dimanche 15 février 2026

La pêche au globe aux Cabanes-de-Fleury (3)

Dans l'article précédent, sur le sujet de la pêche au globe, nous disions : lorsque les câbles qui le tendent hors de l'eau sont complètement relevés, il faut constater aux sillages désespérés des poissons, si cela vaut la peine d'y accéder en barque. Si oui, il faut redescendre les câbles porteurs (1)de manière à ce que, plaqué de tout son long à la pointe du betou, le pêcheur puisse entrer dans le piège. En accrochant les mailles, il poursuit alors chaque poisson prisonnier un à un, (plusieurs espèces, surtout des muges) ; à l'aide d'une épuisette (2), il le jette alors dans le fond de la barque. (à suivre)

Pêche au Globe sur le fleuve Aude, aux Cabanes-de-Fleury (en face, dans l'Hérault et entre parenthèses, la campagne du Chichoulet où fut tourné « Le Petit Baigneur » avec Louis de Funès, 1968). D'après la revue Folklore n°3 d'octobre 1941, le globe a été interdit ailleurs parce que préjudiciable aux gros poissons reproducteurs... Faut-il comprendre que le maritime des Cabanes-de-Fleury et de Port-la-Nouvelle (grau de l'Étang de Bages et de Sigean, grau de La Vieille-Nouvelle... et plus loin, à l'Étang de Berre) bénéficiaient d'une exception à la règle. Mlle Narbonne parle de tant de globes à La-Vieille-Nouvelle qu'en une seule nuit, il pouvait se prendre trois ou quatre cents kilos de poissons ! 
Diapositive © François Dedieu.   
  


Un coup de globe pas terrible..
Diapositive @ François Dedieu. 


L'ichtyologue donne le détail du dispositif de pêche et des prises potentielles, loup (“ loubarron ” en languedocien, “ bar ” en français), maquereaux au printemps (F. Marty parle de mélette, est-ce possible avec des mailles de 3 cm ?). Il se prend surtout des muges (“ butado ”, “ cabot ”, “ lesso ”, “ loup ” pour mulet ! “ mijoul ou mujol ” suivant les variantes du languedocien pratiqué sur la côte audoise... Nous, nous disions “ lisso ” d'une petite taille, “ muge ” généralement, “ camar ” pour le poisson prétendument mangeur de vase. Le spécialiste au micro, finit, lui, avec les femelles muges pleines d'œufs, qui, grâce au sel et au Cers, donneront la poutargue, caviar de la Méditerranée, à trancher finement... 
Diapositive @ François Dedieu. 

(1) Les photos dont celles du pauvre François Marty (« Étude inachevée... » Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise) Etude pêche Marty_août2010 montrent souvent les Vidal au globe dont le père Séverin (1896-1985), dans la pose qu'on lui connaît, catalanes aux pieds, tenant le touret (treuil à main lubrifié au savon noir) et observant les éventuels et puissants sillages des poissons pris. Ils pêchaient à deux : une boucle de corde solide passée dans un des manches de ce tourniquet (ailleurs avec un cliquet) permettait de retenir le filet relevé. Parfois ils le relâchaient après avoir constaté que les prises ne valaient pas qu'on sortît la barque. (Photo aussi dans « Canton de Coursan », Opération Vilatges al Pais, Francis Poudou, 2005).    

(2) on disait aussi « le salabre ». Deux remarques néanmoins : 
1. Salabre. Il se compose d'une planche amincie montée sur un manche qu'il faut pousser à 45° sur le sable du fond. Le filet en arrière peut retenir « ... anguilles, crevettes, petites soles, carrelets et crevettes (F.Vals, revue Folklore). Justement, quand ils ne pêchent pas avec le cheval de trait, on peut voir un tel engin en action pour des crevettes grises, loin au Nord sur la Côte d'Opale. 
2. Le glossaire des termes languedociens employés par nos pêcheurs est plus précis « Salabre s. m. : sorte de truble (petit filet emmanché ou non. [Grand Larousse])qui sert à prendre le poisson dans les bourdigues. Catalan salabre; sorte de filet à manche soutenu par des cordes sur le fond de la mer. » (revue Folklore n° 41). 

samedi 14 février 2026

« La pêche aux Cabanes-de-Fleury » (2) maisons et pêche au globe.

[ ...] Raisonnable, conscient que l'affaire pourrait s'envenimer, le comte amena à une transaction dûment notariée (1885) attestant que le propriétaire du sol en abandonne la jouissance aux pêcheurs. En échange, afin de préserver la vue sur la mer (peut-être par anticipation pour ce que serait le futur), ces derniers ont interdiction de construire en étage (ils avaient alors la possibilité de construire en dur) et obligation de laisser au domaine le cheval servant à porter le poisson à Fleury, le fumier restant à disposition du comte. Par voie d'héritage ou autre, si le successeur est non inscrit maritime, la maison devra être vendue au Comte, à un prix fixe. 

Au fond le café-restaurant-tabac, lié pour ceux d'un monde d'avant, aux noms de Gili (?-1955 ?), Marcelin Hortala (1912-1996), Daniel Frugier (1946-2013), Marie-Josée Hortala (1946 2021) 

« Un plan annexé à la minute de l'acte constituait le lotissement, deux lots étant attribués à chaque chef de famille. Disons en passant que toutes les stipulations de l'acte n'ont pas été strictement observées depuis lors; le plan de lotissement a été modifié, en particulier après un incendie qui dévora en quelques heures la totalité du hameau, il y a environ quarante ans ; il y a longtemps que le cheval a été remplacé par une camionnette garée à l'écurie, mais n'y faisant pas de fumier, comme bien on pense. D'ailleurs l'acte de 1885 a été ignoré de la plupart des propriétaires successifs de St Louis de la mer, Villeneuve ayant vendu son domaine après la guerre. Cependant, tous les usufruitiers de lots sont inscrits maritimes et le seul commerce existant (épicerie et café-restaurant)(1) est exploité dans l'immeuble de l'ancienne douane, vendu par l'Etat en 1896. Il existe encore une autre construction, dite « l'usine » servant d'atelier pour teindre les filets, bâti à même la berge de l'Aude (Domaine) et dont la situation juridique nous semble difficile à définir. Elle est entretenue par le syndic. » (BOURJADE.) ».  

    Au chapitre des barques de pêche, monsieur Bourjade précise qu'aux Cabanes, on trouve le beto de 4, 6 ou 7 mètres (2) et le sardinal à quille, ponté de 8 à 14 mètres pour la pêche au large. 

Au 4ème chapitre sur la pêche proprement dite, Monsieur Bourjade  participe aussi pour la pêche au globe (3), une pratique qui étonne le terrien de passage. Il s'agit d'un grand filet au fond de l'eau, épousant presque la largeur de la rivière (de 300 à 900 m2). Fixé sur la rive opposée par des poteaux, il est relevé par des treuils rive droite ; lorsque les câbles qui le tendent se retrouvent hors de l'eau... (à suivre) 

(1) propriétaires depuis : Gili, Hortala, Frugier...  

(2) Comme unité de mesure, l'auteur mentionne les empans de 16, 24 ou 28, l'empan valant 25 centimètres. 

(3) Aux Cabanes-de-Fleury ainsi qu'à Port-la-Nouvelle (grau de la Vieille-Nouvelle [étang de l'Ayrolle], de la Nouvelle même [étang de Bages-et-de-Sigean]) la pêche au globe était réglementée par la prud'homie de Gruissan. (Les pêcheurs des Cabanes élisaient leur propre prud'homme).    

 

vendredi 13 février 2026

« La pêche aux Cabanes-de-Fleury » (1) Les cabanes

À l'évocation de Maître Bourjade, plutôt pince-sans-rire, se lançant portant, à 84 ans (!), dans un rock endiablé (voir LETTRES de FLEURY (6) novembre), de fil en aiguille, par la magie de l'électronique, nous nous retrouvons sur le site audois de GARAE mettant à disposition, entre autres ressources, tous les numéros de la revue Folklore (années 1938-1988). 

Au sommaire du numéro 3 de l'automne 1941 (R52_024_10_1941.pdf [la revue était saisonnière]) « La pêche sur le littoral audois » avec un déroulé de toute la côte de l'embouchure de l'Aude jusqu'à Leucate ainsi que la part audoise de son étang. Sur la quarantaine de pages de l'article, avec Mlle Isabelle Narbonne, Messieurs Carbonnel, Sire, Vals, Monsieur H-P Bourjade a rédigé « La pêche aux Cabanes-de-Fleury », une participation modeste mais intéressant en premier lieu les habitants de la commune de Fleury-d'Aude. 

Si certaines données de cette participation figurent déjà dans plusieurs articles de ce blog, parce que la redite des choses intéressantes plait, “ Bis repetita placent ”, il s'avère toujours utile de répéter afin d'alimenter notre fonds culturel... la culture étant “ ce qui reste quand on a tout oublié ” (Ellen Key, pédagogue suédoise). Les notes et citations dues à Monsieur Bourjade répondent à ce principe. 

Les-Cabanes-de-Fleury en 1975 avant le creusement des ports de plaisance. Entre l'embouchure de l'Aude, plus nombreuses à cause de son interdiction à Saint-Pierre-la-Mer, les baraques du camping sauvage (durera jusqu'en 1980). Au hameau, le château des Pins des Pesqui est bien visible... Dans quelles conditions un second domaine a-t-il pu s'implanter à côté des parcelles géométriques (1000 ha ?) de vignes entre des haies de roseaux. Les jetées de l'Aude sont orientées vers le nord. Aujourd'hui c'est le contraire et on se demande si cela ne cause pas l'érosion de la plage sur plusieurs kilomètres vers le sud et Saint-Pierre-la-Mer. Sur la photo d'Hélène Marpaux (autorisation Google images), on voit aussi la barque qui relève les poissons prisonniers du « filet », le globe en travers de la rivière.

Les pêcheurs des Cabanes-de-Fleury  « opèrent en mer et dans le grau de la rivière » (nous pouvons même ajouter qu'ils pêchent aussi en amont de la rivière). Sur les 150 Cabanaires, la plupart sont inscrits maritimes.

« Primitivement le hameau ne comprenait qu'un groupe de huttes informes et sordides en roseau ou en torchis. Ces habitations étaient si basses qu'il était parfois impossible de s'y tenir debout; comme dans les demeures des hommes primitifs, la fumée s'échappait par un trou situé au milieu du toit. En été la cuisine se faisait dehors. Depuis une quarantaine d'années ces constructions ont été grandement améliorées ; les murs de briques ont d'abord été substitués aux parois de roseaux ; la toiture de tuile a peu à peu remplacé le chaume. Cependant, l'ensemble du hameau conserve un aspect rudimentaire et primitif ; l'électricité n'y a été installée qu'en 1938, l'eau potable fait entièrement défaut, les habitants doivent assurer eux mêmes l'évacuation des ordures ménagères en les jetant directement dans la rivière. La situation du sol sur lequel sont bâties ces habitations mérite une mention particulière... » H-P Bourjade. 

S'ensuit une explication étayée sur les propriétaires des cabanes, seulement usufruitiers du terrain suite à une adjudication publique et la vente par l'État de lais et relais de mer entre l'embouchure et Gruissan (10 juin 1820). À la suite de propriétaires successifs, le litige entre le comte Pons Roger de Villeneuve du domaine Saint-Louis-de-la-Mer (1) et les pêcheurs concernait le sol des cabanes, ces derniers affirmant non sans raison, que leur présence était antérieure à 1820 et que de toute façon, celle-ci devait bénéficier de la prescription trentenaire. Variante heureuse à la raison du plus fort, afin que les choses ne tournent pas mal... (à suivre)

(1) pardon pour l'interruption : j'ai dû poursuivre un crabe de terre et une limace introduits chez nous... ce fut plus facile pour la limace... Quant au crabe, c'est signe d'intempérie...   





jeudi 12 février 2026

Lettres de FLEURY (6) novembre

 

Ouveillan_Aude, Eglise-Saint-Jean_l’Évangéliste  Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Author EmDee. Le clocher se présente comme celui de Fleury par le passé, lorsque les cloches se trouvaient sur la plate-forme. 

« [ ...] Je viens de regarder sur mes anciens “ Carnets de bord ” si j'avais eu en classe un Phalippou d'Ouveillan et je ne retrouve pas du tout ce nom. J'ai retrouvé (1) [ ...] CALVEL Bernard, né en 46, excellent élève que j'avais en Première et l'année suivante en Sciences Expérimentales, dans cette fameuse classe de 54 élèves bien que “ réduite ” à 50 à partir de novembre. 

[ ...] Ici, la vie continue comme d'habitude : les forains sont tous repartis hier après la fête du village, et la place est redevenue plus grande. Diego et Christine travaillent à leur maison, et nous, avec maman, continuons à mettre un peu propre notre “ grande ” cuisine d'en bas. [ ...] Quelqu'un qui a fait du beau travail aussi, c'est cet Anglais qui a acheté l'immense  “ caserne ” de Pendriès (maison ayant appartenu à Pélissier) : après avoir rouvert portes et fenêtres consignées depuis pas mal de lustres, il vient de refaire à l'identique le grand portail tout rouillé : il a replacé les trois grands rectangles du bas, avec de solides plaques toutes neuves, et a conservé toutes les moulures ; repeint en gris, le tout est du plus bel effet ; il est réconfortant de voir ainsi ressusciter une maison morte depuis belle lurette. 

Fleury-d'Aude, 1987, le hangar en face du cimetière. En arrière-plan, le moulin de Montredon en fin de restauration actuellement.

Vendredi 18 a eu lieu dans les grands ateliers municipaux faisant face au cimetière (ancienne fabrique de palettes) la 5ème fête du vin nouveau, malheureusement sans les châtaignes (elles avaient fermenté et l'Adjoint aux Fêtes a préféré ne pas en acheter. Nous avons eu droit au Collège de Septimanie et aux déguisements traditionnels, l'orchestre « Bar du Port » de quatre musiciens a particulièrement été agréable (chansons de Trénet, de Boby Lapointe [qui revient en force depuis un certain temps, lui qui nous a quittés depuis des années ] et valses, tangos, javas, même du rock (dansé par... Henri Bourjade avec la jeune espagnole belle-fille de Verdun et femme d'un de ses employé à Saint-Pierre-la Garrigue : il a étonné tout le monde avec cette danse endiablée, ce qui a fait dire à certains qu'il avait levé le coude). Maman et moi avons fait un petit tango, mais nous fatiguons assez vite. 

[ ...] Je m'arrête là pour aujourd'hui. Il va être onze heures et je vais chercher le pain. Eva de Rudik a envoyé les vœux de Noël et de Nouvelle Année... elle a dû se tromper de date... Ils étaient en septembre à la fête des vendanges à Melnik ; elle demande si tu te plais dans “ ton ” île, elle dit que le train et les autobus viennent d'augmenter et que l'électricité (3) devrait doubler en janvier. Enfin, cette lettre nous a fait plaisir. 

Au plaisir de te lire, 

Jirina et François.      

(1) suivent trois noms de garçons d'Ouveillan nés en 1955,1961, 1964... 

(2) Bourjade Henri Paul Léon (1910-2004), auteur, entre autres écrits, de « La Pêche aux Cabanes-de-Fleury »  R52_024_10_1941.pdf 

(3) pour revenir à 2026, en France, l'électricité a doublé sur ces dernières années alors que la production est excédentaire. Ce serait dû, d'une part, au nucléaire qui doit être régulé à la baisse et surtout à l'argent fou que coûtent les énergies décarbonées, solaire et éolien, pour le moment inutiles. À l'image de bien des politiques, nos écologistes plombent le pays...   

mercredi 11 février 2026

Lettres de Fleury (5) novembre

 [ ...] hier 14 novembre, ta lettre du 3 partie le 4 de Dzaoudzi, a mis 10 jours, un record de durée jusqu'à présent ; la mention « PAR AVION » nous a fait sourire. 

Pierre-François (1)est content, il a tenu à lire toute sa lettre et sa carte lui-même. C'était une telle joie qu'il a tenu à te répondre sur-le-champ, et a commencé aussitôt.  

Cet après-midi, nous venons d'être importunés par deux représentants d'une maison de meubles d'Agen qui tenaient à nous engager dans l'achat d'un salon. Bref, nous nous en sommes débarrassés au bout de trois quarts d'heure... il faut toujours se méfier avec des crampons de cette espèce... (2) 

Fête du village autour du 11 novembre. 

[ ...] La fête du village a battu son plein quelques heures, mais les “ avions ” n'étaient pas au rendez-vous, remplacés qu'ils sont par de petites voitures qui n'ont eu que peu de succès. Pierrot tient toujours à “ la pêche aux canards ” et aux voitures “ mini-skooter ”. Il y avait également le “ chahut'car ”, les tirs, la remorque avec les jeux vidéo, les crêpes, beignets et gaufres, le manège des plus petits. on dit que les manèges resteront jusqu'au 20 ; habituellement ils mettent ensuite le cap sur Murviel. 

Après une Toussaint de toutes les teintes de chrysanthèmes et de nos pensées pour nos chers disparus d'ici et de Tchécoslovaquie, l' « estivet de san Marti » n'a pas failli et se poursuit (20°C aujourd'hui dans la rue avec un magnifique soleil). Trop chaud même pour la saison. 

Vivaneau Drawings done by Robbie Cada are public domain and can be used freely, however, FishBase would appreciate a proper indication of the source.

[ ...] je n'ai pu trouver ton nom de “ vivaneau ” (ton gros poisson rouge de 7 kg) dans mes encyclopédies. peut-être est-ce un nom local. l'essentiel est qu'il ait été succulent. (3) 

Spirale anti-moustique under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license Author Ayagarato

[ ...] Ton tortillon de “ mosquito killer” nous fait penser au Brésil où nous avions la même chose, qu'on appelait “ spirale ”, qui se piquait sur une pointe posée par terre (4). 

Je laisse une place pour maman, gros baisers de nous tous, Papa. « François » (signé à la main). » 

« [ ... ] Il fait beau temps. L'automne offre ses couleurs pour nos promenades dans la garrigue. J'ai admiré comme tu fais la cuisine, la soupe de poisson est assez difficile. J'ai terminé. Papa écrit ton adresse, il ne faut pas le retarder. 

Je t'embrasse, à bientôt, Jirina. »

(1) PF, 7 ans, mon neveu... toujours une histoire de tonton...  

(2) À la psychologie du déclenchement de l'acte d'achat, des gens influençables, dont les personnes âgées, vulnérables, se font toujours avoir. Sinon pour le vulgum pecus comme pour toute espèce vivante, une réaction de rejet s'est généralisée même si ce démarchage parfois intrusif et agressif peut aboutir à un abus de faiblesse. Il faut d'autant plus rester sur ses gardes que de faux démarcheurs cherchent à s'introduire dans le but de repérage ou pour voler directement. Par ces temps difficiles, pour ne pas dire d'insécurité, l'installation d'une sonnette interphone évite d'avoir à ouvrir sa porte. 

(3) oui, un nom local tant aux Antilles qu'à La Réunion. À l'origine de 1824, il ne serait utilisé que  depuis les années 80. Le vivaneau est un poisson carnassier, poissons, crabes, crevettes ; indemne de la ciguatera il est très apprécié en cuisine. 

(4) 2026 : on ne trouve plus ces spirales à la vente. Pour quelle(s) raison(s) ? Rupture de stock ou interdiction d'un composant dangereux ? À première vue, entre les composants inertes, les huiles essentielles et les molécules actives, rien n'alerte... L'insecticide, la pralléthrine, très dangereuse pour les abeilles et les poissons, reste de faible toxicité pour les mammifères, sans aucune preuve de cancérogénicité (OMS, Wikipedia). Les moustiques, eux, sévissent toujours... pas les mêmes, tout petits mais aux piqûres aussi douloureuses, causant des cloques si on se gratte... Peut-être nos correspondants au Sri Lanka ou à Maurice auraient quelque chose à préciser à ce sujet ?        

mardi 10 février 2026

Lettres de Fleury (4)

 Dimanche 30 octobre 1994. 

«... Je suis ravi que La Fontaine ait encore beaucoup de succès auprès de tes élèves. Ici de nombreux professeurs semblent en avoir fait leur deuil pour le remplacer par d'obscurs poètes dits “ modernes qui ne savent plus les règles de la poésie”. Je vois dans un livre de troisième : Nazim Hikmet, poète turc, Charles Reich, philosophe américain, Gunter Grass (allemand), Jacques Charpentreau, Pierre Ferran, Charles Dobzynski, Walt Whitman, Adam Mickiewicz, Alexandre Block, Rilke, Essenine, Tagore, Michel Leiris, Pablo Neruda, Juan Liscano, Nicolas Guillen, Mao Tsé Toung, Lu You, Hô Chi Minh ! Ainsi, s'ouvrir à toutes les sensibilités se résumerait à gommer notre culture. De Rutebeuf à René-Guy Cadou, pour ne citer qu'eux, ils doivent être des dizaines dignes d'une anthologie or aucun ne figure... Pauvre France ! 


Depuis Bouisset, vue sur la plaine de l'Aude (au fond les collines de Nissan). 

Rouzilhous, lactaires délicieux.

[ ...] 18 heures. Nous venons d'arriver d'une promenade à Bouisset (1). Pendant que le chien faisait le fou, que Laetitia et Pierre-François s'amusaient et que je m'adonnais à un petit safari-photo, maman a trouvé quelques lactaires délicieux (elle est en train de nettoyer ces petits “ rousillous ”. Il faisait très beau, de belles flaques d'eau témoignaient des grandes pluies subies. Nous n'étions pas seuls : toujours ces “ 34 ” qui aiment bien notre garrigue. La température dépassait les 20° (il fait encore 17°), c'est doux pour la saison. 

Hier, à Saint-Pierre, j'ai compté plus de cinquante personnes sur la plage, les enfants ont les vacances de Toussaint jusqu'au 6 novembre inclus. Je vais monter l'Atlas des Champignons à maman et allumer le feu. 

19 h 30. Ça flambe dans le poêle, je redescends auprès de toi. Concernant mes lectures je tourne au ralenti : j'ai laissé Troyat pour les 826 pages d'Henri Amouroux « La page n'est pas encore tournée », le dernier tome de la série de dix « La grande histoire des Français sous l'occupation ». 

Après l'enterrement de Mme Soldeville, en pensant à la Tchéquie et au pauvre tonton Honza (de ma main gauche, nous avons envoyé les condoléances à Kàja), nous avons placé les deux pots de chrysanthèmes au cimetière. Nos derniers disparus ont été : Camille Massol (1 mois 1/2 après sa fille Michèle), la mère des frères Zorn (72 ans) et Cazals Juliette veuve Soldevila, 88 ans. Camille avait 89 ans (2).  

En espérant te lire sous peu, nous t'embrassons bien fort, 

Papa et maman, François et Jirina. »  

 

Les pins de Bouisset (60 m. environ) 1973 © diapositive François Dedieu.
       

(1) dans la garrigue de La Clape. 

(2) Nous parlions de cigarettes hier, à propos de mon oncle Honza décédé. Camille, lui, les roulait à une vitesse incroyable... ce n'est qu'un témoignage... n'en faisons pas une pub, fumer TUE !    

lundi 9 février 2026

Fleury-d'Aude, le 20 octobre 1994.

 Pour le village et l'époque concernée, cette petite chronique s'ajoute à celle, si intéressante, de Georges Sabatier qui, par l'entremise des articles “ du ” journal local (le plus lu) « L'INDEPENDANT » où il fut journaliste alimente « Trente Ans déjà », un compte-rendu quotidien sur la vie de notre commune. Qu'il en soit remercié !   

Ce 20 octobre 1994, papa m'informe du décès, en Tchécoslovaquie, de tonton Jenda, 71 ans (1923-1994), un choc comme pour mes parents même pas au courant de la tumeur destructrice « zhoubny nador » (1) en à peine huit semaines d'hospitalisation. Il y a peu, je fouillais un peu le sujet de l'enfance, une période qui voit les tontons, à côté du père et des hommes plus âgés, compter beaucoup pour le petit garçon, fréquemment des modèles aidant aussi à grandir. Et comme pour tous les êtres chers qui nous quittent, vient maintes fois le regret de n'être pas allé les voir  plus souvent. Souvenir ému pour mes tontons, Jenda (1923-1994), Jojo (1927-1999), Staña (1929-2015). Il faut aller au-delà du départ définitif qui nous marque pour se rappeler les voix et les revoir dans des scènes de vie heureuse... C'est vrai que tonton Jenda fumait beaucoup, des Marica au paquet jaune... c'est terrible comme ces substances mortelles, promues pour du fric par des cigarettiers assassins bien au courant des conséquences nous laissent pourtant comme un relent de connivence amicale... Hier, à la télé, dans une piqûre de rappel pénible pour notre pays, les tirailleurs de la Première Guerre Mondiale étaient si fiers d'imiter, en tirant sur la cigarette... Hors de ces considérations, que me raconte papa sur ce qui se passait ou pas au village ?    

« Hier nous nous trouvions à Saint-Pierre pour le couscous du troisième âge (2) : plus de cent convives malgré un temps déplorable, des pluies torrentielles (150 mm) s'ajoutant aux 200 du mois dernier; Il y a longtemps qu'un tel déluge ne s'était abattu sur la région ; quartiers de Narbonne et Béziers inondés, routes et chemin de fer coupé ; Jacky notre cousin disait que dans le garage Renault, hier à Narbonne, l'eau passait par-dessus le capot des voitures ! Au village, des tuiles ont été emportées. Ce matin, ceux qui ont pris l'autobus pour la base des loisirs, ont constaté qu'il y avait bien 15 cm d'eau sur la route devant la mairie ; la route de Saint-Pierre était pleine d'eau et la place devant la base de loisirs était un petit lac (10 cm d'eau environ). 

Saint-Pierre-la-Mer,_Fleury,_département_Aude_-_aerial_view 2021 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Raimond Spekking.
La base de loisirs se situe au premier plan. 


Nous étions inscrits, nous les avons rejoint sous la pluie néanmoins moins violente. Guy nous a dit quelques mots avant de raconter une ou deux histoires... en patois. Ils m'ont réclamé au micro mais j'ai fait signe que non, certains devaient savoir : la veille, par un temps superbe malgré un marin pénétrant, en allant aider à placer les tables, j'avais signalé la mort du beau-frère à Momon et Roger Pradine... certains devaient savoir. 

Nous t'embrassons bien fort, le bonjour aux Roca (je ne vois pas qui est le Georges (3) dont tu as parlé en début de lettre), François, Papa. »

(1) « ne zhoubny » pour dire que la tumeur est bénigne, dite “ longue maladie ” en France tant la peur du mot « cancer » était forte. 

(2) on pourrait trop vite en déduire que c'était la belle vie pour les seniors... ne cédons pas à l'anachronisme... contrairement aux retraités d'aujourd'hui, eux avaient connu la guerre suivie d'un temps de pénuries et privations (en France, tickets de rationnement jusqu'en décembre 1949). 

(3) Georges Bouscasse, collègue d'Histoire-Géo et d'une compagnie si agréable, malheureusement décédé d'une rupture d'anévrisme, à Mamoudzou (années 96-97-98). Si quelqu'un peut m'aider à retrouver les dates... 

PS : avec la lettre, une gentille carte de mon neveu Pierre-François enquêtant sur Milou, le petit chien noir que nous avions trouvé... Et oui, encore une histoire de tontons...  

PS2 : ...et maman Jirina m'embrasse aussi en ajoutant qu'avec la température qui a baissé il faut allumer le feu, que les pommes de terre coûtent 6 F le kilo, que Stani, mon aîné, en instance de service militaire, a « une jolie tête avec ses cheveux courts. 

En espérant que ce n'est révélateur de rien, je m'en mords les doigts de tant en laisser en chemin... 

dimanche 8 février 2026

Petite CHRONIQUE du PAYS, octobre 1994 (2).

 [...] Un bon repas fut servi dans une belle salle voûtée (1) aux poutres apparentes : « olives, assiette de charcuterie avec jambon de montagne, cuisse de canard confit, haricots verts au beurre et champignons, fromages variés, miel de pays, millefeuille, blanquette et café. » Ensuite, à Carcassonne, au Conseil Général dont la remarquable salle des délibérations « ...très belle, moderne et fonctionnelle avec beaucoup de marbre rouge de Caunes-Minervois, salle inaugurée le 28 juin 1985, par François Mitterand, Président de la République... »

[...] « Les vendanges sont terminées depuis une quinzaine de jours et ces jours-ci, elles se terminent dans le Minervois et la région Carcassonne-Limoux. 

Lac de Vézoles Hérault 2013 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Auteur Christian Ferrer. Le barrage du Saut de Vésole(s), autres orthographes, date de 1956 sur le Ruisseau de Bureau se jetant dans le Jaur près d'Ardouane où notre pauvre copain d'enfance Patrick Grasseau (dit Froisseau) (1952-2002) donna du fil à retordre aux pères du collège religieux Saint-Benoît (“ aujourd'hui ” [l'info n'est pas datée] en grand danger de délabrement).  

La semaine dernière, plus précisément le mardi 27 septembre, nous sommes allés, maman et moi, aux champignons après Saint-Pons, exactement au Saut de Vésole, dans la forêt du Somail et celle de Riols. Nous en avons rapporté quelques uns, mais si nous y étions allés directement et plus tôt, certainement nous aurions fait une belle cueillette. Heureux de voir encore des colles de vendangeurs dans le Minervois héraultais, ce qui nous changeait des machines rébarbatives et froides de notre “ pays bas”, nous l'étions aussi de manger dehors. 

Depuis, le temps s'est rafraîchi le matin (10° mais ça monte à 20 l'après-midi). 

Photo de l'ouvrage « De Pérignan à Fleury », Les Chroniques Pérignanaises, 2008. Intérieur de l'église Saint-Martin de Fleury-d'Aude avant le dépouillement perdurant depuis. 


Deux remarques sur ta lettre : tu dis à un moment et certainement par inattention que nous sommes au trois de la rue : et non, au 2 seulement, le 3 étant la remise ancienne écurie de « Toutou » et José. Quant à la réflexion «... n'y aura per toutos... » (f. pl.) (2), nous ne la devons pas à notre ancien curé mais à notre sacristain de l'époque : Basile Lignières, père d'Eugène, ancien organiste de Fleury, et de sa sœur Alphonsine. Il habitait à la maison jouxtant la pharmacie. C'était lui qui sonnait les cloches des offices et des glas... Même d'une vigne lointaine, mon père reconnaissait si le défunt était un homme, une femme ou un tout jeune enfant... Maintenant tout a été mécanisé, électrifié, automatisé et... uniformisé. 

Pour ce soir (il est 22 heures 30 et minuit et demi à Mayotte, je vais m'arrêter là. En te souhaitant une bonne année scolaire, une santé en tous points parfaite, des élèves attachants, un temps idéal et des loisirs agréables, nous t'envoyons nos plus tendres embrassades. un grand bonjour à ton patron Jean-Pierre et à son épouse. 

Ton père dévoué, François »  

(1) une cinquantaine maximum de convives dans cette salle à manger (le château est magnifiquement restauré « ils vont continuer au second étage » F.D. 

(2) Ne réalisant pas que le panel de chemise dépasse de sa braguette, Basile (de son surnom Lou Craquet, me soufflent Max et Josette...) qui donne l'hostie, croit que les femmes qui, par gestes, veulent le lui signaler le font par peur de ne pas en avoir ; pensant qu'elles se troublaient pour rien, il aurait eu alors le mot devenu historique « N'y aura per toutos » (il y en aura pour toutes). 


samedi 7 février 2026

Petite CHRONIQUE du PAYS, octobre 1994 (1).

 Aidez-moi. Rien, à part ce que le vécu m'a soufflé avant-hier, avec le premier match du Tournoi des Six Nations ; avant, les matchs se jouaient le samedi (pas le dimanche en raison de la religion chez les Britanniques) et, le samedi figurant régulièrement sur l'emploi du temps, la liberté de fin de semaine ne débutait donc que l'après-midi ; en attendant l'heure du match, c'était bien d'aller promener le chien (1) en cherchant des asperges par une de ces belles journées de février, pourquoi pas avec des amandiers en fleur, le printemps déjà dans les têtes. Une scène parmi toutes celles déjà décrites ici et que j'aime me raconter sauf qu'à présent, même en me disant que ça viendra demain, je me sens sec (2), le rien est que l'inspiration n'est plus. Aidez-moi.    

La muse boude et pourtant il me faut ma dose, il me faut écrire quelque chose, déjà pour chasser un stress qui assaille à la moindre contrariété (3). En dépannage et aussi afin de corriger mes pulsions brouillonnes sinon, un certain désordre dans les publications bien que pas seul, la muse étant aussi fautive que moi... en dépannage donc, une visite chronologique des nouvelles de mon village à partir d'octobre 1994 avec mon départ à Mayotte. Comme quoi l'éloignement rapproche... (les guillemets relèvent les propos de mon père). 

Villegly_-_Château, propriété du Conseil Général de l'Aude (parc ouvert au public) 2018 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Author Tylwyth Eldar
 

De Fleury-d'Aude, le 6 octobre 1994. 

À l'occasion d'une sortie du troisième âge, invités par Gilbert Pla, maire de Coursan et Conseiller Général, mes parents (72 et 70 ans) sont partis à Villegly, seul le car étant à la charge des participants. Propriété du département, le château de Villegly est aussi Centre d'Études Cathares. Après un exposé par un jeune animateur (4), un bon repas fut servi (à suivre). 

Château_de_Bouisse_(Aude) années 1900 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Sdo216. 
Acquis par René Nelli dans les années 50 qui le restaura et qui aimait y venir l'été. 
René Nelli (1906-1982), poète, philosophe, historien du Moyen-âge occitan, occitaniste. 
Bouisse, à plus de 600 mètres d'altitude, village des Hautes Corbières Occidentales non loin du Milobre de Bouisse (878 m.). Une centaine de Bouissencs habitent ce pays des buis. 
 

(1) Dyonisos il s'appelait, un korthal ; comme pour bien des semblables côtoyés, à commencer par mes enfants, je ressens le remords confus de ne l'avoir pas assez aimé, quand ce n'est pas celui d'avoir mal aimé. 

(2) un comble je me permets de noter puisque malgré ses excès (terres inondées, bois flotté et déchets sur nos plages), le ciel a été généreux en eau (autour de 350 mm ; dans l'Aude, un mois de janvier le plus pluvieux depuis 1959 et le début des mesures), une bonté d'autant plus appréciée qu'une sécheresse chronique accablait depuis des années. 

(3) le ventilo en panne, un appel qui ne passe pas, un fichier joint évaporé... un pas grand chose me perturbe... 

(4) « ...Il y a été question notamment de René NELLI, mon ancien professeur de seconde français latin grec, philosophe et éminent spécialiste du catharisme. » François Dedieu.    

mercredi 4 février 2026

Son ENFANCE l'appelle (7) Mayotte, Bergman, Signol, Genevoix.

Puisqu'un lien ténu tenant à l'enfance, existe entre les plages de Mayotte et celle de Tambaú au Brésil, ne devait-il pas risquer une remarque, une seule, d'après lui ? Sur l'île du Canal de Mozambique, aussi, bien que moins nombreux et perdus dans la végétation, des cocotiers non loin du bord. Si cela se remarque aisément, par contre, face à la mer, relevant apparemment d'un mystère, un détail d'abord impalpable, posant question et d'un très long moment, sans explication possible, l'a laissé suspendu. 

Baobabs de la plage de Sakouli Mayotte 2017 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur frédéric Ducarme

C'était sur la côte Est, la sèche, d'ailleurs sur la plage des baobabs. De longues minutes de perplexité avant que la lumière ne jaillisse... Oui c'était bien ça, l'Océan Indien ne sentait rien alors qu'un instinct, un rapprochement avec l'Atlantique l'obligeait à attendre de pouvoir comparer. Peut-être parce que ce n'est que le lagon tel un plan d'eau autour de l'île, qui sépare de l'océan ? Loin, la fragrance d'algue de Tambaú... Pensée pour la senteur iodée perdue aussi de notre Méditerranée (1), à cause des Hommes, c'est certain, de cette minorité de milliardaires sans limites qui assujettissent les autres... L'argent n'a pas d'odeur, tant pis pour le parfum. Quant au lagon, attention, ce n'est quand même pas une piscine, la baignade sans risques est possible mais il est vaste et si les passes sont éloignées, il faut tenir compte de la marée, faire attention à d'éventuels courants dangereux, notamment à proximité des îlots de sable blanc qu'ils ont façonnés. À ses débuts sur l'île, un fait divers heureusement bien terminé, l'avait marqué. 

De façon générale, dans l'intention de garder une certaine fidélité à l'enfance, dans la construction même ténue qu'elle mettait en place pour plus tard, tout ce qui touche à elle le retient. 

Bergman and Quinn tiré du film « The visit » 1964, Domaine public.

Dernièrement, à l'occasion d'un film, d'un classique à voir absolument une fois, ce qui n'était pas son cas, un prolongement sur l'enfance l'a particulièrement choqué. Le film, « Stromboli », de Roberto Rossellini (1906-1977), avec Ingrid Bergman (1915-1982) dans le rôle principal. En prolongement, sur le Web, un propos de Pia Lindström (1938-)la fille de la star, avec le reproche à sa mère de ne pas s'être occupée d'elle et la réponse qu'elle lui fit, à savoir que l'enfance n'est pas une période clé, qu'elle passe vite et que la vie qui s'ensuit est bien plus importante. Eût-elle mieux fait de ne pas répondre de cette façon ? Il est vrai que la vie privée de ces grandes vedettes internationales est souvent sacrifiée, revers de la célébrité. Très prises par leurs obligations professionnelles, ces personnes à part ne peuvent que s'abandonner aux travers d'une vie chaotique faite d'absences fréquentes, de relations instables, tant en amitié qu'en amour, de superficialité. 

Ingrid Bergman était une actrice très indépendante, multipliant les rencontres, quitte à provoquer des scandales. Suite à sa liaison tumultueuse avec Rossellini (trois enfants en neuf ans de mariage), pendant huit ans, elle n'a pas vu sa fille Pia... Mais n'était-ce pas dû à Rossellini, un drôle de type, assez brute pour lui interdire justement, de voir sa fille ? 

Autant terminer avec des passages apaisés sur l'enfance : 

Christian_Signol_à_la_foire_du_livre_2010_de_Brive_la_Gaillarde 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Le grand Cricri.

« ...C'est pourquoi j'ai la conviction que c'est la part d'enfance que nous aurons été capables de préserver tout au long de nos existences étroites et souvent dérisoires, qui nous sauvera le jour où nous serons délivrés des misères du temps. » Trésors d'Enfance, Christian Signol, Brive. Mai 1994. 

Maurice Genevoix-1949 Domaine public Auteur Studio Harcourt

« ...il n’y a pas besoin de longs voyages à travers le monde pour se convaincre que ce monde est riche, plein de beautés et de secrets. Tout ce que l’on croit découvrir en voyageant d’un continent à l’autre, comme je l’ai fait, rejoint des souvenirs et des impressions d’enfant. Je m’en doutais depuis longtemps. Mais à présent que je suis vieux, j’en suis sûr... /... J’ai parlé d’enfance, tout à l’heure. je crois que j’y reviendrai souvent. Que notre enfance, pour l'essentiel, détermine l'homme que nous serons, je pense profondément que c'est vrai. Il est seulement dommage.../...que le jeune homme.../... à tout le moins l’oublie trop et trop vite. Je crois pourtant que cela lui passera, que la mémoire lui reviendra de la fraîcheur première de ses impressions d’enfant, de leur intensité vivante... » 
Maurice Genevoix, Tendre Bestiaire, 1969.  

« ...Mon enfance prends ma main 
Puisque tu es sur mon chemin, 
Mon enfance, quelle envie 
Aller chez toi finir ma vie. » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama.

(1) la réponse à une lettre du 31 juillet 1955, reçue au Brésil, évoque aussi un fumet d'enfance, le dimanche à la mer : « ...En trente-deux mois d’absence, il se sera produit beaucoup de vides. Je ne croyais pas non plus que Gili serait mort à notre retour. Les estivants des Cabanes ne savoureront plus sa fameuse bouillabaisse... » François Dedieu (1922-2017).   



mardi 3 février 2026

Son ENFANCE l'appelle (6) un monde perdu...

« Mon enfance m'appelle sur des plages de sable, 
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées, 
Sur elles sont venues s'inscrire, impitoyables, 
De nombreuses années... » 
Mon Enfance m'appelle, 1979, Serge Lama. 

Après Saint-Pierre-la Mer, Les-Cabanes-de-Fleury, nos plages qui, suite à l'enfance, appellent encore pour l'adolescence, la jeunesse et ses nuits d'été, le début de l'âge adulte, qui ont suivi, puis l'âge mûr et à présent le final, après le parfum de l'Atlantique, il doit se retenir de ne pas embrayer sur l'Océan Indien, ce serait hors sujet. 

Zostère, une algue très fournie surtout dans les étangs, comme à l'Ayrolle. Formant des tapis, elle était ramassée et séchée pour confectionner des matelas d'enfant notamment. 

Et là, à évoquer d'un trait le temps qui a défilé sur sa plage de toujours, au bout de l'Aude, d'un coup, il réalise les bouleversements subis par la mer et le rivage. De nos jours c'est à peine si quelques coquillages jonchent le sable suite à une période de fortes vagues. Si elles sont le reflet de ce qui vit dans le Golfe, c'est bien triste. Il n'en savait pas les noms, faute de spécialiste érudit, peut-être aussi parce que terriennes avant tout, nos populations n'occupèrent ce milieu que tard, rebutées par la malaria (1), et ne venant d'abord que lors de campements à l'occasion de campagnes de pêche. Plus d'aegagropyle de Posidonie (pelote, boule roulée d'algues), plus de Zostère, plus de Cymodocée, plus de fucus avec sa grappe d'œufs de seiche aux airs de seins d'Africaines, plus de petite boîte rectangulaire avec ses crochets aux quatre coins qu'on doit à la raie, plus de moules arrachées aux rochers, parfois un hippocampe. Il a du mal à revisiter les tréfonds de la mémoire. Même sans personne pour l'initier à ce vocabulaire, à ces connaissances... entre nous, personne non plus au village pour lui apprendre les noms des plantes, tant salades sauvages que médicinales... la famille faut bien l'accepter telle qu'elle est et faire son miel du peu d'attachement transmis et de tout ce qu'on peut bien butiner en dehors. 

Mactre_coralline_(Mactra_Stultorum)_(Ifremer_00704-81605_-_34395) under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteure Luisa Metral Ifremer.
Mactra stultorum est un molusque bivalve marin de la famille des Mactridae, péché au cours de la campagne NOURMED19, dans le Golfe du Lion en Méditerranée. Sa taille et de 5 cm maximum 6 cm, ses valves sont fines et brillantes. Des lignes de croissance concentriques et des lignes rayonnantes du sommet proche de la charnière jusqu'au bord de la valve. Sa couleur est beige claire parfois avec des reliefs violacés. L'intérieur de la coque est blanc. On le trouve sur des fonds sableux aussi bien en Méditerranée, Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord.  (Ifremer)

Ah oui ! maintenant qu'elle se montre bien sûr qu'il la reconnaît ! 

Argopecten_purpuratus_(purple_scallop) under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. author James St. John. 


Bucarde_épineuse_(Acanthocardia_aculeata)_(Ifremer) under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteur Olivier Dugomay...
Bucarde épineuse (Acanthocardia aculeata) photographiée dans les eaux de Bretagne. Ce mollusque bivalve est habituel de la Mer Méditerranée et de l'Atlantique Nord-Est, où il vit enfoui dans le sable des zones infra et circalittorales. La bucarde épineuse mesure en moyenne 7 cm, allant toutefois jusqu'à 10 cm dans certains cas. Ses siphons, qu'elle laisse dépasser lorsqu'enfouie dans le sable, lui permettent de se nourrir de phytoplancton et particules en suspension.
Ah oui, de celles pour les robes bouffantes des poupées de coquillages proposées en souvenir. 

Et toutes ces coquilles aux noms inconnus : blanches, roses, jaunâtres, violettes, grises, striées de brun : Donaces, Mactres, Vénus et Vernis, Cardiums, Bucardes, Pétales de rose, Nucule, Arches (de Noé ou tétragonale, ou barbue)... On ne reconnait que les Pétoncles, les papillons des tenilles (Tellines), les couteaux au nom générique et dont les variétés, le Sabre mis à part, échappent aussi comme ceux d'autres Ensis ou le Solénocurte... Nombreuses sont celles qui présentent un petit trou... sous l'eau aussi c'est manger ou être mangé... Est-ce dû à un escargot foreur ? la Clione nous dit le guide d'Harant et Jarry, qui est une « éponge perforante ». 

 Aporrhais_pespelecani Pied-de-Pélican de Méditerranée under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author H. Zell

Anémones_de_mer_(Hormathia_coronata)_fermées,_sur_des_Turitelles_(Ifremer) under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteure Luisa Metral... ces anémones au même orifice pour la bouche et l'anus se collent-elles sur les escargots pour les manger ? 

Encore des noms inconnus pour les gastéropodes. Citons seulement à propos de ceux connus de visu, la Turritelle au cône pointu, le Pied-de-Pélican à l'ouverture étoilée, parfois un Murex jadis apprécié avec un aïoli... C'est fou la variété de fruits de mer vendus alors... À Saint-Pierre, en plus des moules communément, des huîtres occasionnellement, plus fréquentes que les Violets (2), plus abordables que les huîtres, on pouvait se régaler de clovisses (3).      

Et dans la mer indissociable de la plage, comment ne pas penser à tout un monde aujourd'hui à peine survivant de tenilles, sinon, disparu avec les Crabes verts (peut-être dits « enragés »), les petits crabes nageurs,  vives, bernard-l'ermite. Ah ! la pêche au tenillier ! de quoi cuire, en plus des tenilles, des soupes goûteuses, encore dans les années 70 aux Cabanes, quand il fallait surveiller le petit qui mettait les mégots à la bouche, quand il plantait les roseaux de sa véranda devant la tente (et ses cabinets) plus loin au pied de la dune.  

(1) littéralement le mauvais air. Donc le paludisme qui longtemps empêcha l'installation définitive (et Gruissan, pourtant ?). Ce n'est pas pour autant que les étangs ne faisaient pas l'objet de visites répétées dès la préhistoire pour les ressources possibles : toute une variété de poissons (anguilles, loups, dorades, juels, plies, muges...), les coquillages, palourdes, les lustres (huître plate indigène), les besourdes (petites coques), les tenilles. 

(2) ou Biju, Microcosmus sulcatus, un Cordé du groupe des Tuniciers, riche en iode et manganèse. Les clovisses venaient sûrement de l'Étang-de-Thau. 

(3) éventuellement, pour les clovisses trop souvent confondues avec les palourdes alors que le prix fait déjà la différence, voir sur ce même blog : 

Partager le Voyage: Fleury en Languedoc / L'AFFAIRE DES PALOURDES ET DES CLOVISSES... 

Partager le Voyage: Fleury sur le Golfe du Lion / L'AFFAIRE DES PALOURDES ET DES CLOVISSES (2).

Partager le Voyage: Fleury sur le Golfe du Lion / CLOVISSES OU PALOURDES ? QUELLE AFFAIRE ! (3). 

Partager le Voyage: Fleury sur le golfe du Lion / DES PALOURDES ET DES CLOVISSES, QUELLE HISTOIRE ! (4).

Partager le Voyage: Fleury Golfe du Lion / ÉTANG DE THAU, ENCORE DES COQUILLES (5). 

Partager le Voyage: Fleury en Occitanie / AMOUR DE JEUNESSE ET ARCÈLLIS. (HOMMAGE Á PAUL ARÈNE).

Partager le Voyage: 6. THAU des HUÎTRES.

 Partager le Voyage: L’ÉTANG de BERRE.    

Sources : 

« Guide du Naturaliste dans le Midi de la France », 1. La mer, le littoral, Delachaux et Niestlé, 1961, réédition de 1983, Harant et Jarry. 

Canton de Coursan, Vilatges al pais, 2000.