Affichage des articles dont le libellé est Natchou. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Natchou. Afficher tous les articles

mercredi 28 janvier 2026

Son ENFANCE l'appelle (2)

 Il s'est efforcé de retrouver la date avec l'idée sûrement vaine et discutable tant elle offre prise aux oublis et erreurs, d'en faire la liste, sachant trop bien qu'il lui en coûterait, persuadé que, de toute façon, ce relevé dépassera vite celui des vivants. « Élian “ Natchou ” » (le village, ce sont aussi les surnoms, les escaisses) il a ajouté, et aussi « Ghislaine », enterrée lundi, loin de son âge, à 58 ans “ seulement”, qu'il ne connaissait pas, mais d'une famille de longtemps au village. 

Attendre le quelque chose venant rompre le cercle vicieux de morosité morbide. Il suffit d'y croire, sans se précipiter surtout avec l'ouvre-boîte de l'opercule ; s'ouvrir à nouveau petit à petit au monde qu'on croyait perdu. Retrouver le besoin vital... Qu'est-ce qu'ils ont dit, les autres... les vivants, précieux justement d'être là, d'accompagner, la vie serait-elle si courante qu'il paraît toujours superflu de commenter. La mort seule sait bien délier les langues... encore heureux qu'elle le fasse avec indulgence... 

Celui-ci aussi Loulou, n'est pas dans les derniers... et pas loin de chez toi qui plus est... 
 

Oh ! un pisteur d'amandier ! Loulou de son quartier, de sept dizaines d'années au village ! Il sait où se trouve le premier à venir éclairer la saison de ses pétales blancs ! C'est vrai Loulou, quel que soit le temps, dérèglement climatique ou non, non loin de la croix de Saint Geniès (1) celui des hauteurs de Liesse reste un champion ! Amandier déjà, qu'il n'est pas vaniteux d'espérer dès janvier, au lendemain du jour de l'an, celui qui toujours reste fidèle à son message d'espérance, avant de fleurir en vrai.  

19 janvier 2026. L'Aude en crue vue vers le pont de l'autoroute. Photo famille, gracias Diego. 

  

Tempête d'octobre 2010, seulement un coup de mer sans gros apport du fleuve...

On lui envoie des photos, des vidéos de l'Aude grosse des remous boueux qu'elle n'avait roulé depuis longtemps. Et là, son radeau se met à tourner dans une boucle du contre-courant, à l'abri comme les poissons dessous, s'il en reste, comme pour refuser sinon retarder encore, au bout, la furie des vagues, l'engloutissement à jamais ou alors l'échouage au milieu des bois et de toutes les saloperies humaines, caisse de frigo, plastiques, que la rivière a bien voulu purger. Certes. Mais dans les déchets figurent des troncs artistiques par eux-mêmes ou par la main inspirée qui eut l'idée de sculpter, aussi de ces mottes de carabènes (2) sectionnées, aux rhizomes annelés de vers obèses, qui eurent l'honneur d'une vitrine parisienne de roses, originaire néanmoins de Fleury, années 70. 

Et aussi, au hasard du zappage (merci pour le mot, cousins du Québec), « Le Marchand de Bonheur » des Compagnons de la chanson... 1959 Loulou ! notre avenue de Salles ! les autobus de monsieur Dubeau... ton père, toujours chic, partant travailler à la mairie... les échanges avec Louis et Marcel de notre quartier... nos taquineries au petit Élian qui nous a quittés il y a un mois... Et, ça t'est arrivé, de jouer aux jeux des filles dans les ruines de la remise de Jacky Barbe ? Et l'appariteur qui passait le début du « Marchand de Bonheur » avant d'annoncer quel marchand venait d'arriver sur la place !  

Oh ! chercherait-il le hasard des coïncidences (ça redonde mais c'est pas grave), au moment de réfléchir au titre et parce qu'il aimante les hasards, au moment de quitter, à la radio, bien qu'en sourdine « Mon Enfance m'appelle », Serge Lama... « Écoute la chanson Qu'il chante le type à la radio... » (Dimanches en Italie, 1975, paroles encore de Lama sur une musique d'Alice Dona). À suivre donc... 

Croix de Saint-Geniès « Arrête voyageur... »
     

(1) Remarquable, le site « Ma Clape », dans ses précisions, fait état du toponyme « Sainct Genieys » (1495). De Saint-Geniès à Notre-Dame de Liesse, Pérignan 
De même, la page des Chroniques Pérignanaises sur les calvaires de la commune nous apprend que la croix indiquerait la proximité d'un ancien prieuré ou monastère et que les pierres auraient servi à la construction de la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers Croix de Saint Ginies 

À la pointe nord du massif de La Clape, un coin arrêtant toujours la balade... même la rivière semble vouloir y faire une pause... À parler des roseaux, rive gauche, un rideau de carabènes, roseau quenouille ou à quenouille, plante envahissante dans bien des parties du Monde et que, déjà pour cette raison, il est gênant d'en réduire l'appellation à seulement « canne de Provence ».
Au premier plan, des phragmites, roseaux à balais utiles aux chaumières (des camions venaient de Hollande en chercher). Lors de nos pêches aux muges, la fumée des senils comme nous disions en langue d'Oc, nous épargnait bien des piqûres de moustiques... 
 
  
Les carabènes... idéales pour une véranda sur le sable, devant la tente (vers 1975), comme pour la « Barjasque », le campement des copains sur la plage de Saint-Pierre (fin des années 60)... Son enfance l'appelle, sa jeunesse aussi...   

(2) arundo donax. « Quenouille » plutôt que « canne de Provence », « carabène » en ce qui me concerne...      


vendredi 26 décembre 2025

Au village, l'église Saint-Martin (fin)

 Et ensuite lorgner vers la tribune de l'orgue, privilège des hommes. L'occasion faisant le larron, dans l'escalier y menant, favorable au détournement de quelques piécettes, il arriva à l'enfant de chœur de tomber le plateau de la quête. 

La tribune, l'orgue (souvenir de Régis Escaré l'organiste) ne seraient-ils pas trop riches et ostentatoires ? Un flutiau de berger suffirait non ? 

Bien sûr, plus tard, au fur et à mesure de l'approche puis de l'entrée dans le monde des grandes personnes, tout un faisceau relationnel s'est dévoilé aussi bien ici, hommes et femmes mêlés, dans la maison de Dieu, que dans les boutiques, les clubs, le cagnard, les cafés, le cimetière, le terrain de rugby et autres lieux ou circonstances propices aux rencontres et ragots de village tels la corvée des pissadous. Des bancs réservés aux familles riches, de la coquette faisant mine d'arriver en retard afin de bien étaler ses élégances, aux conciliabules discrets ou à venir de critiques et médisances sur les présents, les pingres, ou ceux, peu nombreux, ne pratiquant guère... même pour ses côtés peu glorieux, l'église reste pour moi le réceptacle globalement positif de notre communauté villageoise, quels que soient les divers degrés ou non de dévotion de chacun... Pour aimer les miens de la petite colonie que nous formons, mon sentiment pour notre église, plus maison commune que la mairie, reste non négociable.         

Heureusement, si le qu'en-dira-ton pesait alors, la pression religieuse se retrouvait débarrassée de sa tyrannie hégémonique de caste dominante intolérante coupable de malfaisances et inégalités institutionnalisées, des bûchers de sorcières, d'hérétiques (1) à l'autoritarisme complice pas si vieux des dictatures les plus ignobles telle celle de Franco, à laquelle seul le décès du caudillo a pu mettre un terme, au rôle ambigu des ecclésiastiques et du pape Pie XII dans la fuite des nazis et oustachis vers l'Amérique du Sud, grâce à un réseau de monastères. L'Église ? des cohortes de privilégiés bien mis, gros et gras, mangeant du castor en période maigre au prétexte que la queue écailleuse de l'animal l'apparentait aux poissons, qui pressuraient le peuple trop souvent affamé, les gardant en laisse avec la promesse hypothétique des derniers qui seront les premiers jusqu'aux grands scandales liés à la prédation sexuelle des abbés sur les nones, les enfants, de l'obsédé sexuel abbé Pierre sur les femmes... La diatribe bien méridionale de Joseph, père de Marcel Pagnol, eût pris alors un autre tour. Lui, poursuivant de son courroux le désintérêt moqueur d'Augustine, son épouse (l'entente familiale avec la tante Rose et l'oncle Jules primant), comparait la religion qui chante « des fables infernales ou paradisiaques » à un « noir bandeau de l'ignorance » sur les yeux du peuple, l'usage du latin n'ayant que « la vertu perfide des formules magiques » ; il en restait là  de son rejet, non sans dénoncer les « impôts écrasants », les « tyrans libidineux » qu'étaient les Borgia (déjà). Il était aussi question de la papesse Jeanne. Dans un moment plus ironique, Joseph ne fredonnait-il pas aussi la paillardise du Pèr' Dupanloup ? (2)   

Ça c'était avant, depuis les populations se sont libérées de l'emprise collective du monothéisme catholique et chacun, en particulier celui qui se console dans l'espérance de quelque chose après la mort, reste libre, au sein de la chrétienté, de croire à ce qu'il veut bien croire. Mais pour tous, voir ou retrouver son clocher, accompagner qui part dans l'autre monde, entre chaleur familiale, cohésion de groupe sinon froideur sociétale nous attache indéfectiblement à la compagnie impliquée qui a tant contribué à faire de nous ce que nous sommes. 
Sans en appeler au « blanc manteau d'églises » de l'an Mil, les cloches continuent de sonner pour tous ! 

(1) des Bonshommes dits « Cathares » qu'on se gardait bien d'évoquer de même que la passivité complicité de Narbonne dans les massacres causés par cette croisade.  
(2) nous, dans le car du rugby, c'était « Le curé de Camaret » sinon “ Richiouchiou ”, en languedocien...  

Note  : veille de Noël nous quittait Natchou, Hélian Martinez, de 1954, de nos générations coude à coude au village. Depuis 10 ans qu'il se battait contre le mal, jamais un mot, un soupir de découragement. Toujours de l'allant, le mot pour rire, et celui pour narguer le cancer. Et quelle chaleur rallumée dès que sa route croisait quiconque du camp pérignanais ! De sa petite maison d'enfance à l'Horte, derrière un robinier et un drôle de pontil, où nous lui faisions dire des bêtises (il n'avait que 6-7 ans), à celle du “ château ” conjointement réhabilitée avec son frère Jean-Luc, La Panne, de son lien avec la Costa dels Tarongers à notre rivière Aude où il aimait pêcher, sa bonne humeur ne pouvait être que partagée. Et sa voix ! En avant toute ! éclatante toujours, ne laissant jamais échapper un doute, une tristesse, pas même ne serait-ce qu'une pointe de nostalgie... Natchou ? un bulldozer écrasant toute amorce de jérémiade, un brise-glace atomique des frilosités de chacun, comme si de passer à travers pour retrouver convivialité et chaleur de la vie constituait la seule priorité.  
« Tiens Jèu, tu la veux cette anguille jaune ? » il ne m'avait pas vu de dix ou quinze ans et me faisait la fête avec de suite un cadeau ! 
Natchou, que ton dernier chemin te fasse passer ou non par notre église, lundi je penserai fort aux tiens et à toi au cimetière. Au revoir copain !