Affichage des articles dont le libellé est Robert Reverdy. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Robert Reverdy. Afficher tous les articles

samedi 14 mars 2026

Au pays de MAGLORIO, la jument de PANFILO (4)

 Que dire encore pour une visite moins virtuelle qu'il n'y paraît ? Cette départementale que Panfilo et Magloria n'auront pas à rejoindre en regagnant leur ferme, menait à la frontière avec l'Aragon, l'Espagne. 

En haut, au col de Saint-Louis (696 m.) se tenait peut-être l'échange entre le « Catala bouro » et le « Gavach porc » avec, plutôt qu'un échange peu amène au sein d'un cousinage rival, le commerce profitable à tous, âne contre cochon. 

Viaduc_de_l'escargot, Caudiès-de-Fenouillèdes, carte postale ancienne, auteur inconnu, domaine public. 
Carte postale du « viaduc de l'escargot » ou « viaduc du col Saint-Louis », situé sur la commune de Caudiès-de-Fenouillèdes dans le ndépartement des Pyrénées-Orientales (France). La conception en colimaçon est réalisée par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Étienne Raymond Amiel (1752-1832) et continuée par l'ingénieur en chef Rabourdin suite à la réunion du Conseil Général des Pyrénées-Orientales au cours de sa séance du 26 août 1843.


En descendant vers le Fenouillèdes la route déploie un tracé dessus dessous amusant (à cet endroit, la carte signale les ruines d'un château des Maures). À l'opposé, sur le versant donnant vers l'Aude et Quillan, le hameau de Laval où l'ami Robert Reverdy (1908-1999) “ se saigna ” de quelques vers lors de la liesse pourtant cruelle qui accompagne le sacrifice annuel du cochon : 

« ... Son embonpoint marquait l'épaisseur de sa graisse, 
Deux-cent-trente kilos, quel remarquable poids... » 

Forêt_domaniale_des_Fanges 2018 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Lucas Destrem.


Point final avant de fermer le clavier, les hauteurs de la vaste Forêt des Fanges aux sapins géants assignés à la marine de guerre de Colbert et, rive droite du Saint-Bertrand, les Crêtes d'Al Pouil... aussi élevées, plus de 1000 mètres... et pour désorienter plus encore celui qui se perd dans les complications de ces hautes Corbières Occidentales, au pied du Serre Calmette... (de « la Serre » (1), on ne sait plus), à plus de 800 mètres, les ruines du château templier où s'entremêlent des histoires de souterrain, de trésor, de fausse monnaie avec plus d'or que l'officielle du roi, et, par ces chemins menant à la frontière, l'auberge de la Jacotte à la réputation de coupe-gorge, d'Auberge Rouge... La neige, Fernandel moine, le bonhomme de neige cachant le corps du colporteur... mais c'était sur le plateau ardéchois où règne la Burle, le vent mauvais livrant le pays aux congères du long hiver (film de Claude Autant-Lara 1951... au cinéma du village ! Souvenirs !).   

Voilà... Avec mes meilleures pensées pour André Galaup (1938-2021), lors de cette sortie si exotique pour celui du bas-pays que je suis. Entre le peu que j'en ai vu, tout ce que j'aimerais en voir, ces paysages, ces personnages, je les ai vus, ils infusent en moi. Me reviennent alors les propos de Joseph Delteil (1894-1978), autre voix du Languedoc (Val-de-Dagne, Pieusse, Montpellier), se confiant à Frédéric-Jacques Temple (1921-2020) : 

« [...] Ce n’est pas le spectacle que j’ai vu mais pour moi j’ai l’impression que je l’ai vu, je pourrais jurer que je l’ai vu à travers papa et maman. Peut-être beaucoup des choses que nous avons, que nous portons, que nous écrivons, quelquefois, sont non pas de nous mais de toute notre famille, de toute notre lignée... »  Joseph Delteil. 

Saint-Louis-et-Parahou 2011 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Jcb-caz-11. 
Le pays de montagne de Panfilo et Maglorio. 

(1) pour encore des hésitations à perdre pied, « serre » substantif masculin comme « serrié » du même genre masculin dans le Tresor dau Felibrige de F. Mistral et « serriero » du même genre pour une cime dentelée, une suite de crêtes (famille de scie, du verbe scier). Et un « serras » ne serait qu'une grande colline... 


lundi 4 décembre 2017

APPELS DU SUD / Faire la fête au cochon !



   

Hier, sans plaisir aucun mais parce que la résistance s’impose comme un devoir quand la démocratie se retrouve peu à peu confisquée par un appareil d’État autoritariste qui fait de plus en plus penser aux tristes « organes » de feue l’URSS, ferraillant contre la mercenaire de l’Éducation piètrement Nationale, à Mayotte comme en Navarre, faute d’une piste sur le Net, je tenais à retrouver dans ma paperasse le nom de ce Directeur de l’Enseignement de 1994 qui, lui, n’avait obtenu que la Lozère pour s’être certainement plus dévoué au peuple qu’à sa coterie. Rien pour le moment mais des trouvailles annexes, sur un cahier d’écolier, un agenda en guise de bloc-notes, des enveloppes, des papiers tous formats.

C’est comme passer un aimant sur des notes en vrac pour s’étonner ensuite des idées qui s’agrègent telles des limailles.

Et nous sommes en décembre, moi en short, torse nu, et là-haut en Europe, la magie de l’hiver avec la neige avant Noël… Les Corbières sont blanches ; la couche atteint cinquante centimètres nous dit Viviane sur le Plateau de Sault… Je pensais depuis quelque temps à Robert Reverdy de Pouzols-Minervois, artiste, poète à ses heures, qui aimait le pays et ses gens. Et je tombe sur ce coup de gueule (avec l’accent siouplèt !) du cuisinier Arnaud Daguin à la radio sur les paysans qui nous nourrissent mais crèvent de faim et sur ces cochons des temps modernes qui nous reviennent quatre fois plus cher que le prix trop modique pour être sincère !   


Et dans mes notes, un mot de tonton Stanislav de Tchéquie « Le cochon, s’il te voit tous les jours, il t’aime ! ». Alors on voit le tableau idéalisé d’une vie d’avant. Idéalisé car qui accepterait pour revenir à une nourriture plus saine, sans parler du travail d’élevage, de se faire tueur, saigneur. Dans le Clos du roi, Marcel Scipion le traduit bien :

« … Mon père, lui, n’avait jamais eu assez de force pour planter le couteau et trancher la veine jugulaire, ou plutôt, il avait trop de cœur : alors il demandait aux autres de faire ce sale travail… »

Robert Reverdy nous raconte aussi la fête du cochon, fête des hommes plutôt, d’une époque où la viande représentait un luxe, un apport très apprécié alors que les menus ordinaires restaient frugaux, sains mais frugaux…   

La fête du cochon.

C’était assurément le plus bel animal
Des cochons élevés au hameau de Laval ,
Bien nourri par les soins de sa propre maîtresse
Son embonpoint marquait l’épaisseur de sa graisse
Deux-cent-trente kilos ! quel remarquable poids
Aussi pour le saigner la lame entra trois fois.
Comme dans un étau, de peur qu’il se débatte
De vigoureuses mains tenaient ses quatre pattes.
Son corps roula pourtant sur les pieds d’un témoin
Alors un peu plus fort on lui serra le groin
A ce moment fatal l’œil vif devint féroce :
Quand le sang coule à flot, la douleur et atroce.
De grâce ! grogna-t-il dans un cri déchirant ;
Cet appel fut perçu par les porcs de Quillan.
Le maître du logis dit pour toute réplique
«  Ta succulente chair va devenir magique
Pour régaler ce soir l’appétissante faim
De mes nombreux convives invités au festin… »
Et c’est pourquoi l’on vit plus de trente personnes
S’attabler tout autour du cousin de Narbonne
La fête du cochon maintient par tradition
L’amitié des amis, aux parents, l’affection.

2 février 1956. Robert Reverdy. 

  


Note :  Laval est un hameau proche de Quillan, sur la route du Col de Saint-Louis, l'ancienne frontière avec le royaume d'Aragon puis d'Espagne où se faisaient les échanges (voir les articles sur les meuniers de Limoux). A ce propos, une thèse prétend que l'expression "Catala bourrou, Gavach porc" n'aurait rien de moqueur et serait simplement liée à ce commerce.  

Photos autorisées :
1. photo PxHere.  
2. Commons wikimedia. Quillan depuis le château 2014 Author Tournasol7