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vendredi 14 août 2026

« Un été de porcelaine... »

 Cinquante-et-une pages tournées depuis 1976, Mort Shuman (1) nous rappelait alors la puissance infinie de l'amour quand il veut vivre, en dépit des difficultés, des embûches, jusqu'à l'humiliation, parce qu'il se conjugue avec jeunesse ; en anglais puis en français, Mortimer chante « Save the last dance for me », « Garde-moi la dernière danse »... 
Et de là, au mal à expliquer « Un été de porcelaine », rien qu'un air, une idée venue évoquer ces temps, ces étés vécus sans nuages... avant, bien avant, longtemps avant... Il y a toujours un avant. 

Avant, les vols de martinets tournoyaient, denses, criards, faisant lever les yeux au ciel plus souvent que lors d'une éclipse de soleil. Avant, les chasseurs d'Afrique ne partaient pas avant le quinze août... Avant étaient les étés classiques, certes sans nuages même si l'orage ponctuel du 14 juillet puis au moins le mouillé du 15 août (2), étrangement calqués sur des fêtes du calendrier, ne perturbaient pas le plaisir des vacances... 

Un plaisir encore lié au sort imposé par la météo, fort vent de Cers, dit “ de Nord ”, chaud, puissant, faisant voler un sable à décaper la peau, rendant la mer froide d'un bleu profond pouvant durer, à en croire le dicton « trois, six, ou neuf jours ». 
Sinon, à l'évidence plus apprécié, moins commun, le « temps de mer », lorsque, au matin, le moteur des pêcheurs (la mer était généreuse) se fait entendre comme à côté, marquant l'imminence du Marin. La mer présente alors une palette matutinale de vastes taches lentement mouvantes bien que contiguës, de gris-bleus plus ou moins métallisés sinon plus bleus avec vaguelettes à risettes là où l'air venu du large s'engage déjà... le temps de mer faisant des vacances un séjour réussi. L'après-midi, par contre, le Marin tourne habituellement au vent d'Espagne, plus Sud-Est, aux vagues plus marquées bien que toujours agréables, bleu-vert, vert-bleu même. Ne reste plus alors qu'à questionner le crépuscule avec le vent qui se calme (3) : un “ vent du Nord ” léger, un couchant sans rougeoiement, le Canigou visible, peuvent ainsi en promettre autant pour le lendemain...  

Un été de porcelaine exacerbé par des vacances à la mer, les bals du soir aux slows si rapprochants, étés d'un âge à papillonner jusqu'à l'amour exclusif, où chaque hiatus vaut fêlure, chaque soupçon trahison, pour des cœurs, comme le chante Mort, qui chavirent, se déchaînent, balbutient avec la seule... une première fois sans pouvoir imaginer qu'elle reviendra avec une autre, dans la négation d'un sentiment forcément dégradé, sans ce goût unique car nouveau, ne pouvant pas imaginer que le temps vienne un jour tout aplanir, qu'au rapport enfiévré succédera au mieux un lien de tiédeur résultant des combats plus ou moins menés ensemble, les enfants trop vite grandis, enfin, temps de tendresse, de cendre froide à jamais suite à la braise d'instants trop brefs...   
Aujourd'hui, aux premiers jours d'août, le départ de nos quelques martinets inquiète lorsque ne nous restent que quelques hirondelles aux rares babillages. Si encore nos guêpiers attendaient un peu de n'être plus que nos chasseurs d'Afrique (encore entendus le 14 août), les crécerellettes même, partis ailleurs... et voilà quelques années que je n'entends plus l'apuput, la huppe... 
Les canicules à répétition nuisent-elles aussi aux cigales, tout comme les insecticides hélas, banalisés à l'échelle de l'Europe ? Les incendies foisonnent, l'eau du ciel ne veut plus tomber, les réserves marquent un déficit important, on ne sait pas mettre de côté les pluies de l'hiver... vivons l'été plutôt : la plage fait encore des heureux quand le Marin tempère l'excès de chaleur et que la baignade devenue tropicale fait oublier que la mer ne peut plus nous nourrir, par notre faute... Et est-ce qu'à l'image du peu qui reste d'oiseaux, des êtres se rencontrent-ils toujours pour un été de porcelaine ? 

Moi non plus, I have never forgotten that one summer you were mine, je n'ai jamais oublié que tu étais à moi cet été-là... L'été de porcelaine s'en vient rejoindre le sable abandonné : 

Joe_and_Jules_Dassin_1970_(cropped) 1970 Domaine public Author Agenzia Pitre, published in Bolero Teletutto Magazine

« Mais la mer est toujours bleue, comme si c'était un jeu, comme si l'amour durait toujours... » (1971, paroles Pierre Delanoé, musique Joe Dassin). 

Oui, Mort Shuman s'en est aussi allé rejoindre son ami Joe Dassin (1938-1980), parti plus tôt encore (41 ans)et moi, je n'ose plus aller à la mer, au devant de mes étés de porcelaine, de peur de n'en pouvoir reconstituer les éclats... 

MortimerShumanLelacmajeurR Source Vivonseureux! Éditions. Merci. 
   

(1) Mortimer Shuman (1938-1991), 52 ans, cancer du foie. Nous lui devons, enfin ceux de nos générations lui doivent : le Lac Majeur, Brooklyn by the sea en 1972, Papa tango Charly, Sorrow, Save the last dance, 1976, Un Été de Porcelaine 1979... 

(2) Le quinze août au bord de la Méditerranée voyait arriver un temps coutumier de Nord-Est, de vent Grec comme nous disions, chargé, contrairement au vent d'Espagne, de nuages lourds ; la période, sur le littoral, du “ coup de mer ” avec les campings, les pieds dans l'eau, au plus bas de la plage, sur le sable dur dit “ mouillé ”. Au village, déjà dans ce qui est considéré comme l'arrière-pays, vignerons et viticulteurs qui préparent la vendange, apprécient cette moiteur à faire gonfler les grappes, promesse d'une belle récolte à venir.   

(3) « Le vent se pose » disait alors, vers 1960, plus avant encore dans le temps, Paulou Romain (1917-2008), vieux garçon devant sa baraque de toile, chaque année sur la même butte de sable sec. Avec sa vieille maman (dite pas gentiment “ Marie croustet ”, les villageois n'étaient pas bisounours, car elle récupérait le pain dur pour la volaille) ils y passaient l'été. (On pourrait poursuivre sur ce personnage, patinant dans le sable sur sa grosse Terrot marron au retour de sa journée “ de longue ” à la vigne à l'intérieur des terres, le mégot toujours aux lèvres, les jumelles souvent à l'œil afin de suivre un cargo au large...). 

Note : quelques tubes de l'été suggérés, répondant, ces années-là, aux prémices puis aux premières émotions partagées... 

1965. Le Ciel le Soleil et la Mer, François Deguelt (1932-2014). 
        Aline, Christophe (1945-2020).
        Capri, c'est fini, Hervé Vilard (1946).
1966. Love me, please love me, Michel Polnareff (1944).
        La plage aux romantiques, Pascal Danel (1944-2024). 
        Les neiges du Kilimandjaro, Pascal Danel
1967. J'aime les filles, Jacques Dutronc (1943). 
        Âme câline, Michel Polnareff
1968. Siffler sur la colline, Joe Dassin (1938-1980).
        Rain and tears, Aphrodite's Chids
        Hey Jude, Les Beatles
1969. Que je t'aime, Johnny Hallyday (1943-2017). 
      Je t'aime moi non plus, Jane Birkin (1946-2023) et Serge Gainsbourg (1928-1991).
        Adieu jolie Candy, Jean-François Michaël (1946).
1971. The fool, Gilbert Montagné (1951).
        Pour un flirt, Michel Delpech (1946-2016). 
1972. Une belle histoire, Michel Fugain (1942). 
        San Francisco, Maxime Le Forestier (1949).
1973. La Maladie d'Amour, Michel Sardou (1947).         
        Lady Lay, Pierre Groscolas (1946). 
1975. L'été indien, Joe Dassin
        Les mots bleus, Christophe
        Le Sud, Nino Ferrer (1934-1998). 
1977. Ti amo, Umberto Tozzi (1952). 
1978. Nous, Hervé Vilard
        Viens, viens, Marie Laforêt (1939-2019).  

lundi 27 août 2018

VOYAGE EN TCHÉCO (7) / De Dole à la Porte de Bourgogne.

Passant devant l’Hôtel de la Cloche qui semble attendre sa diligence, nous quittons Dole. Sur la nationale déclassée départementale 673, la circulation est d’autant plus fluide que nous sommes dimanche.   

Saint-Vit… « Vit » signifie aussi Guy non ? Aux abords de Besançon, un des rares camping-cars croisés ou rencontrés cet été, allemand, comme celui qui hier (ce 23 août qui me voit avancer sur le compte-rendu du voyage passé), aux infos, achetait des poulets de Bresse sur une aire consacrée non loin de Bourg, 16,95 €/kg, un prix d’autant plus raisonnable que le sac isotherme est fourni. Ainsi que Kaa le python qui veut hypnotiser Mowgli  (« Aie confiance ! »), la télé d’État, avec ses magazines en guise d’actualités, m’aurait-elle aussi endormi ? 

Besançon Quai_Vauban Wikimedia commons No machine-readable author provided. Arnaud 25 assumed (based on copyright claims).

Usine Rhodia / vue sur l'amont de la boucle du Doubs depuis la Citadelle.

Besançon. Un itinéraire d’évitement toujours aussi ch… agaçant avec une cohorte de feux qui arrêtent, bloquent clouent de façon complètement désynchronisée et foldingue… La prochaine fois, j’essaie la voie rapide vers la Comtoise… Déprimant pour qui n’a pas eu la chance d’apprécier, au centre, la « première ville verte de France » (dite « la plus propre » du temps des migrations avec papa), « d’art et d’Histoire », avec ses palais et hôtels particuliers, la boucle du Doubs dominée par la Citadelle, bordée en amont par des usines d'une industrie historiquement implantée.
Comment passer Besançon sans évoquer Hugo, rendant, à propos de sa naissance, un si bel hommage à sa mère : 

« Ce siècle avait deux ans.
Alors dans Besançon vieille ville espagnole
Jeté comme une graine au gré de l'air qui vole
Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix… »
  
Et dire qu'à présent une voix du Doubs, celle du député-toubib Alauzet, a osé parler de retraités gagnants... Or le temps décante les calculs, multipliant, de fait, les réfractaires à la lumière jupitérienne... On laisse « Besac » avec une longue descente vers l’Est, apportant jadis au mythe de la route, du voyage. Si les temps modernes ont vu pousser ces zones commerciales où remplir sa besace, l'âme du migrateur frémit d’instinct à cette attraction vers l’Alsace, l’Allemagne, la Tchéco, une attraction toute pacifique et ouverte, loin de ce Drang nach Osten repris par les nazis pour justifier la légitimité d'un Lebensraum, un espace vital contestable.

La présence des hommes, si semblables et si différents quand ils le décrètent, sous-tend, de toute évidence, une Histoire, plus ou moins ignorée mais à laquelle, sous peine de voir les heures sombres se répéter, il faut s’atteler. 

Été 2015.

Il est midi passé. La grosse chaleur pèse déjà. En bas, un camping ombragé, une grande piscine dite « de la Plage ». Sourires dans le camping-car par solidarité avec ces pauvres humains qui cherchent l'ombre et le plaisir du bain... Mais que se passe-t-il ? Des barrières ferment les accès ! Une ? des noyades ?[1] L’air est immobile, la sécheresse accable. Les gens se cachent ou ont fui ailleurs. A Osselle où la municipalité fait payer cher la baignade dans une ancienne gravière du Doubs ? Peut-être, avec un peu de chance, au pays de Pergaud avec les cascades de l’Audeux (460 m. alt), qui sait, encore vives et fraîches dans la verdure ? 

Cascade de l'Audeux en 2014.

Halte dans un village plus loin où un neveu fête son bac, son permis et ses 19 ans. La canicule oppresse et avec l’interdiction des feux dans la forêt qui jaunit et brunit, se déshabillant déjà, le barbecue se fera obligatoirement à la maison. L’ombre tourne en bas des murs et chacun suit. Une amie appelle qu’on aille la chercher… Plus de vingt kilomètres de galère pour se rendre à Planoise et revenir ? Non merci… pour le dire poliment… Djaz, notre fille, ne finit le boulot qu’à 9 ½ h. Elle sera du voyage. Je n’en rajoute pas pour sa minette si mimi qui va rester dans l’appart, perchée à guetter au dehors depuis son arbre à chat, par un espace resté ouvert en bas du volet roulant. Une amie viendra tous les jours mais je repense trop à Coco, notre brave minou qui miaulait si tristement, comprenant trop bien en voyant nos valises. 

Nous essaierons de rouler un peu, de gagner l’Alsace  au crépuscule et à la faveur de la nuit.
Chaleur du Sud, habitudes du Nord… Les tomates sortent désormais aussi bien quelle que soit la latitude mais les localités, les rues sont vides : personne sur le devant des portes pour apprécier une relative fraîcheur ou alors c’est qu’ils sont moins mauvaise-langue que dans le Midi. Mea culpa, au village métastasé par les lotissements souvent dortoirs, tant horizontalement que verticalement, la population s'est fragmentée... les individualismes mis bout à bout ne forment pas une communauté...
Baume-les-Dames dans la boucle du Doubs Wikimedia commons Author JGS25

Baume-les-Dames, L’Isle-sur-le-Doubs, le moteur ronronne le long d’une vallée toujours belle mais désertée où seuls des fourgons bâchés immatriculés en Pologne semblent circuler à vive allure.
Montbéliard, Belfort. 

Le pays de Chevènement et du parachuté Moscovici, éminent socio-traître et qui n’en finit pas de parasiter le pauvre peuple orphelin de gauche… Mon peu de sympathie, ma répulsion même pour ce genre de personnage, manipulateur comme un voyageur de commerce en tant qu’opposant à Sarko, véreux, fourbe et traître, bradant les idéaux une fois ministre puis mandarin de l’UE. A 25000€/mois, ce bouffon de Bruxelles, qui fait détester la politique (Agoravox), contribue à booster notre exigence de justice sinon la vigilance d'un pilote seul dans la nuit !



[1] Une réfection complète a nécessité la fermeture durant toute la saison 2018. La piscine au joli nom ne rouvrira qu’en juin 2019.