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vendredi 1 mai 2020

L'HENRIC das BARRIS / L'HENRI des faubourgs

 Jadis la petite maison d'Henri dans la rue des Barris partant de la ligne des remparts disparus, soulignée par le tracé courbe du boulevard. Merci Geoportail.

Juste parce que le français s'imposait au languedocien ravalé à l'état de patois, en revoyant sa rue située hors les remparts, et parce que nos migrateurs reviennent instiller la vie et l'espérance en ce temps calamiteux de peste noire, pardon de covid 19, le souvenir et la voix d'Henri le mécanicien nous reviennent sur un air "d'hirondelle des faubourgs".   

"... Hé... O exprimo te coumo cal, se saves pas as qu'à te caillar. Ah beleu saves pas parlar francès. Ah bé tan pis parlo como vouldras... (1)

Au théâtre ce soir. 

Rares sont ceux qui se souviennent encore de la gaieté et de la joie de vivre qui présidait aux représentations de la troupe théâtrale pérignanaise en 1938. Et pourtant, en 1938, si on y regarde de plus près, n'est pas tellement loin, ce n'était déjà plus la Belle Epoque mais ce n'était pas encore la Drôle de Guerre. A Fleury, on pensait à bien s'amuser, de temps en temps et la troupe de théâtre forte de nombreux acteurs exclusivement masculins, malgré la tenue de certains sur notre photo, regroupait dans la cour de l'école la population de Fleury pour des spectacles en langue occitane fort appréciés nous a-t-on dit. 

Avant le spectacle  un tour de ville derrière la clique était organisé,
une clique réduite à sa plus simple expression : André Fountic au tambour et Marius Calmet au clairon.
Mais c'était le signal et on allait voir  "lous proufitaires", "Coucoudou", "lou pèis d'Abrial", "lou "rémé" Piroulet" (2) et "lous maridaires" interprétés par 
Maurice Barthe, Louis Gimat, Antoine Gélis, Auguste Fital, Auguste Rouquié, Victor Sirven, François Gervais, Joseph Sabatier, Jules David, Marius Calmet, Germain Anguille, André Fountic, Laurent Calvet, Gaston Pujol, Albert Mazoni, François Coural, Léon Coural, René Jean, Yéyé Bertoli, Marcel Cadène, Louis Biau et Jules Alibau. 

Après les représentations tout le monde se retrouvait sur la place du marché, au café Gazel  où se déroulaient d'ailleurs les répétitions. Le juge, le soldat, le voleur, le gendarme, le voisin, sa femme se rinçaient le gosier à coups de mandarin-citron ou citron-bière, de trois quarts... 

Oui, aco se pasabo a Fleuris, en 1938." (3)
L'Henric das Barris. 

(1) Oh, exprime-toi comme il faut, si tu ne sais pas, tu n'as qu'à te taire. Ah peut-être tu ne sais pas parler français. Et bé tant pis, parle comme tu voudras. 
(2) Les profiteurs.../... le poisson d'Abrial, lou raumé ? le rhume ? lou rèimé ? variété d'olivier ? / les marieurs ou futurs époux ?  
(3) Oui cela se passait à Fleury, en 1938. 

Cette chronique d'Henri Andrieu, le mécanicien, figure originellement sur une cassette audio. Après bien des procédures de béotien il ne me reste qu'un fichier son wave. Si quelqu'un me fournit une façon de faire, il me sera possible de joindre le contenu de la bande originale. 
La photo détaillée par Henri figure dans le livre "De Pérignan à Fleury" par les Chroniques Pérignanaises, page 172. Elle m'a permis de corriger certain patronymes et même un "Joseph" plus commun que le "Jaurès" que j'ai cru entendre... ma fibre politique sans doute. 

jeudi 12 juillet 2018

1938-2018 LA CÔTE NARBONNAISE par Jean CAMP[1] extraits / Fleury d'Aude en Languedoc.

LA ROUTE DES CABANES MONTE SUR LA POINTE NORD DE LA CLAPE : 

« A-t-on assez médit de cette côte languedocienne, de cette côte audoise qui semble faire piètre figure à côté des plages délicieuses qui bordent nos frontières maritimes ! On y rencontre, paraît-il, des moustiques insatiables, des étangs maussades, un vent inamical.
            Les Audois sont les premiers à le dire parce qu’ils aiment bien à exagérer un peu et qu’ils tiennent ainsi à distance l’étranger qui pourrait les envahir. C’est encore un vieux reste des croisades albigeoises qui persiste !
            Mais que de coins exquis le long de l’ourlet méditerranéen dès l’instant où la Clape mire ses premiers rochers dans l’eau capricieuse de l’Aude ! Peu de gens de chez nous connaissent les Cabannes, à l’embouchure de notre fleuve régional. Il faut passer Salles, Fleury, s’engager sur un chemin sinueux à flanc de garrigue, hier encore redoutable aux voitures, aujourd’hui accueillant aux ressorts les plus délicats. Les vaillants petits clos de pierrailles l’escortent vers la mer : la terre rouge se strie du vert sombre des yeuses et des amandiers. En bas la plaine, puits à vin où, comme une de ses vertes couleuvres qui hantent nonchalamment ses bords, entre les roseaux et les touffes de mauves, glisse le limoneux Atax… /…

Les Cabanes-de-Fleury.

DEPUIS LA DESCENTE DE LA PAGEZE, LA VUE PUIS LES CABANES-DE-FLEURY : 

« … tandis que l’horizon marin se déploie jusqu’aux franges écumeuses de Vendres et de Valras, voici le petit hameau aux toits de « sénils », aux treilles trapues, aux barques caracolantes. Quinze cabanes tout au plus, une école grande comme un mouchoir de poche, une tonnelle accueillante pour boire frais. 

1967 Les Cabanes lors du tournage du Petit Baigneur.


Mais la vie terrienne et la vie marine s’y juxtaposent harmonieusement. Les grands filets sèchent le long des vignes. En automne on peut du même geste manœuvrer le lourd carré, terreur des anguilles, ou cueillir la grappe poisseuse dont le miel, sous les dents, se mêle au sel du sable fin. Pieds nus sur la terre battue, tandis que les cigale se grisent de leur jazz monotone, vous y dégusterez les plus savoureuses bouillabaisses du monde et quand, à l’heure de la sieste, vous fermerez à demi les yeux, le rai lumineux qui glissera entre vos cils, les mélopées lointaines, les jurons lancés comme des pierres et le clapotis des eaux voisines vous feront rêver un instant à une côte barbaresque, douce et fruste à la fois, très loin d’ici, très loin de notre fade civilisation… » 

Jean Camp



[1] EN LANGUEDOC MEDITERRANEEN / Revue des Agriculteurs en France 8, rue d’Athènes PARIS / Supplément au numéro de juin 1938.