Affichage des articles dont le libellé est seniors. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est seniors. Afficher tous les articles

lundi 9 février 2026

Fleury-d'Aude, le 20 octobre 1994.

 Pour le village et l'époque concernée, cette petite chronique s'ajoute à celle, si intéressante, de Georges Sabatier qui, par l'entremise des articles “ du ” journal local (le plus lu) « L'INDEPENDANT » où il fut journaliste alimente « Trente Ans déjà », un compte-rendu quotidien sur la vie de notre commune. Qu'il en soit remercié !   

Ce 20 octobre 1994, papa m'informe du décès, en Tchécoslovaquie, de tonton Jenda, 71 ans (1923-1994), un choc comme pour mes parents même pas au courant de la tumeur destructrice « zhoubny nador » (1) en à peine huit semaines d'hospitalisation. Il y a peu, je fouillais un peu le sujet de l'enfance, une période qui voit les tontons, à côté du père et des hommes plus âgés, compter beaucoup pour le petit garçon, fréquemment des modèles aidant aussi à grandir. Et comme pour tous les êtres chers qui nous quittent, vient maintes fois le regret de n'être pas allé les voir  plus souvent. Souvenir ému pour mes tontons, Jenda (1923-1994), Jojo (1927-1999), Staña (1929-2015). Il faut aller au-delà du départ définitif qui nous marque pour se rappeler les voix et les revoir dans des scènes de vie heureuse... C'est vrai que tonton Jenda fumait beaucoup, des Marica au paquet jaune... c'est terrible comme ces substances mortelles, promues pour du fric par des cigarettiers assassins bien au courant des conséquences nous laissent pourtant comme un relent de connivence amicale... Hier, à la télé, dans une piqûre de rappel pénible pour notre pays, les tirailleurs de la Première Guerre Mondiale étaient si fiers d'imiter, en tirant sur la cigarette... Hors de ces considérations, que me raconte papa sur ce qui se passait ou pas au village ?    

« Hier nous nous trouvions à Saint-Pierre pour le couscous du troisième âge (2) : plus de cent convives malgré un temps déplorable, des pluies torrentielles (150 mm) s'ajoutant aux 200 du mois dernier; Il y a longtemps qu'un tel déluge ne s'était abattu sur la région ; quartiers de Narbonne et Béziers inondés, routes et chemin de fer coupé ; Jacky notre cousin disait que dans le garage Renault, hier à Narbonne, l'eau passait par-dessus le capot des voitures ! Au village, des tuiles ont été emportées. Ce matin, ceux qui ont pris l'autobus pour la base des loisirs, ont constaté qu'il y avait bien 15 cm d'eau sur la route devant la mairie ; la route de Saint-Pierre était pleine d'eau et la place devant la base de loisirs était un petit lac (10 cm d'eau environ). 

Saint-Pierre-la-Mer,_Fleury,_département_Aude_-_aerial_view 2021 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Raimond Spekking.
La base de loisirs se situe au premier plan. 


Nous étions inscrits, nous les avons rejoint sous la pluie néanmoins moins violente. Guy nous a dit quelques mots avant de raconter une ou deux histoires... en patois. Ils m'ont réclamé au micro mais j'ai fait signe que non, certains devaient savoir : la veille, par un temps superbe malgré un marin pénétrant, en allant aider à placer les tables, j'avais signalé la mort du beau-frère à Momon et Roger Pradine... certains devaient savoir. 

Nous t'embrassons bien fort, le bonjour aux Roca (je ne vois pas qui est le Georges (3) dont tu as parlé en début de lettre), François, Papa. »

(1) « ne zhoubny » pour dire que la tumeur est bénigne, dite “ longue maladie ” en France tant la peur du mot « cancer » était forte. 

(2) on pourrait trop vite en déduire que c'était la belle vie pour les seniors... ne cédons pas à l'anachronisme... contrairement aux retraités d'aujourd'hui, eux avaient connu la guerre suivie d'un temps de pénuries et privations (en France, tickets de rationnement jusqu'en décembre 1949). 

(3) Georges Bouscasse, collègue d'Histoire-Géo et d'une compagnie si agréable, malheureusement décédé d'une rupture d'anévrisme, à Mamoudzou (années 96-97-98). Si quelqu'un peut m'aider à retrouver les dates... 

PS : avec la lettre, une gentille carte de mon neveu Pierre-François enquêtant sur Milou, le petit chien noir que nous avions trouvé... Et oui, encore une histoire de tontons...  

PS2 : ...et maman Jirina m'embrasse aussi en ajoutant qu'avec la température qui a baissé il faut allumer le feu, que les pommes de terre coûtent 6 F le kilo, que Stani, mon aîné, en instance de service militaire, a « une jolie tête avec ses cheveux courts. 

En espérant que ce n'est révélateur de rien, je m'en mords les doigts de tant en laisser en chemin... 

dimanche 18 octobre 2020

ECHOS D'UNE VIE AU VILLAGE / Fleury-d'Aude en Languedoc.

Des coupures de journal conservées. "Age d'or et troisième âge pour le premier thème."






 

Pour plus d'infos, de commentaires : 

https://www.facebook.com/josette.dolques

Pas de bilan à en tirer mais une vie sociale certainement plus partagée. Merci Josette.

 

mardi 5 mai 2020

LES PAPIERS GARDÉS, déjà des archives...



Chaque année, vers février ou début mars, la mairie offre le repas de l'âge d'or, du troisième âge, des seniors, des vieux comme il est dit souvent peu charitablement et qu'on croit entendre presque distinctement en ce temps de coronavirus. Le sens commun sinon la perfidie peuvent insinuer que ces dépenses pèsent pour le pot commun. Ce n'est pas être contre que de dire que certains, souvent les mêmes, exagèrent. Et puis, cette invitation plutôt fin février, comme par hasard, veille de l'élection municipale, serait-ce tous les six ans... 

Mais en 2002, un an après le scrutin, le menu proposé n'a rien de la subordination. "Il ne s'est pas foutu de nous !"... il me semble entendre les convives d'alors, tout à leurs nourritures terrestres. 



Périgourdine l'assiette !.. foies, gésiers ? aiguillette ? magret de canard ? jusqu'au foie gras peut-être et truffé qui plus est !  

Bellevue la langouste !.. pochée dans un bouillon et habillée d'une gelée transparente (ça sert le Net). 

Le Trou Normand ou trou du milieu avec le cognac ou plus au sud l'armagnac. Normand, c'est le calvados sur un sorbet de pomme, dans sa version moderne.  

Le magret grillé sauce aux cèpes, un classique. 
Les fromages, l'assiette gourmande, le café... rien à dire. 
Les vins, eux, déclinent un drapeau nouveau, original... blanc, rosé, rouge ! 



Question pétulance, c'est la "Blanquette", rien que de très naturel pour des Audois ! Pardonnez-moi un anachronisme plus qu'honorable Le confinement m'ayant amené à lire plus que de coutume, quelle ne fut ma surprise de trouver dans "Bourlinguer" (1948), de Blaise Cendrars, à la page "Brest cocotte en papier buvard", une dédicace à Paul Desfeuilles, bibliothécaire, général à Berlin, auvergnat, heureux propriétaire-paysan, "parfait convive à table, grand amateur de blanquette de Limoux...". Qu'un écrivain de la trempe de Cendrars en vienne à parler, en bien, d'une des premières AOC en France (1938), ça me pétille encore entre les badigoinces, la langue et le palais ! 

Digestif et musique... 

Le Vieux Pressoir, le restaurant de Marc Albert, le chef de cuisine à qui l'on doit ce menu, n'est plus mais l'orchestre Pierre Lebrun propose toujours ses services. 
Plus pathétique encore, la signature "Robert Brasillach" après la citation finale ! Un collabo ! Certes mais condamné à mort pour l'exemple, par un avocat-général lui-même aux ordres de Vichy peu auparavant, après un procès expéditif (six heures dont vingt minutes seulement de délibération) qui ne nous fait pas honneur. 

En avait-il conscience, le scribe communal ou l'esprit chargé de culture et  préposé à l'édition de ce menu ? Quoi qu'il en soit, adressée aux seniors, la citation de 2002 répond magnifiquement au cynisme latent qui, en ces temps exacerbés par un virus inédit et mortel, tend à considérer les "vieux" comme des inutiles : 


Un menu soigné et gourmand mais à y regarder de plus près, ne se limitant pas aux nourritures terrestres...