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mercredi 3 juin 2026

Yves BONI (1932-2026) Le loup ou le muge ?

Reprise du dimanche 2 août 2015 LES BASTETS DU MAITRE-NAGEUR (IV) / Fleury en Languedoc

Le loup ou le muge ? À Aude et à l’étang.

Depuis l'Île Sainte-Lucie, les étangs : à gauche celui de Bages et de Sigean, à droite, de l'Ayrolle 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 1.0 Generic license. Auteur Joyce11

«... L’étang (1), c’est un métier très rude, plus que la mer, tè ! Ouh là, y a pas de comparaison ! Attention entendons-nous bien : si tu veux faire le travail, parce que, comme je te dis, si tu attends que le vent soit tombé pour ramasser le poisson le lendemain, il vaut mieux que tu restes au lit, tu ramasses rien : tout est mort, on dirait de la bouillie, c’est tellement quiché, mais si tu y vas le jour du vent tu en sauves pas mal. Sur une tonne tu récupères 4 ou 500 kilos, la moitié, tandis que le lendemain tu perds tout...

Sinon, y a de tout, du loup, des muges et quand il y a de l’eau qui tombait, de la Berre là-haut, il y avait des carpes. 

Les poissons d’eau douce, on n’est pas très forts ici... (Mon grain de sel), 

Quoique, le mulet... l’eau douce, ça allait... le coco, il fait la tangente lui.

Des gens disent qu’ils l’estiment autant que le loup...

Je vais te dire une chose, ça vaut ce que ça vaut : je préfère mieux le muge que le loup. Ça n’a pas de goût le loup, c’est fin oui, mais le muge... Un jour le petit-fils me dit, « Papé, tu sais, moi, le poisson... » Attends, je vais te faire quelque chose : je coupe les filets, j’enfarine, je passe à la poêle... Il m’a dit papé, du comme ça, tu peux m’en donner... les filets de loup, c’est pas pareil... Ne confondons pas : le muge c’est un charognard, c’est comme le rouget, il se nourrit de quoi ? il bouffe dans la fangue. Sinon, je te dis, à mon goût,... que celui-là, il n’avait pas goût à vase quand il montait dans la rivière (2). Dans l’Ayrolle, il y a Campignol à côté, il y a peu d’eau, alors là, la vase tu la trouves... 

Poissons_au_marché 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Classiccardinal. 


Il y a cinq ou six variétés de muges : le dorin, le mulet, le camard, la pointue, attends, y en a une autre... La lissette ça devient pas tellement gros ; le dorin n’est pas gros non plus, il a les ouïes orangées. Je les pêchais à l’étang et plutôt dans l’Aude.

Les anguilles, la mordorée et puis la verte (3) et puis les grosses, les “ mazères ”, costaudes (des deux mains, il forme un rond de 5 ou 6 centimètres de diamètre...), y en a qui sont plus grosses que les congres... j’en ai pêché une, une fois, dans l’Aude, elle faisait 6 kilos, on l’a mesurée avec Marceau, un mètre trente, je crois. A l’étang, elles étaient moins grosses, jusqu’à deux et trois kilos pour les “ mazères ”.

Tu as connu la période, dans les années 70, où les camions les prenaient vivantes en Italie ? 

L'Aude, fleuve côtier... nous disions, Yves aussi, et nous disons toujours “ la rivière ”, simplement... 


Oui mais avant, à la rivière, on les vendait pas, on les jetait pacque les vieux ils avaient une tactique à la tchaou, ils cherchaient pas. Au globe, en une nuit, on pêchait 80 à 100 kilos, on les jetait. Des fois tu en gardais quelques unes  pour un Lespignanot qui demandait : « Ouais, Marceau tu me garderas quelques anguilles ? » Mais là, on a perdu des sous, je le pensais mais j’étais gaffet (apprenti) et le patron ne voulait pas chercher d’autres débouchés. On pêchait du loup, du muge et des plies, d’un kilo un, un kilo deux. Elles remontaient presque au pont de Fleury, on avait un poste à L’Horte de L’ami. Boh, il y avait plus de poisson quand même... » (à suivre...)

(1) Yves a pêché dans l’étang de Bages et de Sigean, il parle aussi de celui de l’Ayrolle et de Campignol qui lui est contigu. 

(2) Vrai que quand nous allions pêcher l'été à Aude, à bicyclette, il n'y en a qu'un auquel on prêtait un goût de vase, “ camard ”, nous disions... Une fête, cette pêche en bande... Aujourd'hui et depuis le barrage anti-sel, ensuite toutes ces plantes aquatiques qu'on ne connaissait pas avant... J'y ai vu des écrevisses sinon... est-ce que les muges continuent de remonter la rivière ? 

(3) note de 2026 : pas de distinction, un demi-siècle en arrière, entre la pêche de l'anguille jaune autorisée bien que limitée et celle, interdite, de la blanche qui part se reproduire vers la Mer des Sargasses... 

Lundi 1er juin, on conduisait Yves sous nos vieux cyprès. 8500 kilomètres loin de Fleury, 15h 30, je guettais la pendule afin d'y être par la pensée... cette attention ne me fit hélas émerger de la sieste qu'en retard d'une demi-heure... Contingence et vicissitudes aussi qui font ce qu'est l'existence... plutôt évacuer notre embarras et répéter simplement « C'est la vie », « La vie continue ». Pardon ? oui, je vous entends, on s'en fout de moi, entièrement d'accord...