jeudi 22 octobre 2026

Slows de l'été, années 60 (4 et fin)

1968, du chambardement mais pas de guerre civile malgré la participation des mouvances gauchistes révolutionnaires, de la dignité par rapport au chaos, au vandalisme, aux saccages et pillages d'octobre 2026 ! Sommes-nous condamnés à nous habituer comme à ces lots de voitures traditionnellement brûlées lors des fêtes de fin d'année ou pour le 14 juillet ? 

Autre temps, loin de ces violences, en 1968, « Deux petites perles bleues rendent mon cœur malheureux... », ce n'était pourtant plus le temps de la guerre d'Algérie mais il doit partir, laisser là celle qu'il aime... Parti aussi son auteur-interprète, Jacques Pepino alias David Christie (1948-1997), suicidé quelques mois après la mort de sa fille Julia, 11 ans.... 

1968. Encore un qui a trouvé le bonheur dans les yeux de Monia, Peter Holm, suédois, vivant lui, né en 1947. 

1968, Eloïse de Barry Ryan, se danse en rock non ?  

Gainsbourg-Birkin à Rome Italie-1976 Domaine public Auteur Umberto Pizzi


1969, Jane Birkin (1946-2023) et Serge Gainsbourg (1928-1991) « Je t'aime, moi non plus » ...jusqu'à insinuer qu'au creux de tes reins, c'est la sodomie. Chanson interdite pour obscénité, sur les radios italiennes puis suédoises puis espagnoles, était-elle jouée sinon chantée par les orchestres programmés à la mer ?  

Francoise Hardy_february_1966_(détail) Domaine public Auteur Vittoriano Rastelli


1969 Il y a bien « Comment te dire adieu » de la regrettée Françoise Hardy, « Que je t'aime » de Johnny, « I start with a joke », les Bee Gees, « La Maritza » de Sylvie, « Oh lady Mary » et la voix de stentor de David Alexandre Winter, qui à l'instar de celle de Barry Ryan se prête mal au slow. 

1969, « Adieu jolie Candy » par Jean-François Michaël, Yves Roze de son vrai nom, chanteur licencié de l'écurie Barclay pour manque de résultats reste néanmoins en tant que directeur artistique de Michel Delpech « Wight is Wight » sauf que sous de faux noms, Boublil et Berger (Michel) lui demandent de chanter « Adieu jolie Candy », un succès qui dépasse alors « Wight is Wight ». Découvert par Eddie Barclay, il est alors licencié pour de bon ! 

Mike_Brant 1972 for IDF Disabled Veterans Organization organized by Simcha Holtzberg at the Sheraton Hotel (FL61609728) (cropped) Domaine public IPPA Photographer


1970, « Comme j'ai toujours envie d'aimer » Marc Hamilton, (1944-2022), Québécois (1) étrange cette envie d'aimer comme de manger... Mike Brant (1947-1975), aussi avec « Laisse-moi t'aimer ». Pierre Groscolas, lui, voudrait vivre avec une « Fille du vent »... et du soleil et Daniel Gérard, père du « Petit Gonzales », lui aime « Butterfly » qui doit l'aimer encore et qu'il souhaite retrouver... 

Brigitte Bardot in A Very Private Affair, 1962 domaine public Author Unknown (Montadori)

Et là, fin du mois d'août, le Cers dit “ vent du Nord ” se fait plus frais, il faut mettre le pull le soir puis souhaiter se retrouver l'été à venir. En 1963, Brigitte Bardot (1934-2025) qui, entre parenthèses, s'attirera les foudres de son mari Gunter Sachs pour avoir chanté et couché avec Gainsbourg « Je t'aime, moi non plus » (1967) chante joliment « coquillages et crustacés sur la plage abandonnée », chanson « La Madrague »... 

(1) Georges Sabatier dans sa chronique « Trente ans déjà » nous apprend hier qu'à la même date d'octobre 1996, la municipalité de Fleury avait voté unanimement en faveur d'un jumelage avec Bergeronne au Québec... belle idée avortée... Pour avoir échangé avec feu André Pédrola, natif de Fleury, parti mieux vivre là-bas, formidablement positif, dommage ce jumelage manqué...    

jeudi 15 octobre 2026

Slows de l'été (3)


C'est qu'elles me retournent le cœur, « Les Neiges du Kilimandjaro » par Pascal Danel, d'abord parce qu'en bas de l'hôtel des Pins, aussi café-restaurant (la bouillabaisse y était prisée), à swinguer bien accompagné, je ne me m'attendais pas à les espérer, plus d'un demi-siècle après, migrateur à ne pas connaître l'hiver que je suis, frissonnant à fredonner « Elles te feront un blanc manteau, les neiges du Kilimandjaro... ». Oh oui, les attendre, les voir si le ciel n'est pas bouché, depuis le long-courrier qui emporte ou ramène. Deuzio parce que chaque fois, je me demande avec inquiétude si à force de fondre elles laisseront chauves les têtes des volcans réunis. Tercio, à présent que les paroles l'emportent sur le rythme, arrive aussi le personnage (1) d'Ernest Hemingway, hanté d'avoir jeune raté l'amour de sa vie, tenté, dans son délire (la gangrène), d'aller finir là-haut... Parce qu'un léopard, étrangement, laissa un jour dans le froid des cimes, sa carcasse loin de la savane ardente... 

Mount_Kilimandjaro_in_Amboseli_national_park under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Ben LEU SONG

Ernest Hemingway (1899-1961). 


Francis et Norbert me pardonneront de les avoir emmenés si loin, mais c'est si fascinant, ces neiges éternelles sur le continent africain que nous croyons voué aux fortes températures... De toute façon, ils savent de quoi il retourne, eux qui aiment bien aller voir ailleurs à quoi ça ressemble. 



1966, « When a man loves a women », bouh ! qu'est-ce qu'on s'en fout des paroles en anglais, c'est bon à slower, c'est tout...     

Le bal de l'été de Saint-Pierre-la-Mer à l'Afrique... ma foi, les filles, c'est vrai, mais pas en opposition aux évasions rêvées d'une fin d'adolescence, en une evanescence alors palpable, nourrie par l'achat régulier de livres de poche, au prix si abordable, rien qu'au titre, pourvu qu'il soit inspirant, « Qui j'ose aimer », par exemple... 

Claude_Francois_1965 under the Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication. Author Joost Evers for Anefo 



1967, plus que le « Comme d'habitude » à Claude François (1939-1978), me plaisent « Les fleurs de mandarine » de Michel Fugain, elles « ...ont entre quatorze et seize ans... et ne savent pas qu'on les aime déjà... » J'allais les voir, ces fleurs de mandarines, aux chalets, à Gruissan, à bicyclette, par le seul itinéraire possible alors, la « Route Bleue » si garrigue, si bien trouvée avec son cimetière marin, le vert des pins regardant les sables dorés sous les bleus du ciel, de la mer... Geneviève, Évelyne... en amitié sur la plage, à rire et discuter, à dire un mot sur Marie-Claude pas là, avec rien devant soi sinon les vacances, les grandes... Et puis tout le monde sait, plus tard, loin du romantisme des dix-sept, dix-huit ans, qu'en amour, sans qu'il soit encore question de pollinisation, que ça couve ou non, sans étincelle ou pas, s'il n'éclate pas, il faut que le feu prenne... il n'empêche, quand je suis tombé sur « Le Mas Théotime », d'Henri Bosco, elle revenait dans chaque page... j'en ai déjà parlé, ouh là là, il y a dix ans déjà, en plein covid...   

1968, là, attention, celle qui suit me fout le cafard. Sortie l'automne avant, pour le 11 novembre, une fête du village pas à fêter, me concernant, alors je ne sais pas, d'abord pourquoi le moral n'allait pas, puis « A whiter shade of pale » de Procol Harum est-ce que ça m'a fait danser cet été-là, de même les nuits en satin blanc, « Nights in white satin » des Mody Blues, pourtant non sans accents amoureux... 

Et en quel honneur les chansons écloses à l'automne feraient-elles des tubes de l'été ? Le repli de l'hiver, le réveil du printemps n'arrivent toujours pas à les réchauffer jusqu'aux bals de la belle saison, des grandes vacances, le soir venu, à saint-Pierre-la-Mer, en bas de l'Hôtel des Pins... (à suivre encore, ma foi...)

(1) « Les Neiges du Kilimandjaro » Nouvelle de 1936. 


samedi 10 octobre 2026

Années 60, les slows des étés... (2)

 Alors, ces slows de l'été... faut que je me secoue pour y repenser, tâcher de m'y replonger une semaine après le premier article, grâce à l'incitation de Francis et Norbert et surtout soixante ans après avoir été témoin puis acteur de ces quelques rencontres avec des filles... la période encore à “ faire ” sa jeunesse avant mariage...  

Michel Delpech, début des années 1970, under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license., Auteur Eliott-dufour

« Pour un flirt avec toi je ferais n'importe quoi... », 1971, du regretté Michel Delpech (1946-2016). 

Pour ne pas tricher, juste les quatre prénoms spontanément en mémoire, Josiane, Marylène, Véronique que le copain me “ piqua ”... sans rancune, d'ailleurs même au ping-pong, il me battait, camaraderie plutôt avec le pauvre Richard (1953-2010), entre autres, partis trop tôt  ... et Claudine pour un plus long bout de chemin...  

Repensons à ces slows collés serrés, enfin plus ou moins suivant le moment, les circonstances... dansons d'abord sur un tube immortel datant pourtant de 1955, dix ans avant en gros « Only you » des Platters... je vous laisse chewingommer les paroles en anglais que nous ne pratiquions pas :  

« Only you can make this world seem right, only you can make the darkness bright, only you and you alone can thrill me like you do and fill my heart with love for only you... ». 

« Toi seul, peux rendre ce monde si beau. Toi seul, peux illuminer les ténèbres. Toi seul, peux me faire vibrer comme tu le fais, et remplir mon cœur d'amour pour toi seul... »

Et puis le soir venu, en bas du Café des Pins concurrent du Café Bolumar et du Roc à la Mar à l'architecture encore marquante de nos jours, à Saint-Pierre-la-Mer, comme les airs s'accordaient à la mer, au sable, au sentiment, à la nuit de tous les chats sont gris... c'est vrai que l'obscurité compensait une timidité au grand jour... une réserve, disons, mais qui n'empêchait pas de se retrouver sur la plage... en amis...  

1964, « Non ho l'età », Gigliola Cinquetti... pour dire qu'elle n'avait pas l'âge, qu'il devait attendre... 
1965, « Fais-la rire », « Capri c'est fini », Hervé Vilard... aïe, ça fait mal un premier amour qui sombre ou part voir ailleurs... 

Photo_d'identité_de_Christophe,_1965 Domaine public, Auteur inconnu

1965, « Aline » du pauvre Christophe (1945-2020) avec l'orage qui efface le visage qu'il a dessiné sur le sable... 

Identite-FrancoisDeguelt-1964-Sacem Domaine public, auteur inconnu
 
1965 encore, « Le ciel, le soleil et la mer », avec François Deguelt (1932-2014) c'est moins profond, moins engagé, enfin façon de parler car il est question d'un lit pas grand dans une cabane en planches... le soir, ils vont danser quand même... 

Johnny Hallyday-Italie-1962 Domaine public Author Agence Farabola

1965 toujours, comment ne pas retenir Johnny avec « Quand revient la nuit », Johnny qui revient sur ses nuits de soldat loin de Sylvie... 

Pascal_Danel_-_1967 Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 Auteur Kevindax1809

1966, « La plage aux romantiques » avec non plus Christophe qui pleure Aline mais une fille en larmes que Pascal Danel (1944-2024) va consoler et marier illico... cric crac, moun counte es acabat... Il y allait direct, Pascal ! Mais il chante aussi « Les neiges du Kilimandjaro » (à suivre sûrement)



samedi 3 octobre 2026

30 septembre... Du temps des slows...

Septembre... fin de l'été météorologique... Francis et Norbert, serait-ce un peu à contretemps, ont eu la bonne idée de raviver la nostalgie de l'été parti (et pas qu'en fumée puisque [pensée solidaire pour la côte atlantique] et nous qui avons eu de la chance, cette année sur le littoral audois malgré les abords de l'autoroute touchés il y a peu). À ce propos, peut-être que la garrigue est à nouveau ouverte aux promenades, deuxième parenthèse... 

Donc, complices, nos deux locaux ravivent nos cœurs enflammés d'une époque où les prémices de l'éveil à l'autre, la recherche d'une compréhension réciproque, d'une entente pour se faire accepter, s'accepter, exister... Désolé, je ne suis que maladroit mais la quête de l'âme sœur, pour un soir ou davantage, si elle échauffait nos jeunes ardeurs ne répondait pas à une quelconque pulsion prédatrice, rien d'animal non... 

Psychologie de bazar mise à part, revenons à nos « locaux », une dénomination qui prend un sens plus marqué encore concernant des originaires de Fleury-d'Aude, une commune qui a la chance (1), du moins à propos de la saison à la mer, de compter deux stations balnéaires sur près de sept kilomètres de plage... 

L'été à la mer, un cadeau si à portée sinon sur place, apprécié à tout âge. Au nôtre, parce que la nature le veut ainsi, il préparait naturellement à devenir adulte, un apprentissage en quelque sorte avec comme objectif sortir avec les filles et plus si affinités... 

Ceci étant clair, nos deux lascars (mais je dis « lascars » d'abord pour les faire rire, ensuite, parce que je l'étais moi-même et enfin parce qu'il y a de grandes chances qu'ils devaient l'être aussi), publient, ce qui fait ou devrait faire immédiatement tilt à ceux de nos jeunesses, la chanson « Derniers Baisers ». Zut, ça ne m'en dit pas plus sauf que figure la photo de C. Jérôme, le chanteur parti bien trop tôt, 53 ans, chanteur à minettes on disait, donc concernant aussi les garçons... « Kiss me » (1972), « Et tu danses avec lui » (1985), « Derniers baisers » (1986), ces deux dernières chansons ne trouvant plus de nos cœurs enflammés qu'une braise... encore vive, attention ! faudrait pas nous éteindre trop vite, vers la quarantaine, bel âge s'il en est... 



« Quand vient la fin de l'été, sur la plage, 

Il faut alors se quitter peut-être pour toujours 

Oublier cette plage et nos baisers ...» 

Mais c'est qu'elle a dû en faire danser, du monde, cette chanson venue des États-Unis comme tant d'autres, Les Chats Sauvages (pas si sauvages que ça...) la sortent fin 1962, on peut imaginer l'entendre dans les bals en soirée à Saint-Pierre-la-Mer dès la saison 63... les orchestres alors étaient cotés, certains renommés, très demandés (une chose que nous pouvons encore apprécier avec l'orchestre de variétés de l'émission, tous les avant-souper, « N'oubliez pas les paroles »). 

Ensuite autres interprètes de ces baisers godiches, à parfaire avec le temps, Les Surfs, Nancy Holloway, Orlando et après C. Jérôme, Laurent Voulzy dans un album de reprises (2006)...   

« ...Le soleil est plus pâle mais nous n'irons plus danser... » (à suivre peut-être...)

(1) le revers de la médaille, serait-il hors-sujet ici, étant des impôts excessifs, de toujours, d'ailleurs en défaveur, par rapport à l'intérieur, de toutes les localités bordant le Golfe du Lion du Grau-du-Roi à Cerbère        


mardi 29 septembre 2026

PAGNOL et RAIMU, la rencontre (3.1)

Cet été, Ariane Ascaride a proposé une quinzaine d'épisodes sur Marcel Pagnol. C'est vrai qu'à les entendre parler pointu, payant plus, l'un et l'autre qu'ils ne devaient, on se dit que tant auteurs qu'acteurs ils ont joué les représentants de commerce pour mieux vendre leur Provence et ce qu'ils en faisaient. Ils ont réussi, tant mieux... Une partie du sonal annonçant l'épisode nous fait entendre Pagnol : « Les Provençaux ne sont pas des rigolos comme on le croit. » 

Pagnol Raimu 1931 Domaine public Paramount auteur inconnu


L'épisode 6 de la série revient sur le duo Pagnol-Raimu. 

En 1932, pionnier dans cette très nouvelle technologie de cinéma parlant, Pagnol explique comment il a aussitôt investi dans une caméra, des appareils de son, puis dans des studios, des laboratoires jusqu'à sa propre agence de distribution pour ne pas permettre à des intermédiaires de ponctionner dans les bénéfices. 

Ariane Ascaride, née en 1954, qui n'a rien connu de cette période ancienne, relève néanmoins, non sans attachement, comment ses échanges avec ceux qui avaient côtoyé, travaillé avec Pagnol, témoignent de la dynamique aimante qu'un Marcel Pagnol très fédérateur diffusait autour de sa bonne personne.  

Bien qu'ayant déjà évoqué Raimu dans un épisode précédent, elle revient sur la rencontre des deux “ géants” (et ce ne sera pas la dernière fois... Raimu, tant que nous sommes dans la parenthèse, à Paris, cantonné alors aux revues et “ au boulevard ”, jouait avec un accent de circonstance, parisien au possible... dans un rôle de travesti lors de leur rencontre... L'épisode d'Ariane nous livre une anecdote en corollaire... Lors du tournage de Marius, l'ingénieur du son se plaignant d'avoir le plus grand mal à fixer la voix de Raimu, il est vrai, des plus marseillais dans son « Bar de la Marine ». Changer d'acteur ?Renvoyer Raimu ? Il n'en était pas question... c'est l'ingénieur qui partit voir ailleurs...). (à suivre)


vendredi 18 septembre 2026

PAGNOL, du théâtre au cinéma, la vie des gens toujours...

Épisode 5 de la série d'Ariane Ascaride, cet été, sur Marcel Pagnol : 

Marcel Pagnol vers 1931 Domaine public Auteur anonyme

Étoffant son riche bagage, Pagnol va passer du théâtre au cinéma plus accessible en dehors des villes. Suite, en 1930, à la rencontre de Pierre Blanchar (1892-1963) (1) qui, à Londres, a vu quelque chose d'admirable, d'extraordinaire, un film parlant, d'une heure et demie, Broadway Melody. 

Pierre Blanchar 1936 domaine Public Auteur RamblerBiondo at the Italian Wikipedia project.

Dès le lendemain, à Londres, Pagnol voit le film et y revient pour deux autres séances. Au retour, il est d'avis que l'industrie du cinéma va complètement mettre à bas le théâtre, ses salles, ses meilleurs comédiens. Créateur de films, dans le but de court-circuiter les intermédiaires, Pagnol fonde sa propre société dès 1932. 

Suite au succès de sa Trilogie Marseillaise, de sa collaboration avec Jean Giono viendront Jofroi (1933), Angèle (1934, d'après « Un de Baumugnes », Regain (1937, d'après le roman éponyme de Giono), La Femme du Boulanger (1938, d'après un épisode de « Jean le Bleu », toujours de Giono. 

Fernandel et Raimu dans Les Rois Du Sport-1937-GrayFilms Domaine public Permission Travail collectif, photographie datant de plus de 70 ans.

Ce sont aussi les débuts de Fernandel (1903-1971) avec Pagnol. Le statut de l'enfant naturel, de la fille-mère, de l'honneur perdu des femmes pour la famille, et des hommes qui les abusent reste récurrent chez Pagnol. 

Henri Poupon-1940 Domaine public Permission Anonyme ou travail collectif, photo de plus de 70 ans.

« ... Cet enfant, je le veux pas, il est pas de chez nous... Si tu l'avais fait comme on doit le faire, ce serait été pour cette maison le plus beau cadeau du bon Dieu. De la façon que tu la fais c'est ???, c'est notre malheur qu'il respire. C'est une honte qu'il bouge, qu'il crie... Maintenant tu es revenue, toute maigre, toute sale, tant pis pour toi, tu l'as voulu... » Clarius Barbaroux (Henri Poupon), enferme sa fille et le bébé dans sa cave. Orane Demazis (1894-1991) joue Angèle, la fille perdue, Fernandel, Saturnin, le brave valet venu la persuader de rentrer à la maison ; Jean Servais (1912-1976) est Albin, l'amoureux d'Angèle mais qui s'est fait damer le pion par Louis, (Andrex, 1907-1989), le beau parleur en réalité proxénète qui l'a vite mise au tapin à Marseille ; enfin André Belmont (1883-1955), le vieux journalier, finalement embauché à la moisson mais en réalité, venu pour son copain Albin, chercher ce que devenait Angèle. 

Je sais, tout ça c'est sur Wikipedia, et mieux cadré et exprimé encore, mais, que voulez-vous, rapport à Marcel Pagnol, à son cinéma avec des acteurs employés à l'année sur fond d'amitié, en remerciement aussi à Ariane Ascaride, porté par le surplus d'émotion due à l'extrait si beau du retour (on n'ose parler d'accueil) d'Angèle, en prime, la sublime musique de Vincent Scotto (1874-1952) ! il fallait que je me raconte, une fois de plus, le film... 

En 1935, Merlusse et Cigalon, films de Pagnol, voient se poursuivre la collaboration avec l'acteur Henri Poupon (1888-1953). (à suivre)

(1) curieux, dans ces circonstances, qu'il n'ait jamais tourné, apparemment, pour Pagnol...  

samedi 12 septembre 2026

MARCEL, RAIMU, MARSEILLE, PARIS... (2)

À propos de l'épisode 3 : Monter à Paris. 

1925 : Pourtant bien accueillie par la critique, sa pièce « Les Marchands de Gloire » est mal reçue par un public encore marqué par la Grande Guerre ; treize représentations à peine. Le thème, un père qui, afin de se promouvoir socialement par la politique, s'appuie sur la mémoire de son fils mort... sauf que ce fils, plus ou moins blessé et déserteur réapparaît et vient ruiner les ambitions du père. En regard du traumatisme toujours à vif, ça n'a pas plu...   

1927 : dans une lettre à son père où il confie qu'il travaille du matin au soir, que sa santé va bien mais que son moral en a pris un coup, il admet que son mariage a été une catastrophe. 

Sur sa vie privée, la liberté qu'il a de confier à son père sa situation de polygame semble incroyable... dans ses années 1920 avec sa Fanny du théâtre puis du cinéma, Orane Demazis quand Kitty, une danseuse anglaise le séduit... Chantage de cette dernière pour vivre ensemble, agressivité d'Orane ayant son homme à l'œil et capable d'un sale coup contre sa rivale, du moins c'est ce qu'il écrit à son père en novembre 1929. 

Sur ces entrefaites, succès en 1927 à Berlin (!) de « Topaze » sur un instituteur humilié et licencié qui va laisser tomber ses valeurs morales pour réussir dans les affaires. Avant d'être consacrée, partant de loin avant de convaincre (1928) sa pièce atteindra une réussite comparable à celle de « Cyrano de Bergerac » en 1897... trente années auparavant ! 

Succès de Marius, entretiens avec Raimu. 

Marcel Pagnol-Raimu 1931-Paramount Domaine public Auteur inconnu

Raimu (Jules Muraire, 1883 Toulon - 1946 Neuilly-s-Seine) s'est vu proposer le rôle de César sauf qu'à la lecture de la pièce, il réalise que l'intérêt va tourner au profit de Panisse, le maître voilier. Alors Raimu pose ses conditions, retenu dans le rôle de Panisse, Raimu aime autant s'imposer dans le rôle de César : César doit être le patron du bar, c'est dans ce bar que se déroulera l'action, c'est Panisse qui viendra chez César et non l'inverse... La pièce qui au départ ne devait être proposée que pour l'Alcazar de Marseille ne comportait pas la partie de cartes... c'est Raimu qui a insisté pour la jouer, ils ne l'ont intégrée qu'aux deux dernières répétitions : 

« ... Tout le monde sait que c'est dans la marine qu'il y a le plus de cocus. Quarante ! » Ariane Ascaride reviendra sur cette réplique déconcertante pour qui ne la situe pas dans la pièce. 

Raimu avait fait du music-halle, joué au théâtre, dans des films mais c'est sa collaboration avec Pagnol qui assura sa renommée grâce à la Trilogie Marseillaise (Marius, Fanny, César), de même que les films « La Femme du Boulanger », « La Fille du Puisatier ».  

« ...Un soir j'attendais Raimu dans sa loge pendant qu'il était en scène. Et puis j'ai pensé tout à coup à tout ce que je lui devais et à son immense génie et avec un crayon, j'ai écrit, dans un coin de la loge, contre le mur, en petites lettres « Monsieur Raimu est un génie » et j'ai signé. mais ce n'était pas pour que personne le vît, c'était comme ça, j'ai écrit ça comme ça parce que ça m'avait pris comme ça. Et le jour de ses funérailles, quand je suis monté dans son bureau, j'ai vu sous un sous-verre, le petit morceau de tapisserie qu'il avait découpé et avait toujours gardé. il ne m'en avait jamais parlé. C'était un homme au fond, très secret... » INA 1961.  

À propos de l'épisode 4 : Pagnol joue son va-tout.

1928, fin à Paris des répétitions de Topaze. Marcel confie encore à son père qu'il ne lui reste plus grand chose.  

Trois mois plus tard, en octobre, dans sa lettre, ne sachant pas l'accueil qui sera fait à sa nouvelle pièce « Marius », il s'avoue anxieux, agité. 

Printemps 1929. Marius, un triomphe ! des gens qui font la queue des heures, dès le matin ! De l'argent, beaucoup d'argent. Si Pagnol refuse de vendre les droits à la Paramount, moyennant un pourcentage, il accepte qu'un film soit tourné à condition que les acteurs soient ceux du théâtre. 
Un film parlant, des premiers en France, dirigé par Alexander Korda, au renom mondial. 

« Si tu veux parler de l'universel, parle de ton village. » Léon Tolstoï.   

Épisode 5. Pagnol producteur et réalisateur de films. 

Marcel Pagnol est naturellement porté par cette veine, mise en scène dans un cadre provençal authentique avec Marseille, ville ouverte sur le monde et le milieu plus fermé des villages, entourés de garrigues, d'oliviers, dans la préservation de l'eau rare des sources. Tels des santons, gravitent autour des métiers... maraîcher, horticulteur, vigneron, cafetier, boulanger et surtout, entre tous, des relations liées à la famille, l'amitié, et, tout aussi bien, baignées de communautarisme villageois. 
En liant, l'imbrication relationnelle constitutive d'une intrigue complexe, à plusieurs composantes faite de sentiments d'amour, d'entraide, de vanité, de jalousie, de vengeance, de secrets anciens... d'enfants naturels et tout au bout, comme pour contrebalancer l'accent, le parler haut et la verve, plus proche qu'il n'y paraît, la mort omniprésente en conclusion. (à suivre) 

vendredi 4 septembre 2026

Avec PAGNOL, c'était pour se CONSOLER du CORONAVIRUS (3 et fin)

C'était en 2020, et comme de temps à autre, un film, une série télé ou encore les épisodes à la radio, en la circonstance, ceux d'Ariane Ascaride racontant Pagnol en ce mois d'août 2026 sur France Inter, recolorisent tant d'images et de mots légués par ce grand auteur mondialement connu, osant garder le projecteur tourné sur Marseille, la Provence, le Midi, le pourtour méditerranéen sinon le Sud, modestement à ma place (ne prêtez pas attention aux jaloux qui prétendent que les méridionaux en font toujours trop), seulement sur les pas de l'auteur de théâtre, cinéaste, écrivain, et parce qu'il faut cultiver le doute et toujours tenter de corriger nos imperfections et plus encore, je me dois de reprendre et de compléter le tableau en deux volets  du temps du coronavirus (1) 

Sinon, vraiment cousins, et plus encore avec nous de la Clape, la géographie en atteste. Qué la géographie ? Faut pas quicher quand même ! Mais si, la Clape reste un témoin émergé d'une chaîne pyrénéo-provençale dont une partie des plis effondrés se trouve au fond du Golfe du Lion. Il n'en subsiste que les extrémités, la Clape dans l'Aude et les chaînes de l'Estaque et de l'Étoile, au-dessus de Marseille, au pays de Marcel, Lili, Paul, Augustine, Joseph, tante Rose, l'oncle Jules... Ugolin, Manon, le Papet, Pamphile et Amélie aux gros nénés... 

Et j'ose même aller plus loin pour une passerelle entre le Garlaban de la Chaîne de l'Étoile et dans les Corbières notre Pech de Bugarach... 

« Et en quel honneur ? » me direz-vous... 

— É bé, Garlaban, pardon, faut pas dire “ le ”, a aussi un pli couché lui donnant un air de montagne inversée, ce qui est officiellement reconnu pour notre Pech de Bugarach... et je vous fais remarquer que je ne suis pas allé jusqu'à vous parler de montagne couronnée « de chèvres, au temps des derniers chevriers... » comme l'a si bucoliquement transcrit Marcel Pagnol lui-même, pour la bonne raison que quand je suis passé dans les années 80, en famille, le village comptait encore nombre de bergeries, aux vantaux supérieurs de portes bien ouverts sur divers bêlements, que même, j'en donnerais pas ma main à couper, il me semble que nous y avons acheté du fromage... 
Et j'allais oublier, les Corbières c'est Cucugnan aussi à propos du fameux sermon du curé Martin, abordé, repris par Pagnol dans ces années 50 notamment dans les trois Lettres de mon Moulin filmées en 1954, un curé et son sermon qui finalement ne figureront pas dans le montage mais qui reviendront néanmoins par le biais d'un téléfilm en 1968, toujours avec Fernandel me semble-t-il...  

1968. Le cousin Baptiste dans la plaine de Pamiers. 

  
Et plus loin encore, bien que ce dossier ne soit pas clos et parce que là c'est personnel, les Dedieu venant du département de l'Ariège, n'est-ce pas à Pamiers où nous avions le cousin Baptiste, que Pagnol fut répétiteur d'anglais ?     

Ticky Holgado (1944-2004) avec Jacques Villeret (pressenti un temps, après Coluche (2) pour le rôle d'Ugolin sans ignorer la performance d'acteur de Daniel Auteuil), ici, dans les secrets professionnels du docteur Apfelglück. Marcel Pagnol copiait Giono sans vergogne lui disant même qu'il ne pouvait pas s'en empêcher, que c'était plus fort que lui. Je suis aussi coupable de cette capture d'écran dérobée à Youtube... 

(1) cf articles « Marcel Pagnol pour se consoler du coronavirus » mars 2020. 

(2) Jacques Villeret (1951-2005), 53 ans, pressenti pour le rôle d'Ugolin s'est heurté au refus catégorique d'Yves Montand menaçant de ne pas jouer le papet si Villeret était pris ... certainement parce que Villeret lui aurait fait de l'ombre, trois ans auparavant, en 1983, dans le film « Garçon ». 

Note : toutes les photos sont issues de la bande annonce du film mais je ne demanderai rien pour la promotion faite ici...