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vendredi 10 mars 2023

COUSERANS

 LE COUSERANS.

«... Mountagno, cad’an coumo la sandoulo ...            Montagne, chaque année comme l’hirondelle

Que tourno a soun nits quand ven lou printemps       Qui revient à son nid quand revient le printemps

Ieu tourni en ço tiéu, e, luèn de la foulo,                    Je reviens en ton sein, et, loin de la foule,

Me vau rebrembar le miéu jouve temps... »                Je vais oublier mes jeunes années...  

Augusto Teulié (1861-1920)

 
Vue_de_Massat_depuis_le_col_de_Péguère Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Daieuxetdailleurs

Laissons Montagagne d’où descendent mes ancêtres, une histoire de malnutrition sinon de ventres creux, de « Demoiselles » en guerre contre l’autorité oppressive interdisant les forêts aux défavorisés, pour pénétrer le Couserans où notre patronyme aussi est commun. Dedieu comme Paul (1933-2012), la petite sentinelle, arrière de Béziers et du XV de France qui y est revenu à la retraite et y repose ; Dedieu comme l’avocat de ce père qui, pendant onze ans, avait enlevé ses fils à la mère pour les élever en marge de la société, dans une ferme perdue ... .

Le Couserans, là encore le nom viendrait d’une tribu gauloise, les Consorans ou Consorannis de Jules César. En gros, même s’il déborde sur la plaine et s’il comprend le Séronais, c’est le pays du Salat et de son large éventail d’affluents : Alet, ruisseau d’Estours, d’Esbints, le Garbet, l’Arac, la rivière d’Alos. Autant de cours d’eau qui démarquent nombre de vallées riches de traditions, pour les principales vu que chaque ruisseau a la sienne et qu’ils se comptent par dizaines : de la Bellongue et ses nombreux villages ; du Garbet avec les eaux d’Aulus ; la vallée d’Ustou avec le ski à Guzet depuis 1960, le Cirque de Cagateille, le Mont Valier (par le ruisseau d’Estours) avec le seul petit glacier de l’Ariège, et ses ports vers l’Espagne accessibles seulement à pied, gardant le lien autant avec l’imaginaire qu’avec le passé  ;  la vallée de Biros avec la grotte de la Cigalère (concrétions de gypse uniques) et le gouffre Martel longtemps le plus profond de France et enfin la vallée de Bethmale où la prise de conscience ancienne a permis la sauvegarde des coutumes, des musiques et danses, des costumes traditionnels avec les fameux sabots pointus encore fabriqués.

Montjoie-en-Couserans  Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Olybrius

De l’eau partout, d’ailleurs il a plu pratiquement à chacune de nos visites. Cela laisse songeur alors que la terrible période actuelle de déficit pluviométrique, une sécheresse depuis le printemps 2022 suivie d’un été caniculaire, de l’automne en manque, est plus qu’inquiétante. Est-ce que la couverture neigeuse qui semble sauver les stations de ski dont celle de Guzet, au pied de la ligne de crête, frontière avec l’Espagne, suffira, au moment de la fonte ? Devrons-nous évoquer des conditions heureuses et un bonheur perdu par rapport au passé ? Le Couserans, c’était des eaux courantes, des torrents partout, des sommets, des lacs d’altitude, des cols empruntés par le Tour de France (Portet-d’Aspet, de la Core, De Lers, mur de Péguère...), des cirques de montagne, et leurs cascades, des myrtilles, le plaisir des fromages, d’un folklore de tradition avec le dernier sabotier de la vallée de Bethmale par exemple... 

Le Couserans, terre des Mountagnols partis faire les moissons, les vendanges, ou colporteurs ou montreurs d’ours. Et à présent, où partir quand l’anthropocène, l’ère de la domination par l’homme des cycles naturels, opprime et affecte la planète entière ? Le Couserans, terre d’histoire qui vit les Demoiselles, les paysans, le visage noirci, déguisés en chemises de femmes, faire la guerre contre les abus des puissants. Peut-on faire un rapprochement avec la lutte antérieure des Camisards des Cévennes... et celle toujours d’actualité, contre la foutue réforme des retraites, une sacrée régression ?    

dimanche 13 décembre 2020

RAISINS de la PLAINE, CHÂTAIGNES des VERSANTS.... les filles du Poumaïrol...


Châtaignes sur le marché d'Apt 2010 wikimedia commons Author Véronique Pagnier

La finalité du manuel scolaire parle d'autant plus d'elle même qu'elle précise "orthographe, grammaire, conjugaison..." etc, alors que nous nous proposons de continuer notre page sur un produit à part, un fruit de saison qui, après les raisins des vendanges, les coings en pâte ou en gelée, participait à la livrée de l'automne. 

Au village, seulement en montant la rue de la porte Saint-Martin, il y avait au moins quatre ou cinq épiceries proposant des cageots de châtaignes, succédant, en produits d'appel, aux caissettes rondes, en bois tendre, des alencades salées bien rangées en éventail. Ces harengs, marquant la présence des vendangeurs espagnols, exprimaient un exotisme ravigotant dans une mentalité villageoise pour le moins retranchée. Les châtaignes, elles, outre de corriger la perception qu'on avait alors de l'étendue de la plaine, accentuée par le moutonnement toujours recommencé des vignes en monoculture, alors qu'au Nord-Ouest, la vue distincte de la bordure méridionale du Massif-Central confirmant l'aspect d'amphithéâtre depuis l'Espinouse et, en descendant vers la côte, les garrigues, le Minervois, marquaient aussi la présence d'une main-d’œuvre de Mountagnols, décrochant d'un millier de mètres, plus avant dans le temps, pour la récolte des raisins, quand ce n'était pas pour d'autres travaux.   

Les filles du Poumaïrol, descendues pour les vendanges, ne remontaient dans la Montagne Noire qu'avant Noël, après les pommes, les châtaignes de l'Argent-Double, et en bas, les olives et parfois les premiers sarments à ramasser !  

Châtaigne Cévennes wikimedia commons Author historicair 29 décember 2006 UTC 15 h18
 

P. Andrieu-Barthe parle d'elles dans le numéro 156 de la revue Folklore (hiver 1974) : 

"... Les Châtaignaisons duraient une grande partie du mois d'octobre et parfois de novembre 

Portant un grand tablier de sac relevé en sacoche, des mitaines aux mains, elles ramassaient les châtaignes tombées à terre, armées d'un petit marteau de bois, "le massot", pour ouvrir les bogues piquantes.../... Le soir à la veillée, elles rangeaient la récolte du jour à l'aide d'un grand tamis "la clais" suspendu au plafond, dont le fond grillagé calibrait les fruits. Les jours de pluie, elles triaient les haricots secs, les petits "moungils" réputés ou "enfourchaient" les oignons, c'est à dire les liaient par douze sur des tresses de paille de seigle. C'était, avec les pommes-de-terre et les navets noirs, la principale nourriture du pays. 

La récolte des olives était redoutée à cause du froid et celle des sarments aussi car le vent glacé de Cers balayait la plaine. Elles attachaient solidement "la caline" sur leur tête et glissaient sur leurs vêtements des blouses de grosse toile. Les voyageurs étrangers qui passaient, remarquaient avec étonnement ces femmes qui paraissaient en chemise, en plein hiver, dans les vignes.../

... Ces filles du Poumaïrol étaient réputées pour leur vaillance à l'ouvrage ; robustes et fraîches, leur gaieté résonnait en chansons et plaisanteries, parfois d'une rustique verdeur. Les gars des villages, émoustillés par leur venue, se livraient à des farces d'usage, faisant enrager les employeurs, qui se croyaient, à cette époque, responsables de la vertu de leurs employées. 

Mais, depuis la guerre de 14, le plateau du Poumaïrol s'est lentement dépeuplé, les belles haies de hêtres sont retournées au taillis, les prairies se plantent de sapins et les filles sont descendues vers les usines du Tarn où leur gaieté n'est plus si sonore. On ne mange plus de châtaignes et de haricots, la diététique moderne les ayant rendus suspects, à leur place croissent les genêts et la broussaille, et qui se souvient encore des chansons des châtaigneuses ? 

"... Barraquet eit mort
Eit mort en Espagno
E l'en enterrat amé de castagnos 
Ah ! qui pouyen trouba
Per la Barraquetto
Ah ! qui pouyen trouba 
Per la marida
Las castagnos et le bi noubel 
Fan dansa las fillos, 
Fan dansa las fillos. 
Las castagnos et le bi noubel 
Fan dansa las fillos et lou pandourel."

 

dimanche 14 octobre 2018

VENDEMIOS VENDEMIAIRES, TOUMASSOU E POULETTE ! (1) / Vendanges et vendangeurs

 
Pied de carignan au Mourre (route des Cabanes).

Il faut savoir parfois se laisser aller à rêver, à revoir des scènes qui restent lorsque l'on a vécu l'importance au moins annuelle de la récolte des raisins, cette fièvre vitale alors pour tous nos villages viticoles... Car elle était la vie même... Habituées à l'agriculture spéculative, à une réalité de l'agro-business, aux investissements devant rapporter du profit, les générations du XXIème siècle réalisent-elles que la croissance pour la croissance ne peut que mener au désastre ? Jusque dans les années 70, las vendemios et les vendemiaires respiraient la vie sans puer le pognon...  

Calqué sur le mot latin, "vindemia" signifiant "récolter le vin", vendemia (ou bendemia) veut dire "vendanger" en occitan, las vendemios sont les vendanges, les vendemiaires les vendangeurs... 

Pau Vezian (1869 - 1952) nascut a Galargues (Gard) foguèt felibre del Vidourle. Escrivet de poesios. Aqui un estrach, la fin de "Per Vendemia" :

"... Dei Cevenos d'azur fin qu'à la Mar latina
Rajo à desbord lou vin - gloria dau bèu Miejour -
Que coungrelho la gau, lou rire, amai l'Amour !"

L'ivresse, la joie, l'amour, la jeunesse et la petite larme des vieux si proches de leurs vingt ans tant qu'ils peuvent rentrer dans les vignes et mener la rangée...  Le vin exaltant en tant que produit noble et naturel, devant être perçu à présent d'abord comme nocif et dangereux, le commandement n° 1 de la société moralisatrice si ça l'arrange étant de "consommer avec modération". Toujours diriger, régenter, penser pour les autres plutôt que de les laisser à leurs responsabilités, c'est une des caractéristiques des dictatures pour l'instant molles mises en place par une oligarchie imposant une mondialisation prétendument heureuse !
Oh comme tout se télescope ! Pour ne pas enrager à cause de cette "modération" prônée avec un zèle aussi nul qu'automatique, je préfère celle du jeune homme de sortie avec les copains et qui assure "Papa, ce sera avec parcimonie et à bon escient". Encore inquiet, le père y va encore d'un dernier conseil "... Avec l'Arménien, soit, mais méfie-toi du Corse quand même !" 

Les vignes de mon grand-père Jean, propriétaire, petit certes mais qui le mentionnait, en particulier sur la plaque bleue apposée sur le chariot ou la jardinière, rapport au danger bolchévique, le couteau entre les dents !


Cette histoire de parcimonie, était un des classiques de papa ! Se laisser aller pourrait amener à divaguer pourtant ces digressions éclairent néanmoins notre propos. D'un côté, le vin plutôt du Sud et en tant que tel critiqué, décrié, en bon français, par une élite nordiste autoproclamée. De l'autre, la transformation d'un produit de la Terre, due à l'homme parlant d'égal à égal avec Dyonisos ou Bacchus... Une magie, un prestige qu'il est inutile, dans une modernité accaparatrice de récupérer en tant qu'"alicament", une noblesse aussi altière que naturelle, portée par une langue occitane digne, elle, de n'avoir jamais conquis ou soumis des voisins par la force...

Une langue magnifique au même titre, dans sa variante languedocienne, que le ciel, le vent, la lumière du Golfe du Lion jamais loin, qu'Estieine Barraillé a su aussi faire chanter dans son poème VENDEMIOS :

"... Pes camins boun matin las colhos adraiados
Arriboun al traval avant soulel levat ; 
Dins lou felhum roussenc vite soun alignados
E lou bruch des ferrats semblo un tambour que bat..." 

Une langue vivante et plus simple aussi, de la vie de tous les jours, parfois mâtinée de français et de savoureux pidgins hispaniques (les passages sont extraits du livre "Caboujolette / Pages de vie à Fleury d'Aude 2 / 2008 / François Dedieu)  :

"... En vendange : Toumassou, dans la vigne du Prat où on trouvait près de vingt escargots par souche :
« S’en pas aïci per lous cagaraous ! (« On n'est pas là pour les escargots ! » Préméditait-il qu'il viendrait eles ramasser en premier ?)
Il lui arrivait d’en manger un, cru, à l’occasion, pour impressionner un auditoire dégoûté..." 



"... La « bana » c’est la corne (de bœuf ou d’un autre animal) et aussi la poignée (d’une comporte par exemple). Dans l’histoire, c’étaient les cornes du mari trompé. Cela me rappelle une histoire de Toumassou, pendant les vendanges, un jour où, dans l’après-midi, Paulette Sanchon était venue. 
Il lui dit : 
« Tu sais, Poulette (1), la différence entre une tartugue et un cagarot ? » Nous traduisons (tortue  et escargot). 
Non. 
Eh bé : tous les deux portent soun oustal sur l’esquino ; mais le cagarot, il a des banes. Tu as compris ?  (ils ont la maison sur le dos mais l'escargot il a des cornes)
– Ah ! ça, non, alors. 
Eh bé, serco bo, et coupo dé rasins (cherche-le et coupe des raisins). » 
Paulette 1938.

On rigolait souvent ainsi pour les vendanges…

Passi per moun prat, moun counté es acabat. Bons baisers..." 


Toumassou, un de ces personnages formant la trame d'une chronique villageoise aussi bonhomme que microcosmique :

"... A Joie (un tènement au bord de la rivière, Toumassou rentre dans le cabanon, décroche la poêle couverte de poussière et de tatiragnes (araignées), et sans plus de cérémonie, casse ses œufs :
« Bèèh ! et tu ne la frottes pas, avec tous les rats qui passent dessus !
– I jamaï qué dé rats ! (Ce ne sont jamais que des rats !) »

Toumassou prétendait, en parlant de sa femme qui en faisait quatre comme lui :
« Oh ! si se vol pas leva, tiri lou matelas et tout aco dins l’escalièr ! (si elle ne veut pas se lever je tire le matelas et tout ça dans l'escalier !)»

A tante Céline qui lui disait :
« Pas la péno de te pressa, manjaras pas aban nous autris ! (pas la peine de te presser, tu ne mangeras pas avant nous autres !)
– Oh ! savi bé qué per la maïsso ! (je sais que pour la bouffe = ce qui vous passe entre les mâchoires !) »

Toumassou (le petit Thomas) Alban Biau de Salles avec qui nous avons vendangé plusieurs années. Il travaillait parfois pour l’oncle Noé, a été également ramonet pour Henri Carrière, après Bantoure, et estropiait le français de façon plaisante :
« Je te l’avais pas fa bu ? C’est ma nebeude ! (je ne te l'avais pas montrée ? C'est ma nièce !) » (rapporté par Pujolet le peintre).
« Je l’ai compris au remènement des pots (au remuement des lèvres) »,
« Le cagarot, il a des banes »,
« Dans un obus, quand ça pète, es pas tant lou machin que fa mal, ès mai que mai lou dacòs (plus que tout, c'est le truc) (2) ! »,
« Quand eri sus la Côte d’Usure (Toumassou faisait son numéro !), vejeri qu’abion uno guerro d’azur (j'ai vu qu'ils avaient une guerre d'azur )» etc. c’était le frère de « Thomas de les huîtres ». 

Carnaval : lors des préparatifs pour carnaval, Toumassou prend place dans un cercueil (allez savoir pour quelle mascarade encore ? Nous sommes au premier étage et ses camarades qui viennent de fermer le couvercle plaisantent et parlent de le jeter par la fenêtre :
« Eh ! fasetz pas lous couillouns ! (Ne faites pas les couillons !) » se défend une voix étouffée…  

(1) En 1968, la chanson de Montand "A bicyclette" semblait avoir été écrite pour elle : 
"... On était tous amoureux d'elle
On se sentait pousser des ailes
A bicyclette..."

(2) “Dacòs” désigne un objet ou une personne dont on a oublié le nom : presta-me lo dacòs, prête-moi l’objet ; dacòs es pas vengut, un tel n’est pas venu’.