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jeudi 25 décembre 2025

ANTOINE, conte de NOËL (4)

« Antoine, conte de Noël 

4. La vengeance d'Antoine.  

Pendant que le bedeau, de son petit cône métallique fixé au bout d'un long roseau, éteint une à une les bougies, puis tourne le commutateur des lustres, c'est une véritable procession devant ce qui nous rappelle l'étable de Bethléem. Nous n'avançons que tout doucement. Tiens, nous sommes les derniers, Antoine et moi. Enfin, nous voici presque seuls dans la petite clarté pourpre. Dans le coin, derrière nous, brûlent quelques cierges sur une bizarre table de fer garnie de pointes sur lesquelles ils sont piqués, au milieu des blanches coulées de cire. La musique de la boîte retentit moins souvent. Dehors tombe une pluie fine. Les gens s'empressent de rentrer chez eux. Beaucoup sont invités chez des parents pour partager un bon repas de fête où la dinde traditionnelle, les bons vins de Fleury et les pâtisseries familiales auront bien sûr une place de choix. 

C'est dans cette chapelle que se tenait la crèche de Noël... 


Et soudain c'est le drame. Le sacristain en a fini avec son éteignoir. A peine l'a-t-il rangé près du gros pilier qu'Antoine s'est emparé du long roseau brillant et qu'il s'avance, méchant, vers la crèche. Je n'ai presque rien vu, mais j'ai bien entendu :

« Ah ! c'est comme ça que tu te conduis ! Tu n'es pas capable de savoir que je mérite davantage qu'une paire de chaussettes ! Eh bien, tiens ! Tu l'auras voulu ! »

Deux bons coups de roseau, et le petit bras rose a été cassé au-dessus du coude. Deux femmes veulent rattraper Antoine, qui s'enfuit à toutes jambes.

« Quelle famille ! Ne demandez pas qui c'est… » dit l'une d'elles.

Maman m'a pris par la main. Nous sommes vite sortis.

J'ai oublié le reste de la journée. Mais depuis j'ai souvent pensé à la révolte d'Antoine. Il y a quelques années, je l'ai revu à Narbonne. Il venait du village natal de Charles Cros, où il travaille. Il avait servi de chauffeur à sa patronne qui profitait du jeudi, jour de marché, pour faire ses courses. Nous avons bavardé un moment, près du café Montmorency : ce qu'il devenait, ce que je faisais de mon côté.

J'ai pensé tout le temps à la crèche de nos sept ans, mais je n'ai pas osé lui rappeler, ayant depuis longtemps compris ce gros drame de son enfance et lui ayant depuis longtemps tout pardonné.

Alors, si vous passez, pendant les vacances de Noël, dans mon cher village, et si vous avez l'idée d'aller vous recueillir un court instant devant la crèche, beaucoup moins belle, il est vrai, que dans le temps, en face du portail d'entrée, vous remarquerez sans doute que l'enfant Dieu a eu le bras cassé au-dessus du coude droit. La colle y est encore visible en un léger bourrelet circulaire. A ce moment-là, si quelque touriste de passage, à côté de vous, remarque d'une façon critique : « Ils auraient pu le changer, depuis le temps qu'il doit être là ! », vous sourirez intérieurement : maintenant vous connaissez son petit secret. » (à suivre) (1)

François Dedieu, Caboujolette, 2008. 

(1) pour des raisons de sécurité, le vandalisme n'ayant plus de limites, je ne sais pas quel Jésus figure actuellement dans la crèche de l'église, presque toujours fermée en dehors des offices. O tempora, o mores... 

ANTOINE, conte de NOËL (3)

 « Antoine, conte de Noël. 

(3. L'amertume d'Antoine ). 

Bref, pour son Noël, Antoine a reçu en tout et pour tout… une paire de chaussettes et quelques bonbons. Ah ! il est déçu, oui, bien déçu ! Et dire qu'en face de lui, sur la « Placette », habite un petit garçon qui est un vrai diable. Mais laissons Antoine à ses pensées :

« “Le père Noël ne t'apportera rien !” disait la mère au petit diable, à longueur de journée. Encore une attardée, sa maman ! Comme si elle ignorait que ce n'est pas le père Noël. Nous, les Rumel, nous sommes pauvres, nous sommes nombreux, mais nous savons les choses. Ce n'est pas tellement papa qui nous l'a appris, papa Cintho (encore un de ces noms…), mais maman. Maman s'appelle Fernande. Elle au moins a un prénom courant, comme Antoine. Elle est un peu gênée pour marcher, par exemple. Mais elle est vaillante, et elle nous instruit. C'est ainsi que moi, Antoine, je connais le grand secret. C'est le petit Jésus, lui qui voit tout, qui apporte les cadeaux. Eh bien ! là, pour une fois, il a mal vu, et c'est tombé sur moi. J'en ai une preuve : le garçon d'en face, celui qui ne devait rien recevoir, roulait ce matin dans une splendide auto à pédales de couleur bleue. Et moi, Antoine, moi qui ai été bien sage pendant près d'un mois, moi qui ai fait deux fois par jour des commissions pour maman : le pain, le lait, ce qu'il fallait à la maison… qu'est-ce que je reçois ? Une paire de chaussettes. C'est plus que de la myopie, ça crève les yeux. C'est une injustice flagrante. Et le coupable ? Jésus, l'enfant Jésus qui vient de naître la nuit dernière. »

Comment pourrais-je savoir tout ce qui bouillonne dans la petite tête de mon voisin. De toute façon, il est triste : je m'en suis aperçu. Les autres dimanches, à cette même place, il est plus souriant. Dans la cour de l'école aussi. Tiens ! pas plus tard qu'avant-hier, avant la grande sortie des vacances, nous nous étions poursuivis comme des fous. Ça c'était un jeu ! Et l'instituteur de service, monsieur Teisseire, qui n'avait pas compris que nous nous amusions ! Nous avons bien failli nous faire punir… 

Vue plus actuelle. En 1928 et encore à mon époque, un magnifique autel sculpté de marbre blanc (une des niches gisait devant l'entrée de Notre-Dame-de-Liesse) cachait ce qui est maintenant dégagé sous les grands vitraux.

« Ite, missa est. » vient de chanter l'abbé Vidal.

« Deo gratias » répond l'assistance.

Enfin ! Quelle joie ! Nous allons retrouver nos parents. Il n'y aura plus qu'à glisser une piécette dans la boîte à musique de la crèche, celle qui siège près du lumignon rouge, pour entendre « Il est né le divin enfant » ou bien « Les anges de nos campagnes ». Une dernière prière sur le prie-dieu, devant l'enfant Jésus qui a fait son apparition à minuit, puisque hier soir encore, sa place était marquée, mais vide. Maintenant il est là, apparu dans cette messe de minuit à laquelle, trop jeunes, nous ne pouvons encore assister, ravissant poupon aux belle couleurs, qui tend ses bras aux visiteurs. Elle est belle, la crèche, cette année-ci. Ces dames se sont surpassées ; les rochers de papier fort sont bien représentés. Saint-Joseph, et Marie, et Saint Jean-Baptiste couvert de sa peau de mouton constituent de très beaux sujets, presque aussi grands que nous. Le bœuf, l'âne gris, rien n'y manque, excepté les trois Rois Mages Gaspard, Melchior et Balthazar (encore de ces noms…) qui viendront le six janvier apporter l'or, l'encens et la myrrhe. » (à suivre)

François Dedieu, Caboujolette, 2008. 

mercredi 25 décembre 2024

LE TEMPS DE NOËL

C'est vrai que les sites pratiques, s'ils aident à retrouver une minette égarée, lancent la pub sur un acteur économique local ou mettent en avant une propagande politique, ne font pas tout. En complément sinon plus, un Triangle d'Oc apporte à une attente moins terre à terre. En accord avec la charte mise au point par son promoteur et que j'espère définitive, un petit souvenir d'une veille de Noël que je me suis dépêché de boucler... avec juste une image... C'est comme pour « le Bonheur est dans le pré », le poème de Paul Fort : « Cours-y vite... », parce que, même pour une journée appelée à se prolonger, ce 24 décembre va vite passer...     

En pensant à tout ce temps où, pratiquants ou non, croyants ou pas, de force ou de gré, beaucoup se retrouvaient à l'église, lieu de la cohésion villageoise depuis des siècles, je veux vous parler d'une époque pas si lointaine où la religion continuait à compter beaucoup et ce, chez nous comme partout, à Fleury. 

À la messe dominicale, lorsque l'abbé Boyer, psalmodiant tel un grand prêtre, rappelle « En ce premier dimanche de l'Avent, Jésus dit à ses disciples... », malgré le copain facétieux qui derrière enchaîne «... j'ai du bon tabac dans ma tabatière... », malgré madame Julia (l'intendante... la bonne du curé) qui se doit d'intervenir mais ne fait qu'aggraver nos fous-rires, si nos facéties se répètent, l'approche de Noël remet chacun en question. Bientôt dans une des chapelles, les bigotes auront monté la crèche sur fond de papier kraft arrangé pour figurer une grotte abritant une étable. Autour d'un creux seulement rempli de paille, en cercle, les statues de Joseph, de Marie, des bergers, de l'âne et du bœuf qui avec les moutons réchaufferont l'air. 

Chez nous, les adultes de la famille, eux qui n'iront pas, ne manqueront pas de demander si nous avons fait le geste de la voir, cette crèche, après l'office. Un enfant vient sauver le Monde, nous n'avons pas idée de nous questionner sur la virginité de la mère, un état et des mots qui nous sont complètement étrangers. 

Dix jours avant le vingt-cinq, la magie de Noël appelle, toujours depuis l'église : après l'angélus, les cloches sonnent nadalet, le petit Noël. Sans sortir dans la nuit froide, afin d'entendre, les enfants sont invités à pencher la tête sous le manteau de la cheminée. 

Fragon, petit houx, verbouisset... 


Les maisons aussi préparent Noël : avec parfois des santons, la crèche a trouvé refuge sous la branche de pin sinon un jeune arbre coupé, les sapins ne sont pas courants alors. De leurs vadrouilles dans la garrigue, les enfants ont rapporté du verbouisset, du petit houx, vert et rouge, exactement les couleurs d'un second Noël, qui s'est associé à la fête religieuse, celui du grand-père à barbe blanche apportant les cadeaux. À la radio, on entend « Mon beau sapin », « Vive le vent d'hiver », « Douce nuit », et Tino Rossi chante « Petit papa Noël »... 

Il ne manque que la neige, celle qui fait rêver les enfants des pays trop comblés de soleil et de températures plus clémentes. J'ai plus de dix ans mais cette magie demeure : je me souviens d'un vingt-quatre décembre, comme souvent, à faire la navette entre chez moi et la maison des grands-parents, peut-être seulement pour une raison : des flocons voltigent. Je me suis arrêté sous l'auvent de l'épicerie de Jeanne, anciennement la Ruche du Midi des Molveau, les yeux levés vers cette neige qui danse et tourbillonne sous le néon (le village avait remplacé ses ampoules par un éclairage moderne !). Des hommes sortent de l'apéritif, du café plus loin, col relevé, menton baissé, l'un d'eux parle fort pour qu'on l'entende. Ils passent sans me voir, sauf un, Jeannot Tailhan qui s'étonne de ce que je fabrique, ce que pour rien au monde je ne confesserais... 

... Que la neige tienne et pour la messe de minuit ce sont les métayers des « Trois Messes Basses » qui vont monter pour la messe au château. Ils montent comme Fernandel en brave moine vers la terrible auberge rouge sauf qu'eux, comme Garrigou et Don Balaguère, profiteront d'une hospitalité plus catholique, relevée exceptionnellement par les dindes truffées du réveillon. 

Les Noëls Blancs faisaient rêver les enfants du Sud ignorant que dans la fin de cette décennie, ils iraient quand même passer un jour à la neige avec le car...