Affichage des articles dont le libellé est Heureux qui comme Ulysse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Heureux qui comme Ulysse. Afficher tous les articles

mardi 17 mars 2026

Lexique passionné sur LAMI le cheval, page 3...

Camargue j'ai noté : à Pézenas, l'abbé Nothon, le curé convivial qui, pas loin de l'église St-Ursule, nous prépara à la communion solennelle, organisa une sortie en Camargue. Sans avoir la carte sous les yeux, à moins d'avoir rêvé tant la destination s'y prête, il me semble qu'à la sortie de Fabrègues, à droite, un panneau vers la côte indiquait « Camargue ». Dans une manade, Méjanes (mais je ne le jurerais pas) ; d'avoir goûté aux cornes d'une vachette; mordu la poussière et cru avoir crocheté la cocarde me fit gagner une promenade à cheval. Bien sûr, à 11-12 ans on se voit galopant, cheveux au vent, dans la sansuire des étangs... pour une première monte, ce fut heureusement au pas du gardian tenant le cheval par la bride. Une bonne expérience : perdu dans mon imaginaire, je l'ai trouvée trop courte, cette sortie. Un bon souvenir aussi, une fois versé dans le monde des adultes, lorsque, après les vacances, manière d'éviter l'ennuyeux tronçon Montpellier-Nîmes, la remontée par Aigues-Mortes puis le concert de grenouilles du Pâty-de-la-Trinité consolait d'un moral en bas des chaussettes... 

Camargue_horse 2007 Domaine Public; Author TwoWings

Ah qu'ils vivaient libres, eux, chevaux de Camargue dont Ulysse, 28 ans, reconnaissant la voix d'Antonin, Fernandel (1903-1971)(1), ouvrier agricole qui le sauvait d'une fin certaine aux arènes ; scénario d'un beau film (très beau presque j'allais écrire), réalisé par Henri Colpi (2) « Heureux qui comme Ulysse » (1970)... 

Très prenant il aurait pu être ce film, presque toutes les scènes tournées en extérieur, pour la réalité crue des scènes de corrida, rejoignant en cela des combats de gladiateurs, tous devant finalement mourir, le picador fouraillant les ligaments du cou du taureau, 

« [...] ils ont frappé fort dans mon cou, 
Pour que je m'incline... » 
La corrida, Francis Cabrel. 

le cheval aux yeux bandés devant subir les cornes à travers un caparaçon dont on se demande s'il sert plus à cacher le sang qu'à protéger... 
Sauf que ce film supporte mal des longueurs répétées à propos de tableaux “ fernandelesques ”, le pastis, de suite les grands mots, l'accent exagéré, la bonne cuisine (serait-elle un plus), une disparité hommes-femmes typée et qui date, le tout dans des sites trop touristiques, trop cartes postales, carrières de Roussillon, Baux-de-Provence, marchés de Provence, melons de Cavaillon, avec même un anglais hilare... tout pour rappeler ce navet (pour un natif du Midi) sur la Provence vue par un Néo-Zélandais, vous savez, celui de Gladiator, justement...  

 Sinon, c'est beau tout de même, ce film de Colpi, avec un Fernandel émouvant hors de son registre comiquement théâtral, pour son sentiment à l'égard d'Ulysse. Beau pour les paysages de Camargue, qui, entre parenthèses, rappellent assez ceux de chez nous, du delta de l'Aude entre mer et garrigue. Beau quand l'orage crépite fort sur les cannisses ; beau pour, en miroir, la foule au bal, les feux d'artifice de la fête et les foyers allumés par Antonin, qui doivent réchauffer le cheval pris de fièvre... deux compagnons seuls au monde.   
Beau pour cette ambiance fin des années 60, ces voitures si appréciées contrairement aux modèles si communs d'aujourd'hui, si similaires qu'on serait bien embêtés de citer tant ils se multiplient dans nos pubs ! Et puisque vous êtes de ceux à tirer les vers de nez, beau parce que je me voyais beau alors, à 20 ans, con de ne pas savoir vers quoi m'engager et pas que... mais beau à convoiter les jolis genoux ronds de ma petite coiffeuse... et qu'à regarder 55 années bien sonnées en arrière, nostalgie, regrets et remords devant se digérer, je ne peux qu'accepter qui je fus... (à suivre) 

(1) Fernandel raconte s'être pris d'affection pour ce cheval local, pas de cinéma. D'ailleurs à son retour dans le mas, mordu par ses congénères qui le rejetaient, Ulysse a préféré retourner auprès de son soigneur Jeanjean... 

(2) Henri Colpi (1921-2006), né la même année et copain, à Sète, de Georges Brassens pour qui il écrit les paroles de la chanson du film : 

« [...] Battus de soleil et de vent, 
Perdus au milieu des étangs, 
                                  On vivra bien contents, 
                            Mon cheval, ma Camargue et moi. »  Musique Georges Delerue.   

(Le film peut être vu, en “ streaming ”, comme ils disent).