mercredi 18 mars 2026

Lexique passionné sur LAMI le cheval, page 4...

Armengaud : l'été à Saint-Pierre-la-Mer, sur le sable tassé de la plage aux campeurs et baraques, si large, si accueillante, passait, tranquille, en dehors des heures les plus chaudes, la promenade à cheval, les chevaux d'Armengaud cantonnés en pied de garrigue, côté Narbonne-Plage... Était-ce le père ou notre ami Riquet décédé de Salles-d'Aude ? 

Le Gaillard : un qui prit la suite, un temps, avec son ranch d'été, Éric dit « Le Gaillard » pour son physique de rugbyman généreux... 

La Pointe : « La Pointe de Vignard » pour le dire au complet. La vigne la plus lointaine de papé Jean, au pied du cabanon (à qui appartenait-il ce cinquième abri ou bergerie en descendant l'Aude depuis le pont ?). Aux vendanges, oubliant dépit et rancœur de n'avoir pu lancer, à la pause de onze heures, la famille montrant, non sans mépris, une sainte horreur de l'élément liquide dangereuxmon hameçon dans la rivière,  la journée derrière nous, une atmosphère apaisée à la Jean-François Millet (1814-1875) montait de la terre, une scène champêtre et paysanne, hugolienne aussi, sur la dernière heure de travail : soulagement des vendangeurs  mais presque une heure encore, harassante pour le cheval sur les quatre kilomètres du retour, les derniers des 32 du jour... dont la moitié à pleine charge... 

En 2008, me concernant, moins éprouvé que le cheval, sur ce moment empathique, j'écrivais : 

« Il a emporté un caillou marqué par un fer de sabot, celui de Lami, tirant son chariot de comportes, sur le chemin de la Plaine, vers le clocher qui se découpe, au loin, dans le soleil couchant. » 

Un trajet riche d'histoires, plein des vies d'un passé refluant grâce à tout ce qu'en a dit (et écrit) mon père, aussi, à l'occasion, de la mienne de petite vie, faisant entrer en scène avec ceux qui restent, tant de chers disparus, humains et bêtes confondus... 


Oui, exactement ça, même le pissenlit tient à fleurir ce chemin vicinal au revêtement autrement fiable et durable que les macadams d'aujourd'hui. Toujours, au pas réglé du brave cheval, en le plaignant déjà pour les côtes redoutables montant au village, j'entendrai les grandes roues ferrées du chariot geindre sur la pierraille...  


 

Je l'ai là, ce caillou, toujours à portée, ce fragment de fréjal des calcaires les plus durs, devant la voile latine de l'étagère, donnant une densité sentimentale à mon semblant de catalane sorti de la foirfouille (c'est Robert Vié qui était fort pour les maquettes !)

Le labour à Bauréno : Baureno, c'est la toute petite vigne héritage de mamé Joséphine, arrière grand-mère du côté de papa, avec des manques dus, disait-on, au volcan (alors que les terres volcaniques sont réputées pour leur fertilité...). Sans intervenir, en me faisant oublier, je les y ai vus collaborer au labour, papé Jean et Lami, le grand-père menant le cheval posément, avec calme, assurance, lui ménageant des instants de récupération.  

La “ coopé ” : un spectacle, la coopérative aux vendanges, avec sa file d'attente de chevaux des grandes et petites exploitations. chez les hommes des rires souvent, en éclats cette fois lorsque, plaisantant pour sa paire seulement de comportes, Trastet annonça « Crassous » ! Une propriétaire, sans parler de Gibert (2) son mari, d'un des vignobles les plus étendus et productifs du village, sinon le plus important et qui, rapport à l'image du bolchévique couteau entre les dents...  jamais n'aurait vinifié avec les collectivistes... 
Et chez les chevaux quasiment toujours patients à attendre leur tour, parfois, l'un des rares toujours entier s'énervait, ruait dans les brancards pour avoir perçu des chaleurs de jument : la cravache du patron avait alors toutes les peines du monde à le garder dans les rangs... un plus cocasse au spectacle de ces défilés mémorables...   

(1) mais pas des petits propriétaires devant rentrer la récolte en cave sinon pressurer à la bougie. 

(2) dans sa dépendance contiguë au couvent où habitait André Vidal son mécanicien à temps plein (et Guy le fils, bon copain... des poules volées pour le réveillon... encore de ceux partis trop tôt, à 68 ans (1951-2019)(sa sœur aînée, Francette, à 67 ans) bien que plutôt tracteurs et camions, Étienne Gibert disposait de quatre chevaux ; les stalles vides portent encore les noms de Mignon, Coquet, Rip et Franco, deux noms courants et deux autres fondés mais dont on ne peut que spéculer sur l'origine...       


mardi 17 mars 2026

Lexique passionné sur LAMI le cheval, page 3...

Camargue j'ai noté : à Pézenas, l'abbé Nothon, le curé convivial qui, pas loin de l'église St-Ursule, nous prépara à la communion solennelle, organisa une sortie en Camargue. Sans avoir la carte sous les yeux, à moins d'avoir rêvé tant la destination s'y prête, il me semble qu'à la sortie de Fabrègues, à droite, un panneau vers la côte indiquait « Camargue ». Dans une manade, Méjanes (mais je ne le jurerais pas) ; d'avoir goûté aux cornes d'une vachette; mordu la poussière et cru avoir crocheté la cocarde me fit gagner une promenade à cheval. Bien sûr, à 11-12 ans on se voit galopant, cheveux au vent, dans la sansuire des étangs... pour une première monte, ce fut heureusement au pas du gardian tenant le cheval par la bride. Une bonne expérience : perdu dans mon imaginaire, je l'ai trouvée trop courte, cette sortie. Un bon souvenir aussi, une fois versé dans le monde des adultes, lorsque, après les vacances, manière d'éviter l'ennuyeux tronçon Montpellier-Nîmes, la remontée par Aigues-Mortes puis le concert de grenouilles du Pâty-de-la-Trinité consolait d'un moral en bas des chaussettes... 

Camargue_horse 2007 Domaine Public; Author TwoWings

Ah qu'ils vivaient libres, eux, chevaux de Camargue dont Ulysse, 28 ans, reconnaissant la voix d'Antonin, Fernandel (1903-1971)(1), ouvrier agricole qui le sauvait d'une fin certaine aux arènes ; scénario d'un beau film (très beau presque j'allais écrire), réalisé par Henri Colpi (2) « Heureux qui comme Ulysse » (1970)... 

Très prenant il aurait pu être ce film, presque toutes les scènes tournées en extérieur, pour la réalité crue des scènes de corrida, rejoignant en cela des combats de gladiateurs, tous devant finalement mourir, le picador fouraillant les ligaments du cou du taureau, 

« [...] ils ont frappé fort dans mon cou, 
Pour que je m'incline... » 
La corrida, Francis Cabrel. 

le cheval aux yeux bandés devant subir les cornes à travers un caparaçon dont on se demande s'il sert plus à cacher le sang qu'à protéger... 
Sauf que ce film supporte mal des longueurs répétées à propos de tableaux “ fernandelesques ”, le pastis, de suite les grands mots, l'accent exagéré, la bonne cuisine (serait-elle un plus), une disparité hommes-femmes typée et qui date, le tout dans des sites trop touristiques, trop cartes postales, carrières de Roussillon, Baux-de-Provence, marchés de Provence, melons de Cavaillon, avec même un anglais hilare... tout pour rappeler ce navet (pour un natif du Midi) sur la Provence vue par un Néo-Zélandais, vous savez, celui de Gladiator, justement...  

 Sinon, c'est beau tout de même, ce film de Colpi, avec un Fernandel émouvant hors de son registre comiquement théâtral, pour son sentiment à l'égard d'Ulysse. Beau pour les paysages de Camargue, qui, entre parenthèses, rappellent assez ceux de chez nous, du delta de l'Aude entre mer et garrigue. Beau quand l'orage crépite fort sur les cannisses ; beau pour, en miroir, la foule au bal, les feux d'artifice de la fête et les foyers allumés par Antonin, qui doivent réchauffer le cheval pris de fièvre... deux compagnons seuls au monde.   
Beau pour cette ambiance fin des années 60, ces voitures si appréciées contrairement aux modèles si communs d'aujourd'hui, si similaires qu'on serait bien embêtés de citer tant ils se multiplient dans nos pubs ! Et puisque vous êtes de ceux à tirer les vers de nez, beau parce que je me voyais beau alors, à 20 ans, con de ne pas savoir vers quoi m'engager et pas que... mais beau à convoiter les jolis genoux ronds de ma petite coiffeuse... et qu'à regarder 55 années bien sonnées en arrière, nostalgie, regrets et remords devant se digérer, je ne peux qu'accepter qui je fus... (à suivre) 

(1) Fernandel raconte s'être pris d'affection pour ce cheval local, pas de cinéma. D'ailleurs à son retour dans le mas, mordu par ses congénères qui le rejetaient, Ulysse a préféré retourner auprès de son soigneur Jeanjean... 

(2) Henri Colpi (1921-2006), né la même année et copain, à Sète, de Georges Brassens pour qui il écrit les paroles de la chanson du film : 

« [...] Battus de soleil et de vent, 
Perdus au milieu des étangs, 
                                  On vivra bien contents, 
                            Mon cheval, ma Camargue et moi. »  Musique Georges Delerue.   

(Le film peut être vu, en “ streaming ”, comme ils disent).