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samedi 27 septembre 2014

Fleury / CHAGRIN D’AMOUR / HOMMAGE À PAUL ARÈNE & FRÉDÉRIC MISTRAL. (III)

Laissons nos cigales spéciales ainsi que les vraies même si le désir et l'envie me poussent à ouvrir une nouvelle parenthèse mais de Vincent Scotto, cette fois : "... Chantez, cigalons et cigales, dans les grands pins, chantez toujours... " 

                                                Derniers pins de Périmont (Saint-Pierre-la-Mer)


 Un témoignage en atteste, alors que, diminué peut-être par l’absinthe, la "fée verte" ou "bleue" (6), réfugié à Antibes : «... il parlait encore de la jeune fille que ses vingt ans avaient aimée. Comme la vie est cruelle, disait-il à une amie. La mienne a été un enfer!... J'ai ri... j'ai chanté, mais mon cœur a toujours pleuré!... Les fêtes, les honneurs ne m'ont jamais manqué; mais il m'a manqué la famille!...» (Anthologie de l’Amour Provençal / Ernest Gaubert  et Jules Véran Mercure de France 1909 / http://www.cieldoc.com/libre/integral/libr0842.pdf).  

            Certes, comme l’a si bien chanté Brassens « ... Jamais de la vie, on ne l’oubliera, la première fille... » qu’on a prise ou non dans ses bras... mais Arène ne regrettait-il pas surtout de n’avoir pas fondé une famille ? Quels qu’aient été ses sentiments pour Naïs Roumieux, sans une nouvelle déception amoureuse avec Jeanne Charcot (fille du professeur célèbre pour ses travaux sur l’hypnose) sa vie aurait-elle suivi la même trajectoire ? D’autant plus que d’autres échos laissent entendre que sa passion pour la fille Roumieux n’était pas partagée, qu’elle prenait même un certain plaisir à se jouer de lui, demandant qu’il écrive pour elle.
            Paul, certainement désarmé par un joli minois qui rougit, aurait dû se garder d’interpréter cette gêne comme l’attirance réciproque qu’il désirait tant... Et dire que Mistral aussi s’en était ému, dans d’autres circonstances, il est vrai :

« A MADAMlSELLO ANAIS ROUMIÉUX
(F. Mistral)
Pèr soun album
Coume dins lou bacin qu’es i pèd de la Maio,
Di flous emperairis e flho dóu printèms,
Chacun trais ço que pòu, un flourin o ‘no maio,
Pèr avé dins sa vido un riset dóu bèu tèms.
Ansin, damiseleto,
Dins ta canesteleto
Aparo aquest bonjour;
E s’ai rèn autre à dire,
Es crento que toun rire
Se mescle de roujour.»
     
          Anaïs Roumiéux, madame Raquillet par son mariage, est morte à Barcelone, jeune encore, en 1889.       

 (6) Était-ce l’alcool et non cette folie qu’on attribuait à l’apéritif le plus prisé vers 1880, parce que cette idée reste liée à la consommation qu’en faisaient les artistes dont Van Gogh, Rimbaud, Verlaine ? Paul Arène est mort d’un arrêt cardiaque, le 17 décembre 1896, le front contre sa table de travail, sur une nouvelle perdue en chemin, intitulée Le Songe des Îles d’Or. Il n’avait pas 54 ans.  

photo autorisée : Van Gogh : La Crau (wikipedia).