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lundi 24 février 2025

LA CAMARGUE de FOLCO de BARONCELLI

Par bien des aspects, tant pour sa nature que pour sa culture, la Camargue doit sa notoriété à un être exceptionnel, Folco de Baroncelli.

Folco de Baroncelli-Javon (1869-1943), dit « le marquis », est le descendant d'une vieille famille florentine, en bute aux Médicis et réfugiée en Provence (XVème s.). 

Fervent adepte du provençal (publication en 1890 de « Babali, Nouvello prouvençalo », bilingue, 53 pages), il se lie avec Roumanille, Mistral et le Félibrige. 

Folco_de_Baroncelli-Javon photo offerte par des habitants des Saintes-Maries 2003 Auteur TONIOJF

Saintes_Maries_de_la_Mer_Manade_du_marquis_de_Baroncelli Scan de carte postale ancienne Domaine Public Auteur inconnu.

1895, il loue un mas aux Saintes-Maries en vue de monter une manade. Au bout de quelques années, refusant les croisements avec l'Espagne, il s'attelle à une sévère sélection des bêtes basée sur la forme des cornes tant pour les taureaux que les vaches. Lors des courses camarguaises, les succès de son taureau Prouvenço lui valent le surnom de « roi des cocardiers ». 

Bien que marquée à titre personnel par bien des épreuves, sa vie reste liée à un engagement aussi unique qu'exceptionnel en faveur de la Camargue.  

En 1907, une crue du Rhône noie une partie de sa manade, il ne peut plus assurer ses courses et doit vendre la demeure familiale au centre d'Avignon. 
À partir de 1930, alors qu'il atteint la soixantaine, ses finances se détériorent, il doit quitter le mas de l'Amarée ; les habitants des Saintes-Maries se cotisent alors pour lui offrir un terrain où il construira le mas du Simbèu (du taureau, lou bèu, meneur du troupeau), identique à celui qu'il louait. 
1935 : il tombe gravement malade. 
1936 : le décès de son épouse le marque. 
1943 : il est chassé par les Allemands qui occupent le mas (1942). 
15 décembre 1943 : il meurt dans la belle famille de sa fille, à Avignon.   
1944 : les Allemands détruisent le Mas du Simbèu à l'explosif.  

Dans un registre plus positif à entendre, notons la réussite du marquis en tant qu'éleveur détenteur, grâce aux taureaux (dont Set-Mouraou [ 1930] et Clan-Clan [1937] à quatre reprises de la Cocarde d'Or (Biou d'Or à partir de 1952). 
1905 : il fait connaissance de Buffalo Bill alors en tournée en Europe. 
1909 : il crée l'association « Naciou Gardiano » pour la défense et le maintien des traditions camarguaises. 
Avec ses gardians et ses bêtes il collabore au tournage de films, les westerns camarguais. 

Il a contribué au sauvetage de la Confrérie des Gardians (créée à Arles en 1512. 

Capelado_de_la_cocarde_d'or_2009 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license Author Mikani

Le Grau_du_Roi_camarguaise avec le taureau Ullin 2017 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Hyppolyte de Saint-Rambert

Il a participé à l'organisation codifiée de la course camarguaise : 
* l'abrivado, l'arrivée du troupeau de taureaux encadré par les gardians. 
* la capelado sur l'ouverture de Carmen, avec des provençales en costumes traditionnels, avant le défilé des raseteurs tout de blanc vêtus. 
* quinze minutes au cours desquelles, à l'aide d'un crochet, le raset, il faut enlever des trophées attachés aux cornes du taureau (ruban de la cocarde, glands, ficelles), valant plus ou moins de points et comptant pour le championnat saisonnier. 
* la bandido, le départ du troupeau qui regagne son pâturage. (Depuis les années 70, abrivado et bandido se font en camion). 

Croix_camarguaise_(Notre-Dame_de_la_Garde_de_Marseille) 2019 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Arnaud 25

1926 : dans l'exaltation et la promotion de traditions qui se perdent, il a demandé que soit créée la croix camarguaise. 
1930 : il s'oppose au projet d'assèchement du Vaccarès et plaide pour la création d'une réserve permettant l'essor du tourisme.  
1935 : c’est encore lui qui fit accepter le pèlerinage gitan auprès de l’archevêque d’Aix (1935). 

Les_Saintes_Tombeau_du Simbèu 2020 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Finoskov

Manadier, plus gentilhomme-gardian qu'aristocrate désargenté, majoral du félibrige, écrivain, Folco de Baroncelli-Javon, lou marquès, a pesé pour la reconnaissance tant culturelle que naturelle de la Camargue. Ses cendres reposent dans un tombeau érigé sur les ruines du Mas du Simbèu.    

lundi 16 octobre 2023

LE GARDIAN (fin).

Quand arrive le printemps, le gardian doit laisser la cabane (1) qu’il habite pour rester avec le troupeau, c’est la règle : appuyé contre un arbre, l’escalassoun, le poteau permettant de voir loin, dont il monte les barreaux, n’est utile que si les bêtes sont à portée, de même que les sonnailles au cou de celles qui mènent, également à celui de celles, toujours les mêmes, qui s’aiment à la traîne ; en principe, le troupeau parcourt un même itinéraire, mangeant en avançant pour se retrouver le soir là où il dort. La garde se fait à pied, “ a bastoun plantat ”, à bâton planté (lou calos), en menant le cheval par la bride, ce qui laisse du temps pour pêcher dans les roubines, les étangs, braconner les lapins alors si nombreux. 


'Gardian'_in_Camargue,_Provence,_France  2012 Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Author Albarubescens

Le gardian doit trier les bêtes, assurer le bistournage (les castrer), leur imposer, à l’âge d’un an, le fer rouge du mas (ferrade) en parallèle avec les escoussuros, les entailles à l’oreille.

 Le gardian est aussi “ carretier ” lorsqu’il conduit la charrette au marché d’Arles, le samedi matin, pour des provisions et également pour que le régisseur (lou pelot) y traitât les affaires du mas, des achats nécessaires à la vente des bêtes, à l’embauche de main-d’œuvre. Arles la romaine, là où le Petit Rhône se sépare du Grand, est la capitale de la Camargue, la ville en bordure des grands espaces finalement rendus à la nature par l’Homme (2).

C’est grâce à elle, à cheval entre la vie moderne, les échanges, la Provence riche de ses productions agricoles, en lien avec le lointain et, en aval, le rythme bien plus lent, paisible du delta à l’atmosphère immuable, que l’île du fleuve a été mise en valeur. C’est dans ses rues que le gardian vient acheter la chemise à pois, le chapeau de feutre, la veste en velours, le gilet, le pantalon en peau de taupe (un enduit souple et vernis ressemblant à un cuir sur moleskine, un coton tissé serré). En Arles se déroule la fête la plus renommée, célébrant, le dernier dimanche d’avril, la Confrérie des Gardians datant de 1572. Sur la place du forum, gardée d’honneur par une grille de tridents, les ficheirouns des gardians, la statue de Frédéric Mistral qui écrivit si bien sur ces cavaliers, les traditions, la Camargue. 

Fête_des_Gardians à Arles 2014  Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Author Finoskov

Le gardian et sa monture sont à l’honneur lors des cérémonies religieuses, baptêmes et mariages avec des saladelles comme bouquet de la mariée.

À l’origine d’un statut modeste, voué à son travail, le gardian est devenu acteur incontournable des fêtes à la belle saison, dans le maintien des traditions, autre chose que le cow-boy dévoyé dans la violence des colts, des hors-la-loi, des chasseurs de primes alors que l’image de l’homme chevauchant reste irrésistible partout sur Terre... Alors plutôt rappeler ce gaucho de la pampa, intime de sa monture, au point, au seul pouvoir d’un doux murmure, de faire allonger son cheval dans l’herbe afin de reposer sa tête sur l’encolure sans que l’animal n’en soit perturbé... Faire confiance, par amour... 

Aimer tue même si c’est vivre... Et vivre sans aimer, est-ce vivre ? 

(1) Un mot sur la cabane du gardian, blanchie à la chaux, au toit de sénils bruns (chaume de roseaux phragmites séchés, sagnes) : seul le mur pignon, tourné au midi, est maçonné ; à l’intérieur un conduit de cheminée occupe le versant opposé à celui de la porte ; le tour est en roseaux sinon en torchis ; le fond est en forme d’abside, afin d’offrir le moins possible de prise au vent ; la poutre faîtière dépasse cet arrondi tourné au Mistral, ce bout servant parfois, à l’aide d’une corde, à arrimer la cabane; le faîte maçonné coiffe les deux pentes du toit fait de paquets de sagnes ; meublé simplement, le modeste intérieur d’une seule pièce est parfois partagé avec la chambre derrière. Généralement les épouses des gardians vivaient à Arles. 

(2) sans cette présence qui régule en plus ou en moins l’arrivée d’eau douce, la Camargue ne serait peut-être qu’un désert de sel...