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dimanche 31 mai 2026

Yves BONI (1932-2026) « Pilier... les reins et les jambes... »

Et bé, ils ont perdu, les gars de l'Entente-Fleury-Salles-Coursan, 20 à 35, contre le R.C. Orangeois, des orange et noir, comme Narbonne... Dans une division supérieure, cela ne doit pas exister de gagner deux ans de file... et puis, c'est un peu tôt pour la Fédérale 3. 

Dans le coin, en Régionale 2, St-Gély-Pic-Saint-Loup ont perdu d'un point. En Régionale 3 Tuchan “ de ” Guy Molveau a gagné d'un point et continue en quart ; ils rencontreront Bessan qui a battu Villeneuve-les-Maguelone...  

Toi aussi, tu nous as parlé du rugby...

LES BASTETS... (III) « Pilier, ce sont les reins et les jambes...» / FLEURY en Languedoc

    C’étaient des temps pas tendres mais ouverts aux espoirs, et qui donnent à réfléchir sur la période que nous vivons, un présent apparemment plus facile mais corrompu parce qu’une minorité cupide impose sa loi à une majorité sans courage qui devra aussi en répondre, à l’heure du bilan.

    A 83 ans, Yves veut bien témoigner du travail, de la vie, de la mer : il n’a plus voulu de l’école et parle de son apprentissage de pêcheur à la traïno, la traîne, à 13 ans. 

    «... et le second essai, le bol du matin, à l’aurore... Des fois on venait jusque sous “ Tintaine ” (presque à Gruissan), on se tapait déjà huit, dix km à pied... et ce filet en coton, mouillé qui plus est, il pesait lourd et puis fallait pas mettre le pied dessus : il te foutait un coup de pied au cul... Enfin, j’aurais été plus intelligent, j’aurais continué à l’école... Mais je regrette rien... c’est un boulot rude quand même.
    Après attends, oooh il m’avait trouvé une autre combine. Il était bien le vieux Garibaldi alors il m’avait foutu à la barque, on avait des corbeilles en osier, des brassets on disait, Après le premier bol, depuis Tintaine j’allais porter 400 ou 500 kilos aux Cabanes, à la rame et arrivé, retour à l’expéditeur !

— On comprend qu’après la journée, pas besoin de faire du sport... 

— Oh ! podes i anar (tu peux y aller), à dix-sept ans, je suis allé jouer au rugby, je devais faire 80 kilos, je jouais pilier. Il y avait Serin, l’international, et un toubib qui s’appelait Olive, il était sympa et te trouvait toujours quelque chose pour soigner un bobo... Ils venaient pêcher à la ligne, moi j’avais commencé à Fleury. 

collection Josette Saborit-Dolques. Merci à elle. 


Ils m’ont dit si ça me disait d’aller jouer à Béziers. Pour ça allez voir mon père. Quand ils lui en ont parlé, il se sont fait jeter comme du poisson pourri. C’étaient des coriaces, ils sont revenus à la charge et la troisième fois mon père a dit « Le matin quand il va rentrer y a pas de rugby qui tienne, i a lou traval ! »... Des fois c’était rude et devant ça y allait, mais si je me levais pas, à six heures, il me foutait en bas du lit... Puis j’ai joué jusqu’à ce que je parte à l’armée... » 

Saint-Pierre-la-Mer, vendredi 31 juillet 2015. 

Yves, tu patientes qu'on veuille bien t'accompagner demain, à l'église qui a tant vu des nôtres et enfin, dernière adresse connue, route de TA mer, sous les vieux cyprès... Chez les vivants, ils sont quelques uns, tu sais, à rappeler leurs bons souvenirs de la traîne... ces témoignages font plaisir. Tu en parlais, en 2015. J'ai pris tes mots au bond, « un matin motivé » à penser rugby, je voudrais plaisanter mais je dérape à me réciter le début de Victor Hugo « Demain, dès l'aube... » 

(à suivre... finalement, onze ans après, presque, je vais les rééditer tes prises de parole, déjà pour moi, on oublie si vite...)


Yves BONI (1932-2026) « Tu voulais parler rugby, non ? »

Un dimanche matin de mai du début des années 60, un bon mois avant les dates présentes, sans doute depuis que la trêve hivernale s'impose...  Un réveil motivé en vue de suivre le rugby en éliminatoires du championnat de France, une aventure déjà qui change le paysage, l'occasion de voir le Pont-du-Gard si le match a lieu en Provence du Rhône, ou de saisir l'écart climatique de bien trois semaines, entre chez nous et les hauteurs du Larzac sinon de découvrir les confins plus verts de l'Ariège, l'exotisme des champs de maïs, des vaches au pré et les cages de foot quand on ne connaît du sport que les poteaux de rugby. On parlait encore de séries, la cinquième des tous petits clubs qui débutent, la quatrième série du Fleury Olympique champion du Languedoc, aux rencontres rugueuses CONTRE, là ce n'était pas AVEC, Cessenon... à la castagne, pour être clair, bagarre générale... Tu n'es pas sur la photo où vous portiez ce beau maillot aux couleurs du FO, bleu avec le haut du corps, les épaules dans un capitonnage noir. (à voir dans l'ouvrage « De Pérignan à Fleury » 2009, Les Chroniques Pérignanaises).     

Ce matin, dimanche 31 mai 2026, Fleury joue à Saint-Gilles, je dis Fleury puisque le village reste dans ce qui est une Entente entre villages voisins, avec Salles et Coursan, un bon choix à bien des égards, même extra-sportifs, faut faire équipe pour exister... et c'est très bien de faire corps, de défendre ensemble un terroir partagé... D'ailleurs, ne vivions-nous pas l'été ensemble, en compagnie de Lespignan, Nissan, aussi, sur la plage du camping sauvage, à Saint-Pierre ?  

L'Entente Fleury-Salles-Coursan “ reçoit ” Orange en 1/8ème de finale de Régionale 1... Ils sont gonflés la Fédé puisque les nôtres ont le double de kilomètres à parcourir pour le match. À part ça, nous recevons ! C'est terrible ! comme avant contre les Britanniques quand il fallait subir un arbitrage partial au motif que nous étions seulement invités... disons aussi, soyons honnêtes, que notre Languedoc garde une tradition un peu rebelle contre l'ordre établi et que, contre l'injustice et le tapis vert nous en sommes toujours à jurer nos grands dieux de notre droiture... 

1961. Cette fois-là... en 1/16èmes, nous perdons contre Mirande qui, cette année-là sera champion (c'est vrai que les Gascons, Mauvezin, Rabastens, castelnau-Magnoac... étaient alors nos bêtes noires). Ce devait être entre Foix et Auterive, Saverdun tout aussi bien. Mon grand-père, mon père, la bérette sur la tête, carrés, presque à se toucher, devant, dans la Dauphine bleue, et toi, après le match et la douche, pressé de rentrer, ne voulant pas attendre le car des joueurs, qui demande à venir avec nous. 1961, j'ai dix ans, toi, à côté, tu es costaud, plus de quatre-vingt kilos alors... Oh ! vous avez dû discuter mais je ne me souviens que du peu que je peux t'en dire ici... 

Entre 1968 et 1971 ? Les copains supporters... dont ceux partis déjà ! Ceci dit, ça fait penser qu'au Mille-Club de ces années-là aussi, des dévoués ont pris la peine de rassembler les trophées et souvenirs du FO, un petit musée qu'il est hors de question de perdre même si la structure, tant d'années plus tard, est menacée de destruction... 
 

Pardon, je bavarde, je bavarde... Yves, tu voulais me parler rugby, non ? Après le match alors... (à suivre) 

PS1 : en 1/32èmes de finale, l'EFSC bat Lalinde 45-10, à Launaguet (31). (Dans la même Régionale 1, Olonzac, Bédarieux ont perdu)

        en 1/16èmes de finale, l'EFSC bat Canton de Marsanne à Bagnols-s/Cèze (30).  

PS2 : merci Les Chroniques Pérignanaises pour le chapitre sur le rugby. 

jeudi 1 janvier 2026

Un 31 au soir sur la Terre... (1)

Un peu à droite de la palme de bananier qui touche le ciel, aux deux-tiers de la pente plutôt. 

Pour y aller, certes Mayotte d'aujourd'hui avec encore des gens se pressant devant la supérette, des bagnoles en pagaille, des phares, sinon garées, pas toujours bien, embêtant vu le nombre de côtes raides ! Pour y aller, faut faire le tour, monter dur, tout en haut, par derrière puis descendre sec, à croire que la voiture pourrait décrocher, se retourner. L'éclairage public en fait trop désormais mais face à l'insécurité, on se dit que c'est bien. Dommage, avant tout restait tranquille, d'ailleurs, avec la vie au jour le jour, il n'y avait rien à voler. Et puis, tous ces enfants qui jouent, papillons de nuit, une vision d'un plaisir qui apaise. Du coup, la pénombre sur le chemin n'interpelle plus ; et puis c'est d'un clair de pleine lune. 

Je n'ai pas voulu prendre de photo, geste qui aurait avoué mon intéressement. Donc, seulement des mots en dehors de ma carte de vœux 2026, d'abord pour ne pas oublier, ensuite en vue de témoigner en faveur d'un petit peuple digne d'intérêt, et allant, de partager avec ceux qui sont solidaires avec la petite île, le petit archipel de Mayotte... 

Au bout du chemin, au delà des flammes joyeuses d'un feu de bois, du monde, beaucoup de monde. Fortes accolades entre compagnons de longtemps et qui ne se sont vus de longtemps. Un an en arrière, ici Chido le cyclone, là-bas, à des milliers de kilomètres, Thanatos m'obligeant à l'idée que ce pourrait être la fin. Moins poussé, l'échange de bises avec les dames. Deux tables, engorgées de saladiers, de piques à brochettes, de bouteilles dont une, couverte du col par une serviette blanche... les femmes y étant plus sensibles, il faut sauver les apparences. Au sol de grandes bassines de rognonnade, de cubes de bœuf, d'ailes de poulet, de viandes à cuire macérant dans leurs pommades épicées couleur curcuma. Sur les sièges dont une paire de chaises longues et même des chaises de la salle à manger, des gens. Sur les grandes nattes, en tailleur ou couchés tels des Romains devant festoyer, aussi. Entre gougères et gobelets à marquer de son nom, ça discute, ferme déjà. 

« Avant nous étions plus heureux, on savait faire la fête, les boums publiques avec un DJ, on s'amusait toute la nuit. Ou ces dairas d'une religion joyeuse, échangés entre villages d'un boubou d'une même couleur. Déjà le trajet quand nous n'avions plus à le faire à pied avec moins encore de voitures roulant la nuit. Perdu tout ça, par lassitude, par mesure de sécurité. À présent, on s'active toute la semaine pour toujours deux prétendues gamelles de riz alors qu'il s'en prépare vingt ici et là. Ah non ! assez de ces clubs de manzarakas, de mariages qui n'en finissent pas de faire le tour en retour des filles à marier. Et comme s'il n'y en avait pas assez, le père qui se pointe avec sa vache... allez, encore sortir les coutelas ! Et au bout, quel résultat ? des jours de préparation pour des invités qui se goinfrent en vingt minutes. Et puis, c'est quoi ces manières de repartir avec un pack de boissons et des provisions pour la semaine ! (à suivre)