À l'évocation de Maître Bourjade, plutôt pince-sans-rire, se lançant portant, à 84 ans (!), dans un rock endiablé (voir LETTRES de FLEURY (6) novembre), de fil en aiguille, par la magie de l'électronique, nous nous retrouvons sur le site audois de GARAE mettant à disposition, entre autres ressources, tous les numéros de la revue Folklore (années 1938-1988).
Au sommaire du numéro 3 de l'automne 1941 (R52_024_10_1941.pdf [la revue était saisonnière]) « La pêche sur le littoral audois » avec un déroulé de toute la côte de l'embouchure de l'Aude jusqu'à Leucate ainsi que la part audoise de son étang. Sur la quarantaine de pages de l'article, avec Mlle Isabelle Narbonne, Messieurs Carbonnel, Sire, Vals, Monsieur H-P Bourjade a rédigé « La pêche aux Cabanes-de-Fleury », une participation modeste mais intéressant en premier lieu les habitants de la commune de Fleury-d'Aude.
Si certaines données de cette participation figurent déjà dans plusieurs articles de ce blog, parce que la redite des choses intéressantes plait, “ Bis repetita placent ”, il s'avère toujours utile de répéter afin d'alimenter notre fonds culturel... la culture étant “ ce qui reste quand on a tout oublié ” (Ellen Key, pédagogue suédoise). Les notes et citations dues à Monsieur Bourjade répondent à ce principe.
Les pêcheurs des Cabanes-de-Fleury « opèrent en mer et dans le grau de la rivière » (nous pouvons même ajouter qu'ils pêchent aussi en amont de la rivière). Sur les 150 Cabanaires, la plupart sont inscrits maritimes.
« Primitivement le hameau ne comprenait qu'un groupe de huttes informes et sordides en roseau ou en torchis. Ces habitations étaient si basses qu'il était parfois impossible de s'y tenir debout; comme dans les demeures des hommes primitifs, la fumée s'échappait par un trou situé au milieu du toit. En été la cuisine se faisait dehors. Depuis une quarantaine d'années ces constructions ont été grandement améliorées ; les murs de briques ont d'abord été substitués aux parois de roseaux ; la toiture de tuile a peu à peu remplacé le chaume. Cependant, l'ensemble du hameau conserve un aspect rudimentaire et primitif ; l'électricité n'y a été installée qu'en 1938, l'eau potable fait entièrement défaut, les habitants doivent assurer eux mêmes l'évacuation des ordures ménagères en les jetant directement dans la rivière. La situation du sol sur lequel sont bâties ces habitations mérite une mention particulière... » H-P Bourjade.
S'ensuit une explication étayée sur les propriétaires des cabanes, seulement usufruitiers du terrain suite à une adjudication publique et la vente par l'État de lais et relais de mer entre l'embouchure et Gruissan (10 juin 1820). À la suite de propriétaires successifs, le litige entre le comte Pons Roger de Villeneuve du domaine Saint-Louis-de-la-Mer (1) et les pêcheurs concernait le sol des cabanes, ces derniers affirmant non sans raison, que leur présence était antérieure à 1820 et que de toute façon, celle-ci devait bénéficier de la prescription trentenaire. Variante heureuse à la raison du plus fort, afin que les choses ne tournent pas mal... (à suivre)
(1) pardon pour l'interruption : j'ai dû poursuivre un crabe de terre et une limace introduits chez nous... ce fut plus facile pour la limace... Quant au crabe, c'est signe d'intempérie...
