Affichage des articles dont le libellé est 2015. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 2015. Afficher tous les articles

dimanche 31 mai 2026

Yves BONI (1932-2026) « Pilier... les reins et les jambes... »

Et bé, ils ont perdu, les gars de l'Entente-Fleury-Salles-Coursan, 20 à 35, contre le R.C. Orangeois, des orange et noir, comme Narbonne... Dans une division supérieure, cela ne doit pas exister de gagner deux ans de file... et puis, c'est un peu tôt pour la Fédérale 3. 

Dans le coin, en Régionale 2, St-Gély-Pic-Saint-Loup ont perdu d'un point. En Régionale 3 Tuchan “ de ” Guy Molveau a gagné d'un point et continue en quart ; ils rencontreront Bessan qui a battu Villeneuve-les-Maguelone...  

Toi aussi, tu nous as parlé du rugby...

LES BASTETS... (III) « Pilier, ce sont les reins et les jambes...» / FLEURY en Languedoc

    C’étaient des temps pas tendres mais ouverts aux espoirs, et qui donnent à réfléchir sur la période que nous vivons, un présent apparemment plus facile mais corrompu parce qu’une minorité cupide impose sa loi à une majorité sans courage qui devra aussi en répondre, à l’heure du bilan.

    A 83 ans, Yves veut bien témoigner du travail, de la vie, de la mer : il n’a plus voulu de l’école et parle de son apprentissage de pêcheur à la traïno, la traîne, à 13 ans. 

    «... et le second essai, le bol du matin, à l’aurore... Des fois on venait jusque sous “ Tintaine ” (presque à Gruissan), on se tapait déjà huit, dix km à pied... et ce filet en coton, mouillé qui plus est, il pesait lourd et puis fallait pas mettre le pied dessus : il te foutait un coup de pied au cul... Enfin, j’aurais été plus intelligent, j’aurais continué à l’école... Mais je regrette rien... c’est un boulot rude quand même.
    Après attends, oooh il m’avait trouvé une autre combine. Il était bien le vieux Garibaldi alors il m’avait foutu à la barque, on avait des corbeilles en osier, des brassets on disait, Après le premier bol, depuis Tintaine j’allais porter 400 ou 500 kilos aux Cabanes, à la rame et arrivé, retour à l’expéditeur !

— On comprend qu’après la journée, pas besoin de faire du sport... 

— Oh ! podes i anar (tu peux y aller), à dix-sept ans, je suis allé jouer au rugby, je devais faire 80 kilos, je jouais pilier. Il y avait Serin, l’international, et un toubib qui s’appelait Olive, il était sympa et te trouvait toujours quelque chose pour soigner un bobo... Ils venaient pêcher à la ligne, moi j’avais commencé à Fleury. 

collection Josette Saborit-Dolques. Merci à elle. 


Ils m’ont dit si ça me disait d’aller jouer à Béziers. Pour ça allez voir mon père. Quand ils lui en ont parlé, il se sont fait jeter comme du poisson pourri. C’étaient des coriaces, ils sont revenus à la charge et la troisième fois mon père a dit « Le matin quand il va rentrer y a pas de rugby qui tienne, i a lou traval ! »... Des fois c’était rude et devant ça y allait, mais si je me levais pas, à six heures, il me foutait en bas du lit... Puis j’ai joué jusqu’à ce que je parte à l’armée... » 

Saint-Pierre-la-Mer, vendredi 31 juillet 2015. 

Yves, tu patientes qu'on veuille bien t'accompagner demain, à l'église qui a tant vu des nôtres et enfin, dernière adresse connue, route de TA mer, sous les vieux cyprès... Chez les vivants, ils sont quelques uns, tu sais, à rappeler leurs bons souvenirs de la traîne... ces témoignages font plaisir. Tu en parlais, en 2015. J'ai pris tes mots au bond, « un matin motivé » à penser rugby, je voudrais plaisanter mais je dérape à me réciter le début de Victor Hugo « Demain, dès l'aube... » 

(à suivre... finalement, onze ans après, presque, je vais les rééditer tes prises de parole, déjà pour moi, on oublie si vite...)