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samedi 30 mai 2026

Yves BONI (1932-2026) Les bastets du maître-nageur (2)

Tant que nous avons de quoi faire feu de ce bois qui nous consume la conscience, nous les gardons en nous, plus ou moins intimement, suivant le biais nous liant à elles, les belles personnes qui partent, toutes emportant un peu de ce que nous sommes. Yves, en toute confiance, m'avait fait compagnon officieux du Golfe, de cette mer qui baigne nos existences, de ces étangs témoins d'un delta inattendu de l'Aude, de Saint-Pierre, des Cabanes, nos plages. Avec lui, ce sont les voix d'alors qui reviennent, l'été surtout, autour de cette manne de poissons bleus, anchois, sardines, maquereaux. Avec les thons de haute mer, les muges à la rivière, en abondance alors, tant les uns que les autres, souvent sur les tables, obligeant à varier recettes et cuissons, tout notre petit peuple se félicitait alors des moissons de la belle saison, avant l'épisode aussi réjouissant des vendanges...  

Yves Boni (20 janvier 1932, Fleury / 26 mai 2026 Narbonne), porteur de belles mémoires pour le peu que nous avons pu, voulu recueillir, toujours trop peu... nous a quittés mardi.  

Je ne puis que reprendre ses mots, son propos, puisque cet été-là, de 2015, il a bien voulu que je les recueille. C'est brut, relu, à peine repris, et, espérons, plus durable, moins périssable que les fleurs... 

LES BASTETS DU MAITRE-NAGEUR (2ème partie) / Fleury en Languedoc

    Nous sommes assis sous la figuière, soutenue, tant les fruits pourraient peser (1), par une dizaine de perches telles les partègues, ces gaules à pousser les barques sur nos étangs. Thérèse reste assise à sa droite. Elle l’approuve surtout quand elle apporte son grain de sel. Elle le soutient mort et fort (2), inconditionnellement, depuis leur première rencontre, à n’en pas douter, à Saint-Pierre, quand elle passait  l’été à la baraque (au marabout plutôt, lié aux Coursanais) et que lui halait la traîne sur la plage. 

« Je suis né en 1932...

— Votre famille est de Fleury ?

— Si tu y vas par là, notre installation à Fleury remonte à mes grands-parents venus d’Italie à pied. Neuf cents kilomètres quand même. Le grand-père travaillait le cuir, il était bottier. Aussi ses deux fils prirent la suite sauf que mon père eut l’opportunité de s’installer mareyeur : il s’est établi aux Cabanes mais à la mer, attention, pas au hameau. Il avait fait un garage en planches pour la Ford, une grosse carlingue entre un fourgon et un camion. Il vendait dans les villages de l’intérieur, jusqu’à Saint-Marcel, Canet-d’Aude, tout aco (tout ça). Cal faire quicon (Faut faire quelque chose). Les gens mangeaient du poisson à l’époque... aujourd’hui, il n’y connaissent rien (3)...
    Pendant la guerre, on était à Fleury, les Boches ont fermé l’école ; je me souviens qu’on faisait la classe au café Tailhan, au premier étage, en passant au milieu des vieux qui prenaient le café.
    Nous avons été évacués de Fleury (4)... ils n’étaient pas commodes, les Allemands : ils mettaient les meubles dehors si on ne déménageait pas assez vite et ils mettaient le feu si trois jours après ils étaient toujours là.  Enfin, on s’est retrouvés à Mazamet, une partie de ma famille s’y est installée même s’il n’y a plus personne aujourd’hui.
    Après la guerre, nous nous sommes installés aux Cabanes, mais à la mer, entre la plage et l’embouchure (5). Je te raconterai les bêtises que nous avons faites, c’est vrai qu’à treize et quatorze ans, c’est bien l’âge, des bêtises.
    L’école, je voulais plus y aller : tu me vois costaud mais avant j’étais de santé fragile, j’ai manqué des mois et des mois et ce retard me décourageait complètement.
    Avec mon père, on est allé voir Garibaldi, on était un peu parents 

« Té, il veut pas aller à l’école tu le prendras à la pêche... ». 

C’est là que j’ai commencé à aller à la traîne, à 13 ans. On avait des cordes en chanvre, ça pesait une tonne et toute la nuit j’enroulais des cordes, on avait une grande traîne pratiquement à un kilomètre en mer avec douze ou treize personnes par côté, éloignées aussi de 8 ou 900 mètres. Je commençais à forcir mais ces cordes à charrier toute la nuit : j’étais au bras de dessus comme on dit, 800 mètres plus haut, celui qui portait les cordes le plus loin : le matin j’avais les bras qui touchaient par terre. Il y a eu une évolution, j’ai continué : il m’a foutu à voguer à une rame (16 ans), y avait pas de moteur à l’époque oh ! La promotion, quand tu cales, avec le vent du nord, va pla, mais cal tourna, attendi amé el vent (ça va bien, mais il faut revenir, attends, avec le vent). Bon on pêchait aussi avec le marin. L’année d’après il me met maître nageur, tu penses, deux avirons dans les paluches, y a le cul qui se pèle, sur le banc. On faisait deux bols du soir, ils étaient tacticiens les cocos, les anciens « Pitchoun, cal attendre lou leua » (Petit, il faut attendre le leua)...

Yves Boni jeune. Collection Josette Saborit-Dolques. Merci. On croit reconnaître au fond, le rocher de Saint-Pierre...


— De ques aco lo leua (6) ? (Qu’est-ce le leua ?)
— C’est l’étoile qui se levait, je sais pas, vers huit ou neuf heures, peut-être plus tard. On avait le bol (la remontée, le coup de filet) vers deux ou trois heures du matin... 

Il y a des risques que nous ne sachions rien des bêtises qu'ils pouvaient faire, à 13 et 14 ans... 

(1) Était-ce pour supporter les branches en parasol pour une ombre des plus agréables. A côté un mûrier-platane qui semble s’en savoir mal de cette promiscuité. Dans notre Sud, l’ombre est plus ou moins appréciée, suivant l’arbre qui la porte. D’après certains celle du figuier fédèrerait quelques réticences... Est-ce lié à sa nature latescente ? à une mentalité terrienne circonspecte en dépit de ce qu'il y a de paix intérieure, d'harmonie, de spiritualité seulement dans l'expression « à l'ombre du figuier », reprise, depuis l'antiquité par nombre de penseurs, d'intellectuels. Ou alors est-ce un reliquat lié à la crainte des Romains, quand Caton, voulant alerter sur l'imminence du danger, montra une figue verte carthaginoise cueillie trois jours avant à peine ? 

(2) Pai mouièn de ba trapar sur un dicciounari occita ! pas moyen de trouver l’expression, pourtant, à Fleury, elle signifie la manière têtue, acharnée de soutenir un propos.

(3) Yves veut dire que la population consommait directement, sans que les produits ne soient transformés et détournés par une chaîne d’intermédiaires. 

(4) La côte étant déjà en zone interdite, le village devait être évacué par étapes ; ma famille était aussi sur la liste en cours mais les circonstances défavorables à l’Allemagne firent que seuls les meubles partirent à Pexiora.

(5) Une insistance attestant peut-être qu’il tient à se démarquer des habitants du hameau... 

(6) peut-être de « leu » (tôt, vite, bientôt...), à propos de l’étoile visible en premier. 


  

lundi 24 février 2025

LA CAMARGUE de FOLCO de BARONCELLI

Par bien des aspects, tant pour sa nature que pour sa culture, la Camargue doit sa notoriété à un être exceptionnel, Folco de Baroncelli.

Folco de Baroncelli-Javon (1869-1943), dit « le marquis », est le descendant d'une vieille famille florentine, en bute aux Médicis et réfugiée en Provence (XVème s.). 

Fervent adepte du provençal (publication en 1890 de « Babali, Nouvello prouvençalo », bilingue, 53 pages), il se lie avec Roumanille, Mistral et le Félibrige. 

Folco_de_Baroncelli-Javon photo offerte par des habitants des Saintes-Maries 2003 Auteur TONIOJF

Saintes_Maries_de_la_Mer_Manade_du_marquis_de_Baroncelli Scan de carte postale ancienne Domaine Public Auteur inconnu.

1895, il loue un mas aux Saintes-Maries en vue de monter une manade. Au bout de quelques années, refusant les croisements avec l'Espagne, il s'attelle à une sévère sélection des bêtes basée sur la forme des cornes tant pour les taureaux que les vaches. Lors des courses camarguaises, les succès de son taureau Prouvenço lui valent le surnom de « roi des cocardiers ». 

Bien que marquée à titre personnel par bien des épreuves, sa vie reste liée à un engagement aussi unique qu'exceptionnel en faveur de la Camargue.  

En 1907, une crue du Rhône noie une partie de sa manade, il ne peut plus assurer ses courses et doit vendre la demeure familiale au centre d'Avignon. 
À partir de 1930, alors qu'il atteint la soixantaine, ses finances se détériorent, il doit quitter le mas de l'Amarée ; les habitants des Saintes-Maries se cotisent alors pour lui offrir un terrain où il construira le mas du Simbèu (du taureau, lou bèu, meneur du troupeau), identique à celui qu'il louait. 
1935 : il tombe gravement malade. 
1936 : le décès de son épouse le marque. 
1943 : il est chassé par les Allemands qui occupent le mas (1942). 
15 décembre 1943 : il meurt dans la belle famille de sa fille, à Avignon.   
1944 : les Allemands détruisent le Mas du Simbèu à l'explosif.  

Dans un registre plus positif à entendre, notons la réussite du marquis en tant qu'éleveur détenteur, grâce aux taureaux (dont Set-Mouraou [ 1930] et Clan-Clan [1937] à quatre reprises de la Cocarde d'Or (Biou d'Or à partir de 1952). 
1905 : il fait connaissance de Buffalo Bill alors en tournée en Europe. 
1909 : il crée l'association « Naciou Gardiano » pour la défense et le maintien des traditions camarguaises. 
Avec ses gardians et ses bêtes il collabore au tournage de films, les westerns camarguais. 

Il a contribué au sauvetage de la Confrérie des Gardians (créée à Arles en 1512. 

Capelado_de_la_cocarde_d'or_2009 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license Author Mikani

Le Grau_du_Roi_camarguaise avec le taureau Ullin 2017 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Hyppolyte de Saint-Rambert

Il a participé à l'organisation codifiée de la course camarguaise : 
* l'abrivado, l'arrivée du troupeau de taureaux encadré par les gardians. 
* la capelado sur l'ouverture de Carmen, avec des provençales en costumes traditionnels, avant le défilé des raseteurs tout de blanc vêtus. 
* quinze minutes au cours desquelles, à l'aide d'un crochet, le raset, il faut enlever des trophées attachés aux cornes du taureau (ruban de la cocarde, glands, ficelles), valant plus ou moins de points et comptant pour le championnat saisonnier. 
* la bandido, le départ du troupeau qui regagne son pâturage. (Depuis les années 70, abrivado et bandido se font en camion). 

Croix_camarguaise_(Notre-Dame_de_la_Garde_de_Marseille) 2019 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Arnaud 25

1926 : dans l'exaltation et la promotion de traditions qui se perdent, il a demandé que soit créée la croix camarguaise. 
1930 : il s'oppose au projet d'assèchement du Vaccarès et plaide pour la création d'une réserve permettant l'essor du tourisme.  
1935 : c’est encore lui qui fit accepter le pèlerinage gitan auprès de l’archevêque d’Aix (1935). 

Les_Saintes_Tombeau_du Simbèu 2020 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Finoskov

Manadier, plus gentilhomme-gardian qu'aristocrate désargenté, majoral du félibrige, écrivain, Folco de Baroncelli-Javon, lou marquès, a pesé pour la reconnaissance tant culturelle que naturelle de la Camargue. Ses cendres reposent dans un tombeau érigé sur les ruines du Mas du Simbèu.    

vendredi 30 août 2024

INDIEN des vieilles LUNES, “ Tchécoslovaquie ” (22)

Staňkov, juste pour noter la présence parfois multiple d’églises dans le moindre village sinon de chapelles dans les hameaux (ici, Vránov, Krchleby, Ohučov), d’avant ou non la Contre-réforme.

La nationale est en très bon état.

Plus peuplé, Holýšov a été récemment rattaché au district de Plzeň-Sud ; pendant la guerre, un camp de prisonniers et prisonnières françaises (à la Libération, tous les camps accueillirent des suspects de collaboration ainsi que des Allemands trop âgés pour supporter l’exode / un de ces camps se situait à Mirošov, une localité à 11 km au sud d’Holoubkov, village de ses grands-parents).

Prix du gasoil (nafta, 34.90 Kc le litre soit environ 1,4 €, 60.07 litres. Incroyable ! il doit y avoir une erreur, 702 km parcourus… soit 8.5 l/100 km ! le calcul suivant donnera 10,1 l ce qui, pas exagéré du tout pour un engin de 2.5 tonnes, correspond davantage au carburant nécessaire à un moteur TD, de 2,5 l de cylindrée… brave bête !). Évitons Plzeň (l’autoroute étant libre pour décongestionner la traversée de la ville).



Plzeň_-_Náměstí_Republiky 2011 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Author Txllxt TxllxT

Plzeň la blonde, celle des « Pils » imitées mais jamais égalées, de la bière Prazdroj pour la 12, du dimanche, du jour de fête sinon la décitka, la 10 de Gambrinus, moins forte, plus populaire (1).

Loin de dire “ la blonde ”, on disait “ la noire ”, « černá Plzeň » des usines Škoda… un nom que la démagogie nombriliste jacobine s’obstine à prononcer “ skoda ” au lieu de “ chkoda ”. Enfin… Škoda, du nom de l’ingénieur Emil Škoda (“ von ” même, par le père anobli peut-être) (1839-1900), entrepreneur en machines-outils, armes (gardons en mémoire que les calamiteux Accords de Münich de septembre 1938, en plus d’autoriser Hitler à dépecer la Tchécoslovaquie, lui feront disposer d’1/3 de matériel militaire supplémentaire récupéré chez les Tchèques… )

« Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre » aurait dit Winston Churchill.

Et quelle firme toujours aujourd’hui ! avec les voitures (elles ont remplacé depuis longtemps les Peugeot du Tour de France), les bus et autocars, les trains et motrices, les trams, trolleys et autres engins agricoles !

Était-ce en 1968 ? la nationale de Rozvadov passait dans une des usines ; souvenir d’une roue jockey qui talonne fort ; en cause les pavés inégaux ? la vitesse ? la suspension arrière de la 403 trop souple ? la caravane trop lourde ?


Plzeň_,_Synagoga 2011 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author Michal Ritter

Plzeň, la cathédrale Saint-Barthélémy au clocher le plus haut de Tchéquie (102,6 m) ; Plzeň, la grande synagogue (2), la troisième plus grande au moins en Europe, aux styles architecturaux mélangés, qui se remarque, que les nazis n’ont pas détruite parce que trop imbriquée dans les constructions voisines, de nos jours immense pour le peu de Juifs qui demeurent ; le hall central peut accueillir des concerts, Karel Gott (1939-2019), né à Plzeň, une célébrité, y a chanté.

Plzeň, à titre personnel, parce qu’il devra y aller un jour, c’est le restaurant « U Salzmannu », une auberge des années 1600, non loin de la cathédrale, là où les siens, en ville le temps d'une journée, pour leurs emplettes et affaires, allaient traditionnellement manger (soupe, lapin ou sanglier ou jarret de porc… compter quand même une vingtaine d’euros aujourd’hui).



Rokycany 1978 ?


Rokycany 1978.

Rokycany, RO sur les plaques minéralogiques d’alors (3), indiquant le district ; une des plus anciennes villes de Bohême (il en est fait mention en 1110
/ incendiée lors de la Guerre de Trente Ans) ; porte-t-elle ce nom à cause de l’archevêque hussite Jan Rokycana (1396-1471) ? ce doit être l’inverse plutôt… Du baroque s’est ajouté au gothique de l’église. Du baroque aussi jadis sur le panneau du marchand de fruits et légumes, sur l’étroit entre petite et grande place « demain peut-être y aura-t-il du chou-fleur »

(1) il en existe la 8 dont les ouvriers des hauts fourneaux, exposés à d’intenses chaleurs et déshydratation, disposaient ; en témoignait tonton Stanislav. Les 12, 10, 8 degrés mais pas d’alcool puisque la 10 ne titre que 4,3° d’alcool pur.

(2) une synagogue se retrouve opportunément mentionnée alors que les actes antisémites se sont multipliés, dernièrement l’attentat contre la synagogue de la Grande-Motte (24 août 2024).

(3) aujourd’hui comme chez nous, s’est perdu le plaisir curieux de situer dans le pays d’où vien3nent les gens qui passent.

dimanche 18 août 2024

INDIEN des vieilles LUNES, l'entrée en TCHÉCO (18)

Pohranicni_straz1- garde-frontière Source Radio Prague
 

«… La frange frontalière a formé une zone interdite large de six à douze kilomètres. Villages rasés, champs abandonnés : la campagne déshumanisée est redevenue sauvage. Sont restées les petites villes avec l’obligation d’un passeport spécial pour les habitants. A la limite du pays, des barbelés multiples, des fils électrifiés (à partir de 1953), des patrouilles à pied accompagnées de bergers allemands pour attaquer devant et de chiens croisés avec des loups (race aujourd’hui reconnue) pour agresser par derrière tout individu non autorisé et non encore abattu dans la zone interdite ! Les rondes en véhicule ont facilité le travail des gardes-frontières (au nombre de cent pour cinq ou six kilomètres). Ce qui était présenté comme une ligne de défense contre l’occident impérialiste, une vision bien partagée par un peuple émancipé de l’Autriche seulement en 1918 et envahi par l’Allemagne d’Hitler en 1938, avait seulement pour but d’empêcher les fuites à l’ouest.

De ce point de vue, le rideau de fer tchécoslovaque a été d’une efficacité redoutable. Combien ont réussi à passer ? On parle seulement de 145 victimes entre 1951 et 1989 et ce même peuple jadis convaincu, bien que trompé, accuse et exprime un désamour pour ces ex-18.000 gardes dont des représentants complètement idiots ont eu, maintenant que la frontière extérieure est celle de l'UE, l'idée d'un monument à leur gloire ! Des gardes désormais embêtés de devoir dire que c'était leur devoir d'obéir, des gardes penauds de ne plus savoir comment se dédouaner de cette barbarie… ». 

 

Une idée du Rideau de Fer / Source Radio Prague.

https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2018/09/voyage-en-tcheco-11-la-frontiere.html (en date du 18 sept 2018… pour ne pas oublier). Un bémol néanmoins : la vision de l’idéal communiste harcelé par les forces du mal occidental émanait d’une minorité profitant du système, la majorité, elle, silencieuse presque par définition, ne pouvait que se cantonner dans une neutralité discrète évitant toutes sortes d’ennuis (pour avoir soutenu le Printemps de Prague [1968] et Alexander Dubček [1921-1992], le champion olympique et colonel Emil Zátopek [1922-2000] devra devenir éboueur à 49 ans [1971] puis mineur dans les mines d’uranium de Jachymov [jusqu’en 1974]). Décidément, la nature humaine... mais quand donc pourra-t-on “ chasser le naturel ” aux répercussions aujourd'hui avérées criminelles pour la planète ?

Comme pour solder ce passé aussi collectif que subjectif, pour adhérer aux évolutions politiques humaines de ce point de vue progressistes dans la cohabitation des peuples européens, le camion se refuse à passer le petit ruisseau, le barrage frontalier, la longue côte vers Rozvadov, le marché vietnamien des derniers achats, en sens inverse, vers l’Allemagne ; un besoin d’évasion, de grand air le pousse à chercher une de ces petites routes qui aujourd’hui se jouent d’une Histoire trop lourde : de Vohenstrauß à Eslarn, plus précisément Tillyschanz… Quel joli nom avec un peu de Till Eulenspiegel, le saltimbanque qui en français a donné « espiègle », à moins d’un rapport avec le général Tilly, l’impérial qui, durant la Guerre de Trente Ans, a épargné la ville protestante de Rothenburg-ob-der-Tauber en échange d’un cul-sec réussi de plus de trois litres ! Une chance ce village, hameau de 13 habitants en 1990. Le dos des maisons semble collé à la démarcation entre les deux pays.

Et d’un coup, le goudron change de couleur, change de pays. Que le nom soit Eisendorf en allemand,  Železná en tchèque, il signale qu’il y a du fer, le village a aussi compté des verreries, des commerces, des artisans divers. Dès le Moyen-Âge, les activités industrieuses souvent grâce à la force hydraulique des martinets ont généré une intense déforestation ; de ce point de vue, le Rideau-de-Fer a sauvegardé un no man’s land de forêts, un cordon d’une dizaine de kilomètres en moyenne le long de la frontière. Bien que tchèque, le territoire était allemand avec, en 1930, 1092 résidents allemands pour seulement 35 Tchèques…

Vae victis… malheur aux vaincus… 1919, le Traité de St-Germain-en-Laye qui créait la Tchécoslovaquie incluait dans ses limites la forte minorité des Allemands des Sudètes… Vae victis… malheur aux vaincus… La mégalomanie du führer promettant un empire de mille ans a causé un désastre humanitaire des plus grands avec, d’abord l’exode des populations fuyant l’avancée de l’Armée Rouge et ensuite l’expulsion brutale de peuplements allemands (pardon de le dire ainsi d’autant de personnes devant laisser leurs biens, leurs maisons, leurs morts) parfois vieux de mille ans dans toute l'Europe orientale (ceux des Sudètes, sur toutes les marges de la Bohême, étaient là depuis le XIIIe siècle). (à suivre) 

vendredi 2 juin 2023

FRONTIGNAN (2), la GUERRE & la TEMPÊTE de 1947.

Renault Juva 4 (1958) the Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication Author Alf van Beem

* Le 28 juin 1940, à La Peyrade, le président du Conseil démissionnaire (16 juin) Paul Raynaud (Putain vient de se dévouer pour « sauver » la France) est victime d’un accident quand sa Juvaquatre Renault s’encastre dans un platane ; il se blesse légèrement à la tête mais la passagère, la comtesse Hélène de Portes, sa concubine, meurt sur le coup (ils voulaient se marier).  

* Arrivée des Allemands au mois de novembre 1942. Les Allemands occupent la France « libre ». La mer, les plages sont minées, des bunkers de défense sont construits. Wikipedia donne le détail de l’armement : quatre canons Skoda de 150 mm, un canon Bofors suédois 40 mm, un canon Oerlikon suisse de 20 mm, un canon double Hotchkiss de 13,2 mm, deux canons quadruples Hotchkiss de 13,2 mm (à l’origine un Étasunien installé en France, industriel en armes puis automobiles) et quatre batteries antiaériennes de 75 mm, 100 à 120 hommes furent nécessaires. Ces détails pour dire comment, par lâcheté et avec l’espoir que l’Allemagne se tournerait à l’Est contre les bolchéviques (Staline), la France, suiveuse du Royaume-Uni, a laissé « Monsieur Hitler » devenir toujours plus fort (en mars 1939, l’invasion de la Tchécoslovaquie donna 1/3 de moyens supplémentaires à la Wehrmacht...). 

Frontignan_plaque_bombardement Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Auteur Fagairolles 34 

*« Frontignan, Frontignan outragée ! Frontignan brisée ! Frontignan martyrisée ! mais Frontignan... libérée ! » ; il faut rendre, bien sûr, ses mots, seraient-ils théâtraux, au général de Gaulle lors de la libération de Paris, et au masculin s’agissant « d’un Paris » ! S’il y a bourg et chef-lieu, je préfère le féminin pour une ville, bourgade, localité ou commune. La guerre, elle, n’a que faire de ces futilités : le 25 juin, le bombardement de la raffinerie par les Américains a touché la ville « par erreur » et causé la mort de 39 civils (les lignes de défense furent bombardées les 13 et 14 août ; les Allemands quittèrent les lieux le 18). La reconstruction de Frontignan prit 15 ans et fit perdre à la ville ses petites rues bien du Midi. 

Pinardier à Sète vers 1930 wikimedia commons Domaine Public... " Outremer " ? Pour ne pas dire " Algérie " ? 

* Dans la nuit du 27 au 28 novembre 1947, par un coup de forte mer (le Grec en est souvent la cause), le pinardier « Roger-Juliette » (30 mètres, de 1916, enregistré à Lorient) venant de Gênes, fait naufrage couché par les vagues sur les hauts fonds (un banc de sable ?) à 100-150 mètres de la plage des Mouettes. Les Allemands ayant détruit les moyens de sauvetage, les fusées lance-filins n’arrivant pas à atteindre le bateau, malgré le froid et la rage des éléments, seulement harnaché par une mince corde, André Massias dit « Tarzan » n’hésite pas à se jeter à l’eau. Mais comme pour les fusées, les vagues et le vent n’ont rien permis. Bilan : un survivant, six morts (tous marins de l’île de Groix / une source mentionne qu’ils s’étaient attachés au mât pour ne pas être emportés / le bateau a été renfloué et réparé à Marseille, en 1948). 

lundi 5 décembre 2022

PAUVRES CHEVAUX ! LIBRES OISEAUX...

Quelques notes et prolongements : 

* c'est parce que les chevaux étaient épuisés que les belligérants ne purent bloquer l'adversaire dans la Course à la Mer, que les Français ne purent tirer avantage de la victoire de la Marne, que les Allemands échouèrent dans leurs offensives du printemps 1918.  

** le soldat de 14 était très bien nourri au point que ce qu'il jetait attirait les rats. Les chevaux eux, étaient mal nourris... chez les Allemands beaucoup sont morts de faim. 

*** si 1/4 des chevaux mourut directement des batailles et bombardements, les 3/4 périrent à cause des maladies, du manque de soins, de la nourriture insuffisante, de dysenterie, par noyade, faibles au point de ne plus pouvoir lever la tête dans des boues liquides montant jusqu'aux chevilles des cavaliers.  

**** inoculer la morve, la gourme, la maladie du charbon chez les chevaux de l'adversaire fait partie des armes de guerre. 

militaires et mulet (1936) Auteur  agence de presse Meurisse wikimedia commons Domaine public

***** il a tant fallu importer des mules d'Espagne que cela donna lieu à un trafic ; des mules amenées en Cerdagne passaient en Espagne puis revenaient par le Perthus, générant un profit substantiel aux trafiquants, une fois acquises par l'armée française. 

***** " Les chevaux et les mulets de l'armée se sont montrés d'une valeur inestimable en conduisant la guerre à une fin heureuse. On les trouvait sur tous les terrains d'opérations, remplissant leurs tâches fidèlement et en silence, sans pouvoir espérer aucune récompense ni compensation. " Général Persching. 

****** Maurice Genevoix, admiratif des Poilus se battant et mourant pour la France (1), parlerait-il du soldat qui s'arrache à vif une balle dans un testicule, de cet autre qui maintient dans sa chemise ses tripes alors qu'il a le ventre ouvert, démontre une belle émotion pour les bêtes innocentes mais entraînées dans la folie guerrière... Pauvres chevaux, pauvres bêtes si belles, vigoureuses mais si vite fourbues, efflanquées, misérables. Et quand les hommes récupèrent, les chevaux restent tête baissée, ce qui dit tout de leur moral... Genevoix parlerait-il des cris terribles des blessés, bien égaux devant la mort, implorant avec les mêmes intonations, en allemand ou en français, il n'oublie pas non plus le hennissement d'un cheval qui agonise, aigu tel le cri d'un oiseau de nuit " ...le hennissement aigu, poignant, qui montait sous les étoiles devant la misère, la méchanceté des hommes... ". 

Du village abandonné des Éparges (Meuse),  il se souvient, sur les pavés, de la galopade éperdue de petits sabots d'une bande de gorets en fuite. Dans ce village, alors qu'il souffle un instant dans la " Maison d'école " avec, au tableau le dernier problème du maître, il se tourne vers la fenêtre parce qu'une forme approche, c'est un vieux cheval avec un sillon de sang à l'épaule. Il le fait passer par le couloir pour rejoindre la cour, derrière, offrant un abri plus sûr. Il le revoit, le vieux cheval, huit jours plus tard, mais étalé, entouré des cadavres des vaches mitraillées par les Allemands. 

Sa consolation (et il rejoint en cela Louis Pergaud), c'est la présence fidèle des oiseaux, symboles  de liberté, de vie. Il leur doit du réconfort " à nos frères de poils et de plumes ", la honte aussi d'être dans le mauvais camp des hommes, mais le recul, finalement, sur notre engeance remise à sa place pour ne pas faire bon usage de sa position dominante... La folie, la cruauté, la bêtise des hommes ne sont finalement qu'un remous dans la vie, la nature qui continuera avec ou sans nous... 

oiseau Carduelis_carduelis Chardonneret élégant wikimedia commons Author Marie-Lan Nguyen

Sous les bombardements, les oiseaux témoignaient que le cours des choses se poursuivrait malgré la fureur irrépressible des bipèdes... les trois-quarts d'entre eux ont disparu parce qu'on tue la terre  au nom d'un productivisme effréné et qu'on s'empoisonne pour pas cher, on va au désastre et l'overdose de loisir est de plus en plus addictive parce que la vie de tous les jours n'apporte pas de bonheur... 

Après le covid, la guerre en Ukraine, la remise en cause, en touchant le porte-monnaie, des énergies fossiles, comme s'il fallait absolument s'évader d'une vie peu désirable (pour ceux qui en ont les moyens !), les réservations à la neige ont augmenté de 22 % ! 

Dans " Le Berger des Abeilles" 1974 / Grasset, Armand Lanoux réfléchit sur la guerre d'Espagne, annonciatrice du séisme nazi : il parle d'une " carmagnole, d'une marseillaise stupide... " 

"« Amusez-vous
Foutez-vous d’tout
La vie, entre nous, est si brève... » 

La chanson de 1934 ne présage rien de bon pour ce qui devrait suivre... 

(1) Son témoignage " Ceux de 14 " regroupe quatre livres sur la guerre, véridiques, minutieux, fidèles, Chaque lieu, chacun des faits sont bien précisés, chaque homme apparaît par son nom...   

www.le-site-cheval.com/images/articles/evenements/guerre-14-18/La_guerre_de_14-18_et_le_sort_des_betes.mp3 première diffusion 21 avril 1957 de l'entretien sur France Culture 

Sites et références : 

" Le Cheval de Guerre ", roman de Michael Morpurgo (1982 en G.B., 2008 seulement en France !), adapté au cinéma par Steven Spielberg. 

Le site Cheval - Guerre 14/18 : Oubliés les 11 millions de chevaux, ânes et mulets enrôlés en masse durant la guerre de 1914-1918 ? - Equitation Pédagogique et Ludique (le-site-cheval.com) 

Les animaux dans la grande guerre (radiofrance.fr) 

et sur ce blog : 

https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2015/02/fleury-en-france-les-chevaux-de-14.html 

https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2015/02/les-chevaux-de-14-suite-fin.html 

https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2015/02/un-monument-au-cheval-de-trait-fleury.htm