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dimanche 31 mai 2026

Yves BONI (1932-2026) « Tu voulais parler rugby, non ? »

Un dimanche matin de mai du début des années 60, un bon mois avant les dates présentes, sans doute depuis que la trêve hivernale s'impose...  Un réveil motivé en vue de suivre le rugby en éliminatoires du championnat de France, une aventure déjà qui change le paysage, l'occasion de voir le Pont-du-Gard si le match a lieu en Provence du Rhône, ou de saisir l'écart climatique de bien trois semaines, entre chez nous et les hauteurs du Larzac sinon de découvrir les confins plus verts de l'Ariège, l'exotisme des champs de maïs, des vaches au pré et les cages de foot quand on ne connaît du sport que les poteaux de rugby. On parlait encore de séries, la cinquième des tous petits clubs qui débutent, la quatrième série du Fleury Olympique champion du Languedoc, aux rencontres rugueuses CONTRE, là ce n'était pas AVEC, Cessenon... à la castagne, pour être clair, bagarre générale... Tu n'es pas sur la photo où vous portiez ce beau maillot aux couleurs du FO, bleu avec le haut du corps, les épaules dans un capitonnage noir. (à voir dans l'ouvrage « De Pérignan à Fleury » 2009, Les Chroniques Pérignanaises).     

Ce matin, dimanche 31 mai 2026, Fleury joue à Saint-Gilles, je dis Fleury puisque le village reste dans ce qui est une Entente entre villages voisins, avec Salles et Coursan, un bon choix à bien des égards, même extra-sportifs, faut faire équipe pour exister... et c'est très bien de faire corps, de défendre ensemble un terroir partagé... D'ailleurs, ne vivions-nous pas l'été ensemble, en compagnie de Lespignan, Nissan, aussi, sur la plage du camping sauvage, à Saint-Pierre ?  

L'Entente Fleury-Salles-Coursan “ reçoit ” Orange en 1/8ème de finale de Régionale 1... Ils sont gonflés la Fédé puisque les nôtres ont le double de kilomètres à parcourir pour le match. À part ça, nous recevons ! C'est terrible ! comme avant contre les Britanniques quand il fallait subir un arbitrage partial au motif que nous étions seulement invités... disons aussi, soyons honnêtes, que notre Languedoc garde une tradition un peu rebelle contre l'ordre établi et que, contre l'injustice et le tapis vert nous en sommes toujours à jurer nos grands dieux de notre droiture... 

1961. Cette fois-là... en 1/16èmes, nous perdons contre Mirande qui, cette année-là sera champion (c'est vrai que les Gascons, Mauvezin, Rabastens, castelnau-Magnoac... étaient alors nos bêtes noires). Ce devait être entre Foix et Auterive, Saverdun tout aussi bien. Mon grand-père, mon père, la bérette sur la tête, carrés, presque à se toucher, devant, dans la Dauphine bleue, et toi, après le match et la douche, pressé de rentrer, ne voulant pas attendre le car des joueurs, qui demande à venir avec nous. 1961, j'ai dix ans, toi, à côté, tu es costaud, plus de quatre-vingt kilos alors... Oh ! vous avez dû discuter mais je ne me souviens que du peu que je peux t'en dire ici... 

Entre 1968 et 1971 ? Les copains supporters... dont ceux partis déjà ! Ceci dit, ça fait penser qu'au Mille-Club de ces années-là aussi, des dévoués ont pris la peine de rassembler les trophées et souvenirs du FO, un petit musée qu'il est hors de question de perdre même si la structure, tant d'années plus tard, est menacée de destruction... 
 

Pardon, je bavarde, je bavarde... Yves, tu voulais me parler rugby, non ? Après le match alors... (à suivre) 

PS1 : en 1/32èmes de finale, l'EFSC bat Lalinde 45-10, à Launaguet (31). (Dans la même Régionale 1, Olonzac, Bédarieux ont perdu)

        en 1/16èmes de finale, l'EFSC bat Canton de Marsanne à Bagnols-s/Cèze (30).  

PS2 : merci Les Chroniques Pérignanaises pour le chapitre sur le rugby. 

samedi 25 mai 2019

LES COMPAGNONS DE VALÉRY / Pézenas printemps 1961.

Printemps 1961. Pézenas. Une cour d'école en mai, ses platanes, son vieux préau aux airs de hangar agricole. 

l'école en 2015.

1961 en France.
Le 15 février nous avons passé du verre au noir de fumée afin de regarder l'éclipse totale de soleil.

En avril De Gaulle a réagi contre les généraux putschistes en Algérie.

Fin mai, visite officielle du président JFKennedy.

Mai et juin. Les paysans, beaucoup moins nombreux, deviennent des exploitants agricoles. Ils empruntent à la banque, hypothèquent leurs biens... Plus tentés et avides que Perrette et son pot au lait, ils voient en grand et quand la surproduction fait chuter les cours, il ne leur reste plus qu'à vider des bennes d'artichauts, de choux-fleurs, de patates. Contrairement à un certain Macron outrepassant son premier ministre mais bien autiste concernant la crise profonde en France que les Gilets Jaunes ont eu le mérite de traduire, le gouvernement d'alors (Michel Debré) prend en compte l'exaspération et la justice se veut clémente afin d'apaiser quelque peu le climat social.

En octobre la police tire sur les Algériens qui manifestent à Paris.
80 morts ! 500 blessés ! Peut-on rapprocher avec les manifestants des samedis depuis novembre, éborgnés ou dont la main a été arrachée par l'usage disproportionné d'armes par les "forces de l'ordre" ? 


 Printemps 1961. Pézenas. Une cour d'école en mai, ses platanes, son vieux préau aux airs de hangar agricole.
36 élèves pour la photo de classe. Le maître monsieur Carrière ne pose pas avec nous.

1961. CM2. classe de monsieur Carrière.
Oh ! bien des noms m'échappent mais les visages sont plus nombreux à dire qui ils étaient.
Et pour avoir évoqué dernièrement les Compagnons de l'Aubépin, ceux du Coquelicot, les derniers de l'Agasse, pour être un inconditionnel du philosophe plus que du poète même si "l'obscurité" de son Cimetière marin le "mit en lumière", j'ai bien aimé voir, sur la photo de classe, au moins trois Compagnons de Valéry, modestie oblige !

Est-ce la modestie qui fait participer les ou la main à l'expression d'un portrait ? Ou le contraire ?
Paul Valéry, obnubilé par les mains, leur symbolique, qui savait et aimait les dessiner, sujet le plus représenté dans ses cahiers... Et ne disait-il pas "L'esprit commence et finit au bout des doigts." ? 

Paul Valéry par Pierre Choumoff, Wikimedia Commons.

Au bout du doigt, le poussoir où le photographe appuie en disant "ne bougez plus !" 
Et sous les yeux et le doigt qui s'arrêtent sur la ligne, ces pensées de Valéry sur l'apprentissage, l'éducation, l'instruction. 

Nous ne sommes que le fruit de ce qui a été... Dans quelle mesure peut-on apporter une contribution, un plus à cet héritage à transmettre ? Valéry a dit : 

"C'est en copiant qu'on invente."
"Rien de plus original, de plus "soi" que de se nourrir des autres. Mais il faut les digérer. Le lion est fait de mouton assimilé."
"Le désir d'originalité est le père de tous les emprunts, de toutes les limitations. Rien de plus original, rien de plus "soi" que de se nourrir des autres."

Et sur l'ordre sociétal établi qui jamais, entretenant le flou entre instruction et éducation, ne donnera ses vraies raisons qui sont de dominer, Valéry est d'une modernité révolutionnaire ! 
 
"Le baccalauréat est le certificat que donne l’État et qui atteste à tous que le jeune Untel ne sait absolument rien faire."
"Un enseignement qui n'enseigne pas à se poser des questions, est mauvais."
"Faire de l'orthographe le signe de la culture, signe des temps et de sottise."
"Le diplôme est l'ennemi mortel de la culture." 
"L'éducation ne se borne pas à l'enfance et à l'adolescence. L'enseignement ne se limite pas à l'école. Toute la vie, notre milieu est notre éducation, et un éducateur à la fois sévère et dangereux."

Et sur l'éducation, près d'un siècle plus tard, il est plus qu'utile de se repencher sur les appréciations de Valéry : 
 
"Il est impossible de comprendre et de punir à la fois."
"Toute critique, tout blâme revient à dire : je ne suis pas toi."
"Le châtiment déprime la moralité car il donne au crime une compensation finie."