vendredi 24 avril 2026

Le CASSOULET dans la littérature (4 et fin).

Jean Camp, photo convertie en dessin (convertimage)

Jean Camp (1891-1968), écrivain au moins trilingue occitan-français-castillan, natif de Salles-d'Aude, ne manquant pas d'évoquer la profondeur érotique du banquet bachique et ses libations, a bien inclus le cassoulet dans le repas marquant la fin des vendanges, la sarde : 

«...viennent les corbeilles débordantes de lourds pains ronds, les grands paniers de fricassées, les jattes de volailles rôties, fleurant le romarin, les cassoulets figés qu'une flambée de bois sec va faire ronronner tout à l'heure [...]il remplit le gobelet de la moussègne qui proteste et qui sent chavirer sa tête Elida qui, rouge de chaleur et de plaisir, se renverse, le corsage tendu, et rit aux anges, en coulant de loin, un regard à son promis. [...] Les saladiers sont vides, les gigots avalés, les os aux chiens, les cassoulets engouffrés, tandis que les vins guillerets de la plaine coulaient à flots... » 

Cela se passait en bas de la chapelle des Auzils à Gruissan où une petite vigne témoignait encore de davantage d'espaces cultivés dans la garrigue.

Un cassoulet d'un festin licencieux pour certains, en bacchanale :   

« [...] Les vendangeurs s'égaillent à la recherche d'un retrait vers lequel ils traînent une fille, consentante et folle qui se pend à leurs bras, les baise à pleine bouche et secoue sa crinière brune en dévalant les pentes glissantes de la colline... » Vin Nouveau, 1929, Jean Camp. 

Retour à une continence de bon aloi s'en tenant au haricot nourriture avec « Jours de Vigne » : 

« ...Tous les jours, tous les vendangeurs, quand vous arriviez, vous alliez avec l'assiette et on vous donnait une grosse louche [...] Des haricots bien préparés, avec de la saucisse, oh pas avec du confit de canard ! [...] Mais bien préparés, bien cuits et tout... » JOURS DE VIGNE, Christiane Amiel, Giordana Charuty, Claudine Fabre-Vassas, ATELIER DU GUÉ collection Terre d'Aude, 1981. 

Chengdu Chine 1913 De gauche à droite, en 5 et 6, Madame et Monsieur le consul Bodard, parents de Lucien. À droite Victor Segalen (1878-1919), poète, écrivain, médecin de la marine française, grand voyageur,  Domaine public. Auteur inconnu

Dans « Monsieur le Consul », Lucien Bodard (1914-1998) intègre le cassoulet aux penchants bon vivant des officiels de l'administration indochinoise à table :  

« ...Le gouverneur général, qui a fait carrière dans le cassoulet et les banquets électoraux du Midi où, après s'être rempli la guidouille, on déverse la rhétorique, s'est, au terme de ce festin bien trop exotique et empoisonné selon son goût, retrouvé en pleine force pour le discours. » Monsieur le Consul, 1973, Lucien Bodard.

Jacques Lacarrière (1925-2005), lors de sa marche Vosges-Corbières, nous met dans une atmosphère vigneronne en Languedoc d'où le cassoulet n'est pas absent.  

Gisèle_Pineau_et_Jacques_Lacarrière au Festival International de Géographie 1998 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Source Archives de Saint-Dié des Vosges

La_Roque,_Salagou_Lake 2015 Vue depuis la commune d'Octon / under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteur Christian Ferrer
 

Faisant connaissance d'un jeune viticulteur « volubile et nerveux » rencontré au café d'Octon, il est invité chez lui, au Mas Cannet. Avec cet homme encore jeune, très seul (célibataire à ce qu'on comprend) ce n'est plus la déploration des campagnes mais le grondement des « vignerons en colère » accompagné « d'insultes imagées ». Sa mère avait préparé un cassoulet, plat idéal pour reprendre des forces quand on marche, un cassoulet à Octon « arrosé du vin de sa vigne » Chemin Faisant, 1977, Jacques Lacarrière.  

Pierre Desproges 1985 under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license. Auteurs Roland Godefroy, Manutaust

De quoi rappeler un mot du regretté Pierre Desproges (1939-1988) : « Un cassoulet sans vin, c'est un curé sans latin ». 

Armand Fallières (1841-1931) Président de la République (1906-1913) mit le cassoulet à l'honneur à l'Élysée. 

Et, pour revenir à notre pré carré, plutôt à notre plage aimée de Saint-Pierre-la-Mer avant, qui croisons nous, sous le cagnard de la mi-journée, regagnant la Barjasque, le campement de toile et carabènes sur le sable des copains du village ? Naf à la légèreté d'esprit naturelle (deuxième ligne au rugby sinon !). Il revient de chez Germaine, l'épicière, portant modestement une boîte (ou deux ?) de ce cassoulet plus bouilli que cuisiné, ne valant aucune des recettes de nos cuisinières mais en dépannage pour des jeunes libres de manger à toute heure, chez qui tout ou presque fait ventre... 

Depuis 1836, l'industrie s'est permis de proposer des versions gastronomiques de ces haricots cuisinés (30 % de viandes seulement préconisent les spécialistes) dont des conserves en bocaux intéressantes de qualité. À Castelnaudary, les 80 % de la production française représentent un enjeu économique essentiel, valant même le retour en culture du haricot « lingot de Castelnaudary », IGP depuis 2020. Les variétés « cocos » de l'Ariège, Mazères, Pamiers, ont aussi bénéficié de ce retour en grâce. 

Note : le plat est proposé, parfois avec salade et dessert, à moins de 26 euros (prix avril 2026). 

jeudi 23 avril 2026

Une HISTOIRE de CASSOULET (3)

 Certes le Lauragais les a toutes en mains mais c'est aussi le cas, en dehors des trois “ capitales ”, de tout ce mirepoix de petits pays entre influences atlantique ou méditerranéenne... Qu'importe si à tel endroit on met de la tomate, ailleurs du mouton ou encore une moitié de perdreau dessus et ce n'est pas parce que la saucisse est « de Toulouse », qu'une renommée va à la cassole de terre lauragaise d'Issel, qu'on ne les trouve pas dans les contrées voisines. “ Dispute ” entre guillemets, certes intestine, pas comme entre « chocolatine » et “ pain au chocolat ”, du théâtre finalement s'apparentant aux bisbilles entre politiques qui s'opposent en public mais se tutoient et vainqueur-vaincu se soutiennent lorsqu'il s'agit de préserver le système qui les finance. Une comédie profitant à tout le monde. Prenez-le dans n'importe quel ordre sauf qu'à parler suivant d'où l'on parle, de Père, de Fils et de Saint-Esprit pour Castenaudary, Carcassonne et Toulouse, jusqu'à l'international, les retombées n'en sont que plus profitables au cassoulet... contrairement, encore, à ce qui se passe dans notre société plus inégalitaire qu'avant, la renommée du plat “ ruisselle ” sur ces Sud et Sud-Ouest de France. 

Une variante jadis courue à Sainte-Colombe-sur-l'Hers 2006

Sainte-Colombe-sur-l'Hers 2006. 

Les variantes revendiquées du cassoulet à Villefranche-du-Lauragais et pas loin, à Narbonne, Pamiers, plus loin encore à Montauban (1) sinon Pau profitent au mieux de la notoriété première de la triplette Carcassonne-Castelnaudary-Toulouse. 

Lors des promotions festives du plat, des “ clubs ” intronisants richement accoutrés de tissus soyeux, colorés et d'aussi pompeux couvre-chefs de faux docteurs honoris causa (des déguisements d'après mon père), usant de la dithyrambe, s'attribuent des appellations superfétatoires vantant le mets sinon l'éminence de leurs personnes (2) : “ Grande Confrérie du cassoulet ” à Castelnaudary (1970), « Académie Universelle du cassoulet » à Carcassonne (1998) et, peut-être en moins théâtral (vêtus de la blouse bleue paysanne) et plus récente « La Confrérie du cassoulet » de Toulouse (2022). 

Paul_Sibra_Photo,_vers_1946 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Widlauragais
 

(1) La semaine du cassoulet toulousain s'est exportée à New-York. Sinon, à la feria agricole de Villeneuve-sur-Lot, on ne peut échapper au concours du plus gros mangeur de cassoulet. À Toulouse, les Chevaliers du Fiel organisent un championnat du Monde du plat : le prix du public 9ème édition, a été gagné par un Lot-et-Garonnais (janvier 2026). C'est à qui en fera le plus au profit de tous, ainsi, à Castenaudary sur le rond-point sud d'entrée de la ville, une statue en tôle d'acier de cinq mètres de hauteur reprend le sujet « La Porteuse de Cassoulet » (a) (b) qu'on doit à  Paul Sibra (1889-1951), Chaurien de la naissance à sa mort. 

Paul Sibra, Attelage de bœufs; Domaine Public. 

(a) peintre connu pour sa grande œuvre « La Lauragais », injustement accablé d'indignité nationale pour avoir réalisé un portrait de Pétain... alors que 99,9 % de la population aurait dû subir une même condamnation (« 40 Millions de Pétainistes », 1977, Henri Amouroux[ 1920-2007]). 

(b) le tableau « La Porteuse de Cassoulet » n'est pas libre de droits. 

(2) dont des chefs locaux.  
     


mercredi 22 avril 2026

UNE HISTOIRE DE CASSOULET (2)

 Autre indication au chapitre de ce qu'on mangeait avant, en période de gros travaux ; vers 1870, les Mountanhols qui descendaient moissonner dans les Corbières, le Terménès, commençaient à 4 h du matin pour finir à 7 h du soir ! Aussitôt, en pensant qu'alors même les enfants travaillaient, nous les plaignons plus pour les douze heures à assurer... Heureusement, le mot serait-il trop fort, en plus du petit déjeuner et du souper une fois rentrés, cinq pauses-ravitaillement étaient prévues dont la coupure du midi, vin compris, suivie de la sieste, et, à six heures, un cassoulet, peut-être seulement basique, donc, des haricots tous les soirs (1). Sans trop s'avancer, nous pouvons penser qu'il en était de même lors d'autres échéances majeures à la campagne, la tonte, la fenaison, les vendanges, du moins lors du repas de clôture, la « sarde » ou « Deus ba vol ». 

Bowl_of_cassoulet in Carcassonne 2005 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Author Broken Sphere


 Les recettes du cassoulet où le haricot lingot le dispute aux viandes intégrées, sortent de l'ordinaire par leur contenu (couennes fraîches, jarret de porc, salé d'oie, lard, graisse de canard, saucisse [de Toulouse]), le toupin ou la cassole en terre du Lauragais (Issel à portée de Castelnaudary), le compliqué à suivre d'une longue recette et cuisson en plusieurs étapes, serait-ce sans plus disposer d'un four à bois où flamberaient des ajoncs (toute une façon d'opérer jusqu'à plusieurs jours chez certains puristes). 

Nous avons bien la recette de Serge sauf qu'à 180 degrés pendant trois heures, ça doit faire trop, trop de chaleur, trop longtemps, et puis, un marathon à côté d'une bouillabaisse qui suivant le dicton, oblige à se lever tôt... 

Partager le Voyage: LE POUMAÏROL (12) un fameux cassoulet !

Éric Rousselot, chef de cuisine à Labastide-d'Anjou, la donne volontiers la recette (2)... il dit la préparer sur plusieurs jours, comme par le passé, le couronnement à terme, la dégustation en famille, n'arrivant que le dimanche... À la maison, à aller au bout de tant de conviction, de courage, il manquera le petit quelque chose de grande frustration, à savoir le secret à jamais de la grand-mère du chef... Ah ! il peut la donner d'autant plus volontiers, la recette... On le voit au piano... une promo réussie, une histoire de secret de bonne guerre, de quoi perpétuer et transmettre la recette bien préservée de son « Cassoulet Impérial »... 

Presque aussi long que la marche à suivre, l'article ne peut pas ne pas parler de la “ dispute ” à propos de la création et de l'authenticité de la recette, des ingrédients qu'elle inclut aussi, “ dispute ” entre guillemets d'abord parce que le plat se fonde sur les ressources locales disponibles... (à suivre donc)     

(1) * à l'aube, tuer le ver (tua lou verme = manger un morceau en se levant / page 21107,Trésor du Félibrige, F. Mistral). 
* à 7 h, jambon, œufs et fromage pour le petit-déjeuner.  
* à 9 h boire un coup (leva l'aigo)... du vin plutôt ! 
* à 11h, bouillon de poule, viande, légumes, fruits : un dîner copieux puis la sieste pour reprendre à 2h. 
* à 4 h, salade fraîche et fruits. 
* à 6 h, le cassoulet, tous les soirs, des haricots. 
* en rentrant, la soupe et une salade chez le patron. 

(2) quelques clics permettent de se la procurer assez facilement et peuvent donner des idées. 


mardi 21 avril 2026

Une HISTOIRE de CASSOULET (1)

« Cassoulet ! cassoulet ! » Non, pas les paroles d'une comptine oubliée qui disait plutôt « Cassons-les ! Cassons-les ! » peut-être à propos d'œufs mais oubliée, bien oubliée, tout autant qu'une petite fiche sur le cassoulet, un summum du haricot sec de la ligne Carcassonne-Castelnaudary-Toulouse, plus lingot que coco ! 

Prosper Montagné peut-être en 1925 par Auguste Rouguet (1887-1938). Domaine Public. Auteur anonyme pour la photo.
 

Ainsi que toutes les célébrités, autour du cassoulet se racontent du faux et du vrai. Fausse légende publiée sinon colportée par l'éminent cuisinier et chroniqueur culinaire Prosper Montagné (1865-1948) (1), auteur du Larousse Gastronomique. Comment a-t-il pu situer l'origine du cassoulet lors de la Guerre de cent ans, le plat n'étant à cette époque qu'un favoulet à base de fèves, le haricot d'Amérique n'étant pas arrivé encore en Europe. À moins qu'il n'ait précisé lui-même que les fèves ou les doliques mongettes (2) étaient à l'origine de ce plat, l'erreur étant alors imputable à une fausse interprétation. Dans tous les cas, le ragoût de viande aux légumineuses remonte aux Romains. Et est-ce encore une légende qui accompagne Catherine de Médicis (1519-1589), devenue reine par accident ? On dit qu'en plus du sabayon, du sorbet titti frutti, de la pastille de gomme arabique, l'usage aussi de la fourchette, elle aurait apporté en France nombre de légumes inconnus, artichaut, brocoli, petit pois, asperge, tomate, épinard ainsi que notre haricot ! Il est plus sûr de dire d'elle que par sa mère, elle avait le titre de comtesse du Lauragais. Plus tristement que le parallèle haricot-Lauragais, son règne a été durement marqué par la guerre civile religieuse entre catholiques et protestants.  

Déjà le mot : longtemps appelé « estouffet » le plat ne prend le nom de « cassoulet » qu'au XVIIIème siècle. 
Au XIXème, nous disent Le Robert et le Larousse Étymologique, le mot viendrait de Toulouse. Publié entre 1879 et 1886, par contre, Lou Tresor dau Felibrige de Frédéric Mistral précise qu'il est une terrinée dans l'Aude et que « manjo-cassoulet » est le sobriquet des « gens de Castelnaudary », les Chauriens. (à suivre)
 
(1) de Prosper Montagné, natif de Carcassonne, la métaphore biblique :
« Le cassoulet est le Dieu de la cuisine occitane. Un Dieu en trois personnes : Dieu le Père qui est le cassoulet de Castelnaudary, Dieu le Fils qui est celui de Carcassonne et le Saint-Esprit, celui de Toulouse. » 

Dolique mongette Vigna_unguiculata_subsp._cylindrica 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Author Dinesh Valke

(2) Dolique mongette, famille des fabaceae ; les feuilles ressemblent à celles des haricots ; d'une vingtaine de centimètres de long, les gousses contiennent des graines faisant encore penser aux haricots ; au IXème siècle, on l'appelait fasiolum ; le haricot l'a remplacée et lui a pris son nom latin, phaseolus (on dit « fazole » en Tchéquie pour le haricot) ainsi que son nom mongette (Note : la monjhette désigne le haricot en Saintonge). 


mercredi 8 avril 2026

6 MARS 1915, 8 AVRIL 1915

6 mars 2015, le sous-lieutenant André David du 23ème Bataillon de Chasseurs Alpins, est tué sur le front des Vosges lors de l'assaut du Reichsackerkopf, une hauteur de 778 mètres à environ trois kilomètres au-dessus de Münster. Ce sommet âprement disputé : perdu mi-février 1915 par les Français, repris suite à des contre-attaques infructueuses le 21, reperdu quelques heures après, regagné le 6 mars, rereperdu le 20 mars au “ profit ” (1) des Bavarois, sera finalement laissé aux Allemands, une situation qui perdurera jusqu'à la fin de la guerre. 

Fiche André David / Morts pour la France Ministère des Armées.

8 avril 1915 (2), le sous-lieutenant Louis Pergaud du 166ème d'Infanterie, blessé et ensuite désagrégé par une contre-attaque de l'artillerie française, est porté disparu dans l'assaut de la Cote 233 près de Marchéville-en Woëvre et Fresnes-en-Woëvre. La Cote 233 devant être prise nécessite une dense préparation d'artillerie. Les corps des blessés achevés, des morts, deviennent alors boue sanglante. Le corps de Pergaud ne devant jamais être retrouvé, il est déclaré « Mort pour la France » en août 1921. 

Fiche Louis Pergaud / Morts pour la France, Ministère des Armées.

Louis Pergaud (1882-1915) militaire Domaine public Auteur inconnu. 

Ses lettres, rappelant tout ce qu'il a aimé de la faune sauvage, peuvent évoquer accessoirement les chants d'oiseaux de ce début de printemps 1915 mais pas le destin des animaux embarqués dans cette tragédie. Son « Carnet de Guerre » (retrouvé par son épouse Delphine de sa cantine restituée [elle a cru jusqu'en 1918 que Louis était toujours vivant]), me semble-t-il, mentionne au moins une fois « ... Et les chevaux qui crèvent... »... Dans un régiment en première ligne, lui et ses hommes sont trop souvent contraints de « passer le parapet » pour un énième assaut stérile sauf « ...pour que le con sinistre qui a nom Boucher de Morlaincourt ait sa 3e étoile... ». 

Qu'auraient encore produit de brillants créateurs, fauchés à la fleur de l'âge, tels Vidal de la Blache fils (1872-1915), Péguy (1873-1914), Apollinaire (1880-1918), Alain-Fournier (1886-1914), André David (3), Louis Pergaud ? Une vie valant une vie, sans discriminer en aucune façon dans les millions d'hommes victimes des guerres aux noms devant tous être honorés, dans les détresses des parents et aimés qui porteront ce malheur jusqu'à leur propre mort, Léo David (1864-1952), père d'André, parti trois étés durant, sur les traces de l'enfant perdu, dessiner schémas et paysages du fils dans l'exceptionnelle monographie géographique sur la Montagne Noire remarquée par d'éminents géographes (Emmanuel de Martonne [1873-1955]) et professeurs de l'École Normale Supérieure, Delphine, l'épouse presque anonyme de Pergaud, pour sa contribution à une égalité d'âme de l'écrivain influant certainement ses ouvrages... 

Plutôt que m'emmêler sans fin dans ce recueillement ému (je n'en suis pas venu à bout hier, date anniversaire, sans que la fausse manip vaille à elle seule une excuse), deux vers de lumière qui tendent à nous sortir de la nuit : 

« ...Vois-tu, je sais que tu m'attends [...] Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. »  

«... Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »

(1) qu'il est pathétique de parler de profit, gain, bénéfice, avantage, crédit... alors que ces actions de guerre se soldent par tant de morts et blessés ! 

(2) « Debout les morts ! », un appel attribué ce 8 avril 1915, à l'adjudant Péricart rameutant ses soldats morts sinon sérieusement blessés alors que les Allemands attaquent leur tranchée du Bois-Brûlé (environs de Verdun). 

(3) Wikipedia fait figurer de nombreux homonymes autres que lui... Oui, il me semble vous entendre, s'agissant de pallier à ce manque... 
André David (1893-1915), un des espoirs les plus brillants de l'école de géographie française... 

Partager le Voyage: La MONTAGNE NOIRE, André DAVID (3 et fin) 

CHEVAL de GUERRE, lexique (20)

 — le soldat de 14 était bien nourri au point que ce qu'il jetait attirait les rats. Les chevaux eux, étaient mal nourris... chez les Allemands beaucoup sont morts de faim.

— si ¼ des chevaux mourut directement des batailles et bombardements, les ¾ périrent à cause des maladies, du manque de soins, de la nourriture insuffisante, de dysenterie, par noyade, faibles au point de ne plus pouvoir lever la tête dans des boues liquides montant jusqu'aux chevilles des cavaliers. Au vu des dures conditions, le retour du cheval de Bompas, accompagné de son ramonet, il est vrai, s'avère aussi spectaculaire que chanceux et exceptionnel. (art. « Cheval toujours ». 

— inoculer la morve, la gourme, la maladie du charbon chez les chevaux de l'adversaire fait partie des armes de guerre. 

—  « Les chevaux et les mulets de l'armée se sont montrés d'une valeur inestimable en conduisant la guerre à une fin heureuse. On les trouvait sur tous les terrains d'opérations, remplissant leurs tâches fidèlement et en silence, sans pouvoir espérer aucune récompense ni compensation. » Général Persching. (« Une fin heureuse », un mot bien mal choisi quand vaincus et vainqueurs y perdent tous...). 

— en 1917, certains états-majors informent certaines unités que la perte d'un animal est devenue plus importante qu'une perte humaine... 

— Maurice Genevoix, admiratif des Poilus se battant et mourant pour la France (3), parlerait-il du soldat qui s'arrache à vif une balle dans un testicule, de cet autre qui maintient dans sa chemise ses tripes alors qu'il a le ventre ouvert, démontre une belle émotion pour les bêtes innocentes mais entraînées dans la folie guerrière... 

1915 En_Alsace,_une_voiture_de_ravitaillement_trainée_par_dix_chevaux_-_btv1b90442648 Domaine public Auteur Agence de presse Meurisse. Agence photographique (commanditaire). 

Pauvres chevaux, pauvres bêtes si belles, vigoureuses mais si vite fourbues, efflanquées, misérables. Et quand les hommes récupèrent, les chevaux restent tête baissée, ce qui dit tout de leur moral... Genevoix parlerait-il des cris terribles des blessés, bien égaux devant la mort, implorant avec les mêmes intonations, en allemand ou en français, il n'oublie pas non plus le hennissement d'un cheval qui agonise, aigu tel le cri d'un oiseau de nuit « ... le hennissement aigu, poignant, qui montait sous les étoiles devant la misère, la méchanceté des hommes... ».

Les Éparges Dans ce village, alors qu'il souffle un instant dans la « Maison d'école » avec, au tableau le dernier problème du maître, il se tourne vers la fenêtre parce qu'une forme approche, c'est un vieux cheval avec un sillon de sang à l'épaule. Il le fait passer par le couloir pour rejoindre la cour, derrière, offrant un abri plus sûr. Il le revoit, le vieux cheval, huit jours plus tard, mais étalé, entouré des cadavres des vaches mitraillées par les Allemands. 

— autres animaux de guerre, les chiens sentinelles (les meilleurs sentaient l'ennemi à 300 mètres), les pigeons voyageurs, les moutons envoyés paître dans les espaces minés. 

Et puisque des prolongements sont proposés à ceux qui voudraient aller plus loin, ci-dessous, quelques propositions de lecture ou d'audition : 


Sites et références :

" Le Cheval de Guerre ", roman de Michael Morpurgo (1982 en G.B., 2008 seulement en France !), adapté au cinéma par Steven Spielberg.



et sur ce blog :



https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2015/02/un-monument-au-cheval-de-trait-fleury.htm 

(1) Son témoignage « Ceux de 14 » regroupe quatre livres sur la guerre, véridiques, minutieux, fidèles ; chaque lieu, chacun des faits sont bien précisés, chaque homme apparaît par son nom... La deuxième édition de 1925 rétablit les passages censurés en 1916 (il y était fait mention de trois paniques, ce qui, en temps de guerre, n'aurait pu que démoraliser et fragiliser).    

 


lundi 6 avril 2026

CHEVAL de GUERRE, lexique (19)

La scène où les “ Tuniques bleues ” tuent le cheval de « Danse avec les loups » me crispe le visage, tout comme je n'aime pas les scènes de galops effrénés... même si ce n'est que du cinéma (1)... la mort interpelle, celle des animaux libres dits sauvages et plus encore celle de ceux que nous nous sommes associés, que nous avons apprivoisés, domestiqués, asservis afin de nous faciliter la vie. Malheureusement on tue, serait-ce avec le remords de transgresser un tabou, celui d'attenter à la vie. Alors que je recherche pour ne pas oublier, les noms des chats, des chiens qui ont accompagné mes années, à propos du cheval, l'imbrication mort et vie vient compliquer la situation... Faut-il élever le  cheval pour le manger, afin qu'il ne disparaisse pas des paysages ?        

Autre chose,  que n'a-t-on fait subir à ces bêtes serviables, chevaux, mules, ânes, dévouées jusqu'à la mort puisque, menés par des cinglés, les peuples s'en vont trop vite en guerre, la fleur au fusil ? La « Grande Guerre », affreuse de nationalisme exacerbé et d'entêtement, et comme si cela n'avait pas suffi, celle du fou furieux à moustache (si bien singé par Charlot)... et de trois en soixante-dix ans, ont  encore utilisé les chevaux, non plus de cavalerie d'assaut (2) mais en auxiliaires de transports, en y perdant, hélas, toute humanité ! 

Paris 2 août 1914. Régiment de cuirassiers partant pour le front. Domaine Public. Auteur inconnu.

— sur les huit millions de chevaux servant les armées, un million d'entre eux a succombé, et plus encore ont été soignés dans des hôpitaux vétérinaires afin de retrouver les théâtres des batailles. 

— lors de la première bataille de la Marne (début septembre 1914), le général Jean-François Sordet est accusé de n'avoir pas laissé boire les chevaux par grande chaleur. 

— lors de la seconde bataille de la Marne (mai à août 1918) l'une des dernières charge de cavaliers, du 10ème de chasseurs à cheval, pourtant seulement affecté à la liaison et surveillance, a permis de refouler une partie de la 9ème division bavaroise et de sauver ainsi le 299ème régiment d'infanterie français.    

— les Anglo-Saxons déplorent le manque d'empathie des soldats français qui ne marchent pas à côté quand c'est possible, qui ne changent pas les fers et laissent la selle causant des inflammations. (à suivre)  

(1) « I jamaï que de cinema ! » disait une spectatrice lorsque les films passaient à l'étage du « Grand café Billès » disparu depuis belle lurette. 

(2) Les charges des cuirassiers de Reichshoffen, en août 1870, marquent la fin, en Europe, des assauts à cheval ; ceux-ci furent encore utilisés au Moyen-Orient contre l'Empire Ottoman, moins équipé techniquement.   


vendredi 3 avril 2026

Noce, NOM de la ROSE, cheval lexique (18)

À l'image de ce que nous appelions « un bon repas », de fête annuelle, Pâques par exemple puisque ce sera dimanche, ou encore lié à la religiosité, un baptême, une communion autant première que solennelle, sinon de fête ponctuelle, le mariage, l'anniversaire de mariage en étant les expressions des plus parlantes, en vue desquelles, tant ces réjouissances coupant avec l'ordinaire des jours comptaient, les invités se souhaitaient longtemps à l'avance de rester en forme, de ne pas y manquer, j'ai souvenance de la noce du cousin Jojo (1942-2013, cher cousin, tu n'aurais que 83 ans le 24 de ce mois... poutou à Maguy) (1), né, entre parenthèses, comme papa, son parrain, un 31 juillet, bien qu'à vingt ans d'écart. Gardant de cette journée, du dîner, du souper, des traces bien vivantes (une cavalière dont le visage m'est resté (2), une poule à la crème délicieuse le soir...), j'entends, encore à table vers cinq heures de l'après-midi, un des hommes dire, bientôt suivi par les autres, « Cal anar pessar lou chaval. », ce que nous comprenions comme s'occuper du cheval, lui donner à boire, à manger, se préoccuper de sa litière. 

Tout allait alors, à l'âge où on ne se pose pas de questions... Bien en semaine à Pézenas, la petite ville si cocon, ça marchait en gros au collège, cosy dans son ensemble étonnamment désordonné, malgré la crainte du surgé, monsieur Bezombes d'Aniane (je signais parfois mon relevé de notes), l'abbé Nothon de la communion solennelle, pas dominicain du tout, m'était sympathique et j'aimais, le samedi en fin d'après-midi, après la séance scolaire de promenade vers St-Siméon, avec un pion commandant « Adelante ! » ou « Avanti ! », je ne sais plus, ce retour au village, la minette depuis des heures sur la plage arrière de la Dauphine, et mon père s'exclamant rituellement à la vue du modeste éclairage d'ampoules, seulement visible une fois la côte de Liesse passée, « Fleury, ville lumière ! ». Toute cette géographie par ricochet me captivait, toute la famille heureuse, ce bon menu, ça m'allait bien. Au dessert, à la demande de tous, une chanson entonnée par papa, de métro continuant son voyage avec un jeune homme pas sage (3) des rimes détournées faisant rire les adultes... et moi à me dire « Mais qu'est-ce qu'il a avec toujours Paris, Paris... ». Rien sur la cérémonie... l'église ? la mairie ? seulement ces agapes, ce « cal pessar lou chaval » dans l'ordre apaisant des jours qui passent, noce ou pas, et cette poule à la crème du soir au souvenir plus papillaire sur les babines que le minois de la jolie cavalière... Et puis, était-elle là, encore, au souper ?       

Alors, le moment de clore ce lexique s'annonçant avec, pour être juste, quelques paragraphes à prévoir sur les mules et les ânes qui ont aussi tant aidé à la domination des éléments par des humains aux desseins discutables, condamnables même (4), en cherchant déjà sur les mules et mulets, je tombe sur un article Partager le Voyage: PAUVRES CHEVAUX ! LIBRES OISEAUX... de décembre 2022 que je me dois, en premier concerné, relire et redétailler tant il donne à réfléchir sur ce que nous sommes. Ce n'étaient que des points, des idées à savoir, à méditer (à suivre)...   

(1) ces repas festifs se faisaient encore à la maison qui embauchait alors une “ bonne cuisinière ” pour la journée et peut-être aussi les préparatifs, cette fois-là, Marie Escaré habitant juste en face, la maison avec la porte à mouches, un portail à la voûte ceinte par un joli rosier grimpant. 

Une vue de la noce Maguy-Jojo. Diapositive développée en avril 1963 © François Dedieu

(2) une émotion platonique mais vraie, revenue en force à l'insu de mon plein gré, parce qu'on veut que les choses de la vie soient belles... Avec « Le Nom de la Rose », le film d'Annaud (a)(b), à la fin, lorsque Adso devenu vieux se souvient comment il a choisi de suivre son maître franciscain plutôt que la jeune paysanne implorant son amour et sa protection, moi aussi je me souviens de la cavalière dont je ne sut jamais le prénom... faute de lui demander il m'aurait suffi de lire l'en-tête de son menu... elle me plaisait... 
(a) comme d'après le roman “ policier-médiéval ” d'Umberto Eco (1932-2016), dans un décor d'abbaye-forteresse entre Provence (la Haute) et Ligurie enneigées, sous un ciel plombé, ce film rassemble bien des éléments en situant la trame par chez nous, lors de la croisade contre les Albigeois dits “ Cathares ”. 

Lodève, intérieur de l'ancienne cathédrale St Fulcran.

En effet, le moine franciscain Guillaume de Baskerville, joué par Sean Connery (1930-2020) pourrait bien être Bernard Délicieux (vers 1260-1320 mort en prison à Carcassonne), le franciscain défendant autant les Bonshommes que les déviants prônant la pauvreté de l'Église, Bernardo, donc Bernard Gui (1261-1331 mort à Lauroux (Hérault), le dominicain, inquisiteur implacable, évêque de Lodève en récompense, (qui pourtant me rappelle par certains profils [acteur F. Murray-Abraham, 1939-, Salieri d'Amadeus]) le pauvre copain Joseph dit “ Mazo ” [1950-2020]).
(b) 2024. Une version restaurée du film est doublée en breton et... occitan.    
   
(3) ce n'est que 63 ans plus tard que je me réveille à cette chanson cochonne « La jeune fille du métro », un détournement d' « Idylle souterraine », 1933, paroles Louis Hennevé/musique Gaston Gabaroche, avec un cinquième couplet plus paillard encore.

(4) Mais la loi de la nature, toute de violence et de domination, des plantes à tous les animaux, n'est-elle pas incontournable ? 


mercredi 1 avril 2026

Statues du lexique « chevaux de trait » (page 17)

Des 12 tonnes du cheval de pierre à Mollégès, revenons aux 2 tonnes de la statue de Péchard au rond-point à l'entrée de Limoux en venant de Carcassonne, occasion de quelques détails supplémentaires sur cette vedette limouxine (1). 

Vient ensuite, celle, de Naous à Callac (Côtes-du-Nord enfin d'Armor puisqu'ils l'ont voulu ainsi), 1,6 tonne de bronze (2). 

Enfin, à Landivisiau (Finistère), où ont dû aller les huit de Fleury (voir lexique p. 6), ce sont les 450 kilos de plaques de laiton soudées au cuivre qui forment la réalisation (3). 

(1) Péchard qui, du fond de son pré s'avançait (gaillard encore un an avant sa mort) jusqu'au chemin lorsque la voiture de la maison de retraite déposait Henri, son ancien compagnon de travail. Par ailleurs, une scène ou sketch de théâtre nous en dit davantage sur le coût du traitement vétérinaire des rhumatismes du cheval, l'équivalent de 430 euros d'aujourd'hui la piqûre, payés par la vente des cartes postales de Georges Coroir, l'argent ayant aussi suffi à la création de la statue et en prime au parrainage de la jument comtoise Uva-de-Bel-Air, née en 2008. Cette même séance théâtrale confiée à des locaux non dénués de verve sudiste (on en doit la publication à Didier Donnat), nous fait part d'une anecdote de carnaval. En effet, une certaine année, dans la capitale de la blanquette, faisant même déplacer certains, le bruit courut que la statue avait disparu. Concomitamment, une association patentée des festivités carnavalesques exposa, certainement assez loin des yeux afin d'instiller le doute, certainement dans un clair-obscur plus obscur que clair, une représentation du cheval... Or, bien dans l'esprit de Carnaval, ce n'était qu'un Péchard, grandeur nature certes, mais en carton, celui sur la scène des sketchs justement ; et pour faire croire que quelqu'un avait réussi à subtiliser la statue de deux tonnes, ils l'avaient seulement recouverte d'une toile de camouflage lestée de branchages... le rond-point en question formant un vaste espace avec un cabanon, des pieds de vigne, pas étonnant que le vol ne paraisse pas vraisemblable. 
Sur les planches, ils sont trois vieux à avoir cette discussion quand, entre parenthèses, deux femmes aux formes mûres viennent les traiter de saules pleureurs... leurs branches, gloussent-elles, étant « plus près des pieds que de la cravate » ; et quand la seconde demande « Pourquoi pleureurs ? », la première l'entraîne à rouler du fessier pour faire pleurer nos trois compères sur leur banc... 
(a) la vidéo référencée ci-dessous nous permet de corriger une injustice en associant le nom d'Alain Villa à celui de Vincent Perez, auteurs de la statue. 

Callac_22 Cheval Naous._2017-10-21 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. 2018 Auteur J.C EVEN. (depuis 1996, il est interdit de couper la queue des chevaux).

(2) Callac, capitale aussi de l'épagneul breton, est connue aussi pour son haras de chevaux de trait (jusqu'en 2003 d'après une certaine info). Le cheval vedette se voulant représentatif de toute la Bretagne fut Naous (1935-1953), breton demi-ardennais par sa mère, géniteur en 13 ans de haras, de 27 étalons, 116 arrière descendants, 245 chevaux de quatrième génération (un autre site parle de 350 pouliches). Il meurt en 1953 d'une tumeur incurable et mortelle à la verge (a). Par ses origines il aurait alourdi la race bretonne. 
À l'initiative de René Pléven (1901-1993), tant de fois ministre, sa statue est érigée sur la place en 1958 ; en bronze, elle est l'œuvre de Georges-Lucien Guyot (1885-1972), connu, entre autres pour son Taureau de race Aubrac à Laguiole (1947) et l'Ours des Pyrénées à Bagnères-de-Bigorre (1950). Vandalisée, elle a été au moins trois fois transformée en zèbre... certainement par des pas intéressants se croyant géniaux et intelligents... 
(a) dernièrement vu à la télé, un vétérinaire du Midle-West enlevant une verrue à la verge d'un étalon ne pouvant plus monter. “ Et oui, c'est la nature comme disait Jacques Villeret jouant un attardé mental dans « L'été en pente douce » ”. 

« Paotr mad » et « Océan » bretons tous deux, ont inspiré la statue de Roger Joncourt pour la ville de Landivisiau. Source mairie. Depuis 1996, le respect de l'animal a enfin amené à ne plus couper la queue, efficace chasse-mouches... Notre bon oncle Noé sommait Mignon de ne plus la balancer « Ah ! te devissi la cougo ! », menaçant non sans humour de lui dévisser la queue !   

(3) Au début du XXème siècle, Landivisiau est une ville de marchands, courtiers et maquignons rassemblant les chevaux de la région (18.000 chevaux vendus en 1939, en France et aussi l'Amérique et le Japon). Combien restait-il de marchands quand, la guerre gagnée (1945) les huit de Fleury ont entrepris l'expédition en Bretagne, en vue de renouveler les chevaux de travail ? 
Le Trait breton « Paotr mad » (le Bon Garçon), né en 1959, primé en 1962, et « Océan », un postier à la stature des chevaux, jadis, de diligence, ont inspiré l'œuvre du sculpteur local Roger Joncourt (1932-2023), auteur aussi, en haut du col du Tourmalet, du buste de Jacques Goddet (1905-2000), longtemps emblématique directeur du Tour de France. C'est grâce au 1 % artistique lié à la construction de la nouvelle mairie que la statue a été érigée en 1983. Un monument de 450 kilos hélas malmené en 1996 lors d'une protestation des légumiers de Plouzévédé et Plouescat venus décharger 700 tonnes de leurs productions devant la mairie. Croyant à coup sûr mieux marquer les esprits, ils ont déboulonné et chargé le Paotr mad pour finalement, en restant là (las ?) de leur colère et soucieux de ne pas se léser, le rejeter sur des choux-fleurs. Ne restait plus, pour les Landivisiens, qu'à le remettre en place ! (à suivre) 

mardi 31 mars 2026

La RAMADO de Coursan, chevaux, Rameaux, lexique (16)

La manifestation festive de juin à Mollégès a le mérite d'être claire dans son intitulé de « carreto ramado », à savoir une charrette de rameaux, rams en languedocien tandis que les Rameaux avant Pâques sont ceux du dimenche das Rampans (1), avec la majuscule. Dans certains secteurs d'Occitanie, des traditions de ramado poulido, de jolis chemins de rameaux entre les domiciles des deux amoureux et l'église officialisaient le mariage imminent ou tout récent tandis qu'un éconduit ou jaloux en arrivait parfois à la ramado laido d'un chemin jonché de fumier et autres saletés. 

D'après toujours le « Tresor dou Felibrige », travail monumental de Frédéric Mistral (1830-1914), l'entrée « ramado » comprend au moins deux homonymes, la ramado étant la douleur de la mère sur le point d'enfanter et aussi une averse passagère « Après une forto ramado seguido d'une soulelhado » Hercule Birat (1796-1872), chansonnier et  poète de Narbonne... comme dans la chanson enfantine « Il pleut il fait soleil... » 

Pour revenir à la fête honorant les paysans, leurs montures ainsi que le travail accompli, par chez nous, s'il est fait mention de la  « Ramado de Narbouno » et des quelques ramados organisées à Nissan-lez-Ensérune, c'est avec celles de Coursan qu'une tradition remontant à 150 ans en arrière ne tombe pas dans les limbes du souvenir grâce aux chroniqueurs de la revue FOLKLORE n° 1, de janvier 1938, qui en fait état. Il y a un siècle et demi, pas de vignoble dans nos parages mais du blé : « Il n'y a pas de pays en France qui puisse être comparé pour l'abondance de ses récoltes en grains à la fertilité de la plaine de Coursan » 1788, Mémoire d'un intendant du Languedoc, Ballainvilliers. La fête a continué lorsque, après 1850, l'ère de la vigne s'est imposée. 

Coursan, vue sur l'aval de l'Aude - 2011.

Ah ! ils se démarquent les laboureurs de Coursan qui montent assis et non à califourchon comme partout ailleurs ! La Ramado consiste à faire évoluer, liés à la queue-leu-leu, à 1,20 m seulement l'un de l'autre, 15 à 25 beaux et jeunes chevaux. Isolé devant cette cavalcade richement décorée jusqu'au gros nœud à la queue, le meneur ramadaïré galope en tant que porte-drapeau. Chapeau de paille rubané, petit boléro de couleur  brodé de fils d'or et d'argent, chemise et pantalon blancs (un long pan de la ceinture assortie au boléro, de même que la cocarde sur les sandales de toile blanche, parent tous les ramadaïrés). Le char, petit chariot lesté afin de tenir la route, recouvert de branches d'ormeau, est ainsi capable de tourner le coin des petites rues sans verser, l'honneur du conducteur étant en jeu. À l'intérieur, deux musiciens courageux, cachés dans un capitonnage de matelas, se doivent de continuer à jouer même renversés ! Les cavaliers, eux, sautent, descendent; virevoltent, se tiennent debout sur le cheval avant de se rasseoir et recommencer leurs numéros de cirque. La ramado passe partout dans le village ; elle s'enroule en escargot, décrit des S autour des arbres de la fontaine ferrugineuse. 

Coursan 2011 ; depuis le pont qui lui aussi a son histoire, l'église Notre-Dame-de-La-Rominguière XII et XIIIème siècle.

La soirée se terminait par un grand bal. Longtemps le village commentait la performance du conducteur parfois « de premier ordre »...  

Ces fêtes revenaient cher, on ne pouvait les organiser tous les ans, la dernière a eu lieu en 1905. 
Témoignage dans la revue Folklore n° 1 en janvier 1938, de monsieur Jean Maffre de Coursan. 

(1) beau souvenir d'enfance aussi, tous ces Rameaux au-dessus des têtes, devant le portail de l'église, jusque dans la rue... 
https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2024/03/rameaux-et-paques-1.htm

Et mon père, encore : 
« ... Dimanche des rameaux 1953 : Le mauve de la glycine qui étale ses grappes près d’un portail de la place du Ramonétage m’a fait penser à l’entrée monumentale du château de Saint-André-de-Sangonis, et en ce jour des Rameaux je revois Marcellin, le vieux serviteur zélé jonzacois qui, de retour de la messe, parcourait une à une les pièces de la grande maison pour laisser dans chacune d’elles une branchette de laurier bénit destinée à remplacer celle de l’année précédente. Pauvre Marcellin, si gentil au fond, qui revenait avec nostalgie sur ses cinquante années passées au service des familles Martin, puis Gaudion de Conas, Romilly enfin ; il évoquait la cure à lui payée jadis annuellement à « Châtel » (Châtelguyon), les tenues de service auxquelles il avait droit, bref les beaux moments de sa vie de fidèle domestique. Et maintenant ? La comtesse, toujours à court d’argent, lui devait même sept mois de gages, quelle misère ! Aurait-il mieux fait de rester au service de la maison Martell qui portait si haut depuis si longtemps le renom du cognac français, celui de son pays qu’il ne reverrait plus ?.. » François Dedieu, p. 185 Le Renouveau / Caboujolette 2008. 

« [...] Dimanche 17 mars 1940. Rameaux. (St-Patrice). Je vais à la messe, où je suis à côté d'André Pédrola, qui est loin de douter bien sûr qu'il va aller, treize années plus tard, partager la vie des Canadiens du Québec tandis qu'au même moment je vais gagner ma vie de professeur, pour trois ans, au Brésil... » Ensuite nous jouons au billard au café de la place, qui sera remplacé plus tard par le marché couvert, la salle de cinéma du haut cédant alors la place à la nouvelle perception de Fleury et au logement du Percepteur. Dédé, le plus jeune des trois enfants Sanchon, boit une grenadine (il a sept ans)... » Caboujolette / Pages de vie à Fleury II / chapitre "Le Renouveau" / 2008 / François Dedieu.

lundi 30 mars 2026

Mollégès, la carreto ramado, lexique (15)

À Mollégès, nous disions, entre Rhône, Durance et Alpilles, Camille Soccorsi a été sollicité en 1989 pour sculpter un cheval de trait en hommage à un monde millénaire de travail de la terre, symbole donnant à réfléchir sur l'âme humaine de plus en plus viciée par un matérialisme aveugle, avançant à marche forcée au poison à produire du fric (1). Loin de cette terrible dérive, au pied du cheval de pierre, les vers du félibre contemporain Charles Galtier (1913-2004) :

« Noun se pòu devina ço que deman preparo
E pèr qu’à l’aveni se posque saupre encaro
Lou bonur qu’a liga lis ome e lou chivau
Dins la pèiro entaia,iéu, eici, fau signa. » 

Cheval de Mollégès  Auteur : mamoue13.ekablog.fr

Traduction approximative :
Ce que demain prépare ne peut se deviner
Et pour qu’à l’avenir on puisse encore savoir
Le bonheur qui a liés les hommes et les chevaux
Dans la pierre sculptée, moi, ici, vous fait signe. »

 Sensible au sujet, la municipalité sollicite chaque année la Société de Saint-Éloi (2) chargée des réjouissances de la St-Éloi, patron des agriculteurs et charretiers de Provence. 
Quelques jours avant la fête, les charrettes promènent les musiciens donnant l'aubade, les charretiers remettent la tortillade, une couronne anisée ainsi que le drapeau. 

Mollégès, prieurs de l'année (la cocarde piquée sur la chemise) et chevaux de tête Carreto Ramado, Fête de la St-Éloi juin 2024. Auteur facebook.com/villedemolleges... Et 49 chevaux à la file (on peut les compter sur une vidéo !)... à se demander où ils peuvent bien les trouver... 

Le soir du samedi de la fête, l'un derrière l'autre une quinzaine de chevaux de trait galopent : les deux de devant, brides d'apparat, couvertures richement brodées, harnachés à la mode « sarrazine »,  sont les premiers à tirer la carreto ramado, charrette ornée de branches vertes. 

La Carreto Ramado Fête de la St-Éloi 2024 Mollégès (Bouches-du-Rhône) Auteur : facebook.com/villedemolleges.


Les femmes en Arlésiennes, La Carreto Ramado Fête de la St-Éloi 2024 Auteur : facebook.com/villedemolleges.  


Le dimanche, le prieur de l'année invite les charretiers et toute la population à un déjeuner. Au cours de la messe en provençal, la charretée d'une cinquantaine de chevaux est bénite sur la place du village. Avec les charretiers précédés des prieurs, fillettes, jeunes filles et dames du village portent le costume de l'Arlésienne. 

Sous des abords festifs et folkloriques, cette fête remarquable pour un village de 2647 habitants en 2023, reste avant tout une célébration catholique traditionnelle. Sans le volet religieux au premier plan, on retrouve le souvenir de cette fête de « La Ramado » à Coursan... (à suivre) 

(1) Du paysan à l'agriculteur nous sommes passés l'exploitant agricole puis à l'agroindustriel. Ce dernier  prétend insidieusement qu'il nourrit le peuple alors que son intérêt premier est de s'enrichir, le pays ne devant plus sa subsistance qu'aux importations... d'où mon refus de suivre bêtement les slogans faciles demandant un soutien automatique... Ce n'est pas pour autant qu'il ne faut pas soutenir la minorité faisant marche arrière pour des méthodes de production respectueuse, et contester la mainmise des grands groupes qui les étranglent... 

(2) association qui depuis 1969 élit pour un an ses deux « prieurs » responsables de l'organisation des fêtes de juin et d'été. 

facebook.com/villedemolleges