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samedi 31 janvier 2026

Son ENFANCE l'appelle (5) L'Atlantique.

« Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées, 
Sur elles sont venues s'inscrire, impitoyables, 
De nombreuses années... » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

“ Plages de sable ”... “ plages dorées ”... 

« J'aime les ports de l'Atlantique 
Quand les sirènes vont gueulant... » 
Les Ports de l'Atlantique, 1975, Serge Lama, musique Yves Gilbert (1). 

Juin 1953. Cherbourg. Après le train-paquebot depuis Paris, le Royal Mail Liner Alcantara à destination de Recife au Brésil (2) les emporte, migrants fuyant la misère pour une terre promise, un exil temporaire mais initialement de trois ans seulement avec l'espoir d'un mieux au retour (la suite du séjour confirme que c'est déjà décidé dans la tête de son père) , dans le Nord-Este, à Campina Grande, État de Parayba, à l'intérieur des terres. Alors, pour la plage dorée, vous pourrez toujours repasser ! Quoique, à 135 kilomètres, non loin du Cabo Branco, cap extrême oriental des Amériques, des vacances bien méritées ont permis de passer un mois sur une plage de Joao Pessoa, praia de Tambaú. 


Lettre de janvier 1955 ; je relis avec vous.  

« ... le mardi 11 janvier 1955, après être allé voir et un premier bain dans les mers du Sud, je louais une maisonnette recouverte de palmes de cocotier, donc typiquement brésilienne, pour un mois.

Retour à Campina Grande après mon premier bain dans les flots des mers du Sud (avec Jean-François), activité fébrile des derniers jours afin de prendre l’essentiel le plus commodément possible, et départ général (nous quatre + la bonne)(3) pour la capitale de la Parahyba, en autocar.

Départ à six heures du matin, arrivée à dix heures trente (pour faire 120 km ! mais la piste n’est pas des meilleures) ; les dix colis s’alignent sur le trottoir tandis que Christine prend son biberon sous les grands arbres de la Place Américo ; et dix minutes plus tard un taxi nous emporte sur la large avenue rectiligne de cinq kilomètres qui joint la capitale à sa plage, Tambaou (on écrit Tambaú).

Nous voici donc sous les cocotiers, profitant au mieux de nos vacances, les premières vraies vacances depuis juillet 1952, respirant à pleins poumons l’air pur que nous apporte l’alizé austral, nous baignant deux fois par jour au moins (mardi j’ai pris trois bains), cueillant à tout moment les fameux cajous (pommes d’acajou) pour en exprimer le suc bienfaisant et rafraîchissant, dormant dans les hamacs transformés pendant la journée en chaises longues ou en balançoires ; bref commençant d’agréable façon notre dernière année « de Brésil », du moins celle qui devrait être la dernière.

On nous a promis du poisson pour aujourd’hui. Nous aimerions bien en avoir un peu. Songez que depuis notre arrivée, nous n’avons pas encore mangé de poisson frais, et deux ans sans poisson nous font attendre avec plaisir les premiers qui vont arriver. Nous menons une véritable vie de bohème et de gitans : sur une corde s’étale notre garde-robe ; au mur se balancent l’appareil photographique, le marteau, la bouillotte en caoutchouc, et, de l’autre côté, le réveil, suspendu par une cordelette à une solive du toit. Avant-hier, Georgette, d’une vieille porte a fait une belle table d’office, des voisins complaisants nous ont prêté deux chaises, une table et un hamac, ainsi qu’un solide banc de bois. Un beau bidon de pétrole de 19 litres, acheté vide et dûment lavé, nettoyé, passé au savon, puis flambé à l’alcool, constitue notre réserve d’eau. Le marchand d’eau, qui marche à longueur de journée derrière son âne porteur, vient nous la renouveler quand nous voulons pour 2 Cr$. Une planche fixée à deux clous par deux ficelles est notre table de toilette. De l’autre côté, sur une porte consignée, une autre planche soutient ma bibliothèque de vacances : Olympio ou la vie de Victor Hugo, d’André Maurois, Madame de Maintenon, Batouala, Ma Vie d’enfant de Maxime Gorki, La vie privée de Chateaubriand, Précis de stylistique française, Conversion à l’humain de Jean Guéhenno, Journal d’un Curé de campagne de Bernanos, Les Frères Karamazov de Dostoïevski, et deux ou trois autres ouvrages.

La radio des villas voisines nous envoie quelques beaux disques et pas mal de rengaines ou de réclames dont nous nous passerions facilement. Heureusement nous sommes un peu loin, et les bruits arrivent à nos oreilles un peu assourdis, presque embellis en se mariant au doux bruissement de la paille de cocotier et au mugissement lointain (nous sommes à 500 mètres du rivage) des vagues. 

Jangada 2014 under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. Author Otavio Nogueira

Vous devriez voir encore ces ‘jangades’, bateaux bien primitifs des pauvres pêcheurs du Nord-Est et du Nord, l’immense et merveilleux bois de cocotiers balançant haut dans l’air leurs longues palmes et montrant leurs jolis fruits verts pleins de la plus pure des eaux douces, à quelques mètres de l’eau salée.

Il faudrait attirer encore votre regard sur le cap de droite, le cap Blanc, pointe la plus orientale de toutes les Amériques, et sur cette ligne ininterrompue formée par les milliers et les milliers de cocotiers qui sont la richesse et la beauté de Tambaú, sur les curieuses voiles blanches des bateaux, voiles triangulaires certes, mais un côté du triangle étant vertical, confondu avec le mât, tandis que le sommet opposé se balance bien haut, à l’extrémité d’une perche articulée sur la base verticale. Ajoutez la date : 21 janvier, le dos brûlé par le soleil de celui qui écrit et de son épouse, quelques jeunes jouant au volley-ball sur le mince banc de sable qu’est la plage, des lunettes noires et vertes contre le soleil (nous n’en avons pas, nous, n’aimant pas le genre), le marchand de glaces FIP (fines, incomparables, pures) installé à dix mètres des vagues sur la petite promenade cimentée du bord de mer, les voitures luxueuses roulant à tout moment sur l’avenue, les petits cars (bien moins luxueux, bien plus vieux) qui nous relient à la vie de João Pessoa. Enfin, songez à la France à quelque douze mille kilomètres d’ici (as catchat, François ! mais après vérification, il y a quand même huit mille km de Paris à Recife à vol d’oiseau) et vous vivrez quelques minutes de notre vie exotique, d’autant plus que la radio vient d’entamer une chanson typique du Ceará…

Jean-François est heureux de son séjour à la mer. Il est dans son élément. La petite est toujours contente de son sort, et de notre côté nous nous félicitons d’être venus. Le climat est excellent : sans cesse souffle un vent frais des plus agréables... » 


« Jean-François est heureux » : il se souvient qu'une fois, il a amené une chèvre par le licol, je suppose que ses parents ont dû revenir la rendre ; il a quatre ans et demi et son père a écrit qu'il était un petit démon... ce qui n'augurait rien de bon pour la suite... Oublions, évoquons plutôt ce bonheur de l'océan, de la plage ; pour jouer il une jangada miniature en balsa, peut-être du même bois que celui des vrais radeaux des pêcheurs du coin, et puis il y a cette senteur, ça sent très bon, peut-être celle des algues sur le large plan incliné de l'estran ; parfum de la praia de Tambaù qu'il veut retrouver un jour ou qui le saisira d'un coup comme celui, un jour du début des années 60, des abacaxis, des ananas, devant l'épicerie fine d'une rue moyenâgeuse de Pézenas, non loin de la collégiale Saint-Jean... 

 « Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées... » Merci le type qui chante à la radio, merci Serge Lama comme aux arènes de Béziers...  

(1) Qui a dit que je n'aimais pas Lama ? Pour être honnête je l'ai laissé de côté lors de sa période « Napoléon » sauf que pour ceux qui nous laissent une trace, en plus des proches et intimes, aimer, c'est les accepter tels qu'ils sont. Charles Trenet, j'adore et pourtant je lui en veux pour à peine un mot, l'article indéfini pluriel « des », pour « la mer qu'on voit danser le long “ des ” golfes clairs... » alors que nous sommes, que lui-même est « du golfe clair », l'unique, le nôtre, celui du Lion, la suite des paroles l'exprimant clairement...   
(2) une série d'articles sur ce blog, mot-clés « Alcantara », « Partir ». 
(3) La présence de la bonne me déstabilise... À y réfléchir, impossible de faire sans. D'abord, la maison comportant une salle de classe, avec deux enfants dont ma petite sœur de onze mois, c'eût été difficile pour ma mère. Ensuite, en plus du principe consistant à faire chez les autres comme ils font, afin d'être acceptés de la classe aisée de la ville, disponible pour continuer à se cultiver et ponctuellement apprendre le français à l'Alliance Française, impossible de faire autrement, difficile aussi de se démarquer au niveau du salaire... 
Il n'empêche, afin de ne pas généraliser, un jour qu'un mendiant présentait sa sébile non loin de notre porte, à mon père qui proposait de le payer s'il balayait la terrasse, celui-ci opposa un refus, disant qu'il gagnait plus en demandant la charité...   


 

vendredi 30 janvier 2026

Son ENFANCE l'appelle (4)

« Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées, 
Sur elles sont venues s'inscrire, impitoyables, 
De nombreuses années... » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Son enfance l'appelle sur des plages de sable... Né pratiquement sur l'une d'elles, il lui faudrait bien des lignes pour raconter, d'une part, l'apparente continuité, l'invariance de la mer et du sable, et d'autre part, l'évolution finalement dans une échelle si courte du temps, de l'occupation de cet espace par l'Homme lui-même condamné à croître puis à déchoir, à changer avec le temps, à se transformer presque jusqu'à la métamorphose d'une chrysalide en linceul. 

«... Quelle neige est déjà tombée dans mes cheveux ?
Les hommes ne sont-ils nés que pour devenir vieux ?.. » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Une idée de St-Pierre avec le camping côté plage. 

Une idée du camping sauvage de Saint-Pierre. 

Au delà des joncs piquants, refuges des criquets, libellules et moustiques, il a grandi avec les baraques sur la “ dune ” (1), le marabout de Thérèse de Coursan, les tentes bleues ou vertes sinon orange des touristes sur le sable mouillé faisant sourire les locaux pour leurs scènes de ménage plus spontanées, et surtout rapport au coup de mer du 15 août où ils devraient mamer (avoir les pieds dans l'eau) ; la partie de croquet ou sa version “ Tour-de-France ”, le cahier de vacances ; avant souper, en spectateurs, les parties de pétanque des grands qui se détendent de la journée (partis au travail à mobylette ou à moto) puis la lampe acétylène qu'on allume au crépuscule, les nuées de moustiques si le vent se pose (expression du voisin Paulou qui avec sa mère Marie, dite « Marie Croustet » parce qu'elle récupérait le pain sec pour la volaille, ne manquait jamais une saison à la mer). 
Et la large piste laissée libre pour les camions de glace ou de pêches du Roussillon, le boulanger ou le marchand de cèbe de Nézignan ; plus rares, les ventes promotionnelles de journaux et revues en lots ; le bloc de cabinets avec le robinet d'eau et toujours sa file d'attente ; le petit cirque familial pratiquement de chaque soir
Sinon, à toujours s'accompagner de la mer des bateaux qui passent (un cabotage qu'on ne voit plus, il me semble), qui font sortir la paire de jumelles, de la mer en chanson de Trénet ; les périodes de Cers, la prétendue durée des 3-6-9 jours avec le sable qui vole, le bain écourté et les bouées et ballons poussés vers le large, les journées réussies, dites « de mer », avec les brises du marin ou vent d'Espagne l'après-midi rendant les heures de digestion théorique plus dures à patienter dans l'attente de la baignade ; les jeux, trous et châteaux sur la grève, et mon pauvre cousin Jacky (1952-2007) qui cabussait si bien pour les couteaux... 

À Pissevaches, un des canaux anti-char des Allemands. 


Et quand nous ne jouions pas, les balades, le ramassage de coquilles, des variétés d'escargots qu'on ne voit plus, après les baraques sur pilotis de Pissevaches, sinon la pêche aux crabes, aux soles et de la friture de jols dans les canaux anti-char des Allemands ; parfois une incursion clandestine vers la zone des culs nus... d'où, entre nous, les hommes auraient dus être bannis... 

Mais c'est déjà sortir de l'enfance, la puberté ouvrant la porte de l'adolescence avant une jeunesse voyant obligatoirement changer le rapport avec l'été sur la plage, les années d'éveil au Monde...     

(1) La dune... quelle dune ? Pour les simples occupants que nous étions, une ligne, un bourrelet de sable sec peut-être d'une cinquantaine de centimètres de hauteur, coupé cependant par les chemins d'accès dans les joncs, recherché car formant une protection frontale contre le traditionnel coup de mer du 15 août ; afin de garder la place, dans le respect des emplacements voisins (nous concernant, des Nissanais), on y montait les baraques un bon mois avant les vacances. 
La dune... quelle dune ? Dans le « Guide du Naturaliste dans le Midi de la France », 1. La mer, le littoral, chez Delachaux et Niestlé, 1961, réédition de 1983, suite à l'explication technique des dunes de souillère ou d'un grau intermittent, les professeurs Hervé Harant (1901-1986) et Daniel Jarry (1929-2025) citent « La Langue des Pêcheurs du Golfe du Lion », d'Arthrey, 1964, de Louis Michel (1913-1975), montpelliérain comme eux, entièrement bilingue languedocien-français. À propos de la dune, chez nos pêcheurs, on distingue l'arénal ou montilha, dune côtière ordinaire mouvante (Les Montilles, plage sur la commune de Vendres, Hérault), de la mota, dune fixée et boisée comme, sauf erreur, dans l'étang de Pissevaches.   
Saint-Pierre-la-Mer, commune de Fleury,_département_Aude_-_aerial_view 2021 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Authors Raimond Spekking & Elke Wetzig... Peut-être d'une sauvagerie plus flagrante que celle du camping sauvage...

jeudi 29 janvier 2026

Son ENFANCE l'appelle (3)

« Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées, 
Sur elles sont venues s'inscrire, impitoyables, 
De nombreuses années... » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Et lui se demande si la sienne d'enfance l'appelle aussi sur des plages de sable doré. Oh ! bien sûr, puisque le hasard l'a fait naître dans le village du bout de l'Aude, un bout du Monde avec des kilomètres de plage entre Les-Cabanes-de-Fleury et Saint-Pierre-la-Mer. 

Du temps, les gens d'ici en ont mis à venir occuper cet espace, et encore si peu, le vigneron s'en tenant à ses vignes n'étant qu'un paysan. Or, un paysan n'est qu'un terrien pas cupide du tout, à l'appétit limité, quelques spécimens carbureraient-ils dans une logique d'accaparement capitalistique (genre FNSEA actuelle). Bref, les colonisateurs spéculateurs sans limites rationalisant jusqu'à ce qu'aujourd'hui on définit en tant que crime contre l'humanité, ce n'est pas chez eux qu'il faut les chercher. Et puis, la nécessité du pain quotidien, la gestion du produit d'une récolte à ventiler sur douze mois, l'esprit de solidarité de groupe, les laissaient loin de concevoir que des loisirs où s'adonner à l'épanouissement personnel pouvaient exister. Enfin, ils ne pouvaient que répondre à la contrainte saisonnière en pays tempéré faisant de l'été la période de ramassage du produit cultivé... 
Alors la mer, seulement un plaisir très ponctuel d'une paire de jours au maximum (1). Néanmoins, l'attrait se confirmant, le campement passa des toiles entre les brancards de la jardinière et des canotes (phragmites) à des assemblages plus élaborés, pour en arriver aux baraques sur la plage, montées pour la saison ; entre les derniers traitements et la préparation de la vendange, les contraintes de la vigne autorisaient un mois de liberté relative, du 14 juillet au 15 août. On déménageait les lits, une grande table (2), des bancs ; plus tard, on se fit faire une glacière. Si la femme et les enfants restaient, il fallait revenir au village pour le cheval, la basse-cour, le potager. Dans notre famille, les grands-parents s'en chargeaient ; ils ne se libéraient que pour le repas du dimanche avec, entre autres, au menu, soit la bouillabaisse, le tripat ou les escargots (3) que souvent, d'ailleurs, ils portaient... 

Les baraques. Été 1952 je pense... 


Dire que ce troisième volet ne pourrait être que la légende de la photo... Ne disposant pas, sur l'île, des albums de famille, comment ne pas se convaincre qu'elles sont plus durables que la modernité des photos numériques à foison le jour où le disque dur de stockage bloque et ne veut plus rien savoir...       

(1) le village se trouvant à dix kilomètres de la côte, l'aller-retour avec le cheval permettait-il d'aller passer le reste du dimanche à la mer ? À ce propos, le joli poème de Maurice Puel, mon prof de français-latin-grec en quatrième : Partager le Voyage: NOS PLAGES AVANT... FARINETTE jadis
  
(2) un plateau posé sur des pieux ; précision aussi d'un réchaud à pétrole (Caboujolette, 2008, François Dedieu). 
 
(3) « De Pérignan à Fleury », 2008, le livre des Chroniques Pérignanaises donne bien des détails sur une fréquentation des plages qui a commencé à la fin du XIXème siècle : 
« Au dessous des bâtisses constituant le groupe de Saint-Pierre, on voit quelques vignes bordées de tamaris, et au-delà, sur le sable, le plus extraordinaire assemblage de paillotes, de tentes, de baraques en planches, de demeures et d'habitations provisoires de tout genre, de tout style, construites et assemblées de la manière la plus hétérogène, la plus bizarre et cependant la plus captivante à l'œil qui se puisse imaginer. » Début du Compte-rendu de la Société d'Études scientifiques de l'Aude, juillet et août 1912, sous la plume de M. G. Sicard.  
Et puis il y a les écrits de papa. Dans son « Caboujolette » (Pages de vie à Fleury-d'Aude), 2008, incluant les souvenirs de famille, une quinzaine de pages serrées sont consacrées à la mer : les bals, l'installation, le cirque, la guerre, les Allemands qui sont restés, le cousin Louis Robert à l'école des Cabanes... et tout ce qui dort encore dans ses archives... 


mercredi 28 janvier 2026

Son ENFANCE l'appelle (2)

 Il s'est efforcé de retrouver la date avec l'idée sûrement vaine et discutable tant elle offre prise aux oublis et erreurs, d'en faire la liste, sachant trop bien qu'il lui en coûterait, persuadé que, de toute façon, ce relevé dépassera vite celui des vivants. « Élian “ Natchou ” » (le village, ce sont aussi les surnoms, les escaisses) il a ajouté, et aussi « Ghislaine », enterrée lundi, loin de son âge, à 58 ans “ seulement”, qu'il ne connaissait pas, mais d'une famille de longtemps au village. 

Attendre le quelque chose venant rompre le cercle vicieux de morosité morbide. Il suffit d'y croire, sans se précipiter surtout avec l'ouvre-boîte de l'opercule ; s'ouvrir à nouveau petit à petit au monde qu'on croyait perdu. Retrouver le besoin vital... Qu'est-ce qu'ils ont dit, les autres... les vivants, précieux justement d'être là, d'accompagner, la vie serait-elle si courante qu'il paraît toujours superflu de commenter. La mort seule sait bien délier les langues... encore heureux qu'elle le fasse avec indulgence... 

Celui-ci aussi Loulou, n'est pas dans les derniers... et pas loin de chez toi qui plus est... 
 

Oh ! un pisteur d'amandier ! Loulou de son quartier, de sept dizaines d'années au village ! Il sait où se trouve le premier à venir éclairer la saison de ses pétales blancs ! C'est vrai Loulou, quel que soit le temps, dérèglement climatique ou non, non loin de la croix de Saint Geniès (1) celui des hauteurs de Liesse reste un champion ! Amandier déjà, qu'il n'est pas vaniteux d'espérer dès janvier, au lendemain du jour de l'an, celui qui toujours reste fidèle à son message d'espérance, avant de fleurir en vrai.  

19 janvier 2026. L'Aude en crue vue vers le pont de l'autoroute. Photo famille, gracias Diego. 

  

Tempête d'octobre 2010, seulement un coup de mer sans gros apport du fleuve...

On lui envoie des photos, des vidéos de l'Aude grosse des remous boueux qu'elle n'avait roulé depuis longtemps. Et là, son radeau se met à tourner dans une boucle du contre-courant, à l'abri comme les poissons dessous, s'il en reste, comme pour refuser sinon retarder encore, au bout, la furie des vagues, l'engloutissement à jamais ou alors l'échouage au milieu des bois et de toutes les saloperies humaines, caisse de frigo, plastiques, que la rivière a bien voulu purger. Certes. Mais dans les déchets figurent des troncs artistiques par eux-mêmes ou par la main inspirée qui eut l'idée de sculpter, aussi de ces mottes de carabènes (2) sectionnées, aux rhizomes annelés de vers obèses, qui eurent l'honneur d'une vitrine parisienne de roses, originaire néanmoins de Fleury, années 70. 

Et aussi, au hasard du zappage (merci pour le mot, cousins du Québec), « Le Marchand de Bonheur » des Compagnons de la chanson... 1959 Loulou ! notre avenue de Salles ! les autobus de monsieur Dubeau... ton père, toujours chic, partant travailler à la mairie... les échanges avec Louis et Marcel de notre quartier... nos taquineries au petit Élian qui nous a quittés il y a un mois... Et, ça t'est arrivé, de jouer aux jeux des filles dans les ruines de la remise de Jacky Barbe ? Et l'appariteur qui passait le début du « Marchand de Bonheur » avant d'annoncer quel marchand venait d'arriver sur la place !  

Oh ! chercherait-il le hasard des coïncidences (ça redonde mais c'est pas grave), au moment de réfléchir au titre et parce qu'il aimante les hasards, au moment de quitter, à la radio, bien qu'en sourdine « Mon Enfance m'appelle », Serge Lama... « Écoute la chanson Qu'il chante le type à la radio... » (Dimanches en Italie, 1975, paroles encore de Lama sur une musique d'Alice Dona). À suivre donc... 

Croix de Saint-Geniès « Arrête voyageur... »
     

(1) Remarquable, le site « Ma Clape », dans ses précisions, fait état du toponyme « Sainct Genieys » (1495). De Saint-Geniès à Notre-Dame de Liesse, Pérignan 
De même, la page des Chroniques Pérignanaises sur les calvaires de la commune nous apprend que la croix indiquerait la proximité d'un ancien prieuré ou monastère et que les pierres auraient servi à la construction de la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers Croix de Saint Ginies 

À la pointe nord du massif de La Clape, un coin arrêtant toujours la balade... même la rivière semble vouloir y faire une pause... À parler des roseaux, rive gauche, un rideau de carabènes, roseau quenouille ou à quenouille, plante envahissante dans bien des parties du Monde et que, déjà pour cette raison, il est gênant d'en réduire l'appellation à seulement « canne de Provence ».
Au premier plan, des phragmites, roseaux à balais utiles aux chaumières (des camions venaient de Hollande en chercher). Lors de nos pêches aux muges, la fumée des senils comme nous disions en langue d'Oc, nous épargnait bien des piqûres de moustiques... 
 
  
Les carabènes... idéales pour une véranda sur le sable, devant la tente (vers 1975), comme pour la « Barjasque », le campement des copains sur la plage de Saint-Pierre (fin des années 60)... Son enfance l'appelle, sa jeunesse aussi...   

(2) arundo donax. « Quenouille » plutôt que « canne de Provence », « carabène » en ce qui me concerne...      


mardi 23 décembre 2025

...dans son LIT VERT où la LUMIÈRE pleut... (4)

Et pourquoi pas une proximité poétique ? Pas en langue de Mayotte, certes, mais universelle, ni blanche ni noire, en partage. Et pourquoi pas, suite au « Chant de l'Eau » d'Émile Verhaeren, « Le Dormeur du Val », Arthur Rimbaud ? Pas seulement pour ces vers incroyables de structure, de grande qualité ; surtout grâce aux débuts extraordinaires d'un poète de seize ans aussi talentueux concernant une versification classique, qu'il le sera en s'en libérant par la suite avant de clore à jamais cette phase de sa vie ; 



sûrement en tant que val inondé de verdure, vallon promu par le ruisseau permanent bien que modeste mais qui s'est creusé un lit bien avant que l'Homme ne s'introduisît, aussi envahissant que les plantes et animaux venus avec lui ; peut-être aussi pour la dualité vie-mort, son aboutissement à l'échelle de l'individu bien que rémanente se rapportant à la vie sur Terre. 

Le soldat de 1870, lui, d'une jeunesse hélas dans son dernier sommeil, évoque la mort inutile suivie de la débâcle face aux Prussiens ; en fond, le rejet de l'empereur, sa proximité avec la défaite à Sedan offusquant d'autant plus le natif de Charleville. De plus, Rimbaud, auteur, dans les pas de Hugo et Coppée, des « Étrennes des orphelins », ne pouvait qu'être communard contre la politique bourgeoise d'ordre de monsieur Thiers et ses implacables Versaillais.  

Serait-ce maladroit, mal à propos,  si le lit vert du vallon où la lumière pleut me ramène à Mayotte, elle, d'une jeunesse vivace, attestant d'une résilience à l'Histoire à coup sûr entrée dans ses gênes de fille toujours confrontée aux grands, qu'ils veuillent l'adopter de force ou qu'ils s'apparentent à une mère-patrie versatile, insensible, sarcastique ? Mayotte reste vivante ! Elle se remet d'un terrible cyclone tout comme elle sait surmonter les maltraitances subies, l'oppression psychologique quant à son avenir, toute de fausses promesses, de doutes constamment instillés, de doubles jeux, de lendemains toujours remis à plus tard en raison d'intérêts partisans cyniques, à peine cachés. Il en reste un post-colonialisme certain, descendant d'une gestion très Troisième République, se voulant exclusive car porteuse d'une prétendue “ civilisation de progrès ” cachant, jusqu'à la traite d'humains, une réalité de pillage systématique assurant sous des dehors démocratiques la domination d'une bourgeoisie d'affaires, d'accapareurs (1)... 

Décidément, face aux bassesses et turpitudes parce que « Le Président », le film reste d'une actualité certaine, je ma réfugie dans le souvenir de la soif d'apprendre, d'imprégnation de mes petits élèves du collège de Chiconi, dit « du Centre » afin de ne point froisser le voisinage. Dans une belle ambiance studieuse que seul le prof agrémentait d'un grain d'humour par ailleurs bien partagé, comme ils savaient enrichir leur double culture (2) de la sensibilité poétique de Victor Hugo ou La Fontaine du Pot au lait de Perrette...  

Du « Dormeur du Val » de Rimbaud au lit vert de la nature de Mayotte où la lumière pleut, en passant par l'amoralité d'un système qui perdure, il se peut que cet exercice de contorsionniste ne plaise pas à certains...  

(1) Voilà quelques jours, la Chaîne Parlementaire donnait « Le Président » de 1961 avec Gabin très Clémenceau, Briand, de Gaulle... Et aujourd'hui les « deux cents familles » ne sont-elles pas toujours aux commandes ? 

(2) Plus qu'opposé à un civilisationnel hexagonal prégnant, me voulant aux antipodes de ce post-colonialisme (2.1) plus ou moins émergeant, certainement latent (j'en parlais il y a peu à propos de textes de Sardou). Heureux, sensibles à ce sentiment en retour de ma part, eux, d'une élite promue à une double vie, devant s'assouplir jusqu'au grand écart entre tradition et culture importée (2.2), ne manquaient pas, à ma demande, de s'ouvrir, de partager afin de me faire aborder certains aspects ethniques de leur naturel mahorais. 
(2.1) me reviennent les paroles de « Dimanches en Italie » de et par Serge Lama (musique Alice Dona), surtout ne pas parler  « ...comme eux, comme ces faux curés, qui s'en vont prêcher, les petits Noirs d'Afrique » Aïe, je ne vais pas vous raconter ma vie même si ce blog et en particulier les chansons en disent beaucoup... Si son couple est, d'après Lama, « ...parti pour tout un dimanche en Italie », moi qui aimait tant partir « ...sur le Boeing de “ ses ” hanches... » apparemment, jamais je n'ai pu l'emmener « ...pour tout un dimanche en Italie ». 

Vieille école, peut-être l'une des 17 sur l'île chargée de l'enseignement aux PPF (1997). Bien que situant mal dans ma mémoire, je crois bien que c'est ce magnifique manguier qui a été honteusement et bêtement tronçonné au profit d'un substitut de jardin public...
  
(2.2) par exemple, en 1997, 50 à 60 % des enfants accédait aux études secondaires (l'INSEE a le chic pour donner une floppée de statistiques contradictoires pour mieux noyer ceux qui ne feront que survoler) ; cette réussite à l'examen d'entrée en sixième occasionnait une réjouissance d'habits neufs et de repas de fête avec de nombreux convives. 16 % étaient aiguillés en PPF (classe PréProfessionnelle de Formation) moquée non sans humour en tant que Population perdue dans la Forêt.  Et les 24 à 34 % autres alors ? Évanouis, perdus ; eux vraiment, bien que français, livrés à une jungle d'illettrisme sinon d'analphabétisme !       

samedi 28 mai 2022

Mayotte, petite île, mais dans son océan, comme Cendrillon chez son prince (2)

Attention, avec le découpage de ma chronique en trois volets c'est X dès les premiers mots !  

... les tétons durs jouant les essuie-glace sur ma poitrine. Olivier n'avait que 50 ans : une insuffisance l'emporta. Mort aussi le Lazaré, entreprise à toucher des gains et néanmoins repaire de plaisirs solidaires. Mieux vaut ne pas aller voir ce qu'il y a à la place, l'ère du béton a sabré le rapport séculaire d'un rouge latérite lié aux verts profonds de la forêt primaire, aux clairières défrichées où la lune qui fait pousser éclaire, une lune, jadis égayant le petit peuple entre animisme et islam mais qui ne compte plus que pour rythmer les phases du ramadan. 

Qu'est-ce qu'il a chanté Lama, dans la mesure où je ne relève que ce qui me recoupe ? "Une île, entre le ciel et l'eau... tranquille comme un enfant qui dort... fidèle à en mourir pour elle". Comment ne pas évoquer, d'ici, épaulés par quelques relais en métropole, ces hommes et ces femmes qui ont sacrifié leur personne à la cause de Mayotte secouant des chaînes qui sonnaient il n'y a guère, au cou et aux pieds des esclaves déportés d'Afrique ? Des militants de sangs mêlés, prouvant aux simplistes partiaux que la couleur de peau, la religion, ne peuvent piquer qu'au ras des sensitives. Des chatouilleuses pour repousser les envahisseurs, des agitateurs, des orateurs pour mener le peuple, des leaders parce que pour eux, rester français c'est être libre. Une lutte de 55 ans pour arriver au département, le 101e ! Dans les lacets de cette montée au surnom plaisant de "Tourmalet" (70 m seulement mais un mur et cinq têtes d'épingles !), montant sur le plateau de Barakani, dans les bambous et la majesté des frondaisons, ils restent présents, ils vivent en nous. Il faut le dire à nos enfants ! 

Dimanche, cela fera peut-être une trentaine de fois que la route me fredonne tout ça, et pour cette énième fois, plutôt que de se soumettre à la force de l'habitude, le murmure deviendra grondement jusqu'au plus profond de mon être parce qu'une petite voix me force à l'écrire et que même ébranlé, j'ai un peu la naïveté de croire que ça peut me guérir. Le col d'Ongojou, là où la route passe un des rachis volcaniques coupant l'île en petits bassins. Au levant le versant à l'alizé, au couchant, l'autre plus gras des vents de mousson. Des deux côtés, le lagon, pour la joie des enfants mais sur les plages fréquentées seulement. Plus question, en effet, de chercher la crique pour Robinson ou celle des amoureux. Dans les phases aigües, l'insécurité violente a même amené les gendarmes à accompagner des groupes constitués de promeneurs invités à faire connaître à l'avance leur balade. 



Ongojou : là-haut, le vieil Ali fait corps avec son champ. Ses ylangs alignés embaument mais la fleur se ramasserait à perte, d'ailleurs il a démonté les rigoles de bambous pour l'eau de l'alambic, il a vendu les cuves. Qu'importent ces quelques sous, l'inquiétant est qu'on ne vit plus en paix dans ce paradis perdu. Une année on lui a razzié les vaches, quelques mois en arrière, ce sont les chiens errants qui lui ont dépecé un veau vivant, régulièrement des cocos, des régimes de bananes disparaissent, il y a quelques jours un grand avocatier a été dépouillé, des fruits par la suite vendus au bord de la route. J'en oubliais la phalange qui lui manque, alors qu'il gardait un lotissement de wazungus, de Blancs... cela marquait les débuts d'une violence parfois sanglante (années 2000), l'insécurité des braves gens qui se mettent en cage derrière des barreaux aux fenêtres, des portes en fer, les descentes en brousse de bandes de voyous, les attaques, la nuit, des barreurs de routes, les enfants des rues en maraude qui deviennent de jeunes adultes meurtriers comme ces chiens errants. Sur la parcelle mitoyenne issue du partage, son frère presque aussi âgé, ce ne doit être qu'une coïncidence mais qui vient de perdre son fils d'une quarantaine d'années, tué à la machette par une meute d'enfants-loups. Est-ce par fatalisme que ces faits plus que divers n'entament pas une dignité non seulement sans haine mais silencieuse qui plus est. Et s'ils aiment la France, c'est malgré nos dirigeants politiques pourtant si imparfaits. Un Etat si déloyal envers ses gens simples et respectables et trop enclin à servir les gros intérêts... (à suivre) 



mardi 26 avril 2022

Un "RUSSE" à Pérignan (10) / Ukraine et Algérie

Comment une chronique sur un légionnaire vers 1920 peut rappeler des réalités intemporelles, ici à propos des guerres qui ne voulaient pas et ne veulent pas dire leur nom, celle d'Ukraine, trop actuelle et celle d'Algérie, cessée en 1962 mais sans paix encore possible.  

Que devient le légionnaire Porfiri Pantazi, parti d'Oran... ou du port au nom devenu pathétique et emblématique d'atermoiements  menant au désastre de Mers-el-Kébir, un de plus dans l'Histoire faisant que, à commencer par les pays qui se disent amis et alliés, quand une prétendue arrogance française est évoquée, ce ne peut être que sarcasme de leur part... Et en retour, s'il existe "la perfide Albion" en tant qu'expression datée et élitiste, nous n'avons pas la moindre saillie pour fustiger nos amis germains ou yankees... Jouant au fier-à bras grande gueule, notre pays se complait à la jouer petit-bras envers les pays du Sud et latins de sa parentèle... l'hôpital se moquant de la charité, c'est plus facile de moquer un Italien ou un Espagnol, c'est un occitan sous le joug jacobin qui vous le dit... 
Entre corrélations et prolongements par rapport à la trajectoire d'un Russe de Moldavie qui a finalement atterri dans notre village de Fleury, je m'égare d'autant plus qu'à l'idée de son paquebot laissant la baie d'Oran dans son sillage, je voulais seulement en rajouter dans le malaise particulier qui perdure entre l'Algérie et la France. 

Le légionnaire Pantazi part d'Oran pour l'Extrême-Orient. 

Oran c'est l'Algérie impactée à l'époque par les "évènements d'Algérie", une guerre pourtant, que le gouvernement ne veut pas nommer. Nous en connaissons un autre, qui, lui, interdit le mot "guerre" pour "l'opération militaire spéciale" qu'il mène contre l'Ukraine. 

Stèle_Fin_Guerre_Algérie_Baneins_2 wikimedia commons Auteur Chabe01


Oran ce sont les attentats du FLN, de l'OAS, des atrocités, des morts même après la signature des Accords d'Evian. A graver dans le marbre des grandeurs de la France... A mettre en perspective avec des rapports toujours difficiles mais de promiscuité... Rancœurs, défiance entre des divorcés loin d'avoir soldé les comptes...  

Oran néanmoins surnommée "la Radieuse", "la Joyeuse" même, comme pour marquer d'un sceau de normalité l'horreur ordinaire : c'est ainsi que les hommes vivent. 

Oran, c'est presque Mostaganem où, en 1974, inconscient, complètement ignorant des séquelles et du contentieux (tous les Français étaient dans cette situation), un jeune instituteur que je connais trop bien, voulait entraîner dans l' aventure de la coopération, la femme et les deux gosses, pour échapper aux brumes du Lyonnais et aux fins de mois difficiles dans son HLM... 

Oran, c'est presque Alger, veille de l'indépendante (1962), dans la chanson de Serge Lama 
"... L'Algérie
Écrasée par l'azur
C'était une aventure
Dont je ne voulais pas..." 

Oran et l'Algérie, ce sont deux millions de soldats français appelés (on dit aussi que Poutine est obligé d'envoyer des conscrits en Ukraine). A Fleury, malgré le cessez-le-feu des Accords d'Evian, (le cessez-le feu, pas la paix... un état qui semble perdurer depuis on dirait) dans la chaleur et un ciel d'airain de juillet 1962, on enterrait le pauvre Francis Andrieu, mort pour la France, tandis que, pour un destin plus souriant, dont un mariage avec sa sœur, Vilmain nous ramenait Maurice... 

Oran, c'est l'Algérie, et, de 1954 à 1962, la torture, les disparitions avec comme suite la traite des prisonniers dans des bagnes, des mines, des bordels, 300 000 morts, 8000 villages brûlés, plus de 2 millions de musulmans déportés... finalement Poutine est dans une continuité, une norme et le langage diplomatique, même si Biden s'en exempte, même s'il permet d'e ne pas bloquer les situations, arrange bien pour dulcifier l'inqualifiable. 

D'Oran, d'Algérie, ce sont les Harkis livrés par la France à leurs bourreaux, ce sont les Pieds-Noirs, aussi mal perçus et accueillis que le furent les Républicains espagnols... cela doit faire partie des "grandeurs" de la patrie des Droits de l'Homme... 

Alors, pour équilibrer ce triste constat, presque un réquisitoire, revenons au parcours de notre "Russe", accompagné par les penchants de mon père, rédacteur de cette chronique, pour les langues (ici le roumain, le russe et le français) qui font les différences, peuvent s'affronter, séparer mais rapprocher aussi. 

Un "Russe" à Pérignan, épisode 10. Le Canal de Suez.  

"... Et puis, le roumain, c’est la langue qu’ils parlaient à la maison. Il avait remarqué quelques ressemblances avec le français. C’est curieux, les langues, tout de même : la France est si loin de la Bessarabie, et pourtant « homme » se dit « om », comme en français, mais plus facile encore. Le Russe dit « tchelavièk » : rien de commun. Paquebot, tiens : pacbot ou vapor, comme en français. En russe, tu as parokhod ou teplokhod. Pourquoi ne pas tous parler la même langue ? ça ne fait rien, il aurait bien voulu être là, au fond de la classe, comme dans le conte d’Alphonse Daudet, à écouter ce dernier cours de russe.

C’est une jolie langue, quand même. Oui, vraiment, il était partagé : le langage de sa jeunesse scolaire, celui qui en avait fait un petit homme sachant lire et écrire ; et celui de la maison, du travail, de la vigne, la langue des pauvres. Bah ! il en avait connu, des pauvres, parmi les autres Russes. Tiens, la famille d’Anton Tchékhov, à Taganrog, sur la mer Noire. Ils étaient épiciers, et commerçants, bien sûr, comme le vieil Aaron de Kalarach, chez qui il allait deux fois par semaine acheter le pétrole, le savon, les bougies et quelques épices. Mais Aaron, lui, s’en sortait bien, il avait même refait sa devanture et repeint toute sa boutique. Il en fallait des sous pour ça. Le père de Tchékhov n’avait pas eu cette chance. Il avait fait faillite et était parti pour Moscou afin d’échapper à la prison pour dettes. Et toute la famille vivait dans une misère… Tellement que c’était pour faire vivre les siens qu’il avait fait rire ses premiers lecteurs, en écrivant dans des revues humoristiques. Porphyre avait lu la vie de Tchékhov quelque part : en français, en russe ? Il ne savait plus. Mais cela, il l’avait retenu. Il n’y avait pas que des comtes Tolstoï dans la littérature russe. Et même Tolstoï, hein, il avait bien écrit pour les enfants et pour les pauvres… 

A_Ship_in_the_Suez_Canal.tif wikimedia commons Author Zdravko Pečar

Nous voici dans le canal de Suez. On distingue bien les deux rives, ce n’est pas tellement large. Suez, c’est donc cette ville ? – Mais non, voyons, c’est Port-Saïd. Elle a l’air d’une grande ville, quand même, aussi grande que Kichinev peut-être. Le bateau s’est arrêté. Les soldats peuvent monter aujourd’hui sur les ponts du « Pasteur », tandis que le ravitaillement en charbon se poursuit. On doit aussi remplir les chambres à vivres. Il en faut, pour une armée.

Tiens, des Egyptiens avec des bourricots, tout comme les Arabes à Sidi-Bel-Abbès. Des « tânes », comme il disait au début. Et les copains qui lui répétaient : « Le français, tu l’écris comme ça se prononce. » Non, mais… ils ne se rendaient pas compte : un petit « tâne », mais un « nâne », des « zânes ». Tu étais un gros « nâne », Porphyre, de ne pas savoir tout cela. Maintenant, ça y est : il sait à peu près dominer le mystère des liaisons. Quand il apprenait à compter en français, il avait déjà remarqué quelque chose que les livres ne t’expliquent pas : « un » devenait « une », bon, comme dans toutes les langues. Pour « deux », c’était plus simple, pas de féminin spécial, mais il fallait penser au « Z » devant certains mots : deux-Z-élèves. Pour « trois », même chose. Mais s’il le mettait après « quatre », on le reprenait. Et « six », et « dix » qui se prononcent /sis/, /dis/ quand ils sont seuls, /si/, /di/ devant consonne, /siz/, /diz/ devant voyelle. C’était du sport de compter en français !.." 

François Dedieu, Un "Russe" à Pérignan / Caboujolette, Pages de vie à Fleury II, 2008.

jeudi 15 août 2019

LE VENT SUR LA DUNE A LE CŒUR ÉMU... (fin) / St-Pierre-la-Mer


Elles sont là ! Une seule touffe exprès pour moi ! Oui, royal, magnifique, le lis de mer multiplie ses fleurs. Pour le parfum, il faut s'acater, le nez au ras du sable !  





D'une beauté ! Et plus grand que dans mon souvenir. Remarquable de résistance lorsqu'il enfonce son bulbe si le pourtour s'érode ou quand il allonge sa tige si le sable le recouvre trop, le lis maritime (Pancratium maritimum) est de la famille des amaryllis.On le trouve au bord de la Méditerranée, en Corse ainsi que sur le littoral atlantique mais avec les dunes qui disparaissent, il est menacé de disparition en Poitou-Charente et en Loire Atlantique. Le bulbe et les feuilles du lis des sables contiennent une quarantaine d'alcaloïdes, vomitifs, purgatifs, insecticides et fongicides (source Wikipedia).  
Le lys est sur la liste rouge des espèces protégées, interdite de cueillette. 
Que la plante de Pan tout puissant pour tous ses pouvoirs et sa résistance aux étés desséchants soit épargnée par l'ignorance des touristes... Entre les parkings et la mer, la plage sauve la dune encore à l'écart du passage même si quelques gougnafiers n'ont pas eu honte de jeter... 

  
Années 70, avec Robert et Émile, on guette la septième étoile du crépuscule pour le bol du soir (la traîne, le coup de filet depuis la plage). Le Cers donne et la nuit sur le sable a été plus que fraîche. A l'aube, après le casse-croûte et avant le bol du matin, je monte sur la dune pour pisser moins bête, pas dans l'enclos de bois flotté où le jour des culs-nus se cachent, sauf que d'un peu plus ma première rencontre avec la fleur inconnue allait être pathétique... Pardon de gâcher l'ambiance mais la pêche non plus n'a pas été bonne... 

Plutôt évoquer la dune depuis mise à mal par la mer même si une rémission lui profite cette année. "... Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre..." (Paul Verlaine), elle se nourrit de rien, honore la vie qui s'accroche et persiste à décliner ses beautés, dont le lys, véritable joyau des sables...  

" ... Là-bas, l'écume des vagues d'hier
Là-bas, blanchit les cheveux de la mer..." (Serge Lama)... 
Oui, les cheveux de la mer, les miens aussi, du moins ceux qui restent, plus de quarante ans après. 


samedi 10 août 2019

LE VENT SUR LA DUNE A LE CŒUR ÉMU... / St-Pierre-la-Mer


"Là-bas, le vent sur la dune a le cœur ému..."  

Oui je sais, ce n'est pas la première fois que Serge Lama a voix au chapitre ici (Souvenirs, attention, danger). Mais après l'info sur des eaux brunes venues polluer cinq-cents mètres de plage à Saint-Pierre (1) et le tout récent partage sur la prise de conscience aussi locale que concrète sur la terrible pollution au plastique qui empoisonne la planète, alors que des déchets dus à des individus "tubes digestifs sans neurones dans la tripe"(2) ourlent la route des marais, de l'étang et des sansouires, un constat plus souriant sur le paysage à l'âge de l'Anthropocène...

Oui, hier après-midi, malgré ce drôle de temps que souvent les natifs et locaux ne reconnaissent plus (3), le gentil Marin n'engorgeant pas le ciel de ses nuées qui plus est, le vent sur la dune avait le cœur ému. Et pas que lui.

Étonnante en effet cette dune pleine de vie et comme vierge, à portée des zones densément fréquentées par les estivants, à peine au-delà des coins où les maîtres comme il faut amènent toutou au petit coin. Comme à l'envers notre dune avec le flanc plus raide côté mer. Sur le côté en pente douce, exposé au vent dominant, de terre, nommé Cers depuis les Romains (4), là où l'air salin se montre plus indulgent, les plantes du sable se rappellent au souvenir de l'estivant. Mais tout le monde n'est pas Linné, Mendel ou, plus proche à nous faire aimer la botanique, Jean-Marie Pelt, si chaleureux à la radio. Un regret que de ne savoir les nommer quand ces plantes sont familières depuis toujours...

Oui, des cagaraulettes en grappes qui se faisaient rares, à l'instar des hirondelles qui semblent désormais trouver de quoi manger (jusqu'à 3000 insectes/jour !). Jolies, ces fleurs jaunes mais ne se sont-elles pas échappées des jardins ?     


On dirait un chardon, presque bleu, mais ce n'en serait pas un... j'ai écrit ça quelque part, faudra en retrouver la trace... 


Oh ! on se connait avec celle-là ! Et je suis aussi gêné que si je rencontrais un copain dont j'ai oublié le nom !

Pourtant un parfum inoubliable, à retrouver les yeux fermés, après l'orage !

(1) "Qu'on  se rassure" insiste le Midi Libre du 4 août, sans que soit précisée la nature de cette pollution qui ne proviendrait pas d'hydrocarbures venus du large... Ben voyons, bronzez, pataugez braves gens, gentils estivants qui apportent leurs euros à certains et leurs déchets et déjections à la communauté, en la circonstance au brave peuple élu de l'embouchure... Ne me faites pas dire maintenant que si Macron est dans la merde, ce n'est pas à cause du fumier déversé par des fnseaculteurs, pas en odeur de sainteté entre nous soit dit.   

(2) 37 % des véhiculés jettent par la fenêtre de l'auto, soit presque 4 personnes sur 10 !

(3) à tort ou à raison, dans les confins audois du Golfe du Lion, si on parle de l'orage du 14 juillet comme du coup de mer humide du 15 août, trois jours de Marin sans que le Cers ne vire accompagné au moins d'une averse sinon d'un orage ne faisait pas partie des normes...

(4) la page météo de toutes les chaînes de télé persistent à dire "Tramontane" alors que le Cers se forme en s'engouffrant dans le couloir audois, plus modeste en tous points que le Mistral lié au Rhône. Ces vents sont générés par les basses pressions de la Méditerranée.