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samedi 25 mai 2019

LES COMPAGNONS DE VALÉRY / Pézenas printemps 1961.

Printemps 1961. Pézenas. Une cour d'école en mai, ses platanes, son vieux préau aux airs de hangar agricole. 

l'école en 2015.

1961 en France.
Le 15 février nous avons passé du verre au noir de fumée afin de regarder l'éclipse totale de soleil.

En avril De Gaulle a réagi contre les généraux putschistes en Algérie.

Fin mai, visite officielle du président JFKennedy.

Mai et juin. Les paysans, beaucoup moins nombreux, deviennent des exploitants agricoles. Ils empruntent à la banque, hypothèquent leurs biens... Plus tentés et avides que Perrette et son pot au lait, ils voient en grand et quand la surproduction fait chuter les cours, il ne leur reste plus qu'à vider des bennes d'artichauts, de choux-fleurs, de patates. Contrairement à un certain Macron outrepassant son premier ministre mais bien autiste concernant la crise profonde en France que les Gilets Jaunes ont eu le mérite de traduire, le gouvernement d'alors (Michel Debré) prend en compte l'exaspération et la justice se veut clémente afin d'apaiser quelque peu le climat social.

En octobre la police tire sur les Algériens qui manifestent à Paris.
80 morts ! 500 blessés ! Peut-on rapprocher avec les manifestants des samedis depuis novembre, éborgnés ou dont la main a été arrachée par l'usage disproportionné d'armes par les "forces de l'ordre" ? 


 Printemps 1961. Pézenas. Une cour d'école en mai, ses platanes, son vieux préau aux airs de hangar agricole.
36 élèves pour la photo de classe. Le maître monsieur Carrière ne pose pas avec nous.

1961. CM2. classe de monsieur Carrière.
Oh ! bien des noms m'échappent mais les visages sont plus nombreux à dire qui ils étaient.
Et pour avoir évoqué dernièrement les Compagnons de l'Aubépin, ceux du Coquelicot, les derniers de l'Agasse, pour être un inconditionnel du philosophe plus que du poète même si "l'obscurité" de son Cimetière marin le "mit en lumière", j'ai bien aimé voir, sur la photo de classe, au moins trois Compagnons de Valéry, modestie oblige !

Est-ce la modestie qui fait participer les ou la main à l'expression d'un portrait ? Ou le contraire ?
Paul Valéry, obnubilé par les mains, leur symbolique, qui savait et aimait les dessiner, sujet le plus représenté dans ses cahiers... Et ne disait-il pas "L'esprit commence et finit au bout des doigts." ? 

Paul Valéry par Pierre Choumoff, Wikimedia Commons.

Au bout du doigt, le poussoir où le photographe appuie en disant "ne bougez plus !" 
Et sous les yeux et le doigt qui s'arrêtent sur la ligne, ces pensées de Valéry sur l'apprentissage, l'éducation, l'instruction. 

Nous ne sommes que le fruit de ce qui a été... Dans quelle mesure peut-on apporter une contribution, un plus à cet héritage à transmettre ? Valéry a dit : 

"C'est en copiant qu'on invente."
"Rien de plus original, de plus "soi" que de se nourrir des autres. Mais il faut les digérer. Le lion est fait de mouton assimilé."
"Le désir d'originalité est le père de tous les emprunts, de toutes les limitations. Rien de plus original, rien de plus "soi" que de se nourrir des autres."

Et sur l'ordre sociétal établi qui jamais, entretenant le flou entre instruction et éducation, ne donnera ses vraies raisons qui sont de dominer, Valéry est d'une modernité révolutionnaire ! 
 
"Le baccalauréat est le certificat que donne l’État et qui atteste à tous que le jeune Untel ne sait absolument rien faire."
"Un enseignement qui n'enseigne pas à se poser des questions, est mauvais."
"Faire de l'orthographe le signe de la culture, signe des temps et de sottise."
"Le diplôme est l'ennemi mortel de la culture." 
"L'éducation ne se borne pas à l'enfance et à l'adolescence. L'enseignement ne se limite pas à l'école. Toute la vie, notre milieu est notre éducation, et un éducateur à la fois sévère et dangereux."

Et sur l'éducation, près d'un siècle plus tard, il est plus qu'utile de se repencher sur les appréciations de Valéry : 
 
"Il est impossible de comprendre et de punir à la fois."
"Toute critique, tout blâme revient à dire : je ne suis pas toi."
"Le châtiment déprime la moralité car il donne au crime une compensation finie."