Affichage des articles dont le libellé est plage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est plage. Afficher tous les articles

vendredi 30 janvier 2026

Son ENFANCE l'appelle (4)

« Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées, 
Sur elles sont venues s'inscrire, impitoyables, 
De nombreuses années... » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Son enfance l'appelle sur des plages de sable... Né pratiquement sur l'une d'elles, il lui faudrait bien des lignes pour raconter, d'une part, l'apparente continuité, l'invariance de la mer et du sable, et d'autre part, l'évolution finalement dans une échelle si courte du temps, de l'occupation de cet espace par l'Homme lui-même condamné à croître puis à déchoir, à changer avec le temps, à se transformer presque jusqu'à la métamorphose d'une chrysalide en linceul. 

«... Quelle neige est déjà tombée dans mes cheveux ?
Les hommes ne sont-ils nés que pour devenir vieux ?.. » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Une idée de St-Pierre avec le camping côté plage. 

Une idée du camping sauvage de Saint-Pierre. 

Au delà des joncs piquants, refuges des criquets, libellules et moustiques, il a grandi avec les baraques sur la “ dune ” (1), le marabout de Thérèse de Coursan, les tentes bleues ou vertes sinon orange des touristes sur le sable mouillé faisant sourire les locaux pour leurs scènes de ménage plus spontanées, et surtout rapport au coup de mer du 15 août où ils devraient mamer (avoir les pieds dans l'eau) ; la partie de croquet ou sa version “ Tour-de-France ”, le cahier de vacances ; avant souper, en spectateurs, les parties de pétanque des grands qui se détendent de la journée (partis au travail à mobylette ou à moto) puis la lampe acétylène qu'on allume au crépuscule, les nuées de moustiques si le vent se pose (expression du voisin Paulou qui avec sa mère Marie, dite « Marie Croustet » parce qu'elle récupérait le pain sec pour la volaille, ne manquait jamais une saison à la mer). 
Et la large piste laissée libre pour les camions de glace ou de pêches du Roussillon, le boulanger ou le marchand de cèbe de Nézignan ; plus rares, les ventes promotionnelles de journaux et revues en lots ; le bloc de cabinets avec le robinet d'eau et toujours sa file d'attente ; le petit cirque familial pratiquement de chaque soir
Sinon, à toujours s'accompagner de la mer des bateaux qui passent (un cabotage qu'on ne voit plus, il me semble), qui font sortir la paire de jumelles, de la mer en chanson de Trénet ; les périodes de Cers, la prétendue durée des 3-6-9 jours avec le sable qui vole, le bain écourté et les bouées et ballons poussés vers le large, les journées réussies, dites « de mer », avec les brises du marin ou vent d'Espagne l'après-midi rendant les heures de digestion théorique plus dures à patienter dans l'attente de la baignade ; les jeux, trous et châteaux sur la grève, et mon pauvre cousin Jacky (1952-2007) qui cabussait si bien pour les couteaux... 

À Pissevaches, un des canaux anti-char des Allemands. 


Et quand nous ne jouions pas, les balades, le ramassage de coquilles, des variétés d'escargots qu'on ne voit plus, après les baraques sur pilotis de Pissevaches, sinon la pêche aux crabes, aux soles et de la friture de jols dans les canaux anti-char des Allemands ; parfois une incursion clandestine vers la zone des culs nus... d'où, entre nous, les hommes auraient dus être bannis... 

Mais c'est déjà sortir de l'enfance, la puberté ouvrant la porte de l'adolescence avant une jeunesse voyant obligatoirement changer le rapport avec l'été sur la plage, les années d'éveil au Monde...     

(1) La dune... quelle dune ? Pour les simples occupants que nous étions, une ligne, un bourrelet de sable sec peut-être d'une cinquantaine de centimètres de hauteur, coupé cependant par les chemins d'accès dans les joncs, recherché car formant une protection frontale contre le traditionnel coup de mer du 15 août ; afin de garder la place, dans le respect des emplacements voisins (nous concernant, des Nissanais), on y montait les baraques un bon mois avant les vacances. 
La dune... quelle dune ? Dans le « Guide du Naturaliste dans le Midi de la France », 1. La mer, le littoral, chez Delachaux et Niestlé, 1961, réédition de 1983, suite à l'explication technique des dunes de souillère ou d'un grau intermittent, les professeurs Hervé Harant (1901-1986) et Daniel Jarry (1929-2025) citent « La Langue des Pêcheurs du Golfe du Lion », d'Arthrey, 1964, de Louis Michel (1913-1975), montpelliérain comme eux, entièrement bilingue languedocien-français. À propos de la dune, chez nos pêcheurs, on distingue l'arénal ou montilha, dune côtière ordinaire mouvante (Les Montilles, plage sur la commune de Vendres, Hérault), de la mota, dune fixée et boisée comme, sauf erreur, dans l'étang de Pissevaches.   
Saint-Pierre-la-Mer, commune de Fleury,_département_Aude_-_aerial_view 2021 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Authors Raimond Spekking & Elke Wetzig... Peut-être d'une sauvagerie plus flagrante que celle du camping sauvage...

jeudi 29 janvier 2026

Son ENFANCE l'appelle (3)

« Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées, 
Sur elles sont venues s'inscrire, impitoyables, 
De nombreuses années... » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Et lui se demande si la sienne d'enfance l'appelle aussi sur des plages de sable doré. Oh ! bien sûr, puisque le hasard l'a fait naître dans le village du bout de l'Aude, un bout du Monde avec des kilomètres de plage entre Les-Cabanes-de-Fleury et Saint-Pierre-la-Mer. 

Du temps, les gens d'ici en ont mis à venir occuper cet espace, et encore si peu, le vigneron s'en tenant à ses vignes n'étant qu'un paysan. Or, un paysan n'est qu'un terrien pas cupide du tout, à l'appétit limité, quelques spécimens carbureraient-ils dans une logique d'accaparement capitalistique (genre FNSEA actuelle). Bref, les colonisateurs spéculateurs sans limites rationalisant jusqu'à ce qu'aujourd'hui on définit en tant que crime contre l'humanité, ce n'est pas chez eux qu'il faut les chercher. Et puis, la nécessité du pain quotidien, la gestion du produit d'une récolte à ventiler sur douze mois, l'esprit de solidarité de groupe, les laissaient loin de concevoir que des loisirs où s'adonner à l'épanouissement personnel pouvaient exister. Enfin, ils ne pouvaient que répondre à la contrainte saisonnière en pays tempéré faisant de l'été la période de ramassage du produit cultivé... 
Alors la mer, seulement un plaisir très ponctuel d'une paire de jours au maximum (1). Néanmoins, l'attrait se confirmant, le campement passa des toiles entre les brancards de la jardinière et des canotes (phragmites) à des assemblages plus élaborés, pour en arriver aux baraques sur la plage, montées pour la saison ; entre les derniers traitements et la préparation de la vendange, les contraintes de la vigne autorisaient un mois de liberté relative, du 14 juillet au 15 août. On déménageait les lits, une grande table (2), des bancs ; plus tard, on se fit faire une glacière. Si la femme et les enfants restaient, il fallait revenir au village pour le cheval, la basse-cour, le potager. Dans notre famille, les grands-parents s'en chargeaient ; ils ne se libéraient que pour le repas du dimanche avec, entre autres, au menu, soit la bouillabaisse, le tripat ou les escargots (3) que souvent, d'ailleurs, ils portaient... 

Les baraques. Été 1952 je pense... 


Dire que ce troisième volet ne pourrait être que la légende de la photo... Ne disposant pas, sur l'île, des albums de famille, comment ne pas se convaincre qu'elles sont plus durables que la modernité des photos numériques à foison le jour où le disque dur de stockage bloque et ne veut plus rien savoir...       

(1) le village se trouvant à dix kilomètres de la côte, l'aller-retour avec le cheval permettait-il d'aller passer le reste du dimanche à la mer ? À ce propos, le joli poème de Maurice Puel, mon prof de français-latin-grec en quatrième : Partager le Voyage: NOS PLAGES AVANT... FARINETTE jadis
  
(2) un plateau posé sur des pieux ; précision aussi d'un réchaud à pétrole (Caboujolette, 2008, François Dedieu). 
 
(3) « De Pérignan à Fleury », 2008, le livre des Chroniques Pérignanaises donne bien des détails sur une fréquentation des plages qui a commencé à la fin du XIXème siècle : 
« Au dessous des bâtisses constituant le groupe de Saint-Pierre, on voit quelques vignes bordées de tamaris, et au-delà, sur le sable, le plus extraordinaire assemblage de paillotes, de tentes, de baraques en planches, de demeures et d'habitations provisoires de tout genre, de tout style, construites et assemblées de la manière la plus hétérogène, la plus bizarre et cependant la plus captivante à l'œil qui se puisse imaginer. » Début du Compte-rendu de la Société d'Études scientifiques de l'Aude, juillet et août 1912, sous la plume de M. G. Sicard.  
Et puis il y a les écrits de papa. Dans son « Caboujolette » (Pages de vie à Fleury-d'Aude), 2008, incluant les souvenirs de famille, une quinzaine de pages serrées sont consacrées à la mer : les bals, l'installation, le cirque, la guerre, les Allemands qui sont restés, le cousin Louis Robert à l'école des Cabanes... et tout ce qui dort encore dans ses archives... 


mardi 9 mai 2023

BOBY LAPOINTE À LA MER.

Le piscénois qui a envie d’un bain de mer va au plus court, à Agde ; les plages qui se présentent en premier sont celles de La Tamarissière et du Grau-d’Agde.

Cette pénultième sur Boby Lapointe, trouvée vers 2005 à la bibliothèque municipale de Mamoudzou, du temps où on ne perdait pas au moins deux heures pour trente kilomètres dans les embouteillages. Tout le monde connaît l’originalité inventive de l’artiste piscénois, pas mal aussi dans la vie de tous les jours. 

Grande_Conque,_Agde,_Hérault  the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported Auteur Christian Ferrer

Au milieu  de sa tribu qui profite de la mer, il s’est déguisé en grand-mère. Ils partent tous sur une barque, un peu au large ; voilà t’y pas que la jeunesse rit, chahute, balance et crie quand le nego-fol (littéralement un « noie les fous ») se renverse. Boby qui a été scaphandrier s’est débarrassé sous l’eau, de son attirail d’aïeule. Bien sûr, depuis la plage, alerté par le chahut, tout le monde regarde cette drôle d’équipe qui regagne le bord en tirant la barque renversée. Mais personne ne demande après la mamé ; Boby et ses complices plaisantent sur cette disparition, font quelques allusions mais rien. Dire qu’on ne se mêle pas des affaires des autres, c’est bien pratique pour faire passer une lâche tranquillité égoïste, déjà si bien partagée. Étonnant que personne n’ait réagi à moins que je n’aie fait l’impasse sur la fin de l’histoire !



Autre info qui aurait plu à Boby, la dernière cette fois, de quelques jours à peine, qui a obligé le maire d’Agde à trancher : le naturisme sera interdit cette année parce que les marchands de maillots en sont arrivés à devoir mettre la clé sous la porte et que l’activité met en péril les 1500 emplois du secteur. Comme on s’en doute, la nouvelle a aussitôt provoqué une levée de boucliers dans l’autre camp avec, en tête, les restaurateurs de la zone concernée. Les délégations ont demandé à être reçues. Elles ont même bénéficié d’un renfort inattendu, celui de la corporation des jumelles et monoculaires qui craint de perdre jusqu’à 50 % du chiffre d’affaires. Obligées de revenir sur un arrêté trop directif, les autorités n’ont finalement imposé que le port du string dans la zone naturiste. La presse locale a relayé l’information dans son édition du 1er avril 2023.   

mercredi 19 octobre 2022

MAYOTTE, cartes postales...

 

La baie de Boueni, ancien cratère, au loin, le Choungui, son conduit rempli de lave, tout ce qui reste de l'ancienne cheminée...  

Plage de M'tsanyouni, connue aussi en tant que "Tahiti Plage". 

Quand l'initiative économique est tolérée malgré une paillote sur le domaine public. 

Trois jeunes gendarmes sont partis en patrouille au-delà de la plage, une zone moins fréquentée où les mauvaises rencontres sont possibles. L'un d'eux est revenu au Duster de fonction : visiblement il avait oublié sa bombe lacrymogène... 


dimanche 3 octobre 2021

MAYOTTE, CARTES POSTALES... Le douanier Rousseau

Au fond, quelque part derrière le rideau de verdure, loin de la plage prisée de M'tsanyuni dite aussi "Tahiti Plage".

 "GAUGUIN ET LE DOUANIER ROUSSEAU 

  L'heure du farniente sur une plage de la Baie de Boueni. Un chaos de blocs noirs borde un croissant de sable doré. L'étale de basse mer. pas un chant d'oiseau, pas un cri de roussette, juste un ruisseau qui gazouille son cours et couvre les vaguelettes du lagon. Il ne sait pas pourquoi il reste allongé, à plat ventre sur le sable : cela ne lui ressemble pas. 

Un bruissement dans la brousse épaisse, en amont de la rivière. Un faisceau de hautes herbes qui plient, s'écartent sur un passage furtif pour reboucher aussitôt la trouée. Il épie, il piste la trace au bruit, immobile sous les lobes protecteurs d'un badamier. Un drageon brutalement libéré cingle la verdure proche... Puis, rien... Le silence retombe sur un monde plombéqui, dans l'attente d'une fraîcheur espérée, ménage le souffle vital... Ça bouge à nouveau, des galets qui choquent... un clapotis intermittent à présent : quelqu'un avance à contre courant... Puis, de l'eau qu'on écope, de l'eau qui ruisselle... Des gouttes qui cloquent... Plus rien... la présence est discrète, prudente... Quelques mots fredonnés... une voix de femme... Il se lève sur les mains... Un bras relevé, replié, une épaule pleine et cuivrée : une femme au bain... La verdure cache le reste. 

Et s'il se levait ? réflexe de voyeur. Pour brusquer la baigneuse et tout gâcher ? Il se remet sur les coudes, les joues dans les paumes, méditation en esthétisme et fantasmes majeurs. l'imagination galope d'autant plus que la pulsion est bridée. Femme au bain et secret de la plastique d'un sein qu'il ne saurait voir... juste le temps d'en frémir que le film défile déjà à l'envers : un clapotis dans l'eau, plus fuyant, avec le courant, des galets s'entrechoquent, un drageon fouette l'air, les hautes herbes s'ouvrent, se referment. La nature retient son souffle. Il fait trop chaud. Soupir. Il a rêvé... 

L'instinct frustré se rendort mais la pensée vagabonde encore ; elle agrémente l'instant d'un décor de glaives, de palmes, de dentelures... Puis des tons de salade tendre panachent la végétation d'une grasse verdeur. Les tropiques se griment d'une luxuriance trompeuse, trois calices rouges, une panicule rose. Le douanier Rousseau a offert ce rideau exotique qui cache, dans la pénombre, le geste lascif d'une femme au bain, une forme chaude et galbée... un cadeau des îles signé Gauguin. 

Une risée sur la baie qui danse le réveille. Les vaguelettes du flux remontent et couvrent le murmure du ruisseau. Les oiseaux s'ébrouent, les roussettes à la toilette émergent de la torpeur. Une relative fraîcheur arrive du large. la canicule n'est plus qu'un souvenir. Ce ne fut qu'un moment suspendu par un dimanche après-midi sur la Terre."

Pourquoi ce souvenir tout à coup ?  


 Hier, une plage jadis paradisiaque aujourd'hui envahie par une flopée de bagnoles et des relents de musique mondialiste sans reliefs. Pourtant, infatigables, des jeunes tapent sur des tambours de bois et de peaux, de toutes tailles, msindrio, fumba, dori (en partant du plus grand) ; plus loin, de la cabane bambou guinguette dont la palissade doit cacher le collé-serré des danseurs, sortent des rythmes illustrant la prétendue liberté de mœurs des tropiques... et c'est vrai que je ne pouvais refouler ces lambeaux de la vie d'avant. 

Comme j'en ai bavé (je ne vaux pas grand chose et ce n'est plus de mon âge...) pour revenir de cette plage de Sohoa avec 8% de dénivelé en moyenne dont des raidillons à 33%... le sommeil m'a vite assommé sauf qu'à trois heures du matin, l'horloge interne m'a fait lever...

Le café, le gâteau à la citrouille, être bien, se sentir vivant... Ne rien demander de plus or voilà que fb me donne à admirer "Le Rêve" d'Henri Rousseau, un tableau inconnu de moi à ce jour. Hasard, coïncidence... Mon cœur a aussitôt fait boum ! Un dimanche après-midi de 1995, sur une île tropicale du Canal de "Moçambique", dans la moiteur d'une saison des pluies finissante, convaincu d'évoquer ingénument, je m'imaginais entrant dans une toile mais sans me douter qu'en 1910, un incomparable coup de pinceau avait déjà prédit ce qui devait advenir ! 

Henri Rousseau - Le Rêve - Google Art Project wikimedia commons Domaine public Author LwEt57AOdD6SGA at Google Arts & Culture

  Palpitant, sur les livres de Jules Verne et Louis Pergaud, dans un fort carton d'encyclopédie en disquettes dépassée, il attend qu'on lui donne vie ou que je meure pour y parvenir (quelle prétention !), le tapuscrit "Mayotte, cartes postales". L'épisode ne figure pas sur la table mais je sais que c'est dans le chapitre "Tourisme et géographie" que ça palpite... Page 55, bingo ! 

Sous le croissant de lune qui pâlit alors que l'aube blanchit le ciel, j'avais quand même oublié que Paul Gauguin avait remplacé la femme du douanier Rousseau par une de ses filles des îles... 

     

vendredi 17 avril 2020

ALINE, SEñORITA des MOTS BLEUS... ÇA M'AVANCE A QUOI PUISQUE LA MER L'EST, TOUJOURS BLEUE ?

Matin gris sous le règne incontesté des vents marins. Les matins ensoleillés sous un Cers jadis dominateur victimes du virus climatique ? Pour se venger des fleuves mâles formant depuis les Alpes, les Cévennes et les Pyrénées, depuis toujours presque, étangs et lagunes, venus de la mer, ils apportaient et auraient voulu entretenir les miasmes, les fièvres paludéennes. Sauf que le Cers nettoyait tout en quelques heures à peine ! Oh Circius ! Oh vent divin loué par les Romains qui lui auraient élevé un temple ou au moins un lieu de culte sur la colline de Saint-Cyr près Sallèles-d'Aude ! 

Qu'on était loin de cette interrogation devenue presque une injonction, en ce bel été 1965, à compter au contraire les quelques jours de brise marine pour un temps de mer, comme on disait, bien deux fois moins fréquent et portant comptant double, au moins. Et ces soirées en musique quand après l'inversion vespérale des vents, le "Nord" se portait garant d'un autre jour de plage, quand une rafale apportait tout à coup des notes plus nettes sous la toile verte de la tente "Cabanon" du camping dit sauvage. L'âge nous imposait d'être au lit, mais à contre-coeur, les yeux, les oreilles encore bien ouverts. Comment, à quatorze ans, à entendre "J'avais dessiné, sur le sable...", ne pas se figurer des couples sur la piste de danse en plein air ?
"Puis il a plu sur cette plage...". Mais non, peut-être l'orage du quatorze juillet mais pour mieux entrer dans la saison à la mer. Christophe ne chantera plus, il nous a quittés cette nuit victime d'un emphysème, peut-être compliqué par le covid 19... 
 
Christophe en 1965. Merci l'INA.
Inutile de crier, de pleurer ; tout comme Aline et nos amourettes d'ados, il ne reviendra pas mais sa señorita danse toujours dans sa robe de "taff'tas". Il faut pourtant surseoir à l'émotion, contrôler sa contemplation intérieure. Ne sachant plus trop si c'est Christophe ou moi qui apparait en filigrane, j'ai du mal à l'imaginer toujours minet mais sans la moustache des années 70. 
Je m'en voudrais aussi d'oublier "Sur la plage il pleut beaucoup... Sur le sable abandonné tu ne viens plus... Mais la mer est toujours bleue..."
Joe Dassin en 1965. Merci l'INA.
Joe Dassin nous fait vivre une fin de saison avec la fin d'un amour, en chanson seulement j'espère. Avec lui, toujours notre belle plage de Saint-Pierre, plus tard, en 1971. Pas moyen de la voir sous un rideau de pluie, plutôt avec une double rangée de pas, sous un rayon de lune sur l'onde inoxydée... En 65-66, Joe chante "Çà m'avance à quoi ?" qu'on appréciera quand le succès sera venu. 
Tous ceux qui avec une chanson ont su nous offrir de quoi colorier un jour, dépeindre un âge, teinter un passé, faire déborder nos cœurs quitte à estomper, les années aidant, ces chanteurs, d'un art mineur disait à tort Joe un peu gêné de trop gagner, qui partent, qui portent et emportent un temps de nos vies, nous incitent, n'en seraient-ils pas conscients, à garder un peu de nos paradis perdus... 
"Peut-être un jour voudras-tu retrouver avec moi les paradis perdus" 1973 encore de Christophe. 
Il s'en est allé nous laissant Aline, sa petite fille du soleil, ses mots bleus, ses marionnettes, ses paradis perdus... pour les titres qui me reviennent. 
Oh aussi "Señorita dépêche-toi..." parce qu'il faut vivre avant qu'il ne soit trop tard et que face au temps ne reste que la mémoire des vivants... 

"Les vrais paradis sont ceux qu'on a perdus." Marcel Proust.  
 
 

vendredi 31 mai 2019

MON VILLAGE AU BORD DE LA MER / Les-Cabanes-de-Fleury.

Les-Cabanes-de-Fleury, un bout du monde au bout de la plaine qu'un des fleuves des plus vaillants, l'Aude, a gagnée sur la mer. Passée la Montagne de la Clape, dans un paysage de petite Camargue, la route pourrait filer droit ou presque sauf qu'elle chicane avec un "S" et se paie quelques fantaisies après avoir traversé un lieu-dit si bien nommé " La Guirlande ". 



Paradoxal. Alors qu'on se dirige vers un hameau qui regroupa des cabanes de pêcheurs, à droite c'est une allée monumentale de vieux pins, si familière aux indigènes. Derrière le non moins imposant domaine de Saint-Louis-de-la-Mer acquis par la suite par les Salins du Midi. Étrange, le nombre de fenêtres sur la façade exposée au Cers, ce vent d'ouest-nord-ouest  violemment attiré par la basse pression méditerranéenne. De l'autre côté, la cour d'honneur en quelque sorte du temps des Gabaude, si mon souvenir ne m'égare pas, on dirait que les arbres s'en sont foutu le peilhot, qu'ils n'y sont plus ! 



En deux, le café des Pins ! 
Le 10 juillet 2001, papa m'écrit "... Nous avons bu un coup au café de Marie-José, fille de Marcellin et petite fille de Gili qui piquait jadis dans les pins les lampes à acétylène, le soir, avant l'électricité dans le hameau..." François Dedieu. 




En trois, l'usine, un trait d'humour sans doute pour désigner le petit bâtiment où un pairol, un gros chaudron cuisait la rusco, l'écorce au sens languedocien du terme, une mixture à base d'écorce de pin afin de rendre plus discrets les filets de pêche. Un endroit clé avec, par le passé, à côté, les treuils de la pêche au globe. Les murs accueillent à présent une fresque qui témoigne de ce qui fut. 
Un pêcheur justement ! Oh mais je le connais ! C'est Tchouna ! Bon, c'est vrai, la barbe blanche et il se porte bien mais je l'ai reconnu ! Et lui idem : il me fait "Djèu" ! Et un moment après 
"Tu veux une anguille ? une grise parce que hier j'ai pris une jaune, une reproductrice. Je l'ai relâchée.
- Non merci, sans façon et qui plus est avec le vélo...  
Au village, même si la rumeur publique a heureusement perdu de sa virulence, il en demeure un réseau solidaire qui dit que son frère La Nappe se bat contre un cancer. 
- Tchouna, embrasse-le bien fort... dis-lui que le Djéu pense à lui... 
Est-ce que les enfants d'aujourd'hui, d'un même quartier, d'une même école, garderont ce lien toujours plus fort quand vient l'automne de la vie ? 

En quatre, Las Cabanos de la modernité, de la belle saison qui approche, autour du port avec les cafés, les attractions, les kiosques qui ne vont pas tarder à se mettre en place. Avec le parc de stationnement des campings-cars aussi. Pas de photo. 






En cinq, avec ce que ce bout du monde peut ouvrir vers le reste de la Terre, la mer, les Pyrénées d'un côté, le Mont Saint-Clair de Sète de l'autre, plus proche ! A celui des criques azuréennes qui a osé dire que l'horizon fermé de ses rochers valait tant de fois plus que la monotonie de la côte sableuse languedocienne, la beauté fleurie et la vie de la dune entre Les-Cabanes et Saint-Pierre-la-Mer ! 
Divine surprise ! la plage a gagné sur le Golfe du Lion alors qu'elle avait presque disparu sous les assauts de la mer ! Sans les chalets des vacanciers, sans les blockhaus des Allemands, sans les campeurs sauvages du début des années 70, tous occupants temporaires.    

Au retour, par un Cers à arrêter un cycliste, je me suis fait serrer de près, dans le "S", par un 75 tête de veau, macarel ! 
M'est revenue la dernière leçon de la Chloé de la météo d’État (aussi propagandiste et faux-cul que la télé de même nom qui vaut à la France la 32ème au classement RSF de la liberté de la presse !), avec cet air con et descendant des phagocytés du parisianisme, qui nous a lâché sa boulette de déjection (si, si ça sort aussi par la bouche) sur la prise de pouvoir, entre dépression transalpine et anticyclone ibérique, par le Mistral et une "tramontaine de septentrion" de jadis parce qu'encore une fois ces doctes vulgarisateurs du canal "je suis partout" dénient au couloir audois et au Cers un rôle comparable, toutes proportions gardées, à celui du Rhône avec le Mistral. 
Laminez, laminez les identités de la France, la jacobinite latente ne s'en portera que mieux... mais plus dure sera la chute ! 

mercredi 19 décembre 2018

ENTRE LE CIEL ET L'EAU / Mayotte





"Une île, entre le ciel et l'eau
Une île sans [...] bateaux
Inculte, un peu comme une insulte
Sauvage, sans espoir de voyage
Une île, une île, entre le ciel et l'eau..." 

Une île 1969 / paroles Serge Lama, musique Yves Gilbert / Album "Et puis on s'aperçoit" 1970. 

Les photos de 1 à 7 sont du 18 décembre 2018 avec une gentille saison des pluies (kashikazi) qui semble avoir commencé... 
Les photos 8 à 13 sont de mai 2018, des débuts de la saison des alizés, la saison sèche (kusi)...




"... Ce serait là, face à la mer immense
Là, sans espoir d'espérance
Tout seul face à ma destinée
Plus seul qu'au cœur d'une forêt
Ce serait là, dans ma propre défaite
Tout seul sans espoir de conquête
Que je saurais enfin pourquoi
Je t'ai quittée, moi qui n'aime que toi..."







[...] Une île, comme une cible d'or
Tranquille, comme un enfant qui dort
Fidèle, à en mourir pour elle
Cruelle, à force d'être belle
Une île, une île, comme un enfant qui dort 

Une île, entre le ciel et l'eau
Une île sans [...] bateaux
Inculte, un peu comme une insulte
Sauvage, sans espoir de voyage
Une île, cette île, mon île, c'est toi..."

dimanche 3 septembre 2017

FIN DE SEMAINE A MTSANYOUNI / plage de Mayotte


Par commodité, on l'appelle Tahiti-Plage. Elle borde ce qui est peut-être un ancien cratère, la baie de Boueni. Au fond, la silhouette protectrice du Mont Choungui (593 m), cheminée de lave d'un vieux volcan disparu. Elle fut le cadre d'une bataille navale du temps troublé des sultans batailleurs et des mercenaires malgaches... Des pages d'Histoire, des espaces, des vestiges restent à découvrir...

Vue vers le sud-est de la baie depuis les hauteurs du Pengoua Bolé, à peine plus de 200 m d'altitude (commune de Sada). 


Vue vers le sud-ouest (village de Moinatrindri et presqu'île de Rassi Chodoni). 

Ici et là, sur le pourtour de la baie, des plages. 
Certaines, secrètes, se méritent, se méritaient plutôt, car l'insécurité, les attaques à l'arme blanche ont dissuadé de s'y rendre, même à plusieurs, sans parler des solitaires et des amoureux. Tant pis pour la mienne d'autant qu'il paraît que la mer aurait repris tout le sable pour ne laisser qu'un tapis de rochers, de boulets noirs. L'an dernier aux infos, la télé avait même préconisé de partir seulement en groupe et encadré par des gendarmes randonneurs !.. 

L'insécurité, un mot tabou que les cooptés du comité du tourisme taisent, comme le font les autorités avec le mot "immigration", imprononçable. Un pays développé doit-il accepter une attitude aussi irresponsable mettant tout bonnement des visiteurs en danger ? 
 https://dedieujeanfrancois.blogspot.fr/search?q=tourisme+Mayotte 



Que reste-t-il du paradis perdu ? Seules les plages les plus accessibles sont fréquentées, envahies de véhicules le week-end ! Une population aussi cosmopolite que métissée s'y presse, plus pour les plaisirs du sable et de la baignade concernant les wazungus (originaires de métropole et d'Europe), plus pour les grillades et un pique-nique jusqu'à la nuit (18h) pour les locaux. 

Parmi les premiers, certains arrivent équipés MTP (masque-tuba-palmes) afin de rallier un tombant corallien de toute beauté... Mais là encore, comme pour les plages à robinsons, j'appréhende, entre le blanchiment des coraux de 1997 et ce réchauffement climatique n'épargnant pas Mayotte, de devoir en parler au passé. Et ce coin à corail rouge, si recherché, a-t-il résisté à la cupidité des hommes ?  Quant aux tortues, on ne se demande même plus si elles venaient pondre jadis... leurs derniers sanctuaires seraient en sursis, le braconnage causant toujours plus de dégâts avec près de dix fois moins de sites surveillés aujourd'hui qu'autrefois. Viendra le jour où il n'y aura plus d'animal adulte en âge de pondre, a dit dernièrement un intervenant autorisé ! 


Femmes et filles parlant une des variantes kibushi (malgache ancien) de Mayotte. 

 
Pour les Mahorais, c'est le culte du voulé, de la viande congelée du supermarché, à griller (de moins en moins de volaille à plumer, moins de poisson). Mabawa (ailes de poulet) ou brochettes de croupions de dinde, manioc, bananes à cuire, beaucoup de matra (du gras) et ces sodas en cannettes si bons pour la santé ! Les derniers arrivés allumeront le feu à même la terre. 


Dans la pénombre des terrasses de deux "cabanes bambou" avec souvent, à la base, un conteneur désaffecté, on peut aussi boire et manger... D'un minibus au moteur tournant, trois hommes ont porté chacun une petite chèvre pour un premier et dernier bain... le sacrifice au nom d'Ibrahim se fera plus loin...   


Bien sûr que cette quiétude, cette plage en partage plus propre, mieux tenue parce que les mentalités évoluent (sensibilisation à l'écologie, poubelles installées) sont autant de signes réconfortants. Mais un état des lieux qui en resterait à cette béatitude relève d'une inconscience coupable...  Une vigilance obligée s'impose alors que notre espèce court vers son extinction. 

Il n'empêche, la ministre actuellement en visite (Girardin / Outre-Mer), certainement agacée par les problèmes majeurs qui lui sont ressassés, préfère cette posture, comme si, de reconnaître que les responsables politiques ont failli relevait d'un quelconque déshonneur. Pourquoi y aller si c'est pour s'accommoder d'un monde mondialisé certes, mais libéral, dégueulasse et suicidaire ??? 
A l'instar d'un fameux premier ministre monté au créneau dans des circonstances aussi tragiques qu'exceptionnelles, n'acceptons qu'un responsable prêt à verser avec ses administrés, le sang, le labeur, les larmes et la sueur. Débarrassons-nous de tous ces gouvernants qui nous endorment et mènent à la catastrophe au seul profit des castes qu'ils représentent !