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vendredi 13 mars 2026

PANFILO et sa jument MAGLORIA (3)

Avec celui qui raconte, il y a celui qui reçoit, qui transpose en images et souvent prolonge à sa fantaisie. La neige, si rare le long de la côte, n'aurait pu que faire rêver un gosse du littoral, solidaire, par ailleurs, de la vaillante Magloria au service de Panfilo. Certes, le conteur n'aurait rien dévoilé des chaînes, cercueils et revenants, réservés à un public de grands. Adulte, bien sûr, chacun y met ce qu'il a en lui, de tout ce qui, jour après jour, vient ôter un copeau de son ignorance, seul gage d'émancipation intellectuelle... toujours essayer de l'être moins que la veille...  

Alet_les_Bains abbaye 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Devisme alain
  

Alors, si la magie de l'enfance continue d'opérer, l'envie de toujours apprendre apporte également. André Galaup cite l'Étroit d'Alet ; Alet-les-Bains, on préférait sa limonade à son eau minérale (la mise en bouteille a-t-elle repris ? (1) ) ; Alet, un diocèse créé par le pape Jean XXII (nous reparlerons du vingt-troisième plus loin), un évêché à la cathédrale détruite par les Huguenots (1577), à l'abbaye dans une égale décrépitude, « un des plus crottés de France » d'après son évêque en disgrâce, éloigné de la cour par Richelieu. 

le diable Asmodée et le bénitier Église de Rennes-le-Château 2007 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Jcb-caz-11

La suite ajouterait-elle au rôle prédominant de l'Église, évoquons la richesse suspecte d'un abbé Saunière (1852-1917) laissant croire, afin de camoufler ses trafics de messes lucratives à Rennes-le-Château, au magot et à l'ésotérisme (à l'entrée de l'église, le diable Asmodée soutient le bénitier). Pour ajouter aux épais mystères de ce pays du Razès au vaste territoire (2), Henri Boudet (1837-1915), prêtre de Rennes-les-Bains, se pose là lui aussi, avec ses récits énigmatiques sur une vraie langue celtique et le cromleck (cromlech ?) de Rennes-les-Bains (1886). 

Pech de Bugarach 2007 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur ThierryS

Et qui nous empêcherait, sur les hauteurs orientales de Quillan d'évoquer la montagne (Le Pech de Bugarach, 1230 m., point culminant des Corbières) qui a magnétisé tant d'hurluberlus baba-cools et autres déjantés atteints d'un tellurisme mêlant le trésor à trouver, des extraterrestres attendus, la survie suite à la fin du Monde annoncée de 2012. Comment ne pas se rebiffer quand, après les fraises des bois du col du Linas, on a connu ce même village beaucoup plus tranquille, avec les grandes portes des étables au haut ouvert, encore, des derniers éleveurs de chèvres, de vaches qui sait aussi, dans un polyélevage et une polyculture  de montagne (des panneaux indiquaient la vente de fromages) ? Et plutôt que de se pourrir les méninges, pourquoi ne pas se satisfaire de la légende discutable des lutins bienfaisants Bug et Arach, Bug montant sur les épaules d'Arach dans l'intention d'être bien entendu d'un Jupiter imploré afin de calmer les colères de Cerç... Importuné le Dieu changea les lutins et, à y être, la fée Nore, en montagnes...  

(1) suite à bien des obstacles depuis 2011, une usine d'embouteillage devrait commencer à produire... en 2029... À 300 mètres de profondeur, avec près de 7 m3 à la minute c'est l'une des plus grosses sources de France. 

(2) des histoires de trésors qui se superposent et s'entremêlent : des Volques Tectosages, d'Alaric Ier, roi des Wisigoths, de Blanche de Castille, des Templiers, des faux monnayeurs du Bézu, des Cathares, de l'abbé Antoine Bigou qui aurait mis quelques écus à l'abri des révolutionnaires. Des élucubrations sans limites, mêlant aussi les nazis à la quête et peu s'en fallut qu'Angelo Roncalli, le futur et « bon » pape Jean XXIII élu en 1958, n'en fît partie ! Qu'on se rassure, ce n'était qu'en tant que nonce apostolique et il avait seulement rendu visite à des cousins jadis venus d'Italie... 

PANFILO et sa jument MAGLORIA (2)

 PANFILO et sa jument MAGLORIA. 

Beaucoup de monde à Limoux (1) en cette veille de Noël, dans les auberges, les boutiques. Descendu de sa montagne, Panfilo propose du maïs, des chapons, des canards gras et leurs foies. En échange des sous gagnés, cette fois, il remontera avec de bonnes choses, des gourmandises. 

Place_du_Presbytere Limoux 2022 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Krystof Golik

STOP : et là l'adulte qui, quitte à outrepasser le monde magique des gosses, aime les histoires encrées de réalisme, en accord avec la géographie, se demande si en repartant même en tout début d'après-midi, l'attelage peut parcourir d'un trait, les 43 voire les 44 kilomètres (2), par Rennes-les-Bains ou Campagne-sur-Aude. Peu chargée, sans tenir compte du dénivelé (Limoux 170 m., Parahou-le-Petit 680 m.), la jument étant capable d'aligner 5 kilomètres par heure, c'est possible, faisons confiance à André... ils arriveront entre neuf et dix heures de la nuit. 

Rènnas_le_Castèlh, château 2006 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Auteur Micaco

L'auteur évoque la voie romaine entre Rennes-le-Château et la maison de Panfilo, seulement parce qu'il aime sa géographie, cet itinéraire faisant monter notre équipe à plus de 800 mètres d'altitude et qu'en prime, encore dans la vallée de l'Aude, les premiers flocons se mettaient à valser. 

Il nous met dans l'ambiance, André, d'une époque encore sensible aux légendes sinon vieilles histoires sur fond de faits parfois authentiques. Et moi, du coup, je n'attends pas de me retrouver chez Panfilo, devant le feu de cheminée, pour m'en frotter les mains. 

D'abord, on dirait que l'auteur a des racines dans les Hautes Corbières, il parle de lieux plus que locaux, qui ne figurent même pas sur la carte d'État-Major, que seuls les originaires connaissent. Il parle d'histoires qui se racontent et se transmettent seulement dans le coin, celle du cercueil au milieu de la route bloquant la jument et qui, une fois remis en place, lui révèle en languedocien « as pla faït sinon éres mort ! » (tu as bien fait sinon tu étais mort). Plus loin, ce sont des chaînes de revenants puis le pays aussi mystérieux que hanté du « Trauc de la Reilha », un plateau truffé de gouffres il se peut... Pas le moindre indice sur la carte... ce n'est pas plus mal ainsi : s'ouvrir à l'imaginaire ce n'est pas rester sur sa faim... Des chaînes pour un voisin malfaisant en chemise blanche, embroché par la fourche d'un veuf croyant au fantôme de sa femme venant le hanter. « Si te tourni portar al cementeri, tournaras pas ! » (Si je te porte à nouveau au cimetière, tu ne reviendras pas !), la phrase, trame de l'histoire, passe de génération en génération. 

La mort semble plus présente que de nos jours : pendant la guerre de 14-18, le menuisier de Bugarach et le curé étant mobilisés, c'est un jeune séminariste qui apporta les derniers sacrements au défunt enterré dans une caisse à jambons de dépannage...   (à suivre)

(1) malgré les aléas (guerres, peste, choléra, inondations) une ville historiquement prospère de ses manufactures de drap, de cuir, d'une meunerie florissante dont le célèbre carnaval témoigne chaque hiver.  

(2) avec la rentrée de la vendange, nous reviendrons sur les efforts aussi formidables que spontanés des chevaux de travail.