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mercredi 2 décembre 2020

ROUZILHOUS & frescuro / lactaire délicieux et fraîcheur


Que ça vienne de Scandinavie ou du Groenland il va faire froid durant la première quinzaine de décembre. 

Hier, 1er décembre en fin d'après-midi, des flocons descendant à 500 mètres d'altitude dans la Montagne Noire, les Hautes-Corbières, et le Pays de Sault. On attend 5 à 10 centimètres de neige blanche vers le Pech de Bugarach, jusqu'à 15 cm dans le massif du Madrès, à Camurac et plus de 20 cm sur le Pic de Nore. L'épisode pourra s'accompagner de verglas. Et à Fleury un Cers froid et pénétrant fait sentir que la neige n'est pas loin. 

 

Cette année aura été une année à covid mais pas à champignons ! Et moi qui rêvais de rouzilhous, de ceux qui, en famille, marquent l'automne de leurs tons plus ou moins rosés, orangés, sanguins et veinés de vert-de-gris. Déjà que certains coins ont été scalpés pour servir de coupe-feu ! Es que fa maï fred que frescuro ! (C'est qu'il fait plus froid que frais)... Mais c'est la fête à Viviane (1) qui, entre parenthèses, ne s'est pas privée de nous faire saliver de loin, dimanche, avec les photos de la poêlée forestière accompagnant son poulet rôti ! 

Les photos justement, manière de se consoler de ces lactaires délicieux qui ne nous feront pas mal cette année... Non non, ne dites rien, surtout ne donnez pas vos coins et ne faites pas croire que vous en avez trouvé des kilos, ne faites pas comme ce Palajanais de la galéjade qui parlait de 20 cm de neige, hier, dans son village à portée de Carcassonne !

PS : et autour de chez nous, la météo ? 
Dans l'Hérault, le ciel restera couvert sur les reliefs avec des précipitations sous forme de neige à partir de 700 à 900m des Monts de l'Espinouse à la Seranne.
Dans le Gard Monique a cru voir une cordillère enneigée mais ce n'était qu'un édredon de nuages...   
Et plus loin mais c'est le pays de mes aïeux ! Dans l'Ariège, à Montagagne (800 mètres d'altitude environ), guère plus de 1 à 2 degrés aujourd'hui avec quelques flocons mais la nuit sera claire. (Météo France)
 
(1) a aussi fait passer des photos de neige à Belcaire.  




 
 

lundi 8 avril 2019

8 avril 1915 / Louis Pergaud


Louis Pergaud 1882 - 1915.

Entre Marchéville-en-Woëvre et Saulx toujours en Woëvre, à trente cinq mètres à droite du pont sur le fossé Saint-Pierre, le sous-lieutenant Pergaud entraîne ses hommes à l’attaque de la Côte 233. Il faut les voir !.. Trempés par l’eau des marais où ils ont dû patauger jusqu’aux genoux, ils dégoulinent aussi de l’eau du ciel qui ne cesse de tomber ! Regardez-les bien, c’est la dernière fois : beaucoup n’en reviendront pas !
Ernest Florian-Parmentier écrira même, sur la foi du sergent Desprez, blessé lors de cet assaut : « ... Les débris de celle (la section) de Pergaud rentrèrent seuls ; notre brave confrère avait disparu... ». C’était le 6 avril 1915, un mardi, par une nuit sombre et pluvieuse, après 2 heures du matin. Blessé, récupéré par les Allemands, il disparut dans le bombardement par l'artillerie française de l'hôpital où il avait été évacué. Son corps ne fut jamais retrouvé. 
 





Sur la moitié droite de la stèle de Marchéville-en-Woëvre : 
"Reverrons-nous les champs reverdir et les fleurs pousser ?" (1er avril 1915 / signature Louis Pergaud 1882 - 1915). 

Sur la partie gauche : " Parti d'ici à la tête de ses hommes, Louis Pergaud, prix Goncourt 1910, auteur de la Guerre des Boutons, disparut la nuit du 7 au 8 avril 1915 dans l'attaque de la côte 233 de Marchéville. 

Forêt enneigée dans le Doubs Auteur Nelson 25 sur Wikipédia français

Extraits de la vie en lui, pour la femme aimée :
A Delphine, mardi 2 mars 1915. Nous sommes retombés dans l’hiver. Il a neigé ces jours passés il fait un peu froid un peu plus froid qu’auparavant... /...

A la même mercredi 3 mars 1915. ... Il faisait un temps à ne pas mettre un Boche dehors : bourrasques de pluie et de neige, coups de vent et tout ce qui caractérise les heures troubles d’avant printemps. Malgré cela ce ne fut pas pénible, j’avais mon caoutchouc et je pouvais me foutre de la neige et du vent. La campagne ne reverdit pas vite tout de même, c’est encore gris avec des raies d’eau qui zèbrent les champs de lames d’argent. Les arbres non plus ne se pressent pas de bourgeonner mais les oiseaux commencent à revenir, il y a déjà des pinsons jolis comme des amours, quelques chardonnerets et des bandes d’alouettes et de verdiers. Enfin on commence à trouver des pissenlits et presque tous les soirs l’ordinaire s’enrichit d’une plantureuse salade dont on se pourlèche les badigoinces comme dirait feu Rabelais.../... Il serait bien absurde que les destins qui semblent me protéger avec tant de zèle ne persistent pas.../... Il ne me manque vraiment que votre présence mon cher amour. Bien souvent quand mes yeux courent le long des lignes,votre chère image vient s’interposer devant mes yeux et les mots dansent parce que le souvenir de notre bonheur passé me tourmente jusqu’au fond le plus intime de ma chair et de mon cœur...

A la même vendredi 5 mars 1915... Il faisait un temps adorable de printemps, tiède et presque parfumé.../... on flânait, on rêvait... 

 A Delphine, lundi 8 mars 1915. Pour changer un peu aujourd’hui il neige. Déjà dans la nuit paraît-il ça a commencé et ce matin c’était tout blanc... /... J’ai eu à mon réveil le spectacle un peu attristant d’une campagne grise et d’un ciel de suie mais j’ai pensé à toi et ça m’a mis dans le cœur le coup de soleil qui manquait à ma fenêtre.

A la même mardi 16 mars. .. / ... Aujourd’hui et hier aussi le temps s’est remis au beau, le soleil s’est montré, les routes se sont séchées. Il faisait chaud, il faisait bon et j’aurais bien voulu t’avoir à mes côtés.
A la même mardi 16 mars 1915.... Mes cheveux ont encore grisonné mais je suis toujours aussi jeune de caractère et surtout toujours aussi amoureux de ma femme bien aimée...
A la même mardi 16 mars 1915... /... Il a fait une journée délicieuse d’avant-printemps? les alouettes chantaient, des bandes de petits oiseaux passaient dans les grondements du canon et c’était bizarre et joyeux et un peu triste aussi.

A la même mercredi 17 mars 1915... /... Quelle journée délicieuse ! Et quel beau soleil il fait ! Cela nous met en joie et les Poilus aussi. Personne dans les caves et tout le monde est dehors... /... Ma bien aimée qu’il ferait bon se promener, au bras l’un de l’autre, dans quelque quartier du bois de Landresse... 

 A Delphine 21 mars... Nous avons attaqué la ligne ennemie.../... nous sommes restés sur nos positions et nous avons perdu quelques hommes... Au milieu de tout cela, ma bonne petite chérie, vos gentes lettres me parvenaient et je puisais dans votre amour toutes les forces dont j’avais besoin pour tenir jusqu’au bout... 

A la même lundi 22 mars... Les hommes sont gais, il fait soleil. 

Pays de Pergaud (Doubs). Cascade de l'Audeux en amont de l'abbaye cistercienne de la Grâce-Dieu (vallée des hiboux).




mardi 5 février 2019

LE TERRIBLE MOIS DE FEVRIER 1956 / Lou poudaire (fin)

Le poudaire utilise des ciseaux à tailler, électriques ou pneumatiques tant il faut en avancer aujourd’hui. Dès le mois de novembre, pour ne pas se mettre en retard, et parce que tout a été fait pour ne plus embaucher de main-d’œuvre, ils doivent commencer même si les feuilles ne sont pas tombées ! Avant les ciseaux à tailler, encore au XIXème siècle, on utilisait la poda, un drôle d’outil en théorie ambivalent, d’un côté serpette, de l’autre hachette mais qui avait l’avantage de laisser une coupe oblique nette contrairement, par la suite à certains ciseaux qui écrasaient le bois. L’autre outil pour éliminer le bois mort ou en trop est le rasséguet, la petite scie (la rasso = la scie / Trésor du Félibrige / Frédéric Mistral). Tous les jours le poudaire rentrait avec un sac de souquets, plus prompts à faire de la braise que les souches plus denses et épaisses... Sur la plaque de la cheminée attendait, toujours tiède, le café passé "à la chaussette".   



Yves Boni, le pêcheur des Cabanes qui m'a offert de quoi écrire une quinzaine d'articles portant témoignage de la pêche dans une mer jadis si vivante ! Allez donc les relire, le témoin vaut vraiment le détour ! 

https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2015/08/le-temps-pour-un-pecheur-du-golfe-vii.html
 

« … Sinon, ils regardaient toujours vers l’Est, jamais dans l’autre secteur, pas du côté de l’Espagne car ce qui arrivait de mauvais venait toujours de l’Est.
    Une fois, avec cette neige du grec qui casse tout... je devais avoir 17 ans. Il a tellement neigé, la rivière était gelée, on pouvait pas aller jusqu’au pont de Fleury, comme d’habitude, et on est allé chercher du pain à Valras en passant par le bord de la mer. Il en était tombé 25 cm au bord de l’eau quand même ! J’avais jamais vu ça. c’était petit vent du nord, et l’eau des vagues se gelait. Quand nous sommes repassés il y avait 50 ou 60 centimètres de dentelle de glace... je m’en rappellerai toujours. Attends, pour geler l’eau de mer ! Tout le monde, avec des sacs ; entre ceux qui allaient gaiement et ceux qui marchaient moins vite, on était une trentaine pour rapporter du pain à tout le village.
    Une autre fois, quand on a été au pont de Fleury, on voyait rien et il y avait tant de neige qu’on savait plus où était la route, et les caves (les fossés), à côté.  Tu savais pas si tu étais sur la route ou dans une vigne. A des endroits on en avait jusqu’au ventre. Celui qui était devant était mouillé jusqu’à la taille. On se relayait, trempes comme des canards ! A la boulangerie, chez Vizcaro, enfin Fauré encore, Paul s’est étonné : « D’ount sortissès ? » (D’où sortez-vous ?) On était partis à 7 heures du matin, et le retour aux Cabanes, à 4 heures, avec le bateau. Je devais avoir 17, 18 ans. Quand il neigeait, couillon, c’était la catastrophe... » 

Un autre témoin, si attentif à la vie de son temps,si complice pour garder notre passé vivant... mon père qui me manque... François Dedieu :



La neige à Pézenas / Diapos François Dedieu 1963


« … Et nous reparlons du grand froid de février 1956 […] Ici, à Fleury, les « moins vingt » furent chose courante pendant des jours et des jours, les dernières olivettes disparurent, à St-Martin-de-Londres dans l’Hérault la vigne, pourtant si rude, n’a plus résisté à le température extrême de « moins vingt-neuf degrés ». Et Julien de me dire que l’Aude était gelée sous une couche impressionnante de glace, telle que Robert Vié avait poussé sa barque en la faisant glisser du pont de l’Aude jusqu’aux Cabanes. La même année, Titou Maurel (Louis, l’aîné […]) était tombé dans l’eau à travers une glace qu’il avait cru plus épaisse, à Pissevaches, et c’est Manolo qui l’aurait tiré de là – ils devaient chasser -.

[…] Tu me diras : c’est surtout du passé, et je te réponds : 
«  Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c’est le présent tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine. » (Marguerite Yourcenar.)»

François Dedieu / Pages de vie à Fleury / Caboujolette / 2008 / Chapitre L’Hiver.   



Diapos 3, 4, 5 : La neige à Fleury en 2006 / François Dedieu.
Note : je dois les informations et l'illustration sur la poda au livre sur le canton de Coursan / Opération vilatges al pais / dirigé et mis en œuvre par Francis Poudou (2005).