la guerre civile (« Les Amandiers Fleurissaient Rouges », 2006, Pocket) ; de même pour le peu que j'ai exploré, le cadre géographique hors de ses arpents familiers, comme le Causse Méjean (« Là où vivent les hommes », 2021, Albin Michel), ou les deux volumes toujours remarquables, à rendre jaloux, chez nous, des « Vignes de Sainte-Colombe » (1996 pour la première édition, Albin Michel) ... Christian Signol, un auteur incontournable qui a su déverrouiller un cadenas éditorial parisien hégémonique à hauteur des quinze millions d'exemplaires vendus dans le Monde... un auteur incontournable sachant clairement faire passer un constat lucide sur la course suicidaire de notre espèce, de même que sa vision optimiste de ce qui pourrait advenir...
(1) noms des auteurs pratiquement dans l'ordre livré par le moteur de recherche du blog.
![]() |
| Le nouvel an : dates traditions, coutumes [Les Forums - Histoire] : L'ORée des Rêves votre site pour lire écrire publier poèmes nouvelles en ligne Carte de vœux de soixante bonnes années en arrière. Une idée, si le destin veut bien nous garder, pour les fêtes de fin d'année 2026. Les archives familiales seront plus généreuses que ce que propose l'Internet, nous laissant cette mauvaise impression de passé effacé, poussant vers la sortie... |
(2) avant la télévision qui sut aussi prolonger cette magie de Noël (je pense aux riches programmes des fêtes de fin d'année grâce à Claude Santelli (1923-2001) notamment), les cartes de vœux de chalets, biches, rennes, traineaux, gui et neige, savaient agrainer les imaginations...
— ...Le jour dit, 29 octobre, de la part d’une Nathalie qui, sur fb, se souvient, Brassens aurait dit « Qu’importe ma vie ! Je veux seulement qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que j’étais ». Nathalie illustre sa réaction avec un Titi parisien de 7-8 ans, un poulbot, un Gavroche presque, en culotte courte, au sourire gouailleur, chaque bras soutenant du majeur le cul d'une bouteille de pinard calée contre l’aisselle, pour papa, pas Gervaise j'espère, une photo n. et b. signée Henri Cartier-Bresson (1).
C'est pas le tout... Et alors ? Martigues ?
— ...Bien sûr que l’inspiration est un mix particulier entre la personnalité éponge de ce qu’elle ressent d’un présent submergé de passé, l’état d’esprit du moment, sa perception et conscience des générations antérieures, des plus modestes personnages familiaux, locaux, jusqu’aux signatures qui insufflent ou font autorité ; dans cet ensemble, la base bibliographique à portée importe, de même que la ressource actuelle, magique, offerte par l’Internet. Cet assemblage qu’on voudrait mosaïque, marqueterie, réagit, résonne lorsqu’on lui présente un matériau, une idée, un mot... et là, faut vraiment rester vigilant, disponible : ne pas rater le chaînon, enchaîner les jalons sans lesquels la veine se perdrait...
— Et Martigues dans tout ça ?
![]() |
| Martigues Miroir_aux_Oiseaux 2023 Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International, 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic Author Benjamin Smith |
![]() |
| Émile Beaussier Martigues musée_Ziem 1930 Domaine Public |
![]() |
| Ziem_Félix Les Martigues Rentrée_des_tartanes Domaine Public Passeur Rvalette |
Le “ Miroir aux Oiseaux ”, un des nombreux petits ports de Martigues, avec ses deux îles restantes, ses canaux, ses ponts qui lui ont valu, depuis Alexandre Dumas, le titre de “ Venise Provençale ” : le site comptait alors de nombreuses îles que le creusement du canal de Caronte supprima à partir de 1863. « Aux oiseaux oh oh... »... une légende raconte que des vignes poussaient devant les maisons et que, perchés sur ces treilles, les oiseaux se miraient dans l’eau. Légende, poésie, beauté ne pouvaient qu’attirer les artistes peintres : Eugène Delacroix (1798-1863), Camille Corot (1796-1875), Émile Loubon (1809-1863), Félix Ziem (1821-1911), Paul Guigou (1834-1871), Henri Aurrens (1873-1934), Émile Beaussier (1874-1943), Raoul Dufy (1877-1953), Vincent Manago (1878-1936).
(1) Mon commentaire : « je me reste fidèle... quand je ne serai plus là, le sale gosse que j'étais pourra le prouver... »... Libre vous êtes d'aller chercher la photo que je ne peux rendre publique.
![]() |
| Martigues 2018 Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 Georges Seguin (Okki) |
Au sud, au sud-ouest, deux collines dominent le village ; par dessus les tuiles, elles regardent la Clape, la montagne qui nous cache la mer.
Tout un monde de coteaux, de chemins creux, de marges raides (1), de laisses plantées de vignes, qui irrésistiblement nous appelle pour l'amandier fleuri puis les parfums du chèvrefeuille ou du genêt. A la rentrée la rouge azerole à mordiller et qui vite se retrouve par terre, comme escampée par l'esquirol sadoul des jours avec, le grain de raisin pruiné à picorer, qui vous colle aux doigts à force de sucre. C'est vrai que si, gamins, on y court pour se poursuivre, on y va aussi seul pour une botte de poireaux, d'asperges, les closcos durs après la pluie, une poignée d'amandes, les grappillons. Entre petits profits et maraude (cerises, raisins bons), c'est vrai que le jeu est minime mais chiper, chaparder se pardonne venant d'un chenapan... Le même qui pille les œufs de pie, démolit les cabanes des autres, remarque les crottes de lapin avec une convoitise de braconnier mais se détourne finalement du nid d'apuput dans les pierres sèches : ça sent trop mauvais !
C'est là que d'instinct j'emmène mes invités, ces copains du Lot, d'un jour, je me souviens, qui vous laissent à jamais leurs bouilles complices, pour dire "vous avez mangé chez mes parents mais ici c'est chez moi", comme si la coquinerie de l'âge se fondait dans un paysage à la fois sauvage et domestiqué. J'ai employé l'imparfait : c'est que cette idée de partage s'est pour le moins estompée, les hommes sont devenus plus possessifs et même sur un chemin de terre, alors qu'on ne se posait pas la question, on se demande désormais si nos pas ne foulent pas la propriété d'autrui (2). Laissons. Replongeons-nous dans un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître.
(1) pour ne pas rester hermétique : marge = talus, laisse = terrasse, escamper c'est jeter dédaigneusement, l'esquirol c'est l'écureuil, sadoul = repu, gavé, closco dur = escargot ourlé, adulte, apuput = huppe d'après son chant.
(2) Je demanderai à la mairie quels sont les chemins autorisés ou interdits.
![]() |