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samedi 12 septembre 2026

MARCEL, RAIMU, MARSEILLE, PARIS... (2)

À propos de l'épisode 3 : Monter à Paris. 

1925 : Pourtant bien accueillie par la critique, sa pièce « Les Marchands de Gloire » est mal reçue par un public encore marqué par la Grande Guerre ; treize représentations à peine. Le thème, un père qui, afin de se promouvoir socialement par la politique, s'appuie sur la mémoire de son fils mort... sauf que ce fils, plus ou moins blessé et déserteur réapparaît et vient ruiner les ambitions du père. En regard du traumatisme toujours à vif, ça n'a pas plu...   

1927 : dans une lettre à son père où il confie qu'il travaille du matin au soir, que sa santé va bien mais que son moral en a pris un coup, il admet que son mariage a été une catastrophe. 

Sur sa vie privée, la liberté qu'il a de confier à son père sa situation de polygame semble incroyable... dans ses années 1920 avec sa Fanny du théâtre puis du cinéma, Orane Demazis quand Kitty, une danseuse anglaise le séduit... Chantage de cette dernière pour vivre ensemble, agressivité d'Orane ayant son homme à l'œil et capable d'un sale coup contre sa rivale, du moins c'est ce qu'il écrit à son père en novembre 1929. 

Sur ces entrefaites, succès en 1927 à Berlin (!) de « Topaze » sur un instituteur humilié et licencié qui va laisser tomber ses valeurs morales pour réussir dans les affaires. Avant d'être consacrée, partant de loin avant de convaincre (1928) sa pièce atteindra une réussite comparable à celle de « Cyrano de Bergerac » en 1897... trente années auparavant ! 

Succès de Marius, entretiens avec Raimu. 

Marcel Pagnol-Raimu 1931-Paramount Domaine public Auteur inconnu

Raimu (Jules Muraire, 1883 Toulon - 1946 Neuilly-s-Seine) s'est vu proposer le rôle de César sauf qu'à la lecture de la pièce, il réalise que l'intérêt va tourner au profit de Panisse, le maître voilier. Alors Raimu pose ses conditions, retenu dans le rôle de Panisse, Raimu aime autant s'imposer dans le rôle de César : César doit être le patron du bar, c'est dans ce bar que se déroulera l'action, c'est Panisse qui viendra chez César et non l'inverse... La pièce qui au départ ne devait être proposée que pour l'Alcazar de Marseille ne comportait pas la partie de cartes... c'est Raimu qui a insisté pour la jouer, ils ne l'ont intégrée qu'aux deux dernières répétitions : 

« ... Tout le monde sait que c'est dans la marine qu'il y a le plus de cocus. Quarante ! » Ariane Ascaride reviendra sur cette réplique déconcertante pour qui ne la situe pas dans la pièce. 

Raimu avait fait du music-halle, joué au théâtre, dans des films mais c'est sa collaboration avec Pagnol qui assura sa renommée grâce à la Trilogie Marseillaise (Marius, Fanny, César), de même que les films « La Femme du Boulanger », « La Fille du Puisatier ».  

« ...Un soir j'attendais Raimu dans sa loge pendant qu'il était en scène. Et puis j'ai pensé tout à coup à tout ce que je lui devais et à son immense génie et avec un crayon, j'ai écrit, dans un coin de la loge, contre le mur, en petites lettres « Monsieur Raimu est un génie » et j'ai signé. mais ce n'était pas pour que personne le vît, c'était comme ça, j'ai écrit ça comme ça parce que ça m'avait pris comme ça. Et le jour de ses funérailles, quand je suis monté dans son bureau, j'ai vu sous un sous-verre, le petit morceau de tapisserie qu'il avait découpé et avait toujours gardé. il ne m'en avait jamais parlé. C'était un homme au fond, très secret... » INA 1961.  

À propos de l'épisode 4 : Pagnol joue son va-tout.

1928, fin à Paris des répétitions de Topaze. Marcel confie encore à son père qu'il ne lui reste plus grand chose.  

Trois mois plus tard, en octobre, dans sa lettre, ne sachant pas l'accueil qui sera fait à sa nouvelle pièce « Marius », il s'avoue anxieux, agité. 

Printemps 1929. Marius, un triomphe ! des gens qui font la queue des heures, dès le matin ! De l'argent, beaucoup d'argent. Si Pagnol refuse de vendre les droits à la Paramount, moyennant un pourcentage, il accepte qu'un film soit tourné à condition que les acteurs soient ceux du théâtre. 
Un film parlant, des premiers en France, dirigé par Alexander Korda, au renom mondial. 

« Si tu veux parler de l'universel, parle de ton village. » Léon Tolstoï.   

Épisode 5. Pagnol producteur et réalisateur de films. 

Marcel Pagnol est naturellement porté par cette veine, mise en scène dans un cadre provençal authentique avec Marseille, ville ouverte sur le monde et le milieu plus fermé des villages, entourés de garrigues, d'oliviers, dans la préservation de l'eau rare des sources. Tels des santons, gravitent autour des métiers... maraîcher, horticulteur, vigneron, cafetier, boulanger et surtout, entre tous, des relations liées à la famille, l'amitié, et, tout aussi bien, baignées de communautarisme villageois. 
En liant, l'imbrication relationnelle constitutive d'une intrigue complexe, à plusieurs composantes faite de sentiments d'amour, d'entraide, de vanité, de jalousie, de vengeance, de secrets anciens... d'enfants naturels et tout au bout, comme pour contrebalancer l'accent, le parler haut et la verve, plus proche qu'il n'y paraît, la mort omniprésente en conclusion. (à suivre) 

samedi 29 août 2026

MARCEL... MARSEILLE...

Vendredi dernier 21 août, Armissan. Dans un cadre pagnolesque de garrigue, de barre rocheuse cachant... des bartavelles sinon des coins comme Combe Longue et Cague-Loup, appelant à la balade, par une température consolant des canicules endurées, la troupe Baudracco donnait « La Femme du Boulanger », un plaisir prolongé loin dans la nuit. 

Et du monde il n'en manqua point... 

Pas plus tard que ces jours-ci, une « Échappée Belle » sur le pays de Pagnol... 

Pagnol, prénom Marcel et une bonne partie du mois d'août sur France Inter (si nulle par ailleurs avec ses humoristes “ bidon ” tombant toujours à plat... mais ce n'est qu'une digression perso...), Ariane Ascaride raconte Pagnol et Marseille... avec même les deux accents, celui des pointus des calanques et le pointu tout court des Parigots... 

Ariane_Ascaride_2012 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license Auteur Georges Biard
  
Épisode 1 et à propos de cet épisode :  « Parfois, comme disait ma mère, nous avons le verbe haut, ce qui veut dire qu'il nous arrive de parler fort et dans un langage imagé ». 

Oui cela n'aurait-il qu'un rapport approximatif, vous êtes forts, vous, partis de Marseille pour vous frotter à la célébrité, Ariane, comme Marcel et sûrement Raimu ont su mettre de l'eau dans l'accent, pour ne pas dire qu'ils ont « noyé le pastaga » quand il fallait ; un prix à payer quand l'ambition fait rechercher les honneurs à grande échelle, rapport aux locaux qui ont gardé, eux, leur accent innocent, pas une trahison, un compromis, un opportunisme disons... Il faut dire aussi que le Midi avait alors une cote faisant sourire et rire, Pagnol dût-il s'en défendre « Les Provençaux ne sont pas des rigolos. » 

Ah ! les mots de Pagnol, jusqu'à ceux entrés dans le langage français, reconnus par le Monde entier... une pagnolade pagnolesque... 

Épisode 2 et prolongements éventuels : Naissance de Marcel à Aubagne en 1895, enfance pas loin du quartier de la Plaine, scolarité élémentaire à l'école des Chartreux où son père enseigne. 

Comme pour une parenthèse, Ariane relève l'épisode de la tricherie de Marcel lors de la grande toilette alors seulement hebdomadaire à bien nuancer cependant car même au gant et à la bassine, ceux qui se la donnaient physiquement ne se lavaient pas que le museau, la journée finie... il n'empêche que l'hygiène corporelle n'a été que sommaire encore dans les années cinquante pour ne parler que de celle que je connais...  

Ensuite le lycée Thiers, l'amitié fraternelle d'Albert Cohen, des études de lettres classiques, latin et grec compris, professeur d'anglais (il n'est pas fait mention du répétiteur d'anglais lors de son passage à Pamiers)... 

Sur sa vie privée par contre, l'émission met le doigt sur son mariage de 1916 avec Simone (deux « n » parfois au prénom ?) ; il n'a que 21 ans... une indication confirmant les risques d'échec liés à ces unions précoces... 

1922, il a 27 ans. Nommé au lycée Condorcet à Paris, il demande vite un congé illimité afin d'écrire des pièces de théâtre... 

Marcel Pagnol vers 1931 Domaine public Auteur anonyme